Les Poëmes de l’amour et de la mer/Les mendiants sans pain qui vont vendant des fleurs

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XXIX.

Les mendiants sans pain qui vont vendant des fleurs
Sont tes pareils, poëte, amoureux de la vie
Qui n’en as rien que l’ombre, et dont la vaine envie
Trouve dans sa grandeur de plus grandes douleurs.

Ces roses de plaisir aux joyeuses couleurs,
Tu ne peux les porter à ta lèvre ravie ;
D’un éternel souci ton âme poursuivie
N’a pas la liberté du sourire et des pleurs.


Va, pauvre charlatan, sur les places publiques ;
Fais des strophes en deuil pour les mélancoliques
Et des sonnets musqués pour ceux qui font leur cour.

Allons, rugis d’horreur, tressaille d’allégresse !
Mais ton cœur ne sent rien, l’art t’a pris ta jeunesse,
Et l’amour de l’amour ne donne pas l’amour.