Les Poliorcétiques — Chapitre 5

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Chapitre 4 Les Poliorcétiques
Apollodore de Damas
Chapitre V
Du bélier
Chapitre 6



§ 1. — De la tortue-bélière[1].[modifier]

Si nous voulons ébranler au moyen du bélier une tour, une porte ou un mur, nous construirons des tortues-bélières, montées sur roues, élevées et supportant la suspension du bélier, pour donner plus de force aux coups ; car, plus haut sera placée la suspension, plus s’étendra l’espace parcouru par le bélier, et, plus cet espace sera allongé, plus forts seront les chocs.

Il faut donc que la forme de cette tortue soit surtout en hauteur et non en largeur, afin d’être facile à transporter : sa hauteur doit être double de sa largeur, afin d’avoir un faîtage aigu ; les faces latérales doivent être obliques, afin que les projectiles dirigés sur elle non seulement glissent par côté, mais aussi soient repoussés au loin.

La tortue doit être inclinée vers le rempart et porter à l’avant une sorte d’abri, destiné à recevoir les projectiles lancés contre le bélier et à les renvoyer de chaque côté ; en effet, les assiégés lancent soit des pierres creusées en forme de mortiers (ou de tores ?), soit des pièces de bois obliques, avec deux branches inclinées comme des jougs, de manière avoir leur plein effet, et, entourant le bélier, à prévenir son choc contre le rempart et à briser le bélier, ou à renverser et tuer les hommes qui le manœuvrent.

La construction de la tortue est la suivante :

On met en place deux longrines distantes d’au moins douze pieds ; et sur chacune de ces longrines on assemble obliquement des pièces de bois de douze doigts d’épaisseur et d’un pied de largeur (0,23 sur 0,31 m), avec une hauteur de vingt-quatre pieds au moins. Ces pièces de bois, au nombre de quatre, doivent être reliées à leur extrémité supérieure par une pièce de bois qui les embrasse toutes et forme le faîtage de la tortue : cette pièce doit avoir une longueur supérieure à celle des longrines.

Du côté où l’on veut donner de la pente à la tortue, il faut au milieu des montants clouer d’autres traverses ; et à l’intérieur on doit établir des arcs-boutants qui contrebutent les traverses intermédiaires et le faîtage unique.

La surface extérieure des montants doit être revêtue de planches de quatre doigts d’épaisseur, et la forme générale de la machine est terminée.

Il faut encore qu’à partir du sol, la face extérieure des longrines inférieures soit supportée au moyen de pièces de bois placées verticalement.[2]

L’espace vide entre les longrines inférieures doit recevoir de petites roues, qui supportent la tortue.

Pour que les longrines inférieures ne s’écartent pas, il faut y appliquer tout autour des liens, qui ne se font pas au moyen d’une mortaise extérieure, mais sont cloués à recouvrement comme les écailles d’un poisson et constitueront les bases de la tortue.

Voilà comment est construite la tortue qui porte le mât.

§ 2. — Des tortues pour le service.[modifier]

Quant à la tortue qui est derrière les travailleurs, elle est moins élevée, et les deux autres qu’on dispose en arrière pour assurer la sécurité du passage sont encore plus petites.

Nous les préférons, en effet, plus nombreuses et plus petites, afin de pouvoir plus aisément les déplacer et les assembler ; elles doivent toujours être construites avec de petites pièces de bois ; cela vaut mieux que d’en construire une seule de grandes dimensions, à cause des inconvénients qui en diminuent l’utilité.

Les figures et les élévations sont représentées ci-dessous.

§ 3. — Revêtement des tortues et coinçage des roues.[modifier]

Sur toutes ces tortues, ainsi que je l’ai dit il faut enfoncer de nombreux clous à tête plate, qui retiendront une couche d’argile malaxée de quatre doigts (0,07 m), au moins, dont on enduira les planches transversales de la tortue, en y mêlant des poils, afin d’éviter les gerçures.

A côté des roues qui supportent la tortue, il faut placer des coins qui la maintiendront fermement assise. De cette manière, les essieux des roues ne supporteront pas seuls tout le poids de la machine, et elle ne sera pas exposée à glisser par suite des secousses du bélier. Quant on voudra déplacer la tortue, on chassera les coins.

§ 4. — Du bélier et de ses effets.[modifier]

Les murs en pierres sont plus promptement ébranlés que ceux de briques ; car le peu de dureté de la brique amortit le choc, et elle se creuse plutôt qu’elle ne se brise ; la pierre, an contraire, résiste et reçoit un choc violent qui la brise ; cela arrive surtout aux portes, aux angles des tours, et à tous les autres points qui ne sont pas soutenus par une grande épaisseur.

La figure ci-après démontre ce qui en est.

Le bélier le plus grand, le plus long, ayant le point de suspension le plus élevé, a plus d’effet que ceux qui ne sont pas établis dans les mêmes conditions. Si donc on n’a qu’une petite poutre, il faut la suspendre de manière à augmenter la longueur de la partie qui donne le coup ; à l’autre extrémité, pour maintenir l’équilibre, il faut clouer des masses de plomb, qui augmenteront de beaucoup la force et le poids.

La figure est ci-dessous.

§ 5. — Des béliers en plusieurs pièces.[modifier]

Si l’on a plusieurs pièces de bois courtes, en les réunissant par deux ou par trois, on en composera un grand bélier ;

Les assemblages des bois doivent être éclissés avec quatre autres pièces de deux palmes (0,154 m) de longueur, ce qui ne dispensera pas de clouer les bois ensemble.[3]

Les extrémités devront être réunies avec des cordes de chanvre, et les bois devront être coincés sous les cordes avec des coins délardés, afin que leurs arêtes vives ne coupent pas la corde.

C’est ainsi qu’on arrivera à remplacer une seule grande pièce de bois par plusieurs assemblées. La figure est ci-dessous

Il faut néanmoins, afin que le poids ne fasse pas rompre la ligature des pièces de bois, avoir deux ou trois points de suspension, le bélier se maintient en effet alors, indépendamment des éclisses et des clous, comme s’il était d’une seule pièce, chaque poutre étant supportée par sa propre suspension. La figure est ci-dessous, et les descriptions sont placées plus haut.

Les trois parties reculeront et avanceront ensemble, ne faisant qu’un et n’éprouveront aucune variation dans leur mouvement.

Il n’en faut pas moins recourir à l’éclissage aux clous et aux brides en cordages ; car ainsi les poutres ne se choqueront pas entre elles ; et le mur ne sera pas frappé par une seule ; étant unies, il se produira, par la réunion des trois parties, un choc violent et sans perte de force.

§ 6. — De la tête du bélier.[modifier]

La tête du bélier recevra (une garniture semblable à) une enclume, jusqu’à la moitié de la longueur de laquelle il pénétrera ; une frette en fer entourera l’extrémité, de crainte que le choc ne fasse éclater le bois.

§ 7. — Du nombre de points de suspension.[modifier]

Tous les béliers, même ceux d’une seule pièce, doivent avoir deux points de suspension peu distants l’un de l’autre, dans le but d’empêcher que la poutre, suspendue en un seul point, n’oscille comme un fléau de balance.


  1. En grec « Tortue criophore » ou porte-bélier.
  2. Il y a là une erreur évidente dans les manuscrits : il s’agit ici de fourrures destinées à protéger les côtés de la machine, dans la partie correspondante à la hauteur des roues.
  3. L’auteur semble indiquer que les bois devront être assemblés par bout, soit à queue d’aronde, soit à trait de Jupiter, puis cloués, et enfin éclissés mais la figure ne donne pas le détail de l’assemblage, incomplètement décrit dans le texte.