Les Quatre Évangiles/05

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LES QUATRE ÉVANGILES





DEUXIÈME PARTIE





CHAPITRE V


L’ACCOMPLISSEMENT DE LA LOI DONNE LA VRAIE VIE

LA NOUVELLE DOCTRINE SUR DIEU

Les prophètes ont promis la venue de Dieu dans le monde. Après les prophètes, Jean proclame que Dieu est déjà dans le monde, et que, pour le reconnaître, il suffit de se rénover en esprit. Jésus se dit : si Dieu est dans le monde, je dois le connaître. Où est Dieu ? Et, dans le désert, où il se retire, Jésus apprend qu’il y a la vie de la chair, pour lui incompréhensible, et, en même temps, la manifestation de Dieu, qu’il peut comprendre, (Chap. i.)

Ayant compris cela, Jésus quitte le désert et déclare que Dieu est dans le monde, qu’il est en l’homme, mais ce n’est point ce Dieu que se représentent d’ordinaire les hommes, mais Dieu tel qu’il s’exprime par la vie des hommes : Dieu-esprit. (Chap. ii.)

L’esprit de Dieu est en chaque homme. Chaque homme, outre son origine charnelle, outre sa dépendance de la chair, se reconnaît encore une autre origine et dépendance de l’esprit. C’est cette conscience même qui est Dieu dans le monde.

Dieu est le commencement de tout ; il a donné aux hommes cette conscience de lui, et ne participe d’aucune autre manière dans les affaires de ce monde. Les hommes peuvent trouver en eux-mêmes Dieu. Il est dans leur âme. C’est pourquoi la venue de Dieu dépend de la volonté des hommes, de l’effort qu’ils font pour l’accomplissement ou de la volonté de la vie charnelle ou de la volonté de l’esprit de Dieu. (Chap. iii.)

La volonté de l’esprit de Dieu, c’est le bien. L’accomplissement de ce bien est régi par la loi. Cette loi s’exprime en cinq préceptes : Ne pas se mettre en colère, ne pas forniquer, ne rien promettre, ne pas lutter contre le mal, ne pas faire la guerre. (Chap. iv.)

L’observation de ces préceptes oblige au renoncement des richesses et de toute propriété, ainsi qu’au renoncement de tout orgueil, de la violence contre autrui, et de tout ce qui fait le but des désirs charnels. La pauvreté, la mendicité, c’est l’unique moyen d’atteindre la vraie vie.


L’ÉLECTION DES DISCIPLES ET LE DISCOURS DE JÉSUS

Ἰδών δὲ τοὺς ὄχλους, ἐσπλαγχνίσθη περὶ αὐτῶν ὅτι ἦσαν ἐϰλελυμένοι ϰαὶ ἐῤῥιμμένοι ὡσεί πρόβατα μὴ ἔχοντα ποιμένα.

Δεῦτε πρὸς μὲ πάντες οἱ ϰοπιῶντες ϰαὶ πεφορτισμένοι, ϰὰγώ ἀναπαύσω ὑμὰς.

Ἄρατε τὸν ζυγόν μου ἐφ' ὑμᾶς ϰαὶ μάθετε ἀπ' ἐμοῦ, ὅτι πρᾳός εἰμι ϰαὶ ταπεινός τῇ ϰαρδία· ϰαὶ εὐρήσετε ἀνάπαυσιν ταῖς ψυχαῖς ὑμῶν.

Ὁ γὰρ ζυγός μου χρηστὸς, ϰαὶ τὸ φορτίον μου ἐλαφρόν ἐστιν.


Matthieu, ix, 36. Et voyant tous ces peuples il en eut compassion, parce qu’ils étaient accablés de maux, et couchés comme des brebis qui n’ont point de pasteur. Jésus avait pitié des hommes, de ce qu’ils ne comprennent pas en quoi consiste la vraie vie et se tourmentent, ne sachant pas pourquoi, comme les brebis sans pasteur.
Matthieu, xi, 28. Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et qui êtes chargés, et je vous soulagerai. Et il dit : Donnez-vous à moi vous tous qui souffrez et êtes chargés au delà de vos forces, et je vous donnerai le repos.
29. Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes ; Prenez mon joug sur vous et apprenez de moi que je suis humble et doux de cœur, et vous connaîtrez le repos, dans la vie.
30. Car mon joug est doux et mon fardeau est léger. Car mon joug est aisé et mon char est léger 1).

Remarques.

1) Les hommes mettent sur eux un joug qui n’est point fait à leur mesure et s’attellent à un char trop lourd pour leurs forces. Les hommes vivant de la vie charnelle désirent trouver le repos et le calme. Ce n’est que dans la vie spirituelle qu’il y a le repos et la joie. C’est le seul joug qui soit adéquat aux forces de l’homme, et c’est ce qu’enseigne Jésus. Essayez, et vous verrez combien c’est aisé et facile.


Jean vii. Que celui qui veut connaître de moi si je dis la vérité essaye de faire ce que je dis.


Μετὰ δὲ ταῦτα ἀνέδειξεν ὁ Κύριος ϰαὶ ἑτέρους ἐβδομήϰοντα, ϰαὶ ἀπέστειλεν αὐτοίς ἀνὰ δύο πρὸ προσώπου αὐτοῦ, εἰς πᾶσαν πόλιν ϰαὶ τόπον οὖ ἔμελλεν αὐτὸς ἔρχεσθαι.

Ἔλεγεν οὐν πρὸς αὐτούς, Ὁ μὲν θερισμὸς πολύς, οἱ δὲ ἐργάται ὀλίγοι· δεήθητε οὖν τοῦ ϰυρίου τοῦ θερισμοῦ ὄπως ἐϰβάλλη ἐργάτας εἰς τὸν θερισμὸν αὐτοῦ.

Πορευόμενοι δὲ ϰηρύσσετε, λέγοντες. Ὅτι ἤγγιϰεν ἡ βασιελεία τῶν οὐρανῶν.


Luc, x, 1. Quelque temps après, le Seigneur choisit encore soixante et douze autres disciples, qu’il envoya devant lui, deux à deux dans toutes les villes et dans les lieux où il devait aller lui-même. Après cela, Jésus nomma encore soixante-dix hommes et les envoya par deux à sa place, dans toutes les villes et les lieux où il devait être.
2. Et il leur disait : La moisson est grande ; mais il y a peu d’ouvriers. Priez donc le maître de la moisson qu’il envoie des ouvriers en sa moisson. Et il leur dit : Le champ est vaste mais il y a très peu d’ouvriers ; il faut que le maître envoie des moissonneurs dans le champ.
Matthieu, x, 7. Et partout où vous irez, prêchez en disant : Le royaume des cieux est proche. Allez et annoncez : dites que le royaume de Dieu est venu 1).

Remarques.

1) J’omets le verset 6 de Matthieu, qui ne se trouve pas chez Luc, et qui prête à Jésus une pensée contraire à sa doctrine. J’omets les mots : guérir les malades, etc., comme preuve extérieure de la vérité, ce qui n’est guère nécessaire pour la doctrine.


Καὶ παρήγγειλεν αὐτοῖς, ἴνα μηδέν ἀίρωσιν εἰς ὁδὸν, εἰ μὴ ῥάβδον μόνον· μὴ πήραν, μὴ ἄρτον, μὴ εἰς τῂν ξώνην χαλϰόν.

Ἀλλ’ ὑποδεδεμένους σανδάλια· ϰαὶ μὴ ἐνδύσαθαι δύο χιτῶνας.

Ἄξιος γὰρ ὁ ἐργάτης τῆς τροφῆς αὐτοῦ ἐστιν.


Marc, vi, 8. Il leur commanda de ne rien porter en chemin qu’un bâton, et de n’avoir ni sac, ni pain, ni argent dans leur bourse ; Et il leur ordonna de ne prendre en route ni sac, ni pain, ni argent dans le sac, rien, sauf un bâton.
9. et Matth., x, 10. Mais d’aller avec des sandales et de ne point se pourvoir de deux tuniques. Car l’ouvrier mérite qu’on le nourrisse. Mettez des lapti et un seul caftan, parce que celui qui travaille mérite son habit 1).

Remarques.

1) ἄξιος signifie d’un poids égal, et ici a le sens de conforme. Dans ce passage ces paroles signifient que l’homme qui travaille reçoit nécessairement le salaire qui lui est dû. C’est pourquoi l’homme qui désire travailler, qui est prêt à le faire, n’a pas besoin de provision d’argent et de vêtements.


Οπου ἐὰν εἰσέλθητε εἰς οἰϰίαν, ἐϰει μένετε ἕως ἄν ἐξελθητε ἐϰεῖθεν.

Εἰσερχόμενοι δὲ εἰς τὴν οἰϰίαν, ἀσπάσασθε αὐτήν λέγοντες· εἰρήνη τῷ οἴϰῳ τούτῳ.

Καὶ ἐὰν μὲν ἦ ἡ οἰϰία ἀξία, ἐλθέτω ἡ εἰρήνη ὑμῶν ἐπ' αὐτήν· ἐὰν δὲ μὴ ἦ ἀξία ἡ εἰρήνη ὑμῶν πρὸς ὑμᾶς ἐπιστραφήτω.

Καὶ ὅσοι ἄν μὴ δέξωνται ὑμᾶς, μηδὲ ἀϰούσωσιν ὑμῶν, ἐϰπορευόμενοι ἐϰειθεν ἐϰτενάξατε τὸν χοῦν ὑποϰάτω τῶν ποδῶν ὑμῶν, εἰς παρτύριον αὐτοῖς.


Marc, vi, 10. Et il leur dit : Quelque part que vous alliez, étant entrés dans une maison demeurez-y jusqu’à ce que vous sortiez de ce lieu-là. Et si vous entrez dans une maison, restez-y jusqu’à ce que vous ne quittiez tout à fait ce lieu 1).
Matthieu, x, 12. Entrant dans la maison saluez-la en disant : que la paix soit dans cette maison. Quand vous entrez dans la maison saluez le maître et dites : La paix soit dans votre maison.
13. Et si cette maison en est digne, votre paix viendra sur elle ; et si elle n’en est pas digne, votre paix reviendra à vous. Si les maîtres y sont consentants 2) la paix sera dans cette maison, et s’ils n’y sont pas consentants votre paix restera avec vous.
Marc, vi, 11. Et lorsqu’il se trouvera des personnes qui ne voudront ni vous recevoir, ni vous écouter, secouez en vous retirant la poussière de vos pieds, afin que ce soit un témoignage contre eux. Et si quelques-uns ne veulent pas vous recevoir ni vous écouter, sortez de là et secouez la poussière de vos semelles, comme preuve que vous n’avez besoin de rien d’eux 3)

Remarques.

1) Ne cherchez pas où l’on peut être mieux, mais demeurez où vous êtes arrivés.

2) ἄξιος, a de nouveau le sens de conforme. Mais je traduis par consentants, dans ce sens : « Si les maîtres vous reçoivent conformément à votre opinion » ; c’est-à-dire s’ils sont consentants.

3) εἰς μαρτύριον αὐτοῖς, comme preuve. Comme preuve de quoi ? Secouer la poussière de ses pieds en sortant de la maison peut prouver seulement qu’on ne veut emporter avec soi rien de ce qui appartient à la maison.


Καὶ ἔσεσθε μισούμενοι ὑπό πάντων διά τὸ ὄνομα μου· ὁ δὲ ὑπομείνας εἰς τέλος, αὖτος σωθήσεται.

Ὄταν δὲ διώϰωσιν ὑμᾶς ἐν τῆ πόλει ταύτη, φεύγετε εἰς τὴν ἄλλην.

Ἰδού, ἐγώ ἀποστέλλω ὑμᾶς ὡς πρόβατα ἐν μέσῳ λύϰων· γίνεσθε οὖν φρόνιμοι ὡς οἱ ὄφεις, ϰαὶ ἀϰέραιοι ὡς αι περίστεραι.

Βλέπετε δὲ ὑμεῖς ἑαυτόυς· παραδώσουσι γὰρ ὑμᾶς εἰς συνέδρια, ϰαὶ εἰς συναγωγάς δαρήσεσθε, ϰαὶ ἐπὶ ἡγεμόνων ϰαὶ βασιλέων σταθήσεσθε ἕνεϰεν ἐμοῦ, εἶς μαρτύριον αὐτοῖς.

Ὅταν δὲ παραδιδῶσιν ὑμᾶς, μὴ μεριμνήσητε πῶς ἤ τί λαλήσητε· δοθήσεται γὰρ ὑμῖν ἐν ἐϰείνη τῇ ὤρᾳ τί λαλήσετε.

Οὐ γὰρ ὑμεῖς ἐστι οἱ λαλοῦντες, ἀλλὰ τὸ πνεῦμα τοῦ πατρός ὑμῶν λαλοῦν ἐν ὑμῖν.

Οὐ μὴ τελέσητε τὰς πόλεις τοῦ Ἰσραήλ, ἕως ἄν ἔλθη ὁ υἱός τοῦ ἀνθρώπου.

Μὴ οὖν φοβηθῆτε αὐτούς.

Οὐ γὰρ ἐστι τι ϰρυπτόν, ὃ ἐάν μὴ φανερωθῆ· οὐδέ ἐγένετο ἀπόϰρυφον, ἀλλ’ ἴνα εἰς φανερὸν ἔλθη.

Ἀνθ’ ὦι ὅσα ἐν τῆ σϰοτίᾳ εἴπατε, ἐν τῷ φωτί ἀϰουσθήσεται· ϰαὶ ὄ πρὸς τὸ οὖς ἐλαλήσατε ἐν τοῖς ταμείοις, ϰηρυχθήσεται ἐπὶ τῶν δωμάτων.

Λέγω δὲ ὑμῖν τοῖς φίλοις μου{{|,|.}} Μὴ φοβηθῆτε ἀπὸ τῶν ἀποϰτεινόντων τὸ σῶμα, ϰαὶ μετὰ ταῦτα μὴ ἐχόντων περισσοτερόν τί ποιῆσαι.

Ὑποδείξω δὲ ὑμῖν τίνα φοβηθῆτε·φοβήθετε τὸν μετὰ τὸ ἀποϰτεῖναι ἐξουσίαν ἔχοντα ἐμβαλεῖν ἐῖς τὴν γέενναν· ναί, λέγω ὑμῖν, τοῦτον φοβήθητε.

Οὐχί πέντε ὀτρουθία πωλεῖται ἀσσαρίων δύο ; ϰαὶ ἐξ αὐτῶν οὐκ ἔστιν ἐπιλελησμένον ἐνώπιον τοῦ Θεοῦ.

Καὶ ἔν ἐξ αὐτῶν οὐ πασεῖται ἐπι τὴν γῆν, αυευ τοῦ πατρός ὑμῶν.

Ἀλλὰ ϰαὶ αἱ τρίχες τῆς ϰεφαλῆς ὑμῶν πᾶσαι ἠρίθμηνται· μὴ οὐν φοβεῖσθε· πολλῶν στρουθίων διαφέρετε.

Λὲγω δὲ ὑμῖν, Πάς ὅς ἀν ὁμολογήση ἐν ἐμοι ἔμπροσθεν τῶν ἀνθρώπων, ϰαὶ ὁ υἱός τοῦ ἀνθρώπου ὁμολογήσει ἐν αὐτῷ ἔμπροσθεν τῶν ἀγγέλων τοῦ Θεοῦ.

Ὁ δὲ ἀπαρνησάμενος με ἐνώπιον τῶν ἀνθρώπων ἀπορνηθήσεται ἐνώπιον τῶν ἀγγέλων τοῦ Θεοῦ.

Μὴ νομίσητε ὅτι ἦλθον βαλεῖν εἰρήνην ἐπί τὴν γῆν· οὐϰ ᾖλθον βαλεῖν ἐρήνην, ἀλλά μάχαιραν.

Πῦρ ἠλθον βαλεῖν εἰς τὴν γῆν, ϰαὶ τί θέλω εἰ ἤδη ἀνήφθη.

Βάπτισμα δὲ ἔχω βαμτισθῆναι, ϰαὶ πῶς συνέχομαι ἔω οὐ τελεσθῆ.

Δοϰεῖτε ὅτι εἱρήνην παρεγενομην δοῦναι ἐν τῆ γῇ ; οὐχί, λέγω ὑμῖν, ἀλλ' ἤ διαμερισμόν.

Ἔνονται γὰρ ἀπό τοῦ νῦν πέντε ἐν οἴϰῳ ἑνί διαμεμερισμένοι, τρεῖς ἐπί δυσί, ϰαὶ δύο ἐπί τρισί.

Διαμερισθήσεται πατήρ ἐφ' νίῷ, ϰαὶ ὐἱός ἐπί πατρί· μήτερ ἐπί.

θυγατρί, ϰαὶ θυγάτηρ ἐπί μητρί· πενθερὰ ἐπί τὴν ὠμφην αὐτῆς, ϰαὶ νύμθη ἐπί τὴν πεθεράν αὐτῆς.

Καὶ ἐχθροί τοῦ ἀνθρώπου οἱ οἰϰιαϰοί αὐτοῦ.

Παραδώσει δὲ ἀδελφός ἀδελφὸν εἰς θάνατοις, ϰαὶ πατὴρ τέϰνον. ϰαὶ ἐπαναστήσονται τέϰνα ἐπί γονεῖς, ϰαὶ θανατώσουσιν αὐτούς.

Εἰ τις ἔρχεται πρὸς με, ϰαὶ οὐ μισεῖ τὸν πατέρα ἑαυτου ϰαὶ τὴν μητέρα, ϰαὶ τὴν γυναῖϰα ϰαὶ τέϰνα, ϰαὶ τοὺς ἀδελφούς ϰαὶ τάς ἀδελφάς, ἔτι δέ ϰαὶ τὴν ἑαυτοῦ ψυχ ἠν, οὐ δύναται μου μαθητής εἶναι.

Ὁ φιῶν πατέρα ἤ μητέρα ὑπέρ ἐμὲ, οὐϰ ἔστι μου ἄξιος· ϰαὶ ὁ φιλῶν υἱόν ἤ θυγατέρα ὑπὲρ ἐμέ, οὐϰ ἔστι μου ἄξιος.

Ἔλεγε δὲ πρὸ πάντας ; Εἰ τίς θέλει ὀπίσω μου ἐλθεῖν, ἀπαρνησάσθω ἑαυτόν, ϰαὶ ἀράτω τὸν σταυρόν αὐτου ϰαθ’ ἡμέραν, ϰαὶ ἀϰολουθείτω μοι.

Ὁ εὑρών τὴν ψυχὴν αὐτοῦ ἀπολέσει αὐτήν· ϰαὶ ὁ ἀπολέσας τὴν ψυχήν αὐτοῦ ἔνεϰεν ἐμοῦ εὑρήσει αὐτήν.


Matthieu, x 22. Et vous serez haïs de tous à cause de mon nom, mais celui-là sera sauvé qui persévérera jusqu’à la fin. Et l’on vous haïra à cause de ma doctrine, mais celui qui restera ferme jusqu’au bout, celui-ci sera victorieux.
23. Lors donc qu’ils vous persécuteront dans une ville fuyez dans une autre. Et quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre, et si l’on vous attaque dans cette autre fuyez dans une troisième.
16. Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups, soyez donc prudents comme des serpents et simples comme des colombes. Je vous envoie comme des brebis dans un troupeau de loups ; soyez donc sages comme des serpents et simples 1) comme des colombes.
Marc, xii, 9. Pour vous tenez-vous alors sur vos gardes, car on vous livrera aux tribunaux ; on vous flagellera dans les synagogues ; et on vous fera comparaître à cause de moi, devant les gouverneurs et les rois, afin que vous me rendiez témoignage devant eux. Tenez-vous sur vos gardes, soyez fermes parce qu’on vous traînera devant les tribunaux ; on vous flagellera dans les réunions, et l’on vous conduira devant les gouverneurs et devant les rois, pour que vous témoigniez contre moi.
Matthieu, x, 19. Lors donc qu’on vous livrera entre leurs mains, ne vous mettez point en peine comment vous leur parlerez ni de ce que vous leur direz : car ce que vous devez dire vous sera donné à l’heure même. Lorsqu’on vous traduira devant les tribunaux ne vous mettez point en peine de ce que vous leur direz et comment vous le direz, parce qu’on vous dira alors ce qu’il faut dire.
20. Parce que ce n’est point vous qui parlez, mais l’esprit de votre Père qui parle en vous. Ce n’est pas vous-mêmes qui parlerez, mais l’esprit de votre Père parlera en vous.
23. Je vous le dis en vérité : Vous n’aurez point parcouru toutes les villes d’Israël, que le fils de l’homme viendra. Vous n’aurez pas encore fait le tour des villes de la Judée que déjà paraîtra 2) le Fils de l’homme 3).

26. Ne les craignez donc point. Ne les craignez donc point.
Marc, iv, 22. Car il n’y a rien de caché qui ne doive être découvert et rien ne se fait en secret qui ne doive paraître en public. Parce que dans l’âme est caché tout ce qui doit se manifester ; tout ce qu’on garde on ne le garde que pour être montré au monde.
Luc, xii, 3. Car ce que vous avez dit dans les ténèbres se publiera dans la lumière ; et ce que vous aurez dit à l’oreille dans une chambre sera prêché sur les toits. Car tout ce que vous désirez dans le secret sera entendu à la lumière ; ce que vous dites bas à l’oreille, en secret, on le criera sur les toits.
4. Je vous le dis donc à vous qui êtes mes amis. Ne craignez point ceux qui tuent le corps, et qui après cela ne peuvent rien faire de plus. Je vous le dis, mes amis, ne craignez point ceux qui peuvent tuer le corps mais qui ne peuvent vous faire rien de plus.
5. Mais je vais vous apprendre qui vous devez craindre : Craignez celui qui, après avoir ôté la vie, a le pouvoir de jeter dans l’enfer. Oui, je vous le dis, craignez celui-là. Mais je vous apprendrai de qui vous devez avoir peur. Ayez peur de celui qui tuera et anéantira votre âme 4). Je vous dis la vérité, craignez celui-là.
6. et Matthieu, x, 29. Ne donne-t-on pas cinq passereaux pour deux pièces de la plus petite monnaie ? et cependant il n’y en a pas un seul qui soit en oubli devant Dieu. Et néanmoins il n’en tombe aucun sur la terre, sans la volonté de votre Père. On donne cinq passereaux pour un kopek, et cependant eux-mêmes ne sont pas oubliés par Dieu, et pas un ne mourra sans la permission de votre Père.
7. Les cheveux même de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc point : vous valez mieux que plusieurs passereaux. Et les cheveux de votre tête sont tous comptés. Alors ne craignez point, vous valez plus que les passereaux.

8. Or je vous déclare que quiconque me confessera devant les hommes, le Fils de l’homme le confessera aussi devant les anges de Dieu. Je vous le dis : Celui qui sera avec moi devant les hommes, celui-ci sera le Fils de l’homme devant les forces de Dieu.
9. Mais celui qui me renoncera devant les hommes, sera renoncé devant les anges de Dieu. Celui qui me reniera devant les hommes, se verra renié devant les forces de Dieu.
Matthieu, x, 34. Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; non je ne suis pas venu apporter la paix mais l’épée. Ne pensez pas que j’aie apporté la paix sur la terre ; ce n’est pas la paix que j’ai apporté, mais la discorde 5).
Luc, xii, 49. Je suis venu apporter le feu sur la terre ; et que désiré-je, si ce n’est qu’il s’allume. Je suis venu apporter le feu sur la terre, et je désire ardemment qu’il s’enflamme.
50. Je dois être baptisé d’un baptême ; et combien me sens-je pressé jusqu’à ce qu’il s’accomplisse ! Il y a la renaissance par laquelle je dois passer, et je languis attendant qu’elle s’accomplisse.
51. Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, je vous en assure, mais la division. Pensez-vous que j’enseigne la paix sur la terre ? Non pas la paix mais la division.
52. Car désormais s’il se trouve dans une famille cinq personnes, elles seront divisées trois contre deux et deux contre trois. Car désormais, les cinq personnes d’une même maison seront divisées trois contre deux et deux contre trois.
53. Le père contre son fils, et le fils contre son père ; la mère contre sa fille et la fille contre sa mère ; la belle-mère contre sa belle-fille, et la belle-fille contre sa belle-mère. Le père contre le fils, et le fils contre le père ; la mère contre la fille et la fille contre la mère ; la belle-mère contre la belle-fille, et la belle-fille contre la belle-mère.
Matthieu, x, 36. Et l’homme aura pour ennemis ceux de sa propre maison. Et l’homme aura pour ennemis ses familiers 6).
21. Or le frère livrera le frère à la mort, et le père le fils ; les enfants se soulèveront contre les parents, et les feront mourir. Le frère livrera à la mort son frère, et le père son enfant ; et les enfants se soulèveront contre leurs parents et les livreront à la mort.

Luc, xiv, 26. Si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Si quelqu’un veut être avec moi et ne dédaigne pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple.
Matthieu, x, 37. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi : et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi, n’est pas digne de moi. Celui qui me préfère son père et sa mère, n’est pas d’accord avec moi. Celui qui me préfère son fils ou sa fille, n’est pas d’accord avec moi.
Luc, ix, 23. Il disait aussi à tout le monde : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à soi-même, qu’il porte sa croix tous les jours et qu’il me suive. Et il disait à tous : Celui qui veut être mon disciple doit renoncer à ses propres désirs et, à chaque moment, être prêt à la potence 7).
Ce n’est qu’alors qu’il sera mon disciple.
Matthieu, x, 39. Celui qui conserve sa vie la perdra ; et celui qui aura perdu sa vie pour l’amour de moi la retrouvera. Celui qui amasse pour sa vie perdra sa vie ; celui qui aura perdu sa vie pour moi sera sauvé.

Remarques.

1) ἀχέραιος signifie simple, sans mélange.

2) ἔως ἄν ἔλδῃ ne peut signifier que se hausser, la même chose dite par Jésus à Nicodème dans d’autres passages. Ici il pense εἰς φανερόν ἔλδῃ, comme chez Marc, iv, 22 : οὐ γὰρ ἐστί τί χρυπτὸν, ὄ ἐάν μὴ φανερωδῆ οὐδί ἐγένετο ἀπόϰρυφον, ἀλλ’ ἰνα εἰς φανερόν ἔλδῃ et ailleurs. En tout cas, ἔλδῃ ne peut être traduit comme en plusieurs autres passages par venir. On ne peut employer le verbe venir que quand quelqu’un vient de quelque part. Et ici on ne dit ni d’où il vient ni où il va. Le fils de l’homme, c’est un principe abstrait qui n’a pas la propriété de marcher.

3) J’omets le verset 23. Les paroles sur Belzébuth se rapportent au passage des accusations des Pharisiens. Il ne se trouve du reste ni chez Marc ni chez Luc.

4) L’expression « jeter dans la gehenne » s’est déjà rencontrée dans les paraboles, où sa signification est expliquée. C’est non seulement la mort corporelle mais la destruction complète, celle que subissent les mauvaises herbes, etc.

5) Chez Luc, dans le même passage (xii, 51), il est dit : διαμερισμόν, la division ; c’est pourquoi, μάχαιρα doit être traduit par division, comme dans l’épître aux Romains, vii, 35.

6) La proposition n’a pas de verbe, c’est pourquoi le verbe doit être ici au futur, comme toute la phrase. On attribue à ces paroles le sens secret que les familiers sont toujours les ennemis de l’homme. Ce verset n’a pas ce sens. Dans cette proposition est exprimé ce qui est dit auparavant : « Ils se diviseront et seront entre eux comme des ennemis. »

7) Les paroles sur la croix, comme celles qui n’ont pas de sens avant la crucifixion de Jésus, doivent être omises.


Rien ne définit plus clairement la véritable signification de l’enseignement de Jésus que ce discours, répété dans les trois Évangiles, qu’il adresse à ses disciples avant de les envoyer répandre sa doctrine. Si ces paroles de Jésus n’avaient pas d’autre signification que celle que leur reconnaissent les Églises, elles seraient incompréhensibles. Pourquoi, en effet, faut-il frapper les disciples et les tuer, si leur prédication n’est qu’une exhortation à la réconciliation de chacun avec son frère, à la pureté corporelle, à la non-condamnation du prochain, au pardon des offenses, si elle est l’avertissement que Dieu a envoyé son fils sur la terre ? On ne peut se représenter des gens assez stupides et oisifs pour se donner la peine de poursuivre et de battre des individus coupables seulement de pareils propos. On ne peut imaginer les raisons que pourraient inventer les persécuteurs pour frapper, torturer, tuer, d’inoffensifs prédicateurs, propageant de bons principes moraux et la fable du fils de Dieu. À qui pouvaient-ils nuire ? Qui voulait les écoutait ; les autres ne les écoutaient pas ; à quoi bon frapper et persécuter ? Si même il se fût agi d’une doctrine morale bonne mais peu claire, paradoxale, comme la représentent les historiens libres-penseurs, il n’y avait pas lieu de persécuter. S’il s’agissait d’enseigner que Dieu a envoyé son fils sur la terre pour racheter le genre humain, il y avait encore moins de raison de s’emporter contre les hommes qui le croyaient et y trouvaient leur plaisir. S’agissait-il de la négation de la loi juive ? là encore il n’y avait pas lieu de persécuter, surtout les non-juifs. Or, c’étaient les non-juifs qui, alors comme après et maintenant, poursuivaient et punissaient. S’agissait-il de doctrine politique, de révolte contre les riches et les forts ? une telle révolte, alors comme après et maintenant, était vite réprimée par les riches et les forts.

C’était autre chose.

Si l’on saisit la doctrine entièrement, telle qu’elle est exprimée dans le Sermon sur la montagne et dans tout l’Évangile, si l’on comprend que Jésus interdit formellement non seulement le meurtre mais la résistance à la violence, le serment (cette chose qui paraît peu importante et conduit aux pires violences), les tribunaux (c’est-à-dire les châtiments), toute résistance à la violence et au vol, (par conséquent interdiction de la propriété, comme l’avaient compris ses premiers disciples), la division des peuples (le fameux amour de la patrie), seulement alors on comprendra les persécutions que subit Jésus, ainsi que ses premiers disciples et les suivants, et l’on comprendra également que Jésus prévoie les persécutions que lui et ses disciples auront à subir. Ainsi devient compréhensible la division qui devait se produire et de laquelle il parle.

On conçoit que si un homme, ayant compris la doctrine, refuse de prêter serment ou d’être juge, ou de comparaître devant le tribunal, ou s’il renonce à prêter aide à ceux qui détiennent le pouvoir, à participer à la guerre, à percevoir les impôts, à exécuter les punitions, et s’il dédaigne la richesse, on conçoit que la division naisse dans sa famille si les autres membres n’ont pas reconnu la doctrine.

Jésus, évidemment, le savait. Il savait qu’il en serait ainsi ; qu’il ne pourrait en être autrement. Il savait que sa doctrine est l’étincelle qui enflamme la conscience de Dieu dans le cœur de l’homme, et qu’une fois allumée, elle ne peut s’éteindre. C’est pourquoi Jésus-Christ savait que dans chaque famille les membres se diviseraient et se porteraient les uns contre les autres ; que les uns s’enflammeraient et que les autres tâcheraient d’éteindre cette flamme. Et Jésus voulait voir au plus vite s’allumer cette flamme qui, une fois allumée, devait brûler alors et toujours, tant qu’existeront les hommes.

S’il ne se fût agi que d’une doctrine morale, de la manière de vivre dans l’état de choses existant, les propagateurs de cette doctrine, évidemment, n’eussent gêné personne ; ce ne serait plus la flamme qui embrase tout, mais une chandelle qui brûle, éclairant ceux qui sont proches d’elle.

Si ce n’eût été qu’une doctrine religieuse sur la venue de Dieu dans le monde pour sauver les hommes, personne ne la connaîtrait, de même que nous ignorons les croyances des Zoulous et des Tchouvaches, et personne ne s’en soucierait. Non seulement elle se serait éteinte, mais ne se fût même jamais enflammée.

Si ce n’avait été qu’une doctrine sociale, révolutionnaire, après s’être enflammée, depuis longtemps elle se serait éteinte, comme il est arrivé pour de pareilles doctrines en Chine et partout où il y a des hommes. Ou les pauvres se seraient emparés des biens des riches et des forts et, à leur tour, fussent devenus riches et forts, ou les riches et les forts eussent étranglé les pauvres, et l’étincelle se serait éteinte.

Mais l’étincelle ne s’est pas éteinte et elle ne s’éteindra pas parce que Jésus parle non de règles concernant la meilleure façon de vivre dans la société existante, ni de la manière de prier Dieu, ni de ce qu’est Dieu, ni des moyens de reconstruire les sociétés.

Il dit la vérité sur l’homme, sur sa vie ; et l’homme, qui a compris en quoi consiste sa vie, vivra cette vie. L’homme qui a compris le sens de la vie ne peut plus voir ce sens en autre chose. Quand il a compris qu’il y a la vie et qu’il y a la mort, il ne peut ne point aller à la vie et ne pas s’enfuir de la mort quels que soient les obstacles qui puissent se trouver sur le chemin de la vie : les préceptes moraux, Dieu, les croyances humaines, l’ordre social. L’homme qui a compris la vie ira vers elle, sans se soucier de rien, en incarnant dans sa marche tous les phénomènes de la vie : la morale, l’adoration de Dieu, l’ordre social.

Jésus-Christ a enseigné sa doctrine non pour dire aux hommes qu’il est Dieu, non pour améliorer la vie des hommes sur cette terre, non pour renverser le pouvoir, mais parce que dans son âme, comme en l’âme de chaque homme, il savait que gisait la conscience de Dieu qui est la vie et à laquelle tout mal est contraire.

Jésus-Christ savait et répétait toujours qu’il dit ce qu’il dit, et que ce qu’il dit c’est Dieu dans l’âme de chaque homme. Et, lorsqu’il envoya ses disciples, il leur dit : Ne craignez personne, ne regrettez rien, et ne pensez pas d’avance à ce que vous direz. Vivez la vraie vie ; elle est la compréhension de Dieu ; et quand il vous faudra parler, ne vous mettez pas en peine : l’esprit de Dieu parlera pour vous. Et vos paroles, dites à un petit nombre, se répandront partout, parce qu’elles sont la vérité.


Ὑπέστρεψαν δὲ οἱ ἑβδομήϰοντα μετὰ χαρᾶς, λέγονες, Κύριε, ϰαὶ τὰ δαιμόνια ὑποτάσσεται ἡμῖν ἐν τῷ ὀνόματι σου.

Εἶπε δὲ αὐτοῖς.

Πλὴν ἐν τούτῳ μὴ χαίρετε, ὅτι τὰ πνεύματα ὑμῖν ὑποτάσεται· χαίρετε δὲ μᾶλλον, ὅτι τὰ ὀνόματα ὑμῶν ἐγράφη ἐν τοῖς οὐρανοῖς.


Luc, x, 17. Or les soixante et douze revinrent pleins de joie, lui disant : Seigneur, les démons mêmes nous sont assujettis par votre nom. Et ces soixante-dix hommes rentrèrent avec joie et dirent : Maître, le mal 1) nous obéit par ta force.
18. Il leur répondit… Il leur répondit 2)…
20. Cependant ne vous réjouissez point de ce que les esprits impurs vous sont assujettis ; mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux. Mais ne vous réjouissez point de ce que le mal 3) vous obéit ; réjouissez-vous de ce que vous êtes vous-mêmes dans le royaume du ciel 4).

Remarques.

1) On trouve dans le verset 17 : τὰ δαιμόνια, et dans le verset 20 τὰ πνεύματα. Sans les versets 18 et 19, incompréhensibles, personne n’aurait eu l’idée de traduire ces deux mots grecs par démon ; on aurait traduit par le pluriel, c’est-à-dire les âmes des hommes. Le sens paraît donc celui-ci : que les hommes sont méchants et que le mal se soumet à sa doctrine.

2) J’omets les versets 18 et 19, non qu’ils présentent quelque contradiction avec la doctrine, mais parce que, dans la rédaction où ils nous sont parvenus, ils sont incompréhensibles.

3) Que sont donc ces esprits, πνεύματα ? Ce mot se rencontre chez Matthieu, Marc, Luc, Jean, dans les Épîtres, dans les Actes, et partout dans le même sens, dans le sens de force immatérielle de l’esprit, mais de l’esprit malin, non de l’esprit divin. C’est précisément ce mot qui est employé dans le premier Message de Timothée, iv, 1, et dans plusieurs autres passages. Il est très facile de traduire ce mot par le démon, le diable, et de se dire que ceux qui l’ont écrit croyaient au démon. Le malheur est, qu’en traduisant ainsi, il faut rayer tout ce passage, parce que, le diable, pour nous, ne signifie rien. Nous sommes donc obligé de trouver le sens du mot, et pour nous ce sens est nettement défini dans tous les passages où il se trouve, et surtout dans celui que nous examinons : πνεύματα signifie le faux esprit. Or l’esprit, c’est l’entendement ; il s’agit donc de l’entendement faux, de la tromperie, de la fausse doctrine, et tout cela, dans un sens plus général, le mal.

4) « Vos noms sont écrits dans les cieux » ne peut signifier que la participation dans le royaume du ciel.


Ἐν αὐτῆ τῆ ὧρα ἠγαλλιᾶσατο τῷ πνεύματι ὁ Ἰησοῶς, ϰαὶ εἶπεν, Ἐξομολογοῶμαι σοι, πάτες, ϰύριε τοῦ οὐρανοῦ ϰαὶ τῆς γῆς, ὅτι ἀπέϰρυψας ταῦτα ἀπό σοφῶν ϰαὶ συνετῶν, ϰαὶ ἀπεϰάλυψας αὐτα ηνπίοις.


Luc, x, 21. En cette même heure Jésus tressaillit de joie par un mouvement du Saint-Esprit, et il dit : Je vous bénis, mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et que vous les avez révélées au petit. Et alors Jésus se réjouit dans son esprit et dit : Je te reconnais, mon Père, Seigneur du ciel et de la terre 1). Parce que tu l’as caché aux savants et aux sages et l’as révélé aux enfants.

Remarques.

1) Ici il faut un point puisque la proposition qui suit explique pourquoi Jésus reconnaît son Père. Il reconnaît son père parce qu’il a révélé le secret du royaume de Dieu non aux sages et aux savants, mais aux enfants.


Καὶ, ὁ πατήρ, ὅτι οὖτως ἐγένετο εὐδοϰία ἔμπροσθέν σου.


Luc, x, 21. Oui, Père, car il vous a plu que cela fût ainsi. Tu es véritablement mon Père 1), car par cela s’exprima ton 2) amour 3).

Remarques.

1) ὁ πατήρ, ici n’est point vocatif, ni d’après la grammaire ni d’après le sens. Il faut mettre ici une virgule, et pour la clarté j’ajoute mon.

2) εὐδοϰία, le désir du bien à autrui, l’amour.

3) ἔμπροσθεν σου signifie : devant toi. Selon la conception juive, tout ce qui se fait devant quelqu’un doit lui être agréable. La pensée exprimée par ἐγένετο εὐδοϰία ἔμπροσθεν doit se traduire l’amour aimé de toi.


Le sens général est celui-ci : Ce n’est ni la science ni la sagesse, qui a donné cet amour de l’esprit qui est la base de tout ; mais le rapport direct du fils à son père, révélé à tous, et, par cet amour, par l’appel du fils au père, il a révélé la vérité.

LE MAL NE SE DÉTRUIT PAS PAR LE MAL

Πάντα μοι παρεδόθη τοῦ πατρός μου· ϰαὶ οὐδεις ἐπιγιγνὤσϰει τὸν υἱόν, εἰ μὴ ὁ πατήρ· οὐδὲ τὸν πατέρα τις ἐπιγιγτώσϰει, εἰ μὴ ὁ υἱός, ϰαὶ ᾦ ἐάν βούληται ὁ υἱός ἀποϰαλύψαι.


Matthieu, xi, 27 (Luc, x, 22). Mon Père m’a mis toutes choses entre les mains ; et nul ne connaît le Fils que le Père, comme nul ne connaît le Père que le Fils, et celui à qui le Fils aura voulu le révéler. Tout m’est transmis par mon Père, et personne ne sait qui est le fils, sauf le Père. Et tout le monde ignore qui est le Père sauf le fils et celui à qui 1) le fils le révélera.

Remarques.

1) Dans plusieurs manuscrits le verbe vouloir est omis.

« Personne ne peut connaître le fils sauf le Père, et personne ne peut connaître le Père sauf le fils. » Ces paroles signifient ce qui a été dit dans l’entretien avec Nicodème, à savoir qu’il y a en l’homme un esprit incompréhensible pour lui-même, que cet esprit, c’est le fils de l’esprit, la dernière expression de Dieu.

Ici, pour la première fois, Jésus s’identifie au Fils de l’homme, et, par moi, il comprend non soi-même, Jésus de Galilée, mais l’esprit qui vit en l’homme.


Καὶ ἔρχονται εἰς οἶϰον· ϰαὶ συνέρχεται πάλιν ὄχλος, ὥστε μὴ δύνασθαι αὐτοὺς μήτε ἄρτον φαγεῖν.

Καὶ ἀϰούσαντες οἱ παρ’ αὐτοῦ ἐξῆλθον ϰρατῆσαι αὐτόν· ἔλεγον γὰρ, ὅτι ἐξέστη.

Καὶ οἱ γραμματεῖς οἱ ἀπό Ἰεροσολύμων ϰαταβάντες ἔλεγον, ὅτι Βεελζεβούλ ἔχει, ϰαὶ ὅτι ἐν τῷ ἄρχουται τῶν δαιμονίοω ἐϰβάλλει τὰ δαιμόνια.


Marc, iii, 20. Et ils retournèrent à la maison, où il vint une si grande foule de peuple, qu’ils ne pouvaient pas même prendre leur repas. Et ils allèrent à la maison où il s’assembla tant de gens qu’ils ne pouvaient pas même prendre leur repas.
21. Ses parents l’ayant appris vinrent pour se saisir de lui : car ils disaient qu’il avait perdu l’esprit. Ses parents l’ayant appris vinrent pour s’emparer de lui, car on disait qu’il avait perdu la raison.
22. Et les scribes qui étaient venus de Jérusalem disaient : Il est possédé de Belzebuth, et c’est par le prince des démons qu’il chasse les démons. Et les scribes qui étaient venus de Jérusalem disaient de lui qu’il était un méchant esprit 1) et que le mal se détruit par le mal.

Remarques.

1) Chez Jean δαιμόνιον ἔχει. Βεελζεβούλ ἔχει signifie la même chose que δαιμόνιον ἔχει et, comme on le voit par la suite.


Καὶ προσϰαλεσάμενος αὐτούς, ἐν παραβολαῖς ἔλεγεν αὐτοῖς Πῶς δύναται Σατανᾶν ἐϰβάλλειν ;

Καὶ ἔαν βασιλεία ἐφ' ἑαυτήν μερισθῆ, οὐ δύναται σταθῆναι ἡ βασιλεία ἐϰείνη.


Marc, iii, 23. Mais Jésus les ayant appelés auprès de lui leur disait en parabole : Comment Satan peut-il chasser Satan ? Et les ayant appelés il leur dit en parabole : Comment peut-on détruire le mal 1) par le mal ?
24. Si un royaume est divisé contre lui-même, il est impossible que ce royaume subsiste. Et si la force 2) se retourne 3) contre elle-même, elle ne peut pas résister.

Remarques.

1) σατανᾶς, de nouveau a la même signification que πνεῦμα δαιμονίων.

2) βασιλεία signifie ici une force quelconque.

3) μερίζομαι, outre diviser signifie aussi se retourner contre. On trouve chez Marc (iii, 25) : « Et si une maison est divisée contre elle-même, il est impossible que cette maison subsiste », et chez Matthieu (xii, 25) : « Tout royaume divisé contre lui-même sera ruiné, et toute ville ou maison qui est divisée contre elle-même ne pourra subsister », ce qui n’a pas de sens.

Chez Luc (xi, 17) il y a le mot οἶχος, déjà dans un autre sens : χαί οἶχος ἐπὶ οἶχον πίπτει. La même chose dans une variante latine. De sorte qu’ici οἶχος n’est pas une nouvelle comparaison mais renforce la première : la force ne résistera pas mais tombera comme la maison. Il est évident que le sens de ce verset est perdu. Tel qu’il est transmis, il n’ajoute rien et obscurcit seulement le texte ; c’est pourquoi il doit être exclu.


Καὶ εἰ ὁ Σατανᾶς ἀνέστη ἐφ' ἑαυτόν ϰαὶ μεμέρισται, οὐ δύναται σταθῆναι, ἀλλά τέλος ἔχει.

Εἰ δὲ ἐγὼ ἐν {{|Βεελξεβούλ|Βεελζεβούλ}} ἐκβάλλω τὰ δαιμόνια, οἱ υἱοὶ ὑμῶν ἐν τίνι ἐϰ βάλλουσι, διὰ τοῦτο ϰριταί ὑμῶν αὐτοι ἔσονται.


Marc, ni, 26. Si donc Satan s’élève contre lui-même, il est divisé, et il ne pourra se maintenir ; mais il touche à sa fin. Si donc le mal se retourne contre lui-même, il ne pourra résister, et cela sera sa fin 1).

Luc, xi, 19. Si c’est par Belzebuth que je chasse les démons, par qui vos enfants les chassent-ils ? C’est pour cela qu’ils seront eux-mêmes vos juges. Et si je chasse le mal par le mal, alors, vous, par quoi le chassez-vous ? C’est pourquoi soyez juges pour vous-mêmes 2).

Remarques.

1) C’est-à-dire : si le mal se retournait contre lui-même, il n’y aurait pas le mal, et pourtant il existe.

2) Si vous reconnaissez que je chasse le mal, ce ne peut être par le mal, car alors il n’y aurait pas le mal. Si vous chassez le mal, ce n’est pas par le mal, c’est par autre chose : par le bien. Par conséquent, si je chasse le mal, ce n’est certainement pas par le mal, mais par le bien.


Εἰ δὲ ἐν δαϰτύλῳ Θεοῦ ἐϰβάλλω τὰ δαιμόνια, ἄρα ἔφθασεν ἐφ’ ὕμᾶς ἡ βασιλεία τοῦ Θεοῦ.


Luc, xi, 20. Mais si c’est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, il est certain que le royaume de Dieu est venu parmi vous. Si je chasse le mal par l’esprit de Dieu, alors cela signifie qu’il y avait auparavant le royaume de Dieu 1).

Remarques.

1) S’il n’y avait que σατανᾶς et δαιμόνια, c’est-à-dire la tromperie et le mal, alors le mal anéantirait le mal, la tromperie anéantirait la tromperie, le mal n’existerait plus. Mais vous-mêmes chassez le mal par le bien. Et si moi je chasse le mal par l’esprit de Dieu, cela signifie que l’esprit de Dieu était en l’homme, et, qu’encore avant moi, la volonté de Dieu était en l’homme.


Ἥ πῶς δύναται τις εἰσελθεῖν εἰς τὴν οἰϰίαν τοῦ ἰσχυροῦ ϰαὶ τὰ σϰεώη αὐτοῦ διαρπάσαι, ἐὰν μὴ πρῶτον δήση τὸν ἰσχυρὸν, ϰαὶ τότε τὴν οἰϰίαν αὐτοῦ διαρπάσει.


Matthieu, xii, 29. Comment peut-il entrer dans la maison du fort et enlever ses armes, si auparavant il ne lie le fort, pour pouvoir ensuite piller sa maison. Autrement comment quelqu’un pourrait-il entrer dans la maison d’un homme fort et le ruiner. Il faut auparavant lier le fort et, après quoi, piller sa maison 1).

Remarques.

1) Si je chasse le mal par l’esprit de Dieu, c’est que l’esprit de Dieu était déjà en l’homme ; autrement je ne pourrais pas chasser le mal, de même que quelqu’un ne peut pas entrer dans la maison d’un homme fort et la piller si, auparavant, il n’a lié l’homme ; et l’homme est déjà lié par l’esprit de Dieu et par la conscience de son pouvoir.


Ὁ μὴ ὤν μέτ’ ἐμοῦ, ϰαὶ ἐμοῦ ἐστι· ϰαὶ ὁ μὴ συνάγων μετ’ ἐμοῦ ὀϰορπίξει.

Διὰ τοῦτο λέγω ὑμῖν, Πᾶσα ἁμαρτία ϰαὶ βλασφημία ἀφεθήσεται τοῖς ἀνθρώποις· ἡ δέ τοῦ Πνεύματος βλασφημία οὐκ ἀφεδήσεται τοῖς ἀνθρώποις.

Καὶ ὅς ἄν εἴπη λόγον ϰατά τοῦ υἱοῦ τοῦ ἀνθρώπου, ἀφεθήσεται αὐτῷ ὅς δ’ ἀν εἴπη ϰατά τοῦ Πνεῦματος τοῦ Ἁγιου, οὐϰ ἀφεθήσεται αὐτῷ οὔτε ἐν τούτῳ τῷ αἰῶνι, οὔτε ἐν τῷ μέλλοντι.


Matthieu, xii, 30 (Luc, xi, 23). Celui qui n’est point avec moi est contre moi ; et celui qui n’amasse point avec moi dissipe. Celui qui n’est pas avec moi est contre moi.
Qui n’amasse point dissipe.
31. (Marc, iii, 28). C’est pourquoi je vous déclare que tout péché et tout blasphème sera remis aux hommes ; mais le blasphème contre le Saint-Esprit ne leur sera point remis.
32. Et quiconque aura parlé contre le Fils de l’homme, il lui sera remis ; mais si quelqu’un parle contre le Saint-Esprit, il ne lui sera remis ni dans ce siècle, ni dans le siècle à venir.
C’est pourquoi je vous dis : Chaque erreur, chaque parole fausse, reste parmi les hommes ; et à celui qui dira une parole fausse contre le fils de l’homme, il sera pardonné, mais à celui qui parlera contre l’Esprit de Dieu, il ne sera pardonné ni dans ce siècle, ni dans le siècle à venir 1).

Remarques.

1) La fausse interprétation de ce qu’est le fils de l’homme ne peut pas nuire, mais la fausse interprétation de ce qu’est l’esprit de Dieu ne peut point être pardonnée. L’homme qui ne reconnaît pas l’esprit de Dieu, par cela même, perd la vie.


Il résulte de tout ce passage que les savants, les scribes, reprochaient au Christ une doctrine qui devait engendrer encore plus de mal que celui qu’il voulait corriger. Jésus objecte que ce n’est pas lui qui corrige le monde par le mal, mais que ce sont eux, et que le monde est fait non par le mal mais par autre chose. Il dit : Moi, je corrige le monde, non par le mal, mais par l’esprit de Dieu, par cet esprit de Dieu qui vit en nous. Si je corrigeais par le mal je n’aurais pas le pouvoir, mais je corrige par l’esprit de Dieu, qui, lui, a le pouvoir. Suivez seulement ma doctrine, et le mal sera vaincu dans le monde ; tout le mal sera détruit.

L’esprit de Dieu, c’est l’unique vie. Celui qui ne vit pas par l’esprit de Dieu est contre lui, parce qu’il perd sa vie, de même qu’un homme perd son blé s’il ne l’enlève pas du champ.

La plus grande faute que l’homme puisse commettre, c’est donc de comprendre faussement l’esprit de Dieu. Ceux qui interprètent faussement l’esprit de Dieu trompent les autres hommes, se perdent et perdent les autres. Ils sont ceux par lesquels le mal se répand dans le monde.


Ἡ ποιήσατε τὸ δένδρον ϰαλὸν, ϰαὶ τὸν ϰαρπόν αὐτοὺ ϰαλόν· ἤ ποιήσατε τὸ δένδρον σαπρόν, ϰαὶ τὸν ϰαρπόν αὐτοῦ σαπρόν· ἐϰ γὰρ τοῦ ϰαρποῦ τὸ δένδρον γινώσϰεται.

Γεννήματα ἐχιδιῶν, πῶς δύνασθε ἀγαθα λαλεῖν, πονηροί ὀντες ; ἐϰ γὰρ τοῦ περρισσεύματος τῇς ϰαρδίας τὸ στόμα λαλεῖ.

Ὁ ἀγαθός ἄνθρώπος ἐϰ τοῦ ἀγαθοῦ θησαυροῦ τῆς ϰαρδίας ἐϰβάλλει τὰ ἀγαθά· ϰαὶ ὁ πονηρός ἄνθρωπος ἐϰ τοῦ πονηροῦ θησαυροῦ ἐϰβάλλει πονηρὰ.

Λέγω δὲ ὑμῖν, ὅτι πᾶν ῥῆμα ἀργόν, ὁ ἐάν λαλήσωσιν οἱ ἄνθρωποι, ἀποδώσουσι περὶ αὐτοῦ λόγον ἐν ἡμέρα ϰρίσεως.


Matthieu, xii, 33. Ou dites que l’arbre est bon et que le fruit en est bon aussi ; ou dites que l’arbre étant mauvais, le fruit aussi en est mauvais : car c’est par le fruit qu’on connaît l’arbre. Ou faites un arbre bon, alors le fruit sera bon ; ou faites un arbre mauvais, et alors le fruit sera mauvais ; car c’est par le fruit qu’on reconnaît l’arbre.

34. Race de vipères, comment pouvez-vous dire de bonnes choses vous qui êtes méchants ? Car la bouche parle de la plénitude du cœur. Vous êtes une race de vipères, on ne peut pas vous dire de bien parce que vous êtes méchants. La langue dit ce qui demande à sortir au dehors.
35. L’homme bon tire de bonnes choses d’un bon trésor ; et l’homme méchant tire de mauvaises choses d’un mauvais trésor. L’homme bon laisse sortir de son cœur ce qu’il y a amassé de bon ; et l’homme méchant laisse sortir de son cœur ce qu’il a amassé de mauvais.
36. Or je vous déclare que les hommes rendront compte au jour du jugement de toute parole oiseuse qu’ils auront dite. Et moi je vous dis : Chaque parole oiseuse que l’homme dira sera discutée au jour du jugement.


D’après les traductions admises pour le verset 37, Jésus dit qu’on se justifiera par les paroles et qu’on se condamnera par les paroles. Une pareille idée est immorale et en pleine contradiction avec toute la doctrine.

Plusieurs fois Jésus dit : Accomplissez des actes mais ne parlez point. Ce verset doit être exclu ou traduit autrement. Ici je traduis λόγος dans le sens de raison qui a poussé à dire le mot. Cette interprétation concorde avec le sens de ce qui précède.


Ἀποϰριθείς δὲ ὁ Ἰωάννης εἶπεν· Ἐπιστάτα, εἶδομέν τινα ἐπὶ τῷ ὀνόματι σου ἐϰβάλλοντα δαιμόνια· ϰαὶ ἐϰωλύσαμεν αὐτόν, ὅτι οὐϰ ἀϰοουθεῖ μεθ' ἡμῶν.

Καὶ εἶπε πρὸς αὐτὸν ὁ Ἰησοῦς· μὴ ϰωλύετε· ὅς γὰρ οὐϰ ἔστι ϰαθ’ ἡμων, ὑπέρ ἡμῶν ἐστιν.


Luc, ix, 49. Alors Jean prenant la parole lui dit : Maître, nous avons vu un homme qui chasse les démons en votre nom ; et nous l’en avons empêché, parce qu’il ne vous suit pas avec nous. Et Jean lui dit : Maître nous avons vu un homme qui chasse le mal comme toi et nous le lui avons interdit parce qu’il ne marche pas avec nous.

50. Et Jésus lui dit : Ne l’en empêchez point : car qui n’est pas contre vous est pour vous. Jésus lui dit : Vous avez tort, ne l’en empêchez point. Celui qui n’est pas contre nous est avec nous 1).

Remarques.

1) Les disciples de Jésus pensent qu’il y a une doctrine particulière, émanant de Jésus, qu’il faut suivre exclusivement, et que celui qui ne la suit pas se trompe. Jésus dit : C’est à tort que vous pensez ainsi ; celui qui chasse le mal n’agit pas contre nous, mais fait la même chose que nous. Celui-ci est pour nous.


LA GUÉRISON DU PARALYTIQUE

Μετὰ ταῦτα ἦν ἐορτή τῶν Ἰουδαίων, ϰαὶ ἀνέβη ὁ Ἰησοῦς εἰς Ἰεροσόλυμα.

Ἔστι δέ ἐν τοῖς Ἰεροσολύμοις ἐπί τῇ προβατιϰῇ ϰολυμβήθρα, ἡ ἐπιλεγομένη Εβραῖστι Βηθεσδά, πέντε στοὰς ἔχουσα.

Ἐν ταύταις ϰατέϰειτο πλῆθος πολύ τῶν ἀσθενούντων, τυφλῶν χωλῶν, ξηρῶν ἐϰδεχομένων τὴν τοῦ ὕδατος ϰίνησιν.


Jean, v, 1. Après cela il arriva une fête des Juifs et Jésus vint à Jérusalem. Après cela il arriva une fête juive et Jésus vint à Jérusalem.
2. Or, il y a dans Jérusalem, près des portes du bétail, une piscine surnommée en hébreu Bethesda, et qui avait cinq passages couverts. À Jérusalem, près des portes du bétail, il y a une piscine, on la nomme en hébreu Bethesda, qui avait cinq galeries.

3. Dans lesquels étaient couchés un grand nombre de malades, d’aveugles, de boiteux, et de ceux qui avaient les membres desséchés, et tous attendaient que l’eau fût remuée. Sous les galeries étaient couchés un grand nombre de malades : des aveugles, des estropiés, des impotents. Ils attendaient 1) le mouvement de l’eau.

Remarques.

1) ἐϰδεχομενοι signifie ceux qui attendent. La proposition suivante : « L’ange descendit et troubla l’eau » doit être rapportée à ἐϰδεχομενοι, c’est-à-dire qu’ils attendaient que l’ange descendît et troublât l’eau, et qu’alors, etc. C’est pourquoi je traduis : Ils attendaient le mouvement de l’eau, que soi-disant l’ange, etc., et à cette proposition j’ajoute soi-disant.


Ἄγγελος γὰρ ϰατὰ ϰαιρόν ϰατέβαινεν ἐν τῆ ϰολυμβήθρα, ϰαὶ ἐτάπασσε τὸ ὑδωρ· ὁ οὖν πρῶτος ἐμβάς μετὰ τὴν ταραχήν τοῦ ὕδατος ὑγιής ἐγίνετο ᾦ δήποτε ϰατείχετο νοσήματι.

Ἥν δὲ τις ἄνθρωπος ἐϰεῖ τριάϰοντα ὀϰτώ ἔτη ἔχων ἐν τῆ ἀσθενεία.

Τοῦτον ἰδών ὁ Ἰησοῦς ϰυταϰείμενον ϰαὶ γνούς, ὅτι πολύν ἤδη χρόνον ἔχει, λέγει αὐτῷ· θελεις ὐγιής γενέσθαι.

Ἀπεϰρίθη αὐτῷ ὁ ἀσθενῶν· Κύριε, ἄνθρωπον οὐϰ ἔχω, ἴνα ὅταν ταραχθῆ τὸ ὕδωρ, βάλλη με εἰς τὴν ϰολυβήθραν· ἐν ᾦ δὲ ἔρχομαι ἐγὼ, ἄλλος πρὸ ἐμοῦ ϰαταβαίνει.

Λέγει αὐτῷ ὁ Ἰησοῦς. Ἕγειγαι, ἆρον τὸν ϰράββατον σου ϰαὶ περιπάτει.

Καὶ εὐθέως ἐγένετο ὑγιὴς ὁ ἄνθρωπος· ϰαὶ ἦρε τὸν ϰράββατον αὐτοῦ ϰαὶ περιεπάτει.


Jean, v, 4. Car l’ange du Seigneur descendait à certains temps dans la piscine, et l’eau s’agitait : et le premier qui y descendait après l’agitation de l’eau, était guéri, quelle que fût sa maladie. Soi-disant qu’un ange descendait parfois dans la piscine et troublait l’eau, et celui qui y entrait le premier après que l’eau était troublée, était guéri, quelle que fût sa maladie.
5. Or, il y avait là un homme qui était malade depuis trente-huit ans. Et il y avait là un homme qui était malade depuis trente-huit ans.
6. Jésus le voyant étendu par terre, et ayant appris qu’il était couché depuis longtemps, lui dit : Veux-tu être guéri ? Jésus le voyant couché et ayant appris qu’il venait là depuis longtemps lui dit : Veux-tu guérir ?
7. Le malade lui répondit : Oui, Seigneur, mais je n’ai personne qui m’aide à descendre dans la piscine dès que l’eau est agitée ; et pendant le temps que je mets à y aller, un autre descend avant moi. Le malade lui répondit : Comment ne pas vouloir, Seigneur, mais je n’ai personne pour me descendre dans la piscine pendant que l’eau est troublée, et je n’y parviens jamais. Aussitôt que je vais me plonger, un autre me devance.
8. Jésus lui dit : Lève-toi, prends ton lit, et marche. Et Jésus lui dit : Lève-toi, ramasse ton lit et marche.
9. Aussitôt cet homme fut guéri ; et prenant son lit il marcha. Aussitôt l’homme se releva, ramassa son lit, et se mit à marcher.


Voici comment l’Église interprète ce passage [1].

Il y a dans Jérusalem. — Flavius, historien hébreu, ne mentionne pas cette piscine, mais cela n’affaiblit pas la véracité du récit. Flavius néglige de mentionner certaines choses et circonstances des plus importantes.

Il y a. — Par la vivacité de sa narration, Jean semble se transporter à l’époque où Jérusalem n’était pas encore détruite. Il dit, il y a, comme si la piscine était encore devant ses yeux, ou peut-être, lors de la destruction de Jérusalem par Titus, cette piscine, avec ses galeries, fut-elle épargnée, comme bâtiment de bienfaisance publique, et existait-elle encore quand les Évangiles furent écrits, bien que sous un autre aspect que celui qu’elle présentait durant la vie du Seigneur-Dieu.

Près des portes du bétail. — Cette porte est mentionnée déjà dans le livre de Noémie. Elle se trouvait du côté nord-est du mur de la ville, sur la route du torrent de Cedra, en Gethsémani, et de la montagne de Sion (aujourd’hui porte de Saint-Étienne). Cette porte s’appelait porte du bétail, probablement parce que c’était par cette porte qu’on chassait vers le temple les animaux destinés aux sacrifices, ou parce que dans son voisinage se tenait un marché de bestiaux qu’on menait ensuite au temple.

Une piscine. — C’était un bassin dans lequel on se lavait et se baignait. Une source avait probablement creusé ce bassin d’où l’eau s’écoulait sur le sol. En hébreu, Bethesda signifie la maison de grâce, — c’est-à-dire de Dieu, parce que l’eau de la source était vivifiante, et que Dieu, par sa grâce, la donnait à son peuple.

Cinq passages couverts. — Des galeries dans lesquelles on pouvait se promener, s’asseoir, où se couchaient les malades, à l’abri du mauvais temps et des ardeurs du soleil. Au ve siècle, on montrait encore cinq portiques de la piscine.

Étaient couchés, etc. — Cette source vivifiante attirait beaucoup de malades de toutes sortes (comme l’indique la variété des maladies : cécité, claudication, etc.) qui se tenaient sous ces galeries faites exprès. Peut-être venaient-ils ou ne les amenait-on là qu’à certaines époques, quand on attendait le mouvement de l’eau. Quelques-uns restaient peut-être longtemps en cette attente.

Car l’Ange du Seigneur. — La source ne possédait de vertu curable qu’à certains moments, quand l’ange de Dieu y descendait et troublait l’eau. De plus, elle n’était pas efficace pour tous, mais pour celui qui y entrait après que l’eau était troublée ; elle n’était efficace que pendant peu de temps. En revanche elle guérissait n’importe quel mal. Du récit, on ne voit pas que l’ange descendait dans la source sous une forme visible, et en troublait l’eau. C’était l’acte d’un ange invisible pour les autres, mais contemplé par l’œil spirituel des apôtres. Les malades et les autres, seulement après que l’eau était troublée, apprenaient qu’il était temps d’y entrer pour recevoir la guérison.

Les écrivains sacrés et les Juifs attribuaient, en général, les bienfaits particulièrement visibles de Dieu, manifestés dans certaines forces et dans certaines actions de la nature, à l’intermédiaire des anges auxquels était réservée par Dieu la direction de tel ou tel élément de la nature.

Ce qui, pour les autres, n’est que l’action des éléments de la nature, pour leurs regards éclairés, est l’œuvre des anges.

Cette source, comme plusieurs autres sources minérales, guérissait différentes maladies qui ne cédaient pas à l’action des remèdes ordinaires, et, comme quelques sources pareilles, elle agissait avec une efficacité particulière, périodiquement. Il semble que, par moments, l’eau de cette source jaillissait avec force et à cause de cela se troublait (elle devenait rouge de sang, comme le dit Eusèbe) ; et c’est alors qu’elle devenait particulièrement efficace pour guérir différentes maladies. Cette recrudescence du débit de la source était due à l’action invisible de l’ange de Dieu, que l’apôtre interprétait de cette façon, et qui, pour les autres, n’était qu’un phénomène ordinaire des éléments de la nature, ce qui semblait aussi aux malades guéris par Christ.

Le premier qui y descendait. — Cette expression ne montre pas qu’il n’y avait qu’un seul malade de guéri, précisément celui qui entrait le premier dans l’eau dès qu’elle devenait trouble ; en général, elle indique que l’eau n’avait d’action énergique qu’immédiatement après s’être troublée, et qu’elle perdait peu à peu son efficacité, de sorte que seuls ceux qui avaient réussi à y entrer les premiers étaient guéris.

Était guéri. — Du récit du narrateur on ne voit pas que la guérison fut spontanée, instantanée, miraculeuse, comme les guérisons du saint Sauveur. Elle était peut-être graduelle, et c’était la source qui donnait la première poussée. Dans ce cas la guérison instantanée, par le saint Sauveur, du malade couché là-bas, était encore plus remarquable.

Qui était malade. — On ne sait pas de quelle maladie. On voit par ce qui suit qu’il ne pouvait marcher librement, qu’il était faible des jambes, et couché depuis trente-huit ans. C’est-à-dire qu’il était malade depuis trente-huit ans, et non qu’il n’avait que trente-huit ans. La durée de la maladie rendait particulièrement extraordinaire le miracle accompli.

Ayant appris qu’il était couché depuis longtemps. — Soit par les autres qui se trouvaient ici, soit directement, par son omniscience divine ; et couché, dans le sens de malade.

Veux-tu être guéri ? — Question dont le but est d’exciter la foi du malade. La question force le malade à concentrer sa pensée, à la fixer sur la personne qui l’interroge, et à attendre de lui le secours. Mais, comme on le voit, le malade ne vit point où tendait la question de son interlocuteur. En pensée il s’adresse à la source et se plaint de ne pouvoir profiter de sa vertu curative.

Oui, Seigneur. — C’est-à-dire, je veux être bien portant ; mais je n’ai personne pour m’aider à descendre dans la piscine quand l’eau est troublée, et guérir.

Et pendant le temps que je mets à y aller. — Le malade marchait très lentement et ne pouvait devancer les autres. Il répond sans blâmer personne. Il ne repousse pas Christ, comme s’il lui posait une question déplacée ; il ne maudit pas le jour de sa naissance, comme nous tous, peu courageux, le faisons quand nous sommes malades. Il répond avec douceur et timidité.

Lève-toi, etc. — Dieu a pitié de cet homme qui souffre depuis si longtemps, et, devinant en lui la foi, par sa parole puissante, il le guérit

Prends ton lit, etc, (Voir la note, Matthieu, ix, 6, 7).

Voici maintenant ce que dit Reuss de ce passage [2] :

Comme l’auteur ne précise pas l’époque de l’année où ce fait a dû se passer, il est inutile de se livrer à des conjectures pour déterminer la fête en question. Les copistes, qui ont biffé l’article, ont sans doute été du même avis (une fête quelconque). La fête, dans la pensée du rédacteur, pouvait être celle où les Juifs se rendaient à Jérusalem, de préférence une Pâque. Mais cela n’est pas absolument nécessaire, c’était toujours celle qui amena Jésus, et les récits de ce livre nous représentent Jésus comme ayant la coutume de se rendre assez régulièrement aux fêtes. On comprend que cet article gênait les lecteurs ; mais on ne voit pas pourquoi on l’aurait ajouté, s’il n’était pas authentique.

La principale raison qu’on sait alléguer contre la Pâque, c’est qu’alors il y en aurait une de plus, et l’on a pourtant souverainement décidé que Jésus n’a pu vivre et voyager aussi longtemps. Par ce motif on se rabat ici sur la fête de Purim (les Saturnales des Juifs), célébrée en février ou mars.

Rien de certain sur l’emplacement et sur la construction du bassin de Bethesda. Le lieu qu’on nomme ainsi de nos jours ne porte plus de traces des anciens portiques et il n’y a plus d’eau. La porte du bétail était probablement au nord-est, dans le voisinage du temple.

Quant au phénomène physique qui se produit dans le bassin (ébullition locale intermittente de la source), il paraît qu’anciennement déjà l’explication que l’auteur en donne a soulevé des doutes. Il y a des manuscrits et autres témoins anciens qui omettent soit les derniers mots du verset 3 (qui attendaient, etc.), soit tout le verset 4, soit toutes ces parties du texte. Des critiques modernes, en grand nombre, ont jugé que ces témoignages étaient assez décisifs pour condamner les autres lignes en question, comme étrangères à la rédaction primitive. On suppose alors qu’il y a là une légende judaïque ou chrétienne qui aurait fini par trouver place dans le récit pour expliquer ce que dit le malade au verset 7, et qui, à tout prendre, serait indigne de l’apôtre.

À première vue, cette manière de voir est assez plausible. Comme les juifs et les chrétiens ne marchandaient nulle part l’intervention des anges dans les affaires de ce monde, on ne voit pas pourquoi elle aurait été effacée ici, si l’auteur en avait réellement parlé dans sa narration. Cependant il y a aussi des arguments à faire valoir dans le sens opposé. La question n’est pas de savoir s’il y a moyen de donner une explication naturelle du phénomène, ou si Jean a pu partager une opinion populaire ; il faut voir si l’ensemble de son texte demande que les phrases suspectes y soient comprises, ou si l’on peut les omettre sans déranger le reste. Or, on voit plus loin que l’auteur parle de l’agitation de l’eau comme d’une chose connue de ses lecteurs ; il met dans la bouche du malade des paroles qui supposent que le lecteur sait déjà de quelle condition tout exceptionnelle dépendait la guérison.

Nous demanderons donc si l’auteur, qui ailleurs explique à ses lecteurs des détails que tous les Juifs, et surtout ceux de Jérusalem, pouvaient savoir, et cela par la simple raison qu’il n’écrivait pas pour les Juifs, si l’auteur, disons-nous, a pu supposer que des étrangers connaîtraient la nature particulière de la source de Bethesda, si différente pourtant, par les phénomènes qu’elle présentait, de toutes les autres qui servaient alors à des bains hygiéniques ? Évidemment non ! Il a dû donner des explications préalables, et le verset 7 reste inintelligible si l’on efface le verset 4 et la moitié du verset 3. Nous admettons donc que ce retranchement s’est fait après coup, comme celui, non moins remarquable, des versets 43 et 44, du xxiie chapitre de Luc. Le phénomène en lui-même, tel que le passage suspect le décrit, n’a rien d’étrange ; l’action de l’eau jaillissante peut parfaitement avoir été plus forte dans l’espace restreint de l’embouchure. On nous a reproché de vouloir maintenir la leçon vulgaire uniquement pour le plaisir d’attribuer à l’apôtre une superstition. Mais si les apôtres, d’après ce point de vue, font preuve de superstition en croyant à l’intervention des anges dans le monde physique, il faut biffer bien d’autres passages encore pour leur épargner ce reproche.

Quoi qu’il en soit, le fait est raconté dans un tout autre but. Il s’agit de Christ dans le monde, action sans doute essentiellement spirituelle, mais symbolisée par des guérisons du corps ; et action permanente, non soumise à des conditions de temps et de circonstances extérieures, telles que seraient l’assistance de quelque autre force naturelle ou surnaturelle, en dehors de lui, ou bien encore une règle légale qui eût pu le gêner. C’est par cette dernière considération que le récit continue, ou plutôt qu’il passe de la narration d’un fait à l’exposition des vérités absolues, de l’histoire à la théologie.

Jésus a voulu guérir un homme malade de paralysie depuis un temps immémorial ; voici la légalité traditionnelle qui se met en travers. Il n’est pas difficile de saisir le sens profond du récit qui nous est offert.

Le terme dont l’auteur se sert pour motiver l’intervention de Jésus, a été traduit par le mot sachant et non ayant appris. De fait, la première de ces expériences n’implique pas nécessairement l’idée du miracle, mais elle ne l’exclut pas non plus, et nous croyons devoir la maintenir précisément par cette raison. Il ne s’agit pas seulement de compassion et de miséricorde, mais de la manifestation d’une puissance supérieure.

Selon moi, la particularité de ce miracle, comparé à d’autres, c’est que dans les autres miracles, parmi les choses naturelles, le miraculeux paraît comme preuve de la divinité de Jésus. Ici, au contraire, parmi le miraculeux, c’est le naturel qui paraît comme preuve de la divinité de Jésus. Le malade attend depuis vingt ans le miracle, et Jésus lui dit : N’attends rien. Ce qu’il y a en toi vivra. Éveille-toi. Si tu as la force de te lever et de marcher, marche. L’homme essaye, se lève, et marche. Tout ceci pris pour un miracle indique seulement que les miracles ne peuvent pas exister, et que malade est celui qui attend le miracle. Le miracle le plus grand, c’est notre vie. L’événement lui-même est le plus simple, il se répète continuellement parmi nous. Je connais une dame qui pendant vingt ans resta couchée ; elle ne se levait que quand le docteur lui faisait des injections de morphine. Au bout de vingt ans le docteur avoua qu’il lui avait toujours fait des injections d’eau. Ayant appris cela, la dame quitta son lit et marcha.

Le récit sur la piscine est du même ordre. Il signifie que les hommes attendent des miracles, l’intervention de Dieu, tandis que Dieu est en eux. Dieu est la vie. Donne-toi à la vie ; crois en elle, et tu seras vivant. Tous les récits suivants, sauf la raillerie de la foi au sabbat, qui renforcent le sens du récit sur la piscine, ne font qu’expliquer cette pensée que le seul miracle, la seule vérité, la seule force, c’est la vie, celle qui est en chaque homme, et que c’est à elle qu’il faut se fier.


Ἦν δὲ σάββατον ἐν ἐϰείνη τῆ ἡμέρα.

Ἔλεγον οὖν οἱ Ἰουδαῖοι τῷ τεθεραπευμένῳ. σάββατον ἐστι, οὖϰ ἔξεστι σοι ἀραι τὸν ϰράββατον.

Ἀπεϰρίθη αὐτοῖς· ὁ ποιήσας με ὑγιῆ, ἐϰεῖνός μοι εἶπεν· ἆρον τὸν ϰράββατον σου ϰαὶ περιπάτει.

Ἠρώτησαν οὖν αὐτόν. τὶς ἐστιν ὁ ἄνθρωπος ὁ εἰπών σοι· ἆρον τὸν ϰράββατον σου, ϰαὶ περιπάτει.

Ὁ δέ ιἀθεις οὐϰ ᾒδει, τὶς ἐστιν· ὁ γὰρ Ἰησοῦς ἐξένευσεν, ὄχλου οὔτος ἐν τῷ τόπῳ.


Jean, v, 9. Or ce jour-là était un jour de sabbat. Cela se passait le jour du sabbat.
10. Alors les Juifs dirent à celui qui avait été guéri : C’est aujourd’hui le sabbat ; il ne t’est pas permis d’emporter ton lit. Et les Juifs dirent à l’homme : Aujourd’hui, le jour du sabbat, tu ne devrais pas ramasser ton lit.
11. Il leur répondit : Celui qui m’a guéri m’a dit : Emporte ton lit et marche. Il leur répondit : Celui qui m’a fait lever m’a dit : Ramasse ton lit et marche.
12. Et ils lui demandèrent : Qui est cet homme qui t’a dit emporte ton lit et marche ? Et ils lui demandèrent : Quel est cet homme qui t’a dit : Ramasse ton lit et marche ?
13. Mais celui qui avait été guéri ne savait qui c’était ; car Jésus s’était échappé au travers de la foule qui était en ce lieu-là. Mais le malade 1) ne savait pas qui il était, parce que Jésus s’était mêlé discrètement à la foule.

Remarques.

1) Une variante très importante, acceptée par Grisbach, est celle-ci : Au lieu de ἰαθείς, c’est-à-dire le guéri, comme partout, ἀσθενῶν, le malade, le faible.


Μετὰ ταῦτα εὑρῖσϰει αὐτὸν ὁ Ἰησοῦς ἐν τῷ ἱερῷ, ϰαὶ εἶπεν αὐτῷ, Ἴδε, ὑγιὴς γέγονας· μηϰέτι ἁμάρτανε, ἵνα μὴ χεῖρόν σοὶ τι γένηται.

Ἀπῆλθεν ὁ ἄνθρωπος ϰαὶ ἀνήγγειλε τοῖς Ἰουδαίοις, ὅτι Ἰησοῦς ἐστιν ὁ ποιή· σας αὐτόν ὑγιῆ.

Καὶ διά τοῦτο ἐδίωϰον τὸν Ἰησοῦν οἱ Ἰουδαῖοι ϰαὶ ἐζήτουν αὐτόν ἀποϰτεῖναι, ὅτι ταῦτα ἐποίει ἐν σάββατῳ.


Jean, v, 14. Depuis Jésus le trouva dans le temple et lui dit : Voilà, tu as été guéri, ne pèche plus désormais, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pire. Ensuite Jésus le rencontra dans le temple et lui dit : Voilà, tu es guéri, prends donc garde, dorénavant ; ne te trompe pas afin qu’il ne t’arrive quelque chose de pire.
15. Cet homme s’en alla et rapporta aux Juifs que c’était Jésus qui l’avait guéri. Et l’homme s’en alla et raconta aux Juifs que c’était Jésus qui l’avait fait lever.
16. À cause de cela les Juifs poursuivaient Jésus, et cherchaient à le faire mourir, parce qu’il avait fait cela le jour du sabbat. Et les Juifs attaquaient Jésus, parce qu’il avait fait cela le jour du sabbat 1).

Remarques.

1) L’homme était comme mort parce qu’il croyait en cette histoire que les Juifs avaient inventée, et attendait un miracle quelconque du dehors, ne croyant pas à la vie qui était en lui. Jésus lui montra que tous les récits sur la piscine sont de pures inventions et que le seul miracle, c’est sa propre vie. L’homme le crut et devint vivant. Ainsi la superstition est dénoncée, la vérité est prouvée, l’homme vit et marche. Il semble qu’on ne puisse plus discuter. Mais non, les hommes ont encore des raisons. Pourquoi a-t-il ressuscité l’homme le jour du sabbat ; ce qui est bien le vendredi est mal le samedi.


Ὁ δὲ Ἰησοῦς ἀπεϰρίνατο αὐτοῖς· ὁ πατήρ μου ἔως ἄρτι ἐργάξεται, ϰάγω ἐργάξομαι.

Διά τοῦτο οὐν μᾶλλον ἐξήτουν αὐτόν οἱ Ἰουδαῖοι ἀποϰτεῖναι, ὅτι οὑ μόνον ἔλυε τὸ σάββατον, ἀλλά ϰαὶ πατέρα ἴδιον ἒλεγε τὸν Θεόν, ἴσον ἑαυτον ποιῶν τῷ Θεῷ.

Ἀπεϰρίνατο οὖν ὁ Ἰησοῦς ϰαὶ εἶπεν αὐτοῖς· Ἀμήν, ἀμήν λέγω ὑμῖν, οὐ δύναται ὁ υἱός ποιεῖν ἄφ ἑαυτοῦ οὐδέν, ἐάν μὴ τι βλέπῃ τὸν πατέρα ποιοῦντα· ἅ γὰρ ἄν ἐϰεῖνος ποιῇ, ταῦτα ϰαὶ ὁ νιός ὁμοίως ποιεῖ.

Ὁ γὰρ πατήρ φιλεῖ τὸν υἱόν, καὶ πάντα δείϰνυσιν αὐτῷ, ἅ αὐτός ποιεῖ ϰαὶ μείξονα τούτων δείξει αὐτῷ ἔργα, ἵνα ὑμεῖς θαυμάξητε.


Jean, v, 17. Mais Jésus leur dit : Mon Père agit jusqu’à présent et j’agis aussi. Jésus leur dit : Mon Père travaille sans cesse, et moi aussi, je travaille.
18. À cause de cela les Juifs cherchaient encore plus à le faire mourir, non seulement parce qu’il avait violé le sabbat, mais encore parce qu’il disait que Dieu était son propre Père, se faisant égal à Dieu. Et les Juifs cherchaient encore davantage 1) ; à le tuer, non seulement parce qu’il niait le sabbat, mais encore parce qu’il appelait Dieu son Père et se faisait égal à Dieu.
19. Jésus prenant la parole leur dit : En vérité, je vous dis que le fils ne peut rien faire de lui-même à moins qu’il ne le voie faire au Père ; car tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait pareillement. Et Jésus dit : Ne comprenez-vous donc pas que le fils de l’homme ne peut rien faire de lui-même s’il ne sait ce que fait le Père ; car tout ce que fait le Père, le fils le fait également.

20. Car le Père aime le fils et il lui montre tout ce qu’il fait ; et il lui montrera des œuvres plus grandes que celles-ci, en sorte que vous en serez remplis d’admiration. Le Père aime le fils, et il lui montre tout, et il lui montrera encore d’autres de ses œuvres plus grandes que vous admirerez.

Remarques.

1) Plus grandes c’est-à-dire supérieures à la guérison corporelle.


Ὥσπερ γὰρ πατὴρ ἐγείρει τοὺς νεϰροὺς ϰαὶ ξωοποιεῖ, οὕτω ϰαὶ ὁ νιός οὕς θέλει ζωοποιεῖ.

Οὐδέ γὰρ ὁ πατὴρ ϰρίνει οὐδένα ἀλλά τὴν αρίσιν πᾶσαν δέδωϰε τῷ ὑιῷ.


Jean, v, 21. Car comme le Père ressuscite les morts et leur donne la vie, de même aussi le Fils donne la vie à ceux qu’il veut. Comme le Père excite les mortels 1) et les vivifie, de même le Fils vivifie qui il veut.
22. Le Père ne juge personne, mais il a donné au fils tout pouvoir de juger. Parce que le Père ne choisit pas ; mais tout le choix 2) est remis au pouvoir du Fils.

Remarques.

1) Le fait que le mot νεϰρός ne signifie pas toujours, en langue évangélique, mort, n’a pas besoin d’être prouvé, pour quiconque a lu l’Évangile dans le texte grec. Il suffit de se rappeler le verset de Matthieu, viii, 22 : « … et laisse les morts ensevelir leurs morts » et le verset 24 du chapitre que nous analysons, d’où l’on voit ce qu’il faut comprendre par le mot νεϰρός.

2) ϰρίσις, dans ce passage, est toujours employé dans les deux sens : choix, arrêt ou mort. Un pareil emploi de synonymes est propre à la langue évangélique de Jean. Par exemple, avec les mots χάρις, ἀνάστασις, et maintenant ϰρίσις. Ici le mot ϰρίσις est employé dans le sens de choix.


ἵτα πάντες τιμῶσι τὸν υἱόν, ϰαθώς τιμῶσι τὸν πατέρα· ὁ μὴ τιμῶν τὸν υἱόν οὐ τιμᾶ τὸν πατέρα τὸν αὐτόν·

Ἀμὴν, ἀμὴν λέγω ὑμῖν, ὅτι ὁ τὸν λόγον μου ἀϰούων ϰαὶ πιστεῦων τῷ πέψαντί με, ἔχει ζωήν αἰώνιον ϰαὶ εἰς ϰρίσιν οὐϰ ἔρχεται, ἀλλά μεταβέβηϰεν ἐϰ τοῦ θανάτου εἰς τὴν ζωήν.


Jean, v, 23. Afin que tous honorent le fils, comme ils honorent le Père. Celui qui n’honore pas le Fils n’honore pas le Père qui l’a envoyé. Pour que tous adorent le Fils comme ils adorent le Père. Celui qui n’adore pas le Fils n’adore pas également le Père qui l’a envoyé.
24. En vérité en vérité, je vous dis que celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle, et il ne sera point sujet à la condamnation ; mais il est passé de la mort à la vie. Sachez donc que celui qui comprend 1) l’entendement et se fie en celui qui m’a envoyé, celui-là a la vie en dehors du temps ; et pour lui il n’est pas de mort 2), mais il est passé déjà de la mort à la vie.

Remarques.

1) ἀϰούω, entendre, comprendre, dans la langue du peuple.

2) Ici ϰρίσιν a le sens d’arrêt de mort.


Ἀμὴν, ἀμὴν λέγω ὑμῖν, ὅτι ἔρχεται ὥρα, ϰαὶ νῦν ἐστι, ὄτε οἱ νεϰροὶ ἀϰούσονται τῆς φωνῆς τοῦ υἱοῦ τοῦ Θεοῦ, ϰαὶ οἱ ἀϰούσαντες ζήσονται.

Ὥσπερ γὰρ ὁ πατὴρ ἔχει ζωήν ἐν ἑαυτῴ, οὔτος ἔδωϰε ϰαὶ τῷ υἱῷ ζωὴ, ἔχειν ἐν ἑαυτῷ.

Καὶ ἐξουσίαν ἔδωϰεν αὐτῷ ϰαὶ ϰρίσιν ποιεῖν, ὅτι υἱός ἀνθρώπου ἐστί.

Μὴ θαυμάζετε τοῦτο, ὅτι ἔρχεται ὤρα, ἐν ἦ πάντες οἱ ἐν τοῖς μνημείοις ἀϰούσονται τῆς φωνῆς τοῦ Θεοῦ,

ϰαὶ ἐϰπορεύσονται οἱ τά ἀγαθά ποιήσαντες εἰς ἀνάστασιν ζωῆς, οἱ δέ τάφαῦλα πράξαντες εἰς ἀνάστασιν ϰρίσεως.


Jean, v, 25. En vérité, en vérité, je vous dis que le temps vient et qu’il est déjà venu, que les morts entendront la voix du fils de Dieu, et que ceux qui l’auront entendue vivront. Je vous dis la vérité que l’heure est venue quand les mortels comprendront la voix du Fils de Dieu, et, l’ayant comprise, vivront.
26. Car comme le Père a la vie en lui-même, il a aussi donné au Fils d’avoir la vie en lui-même ; Parce que, de même que le Père est vivant par lui-même, de même il a donné au Fils la vie en lui-même.
27. Et il lui a aussi donné l’autorité d’exercer le jugement, parce qu’il est le Fils de l’homme. Et il lui donne la liberté de choisir, et c’est par cela qu’il est homme.
28. Ne soyez pas surpris de cela ; car le temps viendra que tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix. Ne soyez pas surpris de cela parce que le temps est venu quand tous les mortels comprendront la voix du Fils de Dieu.
29. Et ceux qui auront fait de bonnes œuvres en sortiront et ressusciteront pour la vie ; et ceux qui en auront fait de mauvaises ressusciteront pour la condamnation. Et ceux qui ont fait le bien entreront dans la résurrection  1) de la vie, et ceux qui ont fait le mal, dans l’exil de la mort.

Remarques.

1) ἀνάστασις, excitation, résurrection et exil, destruction. Chez Jean on rencontre souvent de pareils jeux de mots : χάρις — ἀντι χάριτος le mot χάρις est pris une fois dans le sens d’amour, et l’autre fois dans le sens de culte. La même chose ici, la résurrection contraire à ἀνάστασις, comme l’exil. Ces mots n’ont de sens qu’ainsi interprétés.

Ἀνάστασις ϰρίσεως n’a aucun sens si ἀνάστασις signifie l’installation, le rétablissement. La seule possibilité de l’expliquer c’est d’attribuer à ἀνάστασις ζωῆς le sens d’excitation, de résurrection, et à ἀνάστασις ϰρίσεως, le sens d’exil, de destruction.


Οὐ δύναμαι ἐγὼ ποιεῖν ἀπ' ἐματοῦ οὐδεν. Καθώς ἀϰουω ϰρίνω, ϰαὶ ἡ ϰρίσις ἡ ἐμή διϰαία ἐστίν, ὅτι οὐ ζητῶ τὸ θέλημα τὸ ἐμόν, ἀλλά τὸ θέλημα τοῦ πέμψαντὸς με πατρός.

Ἐάν ἐγώ μαρτυρῶ περὶ ἐμαυτοῦ ἡ μαρτυρία μου οὐϰ ἔστιν ἀληθής.

Ἀλλος ἐστιν ὁ μαρτυρῶν περὶ ἐμοῦ, ϰαὶ οἶδα ὅτι ἀληθής ἐστιν ἡ μαρτυρία ην μαρτυρεῖ περὶ ἐμοῦ.


Jean, v, 30. Je ne puis rien faire de moi-même : je juge selon que j’entends, et mon jugement est juste ; car je ne cherche point ma volonté mais je cherche la volonté du Père qui m’a envoyé. Je ne puis rien faire par moi-même ; comme je comprends je le fais, et mon choix est juste puisque je ne cherche pas à accomplir ma volonté, mais la volonté du Père qui m’a envoyé.
31. Si je me rends témoignage à moi-même, mon témoignage n’est pas digne de foi. Si j’étais seul à témoigner de moi mon témoignage serait faux.

32. Il y en a un autre qui me rend témoignage, et je sais que le témoignage qu’il me rend est digne de foi. Mais il y en a un autre qui affirme de moi que je fais la vérité, et vous savez 1) que son affirmation sur moi est exacte, que je fais la vérité.

Remarques.

1) Dans plusieurs copies il y a οἴδατε.


Les versets 33, 34, 35, et le commencement du verset 36 n’ajoutent rien à la doctrine et rompent le sens : « Ce n’est pas moi seul qui témoigne, mais mes actes. »


Τὰ γὰρ ἔργα ἅ ἔδωϰέ μοι ὁ πατήρ ἵνα τελειώσω αὐτὰ, αὐτὰ τὰ ἔργα, ἅ ἐγώ ποιῶ, μαρτυρεῖ παρῖ ἐμοῦ, ὅτι ὁ πατήρ με ἀπέσταλϰε ;

Καὶ ὁ πέμψας με πατήρ, αὐτός μαμαρτύρηϰε περὶ ἐμοῦ. Οὒτε φωνήν αὐτοῦ ὀϰηϰόατε πώποτε, οὔτε εἶδος αὐτοῦ ἐωράϰατε ;

Καὶ τὸν λόγον αὐτοῦ οὐϰ ἔχετε μένοντα ἐν ὑμῖν, ὅτι ὅν ἀπέστειλεν ἐϰεῖνος, τούτω ὑμεῖς οὐ πιστεύετε.

Ἐρευνᾶτε τὰς γραφὰς, ὅτι ὑμεῖς δοϰεῖτε ἐν αὐταῖς ζωήν αἰώνιον ἔχειν, ϰαὶ ἐϰείναι εἰσιν αἱ μαρτυροῦσαι περὶ ἐμοῦ.

Καὶ οὐ θέγετε ἐλθεῖν πρὸς με, ἴνα ζωὴν ἔϰητε.

Δόξαν παρὰ ἀνθρώπων οὐ λαμβάνω, ἀλλ' ἔγνωϰα ὑμᾶς, ὅτι τὴν ἀγάπην τοῦ Θεοῦ οὐϰ ἔχετε ἑαυτοῖς.

Ἐγώ ἐλήλυθα ἐν τῷ ὀνόματι τοῦ πατρός μου, ϰαὶ οὐ λαμβάνετε με· ἐάν ἀλλος ἐλθη ἐν τῷ ὄνοματι τῷ ἰδίῳ, ἐϰεῖνον λήψεσθe.

Πῶς δύνασθε ὑμεῖς πιστεῦσαι, δόξαν παρὰ ἀλλήλων λαμβάνοντες, ϰαὶ τὴν δόξαν τὴν παρὰ τοῦ μόνου Θεοῦ οὐ ζητεῖτε.

Μὴ δοϰεῖτε ὅτι ἐγώ ϰατηγορήσω ὑμῶν πρὸς τὸν πατέρα, ἔστιν ὁ ϰατηγαρῶν ὑμῶν, Μωῦσῆς, εἰς ὅν ὑμεῖς ἡλπίϰατε.

Εἰ γὰρ ἐπιστεύετε Μωῦσῆ, ἐπιστεύετε ἄν ἐμοί· περὶ γὰρ ἐμοῦ ἐϰεῖνος ἐγραψεν.

Εἰ δὲ τοῖς ἐϰείνου γράμμασιν οὐ πιστεύετε, πῶς τοῖς ἐμοῖς ῥήμασι πιστεύετε.


Jean, v, 36. Car les œuvres que mon Père m’a donné le pouvoir d’accomplir, ces œuvres-là que je fais rendent ce témoignage de moi que mon Père m’a envoyé. Car les actes que m’a enseignés mon Père pour que je les exécute, ces mêmes actes que je fais prouvent que c’est le Père qui m’a envoyé.
37. Et le Père qui m’a envoyé, a lui-même rendu témoignage de moi. Vous n’avez jamais entendu sa voix ni vu sa face. Et le Père, celui qui m’a envoyé, m’a rendu et me rend témoignage, mais vous n’avez pas compris et ne comprenez pas sa voix, et vous ne le connaissez point 1).
38. Et sa parole ne demeure pas en vous, puisque vous ne croyez point à celui qu’il a envoyé. Et vous n’avez pas en vous son entendement, parce que vous ne croyez point qu’il m’a envoyé.
39. Sondez les Écritures, car c’est par elles que vous croyez avoir la vie éternelle, et ce sont elles qui rendent témoignage de moi. Étudiez les Écritures par lesquelles vous croyez avoir la vie éternelle, elles me rendent aussi témoignage.
40. Mais vous ne voulez point venir à moi pour avoir la vie. Mais vous ne voulez point me croire que 2) vous aurez la vie.
41. Je ne cherche point ma gloire de la part des hommes. Je n’accepte point le jugement des hommes.
42. Mais je sais que vous n’avez point en vous l’amour de Dieu. Mais j’ai appris qu’en vous il n’y a ni vérité ni amour divin.
43. Je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez pas ; si un autre vient en son propre nom vous le recevrez. Je vous enseigne la doctrine de mon Père et vous n’acceptez pas ma doctrine et si un autre venait en son propre nom, vous accepteriez sa doctrine.

44. Comment pouvez-vous croire, vu que vous aimez à recevoir de la gloire les uns des autres, et que vous ne recherchez point la gloire qui vient de Dieu. À quoi pouvez-vous vous fier quand vous acceptez la doctrine des hommes et ne cherchez pas la doctrine du Fils de Dieu seul.
45. Ne pensez point que ce soit moi qui doive vous accuser devant mon Père : Moïse, en qui vous espérez, est celui qui vous accusera. Ce n’est pas moi qui vous accuse devant le Père, mais Moïse en qui vous espérez.
46. Car si vous croyiez à Moïse, vous croiriez aussi en moi, car il a écrit de moi. Si vous croyiez en Moïse, vous croiriez aussi en moi, car il a écrit de moi.
47. Mais si vous ne croyez pas à ses écrits, comment croirez-vous à mes paroles ? Si vous ne croyez pas à ses écrits, comment croirez-vous en mes paroles ?

Remarques.

1) Je traduis ἑωράϰατε par : vous ne le connaissez point.

2) ἵνα, que.


LA PARABOLE DE L’HÉRITAGE

Ἀϰουόντων δὲ αὐτῶν ταῦτα, προσθείς εἶπε παραβολὴν, διὰ τὸ ἐγγὼς αὐτόν εἶναι Ἱερουσαλήμ, ϰαὶ δοϰεῖν αὐτούς ὅτι παραχρῆμα μέλλει ἡ βασιλεία τοῦ Θεοῦ ἀναφαίνεσθαι.

Εἶπεν οὖν ἀνθροπός τις εὐγενής ἐπορείθη εἰς χώραν μαϰράν λαβεῖν ἑαυτῷ βασιλείαν ϰαὶ ὑποστρέψαι.

Καλεσας δὲ δέϰα δούλους ἑαυτοῦ, ἐδωϰεν αὐτοις δέϰα μνᾶς.

Καὶ ᾦ μὲν ἔδωϰε μέντε τάλαντα, ᾦ δὲ δύο, ᾦ δὲ ἔν, ἑϰάστῳ ϰατὰ τὴν ἰδίαν δύναμιν.

Καὶ εἶπε πρὸς αὐτοὺς, Πραγματεύσασθε.

Καὶ ἀπεδήμησεν εὐθέως.

Πορευθεὶς δὲ ὁ τὰ πέντε τάλαντα λαβὼν, εἰργάσατο ἐν αὐτοῖς, ϰαὶ ἐποίησεν ἀλλα πέντε τάλαντα.

Ὡσαύτως ϰαὶ ὁ τὰ δύο, ἐϰέρδησε ϰαὶ αὐτός ἄλλα δύο.

Ὁ δὲ τὸ ἔν λαβὼν, ἀπελθών ὤρυζεν ἐν τῇ γῇ, ϰαὶ ἀπέϰρυψε τὸ ἀργύριον τοῦ ϰυρίου οὐτοῦ.

Οἱ δὲ πολῖται αὐτοῦ ἐμίσουν αὐτόν ϰαὶ ἀπέστειλαν πρεσβείαν ὀπίσω αὐτοῦ, λέγοντες, Οὐ θέλομεν τοῦτον βασιλεῦσαι ἐφ’ ἡμᾶς.

Καὶ ἐγένετο ἐν τῷ ἐπανελθεῖν αὐτόν λαβόντα τὴν βασιλείαν, ϰαὶ εἶπε φωηνθῆναι αὐτῷ τοὺς δούλους τούτους, οἶς ἔδωϰε τὸ ἀργύριον, ἵνα γνῷ τίς τί διεπραγματεύσατο.

Καὶ συναίρει μετ’ αὐτῶν λόγον.


Luc, xix, 11. Comme ils écoutaient ce discours, Jésus, continuant, proposa une parabole sur ce qu’il était près de Jérusalem, et qu’ils croyaient que le règne de Dieu allait paraître bientôt. Comme ils l’écoutaient, Jésus, à la fin, leur raconta encore une parabole afin 1) qu’ils ne pensent pas que le royaume de Dieu viendra sans efforts 2).
12. Il dit donc : Un homme de grande naissance s’en alla dans un pays éloigné pour prendre possession d’un royaume, et s’en revenir ensuite. Il dit : Un homme ayant reçu un héritage, il lui fallut aller recevoir cet héritage, et s’en revenir ensuite.
13. Et ayant appelé dix de ses serviteurs, il leur donna dix marcs d’argent. Alors, il appela dix de ses serviteurs et leur donna ses biens.
Matthieu, xxv, 13. Et il donna cinq talents à l’un, à l’autre deux, et à l’autre un ; à chacun selon ses forces. À l’un 3) il donna cinq talents, à l’autre deux, un au troisième ; à chacun selon ses forces.
Luc, xix, 13, et Matthieu, xxv, 13. Il leur dit : Faites-les valoir jusqu’à ce que je revienne. Et il partit aussitôt. Et il leur dit : Voilà, faites-les valoir. Et lui-même partit.
Matthieu, xxv, 16. Or celui qui avait reçu cinq talents s’en alla et en trafiqua ; et il gagna cinq autres talents. Celui qui avait reçu cinq talents se mit à travailler avec cet argent, et gagna cinq autres talents.

17. De même celui qui en avait reçu deux en gagna aussi deux autres. La même chose fit celui qui avait reçu deux talents.
18. Mais celui qui n’en avait reçu qu’un s’en alla, et creusa dans la terre, et y cacha l’argent de son maître. Mais celui qui n’avait reçu qu’un talent, l’enfouit dans le sol.
Luc, xix, 14. Mais les gens de son pays le haïssaient, et ils envoyèrent une ambassade après lui pour dire : Nous ne voulons point que celui-ci règne sur nous. Les concitoyens de cet homme le regardaient négligemment et lui déclarèrent qu’ils ne le voulaient point pour roi.
15. Il arriva donc, lorsqu’il fut de retour, après avoir pris possession du royaume, qu’il commanda qu’on fît venir ces serviteurs auxquels il avait donné l’argent, pour savoir combien chacun l’avait fait valoir. Et il arriva que cet homme s’empara du royaume et retourna chez lui. Alors il fit appeler les serviteurs auxquels il avait remis l’argent, pour savoir ce que chacun d’eux en avait fait.
Matthieu, xxv, 19. Et il leur fit rendre compte. Et il se mit à leur en demander compte.

Remarques.

1) J’omets « sur ce qu’il était près de Jérusalem », paroles qui n’ont aucun rapport avec la parabole.

Si l’on comprend, comme on le fait ordinairement, que Jésus niait cette croyance des disciples, que le royaume de Dieu allait être déclaré tout de suite, à Jérusalem, alors toute la parabole est dépourvue de sens. C’est pourquoi je préfère supprimer les paroles précitées et retenir le sens profond de la parabole lié à ce qui précède. Le fait que cette parabole est introduite par Luc, incidemment et arbitrairement, est prouvé aussi par la remarque que chez Matthieu cette parabole est rapportée à la preuve de la nécessité d’être toujours prêt à la venue du Fils de l’homme.

J’ai choisi le texte de Luc, parce qu’il inclut celui de Matthieu.

2) Παραχρῆμα, je le traduis : sans efforts.

3) J’ai réuni les paraboles de Matthieu et de Luc parce que l’une supplée l’autre et que toutes deux ont la même signification ; seulement une chose est omise dans l’une, une autre dans l’autre.


Καὶ προσελθώυ ὑ τὰ πέντε τάλαντα λαβών, προσήνεγϰεν ἄλλα πέντε τάλαντα, λέγων, Κύριε, πέντε τάλαντα μοι παρέδωϰας, ἴδε, ἀλλα πέντε τάλαντα ἐϰέρδησα ἐπ' αὐτοῖς.

Ἕφη δὲ αὐτῷ ὁ ϰύριος αὐτοῦ, Εὖ δοῦλε ἀγαθέ ϰαὶ πιστὲ, ἐπὶ ὀλίγα ἦς πιστός, ἐπὶ πολλῶν σε ϰαταστήσω· εἰσελθε εἰς τὴν χαράν τοῦ ϰυρίου σου.

Προσελθών δὲ ϰαὶ ὁ τὰ δύο τάλαντα λαβών, εἶπε, Κύριε, δύο τάλαντα μοι παρέδωϰας· ἴδε, ἄλλα δύο τάλαντα ἐϰέδησα ἐπ’ αὐτοῖς.

Καὶ εἶπεν αὐτῷ, Εὖ, ἀγαθέ δοῦλε· ὅτι ἐν ἐλαχίστῳ πιστός ἐγένου, ἰσθι ἐξουσίαν ἔχων ἐπάνω δέϰα πόλεων.

Καὶ ἦλθεν ὁ δεύτερος, λέγων, Κύριε, ἡ μνᾶ σου ἐποιησε πέντε ὑ?νᾶς[illisible].

Προσελθών δὲ ϰαὶ ὁ τὸ ἔν τάλαντα εἰληφώς, εἶπε, Κύριε, ἔργον σε, ὅτι σϰληρός εἶ ἄνθρωπος, θερίζων ὅπου οὐϰ ἔσπειρας, ϰαὶ συνάγων ὅθεν οὐ διεσϰόρπισας.

Καὶ φοβηθεὶς, ἀπελθών ἐϰρυψα τὸ τάλαντον σου ἐν τῆ γῆ· ἴδε, ἔχεις τὸ σὸν.

Ἀποϰριθείς δὲ δὲ ὁ ϰύριος αὐτοῦ εἶπεν αὐτῷ, Πονηρέ δοῦλε ϰαὶ ὀϰνηρέ, ἤδεις ὅτι, θερίζω ὅπου οὐϰ ἔσπειρα, ϰαὶ συνάγω ὅθεν οὐ διεσϰόρπισα.

Καὶ διατί οὐϰ ἔδοϰας τὸ ἀργύιον μου ἐπὶ τὴν τράπεζαν, ϰαὶ ἐγὼ ἐλθὼν σὺν τόϰῳ ἄν ἔπραζα αὐτὸ.

Καὶ τοῖς παρεστῶσιν εἶπεν, Ἄρατε ἀπ' αὐτοῦ τὴν μνᾶν ϰαὶ δότε τῷ τὰς δὲϰα μνᾶς ἔχοντι.

Καὶ εἶπον αὐτῷ, Κύριε, ἔχει δέϰα μνᾶς.

Λέγω γὰρ ὑμῖν, ὅτι παντί τῷ ἔχοντι δοθήσεται· ἀπὸ δὲ τοῦ μὴ εχοντος, ϰαὶ ὁ ἔχει ἀρθήσεται ἀπ’ αὐτοῦ.

Καὶ τὸν ἀχρεῖον δοῦλον ἐϰβάλλετε εἰς τὸ σϰότος τὸ ἐζώτερον.

Πλήν τοὺς ἐχθρούς μου ἐκείνους, τοὺς μὴ θελήσοντας με βασιλεῦσαι ἐπ’ αὐτούς, ἀγάγετε ὦδε ϰαὶ ϰατασφάξατε ἔμπροσθέν μου.


Matthieu, xxv, 20. Alors celui qui avait reçu cinq talents vint, et présenta cinq autres talents, et dit : Seigneur, tu m’avais remis cinq talents ; en voici cinq autres que j’ai gagnés de plus. Alors vint celui qui avait reçu cinq talents ; il en présenta cinq autres et dit : Maître, tu m’as remis cinq talents, avec ces talents j’en ai gagné encore cinq.
21. Et son maître lui dit : Cela va bien, bon et fidèle serviteur ; tu as été fidèle en peu de chose, je t’établirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur. Et le maître lui dit : Bien, tu es un bon et fidèle ouvrier ; tu as été fidèle en une petite chose, je t’en confierai de grandes ; réjouis-toi avec ton maître.
22. Et celui qui avait reçu deux talents vint et dit : Seigneur, tu m’avais remis deux talents ; en voici deux autres que j’ai gagnés de plus. Vint celui qui avait reçu deux talents. Il dit : Voici, maitre, tu m’as donné deux talents, avec ces talents j’en ai gagné encore deux autres.
Luc, xix, 17. Et il lui dit : Cela est bien, bon serviteur, parce que tu as été fidèle dans peu de chose, tu auras le gouvernement de dix villes. Et le maître dit à l’un et à l’autre : Bien, vous êtes de bons et fidèles serviteurs et, puisque vous êtes fidèles dans une petite chose, je vous en confierai de grandes. Réjouissez-vous avec votre maître.
18. Et le second vint et dit : Seigneur, ton marc a produit cinq autres marcs. Puis vint le troisième qui n’avait reçu qu’un seul talent, et il dit : Maître, avec ton talent, j’en ai gagné cinq.

Matthieu, xxv, 24. Mais celui qui n’avait reçu qu’un talent vint et dit : Seigneur, je savais que tu étais un homme dur, qui moissonnes où tu n’as pas semé, et qui recueilles où tu n’as pas répandu. Puis vint l’autre, qui n’avait reçu qu’un seul talent, et il dit : Maître, voici ton talent. J’ai compris, maître, que tu es un homme cruel, que tu prends où tu n’as rien déposé et moissonnes là où tu n’as pas semé.
25. C’est pourquoi, te craignant, je suis allé et j’ai caché ton talent dans la terre ; voici, tu as ce qui est à toi. J’ai eu peur de toi ; je l’ai caché dans mon mouchoir et enfoui dans la terre. Voici, prends-le.
26. Et son maître lui répondit : Méchant et paresseux serviteur ! tu savais que je moissonnais où je n’avais pas semé et que je recueillais où je n’avais pas répandu ; Et le maître lui dit : Tu es un méchant et paresseux serviteur, et je te jugerai d’après tes paroles. Tu savais que je suis un homme cruel, que je prends où je n’ai pas déposé et moissonne où je n’ai pas semé.
Luc, xix, 23. Et pourquoi n’as-tu pas mis mon argent à la banque, et à mon retour je l’eusse retiré avec les intérêts ? Pourquoi donc n’as-tu pas mis mon argent dans quelque affaire ; à mon retour je l’eusse retiré avec les intérêts.
24. Et il dit à ceux qui étaient présents : Ôtez-lui le marc et donnez-le à celui qui a les dix marcs. Et le maître dit à ses serviteurs : Prenez-lui son talent et donnez-le à celui qui en a dix.
25. Et ils lui dirent : Seigneur, il a déjà dix marcs. Et on lui dit : Maître, celui-ci en a déjà dix.
26. Aussi vous dis-je qu’on donnera à quiconque a déjà ; et que pour celui qui n’a pas, cela même qu’il a lui sera ôté. Oui, mais je vous dis que quiconque prend de la peine aura le superflu, et qu’à celui qui n’en prend pas on ôtera ce qu’il a.
Matthieu, xxv, 30. Jetez donc le serviteur inutile dans les ténèbres du dehors. Jetez donc dehors cet ouvrier inutile.
Luc, xix, 27. Quant à mes ennemis qui n’ont pas voulu que je régnasse sur eux, amenez-les ici, et faites-les mourir en ma présence. Quant à mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je sois leur roi, qu’ils n’existent plus pour moi.


L’homme noble qui quitte sa demeure pour être roi, c’est Dieu, l’entendement, l’esprit. Son éloignement du monde, qui est en même temps sa maison, exprime cette pensée, comme la parabole du semeur, chez Marc ; qu’il ne se soucie pas de la moisson avant que le grain ne pousse et jusqu’à la fermentation.

Dieu, ayant mis dans les hommes l’entendement, les laisse vivre seuls. Ces biens qu’il distribue aux serviteurs, c’est l’entendement. Le nombre différent de talents donnés à chacun, c’est la mesure de l’entendement. C’est la répétition de la parabole des grains qui sont tombés sur la route, sur les pierres et parmi les mauvaises herbes. Mais ici il ne peut exister de malentendu ; on ne peut croire que la croissance dépende de Dieu, des causes extérieures. Ici, il est dit nettement que l’entrée dans le royaume de Dieu dépend de l’effort que fera chacun. Seul le degré de l’entendement dépend des causes extérieures. Les concitoyens de l’homme noble qui ne veulent pas l’accepter pour roi, ce sont les hommes à qui l’entendement fait défaut, les hommes des ténèbres, ceux qui n’existent pas pour Dieu. C’est ce qui est exprimé par les mauvaises herbes dans la parabole du semeur.

Le retour de l’homme noble à la maison, c’est l’accomplissement de toute la vie, ce qui est exprimé dans la parabole des mauvaises herbes, leur destruction par le feu. La même chose est également exprimée dans la parabole sur le filet, et chez Jean par le mot : mort.

Les comptes des serviteurs, c’est l’état de ceux qui ont l’entendement déposé comme un grain.

Le compte des deux premiers serviteurs, c’est l’état de ceux qui ont retenu l’entendement, comme les grains sur la bonne terre. Leur récompense, c’est leur union avec le maître. Le compte du dernier serviteur, c’est l’état de celui qui, ayant eu l’entendement, ne l’a pas retenu, comme le grain sur la route, sur les pierres et parmi les mauvaises herbes, il est un serviteur inutile, il n’existe pas pour l’entendement. Les concitoyens qui n’ont pas reconnu le roi, ce sont les gens en dehors de l’entendement. Eux aussi n’existent pas pour l’entendement. Le talent, c’est l’entendement en l’homme. L’ouvrier qui a travaillé avec ce talent a acquis, il a accompli la volonté de son maître. Le maître l’a reçu comme un ami. Il s’unit au maître.

L’entendement et la vie sont restés l’entendement et la vie. Mais le mauvais serviteur a caché son argent. Il s’est dit : Je ne veux pas connaître le maître ; je veux travailler pour moi-même, et, pour ne pas penser au maître, il enfouit son talent. On a donné à un méchant ouvrier la vie de l’entendement, mais il n’en veut pas profiter, il pense qu’elle lui est étrangère et inutile, et il se le cache à soi-même, afin de pouvoir travailler pour la chair et non pour l’accomplissement de la volonté du maître. Le méchant serviteur n’a pas compris que ce n’est pas pour le maître mais pour lui-même que la vie de l’entendement lui est donnée. Il se dit : le maître veut me prendre ce qu’il ne m’a pas donné — les joies de la chair ; mais je ne les lui donnerai pas, et je vivrai pour elles ; et la vie de l’entendement restera telle qu’elle est.

Mais le maître est venu et, s’étant aperçu que la vie de l’entendement ne croît point en cet homme, il la lui enlève.

Le grain de l’esprit de Dieu est semé également dans tous les cœurs et chacun peut faire croître en lui ce grain de l’esprit. Dieu a donné l’esprit à chacun. Les uns, ayant reçu cet esprit, l’ont aimé, accru en eux, l’ont doublé, et chacun, selon ses forces, lui a fait produire des fruits. Les autres, ceux qui ont déclaré au possesseur qu’ils ne veulent pas être en son pouvoir, comme le dernier serviteur, se sont dit : Pourquoi donnerais-je ma vie de la chair, les plaisirs charnels, pour l’esprit qui n’est pas à moi ? Il désire, pour cet esprit, que je lui donne ce qu’il ne m’a pas donné : ma vie charnelle. Je ferai mieux de cacher au loin cet embryon de l’esprit qui m’est donné et de vivre de la chair. Mais il perd même ce germe de l’esprit de Dieu, et sa vie de la chair se termine avec la mort.

La vie est donnée à tous. Celui qui reconnaît en soi le fils de Dieu vivra de la vraie vie, il acquerra la vraie vie. Et la vraie vie ne peut être ni plus grande ni plus petite. Si dans la vie terrestre les uns nous paraissent avoir plus, les autres moins, les uns cinq talents, les autres deux et un, pour la vraie vie ils sont tous égaux ; ils demeurent tous dans la joie de leur maître. Seulement celui qui enfouit cette vie se prive lui-même de la vie et, du domaine de la lumière, rentre dans les ténèbres.

Cette parabole exprime encore que les conceptions des hommes sur la justice ne sont pas applicables à la question de la vie et de la mort.

La conception antique que pour tel ou tel acte Dieu punit, et pour tel autre récompense, est fausse. Il n’y a ni récompense ni punition. Qui se tient à la vie reçoit encore davantage ; tandis qu’à celui qui ne s’y tient pas on enlève ce qui lui reste. Au commencement de l’Évangile, ainsi que dans l’entretien avec Nicodème et dans tous les entretiens et paraboles, Jésus ne dit qu’une chose : la vie n’est que l’entendement. La vie n’est la vie qu’autant qu’elle est l’entendement. La vie charnelle, Jésus l’appelle animale, et il l’appelle ainsi parce que, en effet, elle n’est qu’un moment qui se termine par la mort éternelle. Il ne faut donc point croire que l’homme, avec son corps, ses membres, est vivant. Non, seul est vivant celui qui reconnaît sa divinité. L’homme doit se regarder comme un être vivant non parce qu’il se meut, mange, respire, mais parce qu’il se reconnaît le fils de Dieu. Où est le commencement de tout ce monde terrestre ? nous l’ignorons et ne pouvons le savoir. Tout ce que nous connaissons c’est cet entendement qui nous est donné, et par lequel seul nous pouvons vivre.

Le maître remit les talents aux hommes, les laissa en leur possession et s’en alla. Dieu a mis en l’homme son entendement et l’a laissé dans le monde de la mort. Si les hommes ne sentent pas sur eux le pouvoir de leur maître, cependant ils ont les talents qu’il leur donna et ils doivent en faire quelque chose. Mais chacun fait de cet entendement ce qu’il veut. L’un travaille beaucoup, l’autre moins, l’autre ne fait rien, l’autre enfin ne le reconnaît pas. Mais il ne s’agit pas d’avoir travaillé il s’agit d’avoir compris que la vie est en l’homme, qu’il travaille avec ce qui est la vie et qu’il aspire à augmenter la vie.

De plus, avec les hommes il ne s’accomplit point ce que nous avons l’habitude de regarder comme juste : c’est-à-dire qu’à un grand travail corresponde une grande récompense ; que l’homme qui n’a rien fait de nuisible ne souffre pas ; que l’homme soit responsable de ce qu’il commet. Cela se passe ainsi quand il s’agit d’un pouvoir humain quelconque qui punit un acte que nous jugeons mauvais et récompense ce que nous jugeons bien. Il n’en est point ainsi quand nous contemplons l’essence même de la vie.

Depuis le commencement jusqu’à la fin, Jésus dit qu’il ne peut être de récompense ou de punition, ni de la part des hommes ni de la part de Dieu. Le vrai bonheur, c’est l’entendement qui est lui-même le moyen, le but, et la vie.

Celui qui possède l’entendement et y rapporte toute sa vie, celui-ci vit. Celui qui n’a pas l’entendement et ne consacre pas ses efforts à l’entendement, celui-ci n’a pas la vie.

Du point de vue général, bien que plusieurs grains tombent sur les pierres et la route, ceux qui tombent sur la bonne terre compensent et il y a la récolte. Le grain qui tombe sur les pierres ou sur la route n’est point coupable et n’est pas puni, et ceux qui sont tombés sur la bonne terre ne sont point récompensés. Mais pour qu’il y ait récolte, il faut que les grains tombés sur la bonne terre produisent cinquante fois plus.

L’entendement dans le monde, en général, retourne à Dieu, bien que plusieurs êtres humains vivent sans cet entendement. Du point de vue personnel, on a donné à chacun un talent, on ne peut pas l’oublier. Si on l’oublie, on montre par là qu’il n’était pas nécessaire, et il sera repris. Si on l’oublie, comme ce serviteur, et qu’ensuite on se mette à affirmer son équité, alors on s’accuse soi-même. Pourquoi as-tu besoin du talent si tu l’as caché ? il faut le remettre à celui qui le fait fructifier. L’entendement est en chacun, c’est la vie.

Si tu ne veux pas aller à la vie, la vie s’en ira de toi. Il n’y a ni récompense ni punition pour les hommes. Les hommes ne vivent pas pour eux. S’ils vivaient pour eux il y aurait des récompenses et des punitions pour eux. Les hommes ne vivent pas pour eux, mais Dieu en l’homme vit pour lui. Si l’homme vit pour Dieu, alors il vit. S’il vit pour lui sans Dieu, il ne vit pas. Et de même qu’on ne peut pas vivre plus ou moins, l’homme vit ou ne vit pas. Ici il n’y a ni punition ni récompense, il y a la vie ou la mort.

La doctrine du Christ n’est rien d’autre que l’enseignement de ce qui est la vie et de ce qui est la mort. La vie, c’est l’entendement ; le reste est la mort.


SUR LE PAIN DE VIE

Ἐν δὲ τῷ μεταξύ ἠρώτων αὐτὸν οἱ μαθηταὶ, λέγοντες, Ῥαββὶ φάγε.

Ὁ δὲ εἶπεν αὐτοῖς, Ἐγὼ βρῶσιν ἔχω φαγεῖν, ἢν ὑμεῖς οὐϰ οἰδατε.

Ἕλεγον οὐν οἱ μαθηταί πρὸς ἀλλήλους, Μὴ τις ἤνεγϰεν αὐτῷ φαγεῖν.

Λέγει αὐτοῖς ὁ Ἰησοῦς, Ἐμόν βρῶμα ἐστιν, ἴνα ποιῶ τὸ θέλημα τοῦ πέμψαντος με ϰαὶ τελειώσω αὐτοῦ τὸ ἔργον.

Οὐχ ὑμεῖς λέγετε, ὅτι ἔτι τετράμηνον ἐστι ϰαὶ ὁ θερισμός ἔρχεται ; ἰδού, λέγω ὑμῖν ἐπάρατε τοὺς ὀφθαλμοὺς ὐμῖν ϰαὶ θεάσασθε τάς χώρας, ὅτι λευϰαί εἰσι πρὸς θερισμὸν ἣδη.

Καὶ ὁ θερίζων μισθὸν λαμβάνει ϰαὶ συνάγει ϰαρπόν εἰς ζωὴν αἰώνιον· ἴνα ϰαὶ ὁ σπείρων ὁμοῦ χαίρη ϰαὶ ὁ θερίζων.

Ἐν γὰρ τούτῳ ὁ λόγος ἐστὶν ὁ ἀληθινὸς, ὅτι ἄλλος ἐστὶν ὁ σπείρων ϰαὶ ἄλλος ὁ θερίζων.

Ἐγώ ἀπέστειλα ὑμᾶς θερίζειν, ὅ οὐχ ὑμεῖς ϰεϰοπίαϰατε· ἄλλοι ϰεϰοπιάϰασι, ϰαὶ ὑμεις εἰς τὸν ϰόπον αὐτῶν εἰσεληλύθατι.


Jean, iv, 31. Cependant les disciples lui disaient, en l’en priant : Maître ! mange. Et voici qu’une fois ses disciples lui demandèrent : Maître, as-tu mangé ?
32. Jésus leur dit : J’ai à manger dune viande que vous ne connaissez pas. Il leur dit : J’ai une nourriture que vous ne connaissez pas.
33. Les disciples donc se disaient les uns aux autres : Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? Et les disciples se disaient entre eux : Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ?
34. Jésus leur dit : Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre. Et Jésus leur dit : Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir ses œuvres.
33. Ne dites-vous pas qu’il y a encore quatre mois jusqu’à la moisson ? Mais moi je vous dis : Levez vos yeux et regardez les campagnes qui sont déjà blanches et prêtes à être moissonnées. Ne dites pas qu’il y a encore quatre mois avant la moisson. Moi je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà blanchis, prêts pour la moisson.
36. Celui qui moissonne en reçoit la récompense, et amasse le fruit pour la vie éternelle ; en sorte que celui qui sème et celui qui moissonne en ont ensemble de la joie. On paie celui qui moissonne, et il amasse les fruits pour la vie en dehors du temps. En sorte 1) que celui qui a semé et celui qui moissonne se réjouissent ensemble.
37. Car en ceci ce qu’on dit est vrai, que l’un sème et que l’autre moissonne. Car il est juste ce dicton : que l’un sème et que l’autre moissonne.

38. Je vous ai envoyé moissonner où vous n’avez pas travaillé ; d’autres ont travaillé ; et vous êtes entrés dans leur travail. Je vous enseigne de moissonner ce que vous n’avez pas travaillé 2). Les autres ont peiné et vous avez votre part dans leur travail.

Remarques.

1) ἵνα employé dans le sens de ὣστε.

2) Notre vie corporelle.


Ces versets ne sont pas clairs. L’explication de l’Église est encore plus obscure. L’Église comprend qu’il est question ici des Samaritains, très fervents pour la doctrine. Selon moi, voici le sens de ce passage :

Après avoir dit à ses disciples que l’accomplissement de la volonté de Dieu est sa nourriture, ce qu’il s’est dit dans le désert et qu’il a dit à la Samaritaine, Jésus ajoute qu’on ne peut pas différer l’accomplissement de la volonté de Dieu comme on ajourne la moisson jusqu’à ce qu’elle soit mûre. Cette moisson est toujours mûre, c’est-à-dire que l’accomplissement de la volonté de Dieu est toujours possible, du moment qu’il s’agit de notre vie charnelle ; et il y a toujours de quoi moissonner, c’est-à-dire qu’il y a toujours quelque chose à sacrifier. Celui qui moissonne en reçoit la récompense — la vie en dehors du temps ; et cela réjouit également celui qui moissonne et celui qui sème, c’est-à-dire l’homme qui moissonne — qui vit par l’esprit et le Père, par Dieu — et celui qui a déposé son esprit en l’homme. Le proverbe : Ce que l’un sème, l’autre le récolte est juste dans ce cas. Dieu sème et l’homme moissonne. Je vous apprends à moissonner, à couper non ce que vous avez semé, mais ce que Dieu a fait pour vous : votre vie charnelle.


Les versets 39, 40, 41, 42, où l’on raconte comment les Samaritains eurent la foi, n’ont aucune importance ; je les omets.


Ἐργάζεσθε μὴ τὴν βρῶσιν τὴν ἀπολλυμένην βρῶσιν τὴν μένουσαν εἰς ζωήν αἰώνιον, ἥν ὁ υἱός τοῦ ἀνθρώπου ὑμῖν δώσει· τοῦτον γὰρ ὁ πατήρ ἐσφράγισεν ὁ Θεός.


Jean, vi, 27. Travaillez pour avoir, non la nourriture qui périt, mais celle qui demeure jusqu’à la vie éternelle, et que le Fils de l’homme vous donnera ; car le Père qui est Dieu l’a marqué de son sceau. Et Jésus dit au peuple : Vous vous souciez de la nourriture terrestre et moi je vous dis : Procurez-1)vous non cette nourriture 2) qui périt, mais celle qui se conservera dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, et qui est marquée du sceau de Dieu.

Remarques.

1) Ἐργάζεσθε, avec l’adjectif signifie se procurer.

2) Βρῶσις, signifie nourriture dans l’un et l’autre sens.


Εἶπον οὖν πρὸς αὐτὸν, Τί ποιῶμιν, ἵνα ἐργαζώμεθα τὰ ἔργα τοῦ Θεοῦ.

Ἀμπεϰρίθη ὁ Ἰησοῦς ϰαὶ εἶπεν αὐτοὶς, Τοῦτο ἐστι τὸ ἔργον τοῦ Θεοῦ, ἵνα πιστεύσητε εἶς ὅν ἀπέστειλεν ἐϰεῖνος.

Εἰπον οὖν αὑτῷ, Τί οὖν ποιεῖς σύ σημεῖον, ἵνα ἴδωμεν ϰαὶ πιστεύσωμὲν σοι ; τί ἐργάζῃ ;


Jean, vi, 28. Ils lui dirent : Que ferons-nous pour faire les œuvres de Dieu ? Et ils lui dirent : Que devons-nous faire pour faire les œuvres de Dieu ?
29 Jésus leur répondit : C’est ici l’œuvre de Dieu, que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. En réponse Jésus leur dit : L’œuvre de Dieu, c’est de croire en celui qu’il a envoyé.
30. Alors ils lui dirent : Quel miracle fais-tu donc, afin que nous le voyions et que nous croyions en toi ? Quelle œuvre fais-tu ? Quelle preuve nous donnes-tu afin que nous croyions que toi-même le fais ? 1).

Remarques.

1) L’Église voit toujours dans ces paroles l’obligation, imposée par Jésus, de croire en lui. Jésus ne dit rien de pareil. Il exhorte ses disciples à croire ce qu’il leur dit ; et la réponse des Juifs montre qu’ils ne pensaient même pas à comprendre autrement que Jésus. Ils disent : C’est bien, tu ordonnes de croire en celui qui t’a envoyé ; et toi, que fais-tu ?


Οἱ πατέρες ἡμῶν τὸ μάννα ἐφαγον ἐν τῆ ἐρήμῳ, ϰαθώς ἐστι γεγραμμένον, Ἂρτον ἐϰ τοῦ οὐρανοῦ ἔδωϰεν αὐτοῖς φαγεῖν.


Jean, vi, 31. Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon qu’il est écrit : Il leur a donné à manger le pain du ciel. Nos pères ont mangé la manne dans le désert, ainsi qu’il est écrit : Il leur a donné à manger le pain du ciel 1).

Remarques.

1) Afin de ne pas se fourvoyer dans l’interprétation des paroles qui suivent, sur la manducation du corps et du sang du Fils de l’homme, paroles qui ont provoqué tant d’explications idolâtres, il ne faut pas oublier pour un moment le sens de tout ce passage, il faut se souvenir que l’idée maîtresse de la doctrine du Christ, pendant la tentation dans le désert, se présenta à lui, sous la comparaison entre la nourriture terrestre et la nourriture divine, et que ἄρτος, à proprement dire, ne signifie pas la nourriture mais l’action de manger, et que ce mot est pris à la fois dans l’une et l’autre acception. Tenté par le besoin de nourriture il se répondit que l’homme ne sera pas rassasié par le pain, mais par l’esprit de Dieu. Dans l’entretien avec la Samaritaine, de nouveau, il exprime de la même manière le sens de sa doctrine (Jean, iv, 14) : « Si tu connaissais le don de Dieu, tu me demanderais toi-même à boire de l’eau, non celle qui jaillit de la terre, après laquelle on veut boire encore, mais une eau telle qui satisfait complètement et après laquelle on n’a plus soif ». Dans le sermon sur la montagne, empruntant encore l’image de la nourriture, Christ exprime la même chose quand il dit que l’âme est plus importante que la nourriture. À ses disciples il dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir ses œuvres ».

Ici c’est encore la même chose. Jésus dit : Ne vous souciez point de la nourriture qui périt, c’est-à-dire : Ne pensez pas que le pain que vous mettrez dans votre estomac vous donnera la vie, mais souciez-vous de la nourriture qui ne périt pas, c’est-à-dire de l’entendement. Votre vie est l’entendement, et l’entendement est plus que la nourriture : il est la vie. Cette vie véritable, c’est le Fils de l’homme marqué par Dieu qui vous la donne, c’est-à-dire le Fils de l’homme qui vit selon la loi de Dieu.

Le peuple demande : Que faut-il donc faire pour cultiver cette vie, cet entendement ? Jésus répond : Il suffit de croire, d’être complètement convaincu que la vie c’est l’entendement, et de vivre par cet entendement. À cela les Juifs lui citent le verset 24 du psaume 77, unissant évidemment, dans leur pensée, l’idée de la nourriture, de la manne, et du pain du ciel. Mais le pain du ciel {ἄρτος ἐϰ τοῶ οὐρανου a une tout autre signification que la nourriture ordinaire. La signification du mot ἄρτος, en hébreu, est donnée dans les versets suivants du Livre de Sirach et dans les Proverbes de Salomon (Sirach, xv, 3 ; xxiv, 19, 20, 21 ; Proverbes, ix, 5) :


Εἶπεν οὖν αὐτοῖς ὁ Ἰησοῦς, Ἀμὴν, ἀμὴν λέγω ὑμῖν, Οὐ Μωύσῆς δέδωϰεν ὑμῖν τὸν ἀρτον ἐϰ τοῦ οὐρανοῦ· ἀλλ' ὁ πατήρ μου δίδωσιν ὑμῖν τὸν ἀρτον ἐϰ τοῦ οὐρανοῦ τὸν ἀληθινόν.

Ὁ γὰρ ἄρτος τοῦ Θεοῦ ἐστιν ὁ ϰαταβαίνων ἐϰ τοῦ οὐρανοῦ. ϰαὶ ζωὴν διδοὺς τῷ ϰόσμῳ.


Jean, vi, 32. Et Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis : Moise ne vous a point donné le pain du ciel, mais mon Père vous donne le vrai pain du ciel ; Et Jésus leur dit : Vous savez donc vous-mêmes que ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel ; mais mon Père vous donne le vrai pain du ciel.

33. Car le pain de Dieu est celui qui est descendu du ciel, et qui donne la vie au monde. Car le pain de Dieu est ce qui descend du ciel et donne la vie au monde 1).

Remarques.

1) Jésus écarte aussitôt le malentendu qui pourrait provenir de la confusion entre la manne du ciel et le pain du ciel, c’est-à-dire entre la loi de Moïse et celle de Dieu. Il dit : Le pain du ciel n’est pas le pain du ciel (c’est-à-dire la loi de Dieu) parce que c’est Moïse qui l’a donné, mais parce qu’il vient de Dieu et donne la vie au monde.

S’il s’agissait de la manne, dans le verset 32, on n’emploierait pas le parfait qui signifie que Dieu a donné et donne le vrai pain, c’est-à-dire l’entendement au monde ; et il n’y aurait pas le présent.


Εἶπον οὐν πρὸς αὐτὸν, Κύριε, πάντοτε δὸς ἡμῖν τὸν ἄρτον τοῦτον.

Εἶπε δὲ αὐτοῖς, ὁ Ἰησοῦς, Ἐγώ εἶμι ὁ ἄρτος τῆς ζωῆς· ὁ ἐρχόμενος πρὸς με οὐ μὴ πεινάδη, ϰαὶ ὁ πιστεύων εἰς ἐμὲ οὐ διψὴση πώποτε.

Ἀλλ’ εἶπον ὑμῖν, ὅτι ϰαὶ ἐωράϰατε με, ϰαὶ οὐ πιστεύετε.


Jean, vi, 34. Ils lui dirent : Seigneur ! donne-nous toujours de ce pain-là. Ils lui dirent : Eh bien, donne-nous toi aussi de ce 1) pain-là.
35. Et Jésus leur dit : Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura point de faim, et celui qui croit en moi n’aura jamais soif. Et Jésus leur dit : Je 2) suis le pain de vie 3). Celui qui se donne 4) à moi n’aura jamais faim 5), et celui qui croit en moi n’aura jamais soif.

36. Mais je vous l’ai déjà dit, que vous m’avez vu, et, cependant, vous ne croyez point. Mais je vous l’ai déjà dit, et vous avez vu et voyez 6) et ne me croyez point.

Remarques.

1) Ce pain, c’est-à-dire la loi, comme la loi de Moïse.

2) Je, moi, ma doctrine.

3) Le pain de vie — la loi de la vie.

4) Πεινάω — n’être pas satisfait ; souffrir d’un désir, aspirer. La même chose signifie aussi le mot δεψαω.

5) De nouveau ἔρχομαι, traduit, avec une obstination incompréhensible, par le verbe venir. Que peut signifier ici : Venir à moi ? Marcher à pied n’a pas de sens. Où faut-il aller ?

Luc, vi, 7. Je vous montrerai à qui ressemble tout homme qui vient à moi, et qui écoute mes paroles, et qui les met en pratique.

Jean, iii, 20. Car quiconque fait le mal hait la lumière et ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient reprises.

21. Mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, parce qu’elles sont faites selon Dieu.

Jean, v, 40. Mais vous ne voulez point venir à moi pour avoir la vie.

Jean, xiv, 6. Jésus lui dit : Je suis le chemin, la vérité et la vie ; personne ne vient au Père que par moi.

Actes, xix, 18. Et plusieurs de ceux qui avaient cru venaient confesser (ἐξομολογούμενοι) et déclarer ce qu’ils avaient fait.

Ἐξομολογούμενοι signifie, littéralement, s’unir à quelqu’un.

6) Dans plusieurs manuscrits il n’y a pas με, qui détruit le sens. Sans ce με il est clair que Jésus rappelle ce qu’il a dit des hommes qui écoutent et ne comprennent pas, regardent et ne voient pas.


Πᾶν, ὅ δίδωσί μοι ὁ πατήρ, πρὸς ἐμέ ἤξει, ϰαὶ τὸν ἐρχόμενον πρὸς με οὐ μὴ ἐϰβάλω ἔζω.


Jean, vi, 37. Tout ce que le Père me donne viendra à moi et je ne mettrai point dehors celui qui viendra à moi. Tout ce que le Père me donne viendra 1) à moi ; et je ne ferai point périr celui qui se donnera à moi.

Remarques.

1) Tout ce que le Père m’a confié — comme les talents confiés par le roi à ses serviteurs — tout me reviendra de même que sont retournés au maître les talents donnés pour le travail ; et celui qui me servira, qui suivra mon exemple, ne sera pas jeté dans les ténèbres, ne sera pas anéanti.

Dans ce verset, de même que dans le suivant, deux idées sont exprimées : l’une expose en quoi consiste la doctrine de Jésus ; l’autre, quelle sera la conséquence de l’accomplissement de la doctrine. Πᾶν, est du neutre et se rapporte au commencement de la vie reçue du Père. Τόν (traduit par qui) se rapporte à celui qui suit cette doctrine. De même dans le verset 39, πᾶν signifie seul l’entendement donné par le Père, et le mot πᾶς, dans le verset 40, signifie quiconque professe la doctrine.


Ὅτι ϰαταβέβηϰα ἐϰ τοῦ οὐρανοῦ, οὐχ ἵνα ποιῶ τὸ θέλημα τὸ ἐμόν, ἀλλά τὸ θέλημα τοῦ πέμψαντός με.

Τοῦτο δὲ ἐστι τὸ θέλημα τοῦ πέμψαντὸς με πατρός, ἵνα πᾶν, ὁ δέδωϰέ μοι, μὴ ἀπολέσω ἐξ αὐτοῦ, ἀλλὰ ἀναστήσω αὐτὸ ἐν τῆ ἐσχάτῃ ἡμέρα.

Τοῦτο δὲ ἐστι τὸ θέλημα τοῦ πέμψαντός με, ἵνα πᾶς ὁ θεωρῶν τὸν υἱόν ϰαὶ πιστεύων εἰς αὐτὸν ἔχη ζωήν αἰώνιον, ϰαὶ ἀναστήσω αὐτὸν ἐγώ τῆ ἐσχάτῃ ἡμέρᾳ.


Jean, vi, 38. Car je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Car je suis descendu et descends du ciel, pour faire non ma volonté, mais la volonté du Père qui m’a envoyé.
39. Et c’est ici la volonté du Père qui m’a envoyé, que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour. Et la volonté du Père qui m’a envoyé, c’est que je ne perde rien de ce qu’il m’a donné, mais que j’éveille tout cela jusqu’au dernier jour.
40. C’est ici la volonté de celui qui m’a envoyé, que quiconque contemple le fils, et croit en lui, ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. Car en cela est la volonté de celui qui m’a envoyé 1). De sorte que celui qui a reconnu le fils de l’homme, et croit en lui, a la vie. Je le tiendrai vivant jusqu’au dernier jour.

Remarques.

1) Il y a ici un point. Le ἵνα qui suit doit être traduit comme ὥστε, ainsi qu’on le rencontre plusieurs fois chez Jean.

Les Juifs demandent : Montre-nous donc quelle est cette nourriture qui donne la vie ? Il répond : Vous pouvez le voir d’après moi. Je ne me nourris que de cette seule nourriture : l’accomplissement de la volonté du Père. Ma vie c’est l’entendement de Dieu, c’est pourquoi je crée sa volonté. Et la volonté du Père est que chacun comprenne en soi le Père et vive jusqu’au dernier jour par cet entendement seul.


Ἐγόγγυζον οὐν οἱ Ἰουδαῖοι περὶ αὐτοῦ, ὅτι εἶπεν, Ἐγώ εἰμι ὁ ἄρτος ὁ ϰαταβάς ἐϰ τοῦ οὐρανοῦ.

Καὶ ἔλεγον, Οὖχ οὖτὸς ἐστιν Ἰησοῦς Ἱωσὴφ, οὖ ἡμεῖς οἴδαμεν τὸν πατέρα ϰαὶ τὴν μητέρα ; πῶς οὖν λέγει οὐτος. Ὅτι ἐϰ τοῦ οὐρανοῦ ϰαταβέβηϰα.


Jean, vi, 41. Mais les Juifs murmuraient contre lui de ce qu’il avait dit : Je suis le pain descendu du ciel. Et les Juifs se mirent à discuter à cause qu’il avait dit : Je suis le pain descendu du ciel.
42. Et ils disaient : N’est-ce pas là Jésus, le Fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ? Comment donc dit-il : Je suis descendu du ciel ? Et ils disaient : N’est-ce point Jésus, le fils de Joseph. Nous connaissons ses père et mère. Comment donc dit-il qu’il est descendu du ciel 1).

Remarques.

1) Selon Reuss la caractéristique de l’entretien de Jean serait de forcer les interlocuteurs à comprendre les paroles de Jésus dans leur sens le plus grossier. Cette observation n’est pas toujours juste. Dans le cas présent les Juifs comprennent parfaitement bien de quoi il s’agit ; c’est ainsi qu’ils comprennent « le pain du ciel » précisément dans le sens de la loi de Dieu. Leur remarque qu’il est le fils de Joseph, et qu’ils connaissent ses parents, c’est justement ce qui a été dit chez Luc après la prédication à Nazareth. Dans le cas contraire leurs paroles n’ont aucun sens. Jésus est-il ou non le fils de Joseph, connaît-on son père et sa mère, cela n’explique nullement pourquoi il est le pain descendu du ciel. Tandis que leur étonnement de ce que lui, fils d’un charpentier, leur donne la loi de Dieu, est tout à fait compréhensible.


Ἀπεϰρίθη οὖν ὁ Ἰησοῦς ϰαὶ εἶπεν αὐτοῖς, μὴ γογγύζετε μετ’ ἀλλήλων.

Οὐθείς δύναταῖ ἐλθεῖν πρὸς με, ἐὰν μὴ ὁ πατήρ ὁ πεμψας με ἐλϰύση αὐτόν, ϰαὶ ἐγώ ἀναστήσω αὐτὸν τῇ ἐσχατῇ ἡμέρα.


Jean, vi, 43. Jésus leur répondit : Ne murmurez point entre vous. Et Jésus leur répondit : Ne discutez point entre vous.
44. Personne ne peut venir à moi, si le Père, qui m’a envoyé, ne l’attire, et je le ressusciterai au dernier jour. Personne ne peut me croire, si le Père, celui qui m’a envoyé, ne l’y force, et je l’éveillerai jusqu’au dernier jour 1).

Remarques.

1) Ici les paroles : « Je l’éveillerai jusqu’au dernier jour », me paraissent ajoutées. C’est la répétition de ce qui a été dit auparavant, et elles introduisent ici une pensée tout à fait impropre sur les conséquences qu’entraîne l’observance de la doctrine, et rompent le lien entre les versets 44 et 45.


Ἐστι γεγραμμένον ἐν τοῖς προφήταις, Καὶ ἐσονται πάντες διδαϰτοι τοῦ Θεοῦ. Πᾶς οὖν ὁ ἀϰούσας παρά τοῦ πατρός ϰαὶ μαθών, ἔρχεταί πρὸς με.

Οὐχ ὅτι τὸν πατέρα τις ἑώραϰεν εἰ μὴ ὁ ὤν παρὰ τοῦ Θεοῦ, οὖτος ἑώραϰε τὸν πατέρα.


Jean, vi. 45. Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous enseignés de Dieu. Quiconque donc a écouté le Père, et a été instruit par lui, vient à moi. Il est écrit dans les prophètes : Vous serez tous instruits par Dieu. Celui qui comprend ce qu’est le Père et a appris 1) la vérité, celui-ci sera à moi.
46. Ce n’est pas que personne ait vu le Père, si ce n’est celui qui vient de Dieu ; c’est celui qui a vu le Père. Ce n’est pas que personne ait vu et voie le Père ; mais celui qui est en Dieu a vu et voit le Père 2).

Remarques.

1) On trouve dans plusieurs copies : μαθων την ἀλήθειαν — celui qui a connu la vérité.

2) Ce verset est presque la répétition du premier verset du chapitre. Ici il contient la réponse aux doutes des Juifs et à leurs objections.

Ces objections, on peut les formuler ainsi : comment toi, simple charpentier, peux-tu nous apprendre la loi de Dieu. La loi de Dieu a été révélée par Moïse qui vit Dieu. En réponse Jésus parle de Dieu esprit qui est dans les âmes de tous les hommes et qui se révèle par l’entendement. Ce n’est pas l’homme en chair et en sang, qui voit le Père, mais c’est l’entendement qui connaît le Père.


Ἀμὴν, ἀμὴν λέγω ὑμῖν. Ὁ πιστεύων εἰς ἐμὲ ἔχει ωὴν αἰώνιον,

Ἐγώ εἰμι ὁ ἄρτος τῆς ζωῆς.

Οἱ πατέρες ὑμων ἔφατον τὸ μὰννα ἐν τῆ ἐρήμῳ, ϰαὶ ἀπέθανον.

Οὖτος ἐστιν ὁ ἄρτος ὁ ἐϰ τοῦ οὐρανοῦ ϰαταβαίνω, ἵνα τις ἐξ αὐτοῦ φάγη ϰαὶ μὴ ἀποθάνη.

Ἐγω εἰμι ὁ ἄρτος ὁ ζῶν, ὁ ἐϰ τοῦ οὐρανοῦ ϰαταβάς· ἐάν τις φάγε ἐϰ τούτου τοῦ ἄρτου, ζήσεται εἰς τὸν αἰῶνα· ϰαὶ ὁ ἄρτος δὲ ὅν ἐγώ δώσω ἡ σάρξ μοῦ ἐστίν, ἤν ἐγώ δώσω ὑμέρ τῆς τοῦ ϰόσμου ζωῆς.


Jean, vi, 47. En vérité, en vérité, je vous le dis : Celui qui croit en moi a la vie éternelle. En vérité je vous dis : Celui qui croit a la vie en dehors du temps.
48. Je suis le pain de vie. Je suis le pain de vie.
49. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts.
50. C’est ici le pain qui est descendu du ciel, afin que celui qui en mange ne meure point. Je suis ce pain qui vient du ciel. Je suis tel que celui qui s’en nourrit ne meurt point 1).
51. Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel : Si quelqu’un mange de ce pain il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai c’est ma chair que je donnerai pour la vie du monde. Je suis le pain de vie, celui qui est descendu du ciel. Si quelqu’un se nourrit de ce pain il vivra éternellement. Et le pain que je vous donnerai, c’est la vie de ma chair 2) ; je l’ai donnée au lieu de la vie du monde 3).

Remarques.

1) De nouveau Jésus corrige l’erreur qu’ont faite les Juifs au commencement de ce passage, en appelant la manne le pain du ciel. Le pain du ciel c’est une nourriture spirituelle qui donne la vie et ne peut être détruite par la mort.

2) Σαρξ signifie l’homme de la chair.

3) Ζωή signifie tantôt la vie spirituelle, tantôt la vie charnelle ; mais Ζωή, chez Jean, signifie toujours le monde temporaire de la chair, opposé à la vie de l’esprit. C’est pourquoi ζωή doit être traduit : la vie de ce monde.

La phrase est obscure, et il n’en peut être autrement puisque dans cette phrase, par la comparaison de la doctrine avec le pain, Jésus exprime une nouvelle pensée, à savoir que sa doctrine consiste à vivre par l’esprit et à négliger la vie de la chair, pensée plusieurs fois exprimée sous d’autres formes : celui qui ne renonce pas à soi-même, celui qui ne prend pas la croix, etc. Il est dans l’intention de l’auteur de l’Évangile que la phrase soit obscure. Les Juifs n’y comprennent rien, et Jésus, ensuite, en explique le sens.

Mais c’est sur cette phrase obscure que l’on fonde les dogmes ; et, sans parler de la stupidité et de l’immoralité des dogmes, il faut du moins remarquer que cette phrase, sur laquelle s’érigent les dogmes, est traduite à contre sens. Ὑπερ ne peut pas signifier pour ; τοῦ ϰόσμου ζωῆς, ne peut pas signifier la vie des hommes. Si l’on ne tient pas compte des erreurs de traduction, cette phrase, telle qu’elle est donnée, n’est qu’un assemblage de mots dépourvus de sens.

Voici ce que l’Église dit de ce passage [3].

Le pain c’est ma chair, etc. Voilà le supplément essentiel au discours précédent sur le pain. Le Seigneur résout tout d’un coup son discours énigmatique par ce trait qui frappe ses auditeurs.

Jusqu’ici, sous l’image du pain, il parlait, en général de sa personne comme objet de la foi, tandis que maintenant il dit clairement et nettement : le pain dont je parle, c’est ma chair. « Il est clair qu’il parle ici de la mystérieuse hostie de son corps » (Theophilacte). La chair c’est la même chose que le corps, le sens corporel de Dieu-homme, mot qu’il faut comprendre ici dans son sens littéral, puisqu’il n’y a aucune raison de le comprendre au figuré. Le mot pain, dans tout le discours, a évidemment un sens figuré, et signifie ici, en général, la personne du Christ, et par le mot chair, on lui donne précisément un sens défini, concret. De même que le mot manne définit dans un sens général le pain qui, dans l’antiquité, avait nourri les Juifs dans le désert, de même le mot chair définit le sens général de pain. Ensuite il est évident que le pain que nous prenons dans le sacrement de l’Eucharistie n’est pas l’image du corps du Seigneur mais la chair même du Seigneur. Car il n’a pas dit : Le pain que je vous ai donné, c’est l’image de ma chair ; il a dit : C est ma chair que j’ai donnée pour la vie du monde. C’est la parole imagée sur le sacrifice de la croix. La chair du Seigneur est apportée comme le vrai sacrifice à Dieu pour le rachat des péchés du genre humain. Puisque le sacrifice du Golgotha est encore dans l’avenir, Dieu parle de lui au futur.

Je le donnerai pour la vie du monde, c’est-à-dire pour que le monde soit vivant spirituellement, réconcilié avec Dieu par ce sacrifice. Le moyen pour atteindre cette vie, c’est la foi en la mort expiatrice du messie Dieu-homme. En raison de cette foi tous recevraient cette vie si tous croyaient, puisque le sacrifice expiatoire est apporté par Christ pour tous, pour tout l’univers, pour la vie de tous ceux qui étaient jusqu’alors éloignés de Dieu et qui se trouvaient par conséquent dans la mort spirituelle à cause du péché pour lequel le Fils de Dieu n’a pas encore accompli le sacrifice rédempteur. Ici l’on voit déjà clairement l’indication du Seigneur sur l’agneau pascal, que ses auditeurs devaient bientôt goûter pendant les fêtes de Pâque. Dans le chapitre suivant, cette indication est encore plus nette et plus décisive. Le Seigneur parle de lui-même, c’est-à-dire du véritable agneau de Pâque, qui a pris sur soi tous les péchés de l’univers. L’agneau pascal n’était que le symbole de cet agneau.

Maintenant, avant la Pâque, Dieu laissait entendre à ses auditeurs que le temps des images passe, que la vraie vérité arrive. La manducation de l’agneau pascal sera remplacée par celle du corps de Christ, sacrifié pour les péchés de tout l’univers. Vu cette discussion, le Seigneur non seulement affirme sa parole en la définissant encore plus nettement par quelques traits particuliers et en indiquant la nécessité de ce dont il parle, mais il ne répond pas à leurs questions puisque, à cause de leurs idées matérielles, ils ne pouvaient le comprendre.

Si vous ne mangez pas, etc. Réponse qui ressemble exactement à celle de Nicodème sur la rénovation (Chap. iii, v. 3-5). De même que là l’expression « il naîtra de nouveau » s’applique au fait qu’il renaîtra par l’eau et l’esprit, de même ici l’expression : le pain c’est ma chair s’applique au fait de manger ma chair et boire mon sang, et, dans les deux passages, la nécessité de l’une et l’autre action est indiquée sans expliquer le comment. Le lien de la réponse avec la question est celui-ci : Vous ne comprenez pas comment je donnerai mon corps à manger ? Cela vous ne le comprendrez pas maintenant. Mais je vous dis la vérité : qu’il est absolument nécessaire de manger ma chair et boire mon sang pour atteindre la vie éternelle.

L’expression : manger ma chair, avec le supplément boire mon sang, encore plus clairement qu’auparavant, indique sa mort comme le sacrifice pour les péchés du monde, et, en même temps, fait allusion à l’agneau pascal, que bientôt on devait manger. Il est vrai que le sang de l’agneau de Pâque n’était pas uniquement réservé à la cérémonie de la Pâque, mais dans l’événement remémoré par cette cérémonie, le sang avait une grande importance. À la sortie de l’Égypte on barbouilla de sang les poutres et les portes des demeures des Juifs, en commémoration du salut de leurs fils aînés, échappés à l’ange exterminateur, et quand on tuait l’agneau pascal dans le temple, on arrosait de son sang les angles de l’autel, pour rappeler les poutres des maisons des Juifs. Aux festins de la Pâque le sang était remplacé symboliquement par le vin. Comme l’agneau pascal était l’image antérieure du Christ, et la délivrance des Juifs de l’Égypte celle de la rédemption du monde, il est nécessaire de voir dans les paroles du Christ : manger mon corps, boire mon sang, la substitution, à l’agneau pascal, du corps de Christ, et au vin symbolique du festin de la Pâque, le sang du Christ. C’est une nouvelle Pâque que Dieu présente prophétiquement dans cet entretien. Le sang, comme substance qui préserve de la mort et dont le symbole était la conservation, par le sang de l’agneau pascal, des nouveau-nés des Juifs, échappant aux mains de l’Ange ; le corps, comme nourriture de la vie, dont le symbole était la nourriture par la chair de l’agneau pascal, c’est-à-dire, en général, la sauvegarde de la mort et le commencement de la vie. Dans ces deux faits est contenue toute l’idée de la rédemption. Alors celui qui veut bien comprendre la rédemption accomplie par Christ en mourant sur la croix doit manger son corps et boire son sang ; autrement il ne participe pas à cette rédemption, ou, en d’autres termes, il n’aura pas la vie éternelle et, non racheté, il demeurera dans la mort éternelle et dans l’éloignement de Dieu.

Celui qui mange mon corps. Ici s’exprime la même pensée que dans le verset précédent, seulement sous la forme positive, comme espérance.

Et je ressusciterai, etc. Dieu tourne les regards des croyants sur le dernier but où doit tendre cette espérance, sur le don de la vie éternelle par le fait de manger sa chair et boire son sang ; cette espérance de la résurrection après quoi sera la vie éternelle, c’est-à-dire heureuse. Le rapport entre ces paroles : je ressusciterai, etc. et les précédentes est le suivant : Celui qui mange mon corps et boit mon sang a en lui la vie éternelle en raison de laquelle je ne le ferai pas périr, mais le ressusciterai le dernier jour.

Car ma chair, etc. C’est la raison pour l’exhortation négative ainsi qu’affirmative de la nécessité de manger le corps du Fils de l’homme et de boire son sang.

C’est nécessaire parce que précisément cela, et cela seul, est la vraie nourriture et la vraie boisson, cela seul communique à l’homme la vraie vie, c’est-à-dire la vie éternelle. Celui qui mange toute autre nourriture et boit toute autre boisson est sujet à la mort. Le corps et le sang du Seigneur donnent l’immortalité. Par ces paroles Il veut les persuader qu’ils ne doivent pas voir là de simples paraboles, et qu’ils doivent manger son corps.

Voici ce que dit Reuss [4].

Comme il est question de manger la chair et de boire le sang de Christ, il s’est trouvé de tout temps des commentateurs qui y ont vu une allusion directe à la Sainte-Cène.

Les théologiens réformés surtout insistaient sur ce rapprochement parce qu’ils y voyaient la confirmation directe de leur conception du sacrement. Nous ne saurions cependant admettre qu’il puisse y avoir dans notre texte une allusion directe à la Sainte-Cène, parce que celle-ci n’était pas encore instituée et que Jésus parle d’une condition du salut qu’il s’agissait de remplir dès ce moment-là. Les deux phrases : celui qui croit, a la vie éternelle, et : celui qui mange de ce pain (qui est ma chair) vivra éternellement, sont absolument identiques pour le sens, malgré la diversité de la forme : manger la chair de Christ, est la formule figurée et symbolique pour croire en lui, par la raison que croire, c’est s’unir, s’assimiler intimement, entièrement. Entre la simple chair et la chair et le sang, il n’y a pas la moindre différence. La seconde phrase est plus complète ; c’est une locution usuelle pour désigner l’homme, soit d’après sa nature physique seule (i Cor., xv, 50), soit comme personne (Matth., xvi, 17. Gal., i, 16), mais ici elle n’introduit aucun élément nouveau ; toutes les deux équivalent au seul mot pain, au commencement comme à la fin du passage. Du reste l’évangéliste, ne parlant nulle part de la Cène dans son livre, aurait été volontairement inintelligible pour ses lecteurs, pour ne pas dire que Jésus l’aurait été bien davantage si telle avait été son arrière-pensée. Il peut être permis à la théologie de se servir de notre texte pour l’appliquer par analogie au sacrement, et pour jeter, par ce rapprochement, quelque lumière sur une institution au sujet de laquelle les textes scripturaires sont extrêmement peu explicites. Mais l’exégèse ne peut que constater que le nôtre n’est pas écrit dans ce but spécial. (À l’occasion de la Cène il est parlé du corps de Christ et non de la chair.)

Une opinion plus généralement répandue parmi les commentateurs est celle qui voit dans notre 51e verset une allusion à la mort de Christ considérée comme base, cause ou moyen du salut. On trouve la preuve directe de cette interprétation, d’abord dans la mention expresse du sang, ensuite dans la phrase, que je donnerai (au futur). Que le Nouveau Testament, d’un bout à l’autre, considère la mort sanglante de Christ comme la condition du salut des hommes, cela ne saurait être l’objet d’un doute, et s’il en était question ici, il n’y aurait là rien qui dût nous surprendre. Nous pensons même qu’avec le texte vulgaire qui dit : le pain que je donnerai, c’est ma chair que je donnerai pour la vie du monde, l’allusion à la mort serait trop directe pour pouvoir être contestée. Mais ce second : que je donnerai, manque dans d’anciens témoins et pourrait bien avoir été ajouté pour compléter une phrase en apparence défectueuse. Or le reste donne un sens parfait sans cette allusion spéciale, qui est étrangère à tout le discours. Nous avons déjà dit que chair et sang ne disent pas plus ici que chair tout court ; cette dernière locution n’est jamais employée pour parler de la mort de Christ ; le futur du verset 51e (le pain que je donnerai) ne se rapporte pas à l’événement unique de sa mort, mais à la communion de foi qui se reproduira pour chaque individu en son temps. Les phrases : manger la chair du Fils, me manger, manger ce pain, sont évidemment synonymes et signifient : demeurer en lui, et le faire demeurer en soi, c’est-à-dire croire, et avoir ainsi la vie en soi, une vie désormais permanente, qui implique la résurrection. Dans tout cela il n’y a pas un mot de la mort de Christ. Et s’il était vrai que le sang doit être spécialement rapporté à cette mort, il s’en suivrait que les phrases des versets 57 et 58 seraient incomplètes et insuffisantes.

Ce raisonnement est juste dans son analyse de la doctrine de l’Église, mais il est erroné sous le rapport qu’il traduit : Je donnerai pour la vie du monde. Cette traduction ne peut avoir de sens, d’autant plus qu’elle attribue à ces mots la signification de rédemption ; autrement dit, elle admet que Jésus prononce des paroles dénuées de sens.


Ἐμάχοντο οὖν πρὸς ἀλλήλους οἱ Ἰουδαῖοι, λέγοντες, Πῶς δύναται οὖτος ἡμῖν δοῦναι τῇν σάρϰα φαγεῖν.

Εἶπεν οὖν αὐτοῖς ὁ Ἰησοῦς, Ἀμὴν, ἀμὴν λέγω ὑμῖν, Ἐάν μὴ φάγητε τὴν σάρϰα τοῦ υἱοῦ τοῦ ἀνθρώπου, ϰαὶ πίητε αὐτοῦ τὸ αἶμα, οὐϰ ἔχετε ζωὴν ἐν ἑαυτοῖς.

Ὁ τρώγων μου τὴν σάρϰα ϰαὶ πίνων μου τὸ αἶμα, ἔχει ζωὴν αἰώνιον, ϰαὶ ἐγώ ἀναστήσω αὐτὸν τῆ ἐσχάτη ἡμέρα.

ἡ γὰρ σάρξ μου ἀληθῶς ἐστι βρῶσις, ϰαὶ τὸ αἶμὰ μου ἀληθῶς ἐστι πόσις.


Jean, vi, 52. Les Juifs donc disputaient entre eux, disant : Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? Et ils disputaient entre eux, disant : Comment peut-il nous donner sa chair à manger.
53. Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis : Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, et si vous n’en buvez son sang, vous n’aurez point la vie éternelle. Et Jésus leur dit : Je vous dis la vérité : Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang vous n’aurez pas la vie en vous 1).
54. Celui qui mange ma chair, et qui boit mon sang, a la vie éternelle ; et je le ressusciterai au dernier jour. Celui 2) qui mange ma 3) chair et boit mon sang a la vie hors du temps 4).
55. Car ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage. Car ma chair est la vraie nourriture et mon sang le véritable breuvage 5).

Remarques.

1) Auparavant Jésus a dit que le pain du ciel, c’est-à-dire la loi de Dieu, pour lui, c’est de donner la vie de la chair pour celle de l’esprit. C’est le pain du ciel, comme il l’enseigne. Le pain de froment, c’est la nourriture de la vie du monde, et le pain, la vie elle-même, c’est la nourriture de l’esprit. Et maintenant Jésus dit que la chair et le sang, dans lesquels, selon la conception des Juifs, était la vie, doivent servir de nourriture à l’esprit. La nourriture, le pain, sont nécessaires pour la vie de la chair ; mais toute la vie de la chair n’est que la nourriture pour la vie hors du temps.

2) Τρώγω, mâcher.

3) On trouve dans plusieurs copies αὐτοῦ et non μοῦ.

4) La fin du verset a été ajoutée.

5) Mon corps et mon sang, en effet, ne sont que la nourriture et le breuvage de l’esprit, c’est la raison, l’entendement de ma vie. Quiconque vit ne vit que parce qu’il dépense sa vie corporelle. Désire-t-il, pense-t-il, travaille-t-il, chaque action de sa vie est la consommation de sa chair et de son sang, c’est un mouvement pour la destruction de la chair.


Ὁ τρώγων μου τὴν σάρϰα ϰαὶ πίνων μου τὸ αἰμα ἐν ἐμοί μενει, ϰάγω ἐν αὐτῷ.

Καθώς ἀπέστειλε με ὁ ζῶν πατήρ ϰἀγὼ ζῶ διὰ τὸν πατέρα· ϰαὶ ὁ τρώγων με, ϰάϰεῖνος ζήσεται δὲ ἐμέ.

Οὖτὸς ἐστιν ὁ ἄρτος ὁ ἐϰ τοῦ οὐρανοῦ ϰαταβάς. οὐ ϰαθώς ἔφαγου οἱ πατέρες ὑμῶν τὸ μάννα, ϰαὶ ἀπέθανον· ὁ τρώγων τοῦτον τὸν ἄρτον ζήσεται εἰς τὸν αἰῶνα.


Jean, vi, 56. Celui qui mange ma chair, et qui boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui. Celui qui mange ma chair et boit mon sang est en moi et je suis eu lui 1).
57. Comme le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mangera vivra par moi. Et de même que c’est le Père vivant qui m’a envoyé je vis par le Père. L’esprit qui me mange ne vivra que par ma volonté.

58. C’est ici le pain qui est descendu du ciel. Il n’en est pas comme de la manne que vos pères ont mangée, et ils sont morts : celui qui mangera ce pain vivra éternellement. Tel est le pain qui est descendu du ciel. Il n’est pas comme la manne que vos pères ont mangée, et ils sont morts. Celui qui mangera ce pain vivra en dehors du temps 2).

Remarques.

1) Celui qui mange ma chair, ce qui détruit mon corps, qu’est-ce donc ? C’est la source de tout : c’est Dieu. C’est l’entendement, le commencement de tout et moi-même. Je suis en lui et lui en moi.

2) De même que par la volonté de quelqu’un — le Père de la vie (la source de tout, comme il l’appelle), je vis dans la chair, de même par ma volonté, par la volonté de mon entendement cet entendement vivra. Cette pensée est exprimée dans le passage suivant :


Ἀμὴν, ἀμὴν λέγω ὑμῖν, Ἐὰν μὴ ὁ ϰόϰϰος τοῦ σίτου πεσών εἰς τὴν γῆν ἀποθάνη, αὐτός μόνος μένει· ἐὰν δὲ ἀποθανη, πολύν ϰαρπόν φέγει.

Ὁ φιλῶν τὴν ψυχὴν αὐτοῦ ἀπολέσει αὐτὴν. ϰαὶ ὁ μισῶν τήν ψυχήν αὐτοῦ ἐν τῷ κόσμῳ τούτῳ, εἰς ζωὴν αἰώνιον φυλάξει αὐτὴν.


Jean, xii, 24. En vérité, en vérité, je vous le dis : Si le grain de froment ne meurt pas après qu’on l’a jeté dans la terre, il demeure seul ; mais s’il meurt il porte beaucoup de fruits. Vous savez vous-mêmes que si le grain de froment, après qu’il est tombé dans la terre ne meurt pas, il demeure seul ; et que s’il meurt, il porte beaucoup de fruits.

25. Celui qui aime sa vie la perdra ; et celui qui hait sa vie en ce monde, la conservera pour la vie éternelle. Celui qui aime son âme la perdra ; et celui qui n’aime pas son âme la conservera éternellement 1).

Remarque.

1) Ces versets de l’entretien d’adieu expliquent la pensée des précédents, c’est pourquoi je les place ici.


Ταῦτα εἶπεν ἐν συναγωγῇ διδάσϰων ἐν Καπερναούμ.

Πολλοὶ οὖν ἀϰούσαντες ἐϰ τῶν μαθητῶν αὐτοῦ εἴπον, Σϰληρός ἐστιν οὖτος ὁ λόγος· τίς δύναται αὐτοῦ ἀϰούειν.

Εἱδώς δὲ ὁ Ἰησοῦς ἐν ἑαυτῷ, ὅτι γογγύζουσι περὶ τούτου οἱ μαθηταί αὐτοῦ, εἶπεν αὐτοῖς, Τοῦτο ὑμᾶς σϰανδαλέζει.

Ἐάν οὐν θεωρῆτε τὸν υἱόν τοῦ ἀνθρώπου ἀναβαίνοντα ὅπου ἦν τὸ πρότερον.

Τό πνεῦμὰ ἐστι τὸ ζωοποιοῦν, ἡ σάρξ οὐϰ ὠφελεῖ οὐδέν· τὰ ῥήματᾳ ἄ ἐγὼ λαλῶ ὑμῖν, πνεῦμα ἐστι ϰαὶ ζωή ἐστιν.


Jean, vi, 59. Jésus dit ces choses enseignant dans la synagogue à Capernaüm. Il disait cela enseignant dans la réunion à Capernaüm.
60. Plusieurs de ses disciples, l’ayant ouï, dirent entre eux : Cette parole est dure : qui peut l’écouter ? Plusieurs de ses disciples l’écoutaient et se disaient : Cette parole est cruelle ! Qui peut la comprendre ?
61. Mais Jésus, connaissant en lui-même que ses disciples murmuraient de cela, leur dit : Ceci vous scandalise-t-il ? Mais Jésus, devinant que ses disciples murmuraient de cela, leur dit 1).
62. Que sera-ce donc si vous voyez le Fils de l’homme monter où il était auparavant ? Vous êtes troublés parce que vous voyez que le Fils de l’homme devient ce qu’il était auparavant.

63. C’est l’esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous dis sont esprit et vie. L’esprit vit et le corps n’a besoin de rien. Ce sont les paroles que je vous ai dites qui sont l’esprit et la vie.

Remarques.

1) Ici il ne faut pas de signe d’interrogation. Ἐάν est employé par Jean dans le sens quand Jésus dit : Vous êtes troublés précisément parce que vous croyez que le Fils de l’homme est Dieu.


L’ACCOMPLISSEMENT DE LA LOI DONNE LA VRAIE VIE
EXPOSÉ GÉNÉRAL DU CHAPITRE v

Jésus avait pitié des hommes, de ce qu’ils périssent, ne sachant pas en quoi consiste la vraie vie, de ce qu’ils s’agitent et se tourmentent sans savoir pourquoi, comme des brebis abandonnées sans berger.

Jésus dit aux hommes : Vous vous souciez des biens de ce monde et vous vous êtes attelés à un char que vous ne pouvez ébranler, et vous avez sur vous un collier qui n’est pas à votre mesure. Comprenez ma doctrine, suivez-la, et vous connaîtrez le calme et la joie de la vie. Je vous donne un autre collier et un autre char : la vie spirituelle. Attelez-vous et apprenez de moi le calme et la béatitude. Il faut être doux, tranquilles et bons de cœur, et vous trouverez la béatitude dans votre vie, parce que ma doctrine, c’est un collier fait pour vous, et l’accomplissement de ma doctrine, un char léger comme il convient à vos forces. Et Jésus allait dans les villes et les bourgs, enseignant à tous la béatitude de la vie d’après la volonté divine. Ensuite il choisit parmi son entourage soixante-dix hommes et les envoya dans les endroits où il voulait aller lui-même. Il leur dit : Plusieurs ne connaissent pas le bien de la vraie vie. J’ai pitié de tous et désire enseigner tous. Mais de même que pour son champ le maître ne suffit pas, de même je ne puis suffire tout. Allez donc dans les différentes villes, et annoncez partout la venue de Dieu et la loi de Dieu. Dites que pour être bienheureux, il faut être sans toit, que toute la loi est contenue dans ces cinq préceptes : Ne pas se mettre en colère ; ne pas forniquer ; ne pas prêter serment ; ne rien promettre ; ne pas résister au mal ; ne pas aller en justice ; ne pas faire de différence entre les hommes. Et tout d’abord obéissez vous-mêmes à ces préceptes. Soyez mendiants, vagabonds, ne prenez rien avec vous, ni besace, ni pain, ni argent ; n’ayez qu’un vêtement sur le corps et qu’une paire de chaussures. Vous devez annoncer le bonheur des mendiants, c’est pourquoi vous devez vous-mêmes donner l’exemple de la mendicité. Ne choisissez pas les maîtres chez lesquels vous voulez aller, mais entrez dans la première maison venue et y restez. Quand vous entrez dans la maison, saluez le maître. Si l’on vous accueille, c’est bien ; sinon, allez ailleurs. Pour les paroles que vous prononcerez, on vous haïra, on vous attaquera, on vous chassera. Et quand on vous chassera, allez dans un autre village, et si l’on vous chasse de là-bas, allez encore dans un troisième. On vous poursuivra comme le loup poursuit les brebis, mais n’ayez pas peur et ne faiblissez point jusqu’à la dernière heure. On vous traînera devant les tribunaux, on vous jugera, on vous fouettera et on vous amènera devant les chefs pour que vous vous justifiiez devant eux. Quand vous serez amenés devant les tribunaux, n’ayez pas peur et ne cherchez pas ce qu’il vous faut dire, l’Esprit de Dieu vous en instruira. Avant même que vous ayez parcouru toutes les villes, les hommes auront déjà compris votre doctrine et l’accepteront. Alors n’ayez pas peur, ce qui est caché dans les âmes des hommes sortira au dehors ; ce que vous direz à deux ou à trois se répandra parmi des milliers. Et, le principal, n’ayez pas peur de ceux qui peuvent tuer votre corps, car à vos âmes ils ne peuvent rien faire. N’ayez donc point peur d’eux, mais craignez que ne périssent vos corps et vos âmes, si vous vous écartez de la loi. Voilà de quoi il vous faut avoir peur.

On donne cinq passereaux pour un sou, et néanmoins ceux-ci ne meurent pas sans la volonté de Dieu. Un cheveu ne tombe pas de la tête sans la volonté divine. Alors de quoi avez-vous peur si vous êtes dans la volonté de Dieu. Celui qui, devant les hommes, défendra la volonté de Dieu, Dieu sera avec lui, et celui qui, devant les hommes, enfreindra la volonté de Dieu, celui-ci, Dieu le rejettera.

Tous ne croiront pas en ma doctrine : qu’il faut être mendiant, chemineau, ne pas se mettre en colère, ne pas forniquer, ne pas jurer ni juger, et ceux qui n’y croiront pas la haïront parce qu’elle les prive de ce qu’ils aiment ; alors la discorde éclatera.

Ma doctrine, telle la flamme, embrasera le monde ; c’est pourquoi la discorde éclatera dans le monde.

La discorde sera dans chaque maison ; le père contre le fils et la fille, et les familiers haïront celui qui comprendra ma doctrine. Et on le tuera, car pour celui qui comprendra ma doctrine, il n’y aura plus rien, ni femme, ni enfants, ni biens. Celui pour qui le père et la mère sont plus chers que ma doctrine, celui-ci n’a pas compris ma doctrine. Celui qui n’est pas prêt, en chaque moment, à toutes les souffrances du corps, pour ma doctrine, celui-là n’est pas mon disciple. Celui qui se souciera de la vie de la chair sera mort pour la vraie vie ; et celui qui perdra cette vie de la chair, selon ma doctrine, celui-là sauvera sa vie.

Soixante-dix disciples sont partis dans les bourgs et les villes et ont fait ce que Jésus leur avait ordonné de faire. À leur retour, ils dirent joyeusement à Jésus : La doctrine du diable sur la colère, l’adultère, le serment, les tribunaux, la guerre, a cédé partout ! Et Jésus leur dit : Ne vous réjouissez pas de ce que le mal vous ait cédé, mais réjouissez-vous d’accomplir la volonté de Dieu.

Et Jésus, heureux de la force de l’Esprit, dit : Du fait que mes disciples m’ont compris et que le mal se soumet à eux, je vois que tu es l’Esprit supérieur, le commencement de tout, véritablement le père des hommes, car ce que les savants et les sages, avec toute leur science, n’ont pas compris, les innocents l’ont parfaitement compris, puisqu’ils se sont reconnus les fils du Père. Tu leur as révélé tout, comme le fait le Père, par son amour. Tout ce que l’homme doit savoir lui est révélé par l’amour du Père envers le fils, et du Fils envers le Père. Le Père ne reconnaît que celui seul qui s’avoue son Fils. Puis, Jésus, accompagné de ses disciples, s’en alla dans une maison, où une si grande foule de gens s’était réunie qu’il ne pouvait même pas manger. Ceux de son entourage vinrent et voulaient l’emmener, pensant qu’il était devenu fou. Des scribes et des Pharisiens, venus de Jérusalem, dirent : Il est devenu fou, puisque par un grand mal il veut faire disparaître un mal moindre. Pour que la mendicité disparaisse, il veut que tous soient mendiants ; pour que l’on ne punisse personne, que les brigands tuent tout le monde, et, pour qu’il n’y ait pas de guerre, que nous tous soyons tués par les ennemis.

Jésus objecte : Vous dites que ma doctrine est le mal et, en même temps, vous dites que je détruis le mal. Cela ne peut pas être. On ne peut pas, avec le mal, détruire le mal. Si je détruis le mal ma doctrine ne peut pas être le mal, parce que le mal ne peut pas lutter contre lui-même. Si le mal luttait contre lui-même, il n’existerait pas. Vous-mêmes, d’après votre loi, vous chassez le mal. Avec quoi le chassez-vous ? Par la loi de Moïse, et cette loi vient de Dieu. Moi, je chasse le mal par l’esprit de Dieu, par celui même qui toujours fut en vous. Ce n’est que par cette raison que je puis chasser le mal. Et le fait que le mal est chassé est pour vous la preuve que ma doctrine est la vraie, que l’esprit de Dieu existe en l’homme, et qu’il est plus fort que la lubricité de la chair. S’il n’était pas on ne pourrait pas vaincre. Pour piller la maison d’un homme fort il faut auparavant lier cet homme fort. Eh bien ! les hommes sont liés par l’esprit de Dieu. Celui qui n’est pas avec moi est contre moi. Celui qui ne récolte pas dans le champ ne fait que perdre le grain, car celui qui n’est pas avec moi n’est pas avec l’esprit de Dieu. Celui-ci est l’ennemi de l’esprit de Dieu.

C’est pourquoi je vous dis que chaque erreur des hommes et chaque interprétation fausse ne sera point punie, mais l’interprétation fausse de l’esprit de Dieu sera comptée aux hommes. Si quelqu’un dit quelque chose contre l’homme, ce n’est rien ; mais s’il dit quelque chose contre ce qui est sacré en l’homme, contre l’esprit de Dieu, cela ne lui sera point pardonné. Insultez-moi tant que vous voudrez, mais n’appelez pas le mal le bien que je fais.

On ne peut pardonner à l’homme d’appeler mal le bien, c’est-à-dire les actes que j’accomplis. Il faut être avec l’esprit de Dieu ou contre lui. Ou bien vous trouvez que l’arbre est bon, et son fruit l’est également ; ou vous le trouvez mauvais, et son fruit aussi est mauvais, parce que l’arbre est apprécié selon le fruit. Vous voyez que je chasse le mal, donc ma doctrine, c’est le bien. Celui qui chasse le mal, quelle que soit sa doctrine, ne peut pas être contre nous, mais il est avec nous, car on ne peut chasser le mal que par l’esprit de Dieu.

Après cela Jésus se rend à Jérusalem pendant les fêtes. À Jérusalem, il y avait une piscine, où, disait-on, un ange descendait, après quoi l’eau de la piscine devenait trouble, et, en cet état, guérissait le premier qui s’y plongeait, quelque maladie qu’il eût. Près de cette piscine on avait construit des portiques, et là étaient couchés toutes sortes de malades, qui attendaient que l’eau fût troublée pour s’y plonger. Jésus va vers la piscine, et voit un homme couché sous le portique. Il lui demande ce qu’il a. L’homme raconte qu’il est malade depuis trente-huit ans et qu’il attend toujours afin d’arriver le premier à la piscine dès que l’eau se trouble. Mais il n’a pu encore y parvenir ; tous y sont rendus avant qu’il ait eu le temps de bouger. Jésus le regarde et lui dit : C’est en vain que tu attends ici le miracle de l’ange ; il n’y a point de miracles, le seul miracle c’est que Dieu a donné la vie aux hommes et qu’il faut vivre de toutes ses forces. N’attends rien près de la piscine ; ramasse ton lit et vis selon Dieu, tant que Dieu t’en donnera la force. Alors Jésus lui dit : Eh bien ! tu as la force ; ne crois plus à toutes ces tromperies, ne commets plus de fautes et vis selon les forces que Dieu t’a données.

Le malade l’écouta, se leva et s’en alla. Et l’homme s’en fut raconter à tous ce qui lui était arrivé. Alors tous ceux qui avaient organisé la duperie de la piscine et y gagnaient beaucoup d’argent, en furent courroucés, et ils ne savaient comment se venger, ni comment faire accuser le malade et Jésus. Ils prirent comme prétexte que c’était le jour du sabbat, et que, selon leur loi, on ne peut pas travailler ce jour-là.

D’abord ils interrogèrent le malade et lui dirent : Comment as-tu osé relever ton lit le jour du sabbat ? Le jour du sabbat on ne doit pas travailler.

Le malade leur répondit : Celui qui m’a fait lever m’a ordonné de ramasser mon lit.

Ils demandèrent : Qui t’a fait lever ?

Il répondit : Je ne sais pas ; un homme est venu et s’en est allé.

Les Pharisiens, étant parvenus à retrouver Jésus, lui dirent : Comment as-tu pu ordonner à un homme de se lever et de ramasser son lit le jour du sabbat ? À cela Jésus répondit : Mon Père Dieu ne cesse jamais de travailler, ni les autres jours de la semaine ni le jour du sabbat ; ce n’est pas le sabbat qui a fait l’homme, c’est l’homme qui a fait le sabbat.

Alors les Juifs l’attaquèrent encore plus durement d’avoir osé appeler Dieu son père.

Jésus leur répondit : L’homme ne pourrait rien faire par lui-même si Dieu-Père, l’Esprit de Dieu en l’homme, ne le lui indiquait pas. Dieu-Père est toujours en l’homme et agit, et l’homme vit et agit. Dieu-Père, pour le bien des hommes, leur a donné la possibilité de comprendre ce qui est bien et ce qui est mal. De même que le Père donne la vie, de même l’Esprit de Dieu donne la vie. Dieu-Père ne choisit pas, ne décide rien lui-même ; ayant indiqué à l’homme ce qui est bien et ce qui est mal, il lui laisse le soin d’agir, afin que les hommes respectent l’esprit de Dieu en eux, lui obéissent, comme ils respectent Dieu et lui obéissent.

Celui qui ne respecte pas en soi l’esprit de Dieu ne respecte pas Dieu. Comprenez que celui qui se donne entièrement à une doctrine élève en soi l’esprit et met en lui sa vie ; celui-ci a la vie hors du temps et se trouve affranchi de la mort. Il est clair que maintenant les morts ayant compris le sens de leur vie, ayant compris qu’ils sont enfants de Dieu, vivront ; car, de même que le Père vit par lui-même, de même le Fils vit par lui-même. La liberté du choix constitue l’esprit de Dieu en l’homme ; c’est tout l’homme.

Ne vous étonnez pas de cette doctrine. Maintenant le temps est venu que tous les mortels se diviseront ; les uns, ceux qui font le bien, trouveront la vie ; les autres, ceux qui font le mal, disparaîtront.

Moi, je ne puis rien choisir par moi-même, et je choisis ce que j’ai compris par mon Père. Mon choix est juste s’il n’est pas guidé par mon désir mais par ce que j’ai compris du Père.

Si j’étais seul à affirmer que j’ai raison parce que tel est mon plaisir, vous pourriez ne pas me croire. Mais il y a un autre encore qui affirme de moi que je dis et fais la vérité. C’est l’esprit de Dieu, et vous savez que son affirmation est vraie. Par mes actes vous voyez que c’est le Père qui m’a envoyé, et le Père-Dieu témoigne de moi dans vos âmes et dans vos écrits. Mais sa voix, vous ne l’avez ni comprise ni connue, et vous n’avez pas un ferme entendement, parce que vous ne croyez pas en celui qu’il a envoyé, en l’esprit de Dieu dans vos âmes.

Pénétrez-vous de ceci : Vous pensez trouver dans vos âmes la vie, vous y trouvez l’esprit de Dieu, et vous ne voulez pas me croire, que vous aurez la vie. Je ne tiens pas compte de ce que vous priez dans vos temples, et observez les jeûnes et le sabbat suivant les lois humaines. Car vous n’avez pas de véritable amour pour le vrai Dieu.

Je vous enseigne ce qu’ordonne mon Père et le vôtre et vous ne me comprenez pas, et si quelqu’un vous enseigne quelque chose de lui, vous le croyez. À quoi pouvez-vous vous fier quand vous acceptez les paroles les uns des autres et ne cherchez pas la doctrine telle que la donne le Père. Je ne suis pas seul à vous montrer que vous avez tort devant votre Père. Ce même Moïse en qui vous espérez vous montre que vous avez tort et que vous ne le comprenez pas. Si vous croyiez ce que disait Moïse, vous croiriez ce que je vous dis. Si vous ne croyez pas sa doctrine, vous ne croyez pas aussi la mienne.

Afin de leur faire comprendre qu’on peut se plier à la volonté de Dieu, sans effort, il leur dit une parabole : Un roi reçut un royaume en héritage. Pour entrer en possession de cet héritage il devait quitter pour un temps son royaume. Avant son départ il distribua sa fortune entre ses sujets, à chacun selon ses forces : à l’un cinq talents, à l’autre deux, à l’autre un, et à chacun il ordonna de travailler et de faire prospérer les talents qu’il leur laissait.

Le roi parti, chacun se mit à faire ce qu’il voulut, avec ce que le roi lui avait laissé. Les uns travaillèrent et, avec leurs cinq talents, en gagnèrent cinq autres ; d’autres, avec un talent, en gagnèrent dix ; d’autres, avec deux talents, en gagnèrent deux ; d’autres, avec un talent, en gagnèrent cinq, d’autres, avec un talent, en gagnèrent un. D’autres enfin ne travaillèrent point avec l’argent du roi ; ils l’enfouirent dans la terre ; et d’autres encore non seulement ne travaillèrent pas avec le bien du maître, mais ils ne voulurent point se montrer à lui, disant qu’ils ne voulaient pas être sous sa domination.

Enfin le roi retourna dans son royaume et demanda compte à ses sujets de ce qu’ils avaient fait avec le bien confié à eux.

L’un, qui avait reçu cinq talents, dit : Avec les cinq talents j’en ai gagné cinq autres. Un autre, qui avait reçu un talent, dit : Avec un talent j’en ai gagné dix. Celui qui avait reçu deux talents en rapporta deux autres ; un autre, qui avait reçu un talent, en avait gagné cinq ; et un autre, qui avait reçu un talent, en rapportait encore un.

Le maître les loua tous et les récompensa tous également. Il leur dit : Je vois que vous êtes de bons et fidèles serviteurs ; vous avez fait prospérer mon bien, désormais vous partagerez avec moi la possession de mes biens.

Vinrent ensuite les ouvriers qui n’avaient pas travaillé avec le bien du maître. L’un d’eux dit : Maître, avant ton départ tu m’as donné un talent. Je sais que tu es un homme sévère et que tu veux nous prendre ce que tu ne nous as pas donné. J’ai eu peur de toi, et à cause de cela j’ai caché mon talent ; le voici intact. Reprends-le. Et d’autres, qui avaient reçu cinq talents, dix talents, et ne les avaient pas employés, vinrent dire la même chose au roi. Alors il leur dit : Hommes stupides, vous dites que c’est par crainte de moi que vous avez caché vos talents dans la terre et ne les avez pas fait fructifier. Puisque vous savez que je suis sévère et prends ce que je n’ai pas donné, alors pourquoi n’avez-vous pas essayé de faire ce que je vous ai ordonné. Si vous aviez travaillé avec les talents que je vous avais remis, ils se seraient multipliés et vous auriez exécuté ma volonté. Et peut-être vous aurais-je fait grâce et ne vous trouveriez-vous pas dans une aussi mauvaise situation ; car maintenant, malgré cela, vous n’êtes pas hors de mon pouvoir.

Le maître prit les talents de ceux qui n’avaient pas travaillé et ordonna de les donner à ceux qui avaient gagné le plus.

Mais à cela les serviteurs objectèrent : Maître, ceux-ci ont déjà beaucoup. Le roi dit : Donnez à ceux qui ont gagné, car celui qui garde ce qu’il a aura encore davantage, tandis qu’à celui qui ne le garde pas on ôtera jusqu’à la dernière chose. Quant à ces ouvriers stupides et paresseux, jetez-les dehors ainsi que ceux qui m’ont fait dire qu’ils ne veulent pas être en mon pouvoir.

Le roi c’est le commencement de la vie — l’esprit.

Le monde, c’est le royaume. Mais le roi ne le dirige pas lui-même ; ainsi que le paysan, il sème le grain puis l’abandonne. Le grain, de lui-même, engendre la tige, les graines, ou une mauvaise herbe.

Le talent c’est l’entendement. Dieu-esprit met l’entendement en chaque homme, puis le laisse vivre suivant sa propre volonté. Dieu ne décide rien lui-même. Mais, ayant tout appris à l’homme, il le laisse décider. Tous n’ont pas reçu un nombre égal de talents ; on a donné à chacun selon ses forces ; et, pour Dieu, il n’existe ni grands ni petits, Dieu n’a besoin que du travail de l’entendement.

Les uns travaillent pour mériter l’argent du maître ; les autres ne travaillent pas pour le maître ; d’autres ne travaillent pas et même ne veulent pas reconnaître le maître. Les uns vivent avec l’entendement ; les autres ne vivent pas par lui ; d’autres ne le reconnaissent pas.

Le maître, à son retour, demande des comptes, c’est la mort temporaire, et le compte de la vie.

Les uns disent qu’ils ont travaillé avec l’argent du maître ; tous ceux-ci entrent dans la vie du maître ; et, qu’ils aient travaillé plus ou moins, tous également participent à la vie du maître. Celui qui accepte l’entendement, celui-ci a la vie.

Celui qui a l’entendement et se fie à celui qui l’a envoyé, possède la vie en dehors du temps ; il ne connaît pas la mort, il a passé dans une autre vie.

D’autres disent qu’ils n’ont pas travaillé avec l’argent du maître. Ils ne refusent pas cet argent, mais ils se disent que ce n’est pas la peine de travailler parce que, quoi qu’ils fassent, c’est la mort qui les attend. Ils connaissent la cruauté du maître.

D’autres ont l’entendement mais ne s’y fient point. Ils se disent : On aura beau travailler, on mourra quand même, et rien ne restera ; c’est pourquoi il ne faut rien faire.

À cela le roi dit : Me sachant cruel, tu devais d’autant plus faire ma volonté. Pourquoi donc ne l’as-tu pas essayé ? Si les hommes savent que la mort temporaire est inévitable, pourquoi donc ne pas essayer de vivre pour accomplir la volonté de Dieu par l’entendement.

Et le roi dit : Reprenez-leur le talent et donnez-le à celui qui a déjà. Pour le roi il importe peu qui aura le talent, pourvu qu’il soit ; de même qu’il importe peu au paysan que la tige sorte d’un grain ou de l’autre, pourvu qu’il ait la récolte.

Si l’entendement donne aux hommes la vie selon leur volonté, alors ceux qui ne le gardent pas ne peuvent pas vivre et se mettent hors de la vie ; et après la mort temporaire, il ne restera rien d’eux.

Pour les hommes qui ne reconnaissent pas le pouvoir du roi, celui-ci dit : Jetez-les aussi dehors.

Il y a encore d’autres hommes. Ceux-ci non seulement ne travaillent pas avec l’entendement et la vie, mais ils méprisent ce Père-Esprit qui leur a donné la vie. Ces hommes ne peuvent pas vivre, et disparaissent aussi avec la mort.

  1. Interprétation de l’Évangile selon saint Jean, par l’archevêque Mikhaïl, p. 174.
  2. La Bible, Nouveau Testament, vie partie, p. 166.
  3. Interprétation de l’Évangile de Jean, par l’archevêque Mikhaïl, p. 135.
  4. P. 190.