Les Rôdeurs de frontières/Chapitre 08

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Fayard (p. 88-106).


VIII

LA DÉCLARATION DE GUERRE.


Il est un fait incompréhensible que maintes fois, pendant le cours accidenté de nos longues pérégrinations en Amérique, nous avons été à même de constater, c’est que souvent, sans pouvoir se rendre compte du sentiment que l’on éprouve, on sent pour ainsi dire l’approche d’un malheur ; on se sait menacé sans pouvoir cependant deviner quand viendra le péril ni de quelle façon il arrivera ; le jour semble devenir plus sombre, les rayons du soleil perdent de leur éclat, les objets extérieurs prennent une apparence lugubre ; il y a dans l’air des frémissements étranges ; tout semble enfin ressentir l’impression d’une inquiétude vague et indéfinie.

Sans que rien fût venu justifier les craintes du capitaine à la suite de son altercation avec le Pawnée, cependant, non seulement lui, mais encore la population entière de la colonie se trouvait, le soir même de ce jour, sous le poids d’une sourde terreur.

À six heures, comme de coutume, la cloche avait sonné, afin de rappeler les bûcherons et les bouviers ; tous étaient rentrés, les bestiaux avaient été enfermés dans leurs écuries respectives, et, en apparence du moins, rien d’extraordinaire ne paraissait devoir troubler la vie calme des colons.

Le sergent Bothrel et ses compagnons avaient poursuivi pendant plusieurs heures le Visage-de-Singe, mais ils n’avaient retrouvé que le cheval dont l’Indien s’était si audacieusement emparé, et que probablement il avait ensuite abandonné afin de dissimuler plus facilement ses traces.

Nulle piste d’Indiens n’existait aux environs de la colonie, cependant le capitaine, plus inquiet qu’il ne voulait le paraître, avait doublé les sentinelles destinées à veiller à la sûreté commune, et il avait ordonné au sergent de faire toutes les deux heures des patrouilles aux retranchements.

Puis, lorsque ces diverses précautions furent prises, la famille et les serviteurs de la maison se réunirent dans la salle basse de la tour, pour la veillée, ainsi que l’habitude en avait été prise dès les premiers jours de l’établissement.

Le capitaine, assis dans un grand fauteuil auprès du feu, car les nuits commençaient à être fraîches, lisait quelque vieux livre de théorie militaire, tandis que mistress Watt s’occupait avec ses servantes à raccommoder le linge de la maison.

Ce soir-là, au lieu de lire, le capitaine, les bras croisés sur la poitrine et les yeux attachés sur le foyer, semblait profondément réfléchir.

Enfin il releva la tête, et, se tournant vers sa femme :

— N’entendez-vous pas les enfants crier ? lui dit-il.

— En vérité, je ne sais ce qu’ils ont aujourd’hui, répondit-elle, on ne peut les calmer ; Betzy est auprès d’eux depuis une heure au moins sans pouvoir réussir à les endormir.

— Vous devriez y aller vous-même, ma chère, cela serait peut-être plus convenable que de les laisser ainsi aux soins d’une domestique.

Mistress Watt sortit sans répondre, et bientôt on entendit sa voix à l’étage supérieur où se trouvait la chambre des enfants.

— Ainsi sergent, reprit le capitaine en s’adressant au vieux soldat occupé dans un coin de la salle à réparer un joug, il vous a été impossible de rejoindre ce maudit païen, qui m’a si rudement jeté à terre aujourd’hui ?

— Nous n’avons même pas pu l’apercevoir, capitaine, répondit le sergent ; ces Indiens sont comme les couleuvres, ils se glissent partout. Heureusement que j’ai retrouvé Boston ; la pauvre bête semblait tout heureuse de nous revoir.

— Oui, oui, Boston est une noble bête, j’aurais été chagriné de le perdre. Le païen ne l’a pas blessé ; vous savez que ces démons ont l’habitude de traiter assez mal les chevaux.

— Il n’a rien, à ce que j’ai pu voir ; l’Indien aura probablement été forcé de l’abandonner précipitamment en nous sentant sur ses talons.

— Cela doit être ainsi, sergent. Vous avez examiné avec soin les environs ?

— Avec le plus grand soin, capitaine ; je n’ai rien vu de suspect. Les Peaux-Rouges y regarderont à deux fois avant de nous attaquer ; nous les avons trop rudement secoués pour qu’ils n’en aient pas gardé le souvenir.

— Je ne suis pas de votre avis, sergent, les païens sont vindicatifs ; je suis convaincu qu’ils voudront se venger de nous, et qu’un jour, bientôt peut-être, nous les entendrons pousser leur cri de guerre dans la vallée.

— Je ne le désire pas, pour être vrai, mais je crois que s’ils s’y hasardent, ils trouveront à qui parler.

— Je le crois aussi, mais ce serait une triste surprise qu’ils nous feraient là, surtout maintenant que, grâce à nos travaux et à nos soins, nous sommes sur le point de recevoir le prix de nos fatigues et d’obtenir un commencement de résultat.

— C’est vrai, ce serait fâcheux, car les pertes que nous occasionnerait une attaque de ces bandits seraient incalculables.

— Malheureusement, nous ne pouvons que nous tenir sur le qui-vive, sans qu’il nous soit possible de prévenir les projets que sans doute ces diables rouges ruminent contre nous. Avez-vous bien placé des sentinelles ainsi que je vous l’ai recommandé, sergent ?

— Oui, capitaine, et je leur ai surtout ordonné la plus grande vigilance ; je ne crois pas que tout fins qu’ils soient, les Pawnées réussissent à nous surprendre.

— Il ne faut jurer de rien, sergent, répondit le capitaine en hochant la tête d’un air de doute.

Au même instant, et comme si le hasard eût voulu lui donner raison, la cloche placée en dehors et qui servait à avertir les habitants de la colonie que quelqu’un demandait à entrer, fut agitée avec force.

— Qu’est-ce que cela signifie ? s’écria le capitaine en fixant les yeux sur une horloge suspendue au mur en face de lui ; il est près de huit heures du soir, qui peut venir si tard ? Tous nos hommes ne sont-ils pas rentrés ?

— Tous le sont, capitaine, personne n’est demeuré dehors.

James Watt se leva, saisit son rifle, et faisant au sergent signe de le suivre, il se prépara à sortir.

— Où voulez-vous donc aller, mon ami ? lui demanda une voix douce et inquiète.

Le capitaine se retourna, sa femme était rentrée dans la salle sans qu’il s’en fût aperçu.

— N’avez vous pas entendu la cloche ? lui dit-il. Quelqu’un demande à entrer.

— Oui, j’ai entendu, mon ami, répondit-elle, mais est-ce donc à vous d’aller ouvrir à cette heure ?

— Mistress Watt, répondit froidement mais fermement le capitaine, je suis le chef de cette colonie, c’est justement à cette heure que je dois ouvrir, parce qu’il peut y avoir danger à le faire et qu’il faut que je donne à tous l’exemple du courage et de l’accomplissement du devoir.

En ce moment, la cloche tinta une seconde fois.

— Partons, ajouta le capitaine en se tournant vers le sergent.

La jeune femme ne répondit pas ; elle se laissa tomber sur un siége, pâle et frémissante d’inquiétude.

Cependant le capitaine était sorti suivi de Bothrel et de quatre chasseurs, tous armés de rifles.

La nuit était obscure, il n’y avait pas une étoile au ciel qui était noir comme de l’encre, à deux pas devant soi il était impossible de distinguer les objets, une brise froide mugissait sourdement. Bothrel avait décroché une lanterne afin de se guider dans les ténèbres.

— Comment se fait-il, dit le capitaine, que la sentinelle placée au pont-levis n’ait pas crié qui vive ?

— Peut-être a-t-elle craint de donner l’alarme, sachant que de la tour nous entendrions le son de la cloche.

— Hum ! murmura le capitaine entre ses dents.

Ils continuèrent à s’avancer. Bientôt ils entendirent un bruit de voix auquel ils prêtèrent l’oreille. C’était la sentinelle qui parlait.

— Patience, disait-elle, voilà qu’on arrive, je vois luire une lanterne, vous n’avez plus que quelques minutes à attendre, seulement dans votre intérêt je vous engage à ne pas bouger ou sinon je vous envoie une balle en plein corps.

— Diable ! répondit du dehors une voix railleuse, vous entendez singulièrement l’hospitalité là-dedans ; c’est égal, j’attendrai, vous pouvez relever le canon de votre rifle, je n’ai point la prétention de vous prendre d’assaut à moi tout seul.

Le capitaine arriva en ce moment aux retranchements.

— Qu’y a-t-il, Bob ? demanda-t-il au factionnaire.

— Ma foi, je ne sais trop, capitaine, répondit celui-ci ; il y a là sur le bord du fossé un individu qui veut entrer à toute force.

— Qui êtes-vous ? et que voulez-vous ? cria le capitaine.

— Qui êtes-vous vous-même ? répondit l’inconnu.

— Je suis le capitaine James Watt, et je vous préviens que l’entrée de la colonie est interdite à cette heure aux vagabonds inconnus ; revenez au lever du soleil, peut-être alors consentirai-je à vous laisser pénétrer dans l’intérieur de ma propriété.

— Prenez garde à ce que vous allez faire, répondit l’étranger, votre obstination à me faire morfondre sur le bord de ce fossé pourra vous coûter cher.

— Prenez garde vous-même, répondit le capitaine avec impatience, je ne suis pas d’humeur à écouter des menaces.

— Je ne vous menace pas, je vous avertis ; vous avez déjà commis une faute grave aujourd’hui, n’en commettez pas une plus grave ce soir en vous obstinant à ne pas me recevoir.

Cette réponse frappa le capitaine et le fit réfléchir.

— Mais, dit-il au bout d’un instant, si je consens à vous laisser entrer, qui me garantira que vous ne me trahirez pas. La nuit est sombre, et vous pouvez avoir avec vous une troupe nombreuse, sans que je puisse la voir.

— Je n’ai avec moi qu’un seul compagnon dont je réponds corps pour corps.

— Hum ! fit le capitaine plus indécis que jamais, et qui me répondra de vous ?

— Moi !

— Qui êtes-vous donc, vous qui parlez notre langue avec une perfection si grande qu’on vous prendrait pour un de nos compatriotes ?

— Je le suis à peu près, je suis canadien, on me nomme Tranquille.

— Tranquille, s’écria le capitaine ! Êtes-vous donc le célèbre coureur des bois, surnommé le Tueur de tigres ?

— Je ne sais si je suis célèbre, capitaine, tout ce dont je suis certain, c’est que je suis l’homme dont vous parlez.

— Si vous êtes effectivement Tranquille, je vous laisserai entrer ; mais quel est l’homme qui vous accompagne et dont vous répondez ?

— C’est le Cerf-Noir, premier sachem des Pawnées-Serpents.

— Oh ! oh ! murmura le capitaine, que vient-il donc faire ici ?

— Vous le saurez si vous voulez nous ouvrir.

— Eh bien ! soit, s’écria le capitaine, mais tenez-vous pour bien averti qu’à la moindre apparence de trahison, vous et votre compagnon vous serez tués sans miséricorde.

— Et vous aurez raison de le faire si je manque à la parole que je vous donne.

Le capitaine, après avoir recommandé à ses chasseurs de se tenir prêts à tout événement, ordonna de baisser le pont-levis.

Tranquille et le Cerf-Noir entrèrent.

Tous deux étaient sans armes, du moins apparentes.

Devant une aussi grande preuve de confiance, le capitaine eut honte de ses soupçons, et après que le pont-levis eut été relevé, il congédia son escorte et ne garda auprès de lui que Bothrel.

— Suivez-moi, dit-il aux deux étrangers.

Ceux-ci s’inclinèrent sans répondre et marchèrent à ses côtés.

Ils arrivèrent à la tour sans avoir prononcé une parole.

Le capitaine les introduisit dans la salle où mistress Watt se trouvait seule en proie à la plus vive inquiétude.

D’un geste, son mari lui ordonna de se retirer ; elle lui jeta un regard suppliant qu’il comprit, car il n’insista pas, et elle demeura silencieuse à la place qu’elle occupait.

Tranquille avait cette même physionomie calme et ouverte que nous lui connaissons, rien dans ses manières ne semblait témoigner qu’il eût des intentions hostiles vis-à-vis des colons.

Le Cerf-Noir était, au contraire, sombre et sévère.

Le capitaine offrit près du feu des siéges à ses hôtes.

— Asseyez-vous, messieurs, leur dit-il, vous devez éprouver le besoin de vous réchauffer. Est-ce en ami ou en ennemi que vous venez vers moi ?

— Il est plus facile de faire cette question que d’y répondre, dit le chasseur avec bonhomie ; jusqu’à présent nos intentions sont bonnes : vous-même, capitaine, déciderez de la façon dont nous nous quitterons.

— Dans tous les cas, vous ne refuserez pas d’accepter des rafraîchissements ?

— Quant à présent, je vous prie de nous excuser, répondit Tranquille qui semblait chargé de porter la parole pour son compagnon et pour lui ; mieux vaut, je crois, vider de suite la question qui nous amène.

— Hum ! fit le capitaine intérieurement contrarié de ce refus qui ne lui présageait rien de bon ; parlez, alors, je vous écoute, et il ne tiendra pas à moi que tout ne se passe bien entre nous.

— Je le souhaite de tout mon cœur, capitaine, d’autant plus que si je suis ici, ce ne peut être que dans le but d’éviter les suites, soit d’un malentendu, soit d’un moment d’emportement.

Le capitaine s’inclina en signe de remerciement et le Canadien prit la parole.

— Vous êtes un ancien militaire, monsieur, dit-il, et avec vous les plus courts discours doivent être les meilleurs ; en deux mots, voici ce qui nous amène : les Pawnées-Serpents vous accusent de vous être emparé, par trahison, de leur village et d’avoir massacré la plus grande partie de leurs parents et amis, est-ce vrai ?

— Il est vrai que je me suis emparé du village, mais j’avais le droit de le faire, puisque les Peaux-Ronges refusaient de me le livrer ; mais je nie que ce soit par trahison : ce sont les Pawnées, au contraire, qui se sont traîtreusement conduits envers moi.

— Oh ! s’écria le Cerf-Noir en se levant vivement, le Visage-Pâle a une langue menteuse dans la bouche.

— Paix ! s’écria Tranquille en l’obligeant à reprendre sa place, laissez-moi débrouiller cet écheveau qui me semble assez emmêlé. Pardon si j’insiste, monsieur, reprit-il en s’adressant au capitaine, mais la question est grave et la vérité doit être connue. N’avez-vous pas été reçu, à votre arrivée, en ami par les chefs de la tribu ?

— En effet, nos premières relations furent amicales.

— Pourquoi alors devinrent-elles hostiles ?

— Je vous l’ai dit : parce que, contre la foi jurée et la parole donnée, ils refusèrent de me céder la place.

— Comment ? vous céder la place !

— Certes, puisqu’ils m’avaient vendu le territoire qu’ils occupaient.

— Oh ! oh ! capitaine, ceci demande explication.

— Elle est bien facile à donner, et pour prouver la bonne foi que j’apporte dans cette affaire, je vais vous montrer l’acte de vente.

Le chasseur et le chef échangèrent un regard étonné.

— Je n’y comprends plus rien, dit Tranquille.

— Attendez un instant, reprit le capitaine, je vais chercher cet acte et je vous le montrerai.

Et il sortit.

— Oh ! monsieur, s’écria la jeune femme en joignant les mains avec prière, tâchez d’empêcher une querelle.

— Hélas ! madame, répondit le chasseur avec tristesse, d’après la tournure que prennent les choses, c’est bien difficile.

— Tenez, voyez, dit en entrant le capitaine, et il leur montra l’acte.

Les deux hommes n’eurent qu’à jeter un coup d’œil dessus pour reconnaître la supercherie.

— Cet acte est faux, dit Tranquille.

— Faux ! c’est impossible, s’écria le capitaine avec stupeur, mais alors j’aurais été odieusement trompé.

— C’est malheureusement ce qui est arrivé !

— Que faire ? murmura machinalement le capitaine.

Le Cerf-Noir se leva.

— Que les Visages-Pâles écoutent, dit-il avec majesté, un sachem va parler.

Le Canadien voulut s’interposer, mais d’un geste le chef lui imposa silence.

— Mon père a été trompé ; c’est un guerrier juste, sa tête est grise ; le Wacondah lui a donné la sagesse ; les Pawnées-Serpents sont justes aussi, ils veulent vivre en paix avec mon père, puisqu’il est innocent de la faute qu’on lui reproche et dont un autre doit être responsable.

Le commencement de ce discours surprit agréablement les auditeurs du chef ; la jeune mère surtout, en entendant ces paroles, sentait disparaître son inquiétude et la joie rentrer dans son cœur.

— Les Pawnées-Serpents, continua le sachem, restitueront à mon père toutes les marchandises qui lui ont été estorquées ; lui, de son côté, s’engagera à abandonner les territoires de chasse des Pawnées et à se retirer ainsi que tous les Visages-Pâles qui sont venus avec lui ; les Pawnées renonceront à la vengeance qu’ils voulaient tirer du meurtre de leurs frères, et la hache de guerre sera enterrée entre les Peaux-Rouges et les Visages-Pâles de l’Ouest. J’ai dit.

Après ces paroles, il y eut un silence.

Les assistants étaient frappés de stupeur ; ces conditions étaient inacceptables, la guerre devenait imminente.

— Que répond mon père ? demanda le chef au bout d’un instant.

— Hélas ! chef, répondit le capitaine avec douleur, je ne puis consentir à de telles conditions, cela est impossible ; tout ce que je puis faire, c’est de doubler le prix que j’ai payé primitivement.

Le chef haussa les épaules avec dédain.

— Le Cerf-Noir s’était trompé, dit-il avec un sourire de mépris, les Visages-Pâles ont bien réellement la langue fourchue.

Il fut impossible de faire comprendre au sachem la véritable situation des choses ; avec cette aveugle obstination qui caractérise sa race, il ne voulut rien entendre, et plus on essaya de lui prouver qu’il avait tort, plus il se convainquit qu’il avait raison.

À une heure avancée de la nuit, le Canadien et le Cerf-Noir se retirèrent accompagnés jusqu’aux retranchements par le capitaine.

Lorsqu’ils furent sortis, James Watt revint tout pensif à la tour. Sur le seuil de la porte, il trébucha contre un objet assez volumineux ; il se baissa afin de voir ce que c’était.

— Oh ! s’écria-t-il en se relevant, c’est donc bien réellement la guerre qu’ils veulent ? By god ! ils apprendront à me connaître.

L’objet contre lequel le capitaine avait trébuché était un paquet de flèches attachées au moyen d’une peau de serpent ; les deux bouts de cette peau et les pointes des flèches étaient tachés de sang.

Le Cerf-Noir, en se retirant, avait laissé tomber derrière lui la déclaration de guerre.

Tout espoir de paix était évanoui, il fallait se préparer à combattre.

Après le premier moment de stupeur, le capitaine reprit son sang-froid, et bien que le jour ne parût pas encore, il fit éveiller tous les colons et les réunit devant la tour, afin de tenir conseil et d’aviser aux moyens de neutraliser le péril qui menaçait la colonie.