Les Pleurs/Pardon !

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Les PleursMadame Goullet, libraire (p. 85-88).

PARDON !

XVI.

Et toi, crois-tu comme eux le ciel inexorable ?
Es-tu triste en songeant qu’il est fermé sur moi,
Que mon éternité coulera misérable,
Et qu’à force d’amour je l’oubliai pour toi ?

Le savais-tu déjà, lorsque tu m’as charmée,
Que de plaire est un crime et d’entendre une erreur ?

Pour l’oublier aussi tu m’as donc bien aimée ?
Et le ciel, tout le ciel, n’était-ce pas ton cœur ?

Mais si Dieu n’a rien fait pour défendre qu’on aime,
S’il n’a pas dit l’enfer au monde épouvanté,
S’il n’est pas descendu pour l’annoncer lui-même,
L’homme est donc bien méchant de l’avoir inventé !

Ne crains pas : j’ai langui dans un feu qui dévore ;
J’ai porté ma couronne, et ma croix, et mes pleurs.
Je mourrai loin de toi… que puis-je craindre encore ?
Va, pour tous les tombeaux la nature a des fleurs.

Dieu n’a pas dit : « Brisez son fragile courage. »
Dieu fit le roseau faible, et l’air est son appui.
L’espérance, c’est Dieu, même au sein de l’orage ;
Je suis roseau, je tremble… et je cherche après lui !