Les Poëmes de l’amour et de la mer/Le vent roulait les feuilles mortes ; mes pensées

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XXVIII.

Le vent roulait les feuilles mortes ; mes pensées
Roulaient comme des feuilles mortes, dans la nuit.
Jamais si doucement au ciel noir n’avaient lui
Les mille roses d’or d’où tombent les rosées.

Une danse effrayante, et les feuilles froissées
Et qui rendaient un son métallique valsaient,
Semblaient gémir sous les étoiles, et disaient
L’inexprimable horreur des amours trépassées.


Les grands hêtres d’argent que la lune baisait
Étaient des spectres : moi, tout mon sang se glaçait
En voyant mon aimée étrangement sourire.

Comme des fronts de morts nos fronts avaient pâli,
Et, muet, me penchant vers elle, je pus lire
Ce mot fatal écrit dans ses grands yeux : l’oubli.