Les Pornographes sacrés/La Confession et les Confesseurs

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Charles Unsinger (p. 9-54).
LA CONFESSION
et
LES CONFESSEURS


Une supposition. Reportons-nous à l’année 1869. Imaginez-vous ceci : — Tropmann vient de commettre son horrible crime. Il va trouver un juge d’instruction et lui dit : « Monsieur, je viens d’assassiner toute une famille : sept personnes, dans le but de m’approprier quelques billets de banque. » Le magistrat répond : « Mon bon ami, mon cher enfant, donnez-moi donc, je vous prie, le produit de votre crime ; j’en ferai un bon usage, et, pour tout le monde, ce sera comme si vous n’aviez jamais tué un lapin. Allez, mon fils, allez, j’efface votre meurtre abominable ; vous êtes, maintenant, aussi pur que le plus parfait honnête homme. Allez, je vous déclare innocent. » Le juge encaisse l’argent de Tropmann, et Tropmann n’est pas poursuivi ; il peut même recommencer ses exploits, assassiner une nouvelle famille Kinck.

Tel est le sacrement de pénitence, qui est le principe de ce qu’on appelle la confession.

Un monsieur, qui s’intitule prêtre, se donne le droit d’innocenter les plus grands coupables, à la condition qu’il se soumettront à une pénitence toujours très commode pour le criminel et surtout très lucrative pour M. le Curé.

On peut commettre tous les crimes, assassiner père et mère, se passer les fantaisies de Monseigneur Maret et de M. le comte de Germiny, détrousser un garçon de recettes et le larder de coups de couteau ; on peut accomplir les plus exécrables forfaits, se souiller des turpitudes les plus obscènes, et les plus dégradantes ; en sortant du confessionnal, on est, d’après l’Église, plus innocent que le bébé qui vient de naître. Une fois l’absolution donnée par le confesseur, Dumollard devient un archange, et Tropmann se transforme en un vrai petit chérubin. — Vous pouvez leur donner vos filles en mariage.

Par la confession, on est sanctifié en raison même de ses crimes. Ainsi : plus un ignorantin se vautre dans les infamies, plus il a besoin de se confesser, plus il se confesse, et plus il est pur.

Voilà la morale de l’Église catholique à laquelle la Chambre vote chaque année un budget de cinquante à cinquante-cinq millions. Autant vaudrait établir un budget pour subventionner les Tropmann et les Dumollard ; ce serait aussi logique.

Si un magistrat s’était comporté à l’égard de Tropmann comme je viens d’en faire la supposition en commençant, il n’y aurait eu en France qu’une voix pour le conspuer et le flétrir. Ce magistrat, si commode pour les assassins, aurait été plus scélérat que les plus odieux meurtriers, n’est-ce pas ? Eh bien, le prêtre, qui absout le vol, est plus gredin que les voleurs ; le prêtre, qui bénit les assassins, est le dernier des scélérats. Nul homme, en matière criminelle, n’a le droit de substituer son jugement personnel au jugement de la société.


Je sais bien ce que me répondront les défenseurs du catholicisme.

Ils me diront : — Vous faites de l’exception la généralité. Tous ceux qui vont s’agenouiller au tribunal de la pénitence n’ont pas sur la conscience des meurtres et des viols. La confession n’a pas été instituée pour l’absolution unique des criminels. Il est telle faute légère, tel manquement aux prescriptions de l’Église dont le confesseur relève le pénitent. Or, la pratique constante de la confession est un bien pour les petits coupables, pour les hommes que le crime n’a point pervertis, en ce qu’elle les met sans cesse face à face avec leurs fautes, leur en fait honte et les en déshabitue.

Je répliquerai : — D’abord, il ne me paraît pas prouvé que la confession ait un effet salutaire, même au point de vue des petites fautes. Il me paraît, au contraire, qu’un examen de conscience régulier ne doit pas être une tâche bien lourde pour celui qui s’y livre périodiquement ; car la confession ainsi pratiquée arrive à n’être plus qu’un acte machinal.

Plus la confession est fréquente, plus elle devient banale, plus le pénitent s’habitue à ses passions, à ses défauts à ses vices.

Quant aux manquements aux prescriptions de l’Église, je ne m’en soucie guère. Il est possible que la perspective d’une confession désagréable à faire empêche un marguillier de manquer la messe le dimanche ; mais il faut envisager les choses de plus haut. Nous n’avons pas à nous arrêter à ces vétilles ; dire le chapelet ou ne pas le dire n’a aucun rapport avec l’honnêteté. Les pratiques de dévotion relèvent simplement du bon sens, et le bon sens a depuis longtemps condamné toutes ces grimaces, toutes ces singeries.

Au xviie siècle, les théologiens catholiques agitèrent une question très grave : il s’agissait de savoir si un bouillon pris en lavement rompait le jeûne.

Vous savez, ou vous ne savez pas, que pour manger le bon Dieu, il faut être à jeun. Le Tout-Puissant est un bifteck qui demande à n’être précédé dans l’estomac des fidèles par aucun potage gras ou maigre. Une fois le bon Dieu avalé, on peut lui verser de la sauce par-dessus ; mais avant l’engloutissement du personnage, défense de se garnir l’intérieur de la moindre julienne ou du plus mince radis. Une goutte d’eau seulement, absorbée avant le divin pain à cacheter, constitue un péché mortel.

Or, tous les dévots ne se lèvent pas de bon matin ; beaucoup de grandes dames ne vont le dimanche qu’à la grand’messe, qui est celle ou l’on exhibe les belles toilettes. Et puis, il y a les vieux curés de rebut, qui sont chargés de la messe de midi. Tout ce monde-là avale le bon Dieu entre dix heures du matin et midi et demi. Or, garder le jeûne jusqu’à ce moment tardif n’a rien d’agréable.

C’est alors que les vieux curés avaient imaginé de prendre avant la messe un bouillon en lavement. Ça les soutenait jusqu’à midi, les pauvres vieux ! Seulement, voilà, les évêques ont mis le nez dans l’affaire, en disant : « Pas de ça ! mon bel ami, avec votre lavement roublard vous allez contre les prescriptions de l’Église. » — Les curés qui tenaient à leur clystère se sont rebiffés.

« Si nous le prenions par en haut, ont-ils répondu, oui, ça gênerait le Père Éternel ; mais par en bas, qu’est-ce que ça peut lui faire ? »

Alors, il y a eu des évêques qui n’ont pas voulu entendre de cette oreille. On a examiné le cas : à savoir, si la Sainte-Trinité et le clystère nutritif avaient des chances de se rencontrer dans le tube des communiants. On fit appel aux lumières de la Faculté. On écrivit beaucoup de livres pour et contre le lavement d’avant la communion. Bref, cette dispute, qui est absolument historique, a duré un bon quart de siècle et a finalement été tranchée par le pape, seul juge souverain et compétent.

Conclusion : le clystère est défendu.

Aussi, maintenant, nos vieilles dévotes qui ne veulent pas faire une communion coupable sont obligées de se tenir à jeun, dans le sens absolu du mot ; car, si elles se laissaient aller à manœuvrer un piston sacrilège avant de recevoir leur doux Jésus, elles commettraient un péché monstrueux dont il leur faudrait rendre compte au confessionnal.

Les curés ramollis et les vieilles dévotes, voilà les natures sur lesquelles le sacrement de pénitence exerce une action efficace, et encore est-ce à propos des particularités théologiques qui sont le bagage grotesque de la religion.

On conviendra que, dans cet ordre d’idées, l’efficacité de la confession nous préoccupe peu.

Ce qu’il est intéressant pour nous de savoir, c’est si la confession convertit les criminels ; et cela, nous ne le croyons pas. Delacolonge, qui a coupé en morceaux l’infortunée Fanny Besson, était un prêtre ; Mingrat, qui viola, étrangla et dépeça l’infortunée Marie Gérin, était un prêtre ; Mgr Maret, qui souillait les petites filles et en guise de première communion leur donnait une maladie honteuse, était un prêtre. Ces monstres-là, et bien d’autres encore, — car il se valent à peu près tous, — non seulement se confessaient, mais encore ils confessaient les autres. Est-ce que la pratique constante du sacrement de pénitence les a retenus, les a empêchés de se livrer à leurs habitudes infâmes, les a empêchés de commettre leurs crimes atroces ? — Non !

C’était sur ceux-là, surtout, qu’il aurait fallu que la confession eût de l’efficacité !

On me dira, on dit : — Pourquoi citer les grands criminels ? Ils forment une quantité infiniment petite dans le nombre des gens qui se confessent.

Soit, je l’admets. Mais cela ne change rien à la valeur de mon raisonnement. Qu’importe que, dans le nombre des gens qui se confessent, les grands criminels forment le cinquante pour cent, ou le un pour cent seulement ! Quelle que soit la proportion existante, n’y eût-il qu’un assassin sur mille, sur cent mille, sur un million d’individus agenouillés devant vous, messieurs les curés, n’y en eût-il qu’un seul sur mille milliards, est-il vrai, oui ou non, que vous vous prétendez le droit de l’absoudre, cet assassin ?

Oui, n’est-ce pas ? — Vous ne pouvez pas le nier, puisque vous revendiquez ce droit exécrable d’absolution comme une prérogative céleste.

Eh bien, je vous le dis et vous le répète, par l’exercice de votre prétention cyniquement infâme, vous êtes les complices des voleurs et des assassins. Vous êtes plus scélérats qu’eux.

Ah ! l’on nous accuse de faire de l’exception la généralité ; tous ceux qui vont s’agenouiller au tribunal de la pénitence, affirme-t-on, n’ont pas sur la conscience des meurtres et des viols.

Je réponds : — Soit ! Mais si tous ceux qui se confessent ne sont pas des escrocs, des bandits, des violateurs et des assassins, tous les violateurs, tous les assassins, tous les escrocs et tous les bandits se confessent.

On n’osera pas soutenir le contraire. Tropmann s’est confessé ; Lacenaire s’est confessé ; Papavoine s’est confessé ; Dumollard s’est confessé ; le gardien de la paix Prévost s’est confessé ; Johannon, qui a mangé le cœur palpitant d’une pauvre femme qu’il venait de poignarder, s’est confessé.

Ils ont reçu la bénédiction du prêtre, tous, tous, tous !

Ils ont appelé l’homme noir : « Mon père », et l’homme noir a répondu à chacun : « Mon fils. » — N’est-ce pas bien, cette fois, le cas de dire : Tel père, tel fils ?

Tous, ils ont reçu l’accolade du ministre religieux, qui a murmuré à leur oreille : « Les hommes vous punissent, mais Dieu vous pardonne ; les hommes vous méprisent, mais Dieu a de l’estime pour vous ; les hommes vous ont en horreur et en exécration, mais Dieu vous aime. »

Tous ces brigands, qui sont la honte de l’humanité, ont gravi les marches de l’échafaud avec la conviction, à eux donnée par le prêtre, qu’ils montaient au ciel, qu’ils allaient, leur âme lavée de toute souillure, se reposer pour l’éternité dans le sein de Dieu.

Ils étaient des monstres d’infamie ; mais ils étaient en même temps les adeptes fervents du catholicisme.


Laissons de côté ces tristes tableaux. De ces embrassades entre l’Église et le crime, ne retenons qu’un enseignement : c’est que le principe de la confession est abominable, c’est que le droit d’absolution que le prêtre se donne est la plus violente des immoralités.

Partant d’un principe abominable et immoral au suprême degré, que peut bien être la confession ? Nous allons voir qu’elle ne vaut pas mieux que son principe.

Au début, — il faut le reconnaître, — la confession n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui.

Le criminel n’avait pas recours à cette lessive spirituelle, parce qu’alors, au lieu d’avouer tout bas son forfait à une seule personne, il fallait l’avouer tout haut, devant tout le monde.

La confession, qui était publique, avait une certaine efficacité au point de vue des peccadilles. On se risquait à se reconnaître coupable d’un petit mensonge ou d’un menu larcin peu conséquent ; mais on rougissait très fort en formulant son aveu, on était vivement mortifié, et on se promettait, avec une sincérité à laquelle je rends hommage, de ne plus retomber dans la faute commise.

La confession publique, dont se gardaient bien d’user les grands coupables, avait tout de même du bon ; elle exerçait une influence réelle, une influence moralisatrice sur les petits pécheurs.

Si on veut rétablir cette confession-là, je n’y vois aucun inconvénient. Nous nous ferons même un devoir d’aller entendre les jeunes et vieilles dévotes raconter leurs fredaines. Ce sera instructif et cela ne manquera pas de gaieté.

Malheureusement, la confession publique ne sera jamais rétablie. Ce qui la fit supprimer ne manquerait pas de se reproduire.

Voici l’anecdote :

Au ive siècle, tandis que Nectarius était patriarche de Constantinople, un beau jour, à la confession publique dans l’église de Sainte-Sophie, une femme mariée s’accusa tout haut d’avoir eu des relations avec le diacre qui assistait le célébrant à l’autel. Or, justement, le mari se trouvait là, accroupi derrière un pilier, occupé à faire ses prières. Mettez-vous un peu à sa place. Il trouva la révélation fort peu édifiante ; il fit un vacarme de tous les diables. Les assistants étaient stupéfaits ; monsieur le diacre restait confus. Quant au patriarche Nectarius, il était, on le conçoit, fort embarrassé : il voulait bien qu’un de ses diacres passât du bon temps avec une jolie pénitente, mais il ne voulait pas que toute la ville le sût.

Il n’eut pas la présence d’esprit d’imaginer à l’instant la confession auriculaire si utile à ces messieurs. Ce qu’il trouva de mieux, pour éviter à l’avenir pareil scandale, ce fut de permettre aux fidèles de manger le bon Dieu sans confession.

Voilà comment la confession publique fut abolie.

Ce sont les moines, les frocards, qui imaginèrent cette petite armoire sombre dans laquelle les coquins et les imbéciles vont vider le baquet de leurs turpitudes, à la grande joie de MM. les calotins.

Les supérieurs de couvents commencèrent, vers le viie siècle, à exiger que leurs moines vinssent, deux fois l’an, leur avouer leurs fautes. Ils inventèrent la formule suivante : — « Je t’absous autant que je le peux et que tu en as besoin.» Plus tard, messieurs les curés eurent des prétentions plus élevées. Ils ne dirent plus : « Je t’absous autant que je le peux » ; ils dirent tout catégoriquement : « Au nom des pouvoirs que m’a délégués Dieu en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, je t’absous. »

Je serais bien curieux — et vous aussi, n’est-ce pas ? — de voir de près ces fameux pouvoirs, et d’examiner simplement la signature du notaire qui en certifie l’authenticité.

Mais les moines ne furent pas aussi exigeants vis-à-vis de leurs abbés. Ils auraient pu dire au Père supérieur : « Mon ami, avant de donner l’absolution aux autres, tâche de te faire absoudre toi-même ; » mais non ! ils aimèrent mieux être confessés et devenir à leur tour confesseurs.

Il est si agréable de savoir les secrets des ménages, de connaître dans leurs plus grands détails les péchés des jeunes filles, — et encore les confesseurs qui s’en tiennent là ne sont pas les plus dangereux. Ils sont des indiscrets, et voilà tout ; mais au fond des confessionnaux il n’y a pas toujours que des indiscrets. Le plus souvent ces antres de la superstition renferment des exploiteurs du crime et des séducteurs obscènes.

Le R. P. Martène, un bénédictin qui vivait au commencement du xviiie siècle, raconte, dans un livre intitulé les Rites de l’Église, que Mmes les abbesses confessèrent pendant très longtemps leurs religieuses ; seulement, il paraît que ces abbesses étaient excessivement curieuses ; elles furent même si curieuses que l’on fut obligé de leur retirer ce droit. — Pourquoi ne l’ôte-t-on pas aux confesseurs curieux ? — Il y en a ! il y en a !

Ceux qui conseillent à une femme de faire… jeûner son mari le mercredi, sous prétexte que ce jour-là est consacré à la sainte Vierge ; — ceux qui conseillent à madame de faire tout à fait jeûner monsieur sous prétexte que monsieur ne va pas à la messe, ou qu’il refuse de croire à l’infaillibilité du pape ; — ceux qui conseillent à un jeune homme sans vocation de se faire prêtre, parce qu’il faut quand même des recrues au clergé ; — ceux qui éveillent le tempérament d’une petite fille par des questions qui lui apprennent ce qu’elle ne doit pas encore savoir ; ceux-là ne sont pas seulement des indiscrets ; ils sont plus coupables, et, comme tels, ils sont très répréhensibles. — Et il y en a beaucoup comme cela !


Non seulement ces confesseurs dangereux sont en grand nombre ; mais encore ils ne se contentent pas d’interroger les enfants sur tels et tels actes. Ils vont plus loin même. Ils ont inventé ce qu’ils appellent des Examens de conscience. Ce sont des petits questionnaires qui, sous le couvert de la religion, instruisent nos jeunes garçons et nos jeunes fillettes de ce que nous prenons tant de peine à leur cacher.

Vous croyez que j’exagère ?

Eh ! bien, vous allez être pleinement édifiés. Vous allez voir quelles questions les prêtres posent aux petits garçons et aux petites filles.

Il est nécessaire que les pères et mères de famille sachent à quelles infâmes interrogations ils exposent leurs enfants en les envoyant au confessionnal.


EXAMEN DE CONSCIENCE
par
l’Abbé LENFANT
Curé de Villiers-le-Gambon.


Les extraits de l’ouvrage que je vais citer sont parfaitement authentiques.

Il ne s’agit pas d’un livre remontant à deux ou trois siècles. Non ! — Cet Examen de conscience est un ouvrage contemporain ; c’est celui qui est actuellement en usage dans un des plus importants diocèses de l’Église catholique, le diocèse de Namur.

Les extraits que j’en ai faits ont été copiés par moi-même, et je les ai déjà publiés deux fois dans mon journal, sans que les cléricaux fanatiques qui composent notre magistrature aient jamais osé pour cela me poursuivre.

Du reste, je les en défie bien !


L’ouvrage est intitulé :

Examen de conscience, suivi d’exercices pour la confession, selon l’ordre et la lettre du Petit Catéchisme du diocèse de Namur, destiné aux enfants de la première communion, et non moins utile aux personnes plus avancées en âge, par M. Lenfant, curé de Villiers-le-Gambon. — Namur, A. Wesmaël-Legros, imprimeur de l’évêché, 1865.


Je vous prie de remarquer que ce livre n’est pas unique dans son genre ; tous les diocèses de l’Eglise catholique sont pourvus de semblables Examens de conscience. Partout, dans chaque paroisse, les prêtres remettent aux enfants, en même temps que le Catéchisme du diocèse, un petit opuscule appelé : « Examen de conscience », dont le prétexte est d’aider fillettes et jeunes garçons à rechercher quels péchés ils peuvent bien avoir commis durant la semaine, et dont le vrai but est de leur enseigner graduellement le vice. Tous ces Examens de conscience, tous sans exception, sont revêtus d’une approbation signée par un évêque. Chaque année, l’imprimeur de l’évêché en fait un nouveau tirage, et ces ignobles petits livres sont répandus à profusion dans les écoles congréganistes.

L’exemplaire, dont je vais reproduire quelques extraits, date de 1865 ; il n’est donc pas bien vieux. L’ouvrage a été composé en 1844 ; ce qui prouve que messieurs les prêtres de Namur l’ont trouvé excellent, puisqu’ils l’ont conservé jusqu’à aujourd’hui, et qu’ils s’en servent à présent encore pour la préparation des enfants à la première communion.

Voici l’approbation épiscopale :

Approbation.

J’ai lu par ordre de Monseigneur le Rme évêque de Namur le manuscrit intitulé : Examen de conscience, suivi d’exercices pour la confession, etc., par M. Lenfant, curé de Villiers-le-Gambon. Je n’ai rien vu, dans cet écrit, de contraire à la doctrine catholique. Comme l’auteur l’annonce lui-même, son dessein n’est pas d’exposer tous les péchés qui peuvent se commettre contre chaque commandement, mais seulement les plus ordinaires. Il a fait preuve de discernement et d’une prudente sobriété dans l’exécution de ce plan.

Donné à Namur, le 17 janvier 1844.

Ant. COLLARD
Chanoine Théologal et professeur de Théologie.

Et au-dessous :

Nous en permettons l’impression.

Namur, le 18 janvier 1844.

NICOLAS-JOSEPH,
évêque de Namur.

Après ces deux pages vient l’avant-propos dans lequel le curé Lenfant (nom prédestiné) déclare ceci :

Encore ai-je besoin de l’encouragement de Monseigneur Notre Révérendissime Évêque de Namur, à l’approbation duquel je le soumets entièrement et sans restriction.

Sans le secours de la direction et des explications des catéchistes, ce petit livre serait encore bien peu utile aux enfants ; aussi, j’espère qu’ils ne refuseront pas ce concours.

Ainsi donc, c’est bien entendu, les questions que l’auteur de l’Examen de conscience va poser aux enfants, il pense qu’elles pourront n’être pas assez claires, et il invite les catéchistes, les confesseurs à les bien expliquer.

Or, voulez-vous savoir quelle question pose ce prêtre, avec l’approbation de son évêque, sur ce sujet : Devoirs corporels ?

N’avez-vous pas commis d’imprudence ou de crime avant ou après la conception ?

Voilà une question que le confesseur doit expliquer à chaque jeune fille. — C’est du propre !

Je ne m’attarderai pas à reproduire les menues questions qui seraient sans intérêt : Pratiques de dévotion, Blasphèmes, Du nom de Dieu invoqué en vain, etc. — Contentons-nous d’extraire les passages qui prouvent combien chaque confession d’un enfant est pour lui une leçon d’immoralité.

vie et ixe commandements
Sixième :

Luxurieux point ne seras
De corps ni de consentement.

Neuvième :

L’œuvre de chair ne désireras
Qu’en mariage seulement.

— Que défend le sixième commandement ?

— Il défend, non seulement toute impureté, mais, qui plus est, la seule convoitise et tout plaisir qu’on aurait à y penser volontairement.

— Que défend le neuvième commandement ?

— Il défend toute impureté, c’est-à-dire, de prendre aucun plaisir charnel, sur soi ou sur autrui, en dehors du mariage, par œuvre, par attouchements, baisers, paroles, chansons, dites ou écoutées, regards, lectures de livres impudiques ou malhonnêtes.

Misérables hypocrites ! Les premiers livres impudiques et malhonnêtes, ce sont vos Examens de conscience, messieurs les prêtres.

Continuons. Le paragraphe qui suit prouve, mieux que toutes nos affirmations, que les confesseurs se mêlent de ce qui se passe dans les alcôves conjugales.

Le neuvième commandement, en général, défend toute impureté, c’est-à-dire tout plaisir sensuel honteux, charnel, à tous ceux qui ne sont pas mariés. Ce serait cependant une grave erreur que de se croire tout permis dans le mariage. Les personnes mariées pèchent dans l’état du mariage, par suite de la crainte d’avoir trop d’enfants, par des abus dans ce qui est permis, par des désobéissances dans ce qui est ordonné. Celles dont la conscience est inquiète sur cette matière délicate DOIVENT CONSULTER LEUR CONFESSEUR (textuel).

Avis aux républicains faibles qui permettent à leur femme de fréquenter l’église : c’est monsieur l’abbé qui règle comment madame doit rendre à son mari le devoir conjugal. La jeune fille qui se prépare à la première communion sait, dès l’âge de onze ans, que, lorsqu’elle sera grande, elle devra consulter son confesseur sur la manière dont elle devra se comporter envers celui qu’elle épousera. Comment, avec cela, les fillettes élevées au confessionnal pourraient-elles devenir des honnêtes femmes ?

Continuons :

Pensées.

Ruminer dans son esprit, occuper son esprit de choses déshonnêtes, former dans son esprit des images d’objets ou d’actions déshonnêtes, sans la volonté de les commettre.

— 1. Avez-vous donné occasion volontaire à des pensées déshonnêtes ?

— 2. Vous êtes-vous arrêté volontairement à considérer dans votre esprit des objets ou des actions déshonnêtes, défendues ? — Combien de fois ? — Combien de temps ? — Quel était l’objet de cette pensée volontaire ? — Telle action ? telle sorte de personne ? — Quelles ont été les suites, les désordres de ces mauvaises pensées ? — Des mouvements déréglés en vous, etc. ? — Des passions violentes ?

3. — Avez-vous repoussé ces sortes de mauvaises pensées dès que vous vous en êtes aperçu ? — Sans y prendre positivement plaisir, n’avez-vous pas été lâche à les rejeter ?

— 4. Avez-vous rappelé dans votre esprit le souvenir des péchés passés ?

Désirs.

— 1. Avez-vous désiré, souhaité dans votre cœur, de voir, de toucher, de faire, d’entendre, etc., quelqu’une de ces choses que le sixième commandement défend de faire ?

— 2. Avez-vous pris les moyens, fait les démarches, les efforts, quoique sans effet, pour exécuter ces mauvais désirs ?

— 3. N’avez-vous pas regretté le manquement d’exécution ? — Dites ce que vous avez désiré ; ses qualités, la vôtre. — S’agissait-il de personnes mariées ? ou parentes ? ou consacrées à Dieu ?

— 4. Quels ont été les effets de ces désirs sur votre corps ? — Pendant combien de temps vous êtes-vous entretenu de ces désirs impurs ?

Remarquons, en passant, que messieurs les curés, sous prétexte de questionner les jeunes garçons et les jeunes filles sur leurs péchés, leur demandent, d’une manière détournée, des renseignements sur les tierces personnes, à cause de qui les péchés ont été commis.

Actions.

— 1. Avez-vous fait des actions honteuses, impures ?

— 2. Étiez-vous seul ? — Avec d’autres ? — De même ou de différent sexe ? mariés ? parents ? ou alliés ? — Dans la crainte du déshonneur ? — Avec des bêtes ? — Dans un lieu public ou sacré ? — Combien de fois ? — Toujours avec les mêmes ? — Depuis combien de temps ? — Sous promesse de mariage ? — Quelles en sont les suites ?

Attouchements.

— 1. Avez-vous touché avec la main ou autrement, par plaisir et sans nécessité, des parties du corps que la pudeur veut que l’on cache ? — Sur vous-même ? — Sur d’autres de même ou de différent sexe ? — Mariés, parents, etc. ? — Sur des animaux ?

— 2. Avez-vous permis, souffert de ces criminelles et honteuses libertés ?

— 3. Les avez-vous provoquées, excitées ? — Combien de fois ? — Êtes-vous dans l’habitude ? — Depuis quand ? — Quel désordre ou accident a suivi ces actes coupables ?

Baisers.

— Avez-vous donné ou reçu des baisers, surtout entre jeunes gens de différents sexes, avec mauvaises intentions ? — Avec durée ? — D’une manière indécente ? — Avec danger de consentir ultérieurement aux suites impures ?

Paroles.

— 1. Avez-vous dit des paroles déshonnêtes, sales, exprimant clairement ces péchés, ou objets d’impureté ? ou des paroles à double entente, plus couvertes ? — En présence de combien de personnes ? — Quelles étaient leurs qualités ? jeunes ? mariées ? etc. — Ont-elles été scandalisées ?

Pour le coup, voilà une question passablement indiscrète. Il est facile de voir quel parti le confesseur peut tirer de la réponse qui lui est faite.

Quoique sans se faire nommer une personne, il se la fait d’abord désigner de la façon la plus explicite possible. Puis, suivant qu’il a des vues sur cette personne, suivant qu’il a intérêt à savoir si elle est ou non accessible, il pose cette question :

— Mon enfant, cette personne à qui vous avez dit des paroles déshonnêtes, sales, exprimant clairement un désir ou un objet d’impureté, cette personne, dis-je, a-t-elle été scandalisée ?

Supposons que la jeune pénitente réponde :

— Non, mon père, elle n’a pas été scandalisée du tout.

Le confesseur se dira, à part lui :

— Très bien, voilà une vertu facile dont je pourrai prochainement tenter l’assaut.

Le motif de ces questions indiscrètes ne peut faire aucun doute.

Continuons encore :

— 2. Avez-vous écouté avec plaisir des paroles déshonnêtes ? — Combien de fois par jour, par semaine ou par mois ? — Depuis quand dure cette habitude ?

— 3. Vous êtes-vous vanté de péchés commis en secret, diffamant ainsi les personnes dont vous avez abusé?

Chansons.

— 1. Avez-vous chanté des obscénités ou des chansons avec mots à double entente ? — Devant combien de personnes, etc. ?

— 2. Les avez-vous apprises à d’autres ?

— 3. Avez-vous écouté des chansons déshonnêtes ? — Y avez-vous applaudi, etc.?

Regards.

— 1. Avez-vous regardé par curiosité, par passion, des objets déshonnêtes sur vous-même ? — Sur d’autres de même ? de différent sexe ? — Indiquez la qualité des personnes ; je dis toujours qualité, parce qu’on ne doit nommer personne à confesse.

Tartufes !… On ne doit nommer personne à confesse, disent-ils… Seulement, ils posent des questions comme celles-ci :

— Cette personne, à qui vous avez manifesté des désirs impurs et qui n’en a pas été scandalisée, est-elle jeune ? Est-elle mariée ? Quelle est sa qualité ? Êtes-vous parente avec elle ? Du même sexe ? Depuis combien de temps la fréquentez-vous ?

Je vous demande un peu si quand une enfant naïve a répondu à toutes ces questions, le confesseur a besoin de se faire ajouter le nom de la personne sur laquelle il s’enquiert.

De même quand il interroge une jeune fille sur le chapitre des désirs, supposez qu’il lui pose ces questions que nous avons reproduites plus haut :

— Mon enfant, avez-vous désiré dans votre cœur de faire quelqu’une de ces choses que nous défend le sixième commandement ? Dites ce que vous avez désiré, les qualités de la personne qui était l’objet de votre désir. S’agissait-il d’une personne consacrée à Dieu ?

Je suppose un jeune vicaire posant ces trois questions à une fillette qui, sans trop s’en rendre compte, aura une inclination pour lui. L’enfant rougira, surtout à la dernière des trois questions. Il faudra qu’elle réponde. Elle sera de plus en plus confuse, embarrassée. Et le prêtre possédera le secret de la pauvrette, lui aura ouvert les yeux sur le sentiment qu’elle éprouvait sans se l’expliquer ; de ce jour, le misérable sera maître de l’enfant.

Continuons toujours. Voici une question, que le confesseur, suivant l’invitation de l’auteur de l’Examen de conscience, doit avoir souvent à expliquer aux fillettes candides et pures. Quelle honte que cette question ! Quelle honte que ces explications !

— 2. Avez-vous regardé certains actes des animaux ?

— 3. N’avez-vous pas souffert, permis à d’autres des regards coupables sur vous ? — Par imprudence ou manque de pudeur ?

— 4. Avez-vous considéré des tableaux, des statues indécentes ? etc. — Des nudités ?

Lecture.

— 1. Avez-vous lu par curiosité ou passion, sans nécessité, des lettres d’amour, des livres impudiques, de médecine, de théologie, des romans, des livres, des chansons déshonnêtes, de sales histoires, des journaux de même genre ? etc.

— 2. Les avez-vous encore ? — Les avez-vous communiqués à d’autres ou laissés exposés à leur vue ?

10° Conservation de la chasteté.

— 1. Vous êtes-vous exposé volontairement au danger de pécher sans graves raisons, et quelles raisons ?

— 2. Êtes-vous resté volontairement dans l’occasion ? — Avez-vous aimé, recherché l’occasion prochaine du péché mortel d’impureté ? — Combien de fois ? — Combien de temps ? — Quelle est cette occasion ? — Est-ce dans la même maison que vous habitez ? — Cette occasion est-elle libre ou nécessaire ? — Avez-vous employé les moyens prescrits par votre confesseur ?

— 3. Êtes-vous resté seul à seul avec une personne de différent sexe que vous affectionnez, dans l’obscurité, hors de tout œil de surveillance, dans la maison, sur le seuil des portes ? — Avez-vous été à des rendez-vous ? — Dans des mauvaises compagnies ? — Dans les veillées où se trouvent réunis des jeunes gens des deux sexes ? — Dans des danses de nuit ou de cabaret ? — Courez-vous les fêtes le soir, les allées ou venues ?

— 4. Avez-vous eu des fréquentations pour le mariage longues, imprudentes ?

— Êtes-vous dans quelque habitude d’impureté ? — Laquelle ? — Seul ou avec d’autres ? — Depuis combien de temps ?

Etc., etc.

Quelle abomination ! Voilà comment les prêtres entendent leur sacerdoce ! Voilà les côtés secrets de la religion catholique !

M. Jules Ferry, à l’époque où il n’était pas encore ministre, a dit ceci : « La religion, c’est l’embrigadement de la bêtise humaine. » Il aurait pu ajouter : « Et le confessionnal, c’est la tanière des plus immondes cochons. »

Il faut être, en effet, — passez moi l’expression, — le dernier des saligots, pour se complaire à enseigner le vice graduellement, par menus détails, aux petits garçons et aux petites filles.

Et ils osent dire, ces hypocrites, que leur sacrement de pénitence purifie et rend plus vertueux !

Mensonge ! exécrable mensonge ! La confession n’est pas autre chose que l’école de l’impureté.

Voyez ce prêtre de Namur ; il met sous les yeux de la jeunesse un questionnaire infect, ignoble ; et, en tête de son livre, il écrit dans son avant-propos : « Sans le secours de la direction et des explications des catéchistes, cet Examen de conscience serait encore bien peu utile aux enfants. »

Il trouve qu’il n’en a pas dit assez. Il fait appel aux directeurs de conscience, aux catéchistes pour qu’ils développent ses infamies.

D’abord l’examen sommaire, les interrogations générales, conformes au livre de M. le curé et du petit catéchisme du diocèse. Ensuite, viendront les demandes précises et détaillées du confesseur, les explications compliquées, embarrassées et très minutieuses des jeunes pénitents et des jeunes pénitentes.

Doit-on s’étonner que dans ces longues conversations, roulant complaisamment sur des sujets scabreux, sensuels, sur des tableaux à damner saint Antoine lui-même, — doit-on s’étonner que parfois confesseur et pénitente se soient laissés aller à des explications que je m’abstiendrai de qualifier, qu’ils aient passé de la théorie du catéchisme à la pratique ?

En effet, imaginez-vous un jeune gaillard de vingt-cinq ans, plein de santé et de sève, sortant du séminaire où il a prêté ce serment absurde et contre nature de chasteté ; le voyez-vous, lui, dont le cœur éclate par l’explosion des passions longtemps comprimées, le voyez-vous, entreprenant de confesser une jeune et jolie fillette qui, la pauvre enfant, ne pense pas à mal ?

Catéchisme en main, il procède par interrogations scrupuleuses. Il est novice dans le métier, il craint de laisser passer la moindre peccadille sur la conscience de sa timide et tremblante cliente. Et voilà cette ravissante jeune fille de quinze ans qui, rougissant, raconte à ce jeune homme des choses intimes qu’elle n’oserait pas dire à sa mère. Elle devra énumérer les pensées qu’elle a eues en prenant son bain, etc.

Et la pauvrette, de ses lèvres chastes et roses, devra glisser dans le tuyau de l’oreille de son jeune directeur les réponses les plus exactes à toute sorte de questions qu’elle considérerait comme des injures en toute autre circonstance.

Dites, après cela, si des parents qui se sont appliqués pendant de longues années à éloigner de l’esprit, de l’imagination de leurs enfants, toute pensée qui puisse ternir la pureté de leur cœur, ne doivent pas redouter le confessionnal !

Et notez bien que je viens de parler seulement du jeune prêtre au moment où il sort du séminaire, au moment où il a peut-être encore quelques bons instincts, au moment où le contact des vétérans du sacerdoce ne l’a pas encore vicié.

Celui-là faiblit, mais il répare quelquefois sa faute. On en a vu, de ces jeunes vicaires, — rarement, il est vrai, — on en a vu jeter leur soutane aux orties et épouser la jeune fille dont ils avaient effeuillé la couronne virginale. À ceux-là, nous accordons le pardon ; ce qui ne nous empêche pas de continuer à dire que l’institution de la confession est quand même mauvaise ; car, si le prêtre ne s’était pas trouvé là, la jeune fille en aurait aimé un autre plus digne d’elle.

Un petit vicaire peut rentrer dans la vie civile ; il ne vaut jamais un bon et honnête ouvrier qui n’a pas fait cet apprentissage de fainéantise dont la livrée est une soutane.

Méfiez-vous toujours de quiconque a accepté, ne serait-ce que pendant une année, de porter cette livrée honteuse. Dans l’ancien calotin, dans l’ancien séminariste, dans quiconque s’est destiné un moment au métier malhonnête de prêtre, il reste toujours un fond de malhonnêteté. — Il n’y a à cette règle que bien peu d’exceptions ; les Raspail et les Lamennais sont de plus en plus rares.

À plus forte raison, fuyez comme la peste ceux qui ont croupi dans la fange sacerdotale. Ceux-là ne répareront pas les brèches faites à l’honneur des jeunes filles ; ils se joueront d’elles, ils les abuseront sans cesse. Ce ne sont pas des hommes, ce sont des boucs à face humaine. Ils portent partout sur leurs pas, la dépravation, l’obscénité, la honte la plus crapuleuse. — Qu’ils soient maudits !


Nous avons examiné la confession dans ce qu’elle a de corrupteur pour la vertu des adolescents. Nous avons dit comment elle prédispose même les enfants à l’impureté. Voyons comment elle peut porter le trouble dans les ménages ; car, tandis que je citais mes extraits de l’Examen de conscience du curé Lenfant, on a pu remarquer que messieurs les confesseurs ont de fortes tendances à vouloir pénétrer les secrets de l’alcôve.

Après avoir parcouru les livres que l’on met dans les mains des pénitents, parcourons un peu ceux qui sont destinés aux jeunes abbés des séminaires.

Pour que le prêtre puisse expliquer certaines choses à l’homme ou à la femme qui se confesse à lui, il faut nécessairement qu’il en soit instruit lui même d’une façon très complète.

C’est dans ce but que les grands théologiens ont imaginé des ouvrages qu’ils appellent Manuels des confesseurs. Le plus célèbre d’entre tous est celui qui a été écrit par Mgr Bouvier, évêque du Mans, qui vivait encore il n’y a pas longtemps.

Ce Mgr Bouvier, qui devait à coup sûr avoir dans les veines le même sang que le marquis de Sade, a été honoré de distinctions toutes spéciales par le pape Pie IX, le Borgia du xixe siècle.


Ici, dans sa conférence, M. Léo Taxil donnait quelques rapides aperçus des Diaconales de Mgr Bouvier ; bien entendu, en choisissant ses extraits, en sautant des mots, en supprimant les passages par trop scabreux. Il lisait encore des morceaux du fameux Compendium, ouvrage à la collaboration d’une société de casuistes du xviiie siècle, des Pieuses Exhortations de Mgr Claret, archevêque et confesseur d’Isabelle d’Espagne, et enfin de la Mœchialogie (Cours de luxure), du R. P. Debreyne, religieux trappiste.

Nous donnons comme appendice à cette conférence de M. Léo Taxil de nombreux extraits des quatre ouvrages ci-dessus dénommés.

On pourra se faire ainsi une idée de l’enseignement qui est donné aux jeunes abbés des grands séminaires. Comme dans un livre il est loisible de reproduire textuellement des citations quel que soit leur degré d’obscénité (ce qui ne se peut dans une conférence), les lecteurs trouveront donc, à la fin du discours, cent fois plus d’extraits que n’en ont eus les auditeurs.

Une fois faites les citations pour lesquelles nous renvoyons le lecteur à l’appendice qui termine ce volume, M. Léo Taxil ajoutait :


On le voit, messieurs les curés se mêlent de ce qui est le plus intime dans les ménages. Ils demandent à Madame de quelle manière Monsieur se comporte envers elle, s’il font ensemble ceci ou cela… Oh ! ces questions, disent-ils, sont nécessaires ; il faut qu’ils connaissent tous les détails du péché pour savoir s’ils doivent donner l’absolution ou la refuser.

Est-il possible de pousser plus loin l’astuce et la dépravation ?

Si, chez vous, un des amis de la maison venait demander à votre femme des renseignements sur la manière dont vous agissez avec elle, est-ce que vous ne prendriez pas une trique pour en frictionner avec vigueur les épaules de l’impertinent ? — Oui, n’est-ce pas ? — Pourquoi n’en use-t-on pas de la sorte vis-à-vis de ces calotins dévergondés qui, eux, ne sont pas les amis, mais les ennemis de la maison ?

Est-ce que ces gens-là ont le droit de s’immiscer dans les mystères de l’intérieur des autres ?

Ils ont trouvé cette belle excuse à leur indiscrétion de satyres !… C’est pour éclairer, disent-ils, la conscience des femmes sur les péchés qui se peuvent commettre, qu’ils leur font subir des interrogatoires si minutieux.

Mauvais prétexte ! Nouvelle imposture !

Moins que personne, ils n’ont le droit de connaître comment les époux conjuguent le verbe « se marier », eux qui disent s’être interdit de contribuer à l’accroissement de l’espèce humaine.

S’il est une question dont ils ne doivent pas s’occuper, c’est à coup sûr celle-là.

Qu’ils aillent confesser les nonnes hystériques, leurs dignes femelles, et qu’ils laissent en paix les ménages des honnêtes gens !


Mais voilà ! la confession des femmes mariées leur est nécessaire, à ces misérables !

Leur pouvoir est bâti sur la division et sur l’intrigue. Or, par la confession, il leur est facile de semer la discorde dans les familles ; par la confession, ils sont au courant de mille secrets, ils connaissent les côtés faibles des individus. Ils manœuvrent dans l’ombre ; mais leurs plans sont tracés d’après des indications sûres. — Voyez-vous bien le danger ?

Aussi, ce droit de confession qu’ils se sont attribué sera-t-il toujours le privilège qu’ils défendront avec le plus d’énergie.

Cette institution abominable, ils la soutiennent effrontément par les mensonges les plus audacieux. Il est juste de dire que les mensonges ne leur coûtent rien.

Pour défendre leur sacrement de pénitence, il y a des curés qui ont l’aplomb de soutenir que, grâce à la confession, pas mal de voleurs ont restitué ce qu’ils avaient dérobé.

D’abord, il ne suffirait pas d’avancer cela ; il faudrait encore le prouver. J’ai souvent entendu faire valoir cet argument ; mais à ma connaissance jamais aucun curé n’a cité un fait précis.

Si des voleurs ont rendu l’argent dérobé, à la suite d’une visite au confessionnal, que messieurs les prêtres les nomment !

— Ah ! voilà. Ils ne nommeront personne, cela leur est défendu. Il y a le secret de la confession.

Quel procédé commode pour toujours avoir raison ! On articule un fait à l’appui d’une thèse que l’on soutient, et, quand on vous demande les moyens de contrôler votre assertion, on s’efface derrière une consigne. Monsieur l’abbé veut bien affirmer que, grâce au sacrement de pénitence, il a fait opérer des restitutions ; seulement, il ne peut pas, à son grand regret, désigner les personnes en cause, ni même indiquer les circonstances de l’aventure.

Soit. — Mais alors on me permettra de révoquer en doute les assertions de monsieur l’abbé ; car des assertions qui ne sont appuyées d’aucune preuve sont sans valeur, surtout quand celui qui les émet a intérêt à les émettre.

Bien plus, l’excuse du secret de la confession ne me paraît pas sérieuse le moins du monde ; car la prêtraille sait parfaitement passer par-dessus son fameux secret de la confession quand elle y a intérêt.

A-t-on oublié que lors du coup d’État de 51, grand nombre d’ouvriers qui faisaient partie des sociétés de résistance ont été dénoncés par les confesseurs de leurs femmes ?


Personnellement, je ne crois pas que les confesseurs aient jamais fait restituer un centime mal acquis. Il se peut que, à des pénitents s’accusant d’avoir dérobé une somme quelconque, les confesseurs aient dit :

— Mon fils, votre action est très coupable. Pour l’expier et l’effacer, vous allez m’apporter la somme que vous détenez indûment et je l’appliquerai à une bonne œuvre catholique. Ce sera la réparation de votre faute.

Voilà ce qui arrive en fait de restitution ; mais on avouera que, si le voleur restitue de cette façon, le volé n’en a pas une plus belle jambe.

La vérité m’oblige à dire qu’il y a un curé, — il existe encore, — qui a opéré quelques restitutions en rendant à des personnes volées l’argent qui leur avait été pris.

Ce curé s’appelle l’abbé Cameigt ; tout récemment, il était à la tête d’une paroisse dans le département des Pyrénées-Orientales. — Voici quel était son manège : quand il allait en visite chez quelqu’un, il filoutait tout ce qui se trouvait à sa portée ; il ne se gênait pas ; si l’on ne s’apercevait pas du larcin avant un certain nombre de jours, il gardait l’argent ou les objets dérobés ; comment se douter que monsieur le curé était le voleur ? Si par contre la disparition de ce que l’abbé Cameigt avait confisqué était aussitôt constatée, dès que notre voleur savait que les victimes faisaient une petite enquête et recherchaient l’auteur du méfait, il se rendait chez le commissaire de police et lui tenait ce langage :

— Monsieur le commissaire, pas plus tard que ce matin, un de mes pénitents est venu se confesser à moi et m’a remis cette somme qu’il a dérobée, il y a quelques jours à Untel. Vous comprendrez, monsieur le commissaire, que les devoirs de mon sacerdoce sacré m’interdisent de la façon le plus absolue de vous dévoiler le nom de ce malheureux pécheur ; tout ce que je puis vous affirmer, c’est que l’infortuné était sous le coup des plus vifs remords. Aussi, je vous prie d’intercéder pour lui auprès de M. Untel afin qu’il retire sa plainte ; vous lui rendrez son argent ; et moi, de mon côté, je prierai Dieu pour que ce pécheur repentant ne succombe plus à la tentation.

Ce n’était pas plus malin que cela. L’affaire s’arrangeait à l’instant ; les volés étaient heureux de rentrer en possession de leur bien ; on soupçonnait Pierre, Paul ou Jacques ; mais en revanche, monsieur le curé se faisait une réputation exceptionnelle de probité.

Malheureusement pour le saint homme, il abusa un peu trop du procédé ; si bien que dans une affaire assez grave qu’il n’était plus temps d’étouffer, un substitut incrédule persista, malgré la restitution, à faire son enquête ; ce qui amena la découverte du pot-aux-roses, et la condamnation de monsieur l’abbé Cameigt à sept années de réclusion. Le procès a été jugé tout récemment par la cour d’assises de Perpignan.


Les curés, du reste, sont connus pour être forts pour encaisser, mais durs à la détente. On voit pas mal de monacos entrer chez eux, mais on n’en voit pas beaucoup sortir.

Tenez, j’ai encore entre les mains un petit travail écrit par un ecclésiastique, qui traite la question de la confession, et je vous certifie que M. le théologien ne conseille pas du tout, mais là pas du tout, de restituer l’argent mal acquis.

Ce traité de la confession est l’ouvrage d’un de nos contemporains. L’auteur vit encore, puisque le journal qui les publie au fur et à mesure n’en est qu’à sa quatrième année d’existence.

Ce journal est rédigé spécialement pour les prêtres et par des prêtres.

Voici son titre :

Le Journal du Presbytère, fondé et rédigé d’après le programme des assemblées catholiques, organe des congrégations religieuses, des pèlerinages, des cercles catholiques et de toutes œuvres pies. Nouvelles et Instructions religieuses. Paraissant tous les jeudis : bureaux et administration du journal, 4, rue Chauchat, à Paris.

Le numéro que j’ai sous les yeux porte la date du 10 juin 1880. Vous voyez que ce n’est pas vieux.

Dans ce numéro, je lis l’avis suivant :

— « L’administration du Journal du Presbytère s’est assuré la collaboration et le concours zélé de théologiens érudits et de casuistes aussi expérimentés que prudents, afin de répondre, à bref délai, à toutes les difficultés ou consultations du domaine théologique, telles que : Cas de conscience, questions de dogme, de morale pratique, etc. »

Nous allons un peu voir comment les calotins de nos jours entendent la morale pratique et comment ils traitent les cas de conscience. On ne pourra pas récuser ma citation ; je ne crois qu’elle ne saurait être plus précise.

Voici donc de quelle façon le moniteur des confessionnaux envisage la question si délicate du chantage, qui est une des manières les plus odieuses d’escroquer de l’argent.

Sous le titre Théologie morale et pratique, l’abbé Olivier Piquand écrit ceci :

On nous demande quelle doit être, pour un confesseur, la solution à donner dans le cas suivant :

Justine, témoin d’un crime que Calixte, son maître, vient de commettre, menace de le dénoncer s’il ne porte à cent francs ses gages qui jusque-là n’étaient que de quatre-vingts francs, et ne s’oblige à la garder toujours à son service. Justine, ayant du regret d’avoir imposé à son maître ces conditions onéreuses, se présente au tribunal de la pénitence et s’accuse de ce qu’elle croit être une faute.

Principes

La crainte grave qui a fait une si forte impression sur l’esprit d’un homme qu’elle ne lui a pas laissé la liberté ni donné le temps de réfléchir à l’obligation qu’il contractait, rend le contrat nul et invalide ; car elle a ôté à cet homme le libre consentement de sa volonté, en lui ôtant le loisir d’être attentif à ce qu’il fait ; or, il ne peut y avoir de contrat valide où il n’y a point de libre consentement de la volonté…

Voilà qui est parfaitement raisonné, direz-vous.

Attendez !

Un prêtre ne serait pas un prêtre si, après avoir par hasard dit deux mots de vrai, il ne tombait pas immédiatement dans quelque effronté mensonge.

Mais, ajoute l’abbé Olivier Piquand, la crainte grave, venue d’un principe intérieur ou d’une cause étrangère nécessaire et naturelle, n’annule point, par elle-même, ni les contrats, ni les promesses… La crainte, qui naît d’une cause libre, mais juste, n’annule point un contrat, parce que celui qui contracte par cette crainte, quoiqu’il paraisse en quelque manière agir malgré lui, consent cependant véritablement ; il est libre de ne pas consentir…

Admirez-vous la subtilité ?

La crainte est volontaire dans sa cause : il en est le principe, elle vient de lui plus que de personne ; il y a donné sujet ; en commettant la faute, il s’est soumis à la peine ordonnée par les lois ; il a donné droit au magistrat de l’obliger, par autorité supérieure, de contracter, et c’est librement et de son plein gré qu’il prend ce parti, pour éviter la peine qu’il subirait s’il y manquait.

Ceci posé, nous disons que le confesseur de Justine n’a aucune restitution à ordonner ni à imposer à sa pénitente : son maître a été déterminé par une crainte juste et il a contracté avec pleine et entière liberté.

Ainsi, c’est bien entendu, quand un individu a spéculé sur l’intérêt qu’un autre individu a à cacher une faute, l’Église l’approuve et ne lui ordonne pas de restituer.

Cela est écrit, cela est signé par un ecclésiastique, que ses collègues en soutane qualifient de : théologien érudit, casuiste aussi expérimenté que prudent. Telle est la morale pratique de la religion que nos magistrats se font une gloire de pratiquer.

Et, qu’on le remarque bien, cette théorie n’est pas une théorie isolée. C’est la doctrine même du clergé. Un prêtre ne peut pas traiter publiquement des questions de théologie ou de casuistique sans l’autorisation de son évêque. Le Journal du Presbytère est imprimé avec l’approbation de Mgr Guibert, archevêque de Paris, — Hippolyte, dans l’intimité.

Voilà donc comment le confessionnal favorise la restitution de l’argent mal acquis. Non seulement la confession ne fait pas rendre gorge aux escrocs ; mais encore, elle autorise la plus vile des malhonnêtetés, le chantage.

Or, du moment que les prêtres reconnaissent le chantage comme une spéculation très légitime, je vous laisse à penser si ces gredins doivent l’exploiter pour leur compte à l’égard des imbéciles dont le sacrement de pénitence leur livre les secrets !


Par le sacrement de pénitence, c’est-à-dire par la confession, le prêtre pervertit de bonne heure l’esprit des enfants, pénètre les mystères des alcôves, intrigue, escroque, séduit les jeunes filles et mortifie les maris sans que ceux-ci aient jamais le droit de se plaindre.

Dans la haute société, dans ce qu’on est convenu d’appeler le grand monde, les dames ne se contentent pas d’avoir un confesseur, — il leur faut, par dessus le marché, un directeur de conscience. Le confesseur n’est plus qu’en sous ordre : madame lui débite à la sacristie tout ce qu’elle veut. Le directeur de conscience, lui, a ses grandes et petites entrées à la maison ; il est l’ami par excellence de madame, il dirige toutes ses actions, il a sur elle un empire absolu.

Le métier de directeur a toujours été très bon en France ; mais en Italie et en Espagne surtout, c’est un état. Ce titre est une sauvegarde, même contre le mari.

Le directeur entre ; il bénit en passant le débonnaire époux ; il marche à l’appartement de madame ; il laisse ses sandales ou ses babouches en dehors ; il ferme ou ne ferme pas la porte ; ces sandales sont les colonnes d’Hercule, défense de les passer. Il est démontré que madame est en conférence avec le Saint-Esprit.

Un mari espagnol, qui se gardait bien de dire, mais qui pensait que le Saint-Esprit a fait jadis une espièglerie notoire, — ce mari, nous raconte Voltaire, perça un trou au-dessus de l’appartement de madame, curieux de savoir ce que le Saint-Esprit faisait avec elle.

Il vit… Je ne sais trop ce qu’il vit, mais il se fâcha et très fort. Il descendit armé d’un bâton, passa bravement les colonnes d’Hercule et chassa le directeur en lui frictionnant vivement l’omoplate.

Après quoi, il rentre chez madame, l’accable de reproches, et en marchant de long en large, selon la coutume des hommes exaspérés, il s’embarrasse les pieds dans une culotte qui n’était pas la sienne, ni celle du Saint-Esprit. — Pièce de conviction qui alimente sa colère pendant une bonne heure ; pendant une bonne heure il exhale son courroux, gesticulant avec la culotte, faisant de grands bras, proférant des blasphèmes épouvantables contre madame et contre le Saint-Esprit ; et, durant ce temps, une procession marchait bénignement et vint s’arrêter à sa porte. — Le chef du couvent voisin marchait en tête et dit au mari stupéfait :

— Nous possédons dans le trésor de notre monastère la culotte de saint Pancrace, qui guérit de la stérilité les femmes qui la baisent. Frère Boniface, dans un accès de zèle l’a soustraite de la sacristie pour la faire baiser à madame ; rendez-nous la culotte de saint Pancrace !

La procession était escortée de quelques estaffiers de la Très Sainte Inquisition, qui marchaient les yeux baissés, le chapelet à la main et l’épée au côté. On ne discute pas avec ces gens-là. Le mari rendit la culotte de saint Pancrace ; on l’emporta en grande cérémonie, accrochée au haut d’une croix ; on la plaça dans la chapelle de la Vierge, et, depuis, les femmes stériles l’entourent d’ex-voto.


Nous en avons fini avec les directeurs de conscience. Quelque soit le nom qu’ils portent, les confesseurs ne valent pas cher. Quant au sacrement de pénitence, même pratiqué sérieusement, il ne vaut rien du tout.

Où sont donc les avantages de la confession ? Pour ma part, je ne vois à cette institution que des inconvénients qui devraient la faire abolir ; mieux que cela, provoquer des peines sévères contre les individus qui se permettraient d’exercer l’infâme métier de confesseur.

N’oublions pas que le moine dominicain Politien de Montepulciano, qui empoisonna l’empereur Henri VIII d’Allemagne dans une hostie, l’avait absous la veille pour qu’il communiât le lendemain ; que les assassins des Sforce et des Médicis s’étaient préparés au meurtre par la confession ; que Louis XI, quand il avait commis un grand crime, demandait pardon à la petite Notre-Dame de plomb, qu’il portait à son bonnet, allait à confesse et dormait tranquille ; que Jaurigny, assassin du prince d’Orange, Guillaume Ier, n’osa entreprendre cette action qu’après avoir fortifié par le pain céleste son âme préalablement purgée par la confession aux pieds d’un dominicain.

Charles IX qui ordonnait la Saint-Barthélemy, Louis XIV qui baignait les Cévennes de sang, allaient tous deux à confesse. Or, comme quand il s’agit d’une grande affaire spirituelle, un dévôt ne manque jamais de consulter son directeur de conscience, il s’ensuit — et le fait est du reste certifié par l’histoire — que les massacres des Cévennes et de la Saint-Barthélémy ont été conseillés par les confesseurs.

C’est au confessionnal que Jean Châtel, Jacques Clément, Damiens, Ravaillac, ont aiguisé leurs poignards.

En argot de sacristie, se confesser avant de commettre un crime, s’appelle « se faire ramoner. » — C’est un terme consacré. — On nettoie sa conscience de tous les petits péchés véniels de la semaine, on en reçoit l’absolution, et l’on va bravement exécuter un crime à la plus grande gloire de Dieu.

Notez qu’un crime accompli en faveur de la religion n’est pas un crime, C’est une action d’éclat, qui fait du criminel un héros et le désigne à la vénération des fidèles.

Ainsi, que demain le gouvernement fasse rentrer le clergé tout à fait dans le droit commun, lui retire tous ses privilèges et confisque au profit de l’État les biens mal acquis par les congrégations, toute la prêtraille se dira persécutée ; les députés républicains et les membres du pouvoir seront désignés aux vengeances catholiques ; et, si quelque fanatique venait à assassiner, soit un président de la République, soit un ministre, soit un des députés démocrates influents, loin de renier l’assassin, le clergé lui élèverait des autels.

Que ceux qui gouvernent réfléchissent ! Qu’ils réfléchissent, et ils comprendront combien la confession est pernicieuse et combien en général la religion est une chose infâme.

Au siège de Barcelone, les prêtres refusaient l’absolution à ceux qui restaient fidèles à Philippe V, à qui, par parenthèse, ils avaient eux-mêmes prêté serment de fidélité.

En 1750, on refusait à Paris l’absolution et les sacrements à ceux qui n’admettaient point une certaine bulle du pape, la bulle Unigenitus, qui n’était point un acte de foi, mais un acte de parti.

Tout récemment, sous la période du Seize-Mai, si bien appelée par le peuple « gouvernement des curés », les prêtres dans les campagnes refusaient l’absolution aux paysans naïfs qui ne voulaient pas voter pour les candidats anti-républicains.

Cela ne prouve-t-il pas que le sacrement de pénitence se transforme entre les maires des calotins en instrument politique ?


CONCLUSION :

La confession n’est pas seulement profondément immorale ; elle offre encore de très grands dangers au point de vue politique ; et, sous quelque rapport qu’on l’envisage, elle doit être interdite, abolie, supprimée.