Les Quatre Évangiles/08

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VIII

IL N’Y A PAS D’AUTRE VIE.

SUR LES RÉCOMPENSES DU ROYAUME DE DIEU.

Ὁ φιλῶν πατέρα ἢ μητέρα ὑπίρ ἐμέ, οὐϰ ἔστι μου ἄξιος· ϰαὶ ὁ φιλῶν υἱόν ἤ θυγατέρα ὑπὲρ ἐμέ, οὐϰ ἔστι μου ἄξιος.

Καὶ ὅς οὐ λαμβάνει τὸν σταυρόν αὐτοῦ, ϰαὶ ἀϰολουθεῖ ὀπίσω μου, οὐϰ ἔστι μου ἄξιος.

Ὁ εὑφών τὴν ψυχήν αὐτοῦ, ἀπολέσει αὐτήν· ϰαὶ ὁ ἀπολέσας τὴν φυχήν αὐτοῦ ἔνεϰεν ἐμοῦ, εὑρήσει αὐτήν.

Τότε ἀποϰριθείς ὁ Πέτρος εἶπεν αὐτῷ· ἰδού ἡμεῖς ἀφήϰαμεν πάντα, ϰαὶ ἠϰολουθησαμέν σοι· τὶ ἄρα ἔσται ἡμῖν ;

Ἄποϰριθείς δὲ ὁ Ἰησοῦς εἶπεν· ἀμὴν λέγω ὑμῖν· οὐδείς ἐστιν ὄς ἀφῆϰεν οἰϰίαν, ἤ ἀδελφοὺς, ἤ ἀδελφάς, ἤ ματέρα, ἤ μητέρα, ἢ γυναῖϰα, ἤ τέϰνα, ἤ ἀγροὺς, ενεϰεν ἐμοῦ ϰαὶ τοῦ εὐαγγελίου.

Ἐάν μὴ λάβη ἑϰατονταπλασίονα νόν ἐν τῷ ϰαιρῷ τούτῳ, οἱ ϰίας, ϰαὶ ἀδελφοὺς, ϰαὶ ἀδελφὰς, ϰαὶ μητέρας, ϰαὶ τέϰνα, ϰαὶ ἀγροὺς, μετὰ διωγμῶν, ϰαὶ ἐν τῷ αἰῶνι τῷ ἐρχομένῳ ζωήν αἰώνιον.

Πολλοὶ δὲ ἔσονται πρῶτοι, ἔσγατοι· ϰαὶ οἱ ἔσγατοι, πρῶτοι.


Matthieu, x, 37. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi ; et qui aime son fils ou sa fille plus que moi, n’est pas digne de moi ; Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas d’accord avec moi. Celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi, n’est pas d’accord avec moi.
38. Et celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n’est pas digne de moi. Et celui qui n’est pas prêt à toutes les privations physiques et ne me suit pas, celui-là n’est pas d’accord avec moi.
39. Celui qui aura conservé sa vie la perdra ; mais celui qui aura perdu sa vie à cause de moi le retrouvera. Celui qui conservera sa vie corporelle, perdra sa vie, et celui qui perdra sa vie corporelle, à cause de ma doctrine, celui-ci recevra la vie.
xix, 27. Alors Pierre, prenant la parole, lui dit : Voici, nous avons tout quitté, et nous t’avons suivi ; que nous en arrivera-t-il donc ? Alors Simon-Pierre lui dit : Voici, nous avons abandonné tout et nous t’avons suivi ; qu’aurons-nous pour cela ?
Marc, x, 29. Jésus répondit : Je vous dis en vérité, qu’il n’y a personne qui ait quitté maison, ou frères, ou sœurs, ou père ou mère, ou femme ou enfants, ou des terres, pour l’amour de moi et de l’évangile, Jésus répondit : Vous savez vous-mêmes que celui qui abandonnera sa famille, ses sœurs, ses frères, son père ou sa mère, son épouse ou ses enfants, ses terres, pour ma doctrine, — qui est le vrai bien,
30. Qui n’en reçoive dès à présent, en ce siècle, cent fois autant : des maisons, des frères, des sœurs, des mères, des enfants et des terres, avec des persécutions ; et, dans le siècle à venir, la vie éternelle. Que celui-ci recevra maintenant, dans cette vie, cent fois plus, même s’il subit les persécutions, de la famille, des frères, des sœurs, des enfants et des terres, et dans les siècles à venir 1) la vie éternelle.
31. Mais les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers. Et plusieurs des premiers seront les derniers, et les derniers les premiers.
Remarques.

1) Ἕρχομαι, signifie aller, passer.


La question de Pierre : Quelle sera notre récompense ? Jésus la comprend de deux façons : premièrement, quelle sera la récompense, en général, pour l’exécution de la loi, et, deuxièmement, quelle sera la récompense pour eux, étant donnés leurs sacrifices.

À la première partie de la question, sur les trônes du ciel, Jésus répond qu’ils savent eux-mêmes quelle sera la récompense. La récompense ici-bas, dans cette vie, est cent fois plus grande que les joies auxquelles les hommes renoncent, et que la vie en dehors du temps.

À la deuxième partie de la question, Jésus répond que, dans le royaume de Dieu, il n’y a ni premiers ni derniers, que les premiers seront les derniers, et les derniers les premiers, que la conception du royaume de Dieu ne comporte pas de récompenses selon les mérites, comme il est dit dans la parabole des talents.

La question suivante de Pierre et la réponse de Jésus viennent, chez Matthieu, immédiatement après la conclusion de l’entretien avec le riche adolescent : que personne ne peut faire son salut s’il n’est mendiant. Ces paroles cruelles frappent les disciples. Et c’est ce sacrifice de la vie physique qui provoque la question de Pierre. D’après la concordance des chapitres, cette question vient après tous les exemples et enseignements relatifs aux sacrifices de la vie du corps à celle de l’esprit. Après quoi, Pierre demande : Mais qu’aurons-nous pour cela ?

J’omets le verset 28 de Matthieu, qui n’a pas de sens clair, où il est dit qu’ils seront assis sur douze trônes et jugeront les douze tribus d’Israël. Ou cela ne signifie rien, parce qu’absolument incompréhensible, ou c’est une raillerie, une moquerie en réponse à la question de ce que sera la récompense. Le passage qui suit indique clairement que cette réponse est purement ironique.


LA PARABOLE DU SALAIRE DU PATRON À SES OUVRIERS

Ὄμοία γὰρ ἐστιν ἡ Βασιλεία τῶν Οὐρανῷ ἀνθρώπῳ οἰϰδεσποτὴ, ὄστις ἐξῆλθεν ἀμα πρωῖ μισθώσασθαι ἐργάτας εἰς τὸν ἀμπελῶνα αὐτοῦ.

Συμφωνήσας δὲ μετὰ τῶν ἐργατῶν ἐϰ δηναρίου τὴν ἠμέραν, ἀμέστειλεν αὐτοῦς εἰς τὸν ἀμπελῶνα αὐτοῦ.

Καὶ ἐξελθὼν περὶ τὴν τρίτην ὤραν, εἶδεν ἄλλους ἐστῶτας ἐν τῆ αγορᾷ ἀργούς.

Κἀϰείνοις εἶπεν· ὑπάγετε ϰαὶ ὑμεῖς εἰς τὸν ἀμπελῶνα μου, ϰαὶ ὅ ἐάν ἦ δίϰαιον, δώσω ὑμῖν· Οἱ δὲ ἀπῆλθον.

Πάλιν δὲ ἐξελθών περὶ ἔϰτην ϰαὶ ἐννάτην ὤραν, ἐποίησεν ὡσαύτως.

Περὶ δὲ τὴν ἐνδεϰάτην ὤραν ἐξελθών, εὖρεν ἀλλους ἐστῶτας ἀργοὺς, ϰαὶ λέγει αὐτοῖς· τί ὦδε ἐστήϰατε ὅλην τὴν ἡμέραν ἀργοί ;

Λέγουσιν αὐτῷ, ὅτι οὐδεὶς ἡμᾶς ἐμισθώσατο. Λέγει αὐτοῖς· ὑπάγετε ϰαὶ ὑμεῖς τὸν ἀμπελῶνα, ϰαὶ ὅ ἐάν ἦ δίϰαιον, λήψεσθε.

Ὀψιας δέ γενομένης λέγει ὁ ϰύφις τοῦ ἀμπελῶνος τῷ ἐπιτρόπῳ αὐτοῖ· ϰάλεσον τοὺς ἐργὰτας, ϰαὶ ἀπόδος αὐτοῖς τὸν μισθόν, ἀρξὰμενος ἀπὸ τῶν ἐσχάτων ἔως τῶν πρώτων.

Καὶ ἐλθόντες οἱ περὶ τὴν ἐνδεϰάτην ὥραν, ἐλαβον ἀνά δηνάριον.

Ἐλθόντες δὲ οἱ πρῶτοι, ἐνόμισαν, ὅτι πλείονα λήψονται· ϰαὶ ἐλαβον ϰαὶ αὐτοί ἀνά ὃηναριον.

Λαβόντες δὲ ἐγόγγυζον ϰατὰ τοῦ οἰϰοδεσπότου,

Λέγοντες, ὅτι οὖτοι οἱ ἐσχατοι μίαν ὡραν ἐποίησαν, ϰαὶ ἴσους ἡμῖν αὐτούς ἐποίησας, τοῖς βαστάσσι τὸ βαρος τῆς ἡμέρας ϰαὶ τὸν ϰαύσωνα.

Ὁ δὲ ἀποϰριθείς εἶπεν ἐνί αὐτῶν. ἐταῖρε, οὐϰ ἀδιϰῶ σε· οὐχί δηναρίου. συνερώνεσας μοι ;

Ἆρον τὸ σὸν ϰαὶ ὕπαγε· θέλω δὲ τούτῳ τῷ ἐσχάτῳ δοῦναι, ὡς ϰαὶ σοί.

Ἢ οὐϰ ἔξεστί μοι ποιῆσαι ὅ θέλω ἐν τοῖς ἐμοῖς, ἦ ὁ ὀφθαλμός σου πονηρός ἐστιν, ὅτι ἐγὼ ἀγαθός εἰμι ;

Οὐτως ἐσονται οἱ ἔσχατοι πρῶτοι· ϰαὶ οἱ πρῶτοι ἔσχατοι· πολλοί γὰρ εἰσι ϰλητοί, ὀλίγοι δὲ ἐϰλεϰτοί.


Matthieu, xx, 1. Car le royaume des cieux est semblable à un père de famille qui sortit dès la pointe du jour afin de louer des ouvriers pour travailler à sa vigne. Car voici à quoi est semblable le royaume de Dieu : le maître sortit le matin afin de louer des ouvriers pour travailler dans son jardin.
2. Et ayant accordé avec les ouvriers, à un denier par jour, il les envoya à sa vigne. Ayant convenu du prix avec les ouvriers, pour la journée, il les envoya dans son jardin.
3. Il sortit encore environ la troisième heure du jour, et il en vit d’autres qui étaient dans la place sans rien faire, Plus tard, pendant le déjeuner, il sortit pour surveiller et vit d’autres ouvriers inoccupés.

4. Auxquels il dit : Allez-vous-en aussi à ma vigne, et je vous donnerai ce qui sera raisonnable. Il leur dit : Allez vous aussi travailler dans mon jardin ; je vous paierai ce qu’il faudra.
5. Et ils y allèrent. Il sortit encore environ la sixième et la neuvième heure, et il fit la même chose. Ils y allèrent. De nouveau, vers neuf heures, le maître sortit au marché et trouva d’autres ouvriers inoccupés. Il leur fit la même proposition.
6. Et vers la onzième heure il sortit, et il en trouva d’autres qui étaient sans rien faire, auxquels il dit : Pourquoi vous tenez-vous ici, tout le jour sans rien faire ? À midi le maître retourna au marché, et vit encore des ouvriers sans ouvrage. Il leur dit : Pourquoi restez-vous ainsi toute la journée sans rien faire ?
7 Et ils lui répondirent : Parce que personne ne nous a loués. Et il leur dit : Allez-vous-en aussi à ma vigne, et vous recevrez ce qui sera raisonnable. Ils répondirent : Personne ne nous a loués. Et il leur dit : Alors allez vous aussi à mon jardin, et vous recevrez ce qu’il faut.
8. Quand le soir fut venu, le maître de la vigne dit à celui qui avait le soin de ses affaires : Appelle les ouvriers et leur paye leur salaire, en commençant depuis les derniers jusqu’aux premiers. Quand le soir fut venu, le maître dit à son employé : Appelle les ouvriers et distribue-leur leur salaire, en commençant par ceux qui sont venus les derniers jusqu’aux premiers.
9. Et ceux qui avaient été loués sur la onzième heure étant venus, ils reçurent chacun un denier. À ceux qui étaient venus à midi on donna un denier.
10. Or, quand les premiers furent venus, ils s’attendaient à recevoir davantage ; mais ils reçurent aussi chacun un denier. Ceux qui étaient venus les premiers s’attendaient à recevoir davantage ; mais eux aussi reçurent un denier.

11. Et l’ayant reçu, ils murmuraient contre le père de famille, Alors ils se mirent à exprimer leur mécontentement à l’égard du maître.
12. Disant : Ces derniers n’ont travaillé qu’une heure, et tu les as égalés à nous qui avons supporté la fatigue de tout le jour et la chaleur. Quoi ! dirent-ils, les derniers n’ont travaillé qu’une partie de la journée, et tu les traites comme nous, qui avons travaillé et peiné toute la journée.
13. Mais il répondit à l’un d’eux, et lui dit : Mon ami, je ne te fais point de tort ; n’as-tu pas accordé avec moi à un denier par jour ? Le maître dit à l’un d’eux : Mon ami, je ne te fais point de tort ; n’avons-nous pas convenu que tu travaillerais pour un denier ?
14. Prends ce qui est à toi et t’en va ; mais je veux donner à ce dernier autant qu’à toi. Prends, mon ami, ce qui t’est dû et va à ta place. Je veux donner aux derniers autant qu’à toi. Ne suis-je pas maitre de mon bien ? Ou bien es-tu devenu envieux parce que tu vois que je suis bon ?
15. Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de ce qui est à moi ? Ton œil est-il malin de ce que je suis bon ?
16. Ainsi les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers ; car il y en a beaucoup d’appelés mais peu d’élus. Ainsi les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers.

Les paroles qui suivent : « Car il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus », sont évidemment ajoutées et sont inutiles. Du reste, elles n’existent pas dans plusieurs manuscrits. Elles ne sont pas davantage chez Tischendorf. Chez Luc, les disciples disent ces paroles à Jésus, après l’explication au sujet du pardon qu’il faut faire non pas sept fois mais septante fois sept. Il est évident que ces paroles, comme celles de Pierre, se rapportent à toutes les prescriptions sévères qui imposent le renoncement de la vie du corps. La possibilité de la vraie vie est donnée à tous les hommes. Celui qui la veut la prend ; celui qui ne la veut pas ne la prend pas. Celui qui reçoit la vraie vie, la possède. Elle est égale pour tous, et, à elle, ne peuvent s’appliquer nos conceptions : plus, moins, avant, après. On exprimerait en langage philosophique disant qu’elle est en dehors du temps, de l’espace et des causes.

Mais nous sommes si habitués à la récompense, dans la vie terrestre, que nous ne pouvons renoncer à la pensée que celui qui accomplira tout ce qui, selon nous, peut plaire à Dieu, (que nous nous représentons en dehors de nous, tandis que Jésus ne cesse de dire que personne n’a jamais vu Dieu) sera récompensé, et, dans ce cas, nous voulons établir des rapports envers Dieu semblables aux rapports humains, de maître à serviteur. Nous voulons plaire à quelqu’un, faire ce que nous ne comprenons pas et ne désirons pas, afin de complaire à la volonté du maître. Mais, en revanche, si nous admettons que notre mauvaise conduite doit être punie, si nous aimons nous-mêmes punir pour leurs fautes nos serviteurs, nous voulons aussi être récompensés quand nous exécutons la volonté d’un autre. Et malgré que toute la doctrine de Jésus nie cette représentation, nous tous, et ses disciples, lui demandons quelle sera notre récompense pour avoir abandonné nos fils, nos maisons, notre vie, afin de suivre sa doctrine. Que demandons-nous donc ?

Nous demandons quelle récompense nous recevrons pour assister au festin auquel on nous convie. Quelle récompense nous recevrons pour nous être assis dans cette barque de salut, qui est prête à nous recevoir. Quelle récompense nous aurons pour avoir abandonné femme, enfants, maison et l’avoir suivi. Autrement dit, quelle récompense nous recevrons pour avoir échangé la douleur contre la joie, les chaînes contre la liberté, la mort contre la vie.

Et il répond : premièrement, vous ne sacrifiez rien. Vous donnez dans cette vie, la famille, les enfants, les biens, et tout cela, même si les persécutions s’y ajoutent, vous sera rendu au centuple, et, deuxièmement, vous recevrez la vraie vie. Quelle autre récompense voulez-vous encore ? Être assis sur un trône, comme les rois, et juger les peuples ?

Dans ce monde de la mort je vous apporte la vie unique, possible, l’unique planche de salut. Et vous, prêts à saisir cette planche, vous demandez quelle récompense on vous donnera pour ce faire ?



LE PLUS GRAND EST CELUI QUI EST
LE SERVITEUR DE TOUS

Καὶ προσπορεύονται αὐτῷ Ἰάϰωβος ϰαὶ Ἰωάννης, οἱ υἱοὶ Χεβεδαίου, λέγοντες· Διδάσϰαλε, θέλομεν ἵνα ὅ ἐάν αἰτήσωμεν ποιήσης ἡμῖν.

Ὁ δὲ εἶπεν αὐτοῖς τί θέλετε ποιησαί με ὑμῖν ;

Ὁ δὲ εἶπον αὐτῷ· δός ἡμῖν ἵνα ἐϰ δεξιῶν σου ϰαὶ εἶς ἐξ εὐωνύμων σου ϰαθίσωμεν ἐν τῆ δόξη σου.


Marc, x, 35. Alors Jacques et Jean, fils de Zébédée, vinrent à lui et lui dirent : Maître ! Nous voudrions que tu nous fisses ce que nous te demanderons. Les frères de Zébédée, Jacques et Jean, vinrent trouver Jésus et lui dirent : Maître, nous voudrions que tu fisses pour nous ce que nous te demanderons.
36. Il leur dit : Que voulez-vous que je fasse ? Il leur dit : Que voulez-vous que je fasse 1) ?
37. Ils lui dirent : Accorde-nous que nous soyons assis dans ta gloire, l’un à ta droite, et l’autre à ta gauche. Et ils lui dirent : Fais que nous deux soyons, dans ta doctrine, égal à toi 2).

Remarques.

1) En d’autres termes, vous dites une chose insensée.

2) Les disciples demandent à Jésus pourquoi eux-mêmes sont si peu intelligents tandis que lui est si sage, et ils le prient de les rendre aussi sages que lui.


Ὁ δὲ Ἰησοῦς εἶπεν αὐτοῖς· οὖϰ οἴδατε τί αἰτεῖσθε. Δύνασθε πιεῖν τὸ ποτηριον, ὅ ἐγώ πίνω, ϰαὶ τὸ βάπτισμα, ὅ ἐγώ βάπτίζομαι, βαπτισθῆναι ;


Marc x, 38. Et Jésus leur dit : Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire, et être baptisés du baptême dont je dois être baptisé ? Et en réponse, Jésus leur dit : Vous ne savez vous-mêmes ce que vous demandez. Sur la terre vous pouvez faire la même chose que moi 1), vous pouvez vous régénérer de l’esprit comme je me suis régénéré.

Remarques.

1) Boire la coupe, selon l’expression juive, signifie avoir le même sort dans la vie matérielle ; vivre sa vie de la même façon.


Λέγουσιν αὐτῷ· δυνάμεθα.

Καὶ λέγει αὐτοῖς· τὸ μὲν, ποτήριόν μου πίεσθε, ϰαὶ τὸ βάπτισμα. ὅ ἐγω βαπτίζομαι, βαπτισθήσεσθε· τὸ δὲ ϰαθίσαι ἐϰ δεξιῶν μοῦ ϰαὶ ἐξ εὐωνύμων μοῦ, οὐϰ ἔστιν ἐμόν δοῦναι, ἀλλ’ οἶς ἡτοίμασται ὑπό τοῦ πατρός μου.


Matthieu xx, 22. Ils lui dirent : Nous le pouvons. Ils dirent : Nous le pouvons.
23. Et il leur dit : Il est vrai que vous boirez ma coupe, et que vous serez baptisés du même baptême dont je serai baptisé ; mais d’être assis à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder, si ce n’est à ceux pour qui mon père l’a préparé. Et il leur dit : Vous pouvez vivre comme moi et vous régénérer de l’esprit ; cela vous le pouvez ; mais faire que vous soyez ainsi que moi, cela n’est pas en mon pouvoir, mais dans le pouvoir de mon père.


Vous faire semblables à moi, vous donner la même raison, cela n’est point en mon pouvoir ; c’est dans le pouvoir de mon père, et la répartition en est différente de même qu’est différente la distribution de l’argent. Mais vivre comme moi, vous régénérer par l’esprit, cela vous le pouvez.


Καὶ ἀϰούσαντες οἱ δέϰα, ἠγανάϰτησαν περὶ τῶν δύο ἀδελφῶν.

Ὁ δὲ Ἰησοῦς προσϰαλεσάμενος αὐτούς, εἶπεν· οἴδατε, ὅτι οἱ ἀρχοντες τῶν ἐθνῶν ϰαταϰύριευουσιν αὐτῶν, ϰαὶ οἱ μεγάλοι ϰατεξουσίαζουσιν αὐτῶν.

Οὐχ οὖτως δὲ ἕσται ἐν ὑμῖν· ἀλλ’ ὅς ἐάν θέλη ἐν ὑμῖν μέγας γενέσθαι, ἔστω ὑμῶν διάϰονος.

Καὶ ὅς ἐάν θέλη ἐν ὑμῖν εἶπαι πρῶτος, ἔστω ὑμῶν δοῦλος.

Ὑμεῖς δὲ οὐχ οὐτως· ἀλλ’ ὁ μείζων ἐν ὑμῖν, γενέσθω ὡς ὁ νεώτερος· ϰαὶ ὁ ὑγούμενος, ὡς ὁ διαϰονῶν.

Ὡσπερ ὁ νίός τοῦ ἀνθρώπου οὐϰ ἦλθε διαϰονῆθηναι, ἀλλὰ διαϰονῆσαι, ϰαὶ δοῦναι τὴν ψυχὴν αὐτοῦ λύτρον ἀντί πολλῶν.


Matthieu xx, 24. Les dix autres ayant ouï cela, furent indignés contre ces deux frères. Les dix autres disciples ayant entendu cela se fâchèrent contre les deux frères.
25. Et Jésus, les ayant appelés, leur dit : Vous savez que les princes des nations les dominent, et que les grands leur commandent avec autorité. Et les ayant appelés, Jésus leur dit : Vous savez que ceux qui se considèrent comme les chefs du peuple, dominent les hommes. Et que les fonctionnaires gouvernent le peuple.
26. Mais il n’en doit pas être ainsi parmi vous, au contraire, quiconque voudra être le plus grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur. Parmi vous cela ne doit pas être. Si quelqu’un de vous veut devenir plus grand qu’il soit le serviteur.
27. Et quiconque voudra être le premier entre vous qu’il soit votre esclave. Et quiconque veut devenir le premier, qu’il soit esclave.
Luc, xxix, 26. Il n’en doit pas être de même entre vous ; mais que celui qui est le plus grand parmi vous soit comme le moindre, et celui qui gouverne, comme celui qui sert. Celui qui est considéré comme le plus petit est le plus grand ; celui qui est considéré comme le serviteur est avant tous.

Matthieu, xx, 28. Comme le Fils de l’homme est venu non pour être servi mais pour servir, et donner sa vie pour la rançon de plusieurs. Car le fils de l’homme n’est pas venu pour qu’on le serve mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la plus grande chose 1).

Remarques.

1) Πολλὰ, au pluriel, signifie : la chose importante, la plus grande chose.


Le dernier verset, source principale du malentendu duquel est sorti le dogme stupide et immoral de la rédemption, a pourtant une signification très simple et très claire, qui résulte nettement du sens de tout le passage. Le fils de l’homme, l’homme unique de la divinité, se trouve chez tous les hommes. L’existence du fils de l’homme n’a d’autre fin que de retourner à la source : Dieu. L’entendement du Dieu unique en tous les hommes c’est ce que nous appelons la vie. En retournant à la source unique, le fils de l’homme rétablit son unité. De cela découle l’amour des hommes entre eux. De cela découle le premier commandement : l’amour de Dieu, et le second, qui lui est semblable : l’amour du prochain.

La vie terrestre n’est que pour être donnée en rançon pour la vraie vie. Les fils de Zébédée veulent être aussi sages que Jésus-Christ. Il leur dit : Quel besoin en avez-vous ? Vivre et renaître en esprit, vous le pouvez comme moi ; ce que vous voulez c’est donc être plus important, plus puissant que les autres.

Mais, selon ma doctrine, il n’y a ni grands ni petits, ni importants, ni infimes. Les rois, pour gouverner leurs peuples, ont besoin d’être plus puissants et plus importants que les autres ; mais vous autres, vous n’avez pas besoin de cela, parce que, selon ma doctrine, il est avantageux d’être moins important que les autres. Selon ma doctrine, celui qui est le plus petit est le plus grand. Selon ma doctrine, il faut être serviteur, esclave. Tout le sens de ma doctrine est uniquement en cela : l’œuvre du fils de l’homme est de donner aux autres sa vie matérielle pour recevoir la vraie vie.


Ηλθε γὰρ ὁ υἰός τοῦ ἀνθρώπου σῶσαι τὸ ἀπολωλός.

Τί ὑμῖν δοϰεῖ ; ἐάν γένηται τινι ἀνθρώπῳ ἐϰατόν πρόβατα, ϰαὶ πλανῆθη ἔν ἐξ αὐτῶν· οὐχι ἀφείς τὰ ἐννενηϰονταεννέα ἐπὶ τά ὄρη, πορευθείς ζητεῖ τὸ πλανώμενον ;


Matthieu, xviii, 11. Car le Fils de l’homme est venu pour sauver ce qui était perdu. L’œuvre du fils de l’homme consiste 1) ; à sauver ce qui périt.
12. Que vous en semble ? Si un homme a cent brebis et qu’il en ait une égarée, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt dix-neuf pour s’en aller par les montagnes chercher celle qui s’est égarée ? Que vous en semble ? Si un homme a cent brebis et que l’une d’elles s’égare, n’abandonnera-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres pour aller chercher partout celle qui s’est égarée ?
Remarques.

1) Je traduis ἦλθε par l’œuvre… consiste à, puisque les mots « le fils de l’homme est venu pour » ne signifient que cela. Je préfère ma traduction qui exclut le double sens de « est venu ».


Καὶ ἐάν γένηται εὑρεῖν αὑτό, ἀμὴν λέγω ὑμῖν, ὅτι χαίρει ἐπ' αὐτῷ μᾶλλον, ἡ ἐπί τοῖς ἐννενηϰονταεννέα τοῖς μὴ πεπλανημένοις.

Καὶ ἐλθών εἰς τὸν οἶϰον, συγϰαλεῖ τοὺς φίλους ϰαὶ τοὺς γείτονας, λέγων αὐτοῖς· συγχάρητί μοι, ὅτι εὖρον τὸ πρόβατον μου τὸ ἀπολωλός.

Οὔτως οὐϰ ἔστι θέλημα ἔμπροσθεν τοῦ πατρὸς ὑμῶν τοῦ ἐν οὐρανοῖς, ἵνα πόληται εἶς τῶν μιϰρῶν τούτων.


Matthieu, xviii, 13. Et s’il arrive qu’il la trouve, je vous dis, en vérité, qu’il en a plus de joie que des quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont point égarées. Et s’il arrive qu’il la trouve, vous savez vous-mêmes qu’il en a plus de joie que des quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont point égarées.
Luc, xv, 6. Et, étant arrivé dans la maison, n’appelle ses amis et ses voisins, et ne leur dise : Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé ma brebis qui était perdue. Et, il réunira voisins et amis et leur dira : Je m’en réjouis : j’ai trouvé la brebis qui s’était égarée.
Matthieu, xviii, 14. Ainsi, la volonté de votre Père qui est aux cieux n’est pas qu’aucun de ces petits périsse. Ainsi votre Père, au ciel, désire qu’aucun de ces petits ne périsse.


Le verset de Luc, xv, 7, qui continue la comparaison, détruit le sens de la parabole, et, en accentuant la signification de la joie au ciel, introduit la conception fausse que quelqu’un se réjouit davantage du pécheur que du juste. C’est pourquoi je retiens les paroles de Matthieu et les applique aux deux paraboles de Luc.

Le sens des paraboles découle de la première phrase de Matthieu : que le fils de l’homme est venu pour sauver ce qui périt. Les hommes se réjouissent d’avoir retrouvé ce qui était perdu ; et ils appliquent toutes leurs forces à ce but. Il en est de même du fils de l’homme, puisque le désir du Père, qui a envoyé la lumière au monde, son seul désir immuable, est le retour de son entendement.


Η τίς γυνὴ δραχμας ἔχουσα δέϰα, ἐάν ἀπολέση δραχμην μίαν, οὐχί ἄπτει λύχνον, ϰαὶ σαροῖ τὴν οἰϰὶαν, ϰαὶ ζητεῖ ἐπιμελῶς, ἔως, ὅτου εὕρη ;

Καὶ εὑροῦσα συγϰαλεῖται τὰς φίλας ϰαὶ τὰς γείτονας, λέγουσα· συγχάρητέ μοι, ὅτι εὖρον τὴν δραχμὴν ἥν ἀπώλεσα.

Οὔτω λέγω ὑμῖν, χαρὰ γίνεται ἐνώπιον τῶν ἀγγέλων τοῦ Θεοῦ ἐπὶ ἐνὶ ἁμαρτωλῷ μετανοοῦντι.

Λέγων πρὸς αὐτούς.

Οταν ϰληθῇς ὑπό τινος εἰς γάμους, μὴ ϰαταϰλιθῇς εἰς τὴν πρωτοϰλισίαν· μήποτε ἐντιμότερός σου ᾖ ϰεϰλημένος ὑπ’ αὐτοῦ.

Καὶ ἐλθὼν ὁ σὲ ϰαὶ αὐτὸν ϰαλέσας, ἐρεῖ σοι· δός τούτῳ τόπον· ϰαὶ τότε αρξη μετ’ αἰσχύνης τὸν ἐσχατον τόπον ϰατέχειν.

Ἀλλ' ὅταν ϰληθῆς πορευθείς ἀνάπεσον εἰς τὸν ἔσχαταν τόπον· ἴνα ὅταν ελθη ὁ ϰεϰληϰώς σε, εἴπη σοι· φίλε, προσανάβηθι ἀνῶτερον· τὸτε ἔσταῖ σοι δόξᾶ ἐνώπιον τῶν συναναϰειμένων σοί.

Ὅτι πᾶς ὁ ὑψῶν ἑαυτὸν ταπεινωθήσεται· ϰαὶ ὁ ταπεινῶν ἑαυτὸν ὑψωθήσεται.

Ὁ δὲ Ἰησοῦς ἰδών τὸν διαλογισμόν τῆς ϰαρδίας αὐτῶν,

Καὶ λέγει αὐτοῖς· εἲ τις θέλει πρῶτος εἶναι, εσται πάνπων εσχατος ϰαὶ πάντων διάϰονος.


Luc, xv, 8. Ou qui est la femme qui, ayant dix drachmes, si elle en perd une, n’allume une chandelle, ne balaye la maison et ne cherche avec soin jusqu’à ce qu’elle ait trouvé sa drachme ? Si une femme, ayant dix drachmes, en perd une, elle allumera la chandelle, et balayera sa demeure, et cherchera jusqu’à ce qu’elle l’ait trouvée.
9. Et qui, l’ayant trouvée, n’appelle ses amies et ses voisines, et ne leur dise : Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé la drachme que j’avais perdue. Et quand elle l’aura trouvée, elle dira à ses voisines : Je me réjouis, j’ai trouvé la drachme qui était perdue.
10. (Matthieu, xviii ; 14). Je vous dis qu’il y a de même de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui s’amende. Ainsi votre Père au ciel, désire qu’aucun de ces petits ne soit perdu.
Luc, xiv, 7. Il proposait aussi aux conviés une parabole : Et il leur dit :
8. Quand quelqu’un t’invitera à des noces, ne te mets pas à la première place, de peur qu’il ne se trouve parmi les conviés une personne plus considérable que toi, Si tu es invité à une noce, ne te mets pas à la première place, afin qu’il n’arrive pas qu’il y ait un invité plus considérable que toi,
9. Et que celui qui vous aura invités, et toi et lui, ne vienne et ne te dise : Cède la place à celui-ci, et qu’alors tu n’aies la honte d’être mis à la dernière place. Et que le maître ne vienne et te dise : Cède-lui la place ; et qu’alors, honteux, tu ailles t’asseoir à la dernière place.
10. Mais quand tu seras invité, va te mettre à la dernière place, afin que quand celui qui t’a invité viendra, il te dise : Mon ami, monte plus haut. Alors cela te fera honneur devant ceux qui seront à table avec toi. Mais si l’on t’invite va te mettre à la place la plus modeste, afin que, quand le maître te verra, il te dise : Mon ami, mets-toi à cette place, plus honorifique, alors tu seras honoré devant les invités.

11. Car quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé. Car quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé.
Luc, ix, 47. Jésus voyant les pensées de leur cœur, Et Jésus, connaissant leurs pensées,
Marc, ix, 35. Il leur dit : Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. Leur dit : Celui qui veut être le premier sera le dernier de tous et le serviteur de tous.


Les disciples, se représentant de nouveau le royaume de Dieu comme quelque chose de terrestre, discutent qui d’entre eux sont les meilleurs et demandent lesquels sont les plus importants ?

Jésus répond : Aucun n’est meilleur ni plus important que les autres, parce que le royaume de Dieu consiste à trouver les autres meilleurs que soi-même. Dès que l’homme se mesure aux autres, en se demandant lesquels sont les meilleurs, il cesse d’établir ce rapport affectueux, sans lequel il devient pire. C’est pourquoi, dans le royaume de Dieu, il ne peut être question de meilleur. C’est l’essence du royaume de Dieu, et cela ne peut être autrement.

C’est la même chose qu’à un festin de noce : si un invité, sans en être prié, va se mettre à la place la plus en vue, il se prépare un affront. Au contraire, s’il est modeste, s’assied au loin, et qu’on le place au premier rang, il en reçoit de l’honneur. L’élévation de soi-même est incompatible avec ce qu’est le royaume de Dieu.


LA PARABOLE DE L’ENFANT PRODIGUE.

Εἶπε δὲ· ἀνθρωπός τις εἴχε δύο υἰούς.

Καὶ εἶπεν ὁ νεώτερος αὐτῶν τῷ πατρί. πάτερ, δός μοι τὸ ἐπιβάλλον μέρος τῆς οὐσίας. Καὶ διεῖλεν αὐτοῖς τὸν βίον.

Καὶ μετ’ οὐ πολλὰς ἡμέρας συναγαγών ἄπαντα ὁ νεώτερος υἱός ἀπεδήμησεν εἰς χώραν μαϰράν. ϰαὶ ἐϰεῖ διεσϰόρπισε τὴν οὐσίαν αὐτοῦ, ζῶν ἀσώτως.

Δαπανήσαντος δὲ αὐτοῦ πάντα, ἐγένετο λιμὸς ἰσχυρὸς ϰατὰ τὴν χώραν ἐϰείνην· ϰαὶ αὐτὸς ἤραξατο ὑστερεῖσθαι.

Καὶ πορευθείς ἐϰολλήθη ἑνί τῶν πολιτῶν τῆς χώρας ἐϰείνης· ϰαὶ ἔπεμψεν αὐτὸν εἰς τοὺς ἀγροὺς αὐτοῦ βόσϰειν χοίρους.

Καὶ ἐπεθύμει γεμίσαι τὴν ϰοιλίαν αὐτοῦ ἀπὸ τῶν ϰερατίων ὦν ἤσθιον οἱ χοῖροι· ϰαὶ οὐδεὶς ἐδὶδου αὐτῷ.

Εἰς ἑαυτὸν δὲ ἐλθών, εἶπε. πόσοι μίσθιοι τοῦ πατρός μου περισσεύουσιν, ἄρτων, ἐγὼ δὲ λιμῷ ἀπόλλυμαι ;

Ἀναστὰς πορεύσομαι πρὸς τὸν πατέρα μου ϰαὶ ἐρῶ αὐτῷ· πάτερ, ἤμαρτον εἰς τὸν οὐρανόν ϰαὶ ἐνώπιόν σου.

Καὶ οὐϰέτι εἰμὶ ἄξιος ϰληθῆναι υἱός σου· ποίησὸν με ὡς ἔνα τῶν μισθίων σου.

Καὶ ἀναστὰς ἦλθε πρὸς τὸν πατέρα ἑαυτοῦ. Ἔτι δὲ αὐτοῦ μαϰρὰν ἀπέχοντος, εἶδεν αὐτὸν ὁ πατὴρ αὐτοῦ, ϰαὶ ἐσπλαγχνίσθη· ϰαὶ δραμὼν ἐπιέπεσεν ἐπὶ τὸν τράχηλον αὐτοῦ, ϰαὶ ϰατεφίλησεν αὐτόν.

Εἶπε δὲ αὐτῷ ὁ υἱός· πάτερ, ἤμαρτον εἰς τὸν οὐρανόν ϰαὶ ἐνώπιον σου, ϰαὶ οὐχέτι εἰμὶ αξιος ϰληθῆναι υἱός σου.

Εἶπε δὲ ὁ πατὴρ πρὸς τοὺς δούλους αὐτοῦ· ἐξενέγϰατε τὴν στολὴν τὴν πρώτην, ϰαὶ ἐνδύσατε αὐτὸν, ϰαὶ δότε δαϰτύλιον εἰς τῆν χεῖρα αὐτοῦ, ϰαὶ ὑποδήματα εἰς τοὺς πόδας.

Καὶ ἐνέγϰαντες τὸν μόσχον τὸν σιτευτὸν θύσατε· ϰαὶ φαγόντες εὐφρανθῶμεν.

Ὅτι οὐτος ὁ υἱός μου νεϰρὸς ἦν, ϰαὶ ἀνέζησε· ϰαὶ ἀπολωλῶς ἦν, ϰαὶ εὑρεθη. Καὶ ἤρξαντο εὐφραίνεσθαι.

Ἦν δὲ ὁ υἱός αὐτοῦ ὁ πρεσβύτερος ἐν ἀργῷ. ϰαὶ ὡς ἐῥχόμενος ηγγισε τῆ οἰϰὶα ἤϰουσε συμφωνίας ϰαὶ χορῶν.

Καὶ προσϰαλεσάμενος ἔνα τῶν παίδων, ἐπυνθανετο τί εἴη ταῦτα ;

Ὁ δὲ εἶπεν αὐτῷ, ὅτι ὁ ἀδελφός σου ᾔϰει· ϰαὶ ἔθυσεν ὁ πατήρ σου τὸν μόσχον τὸν σιτευτὸν ὅτι ὑγιαίνοντα αὐτόν ἀπέλαβεν.

Ὠργίσθη δὲ, ϰαὶ οὐϰ ἤθελεν εἰσεθείν. Ὁ οὖν πατὴς αὐτοῦ ἐξελθών παρεϰάλει αὐτόν.

Ὁ δὲ ἀποϰριθείς εἶπε τῷ πατρί· ἰδού, τοσαῦτα ἔτη δουλεύω σοι, ϰαὶ οὐδέποτε ἐντολήν σου παρῆλθον, ϰαὶ ἐμοι οὐδέποτε ἔδωϰας ἔριφον, ἴνα μετὰ τῶν φίλων μου εὐφρραν θῶ.

Ὅτι δὲ ὁ υἱός σου οὖτος, ὁ ϰαταφαγών σου τὸν βιον μετὰ πορνῶν, ἦλθεν, ἔθυσας αὐτῷ· τέϰνον, σύ πάντοτε μετ’ ἐμοῦ εἶ, ϰαὶ πάντα τὰ ἐμὰ σά ἐστιν.

Ὁ δὲ εἶπεν αὐτῷ· τέϰνον, σύ πάντοτε μετ’ ἐμοῦ εἶ, ϰαὶ πάντα τὰ ἐμὰ σά ἐστιν.

Εὐρρανθῆναι δὲ ϰαὶ χαρῆναι ἔδει, ὅτι ὁ ἀδελός σου οὖτος νεϰρος ἦν, ϰαὶ ἀνέζησε· ϰαὶ ἀπολωλὼς ἦν, ϰαὶ εὑρέθη.

Οὔτως οὐϰ ἔστι θέλημα ἔμπροσθεν τοῦ πατρὸς ὑμῶν τοῦ ἐν οὐρανοῖς, ἵνα ἀπόληται εἰς τῶν μιϰρῶν τούτων.


Luc, xv, 11. Il leur dit encore : Un homme avait deux fils. Et Jésus dit : Un paysan avait deux fils.
12. Le plus jeune dit à son père : Père ! donne-moi la part du bien qui me doit échoir. Et le père leur partagea son bien. Le cadet dit à son père : Donne-moi ma part. Et le père la lui donna.
13. Peu de jours après, ce plus jeune fils, ayant tout amassé, s’en alla dehors dans un pays éloigné, et il y dissipa son bien en vivant dans la débauche. Et bientôt, ce cadet, ayant amassé toute sa part, s’en alla au loin. Et il dépensa tout ce qu’il possédait.
14. Après qu’il eut tout dépensé, il survint une grande famine en ce pays-là, et il commença à être dans l’indigence. Après qu’il eut tout dépensé, il survint en ce pays-là une grande famine. Et il commença à connaître la faim.
15. Alors il s’en alla, et se mit au service d’un des habitants de ce pays-là, qui l’envoya dans ses terres pour paître les troupeaux Il s’entendit avec un habitant qui l’envoya dans ses terres, garder les pourceaux.

16. Et il eût bien voulu se rassasier des carouges que les pourceaux mangeaient ; mais personne ne lui en donnait. Personne ne lui donnait rien. Il mangeait les glands des chênes que mangeaient les pourceaux.
17 Étant donc rentré en lui-même il dit : Combien y a-t-il de gens aux gages de mon père, qui ont du pain en abondance, et moi je meurs de faim ! Et il réfléchit et se dit : Combien y a-t-il d’ouvriers chez mon père qui mangent du pain tant qu’ils en veulent, et moi je meurs de faim.
18. Je me lèverai et m’en irai voir mon père, et je lui dirai : Père ! j’ai péché contre le ciel et contre toi. Eh bien, j’irai chez mon père et je lui dirai : Père, je suis coupable devant Dieu et devant toi.
19. Et je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes domestiques. Je ne suis pas digne d’être appelé ton fils, mais prends-moi comme ouvrier.
20. Il partit donc et vint vers son père. Et comme il était encore loin, son père le vit, et fut touché de compassion, et courant à lui, il se jeta à son cou et le baisa. Et il alla chez son père. Le père le reconnut encore de loin, et, poussant un ah ! courut à sa rencontre, se jeta à son cou et l’embrassa.
21. Et son fils lui dit : Père ! j’ai péché contre le ciel et contre toi, et je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Et le fils dit : Père, je suis coupable devant Dieu et devant toi ; je ne suis pas digne d’être appelé ton fils.
22. Mais le père dit à ses serviteurs : Apportez la plus belle robe et l’en revêtez ; et mettez-lui un anneau au doigt et des souliers aux pieds. Et le père dit à ses ouvriers : Apportez le meilleur caftan et l’en revêtez ; donnez-moi l’anneau le plus précieux que je lui mette au doigt ; donnez-lui de bonnes chaussures.
23. Et amenez un veau gras et le tuez ; mangeons et réjouissons-nous. Et amenez un veau gras et le tuez, et réjouissons-nous.

24. Parce que mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu mais il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir. Parce que mon fils qui était pour moi comme mort maintenant est redevenu vivant, il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir.
25. Cependant son fils aîné, qui était à la campagne, revint ; et comme il approchait de la maison, il entendit les chants et les danses. Pendant ce temps, le fils aîné était dans les champs. Comme il approchait de la maison, il entendit les chants et les réjouissances.
26. Et il appela un des serviteurs à qui il demanda ce que c’était. Il appela un gamin et lui demanda : Que se passe-t-il chez nous ?
27. Et le serviteur lui dit : Ton frère est de retour, et ton père a tué un veau gras, parce qu’il l’a recouvré en bonne santé. Le gamin lui répondit : Ton frère est de retour, et ton père a ordonné de tuer un veau parce qu’il est revenu sain et sauf.
28. Mais il se mit en colère et ne voulut point entrer. Son père donc sortit et le pria d’entrer. Mais le frère aîné se fâcha et ne voulut point entrer. Alors le père sortit vers lui et l’appela.
29. Mais il répondit à son père : Voici, il y a tant d’années que je te sers, sans avoir jamais contrevenu à ton commandement, et tu ne m’as jamais donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis. Et le fils aîné dit : Voilà combien d’années que je travaille pour toi, je n’ai jamais enfreint tes ordres, et tu ne m’as jamais donné, même un agneau, pour me réjouir avec mes amis.
30. Mais quand ton fils que voici, qui a mangé tout son bien avec des femmes débauchées, est revenu, tu as fait tuer un veau gras pour lui. Et quand ce fils, qui a dépensé toute sa fortune en débauches, revient, tu fais tuer pour lui un veau gras.
31. Et son père lui dit : Mon fils, tu es toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à toi. Et le père lui dit : Mon fils ! tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi.
32. Mais il fallait bien faire un festin et se réjouir, parce que ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé. Mais, comment ne me réjouirais-je pas de ce que ton frère qui était comme mort, est revenu à la vie. Il était perdu, et il est retrouvé.

Matthieu, xviii, 14. Ainsi la volonté de votre Père qui est aux Cieux n’est pas qu’aucun de ces petits périsse. Ainsi votre père, aux cieux, veut que pas un seul homme, même le dernier, périsse.


Le fils de l’homme est venu, c’est-à-dire, il vit, il existe, pour sauver ce qui périt. Son existence, c’est le retour de l’entendement des hommes. En cela est sa vie. Ceux qui sont près de lui sont avec lui, et il ne les sent pas ; mais ceux qui se sont éloignés de lui, il les appelle et les cherche.


LA PARABOLE DES OUVRIERS
DANS LE JARDIN DE L’ÉTRANGER.

Καὶ ηρξατο αὐτοις ἐν παραβολαῖς λέγειν· ἀμπελῶνα ἐφύτευσεν ανθρωπος, ϰαὶ περιέθηϰε φραγμὸν, ϰαὶ ὤρυξεν ὑπολήνιον, ϰαὶ ᾠϰοδόμησε πύργον, ϰαὶ ἐξέδοτο αὐτὸν γεωργοῖς, ϰαὶ ἀπεδήμησε,

Καὶ ἀπέστειλε πρὸς τοὺς γεωργούς τῷ ϰαιρῷ δοῦλον, ἴνα παρα τῶν γεωργῶν λάβη ἀπὸ τοῦ ϰαρποῦ τοῦ ἀμπελῶνος.

Οἱ δὲ λαβόντες αὐτόν ἔδειραν, ϰαὶ ἀπέστειλαν ϰεϰόν.

Καὶ πάλιν ἀπέστειλε πρὸς αὐτοὺς ἀλλὸν δοῦλον· ϰάϰεῖνον λιθοβολήσαντες ἐϰεφαλαίωσαν, ϰαὶ ἀπέστειλαν ἠτιμωμένον.

Καὶ πάλιν ἀλλόν ἀπέστειλε· ϰάϰεινον ἀπέϰτειναν· ϰαὶ πολλοὺς ἀλλοῦς, τοὺς μὲν δὲροντες, τοὺς δὲ ἀποϰτείνοντες.

Ἐτι οὖν ἕνα υἱόν ἐχων ἀγαπητόν αὐτοῦ, ἀπέστειλε ϰαὶ αὐτὸν πρὸς αὐτοὺς ἔσχατον, λέγων, ὅτι ἐντραπήσονται τὸν υἱόν μου.

Ἐϰεῖνοι δὲ οἱ γεωργοὶ εἶπον πρὸς ἑαυτοὺς, ὅτι οὖτος ἐστιν ὁ ϰληρονόμοσε· δεῦτε, ἀποϰτείνωμεν αὐτὸν, ϰαὶ ἡμῶν ἔσται ἡ ϰληρονομία.

Καὶ λαβόντες αὐτὸν, ἀπέϰτειναν, ϰαὶ ἐξέβαλον ἔξω τοῦ ἀμπελῶνος.

Τί οὖν ποιήσει ὁ ϰύριος τοῦ ἀμπελῶνος.

Λέγουσιν αὐτῷ· ϰαϰους ϰαϰῶς ἀπολέσει αὐτούς· ϰαὶ τὸν ἀμπελῶνα ἐϰδόσεται αλλοις γεωργοῖς, οἴτινες ἀποδώσουσιν αὐτῷ τοὺς ϰαρπούς ἐν τοῖς ϰαιροῖς αὐτῶν.

Λέγει αὐτοῖς ὁ Ἰησοῦς· οὑδέποτε ἀνέγνωτε ἐν ταῖς γραφαῖς· λίθον ὅν ἀπεδοϰίμασαν οἱ οἰϰοδομοῦντες, οὖτος ἐγενήθη εἰς ϰεφαλὴν γωνίας· Παρὰ Κυρίου ἐγένετο αὐτη, ϰαὶ ἔστι θαυμαστή ἐν ὀφθαλμοῖς ἡμῶν.


Marc, xii, 1. Et il se mit ensuite à leur parler en paraboles : un homme planta une vigne, il l’environna d’une haie, et y fit un creux pour un pressoir ; il y bâtit une tour, et il la loua à des vignerons et s’en alla. Et il se mit à leur parler en paraboles : un homme planta un jardin, l’entoura d’une haie, y creusa un étang, y construisit une maison, et la loua à des paysans et partit.
2. Et dans la saison, il envoya un de ses serviteurs vers les vignerons, afin de recevoir d’eux du fruit de la vigne. Au terme fixé, il envoya un de ses serviteurs chez les paysans, afin de recevoir, comme il était convenu, les fruits du jardin.
3. Mais l’ayant pris, ils le battirent et le renvoyèrent à vide. Les fermiers saisirent le serviteur, le battirent et le renvoyèrent sans rien.
4. Il leur envoya encore un autre serviteur, mais ils lui jetèrent des pierres, et lui meurtrirent toute la tête, et le renvoyèrent après l’avoir traité outrageusement. Le maître leur envoya un autre serviteur ; mais ils lui jetèrent des pierres, le blessèrent à la tête, et, après l’avoir injurié, le renvoyèrent.
5. Et il envoya encore un autre qu’ils tuèrent ; et plusieurs autres, dont ils battirent les uns et tuèrent les autres. Le maître envoya encore un autre, qui aussi fut battu ; et plusieurs autres qu’il envoya encore furent battus et estropiés.

6. Enfin, ayant un fils qu’il chérissait, il le leur envoya encore le dernier, disant : Ils auront du respect pour mon fils. Le maître avait un fils aimé, à la fin il l’envoya chez les fermiers, se disant : Peut-être auront-ils du respect pour mon fils.
7. Mais ces vignerons dirent entre eux : C’est ici l’héritier ; venez, tuons-le et l’héritage sera à nous. Mais les fermiers pensèrent : C’est le maître aussi ; si nous le tuons tout sera à nous.
8. Et le prenant, ils le tuèrent et le jetèrent hors de la vigne. Et ils le saisirent, le tuèrent, et le jetèrent hors du jardin.
9. Que fera donc le maître de la vigne ? Que doit donc faire le maître du jardin ?
Matthieu, xxi, 41. Ils lui répondirent : Il fera périr misérablement ces méchants, et il louera sa vigne à d’autres vignerons, qui lui en rendront les fruits en leur saison. On lui répondit : Tuer ces bandits et louer le jardin à d’autres qui donneront les fruits du jardin.
42. Et Jésus leur dit : N’avez-vous jamais lu dans les Écritures ces paroles : La pierre que ceux qui bâtissaient ont rejetée est devenue la principale pierre de l’angle : ceci a été fait par le Seigneur, et c’est une chose merveilleuse devant nos yeux ? Et Jésus leur dit : N’avez-vous jamais lu les Écritures : La pierre que ceux qui bâtissaient avaient rejetée est devenue le soutien principal de la voûte. Et ce soutien vient de l’Éternel, et il est étonnant devant nos yeux 1).

Remarques.

1) Ce passage se rapporte au Psaume cxviii, 22, 23. Ces versets, dans le psaume, n’ont pas de sens défini, et l’on n’y voit pas ce qui peut les unir à la parabole. Dans le Nouveau Testament, trois fois la mention de la pierre se rencontre dans le même sens :

Actes, iv, 10, 11. Sachez, vous tous, et tout le peuple d’Israël, que c’est au nom de Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité des morts ; c’est par lui que cet homme se présente guéri devant vous.

C’est cette pierre qui a été rejetée par vous qui bâtissez, qui a été faite la principale pierre de l’angle.

i Pierre, ii, 6. C’est pourquoi il est dit dans l’Écriture : Voici, je mets en Sion la principale pierre de l’angle, choisie et précieuse ; et qui croira en elle ne sera point confus. (Ésaïe, xxviii, 16).

i Romains, ix, 31, 32, 33. Et qu’Israël, qui cherchait la loi de la justice, n’est point parvenu à la loi de la justice.

Pourquoi ? Parce qu’ils ne l’ont point cherchée par la foi, mais par les œuvres de la loi ; car ils ont heurté contre la pierre d’achoppement.

Selon qu’il est écrit : Voici, je mets en Sion la pierre d’achoppement et la pierre de scandale ; mais quiconque croira en lui ne sera point confus.

Dans ces différents passages, la pierre signifie la base de tout, la base de la vie et de la doctrine. L’expression ; la pierre d’angle, pour exprimer la base de tout se rencontre d’abord chez Ésaïe, c’est pourquoi, pour expliquer ce passage, il faut rétablir le passage d’Esaïe.

Ésaie, xxviii, 14-18. C’est pourquoi écoutez la parole de l’Éternel, vous, hommes moqueurs, qui dominez sur ce peuple qui est à Jérusalem ;

Car vous avez dit : Nous avons fait accord avec la mort, et nous avons intelligence avec le sépulcre. Quand le fléau débordé traversera, il ne viendra point sur nous ; car nous avons mis le mensonge pour notre confiance, et la fausseté nous mettra à couvert.

C’est pourquoi ainsi a dit le Seigneur l’Éternel : Voici, je mettrai pour fondement une pierre en Sion, une pierre éprouvée, une pierre angulaire et précieuse, pour être un fondement solide ; celui qui croira ne se hâtera point.

Et je mettrai le jugement à l’équerre, et la justice au niveau ; la grêle enlèvera la confiance du mensonge et les eaux inonderont ce qui mettait à couvert.

Et votre accord avec la mort sera aboli, et votre intelligence avec le sépulcre ne tiendra point ; quand le fléau débordé traversera, vous en serez accablés.

Ainsi donc cette pierre est celle qui résistera à la mort, c’est la justice et la vérité. Mais cette pierre, d’après le sens du psaume, les hommes ont commencé à bâtir et ne l’ont pas prise. Et cependant cette base est donnée par Dieu, et pour nous elle est étonnante.


Διά τοῦτο λέγω ὑμῖν, ὅτι ἀρθήσεται ἀφ' ὑμῶν ἡ βασιλεία τοῦ Θεοῦ, ϰαὶ δοθήσεται ἔθνει ποιοῦντι τοὺς ϰαρπούς αὐτῆς.


Matthieu, xxi, 43. C’est pourquoi je vous dis que le royaume de Dieu vous sera ôté, et qu’il sera donné à une nation qui en rendra les fruits. C’est pourquoi je vous dis : Vous perdez le royaume de Dieu, et il sera donné à ceux qui en rendent les fruits.


Cette parabole, qui est très profonde, est complètement perdue, à cause de la signification particulière qui lui est donnée. Cette parabole continue directement la pensée renfermée dans celle de l’ouvrier qui est venu du champ, à savoir : que la foi est basée non sur ce que les hommes nous promettront mais sur la conscience de notre rapport envers Dieu.

Ce rapport, exprimé dans la parabole des ouvriers du jardin et dans celle de l’ouvrier venu du champ, l’est ici à un nouveau point de vue. Jésus se place au point de vue des hommes ordinaires, convaincus que la vie leur est donnée pour leur amusement et qui condamnent cette base spirituelle de la vie qui nie la vie physique. Cette parabole met en relief l’idée exprimée dans la parabole de l’ouvrier qui a enfoui son talent dans la terre et, en outre, injurie le maître parce qu’il est cruel. Comme dans tous les passages doctrinaux, Jésus exprime la même pensée fondamentale : que la vie est un don de Dieu, le principe divin, et que l’homme, l’ayant compris, peut, en se confondant avec le principe de la vie, sauver sa vie vraie. Mais, dans cette parabole, Jésus exprime cette pensée d’un autre point de vue : il montre ce qu’il advient des hommes qui ne comprennent et ne veulent comprendre cela. Il montre quelle stupidité paraît la vie pour les hommes qui se sont imaginé que la vie n’est qu’un phénomène physique. Il dit : la situation des hommes dans le monde est semblable à celle des ouvriers dans le jardin affermé. Il faut travailler, il faut vivre. Que tu le veuilles ou non, tu travailleras pour vivre ; tu travailleras et vivras mais non pour toi-même ; tu as beau vivre, beau travailler, toujours tu travailleras pour les autres, autrement dit, le jardin ne t’appartient pas. Si tu ne reconnais pas le maître du jardin, celui qui t’a envoyé ici, et ne fais point ce qu’il t’a ordonné, alors le maître te chassera, te tuera, et en enverra d’autres.

Le semeur sème : certains grains périssent, d’autres croissent. C’est la même chose dans le monde des hommes.

Ceux qui ne remplissent pas la volonté de Dieu périssent et sont remplacés par d’autres. Le sens principal de la parabole est négatif. Jésus se représente vivement la stupidité de la vie, s’il n’y a pas de maître, s’il n’y a pas la volonté précise du maître. Aussitôt que les hommes oublient le maître ou ne veulent pas le connaître, la vie devient semblable à un jeu stupide quelconque : travailler toute sa vie pour un étranger, se tourmenter, écouter des exigences de conscience qui ne mènent à rien, les étouffer, et ensuite mourir. Et si l’on ne reconnaît pas le maître, il n’y a pas et ne peut y avoir d’autre vie. La vie est une stupidité. Cette vie ne prend de sens que quand les hommes reconnaissent le maître, et lui rendent les fruits, quand les hommes reconnaissent Dieu, travaillent pour lui et confondent leur vie avec la volonté de Dieu.

Le maître a loué les ouvriers. Les uns sont venus dès le matin, les autres à midi, d’autres encore, le soir. Le maître a donné à tous le même salaire.

Quand les ouvriers qui travaillaient depuis le matin en ont fait le reproche au maître, celui-ci leur a dit : Vous ai-je promis davantage ? Si vous n’êtes pas contents c’est simplement parce que vous êtes méchants.

Les hommes ont reçu la vie corporelle afin de la rendre pour la vie en dehors du temps. Pendant cette vie, que tu as reçue, tu demandes quelle récompense tu auras, ou pourquoi tu n’as pas la récompense que tu désires. Quand ton serviteur te sert, l’en remercies-tu ? Lui demandes-tu quelle récompense il doit en avoir ? Il a fait ce qu’il devait faire, et reçoit pour son travail la récompense convenue une fois pour toutes : la nourriture et un abri.

Ainsi, quiconque est entré dans la volonté de Dieu, vit selon la volonté de Dieu, ne peut ni se comparer aux autres ni trouver sa récompense plus grande ou plus petite. La seule vie vraie, le bien unique, ne peut être une vie plus grande ou plus petite, ni un autre bien.


LA FOI EST SEMBLABLE AU GRAIN DE MOUTARDE.

Καὶ εἶπον οἱ ἀπόστολοι τῷ ϰυρίῳ· πρόσθες ἡμῖν πίστιν.

Εἶπε δὲ ὁ ϰύριος, εἰ εἴχετε πίστιν ὡς ϰόϰϰον σινάπεως, ἐλέγετε αν ϰῆ συϰαμίνῳ ταύτη· ἐϰριζώθητι, ϰαὶ φυτεύθητι ἐν τῆ θαλάσση· ϰαὶ ὑπὴϰουσεν ἄν ὑμίν.


Luc, xvii, 5. Alors les Apôtres dirent au Seigneur : Augmente-nous la foi. Et les disciples dirent à Jésus : Fais que nous ayons la foi.

6. Et le Seigneur leur dit : Si vous aviez de la foi aussi gros qu’un grain de semence de moutarde, vous pourriez dire à ce figuier : déracine-toi, et va te planter dans la mer ; et il vous obéirait. Et Jésus leur dit : Si vous aviez de la foi aussi gros 1) qu’une graine de bouleau vous eussiez dit : Arbre, va te planter dans la mer, et vous obéirait-il 2) ?

Remarques.

1) ὡς signifie semblable, c’est-à-dire la foi, dont j’exprime l’importance par le grain de semence de moutarde. On ne peut prendre le grain de semence de moutarde comme image de la plus petite chose, et on ne l’emploie jamais dans ce sens. Le grain de la semence de moutarde est pris comme comparaison avec le royaume du ciel qui se trouve au dedans des hommes ; et ici il doit avoir la même signification.

2) La dernière partie du verset doit être interrogative. Selon la construction de la phrase grecque, on peut traduire par : vous eussiez dit et il vous obéirait, mais dans ce cas la conjonction ϰαὶ devant ἐλέγετε, manque. Si l’on traduit interrogativement, c’est la particule μή qui manque. L’une et l’autre traductions ne sont pas tout à fait exactes, mais la première donne un sens absurde, tandis qu’avec la seconde le sens est clair et logique.


Ce passage, si odieusement stupide comme l’Église l’interprète, est particulièrement important, parce qu’il donne la définition exacte de ce que Jésus appelle la foi. L’Église n’y voit rien, sauf la possibilité de faire des miracles.

Augmente-nous la foi. Applique la foi, augmente la foi. L’exigence du Seigneur, de pardonner au prochain ses crimes s’il se repent, paraît aux apôtres si difficile à satisfaire, qu’ils sentent le besoin de multiplier leur foi, et ils le demandent au Seigneur. Le pardon du prochain, c’est le triomphe suprême de l’amour, la plus grande victoire sur l’égoïsme, et tel triomphe, telle victoire ne peuvent être que les fruits d’une foi très grande.

Si vous aviez, etc. Le Seigneur ne nie point, par cela, la présence de la foi dans l’âme de ses disciples, mais il montre que leur foi est loin du degré qu’elle doit atteindre et, qu’en effet, elle a atteint.

Ce figuier. Le Seigneur désigne probablement un figuier qui se trouvait à côté d’eux.

Il vous obéirait. L’arbre est représenté comme animé et comprenant. Il obéirait à l’ordre des apôtres, s’ils atteignaient à ce degré de la foi qui est nécessaire pour cela.

Qui de vous, etc. Le lien de cette parabole avec les paroles du Seigneur qui précèdent est le suivant : Quand votre foi aura crû dans votre âme, elle accomplira de grands miracles. Mais observez-vous, prenez garde à ne pas être orgueilleux de vos propres mérites, pour ne pas perdre les fruits d’une telle foi [1].

Et voici ce que dit Reuss (Nouveau Testament, première partie, p. 507) :

Dans le troisième fragment, la réponse ne va pas bien à la question. Il serait possible que Luc, ne connaissant pas l’occasion dans laquelle Jésus avait fait sa déclaration assez paradoxale, ait supposé de son chef, qu’elle avait été provoquée par une question des disciples. En tout cas, le passage parallèle (Matth., xvii, 20) nous empêchera de traduire cette question par : Augmente notre foi ! à quoi Jésus aurait répondu : Un peu suffit, pourvu qu’elle soit vivante et réelle. Mais le peu dont parle Jésus n’est pas opposé à une demande de plus, il est opposé à rien du tout. Il reprochait aux disciples de n’avoir pu opérer une guérison faute de foi. Ils pouvaient donc lui dire : Donne-nous-en ! Mais que cette demande ait été formulée ou non, Jésus n’y répond pas par une très simple raison : la foi ne se donne pas de la main à la main (quoi qu’en disent les théologiens) ; elle vient de dedans, elle naît spontanément, et sa puissance est telle que, pour parler d’une manière figurée, la plus petite quantité, le germe déjà, suffit pour faire l’impossible. Celui qui en est à la demander ne la possède pas ; autrement il se sentirait aussi la puissance qu’elle confère. La réponse de Jésus, en supposant la demande faite réellement, contient donc implicitement un refus et un regret.

Ce passage a une profonde signification. Les disciples disent : Augmente en nous la foi. Et lui leur parle de ce qu’est la foi. Il dit : Si vous aviez la foi, que je vous ai figurée par l’image d’un grain de moutarde, la plus petite de toutes les graines mais qui donne un arbre des plus grands, vous n’en eussiez pas cherché davantage. La foi semblable au grain de moutarde, c’est la foi en ce que le petit grain, qui paraît le plus petit de tous, est l’embryon d’une chose immense. La foi en ce qui est en vous le plus imperceptible — la vie, l’esprit, c’est l’embryon de la vie vraie. Si vous croyiez cela, c’est-à-dire si vous le saviez aussi indubitablement que le fait que du grain de moutarde croîtra un arbre, vous ne demanderiez pas d’augmenter la foi. La foi est une connaissance indiscutable. Et ici il prononce des paroles qu’on peut entendre de deux manières. Si les dernières paroles du verset 6 ont la signification que leur donne l’Église, alors il dit : Si vous aviez une pareille foi, vous n’auriez rien demandé, et rien ne vous paraîtrait étonnant. Si ces paroles ont un sens interrogatif, alors il dit : La foi est une connaissance indiscutable. Du fait que vous savez qui vous êtes, vous savez qu’en vous il y a l’embryon de l’esprit de Dieu. D’après la parabole du grain de moutarde, et pour vous, il n’est point besoin de miracle. Il n’en peut être de plus admirable que ce fait qu’en vous est l’embryon de l’esprit de Dieu.

De sorte que, dans les deux versions, ce verset indique que cette base, c’est la conscience en soi de l’esprit de Dieu et qu’il ne peut être rien de plus admirable et de plus convaincant. Et alors la parabole suivante, sur l’ouvrier des champs, en découle nettement. Toute la force de la parabole du grain de moutarde est en ceci : qu’en chacun il y a l’embryon de Dieu et que la seule affaire est de remplir ce pourquoi on a été envoyé.


Τίς δὲ ἐξ ὑμῶν δοῦλον ἔχων ἀροτριῶνια ἥ ποιμαίνοντα, ος εἰσελθόντι ἐϰ τοῦ ἀγροῦ ἐρεῖ. εὐθεῶν παρελθῶν ἀνάπεσαι ;

Ἀλλ’ οὐχί ἐρεῖ αὐτῷ­· ἐτοίμασον τί δειπνήσω, ϰαὶ περιζωσάμενος διαϰόνει μοι, ἔως φάγω πίω· ϰαὶ μετὰ ταῦτα φάγεσαι ϰαὶ πίεσαι σύ ;

Μὴ χάριν ἔχει τῷ δούλῳ ἐϰείνῳ, ὅτι ἐποίησε τὰ διαταχθέντας οὐ δοϰῶ.

Οὐτω ϰαὶ ὑμεῖς, ὅταν ποιήσητε πάντα τὰ διαταχθέντα ὑμῖν, λέγετε, ὅτι δοῦλοι ἀχρεῖοί ἐσμεν· ὅτι ὅ ὠφείλομεν ποιῆσαι· πεποιήϰαμεν.


Luc, xvii, 7. Qui de vous, ayant un serviteur qui laboure ou qui paisse les troupeaux, et les voyant revenir des champs lui dise aussitôt : Avance-toi et te mets à table ? Si quelqu’un de vous a un ouvrier, un laboureur ou un berger, quand cet ouvrier retourne du champ, lui dira-t-il aussitôt : Eh bien, mon cher, mets-toi vite à table ?
8. Ne lui dira-t-il pas plutôt : Prépare-moi à souper et ceins-toi, et me sers jusqu’à ce que j’aie mangé et bu ; et après cela tu mangeras et tu boiras ? Non, il dira : Eh bien, mon ami, prépare-moi à souper, et sers-moi pendant que je mangerai et boirai, ensuite tu t’asseoiras, pour manger et boire.
9. Sera-t-il redevable à ce serviteur parce qu’il aura fait ce qui lui avait été commandé ? Je ne le pense pas. Eh quoi ! remercies-tu beaucoup le serviteur parce qu’il a fait ce que tu lui avais ordonné ? C’est douteux.
10. Vous aussi de même, quand vous aurez fait tout ce qui vous est commandé, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles, parce que nous n’avons fait que ce que nous étions obligés de faire. Ainsi vous, si même vous faites tout ce qu’on vous a ordonné, pensez de vous que vous n’êtes qu’un mauvais ouvrier et que vous n’avez fait que ce que vous étiez obligés de faire.


Ce que nous appelons la vie terrestre, c’est la mort. Aujourd’hui ou demain elle se terminera. Il suffit de compter ce que nous pouvons obtenir d’elle pour comprendre que tout ce qui est terrestre n’est que le commencement d’une demeure que nous ne pouvons terminer, et que son sens n’est que la possibilité de la vie en Dieu, qui ne se détruit pas. Il faut profiter de cette possibilité ; en cela seul est la vraie vie. Est-ce bien ou mal, cela nous plaît-il ou non, le trouvons-nous juste ou non, qu’importe, c’est ainsi et il n’y a rien d’autre. Quand nous le trouvons injuste c’est que nous y appliquons la mesure terrestre. Et dans la vraie vie il n’existe ni plus grand ni plus petit. Il dit : Le bon maître paie à tous également, à ceux qui travaillent depuis l’aube comme à ceux qui ne travaillent que le soir. Et c’est parce que le maître est bon que tu t’offenses. On voit que tu es méchant si tu ne peux comprendre le vrai bonheur qui ne se mesure pas, n’est pas récompensé, mais qui se répand partout et toujours. Et il leur dit : Tu demandes quelle récompense tu auras ? Alors tu veux la récompense pour toi, de quelqu’un, pour quelque chose. Pourquoi donc, selon toi, dois-tu recevoir une récompense ? Parce que tu fais précisément ce qui t’est nécessaire, qu’il est inévitable de faire pour vivre ; c’est pour cela qu’il te faut récompenser ? Si tu veux envisager Dieu comme un serviteur envisage son maître, soit. Le serviteur travaille ; on le nourrit pour son travail, et c’est tout. Peut-être voudrait-on être assis sur un trône au ciel, avoir une centaine de femmes, et tout le reste, mais ce n’est pas de ma faute, ce n’est pas moi qui ai inventé qu’on ne peut avoir tout cela, que tout cela est la mort. Aujourd’hui l’on est vivant, demain on est mort, le corps se décompose, puis il n’en reste rien. C’est ainsi, et à cela on ne peut échapper.

C’est dans ce monde de la mort que je vous enseigne comment acquérir la vraie vie. Au milieu de la peste, du péril, je vous tends la planche de salut, et vous demandez quelle récompense vous aurez parce qu’on vous a sauvés. Ce n’est pas la récompense qu’il faut demander, mais il faut tâcher de se sauver.


DE L’AVÈNEMENT DU ROYAUME DE DIEU.

Ἀπεϰρίθη αὐτοῖς ϰαὶ εἰπεν· οὐϰ ἐῥχεται ἡ βασιλεία τοῦ Θεοῦ μετὰ παρατηρήσεως.

Οὐδὲ ἐροῦσιν. ἰδοὺ, ὦδε, ἤ· ἰδοὺ, ἐϰεῖ. Ἰδού γὰρ, ἡ βασιλεία τοῦ Θεοῦ ἐντός ὑμῶν ἐστιν.

Εἶπε δὲ πρὸς τούς μαθητάς· ἐλεύσοντα ἡμέραι, ὅτε ἐπιθυμήσετε μίαν τῶν ἡμερῶν τοῦ υἱοῦ τοῦ ἀνθρώπου ἰδεῖν, ϰαὶ οὐϰ ὄψεσθε.


Luc, xvii, 20. Il leur répondit : Le Règne de Dieu ne viendra point avec éclat. Et il leur dit : Le royaume de Dieu ne vient point d’une façon visible.
21. Et on ne dira point : le voici qui est ici, ou : le voilà qui est là. Car voici, le règne de Dieu est au milieu de vous. On ne vous dira point : le voici, ou le voilà, parce qu’il est en vous.
22. Il dit aussi à ses disciples : le temps viendra que vous désirerez de voir l’un des jours du Fils de l’homme, et vous ne le verrez point. Et il dit aux disciples : le temps viendra quand vous désirerez voir un des jours 1) du salut du fils de l’homme et vous ne le verrez point.
Remarques.

1) Ἡμέρα, au pluriel, d’après le sens hébraïque, signifie de la vie, comme on le voit clairement :

Hébreux, v, 7. C’est ce Jésus qui pendant les jours de sa chair ayant offert, avec de grands cris et avec larmes, des prières et des supplications à celui qui le pouvait délivrer de la mort, fut exaucé et délivré de ce qu’il craignait.

vii, 3. Sans père, sans mère, sans généalogie, n’ayant ni commencement de jours, ni fin de vie ; étant ainsi semblable au Fils de Dieu, il demeure sacrificateur pour toujours.

Luc, i, 7. Ils n’avaient point d’enfants, parce qu’Élisabeth était stérile et qu’ils étaient tous deux avancés en âge (προβεβηϰότες ἐν ταῖς ἡμέραις αὐτῶν ἦσαν).

Ici ἡμέρα a la signification de pour le salut, c’est-à-dire le moyen ; ou, tout simplement, le salut.

Cette signification est définie aussi par les versets  27 et 28 du chapitre xvii de Luc, et par le verset 37 du chapitre xxiv de Matthieu où il est dit que le jour du fils de l’homme sera ce que fut pour Noé et Lot, le jour quand l’un entra dans l’arche et l’autre sortit de Sodome.

Le même signification a ἡμέρα.

ii Corinth., vi, 2. Car il est dit : Je t’ai exaucé dans le temps favorable, et je t’ai secouru au jour du salut. (Ésaïe, xlix, 8).

Voici maintenant ce temps favorable, voici maintenant ce jour du salut.


Καὶ ἐροῦσιν ὑμῖν· ἰδού ὦδε, ἤ· ἰδοὺ, ἐϰεῖ· μὴ ἀπέλθητε, μηδὲ διώξητε.

Ὥσπερ γὰρ ἡ ἀστραπὴ ἡ ἀστραπτουσα ἐϰ τῆς ὑπ’ οὐρανόν, εἰς τὴν ὑπ’ οὐρανόν λάμπει· οὅτως ἔσται ϰαὶ ὁ υἱός τοῦ ἀνθρώπου ἐν τῆ ἡμέρα αὐτοῦ.

Ηρώτον δὲ δεῖ αὐτὸν πολλὰ παθεῖν, ϰαὶ ἀποδοϰιμασθῆναι ἀπὸ τῆς γενεᾶς ταύτης.


Luc, xvii, 23. Et on vous dira : le voici qui est ici ; ou : le voilà qui est là ; mais n’y allez point, et ne le suivez point. Et 1) si l’on vous dit : le voici ou le voilà, n’y allez point, ne le suivez point.
24 Car comme l’éclair brille et il fait voir depuis un côté de ciel jusqu’à l’autre, il en sera ainsi du fils de l’homme dans son jour. Car il est comme l’éclair qui brille d’un bout à l’autre du ciel. Tel sera le fils de l’homme, son jour du salut.
25. Mais il faut auparavant qu’il souffre beaucoup, et qu’il soit rejeté par cette génération. Mais avant tout il lui faut souffrir beaucoup, et supporter 2) de sa naissance 3).

Remarques.

1) Dans quelques manuscrits il y a ἑάν.

2) Ἀποδοϰιμασθῆναι est traduit être rejeté, ce que ce mot ne signifie jamais et ne peut signifier.

Ἀποδοϰιμασθῆναι signifie : exiger, examiner, essayer. Ἀπὸ signifie l’éloignement, l’accomplissement.

3) Γενεά signifie la naissance.


On commence et continue à parler de la mort ; on dit que l’homme, inévitablement, mourra, périra, s’il n’est sauvé par la doctrine de Jésus. En quoi donc ce salut ? Dans le rehaussement de l’esprit.

Mais comment rehausser l’esprit ? Il leur dit : Le royaume de Dieu, c’est-à-dire l’union avec la volonté de Dieu, n’est ni ici ni là-bas, il est en vous-mêmes. Le moment viendra quand vous sentirez l’inévitabilité de la mort, chercherez le salut, mais déjà vous ne trouverez plus ce qui est passé. Si l’on vous dit : Voilà, votre salut est ici, ou là, ne le croyez pas. Le salut du fils de l’homme, comme l’éclair, brille une seconde ; il est en vous, il n’est que dans le moment présent de la vie. Il est dans l’esprit pour lequel le temps n’existe pas. Que l’homme cherche le salut en ce présent, et, avant tout, qu’il souffre et supporte beaucoup.


Καὶ ϰαθὼς ἐγένετο ἐν ταῖς ἡμέραις Νῶε, οὔτως εσται ϰαὶ ἐν ταῖς ἡμέραις τοῦ υἱοῦ τοῦ ἀνθρώπου.

Ἢσθιον, ἔπινον, ἐγάμουν ἐξεγαμίζοντο, ἄχρι ἦς ἡμέρας εἰσῆλθε Νῶε εἰς τὴν ϰιβωτόν· ϰαὶ ἦλθεν ὁ ϰαταϰλϋμός, ϰαὶ ἀπώλεσεν ἄπαντας.

Ὁμοίως ϰαὶ ὡς ἐγένετο ἐν ταῖς ἡμέραις Λώτ· ἡσθιον, ἔπινον, ἠγόραζον, ἐπώλουν, ἐφύτευον, ᾠϰοδόμουν.

Ἦ δὲ, ἡμέρα ἐξῆλθε Λώτ ἀπὸ Σοδόμων, ἔβρεξε θεῖον ϰαὶ πῦρ ἀπ' οὐρανοῦ ϰαὶ ἀπώλεσεν ἄπαντας.


Luc, xvii, 26. Et ce qui arriva du temps de Noé, arrivera de même, au temps du Fils de l’homme. Et comme ce fut dans la vie de Noé, ainsi sera le jour 1) du salut du fils de l’homme.
27. On mangeait, on buvait, on prenait et on donnait en mariage, jusqu’au jour que Noé entra dans l’arche, et le déluge vint qui les fit tous périr. On mangeait, on buvait, on se mariait, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche, et le déluge vint qui fit périr tout le monde.

28. De même aussi, comme du temps de Lot : on mangeait, on buvait, on achetait, on vendait, on plantait et on bâtissait. La même chose fut au jour de Lot : on mangeait, on buvait, on s’adonnait au négoce, on plantait, on bâtissait.
29. Mais le jour que Lot sortit de Sodome, il plut du ciel, du feu et du soufre qui les fit tous périr. Mais ce jour, quand Lot sortit de Sodome, il tomba une pluie de feu et de soufre qui fit périr tout le monde.

Remarques.

1) Dans quelques copies, il y a ἡμέρα, au singulier. Ici, évidemment, on comprend ἡμέρα σωτηρίας.


Κατὰ τὰ αὐτὰ ἔσται ἦ ἡμέρα ὁ υἱός τοῦ ἀνθρώπου ἀποϰαλύπτεται.


Luc, xvii, 30. Il en sera de même au jour que le Fils de l’homme paraîtra. Il en sera de même le jour 1) que le fils de l’homme sera révélé.

Remarques.

1) Ἡ ἡμέρα ὁ υἱός τοῦ ἀνθρώπου ἀποϰαλύπτεται, le jour que le fils de l’homme sera révélé. Le jour de la révélation du fils de l’homme, c’est la même chose pour lui que le jour de Noé et de Lot, c’est-à-dire le jour où il apprendra son salut.

De même que Noé et Lot ont été sauvés, de même l’homme fera son salut s’il comprend le sens de la vie, quand il aura compris que la vie est dans l’esprit. Aussi rien ne change dans le monde, et ne changera, quand celui qui a élevé en soi l’esprit du fils de l’homme, abandonne les soucis de ce monde. Et de même qu’ont péri les hommes qui ne sont point entrés dans l’arche de Noé, et les gens de Sodome qui n’en sont pas sortis avec Lot, de même périssent maintenant les hommes de ce monde qui n’ont pas transporté leur vie dans l’esprit du fils de Dieu.

L’avènement du fils de l’homme, ou sa manifestation, c’est la manifestation de la vie de l’esprit pour laquelle n’existe point la mort. Le signe de la manifestation c’est la mort. La mort physique, de même que le déluge et la pluie de feu, c’est en quelque sorte l’éloignement de la vie de l’homme mort.

Dans le langage de l’Église, il est admis de désigner tout ce passage par la fin du monde.

Reuss s’exprime ainsi (Nouveau Testament, première partie, p. 609) :

D’après nos textes, Jésus aurait prédit : 1o la ruine de Jérusalem ; 2o son propre retour pour l’établissement éclatant de son royaume ; 3o la connexité de ces deux faits ; 4o leur proximité ou leur accomplissement pendant l’existence de la génération contemporaine. Or, il faut avant tout remarquer que ces textes ne sont pas les seuls du Nouveau Testament qui parlent de ces choses, et qu’on aurait tort de négliger les nombreux passages parallèles qui peuvent servir à l’intelligence de notre péricope. À la vérité, il n’est question nulle part ailleurs de la destruction de Jérusalem, et l’auteur de l’Apocalypse se permet très explicitement la conservation du temple. En revanche, la perspective de la prochaine fin du monde, de la parousie du Christ pour une époque antérieure à l’extinction totale de la présente génération, revient souvent et chez presque tous les auteurs du premier siècle ; l’Évangile selon saint Jean est le seul livre qui ne reproduise pas cette idée. Dans nos évangiles synoptiques mêmes, nous l’avons déjà rencontrée plusieurs fois.

Or, la prédiction, ainsi formulée et comprise, ne s’étant point réalisée, on a cherché différents moyens de sauvegarder l’autorité du texte, malgré cet embarras provenant de la nature des faits positifs. Les orthodoxes ont dit que la venue était invisible lors de la ruine de Jérusalem. Les rationalistes ont dit qu’il parle uniquement de celle-ci et non d’une parousie ultérieure. Les théoriciens du juste milieu ont prétendu que la difficulté n’est qu’apparente, en ce que ce n’est pas l’époque, mais les faits en eux-mêmes, qui ont été l’objet de la prophétie. La lettre du texte renverse toutes ces échappatoires, elle parle d’une parousie visible, postérieure à la ruine de Jérusalem, mais la suivant immédiatement. Reste donc le dilemme que voici : Ou bien Jésus s’est trompé, ou bien nous ne sommes pas bien renseignés sur ce qu’il a dit. Et, dans ce dernier cas, ou bien il n’a pas du tout prononcé des paroles telles que nous les lisons ici, ou bien ce qu’il a pu dire a été imparfaitement compris. Mais en présence de tous les autres témoignages, il sera tout aussi impossible de regarder ceux-ci comme de pures inventions, qu’il serait téméraire de le traiter lui, de visionnaire et d’enthousiaste, alors que tant de paroles incontestablement authentiques constatent son admirable sagacité et sa merveilleuse pénétration, à l’égard des destinées réservées à sa cause. Ce n’est donc que la dernière alternative qui mérite d’être sérieusement prise en considération. Or, il est de fait que l’auditoire auquel Jésus s’adressait était imbu d’idées préconçues sur l’avenir ; ces idées, loin de s’affaiblir sous l’influence des autres éléments de l’enseignement du maître, gagnaient en force et en vivacité à mesure que les convictions relatives à sa personne et à sa dignité messianique devenaient plus énergiques. D’un autre côté, Jésus, alors même qu’il tâchait d’élever ses disciples à des points de vue plus spiritualistes, ne jugeait pas nécessaire d’éviter absolument les formes populaires, les images familières au commun de ses auditeurs. On sera donc autorisé à admettre que son enseignement en tant qu’il avait en vue l’avenir comprenait : 1o la prédiction positive d’une catastrophe nationale, terrible et définitive ; 2o la perspective des destinées de l’Évangile, représentées comme une manifestation permanente, sensible, visible même de son esprit et de sa puissance ; et 3o les conseils pratiques à donner à chacun individuellement au sujet de ses rapports avec le royaume à venir, conseils d’autant plus pressants que ces rapports pouvaient dépendre de la durée très incertaine de l’existence actuelle de chacun.

Ne partageant point l’opinion de Reuss, pour qui la personne de Jésus présente de l’intérêt, je ne puis également croire, avec lui, que Jésus ait voulu prédire quelque chose. Qu’il ait voulu ou non prédire quelque chose, pour nous, chrétiens, c’est absolument indifférent. L’important pour nous est ce qu’il enseignait. Et il enseignait, comme dit Reuss avec beaucoup de justesse, que le jour du salut du fils de l’homme vient pour chacun, comme il est venu pour Noé. Il ne peut exister le moindre doute que Jésus parlait tout simplement de la mort de chaque homme, événement indiscutablement plus important pour l’humanité que la chute du feu du ciel. Le fait que dans tous les évangiles, aussitôt après ce passage suivent les exhortations d’être toujours prêt à la mort, le prouve indiscutablement.

On pourrait ajouter encore beaucoup de contradictions à celles que cite Reuss. L’une surtout est remarquable. Dans le verset 20 du chapitre xvii de Luc, il est dit clairement que le royaume de Dieu ne viendra pas avec des signes extérieurs. Pour accepter le verset sur les miracles, il faut donc rejeter celui-ci ainsi que celui où il est dit que le royaume de Dieu est en nous (Luc, xvii, 21).


Ἐν ἐϰείνη τῇ ἡμέρα, ὅς ἔσται ἐπὶ τοῦ δώματος ϰαὶ τὰ σϰεύη αὐτοῦ ἐν τῆ οἰϰίᾳ, μὴ ϰαταβάτω ἆραι αὐτά· ϰαὶ ὁ ἐν τῷ ἀργῷ, ὁμοίως μὴ ἐπιστρεψάτω εἰς τὰ ὀπίσω.

Μνημυνεύετε τῆς γυναιϰός Λώτ.


Luc, xvii, 31. En ce jour-là que celui qui sera en haut de la maison, et qui aura ses meubles dans la maison, ne descende pas pour les emporter ; et que celui qui sera aux champs ne revienne point sur ses pas. Le jour du salut, que celui qui est sur le toit, et qui a son habit dans la maison, ne descende pas du toit ; et que celui qui est aux champs ne retourne point.
32. Souvenez-vous de la femme de Lot. Souvenez-vous de la femme de Lot 1).

Remarques.

1) Elle se retourna, regrettant les choses de la terre, et elle périt. Celui qui, travaillant à la charrue, se retourne, n’est pas mûr pour le royaume de Dieu.

Quand sera révélée à l’homme l’importance de la vie de l’esprit et de la vie de la chair, c’est-à-dire le fils de l’homme, alors l’homme, ayant compris que sa vie est en péril, ne devra pas se retourner, mais, comme Noé et Lot, qu’il marche et abandonne tout. Pour que ne puisse être le moindre doute sur cette signification de ce passage, Jésus ajoute :


Ὃς ἐάν ζητήση τὴν ψυχὴν αὐτοῦ σῶσαι, ἀπολέσει αὐτῆν· ϰαὶ ὅς ἐάν ἀπολέση αὐτήν. ζωογονήσει αὐτὴν.


Luc, xvii, 32. Quiconque cherchera à sauver sa vie la perdra ; et quiconque l’aura perdue la retrouvera. Qui voudra sauver sa vie terrestre la perdra ; et qui la perdra la fera féconde de l’éternité.


Καθημένου δὲ αὐτοῦ ἐπί τοῦ ὄρους τῶν ἐλαιῶν, προσῆλθον αὐτῷ οἱ μαθηαταί ϰατ' ἰδίαν, λέγοντες· εἰπέ ἡμῖν, πότε ταῦτα ἔσται ; ϰαὶ τί τό σημεῖον τῆν σῆς παρουσίας, ϰαὶ τῆς συντελείας τοῦ αἰῶνος ;


Matth., xxiv, 3. Et s’étant assis sur la montagne des Oliviers, ses disciples vinrent à lui en particulier et lui dirent : Dis-nous quand ces choses arriveront ? et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde ? Et s’étant assis sur la montagne des Oliviers, ses disciples vinrent à lui, un par un, et lui dirent : Dis-nous quand cela arrivera ? et quel sera l’indice de l’avènement de ta doctrine 1), et de l’atteinte de la vie éternelle 2) ?

Remarques.

1) Il faut comprendre ici le mot ton, dans le sens de ta doctrine.

2) Συντέλεια signifie l’atteinte ; αἰών signifie l’éternité ; le sens est donc ici : l’atteinte de la vie éternelle.


Les disciples interrogent : tu promets la vie éternelle, et, puisque tu dis qu’il ne se produira rien de visible, comment donc saurons-nous si nous avons ou non atteint cette vie éternelle, et quand ?


Ce verset est pris des chapitres qu’on appelle ordinairement l’accomplissement du siècle. L’analyse de ces chapitres se trouve chez tous les exégètes de l’Évangile. Ces chapitres renferment une série de pensées compliquées, étrangères à l’idée principale. Je garde de ces chapitres, d’après les synoptiques, ce qui a un sens précis. L’impossibilité de donner à ces pensées une explication quelconque, de dénouer les contradictions, est évidente pour tout lecteur sans parti pris, et tout cela est expliqué chez Reuss.

Selon moi, il n’entre dans ces chapitres que très peu d’emprunts faits aux écrivains, du moins dans les passages qui ont perdu tout sens, mais il y a une interversion des versets d’un passage à l’autre. Ainsi, dans le chapitre xxiv de Matthieu, les versets 1-3 (et les versets correspondants de Marc et de Luc) ont pour sujet la négation du temple, exposée dans le chapitre ii de Jean. Les versets 6-14 contiennent le discours aux disciples avant leur mission précédente. Les versets 15-25 forment un supplément évident, d’après les paroles de Marc (xiii, 14 : « Que celui qui les lit y fasse attention »). Les versets 26 à 28 sont la répétition de ce qui a été dit sur le royaume de Dieu en nous. De 29 à 31 ce sont des prédictions se rapportant à quelque chose de matériel et qui portent le cachet de la déformation d’une autre pensée quelconque. Après ces versets, tout le reste est compréhensible. C’est uniquement pour plus de clarté, que je trouve meilleur de transporter la parabole de l’olivier après la parole : personne ne connaît le temps.


Après avoir expliqué que le royaume de Dieu se manifeste instantanément dans l’esprit de l’homme, en dehors du temps, Jésus dit de nouveau que pour la manifestation du royaume de Dieu dans l’esprit de l’homme, il ne peut être question ni de lieu ni de temps.


Περὶ δὲ τῆς ἡμέρας ἐϰείνης ϰαὶ τῆς ὣρας οὖδείς οἶδεν, οὐδὲ οἱ ἄγγελοι οἱ ἐν οὐρανῷ, οὐδέ ὁ υἱός.

Καὶ ἀποϰριθέντες λέγουσιν αὐτῷ· ποῦ, ϰύριε ; ὁ δὲ εἶπεν αὐτοῖς· ὄπου τὸ σῶμα, ἐϰεῖ συναχθήσονται ϰαὶ οἰ ἀετοί.


Marc, xiii, 32. Pour ce qui est de ce jour et de cette heure, personne ne le sait, non pas même les anges qui sont dans le ciel, ni même le Fils, mais seulement le Père. Pour ce qui est du jour du salut et de l’heure, personne ne sait rien, ni les forces de Dieu ni le fils de Dieu.

Luc, xvii, 37. Et ses disciples lui dirent : Où sera-ce, Seigneur ? Et il leur dit : en quelque lieu que soit le corps mort, les aigles s’y rassembleront. Et ils lui dirent encore : Où ? Il leur répondit : là où est la charogne, les corbeaux se rassemblent 1).

Remarques.

1) J’omets les versets 34-36 du chapitre xvii de Luc où il est dit que l’un sera pris et l’autre abandonné.

La pensée exprimée par ces paroles est la même que celle du Message des disciples : la doctrine de Jésus produira la division.

L’inopportunité de ce verset dans ce passage s’explique par cela que tout ce passage, — la fin du monde et l’accomplissement du siècle, compris par les écrivains de façon matérielle — est composé d’extraits de différents passages, comme on le verra plus loin.

Le fait que ces versets ont été ajoutés plus tard est confirmé par cette question des disciples : Où ? qui ne peut se rapporter à eux ; par les paroles du verset 33 : « Celui qui perdra sa vie, celui-ci l’acquerra », le mot se rapporte directement à « acquerra la vie », où ?

Mais à cette question, où ? Jésus répond : nulle part. Pour le royaume de Dieu, le lieu n’existe pas.

Si vous parlez de ce qu’il y a dans le monde, sachez que dans le monde tout est mort, tout est charogne ; et là où se trouve la charogne, les corbeaux se rassemblent.


Le royaume de Dieu ne vient pour personne d’une manière visible. On ne peut pas dire : il est ici, il est là. Si vous désirez voir dans le temps le fils de Dieu, c’est-à-dire le royaume de Dieu, et que l’on vous dise : le voilà, il est ici… il est là-bas, n’y allez pas, ne le croyez pas, car il est en dehors du temps et de l’espace. Regardez en vous-mêmes. Comme la foudre, dont la lumière est instantanée, il éclaire vos âmes. Mais auparavant, il vous faut beaucoup souffrir et éprouver beaucoup de choses. Mais comme il a été au jour de Noé et de Lot, quand vous serez déjà tout près de la perte, comme ils l’étaient, alors paraîtra en vous le fils de l’homme. Et là où cette lumière intérieure te trouvera, ne retourne pas à la vie ancienne.

Mais quelle preuve que nous avons déjà reçu cette vie, qu’elle est déjà arrivée ? demandent les disciples. Il leur répond : personne ne le sait, cette preuve n’existe pas et on ne peut dire où cela aura lieu. Où ? on peut le dire de la charogne, des corbeaux, mais pour la chose spirituelle, il n’existe ni lieu ni temps.


Ἀπὸ δὲ τῆς συϰῆς μάθετε τὴν παραβολήν· ὅταν αὐτῆς ἤδη ὁ ϰλάδος ἁπαλός γένηται ϰαὶ εϰφύη τὰ φύλλα, γινώσϰετε ὅτι εγγὺς τὸ θέρος ἐστίν.

Οὔτω ϰαὶ ὑμεῖς, ὅταν ταῦτα ἴδητε γινόμενα, γινώσϰετε ὅτι ἐγγός ἐστιν, ἐπὶ θύραις.


Marc, xiii, 28. Apprenez ceci par la comparaison d’un figuier : quand ses branches commencent à être tendres, et qu’il pousse des feuilles, vous connaissez que l’été est proche. Prenez exemple du figuier : quand ses branches commencent à être tendres et qu’il pousse des feuilles, vous connaissez que l’été est proche.
29. Vous aussi de même, quand vous verrez que ces choses arriveront, sachez qu’il est proche et à la porte. Ainsi vous, quand vous voyez que cela est arrivé 1) vous comprenez que le royaume de Dieu est proche, qu’il est à la porte.

Remarques.

1) Que cela est arrivé, on explique, ordinairement, qu’il s’agit de tout ce qui avait été prédit auparavant ; mais ces prédictions ne se sont pas réalisées (incompréhensible). On dit non πάντα ταῦτα, mais tout simplement ταῦτα, alors ταῦτα se rapporte directement à ce qui est dit du figuier. Jésus dit : une preuve de l’été, c’est la vie. Une preuve du royaume de Dieu, c’est l’union avec la volonté de Dieu ; c’est la vie dans la volonté de Dieu.


Ἀρχομένων δὲ τούτων γίνεσθαι, ἀναϰύψατε ϰαὶ ἐπάρατε τὰς ϰεφαλὰς ὑμῶν· διότι ἐγγίζει ἡ ἀπολύτρωσις ὑμῶν.


Luc, xxi, 28. Lors donc que ces choses commenceront d’arriver, regardez en haut, et levez la tête, parce que votre délivrance approche. Et quand cela commencera à arriver, alors redressez-vous, et levez les yeux 1), car votre salut approche 2).
Remarques.

1) Dans plusieurs manuscrits il y a les yeux.

2) J’ai déplacé ce verset parce qu’il renferme l’explication de la parabole du figuier. Il n’y a pas de preuves, sauf la conscience de la vie en Dieu. Cette conscience s’exprime par les actes, comme la croissance des feuilles au printemps. Quand vous la sentirez, alors levez les yeux et n’ayez pas peur. Sachez alors que votre salut est commencé. C’est un indice, c’est une preuve.


SUR LA PRIÈRE.

Ελεγε δὲ ϰαὶ παραβολήν αὐτοῖς πρὸς τὸ δεῖν πάντοτε προσεύχεσθαι ϰαὶ μὴ ἐϰϰαϰεῖν.


Luc, xviii, 1. Jésus leur dit aussi cette parabole, pour montrer qu’il faut toujours prier et ne se relâcher point. Et Jésus leur fit un sermon pour leur montrer qu’il faut toujours prier 1), et ne se point relâcher.

Remarques.

1) Προσεύχομαι, signifie d’abord désirer, chercher, aspirer à quelque chose. Puisqu’il a été dit qu’il ne faut prier que le saint-esprit, il ne faut pas oublier ici que la prière, le désir, ne doit être que pour obtenir de Dieu la possibilité de vivre dans le royaume de Dieu, c’est-à-dire le royaume du saint-esprit. Dans ce verset j’ai remplacé le mot parabole par sermon, puisqu’il renferme le sermon sur la prière ; et les paraboles du chapitre xi de Luc, ont, sans aucun doute, le même sens.

Καὶ ἐγένετο ἐν τῷ εἶναι αὐτόν ἐν τόπῳ τινὶ προσευχόμενον, ὡς ἐπαύσατο, εἶπέ τις τῶν μαθητῶ αὐτοῦ πρὸς αὐτὸν, ϰύριε, δίδαξον ἡμᾶς προσεύχεσθαι, ϰαθώς ϰαὶ Ἰωάννης ἐδίδαξε, τούς μαθητάς αὐτοῦ,

Εἶπε δὲ αὐτοῖς· ὅταν προσεύχησθε, λέγετε· Πάτερ, ὑμῶν, ὅ ἐν τοῖς οὐρανοῖς· ἁγιασθήτω τό ὄνομὰ σου· ἐλθέτω ἡ βασιλεία σου· γενηθήτω τὸ θέλημά σου, ὡς ἐν οὐρανῷ, ϰαὶ ἐπὶ τῆς γῆς.

Τὸν ἄρτον ἡμῶν τὸν ἐπιούσιον δίδου ἡμῖν τὸ ϰαθ’ ἡμέραν.

Καὶ ἄφες ἡμῖν τὰς ἁμαρτίας ἡμῶν, ϰαὶ γὰρ αὐτοὶ ἀφιέμεν παντὶ ὀφείλοντι ἡμῖν· ϰαὶ μὴ εἰσενεγϰης ἡμᾶς εἰς πειρασμὸν, ἀλλά ῥῦσαι ἡμᾶς ἀπό τοῦ πονηροῦ.


Luc, xi, 1. Un jour que Jésus était en prière en un certain lieu, après qu’il eut achevé sa prière, un de ses disciples lui dit : Seigneur, enseigne-nous à prier, comme Jean l’a enseigné à ses disciples. Il arriva que Jésus priait en un certain lieu, et quand il eut terminé, un de ses disciples lui dit : Maître, apprends-nous à prier, comme Jean l’apprit à ses disciples.
2. Et il leur dit : Quand vous priez, dites : Notre Père qui es aux cieux, ton nom soit sanctifié ; ton règne vienne ; ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Et Jésus leur dit : Quand vous priez, dites : Père ! que tu sois sacré en nous, que ton 1) règne soit déclaré, c’est-à-dire que ton esprit descende sur nous et nous purifie 2).
3. Donne-nous chaque jour notre pain quotidien. Donne-nous la nourriture 3) de l’esprit ; celle qui donne la vie 4).
4. Pardonne-nous nos péchés ; car nous pardonnons aussi à tous ceux qui nous ont offensés ; ne nous abandonne point à la tentation, mais délivre-nous du malin. Et ne nous réclame 5) pas ce que nous devons, parce que nous ne réclamons pas à ceux qui nous doivent.
Remarques.

1) Dans plusieurs manuscrits il y a ni notre ni Père qui est au ciel. Chez Bèze il y a ἐφ’ ἡμᾶς (en nous) ce qui donne un sens plus clair.

2) Dans plusieurs manuscrits, il n’y a pas : sur la terre comme au ciel. Les paroles : que ton esprit descende sur nous et nous purifie se rencontrent dans les citations des écrivains anciens de l’Église.

3) Ἂρτος, signifie la nourriture de l’esprit.

4) Ἐπιούσιος se rencontre une seule fois, et précisément dans cette prière. D’après le sens, cela signifie ce qui donne l’existence.

5) Ne nous réclame pas ce que nous devons. Nous devons à l’entendement notre vie ; nous ne lui donnons pas notre vie de la chair, c’est pourquoi nous sommes des débiteurs insolvables. La seule chose que nous puissions faire c’est de ne pas compter avec les hommes et de demander que Dieu ne compte pas avec nous.


Τίνα δὲ ὑμῶν τὸν πατέρα αἰτήσει ὁ υἱός ἄρτον, μὴ λίθον ἐπιδώσει αὐτῷ ; ὄ ϰαὶ ἰχθύν, μὴ ἀντί ἰχθύος ὀφιν ἐπιδώσει αὐτῷ ;

Ἢ ϰαὶ ἐάν αἰτήση ὠόν, μὴ ἐπιδώσει αὐτῷ ὀϰορπίον ;

Εἰ οὖν ὑμεῖς πονηροὶ ὑπάρχοντες, οἵδατε ἀγαθά δόματα διδόναι τοῖς τέϰνοις ὑμῶν, πόσῳ μᾶλλον ὁ πατὴρ ὁ ἐξ οὐρανοῦ δώσει πνεῦμα ἅγιον τοῖς αἰτοῦσιν αὐτόν.


Luc, xi, 11. Qui est le père d’entre vous qui donne à son fils une pierre lorsqu’il lui demande du pain ? Ou s’il lui demande du poisson, lui donnera-t-il un serpent au lieu d’un poisson ? Quel est le père d’entre vous qui donne à son fils une pierre, quand il lui demande du pain ; ou qui lui donne une vipère, quand il demande du poisson ?

12. Ou s’il lui demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? Ou qui lui donne une araignée quand il demande un œuf ?
13. Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent. Si vous, qui vivez mal, savez donner un cadeau à vos enfants, combien plus votre Père-Dieu donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le demanderont.


Καὶ εἶπε πρὸς αὐτοὺς· τὶς ἐξ ὑμῶν ἔξει φίλον, ϰαὶ πορεύσεται πρὸς αὐτὸν μεσονυϰτίου, ϰαὶ εἶπη αὐτῷ· φίλε, χρῆσόν μοι τρεῖς ἄρτους.

Ἐπειδὴ φίλος παρεγένετο ἐξ ὁδοῦ πρὸς με, ϰαὶ οὐϰ ἔχω ὅ παραθήσω οὐτῷ.

Κᾴϰεῖνος ἔσωθεν ἀποϰριθείς εἴπη· μή μοι ϰόπους πάρεχε ἤδη ἡ θύρα ϰέϰλεισται, ϰαὶ τὰ παιδία μου μετ’ ἐμοῦ εἰς τὴν ϰοίτην εἰσίν· οὐ δύναμαι ἀναστὰς δοῦναί σοι.

Λέγω ὑμῖν, εἰ ϰαὶ οὐ δώσει αὐτῷ ἀναστὰς, διά τὸ εἶναι αὐτοῦ φίλον· διά γε τὴν ἀναίδειαν αὐτοῦ ἐγερθείς δώσει αὐτῷ ὅσων χρήζει.

Κἀγὼ ὑμῖν λέγω· αἰτεῖτε, ϰαὶ δοθήσεται ὑμῖν· ζητεῖτε, ϰαὶ εὑρήσετε· ϰρούετε, ϰαὶ ἀνοιφήσεται ὑμῖν.


Luc, xi, 5. Puis il leur dit : Si quelqu’un de vous avait un ami qui vînt le trouver à minuit et qui lui dît : Mon ami prête-moi trois pains. Et il leur dit : Si tu as un voisin qui vient chez toi à minuit et te dit : Mon ami, donne-moi trois pains.
6. Car un de mes amis est venu me voir en passant, et je n’ai rien à lui présenter. Car un de mes amis est venu me voir en passant et je n’ai de quoi le nourrir.

7. Et que cet homme, qui est dans sa maison, lui répondît : Ne m’importune pas, ma porte est fermée et mes enfants sont avec moi au lit, je ne saurais me lever pour t’en donner. Le voisin ne dira pas de l’intérieur de sa maison : Ne m’importune pas, ma porte est fermée, mes enfants sont au lit avec moi, je ne puis me lever et te donner du pain.
8. Je vous dis que quand même il ne se lèverait pas pour lui en donner parce qu’il est son ami, il se lèverait à cause de son importunité, et lui en donnerait autant qu’il en aurait besoin. Je pense que si ce n’est par amitié qu’il se lève et lui donne du pain, c’est pour ne pas avoir honte devant lui qu’il s’empressera de lui donner ce qu’il demande.
9. Et moi je vous dis : Demandez et on vous donnera ; cherchez et vous trouverez, heurtez et on vous ouvrira. Et je vous dis : Demandez et on vous donnera ; celui qui cherchera trouvera ; et on ouvrira à celui qui frappera.


LA PARABOLE DU JUGE ET DE LA VEUVE.

Λέγων· ϰρῖτής τις ἦν ἔν τινι πολει τὸν Θεὸν μή φοβουμενος ϰαὶ ἄνθρωπον μὴ ἐντρεπόμενος.

Χήρα δὲ τις ἦν ἐν τῆ πόλει ἐϰείνη· ϰαὶ ἤρχετο πρὸς αὐτὸν, λέγουσα, ἐϰδίϰησὸν με ἀπὸ τοῦ ἀντιδίϰου μου.

Καὶ οὐϰ ἠθελησεν ἐπὶ χρόνον· Μετὰ δὲ ταῦτα εἶπεν ἐν ἑαυτῷ· εἰ ϰαὶ τὸν Θεὸν οὐ φοβοῦμαι ϰαὶ ἄνθρωπον οὐϰ ἐντρέπομαι.

Διά γε τὸ παρέχειν μοι ϰόϰον τὴν χῂραν ταύτην, ἐϰδιϰήσω αὐτήν· ἴνα μὴ εἰς τέλος ἐρχομένη ὑπωπίαζῃ με.

Εἶπε δὲ ὁ ϰύριος· ἀϰούτατε τί ὁ ϰριτὴς τῆς ἀδιϰίας λέγει ;

Ὁ δὲ Θεὸς οὐ μὴ ποιήσει τῂν ἐϰδίϰησιν τῶν ἐϰλεϰτῶν αὐτοῦ τῶν βοώντων πρὸς αὐτὸν ἡμέρας ϰαὶ νυϰτός, ϰαὶ μαϰροθυμῶν ἐπ’ αὐτοῖς ;

Λέγω ὑμῖν, ὅτι ποιήσεν τὴν ἐϰδίϰησιν αὐτῶν ἐν τάχει. Πλὴν ὁ υἱός τὸ ἀνθρώπου ἐλθών ἀρα εὐρήσει τὴν πίστιν ἐπί τῆς γῆς ;


Luc, xviii, 2. Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu, et qui n’avait aucun égard pour personne. Il dit : Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et n’avait point d’égards pour les hommes.
3. Il y avait aussi dans cette ville-là une veuve qui venait souvent à lui et qui lui disait : Fais-moi justice de ma partie adverse. Et dans cette ville il y avait une veuve. Cette veuve venait chez le juge et lui disait : Juge-moi en vérité avec mon offenseur.
4. Pendant longtemps, il n’en voulut rien faire. Cependant il dit enfin en lui-même : Quoique je ne craigne point Dieu et que je n’aie nul égard pour aucun homme, Pendant longtemps le juge ne voulut point juger, mais ensuite il se dit : Bien que je ne craigne point Dieu et ne me soucie point des gens ;
5. Néanmoins, parce que cette veuve m’importune, je lui ferai justice, afin qu’elle ne vienne pas toujours me rompre la tête. Néanmoins pour que cette veuve ne m’importune plus, je la jugerai en vérité, afin qu’elle ne se mette hors d’elle et ne me crève les yeux.
6. Et le Seigneur dit : Entendez-vous ce que dit ce juge injuste ? Et Jésus dit : Comprenez bien ce que dit le juge de la non-justice 1).
7. Et Dieu ne vengera-t-il point ses élus, qui crient à lui jour et nuit, quoiqu’il diffère sa vengeance ? Alors comment Dieu n’agirait-il pas en vérité avec ses élus, avec ceux qui le prient jour et nuit et qui souffrent ?
8. Je vous dis qu’il les vengera bientôt. Mais quand le Fils de l’homme viendra, pensez-vous qu’il trouve de la foi sur la terre ? Je vous dis que tout de suite il agira avec eux en vérité. En outre 2) le fils de l’homme, après être paru, trouvera la foi sur la terre 3).

Remarques.

1) L’accent est ici sur non-justice. Comprenez ce que dit ce juge de la non-justice. Lui-même était forcé de faire droit, de dire la vérité.

2) Πλήν, ici signifie : en outre.

3) Le signe d’interrogation ne fait ici qu’obscurcir le sens.

Priez toujours, cherchez, aspirez. Le juge injuste lui-même craint la veuve indigente, et agit selon son désir, alors comment Dieu ne ferait-il pas ce qu’on lui demande ? Mais même s’il n’y a pas Dieu sous le ciel, il est impossible de ne pas croire au fils de l’homme dans l’âme humaine.


Εἶπε δὲ πρὸς τούς μαθητὰς αὐτοῦ· διὰ τοῦτο ὑμῖν λέγω, μὴ μεριμνᾶτε τῖ ψυχῆ ὑμῶν.

Τίς δὲ ἐξ ὑμῶν μεριμνῶν δύναται προσθεῖναι ἐπὶ τὴν ἡλιϰίαν αὐτοῦ πῆχυν ἔνα ;

Πλήν ζητεῖτε τῆν βασιλείαν τοῦ Θεοῦ, ϰαὶ ταῦτα πάντα προστεθήσεται ὑμῖν.

Ἒστωσαν ὑμῶν αἱ ὀσφύες περιεζωσμέναι ϰαὶ οἱ λύχνοι ϰαιὸμενοι.

Καὶ ὑμεῖς ὁμοιοι ἀνθρωποις προσδεχομένοις τὸν ϰύριον ἑαυτων, πὸτε ἀναλύσει ἐϰ τῶν γάμων· ἵνα ἐλθόντος ϰαὶ ϰρούσαντος, εἰθέως ἀνοίξωσιν αὐτῷ.

Μαϰάριοι οἱ δοῦλοι ἐϰεῖνοι, οὐς ἐλθών ὁ ϰύριονς εὐρήσει γρηγοροῦντας· ἀμὴν λέγω ὑμῖν, ὅτι περιζώσεται ϰαὶ ἀναϰλινεῖ αὐτοὺς, ϰαὶ παρελθών διαϰονήσει αὐτοῖς.

Καὶ ἐὰν ἔλθη, ἐϰ τῆ δευτέρα φυλαϰῆ, ϰαὶ ἐν τῆ τρίτη φυλαϰῆ ἔλθη ϰαὶ εὕρη ὕτω· μαϰάριοι εἰσιν οἱ δοῦλοι ἐϰεῖνοι.

Τοῦτο δὲ γινώσϰετε ὅτι εἰ ἤδει ὁ οἰϰοδέσποτης ποία ὡρα ὁ ϰλέπτης ἔρχεται, ἐγρηγόρησεν ἄν, ϰαὶ οὐϰ ἄν ἀφῆϰε διορυγῆναι τὸν οἶϰον αὐτοῦ.

Καὶ ὑμεῖς οὖν γίνεσθε ἕτοιμοι· ὅτι ἦ ὡρα οὐ δοϰεῖτε ὁ υἱός τοῦ ἀνθρώπου ἔρχετοι.


Luc, xii, 22. Et il dit à ses disciples : C’est pourquoi je vous dis : Ne soyez point en souci pour votre vie… Et il dit à ses disciples : C’est pourquoi ne vous souciez point de votre vie.
25. Et qui de vous peut par ses inquiétudes ajouter une coudée à sa taille ? Qui de vous par le souci allongera sa vie même d’une heure 1) ?
31. Mais cherchez plutôt le royaume de Dieu, et toutes ces choses vous seront données par-dessus. Ne cherchez que d’être dans la volonté de Dieu, tout le reste viendra de soi-même.
35. Que vos reins soient ceints et vos chandelles allumées. Soyez ceints, prêts, et que la veilleuse brûle toujours chez vous.
36. Et soyez comme ceux qui attendent que leur maître revienne de noces, afin que, quand il viendra et qu’il heurtera à la porte, ils lui ouvrent aussitôt. Soyez comme les serviteurs qui attendent leur maître qui doit revenir de chez des amis, afin que, quand il viendra, on lui ouvre immédiatement.
37. Heureux ces serviteurs que le maître trouvera veillant quand il arrivera ! Je vous dis en vérité qu’il se ceindra, qu’il les fera mettre à table, et qu’il viendra les servir. Heureux les serviteurs que le maître trouvera prêts. Vous savez vous-mêmes qu’il les fera mettre à table et les régalera.
38. Que s’il arrive à la seconde ou à la troisième veille, et qu’il les trouve dans cet état, heureux ces serviteurs-là ! Et s’il vient à la première, à la seconde ou à la troisième heure de la nuit, ce sera la même chose ; ces serviteurs seront heureux.
39. Vous savez que si un père de famille était averti à quelle heure un larron doit venir, il veillerait, et ne laisserait pas percer sa maison. Vous savez que si un maître de maison connaissait quand viendra le larron, il ne dormirait pas et ne laisserait pas ruiner sa demeure.
40. Vous donc aussi soyez prêts, car le fils de l’homme viendra à l’heure que vous ne penserez point. Vous donc aussi soyez prêts, car vous ne savez pas quand s’en va 2) le fils de l’homme.
Remarques.

1) Les versets de Luc, xii, 26-30 sont cités au chapitre iv, dans le Sermon sur la Montagne.

2) Ἔρχεται, ici peut signifier s’en aller, et alors il devient compréhensible qu’on parle de la mort. La traduction venir détruit tout le sens : où, d’où, comment ?

Voici ce que dit Reuss (Nouveau testament, première partie, p. 470) :

Ici encore, la simple comparaison des textes parallèles fait ressortir ce qu’il y a d’arbitraire dans la rédaction des divers éléments réunis par l’évangéliste en un discours continu, lequel, à vrai dire, serait à considérer comme la suite de celui de la péricope précédente.

Nous voyons bien la liaison des idées qui forme le trait d’union entre les deux parties que nous avons séparées : la parabole de l’homme surpris par la mort, la mention faite de trésors impérissables, la promesse du royaume, tout cela peut être envisagé comme préludant aux exhortations que nous lisons ici et qui tendent essentiellement à inculquer le devoir de se tenir prêt pour le moment suprême. C’est cette association d’idées qui a dû guider Luc dans l’arrangement successif des maximes éparses, recueillies par lui et classées d’après leur affinité plus ou moins facile à saisir. Mais, par les textes correspondants du premier Évangile, nous voyons que cet arrangement n’est pas le fait de la tradition primitive, ni d’une source écrite qui l’aurait imposée aux narrateurs plus récents ; nous voyons même que le sens de l’un ou de l’autre mot a été mal compris ou diversement interprété, que tout ne se range pas naturellement dans ce cadre général une fois adopté ; enfin, notre texte même n’a pas complètement effacé les traces du genre de travail que nous venons de signaler. Voyez : versets 41, 42, 54, et surtout aussi le passage subit du pluriel au singulier, verset 58. D’après cela nous serons autorisés à étudier le sens propre et prochain de chaque maxime indépendamment du contexte.

1o (V. 35-40). Soyez prêts à tout moment ! Cette idée est exprimée par plusieurs images. Celle de la ceinture serrée nous représente un voyageur qui se met en route, ou l’ouvrier qui met la main à la besogne ; celle de la lampe allumée peint une scène domestique, où les gens de la maison veillent plus ou moins avant dans la nuit, quand le maître est dehors, assistant à un festin, pour qu’au moment de son retour, dont l’heure n’est pas fixée d’avance, la porte lui soit immédiatement ouverte, la cour éclairée, et qu’il puisse être conduit dans la chambre.

Enfin une troisième image, celle du voleur, est destinée à mettre en relief l’idée de l’incertitude absolue du moment précis où chacun sera mis en demeure de faire voir, par le fait, qu’il s’était tenu prêt.

Toutes ces images sont claires et transparentes. Dans celle du voleur, il faut faire abstraction de tout autre élément (notamment de toute considération morale) pour ne s’en tenir qu’au seul point de comparaison, que nous venons d’indiquer. Dans l’allégorie du maître, revenant au milieu de la nuit, il faut mettre de côté tout ce que l’exégèse traditionnelle a dit d’une noce pour s’arrêter à ce seul fait que le retard prolongé du maître est de nature à fatiguer le serviteur et l’entraîne à se livrer au sommeil. Le fait que, dans l’une de ces images, c’est le maître lui-même qui veille pour attendre le voleur, tandis que dans l’autre ce sont les serviteurs qui veillent pour attendre le maître, ce fait prouve surabondamment que la pensée intime qu’il s’agissait d’exprimer, ne s’attache pas aux personnes représentées, mais à l’acte de veiller, qui est le seul élément commun aux diverses images. Mais il y a là une autre question, plus intéressante au point de vue théologique, et, en même temps, plus difficile à résoudre.

Quel est ce moment suprême de l’épreuve décisive dont Jésus a voulu faire ressortir l’importance, ce moment à la fois certain et incertain, inévitable et attendu ? Nos évangélistes ont positivement songé à la parousie du Christ, à son retour triomphant pour l’établissement de son royaume, et l’Église l’a toujours compris ainsi. La phrase qui termine notre texte : Le Fils de l’homme viendra à l’heure où vous n’y penserez pas, ne laisse aucun doute à cet égard. Nous trouverons encore plus d’un passage qui confirme cette interprétation et qui fera voir clairement que Jésus a dû, dans de pareilles circonstances, se servir de termes qui l’autorisaient assez directement. Néanmoins, ses paroles sont susceptibles d’être appliquées d’une manière plus immédiatement pratique, plus indéfiniment solitaire encore. Si nous nous bornions au premier sens, elles auraient perdu à peu près toute leur force aujourd’hui que la perspective d’une fin prochaine du monde actuel, telle que la conservait la théologie judéo-chrétienne, ne captive plus guère les esprits ; tandis qu’elles subsistent, aussi sérieuses, aussi pressantes qu’au premier jour, si nous les supposons adressées, non à l’humanité considérée comme un seul tout et attendant sa destinée collectivement, mais à chaque homme individuellement, en vue de sa fin particulière et du moment où il sera appelé à rendre compte, pour sa part personnelle, de l’usage qu’il a fait de son existence sur la terre, de ses moyens d’agir, et des instructions reçues. Nous ne craignons pas d’affirmer que ce point de vue peut être revendiqué à l’égard de la plupart des textes en question sans qu’il leur soit fait violence, et il resterait seulement à examiner si l’autre élément, celui que nous avons signalé d’abord, a été introduit par suite d’une méprise des auditions et de la tradition, ou s’il doit être considéré comme une partie intégrante et authentique de l’enseignement de Jésus. Mais, dans ce dernier cas, il restera encore la grande question de savoir si, dans sa bouche, ce n’était là qu’une forme imagée de la pensée, dont il empruntait les contours aux conceptions populaires relatives à l’avenir, ou bien s’il faut admettre que pour lui aussi l’idée de la proximité d’une grande révolution humanitaire effaçait la différence entre la sphère des destinées de notre espèce et celle des destinées individuelles.

C’est là une question capitale pour l’appréciation de l’enseignement de Jésus. Nous aurons à y revenir.


Τίς ἄρα ἐστίν ὁ πιστὸς δοῦλος ϰαὶ φρόνιμος, ὅν ϰατέστησεν ὁ ϰυριος αὐτοῦ ἐῶί τῆς θερπείας αὐτοῦ, τοῦ διδόναι αὐτοῖς τὴν τροφὴν ἐν ϰαιρῷ ;

Μαϰάριος ὁ δοῦλος ἐϰεῖνος, ὅν ἐλθών ὁ ϰύριος αὐτοῦ εὑρήσει ποιοῦντα οὔτως.

Ἀμὴν λέγω ὑμῖν, ὅτι ἐπί πᾶσι τοῖς ὑπάρχουσιν αὐτοῦ ϰαταστήσει αὐτὸν·

Ἐὰν δὲ εἴπη ὁ ϰαϰός δοῦλος ἐϰεῖνος ἐν τῇ ϰαρδίᾳ αὐτοῦ· χροίζει ὁ ϰύριος μου ἐλθεῖν.

Καὶ ἄρξηται τύπτειν τούς συνδούλους, ἐσθίειν δὲ ϰαὶ πίνειν μετά τῶν μεδούντων.

Ἤξει ὁ ϰύριος τοῦ δούλου ἐϰείνου ἐν ἡμέρα, ἦ οὐ προσδοϰᾷ ϰαὶ ἐν ὣρᾳ, ἦ οὐ γινώσϰει.


Matthieu, xxiv, 45. Qui est donc le serviteur fidèle et prudent que son maître a établi sur ses domestiques pour leur donner la nourriture dans le temps qu’il faut ? Est-ce que le serviteur, celui que le maître a placé au-dessus des esclaves, pour les nourrir à temps, ne sera pas fidèle et prudent ?
46. Heureux le serviteur que son maître trouvera faisant ainsi quand il arrivera. Heureux le serviteur si son maître vient et trouve qu’il a fait tout ce qu’il fallait.

47. Je vous dis en vérité qu’il l’établira sur tous ses biens. Je vous dis en vérité que le maître le placera à la tête de tous ses biens.
48. Mais si c’est un méchant serviteur, qui dise en lui-même : Mon maître tarde à venir, Mais si le serviteur méchant se dit à lui-même : le maître tardera encore à rentrer,
49. Et qu’il se mette à battre ses compagnons de service, et à manger et à boire avec des ivrognes ; Et qu’il se mette à battre les autres serviteurs, et à manger et à boire avec des ivrognes,
50. Le maître de ce serviteur-là viendra le jour qu’il ne l’attend pas, et à l’heure qu’il ne sait pas. Le maître de ce serviteur viendra au moment que celui-ci ne l’attend pas, et ce sera malheur à lui.

Remarques.

1) J’omets le verset 51, sur les hypocrites, verset tout à fait incompréhensible.


Βλέπετε, ἀγρυπνεῖτε ϰαὶ προσεύχεσθε οὐϰ οἴδα γὰρ πότε ὁ ϰαιρὸς ἐστιν.

Ὡς ἄνθρωπος ἀπόδημος ἀφείς τὴν οἰϰίαν αὐτοῦ, ϰαὶ δοὺς τοῖς δούλοις αὐτοῦ τὴν ἐξουσίαν, ϰαὶ ἐϰάστῳ τὸ ἔργον αὐτοῦ, ϰαὶ τῷ θυρωρῷ ἐνετειλατο ἴνα γρηγορῖ.

Γρηγορεῖτε οὗν· οὐϰ οἴδατε γὰρ πότε ὁ ϰύριος τῆς οἰϰίας ἔρχεται, ὁψέ ᾖ μεσονυϰτίου, ἤ ἀλεϰτοροφωνίας, ἤ πρωἶ.

Μὴ ἐλθών ἐξαίφνης, εὑρη ὑμᾶς ϰαθεύδοντας.

Ἅ δὲ ὑμῖν λέγω, πᾶσι λέγω· γρηγορεῖτε.


Marc, xiii, 33. Prenez garde à vous, veillez et priez ; car vous ne savez quand ce temps viendra. Ainsi ne vous endormez pas ; vous ne savez pas quand vient le moment.
34. Il en est comme d’un homme qui, allant en voyage, laisse sa maison, et en donne la conduite à ses serviteurs, marquant à chacun sa tâche, et qui ordonne au portier d’être vigilant. Quand l’homme a quitté sa maison, il a donné la liberté à ses serviteurs, a indiqué à chacun son travail et a ordonné au gardien de ne pas dormir.

35. Veillez donc car vous ne savez pas quand le maître de la maison viendra ; si ce sera le soir ou à minuit, ou à l’heure que le coq chante ou le matin ; Ne dormez pas, parce que vous ne savez pas quand viendra le maître de la maison : le soir ou à minuit, ou à l’aube ou le matin,
36. De peur qu’arrivant tout à coup il ne vous trouve endormis. De peur qu’il ne vous trouve endormis,
37. Or ce que je vous dis, je le dis à tous : Veillez. Ce que je vous dis, je le dis à tous : Soyez toujours prêts 1).

Remarques.

1) Le mot Γρηγορεῖτε n’est employé que dans la version des septante, et, dans les évangiles, il signifie veiller, garder.


Προσέχετε δὲ ἑαυτοῖς μήποτε βαρυνθῶσιν ὑμῶν αἱ ϰαρδίαι ἐν ϰρααπάλη, ϰαὶ μέθη ϰαὶ μερίμναις βιωτιϰαῖς, ϰαὶ ἐπιστῇ ἐφ' ὑμᾶς αἰφνίδιος ἡ ἡμέρα ἐϰείνη.

Ὡς παγίς γὰρ ἐπλεύσεται ἐπὶ πάντας τοὺς ϰαθημένους ἐπι πρόσωπον πάσης τῆς γῆς.

Ἀργυπνεῖτε οὖν, ἐν παντί ϰαιρῶ δεόμενοι, ἵνα ϰαταξιωθῆτε ἐϰφυγεῖν ταῦτα πάντα τὰ μέλλοντα γίνεσθαι ϰαὶ σταθῆναι ἔμπροσθεν τοῦ υἱοῦ τοῦ ἀνθρώπου.


Luc, xxi, 34. Prenez donc garde à vous-mêmes, de peur que vos cœurs ne soient appesantis par la gourmandise, par les excès du vin, et par les inquiétudes de cette vie, et que ce jour-là ne vous surprenne subitement. Retenez-vous donc, afin que vos cœurs ne soient pas alourdis par la nourriture et l’ivrognerie, ni par les inquiétudes de la vie, et que ce jour ne vous surprenne à l’improviste.

35. Car il surprendra comme un filet tous ceux qui habitent sur la face de la terre. Car il est semblable à un filet jeté sur tous ceux qui habitent la terre.
36. Veillez donc et priez en tout temps, afin que vous soyez trouvés dignes d’éviter toutes ces choses qui doivent arriver, et de subsister devant le fils de l’homme. Veillez donc en luttant à tout moment, afin d’être dignes d’éviter tout ce qui sera, et pour être dignes 1) du fils de l’homme.

Remarques.

1) Σταθῆναι, devenir, être digne.

Pour recevoir le royaume de Dieu, qui est en vous, négligez la vie de la chair, craignez tout ce qui vous écartera de l’entendement de Dieu, afin de pouvoir éviter ce qui arrive parfois et d’établir en vous le fils de l’homme.


Γρηγορεῖτε οὖν, ὅτι οὐϰ οἴδατε ποίᾳ ὥρᾳ ὑ ϰύριος ὑμῶν ἔρχεται.

Διὰ τοῦτο ϰαὶ ὑμεῖς γίνεσθε ἕτοιμοι. ὅτι ἦ ὥρᾳ οὐ δοϰεῖτε, ὁ υἱός τοῦ ἀνθρώπου ἔρχεται.


Matthieu, xxiv, 42. Veillez donc ; car vous ne savez pas à quelle heure votre Seigneur doit venir. Ne dormez pas car vous ne savez pas à quelle heure viendra le maître.
44. C’est pourquoi vous aussi tenez-vous prêts ; car le Fils de l’homme viendra à l’heure que vous ne pensez pas. C’est pourquoi soyez prêts, le Fils de l’homme viendra à l’heure que vous ne pensez pas.


LA PARABOLE DES VIERGES FOLLES.

Τότε ὁμοιωθήσεται ἡ βασιλεία τῶν οὐρανῶν δέϰα παρθένοις, αἵτινες λαβοῦσαι τᾶς λαμπάδας αὐτῶν, ἐκῆλθον εἰς ἀπάντησιν τοῦ νυμφίου.

Πέντε δὲ ἦσαν ἐξ αὐτῶν φρόνιμοι, ϰαὶ πέντε μωραί.

Αἵτινες μωραί, λαβοῦσαι τὰς λαμπάδας ἑαυτῶν, οὐϰ ἔλαβον μεθ’ ἑαυτῶν ἐλαιον.

Αἱ δὲ φρόνιμοι ἔλαβον ἔλαιον ἐν τοῖς ἀγγείοις αὐτῶν μετὰ τῶν λαρπάδων αὐτῶν.

Χρονίζοντος δὲ τοῦ ὑμφίου, ἐνύσταξαν πᾶσαι ϰαὶ ἐϰάθευδον.

Μέσης δὲ νυϰτὸς ϰραυγὴ γέγονεν· ἰδού, ὁ νυμφίος ἐρχεται, ἐξέρχεσθε εἰς ἠπάντησιν αὐτοῦ.

Τότε ἠγέρθησαν πᾶσαι αἱ παρθένοι ἑϰεῖναι, ϰαὶ ἐϰόσμησαν τὰς λαμπάδας αὐτῶν.

Αἱ δὲ μοραί ταῖς φρονίμοις εἶπον· δότε ἡμῖν ἐϰ τοῦ ἐλαίου ὑμῶν, ὅτι αἱ λαμπάδες ἡμῶν σβέννυνται.

Ἀπεϰρίθησαν δὲ αἱ φρόνιμοι, λέγουσαι· μήποτε οὐϰ ἀρϰέση ἡμῖν ϰαὶ ὑμῖν· πορεύεσθε δὲ μᾶλλον πρὸς τούς πωλοῦντας, ϰαὶ ἀγοράσατε ἑαυταῖς.

Ἀπεϰρομένων δὲ αὐτῶν ἀγοράσαι, ἦλθεν ὁ νυμφίος· ϰαὶ αἱ ἔτοιμοι εἰσῆλθου μετ’ αὐτοῦ εἰς τούς γάμους. ϰαί ἐϰλείσθη ἡ θύρα.

Ὕστερον δὲ ἔρχονται ϰαὶ αἱ λοιπαὶ παρθένοι, λέγουσαι· ϰύριε, ϰύριε ἄνοιξον ἡμῖν.

Ὁ δὲ ἀποϰριθείς εἶπεν· ἀμὴν λέγω ὑμῖν, οὐϰ οἶδα ὑμᾶς.

Γρηγορεῖτε οὖν, ὅτι οὐϰ οἴδατε τὴν ἡμέραν οὐδέ τὴν ὤραν, ἦ ὁ υἱός τοῦ ἀνθρώπου ἔρχεται.

Ἐϰεῖνο δὲ γινώσϰετε, ὅτι εἰ ἤδει ὁ οἰϰοδεσπότης, ποίᾳ ψυλαϰῇ ὁ ϰέπτης ερχεται, ἐγρηγόρησεν ἄν, ϰαὶ οὐϰ ἄν εἴασε διορυγῆναι τὴν οἰϰίαν αὐτοῦ.


Matthieu, xxv, 1. Alors le royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, allèrent au-devant de l’époux. Alors le royaume de Dieu sera semblable à dix vierges. Elles ont pris leurs lampes et sont allées à la rencontre de l’époux.

2. Or, il y en avait cinq d’entre elles qui étaient sages, et cinq qui étaient folles. Cinq d’entre elles étaient sages, et cinq étaient folles.
3. Celles qui étaient folles, en prenant leurs lampes, n’avaient point pris d’huile avec elles. Les folles prirent leurs lampes mais ne prirent point d’huile.
4. Mais les sages avaient pris de l’huile dans leurs vaisseaux avec leurs lampes. Les sages prirent leurs lampes et de l’huile dans leurs vaisseaux.
5. Et comme l’époux tardait à venir, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent. Comme l’époux tardait, elles toutes s’endormirent.
6. Et sur le minuit on entendit crier : Voici l’époux qui vient, sortez au-devant de lui. Tout d’un coup, au milieu de la nuit, on cria : Voici l’époux. L’époux vient ! Allez au-devant de lui.
7. Alors ces vierges se levèrent toutes, et préparèrent leurs lampes. Alors toutes les vierges se levèrent et préparèrent leurs lampes.
8. Et les folles dirent aux sages : Donnez-nous de votre huile car nos lampes s’éteignent. Et les folles dirent aux sages : Donnez-nous de votre huile, sans quoi nos lampes s’éteindront.
9. Mais les sages répondirent : Nous ne le pouvons de peur que nous n’en ayons pas assez pour nous et pour vous ; allez plutôt vers ceux qui en vendent, et en achetez pour vous. Mais les sages leur répondirent : C’est impossible, car il n’y en a pas assez pour vous et pour nous ; allez plutôt dans la boutique et en achetez.
10. Mais pendant qu’elles en allaient acheter, l’époux vint ; et celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui aux noces, et la porte fut fermée. Pendant qu’elles en allaient acheter, l’époux vint. Celles qui étaient prêtes, entrèrent à la noce, et la porte fut fermée derrière elles.
11. Après cela les autres vierges vinrent aussi, et dirent : Seigneur, seigneur, ouvre-nous ! Après cela les autres vierges vinrent et dirent : Maître, maître, ouvre-nous !

12. Mais il leur répondit : je vous dis en vérité que je ne vous connais point. Mais il leur répondit : Je vous dis en vérité que je ne sais qui vous êtes.
13. Veillez donc car vous ne savez ni le jour ni l’heure à laquelle le Fils de l’homme viendra. Ainsi ne dormez pas, car vous ne savez ni le jour ni l’heure à laquelle viendra le Fils de l’homme.
xxiv, 43. Vous savez que si un père de famille était averti à quelle veille de la nuit un larron doit venir, il veillerait, et ne laisserait pas percer sa maison. Vous savez aussi que si le maître de la maison connaissait le moment quand le larron viendra, il ne dormirait pas et ne laisserait pas percer sa maison.


Le royaume du ciel est en dehors du temps et de l’espace ; il est en vous, en votre vie présente. Vous désirez faire retourner ce jour quand il était en vous, mais il est trop tard. Le royaume de Dieu c’est votre liberté de vivre dans ce monde comme des fils et non comme des esclaves, votre liberté de vivre par le présent. Si vous avez laissé échapper cette vie, vous ne pouvez déjà plus la retrouver.


Εἶπε δὲ τις αὐτῷ· ϰύριε, εἰ ὀλίγοι οἱ σωζόμενοι ; ὁ δὲ εἶπε πρὸς αὐτοῦς.

Ἀγωνίζεσθε εἰσελθεῖν διὰ τῆς στενῆς· ὀτι πολλοί, λέγω ὑμῖν, ζητήσουσιν εἰσελθεῖν, ϰαὶ οὐϰ ἰσχύσουσιν.

Ἀφ' οὖ ἄν ἐγερθ&, ὁ οἰϰοδεσπότης, ϰαὶ ἀποϰλείση, τὴν θύραν, ϰαὶ ἄρξησθε ξω ἑστάναι ϰαὶ ϰρούειν τὴν θύραν, λέγοντες· ϰύριε, ϰύριε, ἄνοιξον ἡμῖν. Καὶ ἀποϰριθείς ἐρεῖ ὑμῖν· οὐϰ οἶδα ὑμᾶς πόθεν ἑστέ.


Luc, xiii, 23. Et quelqu’un lui dit : Seigneur ! n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? Et il leur dit : Et quelqu’un lui dit : Maître, n’y aura-t-il que peu de gens qui seront sauvés ? Il répondit :

24. Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ; car je vous dis que plusieurs chercheront à y entrer, et qu’ils ne le pourront. Efforcez-vous 1) d’entrer par la porte étroite, car je vous dis que plusieurs chercheront le moyen d’y entrer et ne le pourront pas 2).
25. Et quand le père de famille se sera levé, et qu’il aura fermé la porte, et que vous, étant dehors, vous vous mettrez à heurter et à dire : Seigneur, Seigneur ! ouvre-nous, il vous répondra : Je ne sais d’où vous êtes. Quand viendra 3) le maître de la maison et qu’il aura fermé la porte, si 4) vous, étant dehors, vous mettez à heurter, à crier : Maître, maître, ouvre-nous ! il vous répondra : Je ne vous connais pas et ne sais d’où vous venez.

Remarques.

1) Ἀγωνίζεσθε, s’efforcer, lutter. Ce n’est pas en vain qu’ici ce mot est opposé à ζητήσουσιν et lié à ἡ βασιλεία βιάζεται. Dans ce passage est exprimée la même pensée que dans ces paroles : « Le royaume de Dieu se prend par force ? »

2) Ἰσχυω, ici, comme dans les Actes, xix, 20, a le sens d’augmenter de forces.

3) Cette phrase se traduit ainsi : quand le maître de la maison aura fermé sa porte et que vous commencerez à heurter, etc., traduction qui n’est pas juste : ἀφ’ οὖ ἄν ne signifient jamais quand.

4) Dans quelques manuscrits il y a : le maître viendra. S’éveillera ne convient pas avec ce qui est exprimé ensuite : que le maître se leva exprès pour fermer la porte.


Τότε ἄρξεσθε λέγειν· ἐφάγομεν ἐνῶπίον σου ϰαὶ ἐπίομεν, ϰαὶ ἐν ταῖς πλατείαις ἡμῶν ἐδίδαξας.

Καὶ ἐρεῖ· λέγω ὑμῖν, οὐϰ οἶδα ὑμᾶς, πόθεν ἐστέ· ἀπόστητε ἀπ’ ἐμοῦ πάντες οἱ ἐργάται τῆς ἀδιϰίας.


Luc, xiii, 26. Alors vous direz : Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné dans nos places publiques. Alors vous vous mettrez à dire : Nous avons bu et mangé en ta présence et tu nous as enseignés.
27. Et il vous répondra : Je vous dis que je ne sais d’où vous êtes ; retirez-vous de moi, vous tous qui faites métier de l’iniquité. Et il vous répondra : Je vous dis que je ne vous connais pas et ne sais d’où vous venez. Retirez-vous de moi vous tous qui commettez l’injustice.


Après avoir expliqué que le fils de l’homme ne se trouve nulle part, ni dans le temps ni dans l’espace, Jésus-Christ explique la même chose par des similitudes. Il dit que puisque le jour du fils de l’homme — le salut du fils de l’homme, est en dehors du temps, les hommes qui portent en eux l’entendement de Dieu ne doivent point se le représenter dans le temps, mais toujours en dehors du temps ; ils doivent vivre de la vie du fils de l’homme, se confondre avec lui.

Si, comme le fait l’Église, on voit une indication sur le temps dans les similitudes du maître de la maison et des vierges, et si, par l’époux, on entend la venue de Christ dans le temps, alors tout le sens de la doctrine disparaît, et l’on est amené à affirmer ce que, précisément, Jésus niait.

Ces similitudes signifient précisément que pour le fils de l’homme le temps n’est pas. Le veilleur de nuit n’est le veilleur de nuit qu’afin de ne pas dormir pendant la nuit, car il ne peut savoir quand on aura besoin de lui. De même les vierges ne sont venues que pour rencontrer l’époux. La même chose avec le fils de l’homme. Le fils de l’homme n’est le fils de l’homme que pour vivre toujours comme le fils dans la maison de son père, et non comme un esclave, et pour toujours reconnaître en soi Dieu.

Le maître de la maison dans laquelle le larron a creusé un souterrain ne se laisserait pas ruiner s’il savait quand le voleur viendra. Ainsi on ne peut connaître le temps. Toujours et jamais. Il faut que le maître arrange sa maison de telle façon qu’on ne puisse rien dérober chez lui. C’est ainsi avec l’entendement de Dieu. Il ne vient pas et ne s’en va pas ; pour lui le temps n’existe pas. Il y a l’entendement, cela signifie que déjà est commencée la vie du fils de l’homme en dehors du temps.

Après cela on demande à Jésus si beaucoup seront sauvés ? Il ne répond pas à cette question parce qu’il n’y peut répondre.

Pour le fils de l’homme il n’y a ni lieu ni temps, il n’y a donc ni beaucoup ni peu. Le grain est jeté en tous. Mais à cela, il dit : il ne faut pas se demander qui sera sauvé et comment, mais il faut travailler, lutter, forcer la porte, car ceux qui raisonnent n’entreront pas. Il y avait un moment quand ils pouvaient entrer, ils ne l’ont pas fait, la porte s’est refermée et aucun raisonnement ne peut aider. Il ne faut pas raisonner, il faut agir. Entrent ceux qui luttent et font la vérité !

Ceux qui font l’injustice ne peuvent entrer parce que le maître ne les connaît pas, et qu’ils n’existent pas pour lui. En enseignant sur la vie du fils de l’homme dans tous les hommes, sur son indépendance du lieu et de l’heure, Jésus-Christ parle de la vie des hommes, en général. Pour le fils de l’homme, la mort n’est pas. La mort n’est que le phénomène des ténèbres. La mort c’est tout ce qui n’est pas le fils de l’homme. Si Jésus parlait de la mort des hommes, alors il devrait dire que l’âme ressuscitera ; mais il ne dit cela nulle part et paraît éviter la question de la mort physique. Il ne l’évite pas, mais cette conception n’existe pas dans sa doctrine. La mort de chaque individu est les mêmes ténèbres que chaque acte de ceux des hommes qui ne vivent pas par l’entendement de Dieu. La mort, dans sa doctrine, c’est l’état dans lequel il est impossible de vivre par l’entendement de Dieu. C’est ce que, dans ses comparaisons, il exprime par la porte fermée.


SUR L’AVÈNEMENT DU FILS DE L’HOMME.

Μέλλει γὰρ ὀ υἱός τοῦ ἀνθρώπου ερχεσθαι ἐν τῇ δόξη τοῦ πατρός αὐτοῦ, μετὰ τῶν ἀγγέλων αὐτοῦ, ϰαὶ τότε ἀποδώσει ἑϰάστῳ ϰατὰ τὴν πρᾶξίν αὐτοῦ.


Matth., xvi, 27. Car le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges ; et alors, il rendra à chacun selon ses œuvres. Car le fils de l’homme viendra avec ses forces, et il rendra à chacun selon son œuvre 1).

Remarques.

1) Je répète ici ce verset pour éclairer celui de Matthieu, xxv, 31, où il est dit ce qu’il adviendra lors de la venue du fils de l’homme dans la gloire du Père. Le mot ἐν est très souvent employé dans la langue évangélique au lieu de εἰς. Ainsi (Matthieu, xiv, 3) : Ὁ γὰρ Ἡρώδης ϰρατήσας τόν Ἰωάννην ἔδησεν αὐτὸν ϰαὶ ἔθετο ἐν φυλαϰῇ.


Ὅταν δὲ ελθῃ ὁ υἱός τοῦ ἀνθρώπου ἐν τῇ δόξῃ αὐτοῦ, ϰαὶ πάντες οἱ ἅγιοι ἄγγελοι μετ’ αὐτοῦ, τότε ϰαθίσει ἐπὶ θρόνου δόξης αὐτοῦ,

Καὶ συναχθήσεται ἔμπροσθεν αὐτοῦ πάντα τὰ ἔθνη· ϰαὶ ἄφοριεῖ αὐ τοὺς ἀπο ἀλλήλων, ὤσπερ ὁ ποιμὴν ἀφορίζει τὰ πρόβατα ἀπὸ τῶν ἐρίφων.

Καὶ στήσει τὰ μὲν πρόβατα ἐϰ δεξιῶν αὐτοῦ, τὰ δὲ ἐρίφια ἐξ εὑωνύμον.


Matth., xxv, 31. Or, quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire avec tous les saints anges, alors il s’assiéra sur le trône de sa gloire. Quand le fils de l’homme prendra toute son importance et toutes ses forces, alors il s’affermira sur le siège de son importance.
32. Et toutes les nations seront assemblées devant lui ; et il séparera les uns d’avec les autres, comme un berger sépare les brebis d’avec les boucs. Et tous les hommes paraîtront devant lui, et il les séparera les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs.

33. Et il mettra les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche. Et il chasse les brebis à droite et les boucs à gauche.


L’avènement du fils de l’homme, dans le sens du Père, ne signifie que l’élévation du fils de l’homme. Quand cette élévation du fils de l’homme a lieu, les hommes s’en trouvent séparés en deux groupes, de même que le berger sépare les brebis des boucs. Ici la signification du fils de l’homme est telle : diviser le monde, séparer les vivants des morts.


Τότε ἐρεῖ ὁ βασιλεύς τοῖς ἐϰ δεξιῶν αὐτοῦ· δεῦτε οἱ εὐλογημένοι τοῦ πατρός μου, ϰληρονομήσατι τὴν ἡτοιμασμένην βασιλείαν ἀπὸ ϰαταβολῆς ϰόσμου.


Matthieu, xxv, 34. Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez vous qui êtes bénis de mon Père, possédez en héritage le royaume qui vous a été préparé dès la création du monde. Alors le potentat dira à ceux qui seront à droite : Vous qui êtes aimés de mon père, venez ici, vous recevrez le royaume qui vous a été préparé et qui vous appartient de droit 1).

Remarques.

1) C’est la même pensée que celle exprimée dans les paroles : « Avant qu’Abraham fût, j’étais » et, dans celles-ci : « Pour Dieu, tous sont vivants. »


Ἐπείνασα γὰρ, ϰαὶ ἐδώϰατε μοι φαγεῖν· ἐδίψησα, ϰαὶ ἐποτίσατε με· ξένος μὴν, ϰαὶ συνηγάγετε με.

Γυμνός, ϰαὶ περιεβάλετε· με· ἠσθένητα, ϰαὶ ἐπεσϰέψασθέ με· ἐν φυλαϰῇ ἤμην, ϰαὶ ἤλθετε πρὸς με.

Τότε ἀποϰριθήσονται αὐτῷ οἱ δίϰαιοι, λέγοντες ϰύριε, πότε σὲ ἑίδομεν πεινῶνα, ϰαὶ ἐθρέψαμεν ; ἢ διψῶντα, ϰαὶ ἑποτίσαμεν ;

Πότε δὲ σε ἐίδομεν ξένον, ϰαὶ συνηγάγομεν ; ἤ γυμνόν, ϰαὶ περιεβάλομεν ;

Πότε δὲ σε ἐίδομεν ἀσθενῆ, ἤ ἐν φυλααῇ, ϰαὶ ἢλθομεν πρὸς σε ;

Καὶ ἀποϰριθείς ὁ βασιλεύς ἐρεῖ αὐτοῖς, ἀμὴν λέγω ὑμῖν ἐφ’ ὅσον ἐποιήσατε ἐνί τούτων τῶν ἀδελφῶν μου τῶν ἐλαχίστων, ἐμοὶ ἐποιμσατε.

Τότε ἐρεῖ ϰαὶ τοῖς ἐξ εὐωνύμων· πορεύεσθε ἀπ’ ἐμοῦ οἱ ϰατηραμένοι εἰς τὸ πῦρ τὸ αἰώνιον, τὸ ἡτοιμασμένον τῷ διαβόλῳ ϰαὶ τοῖς ἀγγέλοις αὐτοῦ.

Ἐπείνασα γὰρ, ϰαὶ οὐϰ ἐδώϰατε μοι φαγεῖν ἐδίψησα, ϰαὶ οὐϰ ἐποτίσατε με.

Ξένος ᾔμην, ϰαὶ οὐ συνηγάγετε με· γυμνὸς, ϰαὶ οὐ περιεβάλετε με· ἀσθενὴς, ϰαὶ ἐν φυλαϰῆ, ϰαὶ οὐϰ ἐπεσϰέψασθε με.

Τότε ἀποϰριθήσονται αὐτῷ ϰαὶ αὐτοί, λέγοντες· ϰύριε, πότε σὲ εἴδομεν πεινῶντα, ἤ διψῶντα, ἤ ξένον, ἢ γυμνόν, ἤ ἀσθενῇ, ἤ ἐν φυλαϰῇ, ϰαὶ οὐ διηϰονήσαμεν σοι ;

Τότε ἀποϰριθήσεται αὐτοῖς, λέγων· ἀμὴν λέγω ὑμῖν, ἐφ’ ὅσον οὐϰ ἐποιήσατε ἐνί τούτων τῶν ἐλαχίστων, οὐδέ ἐμοι ἐποιήσατε.

Καὶ ἀπελεύσονται οὖτοι εἰς ϰόλασιν αἱώνιον· οἱ δὲ δίϰαιοι εἰς ζωὴν αἰωνιον.


Matthieu, xxv, 35. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger et vous m’avez recueilli. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais vagabond et vous m’avez recueilli.
36. J’étais nu et vous m’avez vêtu ; j’étais malade et vous m’avez visité ; j’étais en prison et vous m’êtes venus voir. J’étais nu et vous m’avez vêtu ; j’étais malade et vous m’avez soigné ; j’étais en prison et vous m’avez visité.
37. Alors les justes lui répondirent : Seigneur ! quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim et que nous t’avons donné à manger : ou avoir soif et que nous t’avons donné à boire ? Alors les justes lui répondront : Quand t’avons-nous vu affamé et t’avons-nous donné à manger ; quand t’avons-nous vu avoir soif et t’avons-nous donné à boire ?

38. Et quand est-ce que nous t’avons vu étranger, et que nous t’avons recueilli ; ou nu et que nous t’avons vêtu ? Quand t’avons-nous vu vagabond et t’avons-nous recueilli, ou nu et t’avons-nous vêtu ?
39. Ou quand est-ce que nous t’avons vu malade ou en prison et que nous sommes venus te voir ? Quand t’avons-nous vu malade ou en prison et t’avons-nous visité ?
40. Et le roi cependant leur dira : Je vous dis en vérité qu’en tant que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, vous me les avez faites. Et le potentat leur répondra : Vous savez vous-mêmes que tout ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, vous me l’avez fait.
41. Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits ! et allez dans le feu éternel, qui est préparé au diable et à ses anges. Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, vous que je n’aime pas, dans les ténèbres extérieures 1) préparées pour le mal et pour ses forces.
42. Car j’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire. Car j’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire.
43. J’étais étranger et vous ne m’avez pas recueilli ; j’étais nu et vous ne m’avez pas vêtu ; j’étais malade et en prison et vous ne m’avez pas visité. J’étais vagabond et vous ne m’avez pas recueilli ; j’étais nu et vous ne m’avez pas vêtu ; j’étais malade et en prison et vous ne m’avez pas visité.
44. Et ceux-là lui répondront aussi : Seigneur ! Quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim, ou soif, ou être étranger ou nu, ou malade, ou en prison, et que nous ne t’avons point assisté ? Alors ceux-ci lui répondront : Maître, quand t’avons-nous vu ayant faim ou soif, ou errant, ou nu, ou malade ou prisonnier, et ne t’avons-nous pas secouru ?

45. Et il leur répondra : Je vous dis en vérité qu’en tant que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, vous ne me l’avez pas fait non plus. Et il leur répondra : Vous savez vous-mêmes que si vous n’avez pas fait tout cela au plus petit de vos frères, vous ne me l’avez pas fait non plus.
46. Et ceux-ci s’en iront aux peines éternelles ; mais les justes s’en iront à la vie éternelle. Et ceux-ci iront en exil éternel 2) et les justes dans la vie éternelle.

Remarques.

1) Chez les anciens écrivains de l’Église, on rencontre cette variante : εἰς τὸ σϰότος τύ ἐξώτερον ; dans un des manuscrits se trouve εἰ τὸ πῦρ τὸ ἐξώτερον, dans le feu extérieur, c’est-à-dire en dehors de la vie ; pensée exprimée plusieurs fois auparavant.

2) Κόλασις, sauf le sens de punition, signifie encore retraite, écart, retranchement.

Quand le fils de l’homme est élevé dans son importance, quand la vie de l’esprit est comprise, le fils de l’homme rend à chacun selon ses actes. Le fils de l’homme, l’esprit de l’homme, est le potentat de la vie, et c’est lui qui sépare les hommes. C’est ce qui est dit chez Jean, v : Le père ne juge pas, ne sépare personne, mais il a transmis à son fils tout jugement et division, et le fils sépare les hommes comme le berger sépare les brebis des boucs. Et aux premiers il dit : Venez et recevez ce qui vous est destiné depuis le commencement du monde, c’est-à-dire recevez cette vie non charnelle, la vie de l’esprit, qui n’a ni commencement ni fin et que vous avez retenue en vous.



IL N’Y A PAS D’AUTRE VIE
Exposé général du chapitre viIi

Vous serez mendiants, vagabonds, vous serez humiliés. Mais celui qui aime son père ou sa mère, son fils ou sa fille plus que moi, celui-ci n’a pas compris ma doctrine. Celui qui n’est pas prêt à endurer toutes les souffrances, toutes les privations physiques, celui-ci ne m’a point compris. Celui qui acquerra tout ce qu’il y a de meilleur pour la vie physique, celui-ci perdra la vraie vie. Et celui qui perdra sa vie physique pour l’accomplissement de ma doctrine, celui-ci recevra la vraie vie.

Et à ces paroles de Jésus, Pierre lui dit : Tout cela est juste et nous t’avons écouté, nous avons rejeté tous les soucis matériels, nous avons abandonné tous nos biens, nous sommes devenus des vagabonds et t’avons suivi ; quelle récompense en aurons-nous ?

Jésus dit : Tu sais toi-même ce que tu as abandonné et celui qui abandonne sa famille, ses sœurs, ses frères, son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses biens, et suit ma doctrine du vrai bonheur, reçoit cent fois plus, même dans cette vie, que les sœurs, les frères, les champs, et tout ce qui est nécessaire. En outre, dans cette même vie, il reçoit aussi la vie en dehors du temps. Et quant à ta supposition que vous recevrez une récompense pour ce que vous avez fait, tu te trompes. Il n’y a pas de récompense dans le royaume de Dieu. Le royaume de Dieu est le but et la récompense. Dans le royaume de Dieu tous sont égaux, il n’y a ni premiers ni derniers.

Voici à quoi est semblable le royaume de Dieu : Un maître est allé le matin louer des ouvriers pour son jardin. Il a loué les ouvriers une drachme pour la journée et les a envoyés dans le jardin pour travailler.

L’après-midi, il a loué d’autres ouvriers, et les a aussi envoyé travailler dans le jardin.

Le soir il en a loué d’autres, qu’il a aussi envoyé travailler. Et avec tous le prix était fixé à une drachme.

Le moment de la paye arrive. Le maître ordonne de payer tous les ouvriers également, en commençant par les derniers et finissant par les premiers.

Ceux-ci, voyant qu’on donnait une drachme aux derniers venus pensèrent recevoir davantage. Mais eux aussi ne reçurent qu’une drachme. Alors ils maugréèrent disant que les autres n’avaient travaillé qu’une partie de la journée, tandis qu’eux avaient travaillé la journée entière. Ils trouvaient cela injuste. Alors le maître s’approcha de l’un d’eux et dit : Pourquoi murmures-tu ? T’ai-je lésé ? Je t’ai loué pour un certain prix et te le paie. N’étions-nous point convenus d’une drachme ? Prends ce qui te revient et va-t-en. Car si je veux payer aux derniers autant qu’à toi, n’en ai-je point le droit ? Ou bien est-ce parce que tu vois que je suis bon que tu deviens envieux ?

Dans le royaume du ciel, il n’y a ni premiers ni derniers. C’est pour tous la même chose. Celui qui exécute la volonté de Dieu et rend la vie de la chair, celui-ci acquiert la vie de l’esprit, et il est dans la volonté de Dieu. Et rien d’autre ne peut approcher l’homme de la volonté de Dieu. Le royaume de Dieu se conquiert avec effort.

Une fois, deux de ses disciples, Jacques et Jean, s’approchèrent de Jésus et lui dirent : Maître, promets-nous de faire ce que nous te demanderons. Il leur dit : Que désirez-vous ? Ils répondirent : Être tel que toi.

Et Jésus leur dit : Vous me demandez ce qui n’est pas en mon pouvoir. Vous pouvez vivre de la même façon que moi, et vous pouvez aussi renaître en esprit comme moi, mais vous faire tels que moi, cela n’est point en mon pouvoir. Tous les hommes sont nés différents, et à chacun est donné un degré différent d’entendement. Mais tous peuvent également exécuter la volonté de Dieu et recevoir la vie.

Les autres disciples ayant entendu cela se fâchèrent contre les deux frères, de ce qu’ils voulaient être semblables au maître, et supérieurs à eux.

Jésus les appela et leur dit : Si vous deux, Jean et Jacques, m’avez demandé de vous faire tels que moi afin d’être supérieurs aux autres disciples, vous vous êtes trompés. Et si vous autres, disciples, vous vous fâchez contre eux, parce qu’ils veulent être supérieurs à vous, vous vous trompez. Ce n’est que dans le monde qu’existent les rois et les chefs et où celui qui est supérieur dirige le peuple. Mais parmi vous il ne peut être ni supérieurs ni inférieurs.

Parmi vous, pour être plus grand que les autres, il faut être le serviteur de tous, car c’est en cela qu’est la doctrine du fils de l’homme. Il est, non pour qu’on le serve, mais pour lui-même servir tous, et pour donner sa vie de la chair contre la vie de l’esprit. L’esprit-Dieu cherche le salut de ce qui périt. Dieu désire le salut des hommes, et il se réjouit, de même que le berger, quand il retrouve une seule brebis perdue. Et quand une seule est en danger de perte, il abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres et va sauver celle qui se perd.

De même, si une femme perd un kopek, elle balaie toute sa chaumière et cherche jusqu’à ce qu’elle retrouve son kopek. Dieu aime ce qui périt et l’appelle à soi.

Et il leur raconta encore par une similitude qu’on ne peut se hausser jusqu’à ceux qui vivent dans la volonté de Dieu. Il leur dit : Si l’on t’invite à un festin, ne te mets pas à la place d’honneur, car il viendra quelqu’un de plus honoré que toi, et le maître te dira : Va te mettre là-bas, et laisse ici celui qui vaut plus que toi ; alors tu auras honte. Mets-toi plutôt à la toute dernière place, alors le maître t’ira trouver et te fera asseoir à la première place ; et ce sera un honneur pour toi.

Ainsi, dans le royaume de Dieu il n’y a pas de place pour l’orgueil : celui qui s’élève, par cela même s’abaisse ; et celui qui s’abaisse, qui se juge indigne, par cela même s’élève dans le royaume de Dieu.

Un homme avait deux fils. Le cadet lui dit : Père donne-moi ma part. Le père la lui donna.

Quand le cadet eut reçu sa part, il s’en alla à l’étranger, y dépensa toute sa fortune et tomba dans la misère. Il en arriva même à garder les pourceaux, et il souffrait tellement de la faim qu’il mangeait avec les porcs, les glands du chêne. Une fois, il se mit à réfléchir à sa vie, et se dit : Pourquoi me suis-je séparé de mon père et l’ai-je quitté ? Chez mon père, il y avait de tout en abondance, et même les ouvriers de mon père mangent à leur faim, tandis que moi, je dois partager la nourriture des pourceaux. Si j’allais chez mon père, je me jetterais à ses genoux et lui dirais : Père, pardon, tu vois, je suis devant toi, mais je ne suis pas digne d’être appelé ton fils ; prends-moi comme ouvrier. Ayant ainsi réfléchi, il alla chez son père. Comme il arrivait, son père, de loin encore, le reconnut, courut à sa rencontre et, l’entourant de ses bras, se mit à l’embrasser.

Et le fils dit : Père, je suis coupable envers toi ; je ne suis pas digne d’être appelé ton fils. Mais le père, sans même l’écouter, dit à ses serviteurs : Apportez-lui le meilleur habit et les meilleures bottes, habillez-le, chaussez-le, et courez vite prendre un veau gras, et tuez-le. Réjouissons-nous, car mon fils qui était mort est redevenu vivant ; il était perdu, et il est retrouvé.

Le fils aîné qui revenait des champs, en approchant de la maison, entendit des chants et des cris joyeux. Il appela un jeune garçon et lui demanda pourquoi il y avait une telle fête chez eux. Le garçon lui répondit : Ne sais-tu donc pas que ton frère est de retour, et ton père se réjouit ; il a ordonné de tuer un veau gras, pour fêter joyeusement le retour de son fils.

Le frère aîné se sentit offensé et n’alla point à la maison. Le père sortit vers lui et l’appela.

Alors il dit à son père : Voilà tant d’années que je travaille pour toi, je n’ai pas désobéi à tes ordres, et pour moi tu n’as jamais tué le veau gras. Mon frère cadet, au contraire, a quitté la maison, a dépensé toute sa fortune dans les débauches, et voilà que pour lui tu fais tuer le veau gras.

Le père lui dit : Toi, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Mais comment ne me réjouirais-je pas de ce que ton frère, qui était parmi les morts, soit revenu à la vie ; que lui, qu’on croyait perdu, soit retrouvé ?

Ainsi, notre Père au ciel désire que pas un seul homme, même le plus misérable, ne périsse, qu’il soit vivant.

Voici à quoi ressemble la vie des hommes qui ne comprennent pas qu’ils vivent dans ce monde non pour boire, manger, s’amuser, mais afin de travailler pour Dieu, pendant toute leur vie :

Le maître a planté un jardin, il l’a arrangé et a fait tout ce qu’il fallait pour que le jardin donne le plus de fruits possible. Il a envoyé des ouvriers dans ce jardin pour qu’ils y travaillent, ramassent les fruits, et lui paient le prix convenu.

Le maître, c’est Dieu ; le jardin, c’est le monde ; les ouvriers, ce sont les hommes. Dieu n’a créé le monde et n’y a envoyé les hommes qu’afin que ceux-ci rendent à Dieu ce qui appartient à Dieu : l’entendement de la vie qu’il a mis en eux.

Le terme est venu et le maître envoie un serviteur chercher la redevance. Dieu, dans l’âme des hommes, leur dit sans cesse ce qu’ils doivent faire pour lui et, sans cesse les appelle.

Les ouvriers chassent l’envoyé du maître et continuent à vivre, s’imaginant que le jardin est leur propriété et qu’ils s’y trouvent par leur propre gré. Les hommes ont chassé d’eux le rappel de la volonté de Dieu et continuent à vivre chacun pour soi, s’imaginant qu’ils vivent pour les joies de la vie physique.

Alors le maître envoie encore et encore ses serviteurs, puis son fils, pour rappeler les ouvriers au devoir. Mais ceux-ci sont devenus tout à fait stupides, et se mettent en tête que s’ils tuent le fils du maître, qui vient leur rappeler que le jardin n’est pas à eux, on les laissera alors tout à fait tranquilles. Ils le tuent. Les hommes n’aiment pas le souvenir de l’esprit qui vit en eux et qui leur montre qu’il est éternel tandis qu’eux ne le sont pas ; et ils tuent, autant qu’ils le peuvent, la conscience de l’esprit. Ils ont enveloppé dans leur mouchoir et ont enfoui la drachme qui leur avait été donnée. Que doit donc faire le maître ? Rien, sinon chasser ces ouvriers et en envoyer d’autres. Que doit faire Dieu ? Semer jusqu’à ce qu’il y ait des fruits. C’est ce qu’il fait. Les hommes ne comprennent pas que cette conscience spirituelle qui est en eux, et qu’ils cachent parce qu’elle les gêne, est cet entendement, qui est le fondement de la vie. Ils rejettent la pierre sur laquelle tout se tient. Or ceux qui ne prennent pas pour base la vie de l’esprit, ceux-là n’entrent pas dans le royaume de Dieu et ne reçoivent pas la vie. Pour recevoir la vie et le royaume de Dieu, il faut toujours se rappeler sa situation, ne pas attendre de récompense, mais sentir son devoir.

Alors les disciples dirent à Jésus : Augmente-nous notre foi. Dis-nous quelque chose pour que nous croyions plus fortement en la vie de l’esprit et ne regrettions pas la vie de la chair. Il faut rendre, toujours rendre pour la vie de l’esprit ; et tu dis toi-même qu’il n’y a pas de récompense.

À cela Jésus leur dit : Si vous aviez une foi telle que celle qui vous fait croire que le grain de bouleau produira un grand arbre, alors vous croiriez qu’il y a en vous l’embryon unique de la vie de l’esprit duquel naîtra la vraie vie. La foi ne consiste pas à croire en des choses extraordinaires ; elle consiste à comprendre sa situation et en quoi consiste le salut. Si tu comprends ta situation, tu n’attendras pas la récompense, mais tu travailleras à conserver ce qui t’est donné. Si tu reviens des champs avec un ouvrier, tu ne le feras pas mettre à table, mais tu lui ordonneras de s’occuper du bétail et de préparer le souper, et après seulement tu lui diras : mange et bois. Tu ne remercies pas un ouvrier parce qu’il a fait ce qu’il fallait. Et l’ouvrier ne s’offense pas, mais travaille et attend pour recevoir ce qui lui revient.

Ainsi faites, vous, ce qu’il faut, et n’oubliez pas que nous, les mauvais ouvriers, n’avons pas fait ce qu’il fallait, et n’attendez point de récompense. Le souci ne doit pas avoir pour objet d’obtenir une récompense, mais ce qu’il faut pour la recevoir : ne pas être un mauvais serviteur. Il faut se soucier non de ce qu’il y aura une récompense, mais de ce qu’il y aura la vie. Cela ne peut être autrement, mais il faut prendre soin de ne pas perdre cette vie, de ne pas oublier qu’elle nous est donnée pour porter ses fruits et accomplir la volonté de Dieu, et il ne nous faut pas penser que nous l’avons remplie et que nous méritons une récompense.

C’est seulement alors que vous comprendrez qu’il existe le royaume de Dieu duquel je vous parle, et que ce royaume de Dieu est l’unique salut de la mort, et qu’il ne paraîtra pas de manière qu’on le puisse voir. Du royaume de Dieu qui sauve de la mort on ne peut pas dire : le voilà, il est arrivé, ou : le voici, il va venir ; il est par ici, il est par là. Il est en vous, dans votre âme. Si donc, quand le moment viendra, vous voulez trouver le salut dans la vie et vous mettez à le chercher, vous ne le trouverez nulle part et jamais. Si l’on vous dit : le salut est ici, là-bas, ne le cherchez point hormis en vous-mêmes. Car le salut est comme l’éclair qui brille instantanément et partout, et il n’y a pour lui ni temps ni espace ; il est en vous.

De même que le salut était pour Noé et pour Lot, de même il est toujours pour le fils de l’homme. Toute la vie reste la même pour tous les hommes. Tous mangent, boivent, se marient, mais quand vient le déluge et la pluie de feu, quand vient la mort physique, les uns périssent, les autres sont sauvés. Quand viendra pour vous le royaume de Dieu en vous, alors aucun de vous ne pensera plus à la chair. Et ne vous retournez pas comme la femme de Lot. On ne peut pas labourer si on regarde derrière soi. Ne te souviens que du présent.

Les disciples demandent encore : Comment savoir que le jour du salut est venu et que nous avons atteint la vie éternelle ?

Et Jésus leur répond : Personne ne peut connaître où et quand cela arrivera à l’homme. On ne peut ni le montrer ni le prouver. La seule chose que vous pouvez savoir c’est qu’aussitôt vous sentirez en vous la vie vraie. Il arrivera avec vous ce qui arrive avec l’arbre au printemps : il semblait mort, et tout d’un coup vous voyez que les branches commencent à s’amollir, les bourgeons gonflent, les feuilles poussent. C’est ce que vous sentirez en vous. Vous sentirez en vous la vie et la vie jaillira de vous. Quand vous sentirez cela, sachez que le royaume de Dieu et le jour du salut sont proches. C’est pourquoi ne vous souciez point de la vie physique. Ne cherchez qu’à être dans la volonté de Dieu. Le reste viendra de soi-même. Et il leur dit qu’il faut toujours désirer cette seule chose et ne pas s’attrister du reste.

Ensuite les disciples lui dirent : Apprends-nous à prier.

Il leur dit : Toute votre prière doit se borner à ceci :

Père, que ton esprit soit saint en nous, que ta volonté soit en nous. Donne-nous la vie de l’esprit. Ne nous réclame pas sévèrement ce que nous te devons et nous ne réclamerons pas à ceux qui nous doivent. Ne compte pas avec nous.

Si un fils demande du pain à son père, celui-ci ne lui donne point une pierre ; de même qu’il ne lui donnera point un serpent en place de poisson. Si donc, vous autres, hommes méchants, donnez à vos enfants ce qui leur est bon et non mauvais, comment donc notre père, celui de qui nous sommes descendus, le père de l’esprit, ne nous donnerait-il pas cet esprit, cela seul que nous lui demandons ? Non seulement un père, mais n’importe quel étranger, ne refuse pas ce qu’on lui demande avec persévérance. Si même tu viens à minuit chez ton voisin lui demander du pain pour donner à manger à ton hôte, tu sais que sinon par amitié, mais par acquit de conscience, il t’en donnera. Si tu demandes on te donnera ; si tu frappes, on t’ouvrira. Il ne faut pas attendre que Dieu nous donne l’esprit qui sauve de la mort, quand nous ne le cherchons pas, quand nous ne le demandons même pas.

Et Jésus leur dit : Il y avait un juge méchant qui ne craignait ni Dieu ni les hommes. Une veuve pauvre s’adressait à lui. Il ne voulait pas lui faire justice. Mais la veuve, nuit et jour, accablait le juge de ses suppliques. Et le juge se dit : Que faire, je vais lui rendre justice comme elle le veut, sans quoi elle ne me laisserait pas tranquille.

Comprenez donc que si ce juge injuste a fait cela, comment Dieu ne ferait-il pas ce dont on le prie jour et nuit ? Si Dieu existe il le fera. S’il n’y a pas Dieu, mais au lieu de lui le juge injuste, il y a quand même le fils de l’homme, qui cherche la vérité et auquel il est impossible de ne pas croire. Cherchez le royaume de Dieu et sa vérité, partout, en tout temps, et le reste viendra de soi-même. Ne vous souciez point de l’avenir. Tâchez seulement d’éviter le mal du présent.

Soyez toujours prêts, comme les serviteurs qui attendent leur maître, afin de lui ouvrir dès qu’il arrivera. Les serviteurs ignorent quand le maître reviendra, s’il rentrera tôt ou tard, et ils doivent être toujours prêts. Et ils ont reçu le maître, ils ont exécuté sa volonté, et il en résultera du bien pour eux. La même chose avec la vie. Toujours, à chaque moment, il faut vivre de la vie de l’esprit, sans songer au passé ou à l’avenir, et sans se dire : à cette époque je ferai telle ou telle chose. Si le maître savait quand viendra le voleur il ne dormirait pas. Ainsi vous aussi ne dormez jamais, parce qu’il n’y a pas de temps pour la vie du fils de l’homme ; il ne vit que dans le présent et ignore quand est le commencement et quand est la fin de sa vie. Notre vie est semblable à celle de l’esclave que le maître a placé à la tête de sa maison. Il est heureux pour cet esclave qu’il exécute toujours la volonté du maître. Mais s’il se dit : le maître ne viendra pas de sitôt, et qu’il néglige la maison de son maître, alors, celui-ci, revenant à l’improviste, le chassera.

Ainsi ne vous tourmentez pas, mais vivez toujours dans le présent par la vie de l’esprit. Pour la vie de l’esprit, le temps n’est pas. Veillez à ne pas vous alourdir, à ne pas vous obscurcir par l’ivrognerie et les soucis, afin de ne pas laisser passer le moment du salut. Le moment du salut est un filet qui est jeté sur tous : il est là toujours. C’est pourquoi vivez toujours de la vie du fils de l’homme.

Mais à quoi est semblable le royaume du ciel ? Dix vierges étaient allées avec leurs lampes à la rencontre de l’époux. Cinq d’entre elles étaient sages, cinq étaient folles. Les folles prirent leurs lampes mais n’emportèrent pas assez d’huile. Les sages prirent leurs lampes et assez d’huile. Tandis quelles attendaient l’époux, elles s’endormirent. Quand l’époux fut annoncé, les folles s’aperçurent qu’elles avaient peu d’huile et allèrent en acheter. Pendant ce temps l’époux arriva. Les vierges sages qui avaient de l’huile entrèrent avec lui et les portes furent fermées. Les vierges n’étaient allées avec leurs lampes que pour rencontrer l’époux, et elles avaient oublié qu’il était précieux non que les lampent brûlent, mais qu’elle brûlent au moment précis. Mais pour brûler au moment précis, elles devaient brûler sans cesse. La vie n’est que pour rehausser le fils de l’homme, et le fils de l’homme est toujours. Il est hors du temps. C’est pourquoi, pour le servir, il faut vivre en dehors du temps, dans le présent seul. Faites donc des efforts, accomplissez des actes pour entrer dans la vie de l’esprit. Si vous ne faites pas d’efforts vous n’entrerez pas.

Vous direz : Nous avons dit ceci et cela ; mais si vous ne faites pas de bons actes, il n’y aura pas la vie entière, car le fils de l’homme a le pouvoir de donner à chacun ce qu’il mérite.

Tous les hommes se divisent selon qu’ils servent ou non le fils de l’homme. Par leurs actes ils se divisent comme le sont, dans un troupeau, les brebis des boucs.

Les uns riront, les autres pleureront. Ceux qui auront servi le fils de Dieu recevront ce qui leur appartient depuis le commencement du monde : la vie, celle qu’ils ont conservée. Et ils ont conservé la vie parce qu’ils ont servi le fils de l’homme. Ils ont nourri un affamé, vêtu un homme nu, recueilli le vagabond, visité les prisonniers. Il ont vécu par le fils de l’homme. Ils ont senti qu’il est seul en tous les hommes, et c’est pourquoi ils les ont aimés. Il est seul en tous. Et ceux qui n’ont pas vécu par le fils de l’homme, ceux-ci ne l’ont pas servi ; ils n’ont pas compris qu’il est seul en tous ; c’est pourquoi ils ne sont pas unis à lui, ont perdu la vie et ont péri.


FIN DU DEUXIÈME VOLUME
ERRATA

Page 43. — 8e ligne du haut, au lieu de : de ses œuvres que…, il faut lire : de ses œuvres plus grandes, que…

Page 43. — Remarques. Au lieu de : 1) Dans certains manuscrits il n’y a pas le mot davantage, lire : 1) Plus grandes c’est-à-dire supérieures à la guérison corporelle.

Page 44. — La traduction du verset : Jean, v, 23 est omise. Il faut lire : Pour que tous adorent le Fils comme ils adorent le Père. Celui qui n’adore pas le Fils n’adore pas également le Père qui l’a envoyé.

Page 66. — Ligne 16. Au lieu de la citation de l’Évangile, il faut lire : Si tu connaissais le don de Dieu, tu me demanderais toi-même à boire de l’eau, non celle qui jaillit de la terre, après laquelle on veut boire encore, mais une eau telle qui satisfait complètement et après laquelle on n’a plus soif.

Page 94. — Ligne 12. Après les mots… la force. Il faut lire : Alors Jésus lui dit : Eh bien ! tu as la force ; ne crois plus à toutes ces tromperies, ne commets plus de fautes et vis selon les forces que Dieu t’a données.

  1. L’évangile de Luc, pp. 488, 489.