Les Pleurs/Le Retour du Marin

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Les PleursMadame Goullet, libraire (p. 285-290).

LE
RETOUR DU MARIN.

Pour qui s’épuise à travailler
La mort est un doux oreiller.

— DE BÉRANGER. —

LI.

— « Petits enfans, vos jeunes yeux,
Entre l’eau qui gronde et les cieux,
Ont-ils vu blanchir une voile ?
Celle dont j’ai filé la toile,
Si mon rêve dit l’avenir,
Avant l’hiver doit revenir. »


— « Oui ! tantôt sur la roche nue,
En regardant l’errante nue,
Nous avons vu là bas, là bas,
Rouler une voile sans mâts. »

— « Enfans des pauvres matelots,
Dont les pères sont sur les flots,
Votre voix peut percer l’orage ;
Criez de tout votre courage !
Dans l’éclair aux sombres couleurs,
Voit-on flotter nos trois couleurs ? »

— « Non ! du haut de la roche nue,
Quand l’éclair déchire la nue,
Sur ce pont qui flotte vers nous,
On ne voit qu’un homme à genoux. »

— « C’est lui ! fidèle et courageux,
Au fond de mon rêve orageux,
Cette nuit je l’ai vu paraître :
Descendez pour le reconnaître !
Moi j’ai tant pleuré que mes yeux
Ne verront plus Jame qu’aux cieux ! »


— « Quoi ! la foudre en crevant la nue,
L’a jeté sur la roche nue ;
S’il n’a pas cessé de souffrir,
Descendons l’aider à mourir. »

Et les enfans des matelots
Retirèrent Jame des flots.
C’était Jame ! et la fiancée,
Vint toucher à sa main glacée,
Son doux lien, son anneau d’or ;
Car Jame le portait encor !

Qu’ils sont bien sous la roche nue,
À l’abri de l’errante nue,
Oublieux de leurs mauvais jours,
Morts… et mariés pour toujours !