Les Poëtes français/L’Orage

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Les Poëtes français, Texte établi par Eugène CrépetGide, librairieTome troisième : troisième période : de Boileau à Lamartine (p. 302-304).



L’ORAGE


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Les cris de la corneille ont annoncé l’orage ;
Le bélier effrayé veut rentrer au hameau.
Une sombre fureur agite le taureau ;
Il respire avec force, et, relevant la tête,
Il semble, en mugissant, appeler la tempête.
On voit, à l’horizon, de deux points opposés
Des nuages monter dans les airs embrasés ;
On les voit s’épaissir, s’élever et s’étendre.
D’un tonnerre éloigné le bruit s’est fait entendre :
Les flots en ont frémi, l’air en est ébranlé,
Et le long du vallon le feuillage a tremblé.
Les monts ont prolongé le lugubre murmure,
Dont le son lent et sourd attriste la nature.
Il succède à ce bruit un calme plein d’horreur,
Et la terre en silence attend dans la terreur.
Des monts et des rochers le vaste amphithéâtre
Disparaît tout à coup sous un voile grisâtre ;
Le nuage élargi les couvre de ses flancs ;
Il pèse sur les airs tranquilles et brûlants.
Mais des traits enflammés ont sillonné la nue,
Et la foudre, en grondant, roule dans l’étendue,
Elle redouble, vole, éclate dans les airs.
Leur nuit est plus profonde, et de vastes éclairs
En font sortir sans cesse un jour pâle et livide.
Du couchant ténébreux s’élance un vent rapide
Qui tourne sur la plaine, et, rasant les sillons,
Enlève un sable noir qu’il roule en tourbillons.
Ce nuage nouveau, ce torrent de poussière,
Dérobe à la campagne un reste de lumière.
La peur, l’airain sonnant, dans les temples sacrés
Font entrer à grands flots les peuples égarés.

Grand Dieu ! vois à tes pieds leur foule consternée
Te demander le prix des travaux de l’année.
Hélas ! d’un ciel en feu les globules glacés
Écrasent, en tombant, les épis renversés.
Le tonnerre et les vents déchirent les nuages ;
Le fermier de ses champs contemple les ravages,
Et presse dans ses bras ses enfants effrayés.
La foudre éclate, tombe, et des monts foudroyés
Descendent à grand bruit les graviers et les ondes,
Qui courent en torrents sur les plaines fécondes.
Ô récolte ! ô moisson ! tout périt sans retour :
L’ouvrage de l’année est détruit dans un jour.

(Les Saisons.)

ÉPITRE À CHLOÉ


Chloé, ce badinage tendre,
Ces légères faveurs amusent mes désirs ;
Ce sont des fleurs que l’amour sait répandre
Sur le chemin qui nous mène aux plaisirs.
Mais puis-je à les cueillir borner mon espérance ?
Ici, loin des témoins, dans l’ombre et le silence,
Donnons au vrai bonheur ce reste d’un beau jour.
De ces riens enchanteurs n’occupons plus l’amour.
Chloé, tirons ce dieu des jeux de son enfance.

Rappelle-toi ce soir, où , sensible à mes vœux ,
Tu daignas par un mot dissiper mes alarmes :
Oui, j’aime !… Que ce mot embellissait les charmes !
Qu’il irritait mes transports amoureux !
Déjà tous mes soupirs expiraient sur ta bouche :
Je voulus tout tenter ; mais, sans être farouche,

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