Les Rois Mages

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L’Heure enchantéeAlphonse Lemerre, éditeur (p. 113-117).


LES ROIS MAGES


I


 
À minuit sonnant passent les Rois Mages.
Ils viennent tous trois du pays lointain
Où fleurit la rose, où naît le matin.
Ils vont à Jésus rendre leurs hommages.

Ils vont saluer l’enfant printanier,
Son père Joseph, sa mère Marie.
Deux sont blancs, avec la barbe fleurie ;
Le troisième est noir comme un charbonnier.

Tandis qu’ils dormaient, la couronne en tête,
Un ange du ciel éblouit leurs yeux :
— « Ô rois, levez-vous, le monde est joyeux ;
Ô rois, levez-vous, la terre est en fête.


« Allez promptement. Le Sauveur est né,
Parmi les pasteurs, au fond d’une crèche. »
La brise souffla, divinement fraîche,
Et tout le palais fut illuminé.

Ils ont pris congé de la reine brune
Dont la bouche en fleur a soudain pâli.
Ils ont embrassé l’héritier joli ;
Les voilà partis dans la nuit sans lune.

Ils vont, galopant par monts et par vaux,
Franchissant les bois et les chènevières ;
Ils sautent d’un bond fleuves et rivières,
Et la terre tremble sous leurs chevaux.

Ils vont. Leurs manteaux traînent sur la brande
Où filent gaiement par les prés mouillés.
Trente petits nains, de rouge habillés,
Sur des coussins verts portent leur offrande.

Et toujours, loin, loin dans le firmament,
Une étoile brille et les accompagne.
Sa douce lueur endort la campagne,
Sous la nuit sans lune, ineffablement.

Voici qu’en pleins champs apparaît l’étable.
L’étoile s’arrête et la troupe aussi.
« Holà, font les Rois, entrons. C’est ici
Que nous trouverons l’enfant délectable. »


II


Ah ! ce n’était pas un riche palais,
Tout fleuri d’argent, d’or et de lumière ;
Pas même la grange où rit la fermière,
Au tomber du jour, avec ses valets.

Rien qu’un toit qui branle. Oh ! quelle demeure
Pour la bonne Dame et pour l’enfant Dieu !
Il vente, à grands coups, dans l’âtre sans feu,
Et la Vierge chante à Jésus qui pleure.

Le loquet tiré, sont entrés les Rois.
Ils ont, dès le seuil de la bergerie,
Salué Joseph, salué Marie,
Fait une risette au poupon, tous trois.

— « Fontaine d’amour où le ciel se mire,
Perle qui brillez au milieu du foin,
Pour vous adorer nous venons de loin,
Nous vous apportons l’encens et la myrrhe. »

Derrière le bœuf, tout près de l’ânon
Qui s’est mis à braire, en signe de joie,
Ils sont à genoux. Jésus leur envoie
Un baiser à tous de son doigt mignon.


Aux fentes du mur on voyait l’escorte
Qui regardait tout de grande amitié ;
De ces pauvres gens Marie a pitié.
Elle dit : — « Joseph, ouvrez donc la porte. »

Ils entrent. Chacun paiera son écot
D’une chansonnette à la bonne hôtesse.
Mais, pour le savoir et la politesse,
Nul ne vaut Gaspard, le roi moricaud.

Comme un enchanteur agitant ses manches,
Il bat la mesure et conduit le chœur.
Il rit largement et de tout son cœur ;
Dans sa face noire on voit ses dents blanches.

— « Voici quinze jours que je n’ai dormi,
Pour te voir plus tôt, avec ma Fanchette.
Si j’ai le cuir noir, mon âme est blanchette ;
Baille-moi cinq sous, mon petit ami. »


II


L’étoile d’amour, qui perce la brume,
Illumine encor la pauvre maison.
Un trait d’or soudain barre l’horizon.
L’Orient rougit et le jour s’allume.


Par une ouverture au milieu du toit,
Apparaît, au ciel, un nuage rose ;
Et l’enfant, frais comme un bouton de rose,
S’endort en tétant le bout de son doigt !