75%.png

Les Stromates/Livre premier/Chapitre XXI

From Wikisource
Jump to navigation Jump to search
Texte établi par M. de GenoudeSapia (Tome cinquièmep. 69-95).
Livre premier
CHAPITRE XXI.
En comparant les époques respectives, il prouve que les institutions et les lois des Hébreux sont de beaucoup plus anciennes que la philosophie grecque.

À l’égard du larcin qu’ils ont fait de leurs dogmes à la philosophie hébraïque, nous en traiterons un peu plus tard. Il nous faut d’abord, pour procéder méthodiquement, parler du temps où Moïse a vécu. L’examen de cette date prouvera, d’une manière incontestable, que la philosophie hébraïque est la plus ancienne de toutes. Tatien, dans son discours contre les gentils, est entré dans les plus grands détails sur cette matière ; Cassien aussi, dans le premier livre de ses exégétiques. Cependant la forme de cet ouvrage, et son titre de commentaires, nous imposent la nécessité de parcourir tout ce qui s’est dit. Apion le grammairien, surnommé Plistonikes, c’est-à-dire vainqueur (remarquez qu’il était égyptien, et à ce titre l’ennemi naturel des Hébreux ; il alla même jusqu’à composer un livre contre eux) ; Apion, dis-je, faisant mention, dans le quatrième livre de son histoire d’Égypte, d’Amosis, roi des Égyptiens, s’appuie du témoignage de Ptolémée de Mendès, à l’endroit où il parle des faits et des gestes de ce prince. Voici les paroles d’Apion : « Le lac Abaris fut creusé par Amosis, contemporain d’Inachus d’Argos, comme le rapporte Ptolémée de Mendès dans ses annales. Ce Ptolémée fut prêtre. Dans un des trois livres où il passe en revue l’histoire des rois d’Egypte, il dit que ce fut sous le règne d’Amosis que les Juifs, ayant Moïse à leur tête, sortirent d’Egypte. » On voit par-là que Moïse fut Le contemporain d’Inachus. Or, la ville d’Argos bâtie par Inachus ; comme nous l’apprend Denys d’Halycarnasse dans ses annales, est la plus ancienne des villes grecques. Athènes, fondée par l’autochthone Cécrops, l’homme aux deux natures, est postérieure de quatre générations à la ville d’Argos, comme le dit Tatien, dans les termes mêmes dont nous nous servons. Pelasge, le premier législateur de i’Arcadie, est postérieur de neuf générations à Inachus. On le dit aussi autochthone. Deucalion, premier roi dp la Phtiotide, est postérieur de quinze générations au même Inachus. Or, d’Inachus au temps où fleurit Troie, on compte vingt générations au plus. Ce qui donne environ quatre cents ans et au delà. Et si, d’après le témoignage de Ctésias, les Assyriens se sont réunis en peuple longtemps avant les Grecs, il est évident que ce fut quatre cents ans après la fondation de l’empire assyrien, la trente-deuxième année du règne de Bélochus, huitième du nom, et du temps d’Amosis et d’Inachus, l’un roi d’Argos, l’autre d’Egypte, que Moïse fit Sortir d’Egypte les fenfants d’Israël. Ce fut sous le règne de Phoroûée, sticcesseur d’Inachus, que la Grèce vit le déluge d’Ogygès, (et que s’éleva le royaume de Sicyone avec ses premiers rois Agiale, Europs et Telchin, et que Crétès régna en Crète. Car Acusilaüs Homme Phoronée le premier homme ; et c’est delà qtie Fauteur de la Phoronide lui donne aussi le nom de père des mortels. C’est pourquoi Platon, adoptant la version d’Acusilaüs, dit dans le Timée : « Et parfois, pour les engager eux-mêmes à lui parler des antiquités de leur ville, il se mettait à leur parler des premiers temps de la Grèce, et de Phoronée, dit le premier homme, et de Niobé, et des faits qui avaient suivi le déluge de Deucalion. » Actœus, qui donna son nom à l’Attique actéenne, fut contemporain de Phorbas, Prométhée, Atlas, Épiméthée, Cécrops aux deux natures, et Io, furent contemporains de Triopas. L’incendie de Phaéton et ie déluge de Deucalion eurent lieu du temps de Crotope ; et le règne de Sthénélus eut pour faits contemporains le règne d’Amphyction, l’arrivée de Danaüs dans le Péloponèse et la fondation de Dardanie par Dardanus, le premier-né de Jupiter, qui rassemble les nuages, comme dit Homère. Ce fut vers le même temps qu’Europe fut enlevée de Phénicie et conduite en Crète. Les faits contemporains du règne de Lyncée furent l’enlèvement de Proserpine, la fondation du temple d’Eleusis, l’invention de l’agriculture par Triptolème, l’arrivée de Cadmus à Thèbes, et le règne de Minos. Ce fut du temps de Prsetus qu’Eumolpe fit la guerre aux Athéniens ; et du temps d’Acrisius que Pélops passa de Phrygie en Grèce. La même époque vit l’arrivée d’Ion à Athènes, le deuxième Cécrops, les faits et gestes de Persée et de Bacchus, et Orphée et Musée. Selon Denys d’Argos, Troie fut prise la dix-huitième année du règne d’Agamemnon, la première du règne de Démophon, roi d’Athènes, et fils de Thésée, et le douzième jour du mois de thargélion. Ægias et Dercyle veulent que Troie ait été prise le huitième jour de la troisième décade du mois de panémus ; Héllanicus, le douzième jour de thargélion ; selon quelques-uns de ceux qui ont écrit l’histoire d’Athènes, ce fait aurait eu lieu le huitième jour de la dernière décade du mois de thargélion, la dernière année du règne de Ménesthée et pendant la pleine lune. La nuit avait parcouru la moitié de sa carrière, dit l’auteur de la petite Iliade, et la lune brillait de tout son éclat. D’autres veulent que ce soit le huitième jour de la dernière décade du mois de scirophorion. Thésée, l’émule d’Hercule, est antérieur d’une génération au siége de Troie. Aussi dans Homère est-il fait mention de Thépolème, fils d’Hercule, comme ayant combattu contre Troie. Il est donc prouvé que Moïse est antérieur de six cents ans à l’apothéose de Bacchus, puisque cette apothéose eut lieu la trente deuxième année du règne de Persée, comme on le voit dans les annales d’Apollodore. Depuis l’apothéose de Bacchus jusqu’au temps d’Hercule et des guerriers célèbres qui montèrent avec Jason le navire Argo, on compte soixante ans. Esculape et Castor et Pollux furent aussi de ce voyage, comme l'atteste Apollonius de Rhodes, dans son poème sur les Argonautes. Depuis l'année où Hercule (monta sur le trône d'Argos, jusqu'à l'apothéose du même Hercule et d'Esculape, on compte trente-huit ans, selon le chronographe Apollodore. De cette époque à l'apothéose de Castor et de Pollux, on compte cinquante-trois ans. Troie fut prise environ vers la même époque. Si nous devons aussi ajouter foi aux paroles du poète Hésiode, entendons-le nous dire :

Maia, fille d'Atlas, après être entrée dans la couche sacrée de Jupiter, lui donna un fils, le grand Mercure, le messager des immortels ; et Sémélé, fille de Cadmus, après avoir reçu les caresses du maître des dieux, enfanta Bacchus, qui répand partout la joie. Or, Cadmus, le père de Sémélé, vint à Thèbes du temps de Lyncée, et fut l'inventeur des lettres grecques. Triopas vivait dans le même temps qu'Isis, sept générations après Inachus. On prétend qu'Isis est la même que la nymphe Io, (iôn, allant) ainsi nommée parce qu'elle erra sur toute la surface de la terre. Ister, dans son livre sur les colonies Égyptiennes, dit que cette nymphe était fille de Prométhée. Or, Prométhée vivait dans le même temps que Triopas, sept générations après Moïse. Il est donc constant que Moïse est antérieur même à l'époque où la Grèce place la création du premier homme. Léon, auteur d'un traité sur les dieux égyptiens, dit qu'Isis est appelée Cérès par les Grecs. Or, Cérès vivait du temps de Lyncée, onze générations après Moïse. Apis, roi d'Argos, est le fondateur de Memphis, comme le rapporte Aristippe, dans le premier livre de son histoire d'Arcadie. Aristée d'Argos dit qu'on surnomma ce roi Sarapis, et qu'il est le même Sarapis que les Égyptiens adorent. Mais Nymphodore d'Amphipolis, dans le troisième livre de son ouvrage sur les lois de l'Asie, dit que le taureau Apis étant mort et ayant été embaumé, on le déposa dans un cercueil (en grec soros), et que le cercueil fut placé dans le temple du dieu que l'on adorait ; que le taureau prit de là le nom de Soroapis, et que dans la suite, les habitants du lieu contractèrent l'habitude de le nommer Sarapis. Apis est le deuxième successeur d'Inachus. Latone vivait du temps de Titye :

« Car il viola Latone, l'illustre épouse de Jupiter. »

Or, Titye et Tantale furent contemporains. Pindare aussi a donc eu raison d'écrire : « Alors naquit Apollon. » Et en cela rien d'étonnant, puisque nous trouvons Apollon avec Hercule au service d'Admète pour un longtemps. Zéthus et Amphion, inventeurs de la musique, naquirent vers le temps de Cadmus. Si l'on vient nous dire que la première sybille est Phémonoé, qui fut consultée par Acrisius, qu'on sache qu'elle n'est antérieure que de vingt-sept ans à Orphée, à Musée et à Linus, le précepteur d'Hercule. Homère et Hésiode sont de beaucoup postérieurs à la prise de Troie, et de beaucoup antérieurs aux législateurs grecs, Lycurgue et Solon, aux sept sages, au syrien Phérécyde et au grand Pythagore, qui tous parurent longtemps après l'établissement du système des Olympiades, comme nous l'avons déjà montré. Il nous est donc prouvé que Moïse est plus ancien, non -seulement que les sages et que les poètes grecs, mais encore que la plupart des dieux adorés en Grèce. Et non-seulement Moïse, mais la sybille même est plus ancienne qu'Orphée ; car on dit qu'il existe de nombreux ouvrages qui traitent de son surnom et des oracles qu'elle a rendus ; et qu'en sa qualité de Phrygienne, on l'avait appelée Diane, et que, s'étant rendue à Delphes, elle chanta ces vers :

« Habitants de Delphes, adorateurs d'Apollon aux flèches rapides, je suis venue pour vous annoncer la volonté du tout-puissant Jupiter, moi que l'esprit de mon frère Apollon remplit d'un feu prophétique. »

Il est encore une autre sibylle, originaire d'Erythrée ; elle se nommait Hérophyle. Héraclide de Pont fait mention de toutes les deux, dans son Traité sur les oracles. Je passe sous silence la sibylle d'Égypte et la sybille italienne qui établit sa demeure dans l'emplacement où s'éleva depuis la porte Carmentale à Rome. Cette sibylle eut pour fils Évandre, fondateur du temple que Rome possède en l'honneur de Pan, et qu’on nomme Lupercal. Il est à propos maintenant de rechercher aussi avec soin dans quel temps ont vécu les autres prophètes que les Hébreux ont eus après Moïse. Après la mort de Moïse, Josué prit le commandement du peuple d’Israël. En tout, il fit la guerre pendant soixante-cinq ans ; il se reposa dans la terre promise pendant vingt-cinq autres années, et, selon le livre de Josué, il gouverna Israël pendant vingt-sept ans. Après lui > les Hébreux ayant péché, furent livrés pendant huit ans à Chusachar, roi de Mésopotamie, comme on le voit dans le livre des Juges. Mais ayant imploré Dieu, ils prirent pour chef Gothoniel, le frère puîné de Galeb, de la tribu de Juda. Gothoniel, après avoir tué le roi de Mésopotamie, gouverna le peuple pendant cinquante ans. Les Hébreux, ayant péché de nouveau, furent livrés pendant dix-huit ans à Églon, roi des Moabites. S’étant de nouveau repentis, ils eurent pour chef, pendant quatre-vingts ans, Aod, habile de la main gauche comme de la droite, et de la tribu d’Éphraïm. C’est lui qui mit à mort Eglon. Après la mort d’Aod, les Hébreux ayant de nouveau péché, furent livrés pendant vingt ans à Jabin, roi de Chanaan. Dans le même temps vivait la prophétesse Débora, femme de Labidoth, et de la tribu d’Éphraïm. Ozius, fils d’Abiésus, était alors grand-prêtre. Barac, fils de Benner et de la tribu de Nephthali, s’étant, à l’instigation de Débora, mis à la tête de l’armée, marcha contre Sisara, général en chef de l’armée de Jabin et le vainquit. Après cette victoire, Débora jugea le peuple pendant quarante ans. Elle mourut, et le peuple pécha de nouveau et fut livré aux Madianites pendant sept ans. Alors Gédéon, fils de Joas, de la tribu de Manassé, marcha contre les Madianites avec trois cents hommes, et leur tua cent-vingt-mille hommes. Il jugea Israël pendant quarante ans, et après lui son fils Achimélech, pendant trois ans. À ce dernier succéda Boiéas, fils de Bédan, fils de Charran, de la tribu d’Éphraïm ; il fut juge en Israël pendant vingt-trois ans. Après sa mort, les Hébreux ayant de nouveau péché, furent livrés aux Ammonites pendant dix-huit ans. S’étant repentis de nouveau, ils eurent pour juge Jephté de Galaad, et de la tribu de Manassé.

Jephté les gouverna six ans. À Jephté succéda Abatthan de Bethléem, et de la tribu de Juda. Il fut juge sept ans ; puis Ébron et Zabulon, huit ans ; puis Églon d’Éphraïm, huit ans. Il en est qui joignent aux sept années d’Abatthan, les huit années d’Ébron. Après Églon, les Juifs ayant encore péché, furent assujettis quarante ans au joug étranger des Philistins ; mais étant revenus à Dieu, Samson se mit à leur tête et vainquit les étrangers. Il gouverna Israël pendant vingt ans. Un interrègne ayant eu lieu après sa mort, le grand-prêtre Héli jugea le peuple pendant quarante ans. À Héli succéda le prophète Samuel ; avec Samuel régna Saûl, qui monta sur le trône âgé de vingt-sept ans. Samuel oignit aussi David, et mourut deux ans avant Saùl, sous le pontificat d’Abimélech. Or, Saül avait reçu l’onction à titre de roi, et il fut le premier roi qui régna sur Israël après les juges. Les juges avaient gouverné Israël pendant quatre cent soixante —trois ans et sept mois. Après eux, comme on le voit dans le premier livre des Rois, Saül ayant été régénéré par l’huile sainte, régna vingt ans. Après la mort de Saül, David régna en Hébron ; ce fut le second roi. Il était fils de Jessé, de la tribu de Juda ; son règne dura quarante ans, comme le rapporte le second livre des Rois. Abiathar, fils d’Abimélech et de la parenté d’Héli, était alors grand-prêtre. Les prophètes Gad et Nathan étaient aussi de cette époque. Il s’écoula donc, depuis Jésus, fils de Marie, jusqu’au temps où David reçut la couronne, quatre cent cinquante ans selon les uns, mais comme le prouve notre supputation chronologique, on compte cinq cent vingt-trois ans sept mois jusqu’à la mort de David. Salomon, fils de David, régna après lui pendant quarante ans. Sous son règne vécut le prophète Nathan, qui l’engagea à construire le temple. Achias de Selom prophétisa aussi vers la même époque. David et Salomon étaient eux-mêmes prophètes. Sadoc fut le premier grand-prêtre qui sacrifia dans le temple construit par Salomon. Il fut le huitième grand-prêtre depuis Aaron, le premier qui ait porté ce titre. Ainsi donc, depuis Moïse jusqu’au temps de Salomon, il s’écoula, selon les uns, cinq cent quatre-vingt-quinze ans, selon les autres, cinq cent soixante-seize ans. Or, si l’on ajoute aux quatre cent cinquante ans qui s’écoulèrent depuis Jésus jusqu’à David, les quatre-vingts ans pendant lesquels Moïse commanda le peuple d’Israël, et les autres quatre-vingts ans qui remontent jusqu’à la naissance de Moïse, avant que les hébreux sortissent d’Égypte, et qu’on joigne en outre les quarante ans du règne de David, on obtiendra un total de six cent dix ans. Et si l’on va jusqu’à la mort de Salomon, on trouvera pour total six cent quatre-vingt-trois ans sept mois. Hiram donna sa fille à Salomon, vers l’époque où Ménélas, après la prise de Troie, abordait en Phénicie, comme le rapportent Ménandre de Pergame, et Lœtus dans ses Phéniciens. À Salomon succéda son fils Roboam, qui régna dix-sept ans. Abimélech, fils de Sadoc, était alors grand-prêtre. Sous Roboam, le royaume s’étant divisé, Jéroboam serviteur de Salomon, et de la tribu d’Éphraïm, régna à Samarie. De ce temps vécurent aussi les prophètes Achias de Selom et Samaeas, fils d’Amamé, et celui qui vint de Juda vers Jéroboam, et qui prophétisa contre l’autel élevé par ce dernier. À Roboam succéda son fils Abiu qui régna vingt-trois ans, et à ce dernier son fils Asaman, qui régna le même nombre d’années. Dans sa vieillesse, Asaman eut la goutte aux pieds. Sous son règne vécut le prophète Jéhu, fils d’Ananias. Josaphat, fils d’Asaman, lui succéda et régna cinq ans. Son règne vit les prophètes Élie de Thesbé et Michée fils d’Ièble, et Abdias fils d’Ananias. Michée eut pour contemporain le faux prophète Sédécias, fils de Chanaan. Vient ensuite Joram, fils de Josaphat, qui régna huit ans ; sous son règne vécut Élie, et après Élie, Elisée, fils de Saphat. Ce fut du temps d’Elisée que les Samaritains furent réduits à manger leurs propres enfants et de la fiente de pigeon. Le règne de Josaphat s’étend depuis la dernière partie du troisième livre des Rois jusqu’au quatrième livre. Ce fut sous le règne de Joram qu’Élie fut enlevé au ciel. Après Élie, Elisée, âgé de quarante ans, prophétisa pendant sept ans. Puis vint Ochosias, qui régna un an. De son temps, Elisée prophétisait encore, et avec lui Abdadonaï. À Ochosias succéda sa mère Athalie, qui régna huit ans, après avoir massacré les enfants de son fils. Elle était du sang d’Achab. Mais Josabeth, sœur d’Ochosias, déroba au massacre Joas, fils d’Ochosias, et dans la suite, lui mit la couronne sur le front. Sous le règne d’Athalie vivait encore Elisée. Après Athalie, comme nous venons de le dire, régna Joas, qui avait été sauvé de la mort par Josabeth, la femme du grand-prétre Joïada. Il vécut en tout quarante ans. Ainsi donc, depuis Salomon jusqu’à la mort du prophète Elisée, on compte, selon les uns, cent-cinq ans, selon les autres, cent-deux ans ; mais comme le prouve notre supputation chronologique, il s’est écoulé, depuis le régne de Salomon jusqu’à la mort d’Elisée, cent quatre-vingt-un ans. Selon Philocore, il s’est écoulé cent quatre-vingts ans depuis la prise de Troie jusqu’à la naissance d’Homère, laquelle eut lieu après l’émigration de la colonie ioniennne. Mais Aristarque, dans ses commentaires, dit qu’Homère vivait lors de cette émigration. Or, cette émigration eut lieu cent quarante ans après la prise de Troie. Apollodore veut qu’Homère soit né cent ans après l’émigration de la colonie ionienne, pendant qu’Agésilas, fils de Dorysséus, régnait à Lacédémone. Il établit de la sorte que le législateur Lycurgue fut dans sa jeunesse le contemporain d’Homère. Mais Euthymène, dans ses annales, dit qu’Homère florissait ainsi qu’Hésiode du temps d’Acaste, et que le premier naquit dans l’île de Chio, environ deux cents ans après la prise de Troie. Archémaque est du même avis, dans son histoire de 111e d’Eubée. D’où il suit qu’Homère et Hésiode sont postérieurs même à Elisée. Si l’on veut suivre la version du grammairien Cratès, et que l’on place la naissance d’Homère vers la descente des Héraclides dans le Péloponnèse, quatre-vingts ans après la prise de Troie, on trouvera encore qu’Homère est postérieur à Salomon, dont le règne correspond à l’arrivée de Ménélas en Phénicie, comme nous l’avons dit plus haut. Selon Ératosthènes, Homère naquit cent ans après la prise de Troie. Il y a plus, Théopompe, dans le quarante-troisième chapitre de son histoire de Philippe, rapporte qu’Homère est ne cinq cents ans après les guerriers qui prirent part au siége de Troie. Euphorion, dans son histoire des rois Halyattes, dit qu’Homère est né du temps de Gigès, qui commença de régner vers la dix-neuvième Olympiade, et qui, selon le même Euphorion, reçut le premier le nom de tyran. Dans un tableau chronologique, Sosibius de Lacédémone place Homère vers la huitième année du règne de Charillus, fils de Polydecte. Or, Charillus régna soixante-quatre ans, et après lui son fils Nicander, trente-neuf ans. Et Sosibius dit que la première Olympiade fut établie dans la trente-quatrième année du règne de Nicander ; en sorte qu’Homère serait postérieur de quatre-vingt-dix ans au système des Olympiades. Après Joas, son fils Amasias prit la couronne et régna trente-neuf ans. Amasias eut pour successeur son fils Ozias, qui régna cinquante-deux ans, et demeura lépreux jusqu’à sa mort. De son temps vécurent les prophètes Amos et Isaïe fils d’Amos, et Osée fils de Béeri, et Jouas fils d’Amathi ; Jonas qui était de Geth en Ghober, qui prêcha la pénitence aux Ninivites, et qui sortit du ventre de la baleine qui l’avait englouti. Osias eut pour successeur son fils Jonathan qui régna seize ans. Sous le règne de ce dernier, prophétisaient encore Isaïe et Osée, et Michée de Morasthi, et Joël fils de Bathuel. Jonathan eut pour successeur son fils Achas, qui régna seize ans. Vers la quinzième année du règne d’Achaz, les tribus d’Israël furent emmenées captives à Babylone, et Salmanasar, roi d’Assyrie, transféra chez les Mèdes et à Babylone, les habitants de Samarie. Achaz eut pour successeur Ézéchias, qui régna vingt-neuf aus. Ce roi, étant sur le point de mourir, mérita par la sainteté de sa vie, que Dieu lui accordât, par la bouche d’Isaïe, de vivre encore quinze autres années, promesse que Dieu ratifia soudain, en ramenant le soleil en arrière. Isaïe, Osée et Michée prophétisèrent jusqu’au règne d’Ézéchias. On les dit postérieurs à Lycurgue, le législateur des Lacédémoniens. En effet, Dieuchidas, dans le quatrième livre de son histoire de Mégare, rapporte que Lycurgue appartient à la deux cent quatre-vingt-dixième année qui suivit la prise de Troie. Et l’on trouve Isaïe, et avec lui Michée, et Osée et Joël fils de Bathuël, on les trouve, dis-je, prophétisant encore dans la deux centième année qui suivit Salomon, pendant le règne duquel nous avons déjà montré Ménélas abordant en Phénicie. Ézéchias eut pour successeur son fils Manassès, qui régna cinquante-cinq ans ; Manassès, son fils Amon, qui régna deux ans ; Amon, son fils Josias, qui régna trente et un ans, et qui se montra le plus fidèle observateur de la loi. « Il jeta « les cadavres mutilés des hommes sur les statues renversées « et brisées des idoles, » comme il est écrit dans le Lévitique. Dans la dix-huitième année de son règne, la pâque fut célébrée comme elle ne l’avait été, ni par Samuel, ni par aucun des rois prédécesseurs de Josias. Ce fut aussi sous le régne de ce prince que le grand-prêtre Ghelcias, père du prophète Jérémie, ayant trouvé dans le temple le livre de la loi, mourut après l’avoir lu. Vers le même temps florissaient les prophètes Olda, Sophonie et Jérémie. Ce dernier eut pour contemporain le faux prophète Ananias, qui pour ne l’avoir pas écouté, mourut l’année même. Quant à Josias, s’étant avancé à la rencontre de Néchao, roi d’Égypte, qui marchait contre les Assyriens, il fut tué près de l’Euphrate. À Josias succéda son fils Jéchonias, autrement dit Joachaz, qui régna trois mois et dix jours. Néchao, roi d’Egypte, enchaîna Joachas et l’emmena en Egypte, après avoir établi roi Joachim en la place du roi son frère, et l’avoir chargé de percevoir tout le tribut dont lui, Néchao, avait frappé tout le pays. Joachim régna douze ans. Il eut pour successeur son fils Joachin qui régna trois mois. Vint ensuite Sédécias, qui régna douze ans. Jérémie prophétisait encore sous le règne de ce prince. Dans le même temps prophétisaient aussi Ézéchiel fils de Buzi, et Urias fils de Saméi, et Habacuc. Là finissent les rois hébreux. Ainsi donc, depuis la naissance de Moïse jusqu’au jour où Sédécias fut emmené captif à Babylone, il s’écoula, selon les uns, neuf cent soixante-deux ans, mais selon les résultats certains de notre supputation chronologique, mille quatre-vingt-cinq ans, six mois, dix jours. Et depuis le règne de David jusqu’à la captivité dont les Chaldéens furent les instruments, il s’écoula, selon les uns, quatre cent cinquante-deux ans et six mois ; mais selon les résultats certains de notre supputation chronologique, quatre cent quatre-vingt-deux ans, six mois et dix jours. Or, ce fut dans la douzième année du règne de Sédécias, soixante-dix ans avant la domination des Perses, que Nabuchodonosor combattit contre les Phéniciens et contre les Juifs, comme le rapporte Bérose, dans son histoire des Chaldéens. Et Jabas, dans son histoire des Assyriens, avoue qu’il tient de Bérose ses renseignements historiques, rendant ainsi témoignage à la véracité de cet historien. Ainsi donc, Nabuchodonosor, après avoir crevé les yeux à Sédécias, l’emmena à Babylone, et transféra dans des pays lointains le peuple tout entier, à l’exception d’un petit nombre d’individus qui se réfugièrent en Egypte. Cette captivité dura soixante —dix ans. Du temps de Sédécias, Jérémie et Habacuc prophétisaient encore. Dans la cinquième année du règne de ce prince, Ézéchiel prophétisa à Babylone, et après lui Nahum, puis Daniel. Après ce dernier, sous le premier Darius, Aggée et Zacharie prophétisèrent pendant deux ans ; après Darius, Malachie, l’un des douze, dont le nom veut dire mon messager. Après Aggée et Zacharie, Néhémias, le grand échanson d’Artaxerce, fils de l’israélite Achelï, réédifia la ville de Jérusalem, et releva le temple. À cette captivité se rattache l’histoire d’Esther et de Mardochée. Nous avons un livre sur cette histoire, comme nous en avons également un sur les Machabées. Durant cette captivité, Misaël, Ananias et Azarias ayant refusé d’adorer une statue, furent jetés dans une fournaise ardente, et sauvés des flammes par un ange qui descendit vers eux. Alors aussi, Daniel ayant été jeté dans la fosse aux lions, fut nourri par les mains d’Habacuc, par un miracle, et retiré sain et sauf de la fosse le septième jour. Ce fut alors aussi qu’un miracle fut fait en faveur de Jonas, et que Tobie, avec le secours de Fange Raphaël, épousa Sara, dont les sept premiers prétendants avaient été tués par le démon ; et que Tobie le père, après la célébration des noces, recouvra la vue. Ce fut encore durant la captivité de Juda, que Zorobabel, ayant déjoué par sa prudence les projets de ses adversaires, acheta de Darius le droit de relever Jérusalem, et revint dans sa patrie avec Esdras, qui délivra le peuple, mit en ordre, avec le secours de l’inspiration divine, le recueil des saintes Écritures, fit célébrer la pâque du salut, et annula les mariages que les Hébreux avaient contractés avec des femmes étrangères. Or, Cyrus avait fait auparavant publier qu’il rendait les Hébreux à leur patrie et à la liberté. Cette promesse ayant reçu son accomplissement sous le règne de Darius, les Hébreux célébrèrent la fête de la dédicace, comme aussi celle des tabernacles. On compte en tout, depuis la naissance de Moïse jusqu’à la délivrance des Juifs, onze cent cinquante ans, six mois et dix jours ; et depuis le règne de David, trois cent cinquante-deux ans selon les uns, mais selon les résultats plus sûrs d’une supputation plus exacte, cinq cent soixante-douze ans, six mois, dix jours. Ainsi se trouvèrent accomplies par la captivité que les Hébreux souffrirent à Babylone, du temps de Jérémie, les paroles suivantes du prophète Daniel : « Les soixante-et-dix semaines sont abrégées sur « ton peuple et sur la sainte cité, afin que la prévarication soit consommée et que le péché prenne fin, et que l’iniquité soit effacée et expiée, et que la justice éternelle paraisse, et que la vision et la prophétie soient accomplies, et que le saint des saints reçoive Fonction. Sache donc et comprends : Depuis cette prophétie et la réédification de Jérusalem jusqu’au Christ roi, il y aura sept semaines et soixante-deux semaines ; et de nouveau seront édifiées la place publique et les murailles, semaines le Christ sera mis à mort, et il n’y aura pas de jugement pour lui ; et de concert avec le roi qui doit venir, il dissipera la cité et le sanctuaire ; et un nouveau cataclysme en exterminera les habitants, et jusqu’à la fin de la guerre la destruction les décimera ; et il confirmera l’alliance à plusieurs dans une semaine, et au milieu d’une semaine l’oblation et le sacrifice cesseront, et l’abomination de la désolation sera dans le temple, et persévérera jusqu’à la consommation des temps. Et au milieu d’une semaine, il ne s’élèvera plus de parfums de l’autel des sacrifices, et la destruction étendra ses ravages jusqu’à la consommation, et en quelque sorte, jusqu’à l’anéantissement de l’oblation. » Il est donc évident que le temple a été reconstruit dans les sept premières semaines ; car le fait se trouve dans Esdras. Ainsi, le Christ est devenu roi des Juifs, après l’accomplissement des sept semaines ; et durant les soixante-deux semaines la Judée entière s’est reposée dans une paix profonde qu’aucune guerre n’a troublée ; et notre Seigneur Jésus-Christ, le Saint des Saints, étant alors venu et ayant accompli la vision et la prophétie, a été oint par l’esprit du Père dans la chair qu’il avait revêtue. La royauté du Christ appartient donc à ces soixante-deux semaines et à la semaine unique, comme a dit le prophète, La moitié de la semaine suivante occupe la fin du règne de Néron, et part de l’époque où cet empereur mit l’abomination dans la ville sainte de Jérusalem ; et la seconde moitié de cette semaine le vit périr lui-même, ainsi que Galba, Othon et Vitellius ; elle vit également l’élection de Vespasien à l’empire, la destruction de Jérusalem et la désolation du temple. Pour celui (qui peut comprendre, il est évident que les choses se sont réalisées comme le prophète les avait annoncées. Ainsi donc, [après la onzième année, et au commencement de la suivante, qui fut la première du règne de Joachim, Nabuchodonosor, qui depuis sept ans régnait en Assyrie, transféra les habitants de Jérusalem à Babylone. Cette captivité frappa les Juifs dans la deuxième année du règne de Japhré, roi d’Égypte, et dans la première année de la quarante-huitième Olympiade, lorsque Athènes avait pour archonte, Philippe. Elle dura soixante-dix ans, puisqu’elle prit fin dans la seconde année du règne de Darius, fils d’Hystaspe, qui fut roi des Perses, des Assyriens et des Égyptiens, De son temps prophétisaient, ainsi que nous l’avons déjà dit, Aggée, Zacharie et Malachie, l’un des douze prophètes. Alors aussi, Jésus, fils de Josedec, était grand-prêtre. Or, dans la seconde année du règne de Darius, qui, selon Hérodote, renversa le gouvernement usurpateur des Mages, Zorobabel, fils de Salathiel, fut envoyé pour relever et décorer le temple de Jérusalem. Voici pareillement quelle est la supputation des années pendant lesquelles a duré l’empire des Perses. Cyras régna trente ans ; Cambyse dix-neuf ans ; Darius quarante-six ans ; Xerxès vingt-six ans ; Artaxerxès quarante et un ans ; Darius huit ans ; Artaxerxès quarante-deux ans ; Ochus ou Arsès trois ans ; etc… En somme, toute la suite des rois de Perse donne deux cent trente-cinq ans. Alexandre le macédonien, après avoir détrôné Darius Codoman, commença de régner en Perse. Voici la durée de la domination des rois macédoniens : Alexandre régna dix-huit ans ; Ptolémée, fils de Lagus, quarante ans ; Ptolémée Philadelphe, vingt-sept ans ; puis Ptolémée Évergètes, vingt-cinq ans ; puis Ptolémée Philopator, dix-sept ans ; après lequel Ptolémée Épiphanes, vingt-quatre ans ; à ce dernier succéda Ptolémée Philométor, qui régna trente-cinq ans ; après lui vint Ptolémée Physcon, qui régna vingt-neuf ans ; puis Ptolémée Lathurus, qui régna trente-six ans ; puis Ptolémée Denys, qui régna vingt-neuf ans ; puis enfin Cléopâtre, qui régna vingt-deux ans. Après die s’éleva le royaume de Cappadoce, qui dura dix-huit jours. En somme, toute la suite des rois macédoniens donne trois cent douze ans dix-huit Jours. Il est donc démontré que les prophètes, savoir Aggée, Zacharie et Malachie, l’un des douze, lesquels ont fleuri dans la deuxième année du règne de Darius, fils d’Hystaspe, et commencé à paraître dans la première année de la quarante-huitième Olympiade, sont plus anciens que Pythagore, qui appartient, dit-on, à la soixante-deuxième Olympiade, et plus anciens que Thaïes, le plus ancien des Sages grecs, puisqu’il est né vers la cinquantième Olympiade. Or, les Sages qui ont été revêtus de ce titre, conjointement avec Thaïes, furent contemporains, comme le dit Andron dans son Tripode. Héraclite, postérieur à Pythagore, fait dans ses écrits mention de ce philosophe. Il est donc incontestable que le temps où vécurent les prophètes cités plus haut, comme aussi le temps où fleurirent les philosophes nommés les sept Sages, est postérieur à la première Olympiade, qui elle-même, ainsi que nous l’avons prouvé, est postérieure de quatre cent sept ans à la prise de Troie. Il est donc facile de voir que Salomon, dont le règne correspond à l’époque où régnait Ménéias, contemporain lui-même du siége de Troie, est antérieur, d’un grand nombre d’années, aux Sages de la Grèce. Or, nous avons déjà montré plus haut de combien d’années Moïse est antérieur à Salomon. Alexandre, surnommé Polyhistor, rapporte dans son écrit sur les Juifs, le contenu de quelques lettres de Salomon à Vaphré, roi d’Egypte, et au roi de Tyr, et les réponses de ces deux rois à Salomon. On voit dans ces lettres que Vaphré envoya huit mille ouvriers Égyptiens à Salomon, pour la construction du temple ; et que le roi de Tyr en envoya autant avec un architecte tyrien, né d’une mère juive, de la tribu de David, et nommé Hypéran. L’histoire dit en outre que l’athénien Onomacrite, réputé l’auteur des poèmes attribués à Orphée, vivait sous les Pisistratides, vers la cinquantième Olympiade. Orphée, qui, avec Hercule, fut un des passagers du navire Argo, fut le disciple de Musée. Amphion est antérieur de deux générations au siége de Troie. Démodocus et Phémius, après la prise de Troie, furent célèbres dans l’art déjouer de la harpe, et conquirent l’admiration, Démodocus, des Phéaciens, Phémius, des prétendants de Pénélope. On dit en outre que les oracles en vers attribués à Musée, sont d’Onomacrite ; que la Coupe d’Orphée est de Zopyre d’Héraclée ; et que la Descente aux enfers est de Prodicus de Chio. Ion de Chio rapporte dans ses Triagmes que Pythagore a composé des poèmes qu’il a publiés ensuite sous le nom d’Orphée. Épigènes, dans son traité sur les poèmes attribués à Orphée, avance que la Descente aux enfers et le Discours sacré sont du pythagoricien Cécrops ; et que le Péplum et le Poème de la nature sont de Brontinus. Il en est qui placent aussi Terpandre parmi les anciens poètes. Hellanique rapporte que Terpandre est né du temps de Midas ; mais Phanias place Leschès de Lesbos et Archi loque avant Terpandre, et rapporte que Leschès de Lesbos lutta contre Archiloque et remporta la palme. Or, selon Xanthus de Lydie, la ville de Thasos a été fondée vers la dix-huitième Olympiade, et selon Denys, vers la quinzième. Il est en effet constant que le poète Archiloque était déjà connu après la vingtième Olympiade, puisqu’il parle de la destruction de Magnésie comme d’une calamité récente. On rapporte que Simonides fut contemporain d’Archiloque, et que Callinus n’est pas d’une époque beaucoup plus reculée ; car Archiloque parle de la destruction de Magnésie, et Callinus de l’état florissant de cette ville. Mais Eumèles de Corinthe était d’une époque plus reculée ; car les historiens rapportent qu’il connut Archias, le fondateur de Syracuse. Je suis entré dans de pareils développements, parce qu’on range surtout les poètes cyniques parmi les plus anciens poètes. On rapporte que les Grecs aussi ont eu de nombreux devins ; les Bacides, par exemple, l’un béotien, l’autre arcadien, ont rendu, dit-on, une foule d’oracles. Ce fut par le conseil de l’athénien Amphilyte que Pisistrate consolida son œuvre tyrannique ; ce fut Amphilyte qui lui indiqua le moment favorable pour s’emparer du pouvoir. Je passe sous silence Comète de Crète, Cinyras de Chypre, Admète de Thessalie, Aristée de Cyrène, Amphiaraùs d’Athènes, Timoxène de Corcyre, Démœnète de Phocée, Épigènes de Thespies, Nicias de Carystie, Ariston de Thessalie, Denis de Carthage, Cléophon de Corinthe, Hippo, la fille de Chiron, et Beo, et Manto, et la foule des sybilles, la sybille de Samos, celle de Colophon, celle de Cumes, celle d’Erythrée, celle de Pytho, celle de Taraxandre, celle de Macétis, celle de Thessalie, celle de Thesprotis ; et Calchas et Mopsus, tous deux contemporains du siége de Troie. Mais Mopsus était plus âgé, puisqu’il avait été l’un des argonautes. On dit que Battus de Cyrène est l’auteur du traité sur l’art divinatoire appelé Divination de Mopsus. Dorothée, dans la première partie de sa compilation, rapporte que Mopsus a entendu Alcyon et Coroné. Le grand Pythagore se livra toujours à l’étude de la divination, et eut foi dans les oracles de cet art. Il en fut de même d’Abaris l’hyperboréen, d’Aristée de Marmora, du crétois Épiménides qui vint à Sparte, et du mède Zoroastre, et d’Empédocle d’Agrigente, et de Phormion de Sparte, et de Polyaratus de Thasos, et d’Empédotime de Syracuse, et enfin, et surtout, de l’athénien Socrate. « Je tiens de la faveur divine, dit-il, dans le Théagé, un démon qui m’accompagne depuis l’enfance, et qui m’avertit. C’est ne voix qui, lorsqu’elle s’élève, me détourne de ce que je vais faire, mais qui ne m’excite jamais. » Exéceste, tyran des Phocéens, portait à Tune de ses mains deux anneaux magiques, et par le son qu’ils rendaient en s’entrechoquant, jugeait du moment où il devait agir. Il fût cependant tué par ruse, bien que le bruit de ses anneaux lui eût d’avance présagé cette mort, comme le dit Aristote, dans son livre sur la république des Phocéens. Nous citerons en outre, parmi les Égyptiens qui jadis furent hommes, mais que leurs semblables ont déifiés, Hermès de Thèbes, Esculape de Memphis, Tireftias et Manto de Thèbes, comme dit Euridipe ; et Hélène, Laocoon, Ænone et Grenus, tous quatre de Troie. Ce Crénus, l’un des Héraclides, fût, dit-on, un devin remarquable. Nous citerons encore Jamus d’Élide, de qui descendent les Jamides, et Polyde, qui fut célèbre à Argos et à Mégare. C’est de lui que parle le poète tragique. Quest-il besoin de citer Télème, qui fut le devin des cyclopes, et qui prédit à Polyphème le coup dont le frapperait Ulysse, dans le cours de ses voyages ; ou bien Onomacrite d’Athènes, ou Amphiaraûs que l’on dit antérieur d’une génération à la prise de Troie, et qui fut l’un des sept chefs qui combattirent devant Thèbes ; ou Théoclymène de Céphalonie, ou Telmesse de Carie, ou Galéus de Sicile ? Outre ceux-là, il en fut encore d’autres, tels que, Idmon, l’un des Argonautes, Phémonoé, la pythonisse de Delphes, Mopsus fils d’Apollon et de Manto et originaire de Pamphylie, Amphiloque, fils d’Amphiaraûs et originaire de Cilicie, Alcméon d’Acarnanie, Anlas de Délos et Aristandre de Telmesse qui suivit Alexandre. Philochore, dans le premier livre de son traité sur l’art divinatoire, rapporte qu’Orphée aussi fut devin. Théopompe, Éphore et Timée, parlent d’un devin nommé Orthagore ; Pythocie de Samos, dans le quatrième livre de son histoire d’Italie, fait mention d’un autre devin nommé Caïus-Julius-Nepos. Mais de tous les Grecs dont nous avons cité les noms, les uns furent des brigands et des voleurs, comme dit l’Écriture, et la plupart de leurs prédictions n’eurent d’autre base que des observations matérielles et que des conjectures, comme les médecins qui, dans l’exercice de leur art, prennent pour seul guide la physiognomonie. Les autres furent inspirés par des démons, ou jetés dans des extases prophétiques soit par les vapeurs qui s’élèvent des eaux, soit par l’odeur des parfums, soit par certaines émanations atmosphériques. Mais les prophètes hébreux tenaient du ciel leur puissance divinatrice. Tel ftit avant la loi, Adam qui prédit l’avenir dans les paroles qu’il prononça sur la femme, et qui prophétisa encore en donnant aux animaux le nom que chacun d’eux devait porter. Tel fut Noé, qui prêcha la pénitence ; tels furent Abraham, Isaac et Jacob, qui d’avance annoncèrent clairement un grand nombre de faits qu’un avenir éloigné recelait encore, et de ceux dont l’accomplissement était déjà proche. Tels furent, sous la loi, Moïse et Aaron, et après eux Jésus, fils de Navé, Samuel, Gad, Nathan, Achias, Saméas, Jéhu, Héli, Elle, Michée, Abdiu, Elisée, Abdadonaï, Amos, Isaïe, Osée, Jonas, Joël, Jérémie, Sophonie, fils de Chusi, Ézéchiel, Urias, Habacuc, Nahum, Daniel, Misaël, l’auteur du traité sur les arguments, Aggée, Zacharie, Malachie l’un des douze, en tout trente-cinq prophètes. Parmi les femmes, (car elles aussi prophétisaient) ; nous trouvons Sara, Rébecca, Débora et Olda. Puis sous la loi ancienne encore, Jean prophétisa jusqu’au baptême du Sauveur. Après la naissance du Christ, paraissent les prophètes Anne et Siméon. Les Évangiles rapportent que Zacharie, père de Jean, prophétisa aussi avant son fils. Voyons donc, en prenant Moïse pour point de départ, quelle est la supputation chronologique adoptée par les Grecs. Depuis la naissance de Moïse, jusqu’au jour où les Israélites sortirent d’Egypte, quatre-vingts ans ; depuis la sortie d’Egypte jusqu’à la mort de Moïse, quarante années. La sortie des Israélites eut lieu du temps d’Inachus ; car Moïse sortit d’Egypte quatre cent quarante-cinq ans avant la période sothiaque. Depuis le temps où Moïse eut le commandement d’Israël, et depuis Inachus jusqu’au déluge de Deucalion, le second déluge qui ait eu lieu en Grèce, veux-je dire, et jusqu’à l’incendie causé par Phaéton, événements contemporains au règne de Crotops, on compte quarante générations. Or, trois générations représentent cent ans. Depuis le déluge de Deucalion jusqu’à l’incendie du mont Ida, jusqu’à la découverte du fer, jusqu’aux dactyles idéens, Thrasylle compte soixante-treize ans ; et depuis l’incendie du mont Ida, jusqu’à l’enlèvement de Ganymède, soixante-cinq ans ; depuis cet enlèvement jusqu’à l’expédition de Persée, et jusqu’à l’établissement des jeux isthmiques par Glaucus, en mémoire de Mélicerte, il s’écoula quinze ans ; depuis l’expédition de Persée jusqu’à la fondation de Troie, trente-quatre ans, de là jusqu’à l’expédition des argonautes, soixante-quatre ans ; depuis cette expédition jusqu’à Thésée et jusqu’au Minotaure, trente-deux ans ; depuis Thésée et le Minotaure jusqu’aux sept chefs qu’assiégèrent Thèbes, dix ans ; depuis les sept chefs jusqu’à l’établissement des jeux olympiques par Hercule, en mémoire de Pélops, trois ans ; depuis l’établissement des jeux olympiques jusqu’à l’expédition des Amazones contre Athènes, et jusqu’à l’enlèvement d’Hélène par Thésée, neuf ans ; de là jusqu’à l’apothéose d’Hercule, onze ans ; depuis cette apothéose jusqu’à l’enlèvement d’Hélène par Alexandre Paris, quatre ans ; depuis cet enlèvement jusqu’à la prise de Troie, dix ans ; depuis la prise de Troie jusqu’à la descente d’Énée en Italie, et jusqu’à la fondation de Lavinie, dix ans ; depuis la fondation de Lavinie jusqu’au règne d’Ascagne, huit ans ; depuis ce règne jusqu’à la descente des Héraclides, soixante et un ans ; depuis la descente des Héraclides jusqu’à l’olympiade d’Iphitus, trois cent trente-huit ans. Voici la supputation chronologique d’Ératosthènes : Depuis la prise de Troie jusqu’à la venue des Héraclides, quatre-vingts ans ; depuis la venue des Héraclides jusqu’à la formation de l’Ionie, soixante ans ; depuis la formation de l’Ionie jusqu’au gouvernement de Lycurgue, cent cinquante-neuf ans ; depuis ce gouvernement jusqu’à la première année de la première olympiade, cent-huit ans ; depuis cette époque jusqu’à l’invasion de Xerxès, deux cent quatre-vingt-dix-sept ans ; depuis cette invasion jusqu’au commencement de la guerre du Péloponnèse, quarante-huit ans ; et depuis le commencement jusqu’à la fin de cette guerre, qui se termina par la défaite des Athéniens, vingt-sept ans ; depuis cette défaite jusqu’à la bataille de Leuctres, trente-quatre ans ; depuis cette bataille jusqu’à la mort de Philippe, trente-cinq ans ; depuis la mort de Philippe jusqu’à la mort d’Alexandre, douze ans. Il en est qui, depuis la première olympiade jusqu’à la fondation de Rome, comptent deux cent quatre ans ; depuis la fondation de Rome jusqu’à l’expulsion des rois, expulsion suivie de la création des consuls, deux cent quarante-trois ans ; depuis l’expulsion des rois jusqu’à la mort d’Alexandre, cent quatre-vingt-six ans ; depuis la mort d’Alexandre jusqu’à la victoire d’Auguste, après laquelle Antoine se donna lui-même la mort dans la ville d’Alexandrie, deux cent quatre-vingt-quatorze ans (Auguste était alors consul pour la quatrième fois) ; depuis cette époque jusqu’à l’établissement des jeux fondés à Rome par Domitien, cent quatorze ans ; depuis la première célébration de ces jeux jusqu’à la mort de Commode, cent onze ans. Quelques historiens comptent depuis Cécrops jusqu’à Alexandre le macédonien, dix-huit cent vingt-huit ans ; et depuis Démophon, douze cent cinquante ans. Depuis la prise de Troie jusqu’à la descente des Héraclides, cent vingt ou cent quatre-vingts ans ; depuis ce dernier événement jusqu’à larchontat d’Événète, pendant lequel on dit qu’Alexandre passa en Asie, sept cent quinze ans, selon le témoignage de Phanias ; sept cent trente-cinq ans selon Éphore ; huit cent vingt ans selon Timée et Clitarque ; et sept cent soixante-quatorze ans selon Eratosthènes. Duris compte mille ans depuis la prise de Troie jusqu’à l’arrivée d’Alexandre en Asie ; depuis ce dernier fait jusqu’à Événète, qui exerçait les fonctions d’archonte à Athènes, au moment de la mort d’Alexandre, onze ans ; depuis la mort d’Alexandre jusqu’au règne de Germanicus Claude César, trois cent soixante-cinq ans. On sait au juste le nombre des années qui s’écoulèrent depuis Claude jusqu’à la mort de Commode. Après nous être servis de la supputation adoptée par les Grecs, il nous faut, pour exposer le tableau des plus longues séries d’années, nous aider aussi de la chronologie adoptée par les barbares. Depuis Adam jusqu’au déluge ils comptent deux mille cent quarante-huit ans quatre joufs. Depuis Sem jusqu’à Abraham, douze cent cinquante ans. Depuis Isaac jusqu’au partage de la terre promise, six cent seize ans. Depuis les juges jusqu’à Samuel, quatre cent soixante-trois ans sept mois. Aux juges succède le gouvernement royal, qui dure cinq cent soixante-douze ans six mois dix jours. Après les rois de Juda s’élève l’empire des Perses qui dure deux cent trente-cinq ans. Après l’empire des Perses, l’empire des Macédoniens, qui depuis Alexandre jusqu’à la mort d’Antoine, représente un total de trois cent douze ans et dix-huit jours. Viennent ensuite les empereurs Romains ; et depuis Auguste jusqu’à la mort de Commode, deux cent vingt-deux ans se sont écoulés. Depuis la fin de la captivité de soixante-dix ans et du retour des Juifs dans leur patrie, jusqu’à la nouvelle servitude qui les frappa sous le règne de Vespasien, on compte quatre cent dix ans. Enfin, depuis Vespasien jusqu’à la mort de Commode, cent vingt et un ans, six mois vingt-quatre jours. Démétrius, dans son histoire des rois de Judée, dit que les tribus de Juda, de Benjamin et de Lévi ne furent pas emmenées en captivité par Sennachérib, et que depuis cette captivité jusqu’à la dernière, celle que Nabuchodonosor fit subir aux habitants de Jérusalem, il s’écoula cent vingt-huit ans six mois ; que depuis l’année où les dix tribus d’Israël furent emmenées captives de Samarie, jusqu’au règne de Ptolémée quatre, il s’écoula cinq cent soixante-treize ans et neuf mois ; et depuis l’époque où elles furent emmenées captives de Jérusalem, trois cent trente-huit ans et trois mois. Mais Philon lui-même, en ce qui touche l’histoire chronologique des rois de Judée, n’est pas d’accord avec Démétrius. Eupolème, en outre » dans un ouvrage qui traite de la même matière, compte depuis Adam jusqu’à la cinquième année du règne de Ptolémée Démétrius, roi d’Égypte, et le douzième du nom, cinq mille cent quarante-neuf ans ; et depuis le jour où Moïse ramena les Juifs d’Égypte jusqu’au même temps, deux mille cinq cent quatre-vingts ans. Or, depuis cette époque Jusqu’au consulat de Caïus Domitien et de Gassianus, il s’est écoulé cent-vingt ans. Éphore et beaucoup d’autres historiens disent qu’il y a soixante-quinze nations et soixante-quinze idiomes. Ils connaissaient sans doute ces paroles de Moïse : « Toutes les personnes de la maison de Jacob qui entrèrent en Égypte, étaient au nombre de soixante-quinze. » Mais ce qui est plus conforme à la vérité, c’est qu’on trouve que les dialectes primitifs sont au nombre de soixante-douze, comme nos saintes Écritures nous l’apprennent. Tous les autres dialectes se forment du mélange de deux ou trois dialectes primitifs, ou d’un plus grand nombre. Un dialecte est un mode de langage qui caractérise une localité, ou le génie d’un peuple particulier. Les Grecs disent qu’ils ont cinq dialectes : l’attique, le dorien, l’ionien, l’éolien et le dialecte commun ; et que les idiomes des barbares étant innombrables, on ne les appelle pas dialectes, mais langues. Platon attribue aussi aux dieux un certain dialecte. C’est surtout dans les songes et dans les oracles qu’il puise cette conjecture ; les démoniaques la lui fournissent aussi, eux qui ne parlent ni avec leur propre voix ni avec leur propre dialecte, mais avec la vote et le dialecte des démons, qui se sont furtivement introduits en eux. Il pense que les animaux même ont des dialectes particuliers, qui sont compris par tous les individus d’une même espèce. C’est ainsi que lorsqu’un éléphant tombe dans un marécage, et qu’il pousse des cris, quelqu’autre éléphant survient, et voyant ce qui est arrivé, rebrousse chemin, et ramène peu après une troupe d’éléphants avec le secours desquels il dégage celui qui s’était embourbé. On dit que dans la Lybie, quand un scorpion voit un homme qu’il ne peut atteindre avec son dard, il s’éloigne et revient avec d’autres scorpions, et que Rattachant l’un à l’autre en forme de chaîne, ils réussissent de la sorte dans les embûches qu’ils tendent. Les brutes, pour s’exprimer, ne se servent pas de gestes équivoques, ni du jeu de la physionomie, mais selon moi, d’un dialecte qui leur est propre. Il est encore des naturalistes qui disent que, si la ligne d’un pécheur vient à se rompre au moment où il enlève un poisson, ce poisson s’échappant, on ne trouve plus de tout le jour aucun poisson de la même espèce dans le même endroit. Les dialectes primitifs et générateurs sont les dialectes de peuples que les Grecs appellent barbares. Ils tiennent de Dieu même les éléments dont ils se composent. Car on reconnaît que les prières faites en langue barbare sont plus efficaces que les autres. Dans Cratyle, Platon voulant donner l’étymologie du mot feu, dit que c’est un mot barbare. Il certifie en conséquence que les Phrygiens se servent de ce mot, à une légère altération près.

Il n’est pas hors de propos, je crois, pour bien établir l’époque où le Sauveur est né, d’exposer maintenant l’histoire chronologique des empereurs romains. Auguste régna quarante-trois ans, Tibère vingt-deux ans, Caïus quatre ans, Claude quatorze ans, Néron quatorze ans, Galba un an, Vespasien dix ans, Titus trois ans, Domitien quinze ans, Nerva un an, Trajan dix-neuf ans, Adrien vingt et un ans, et Antonin vingt et un ans. Puis le règne de Marc-Aurèle, surnommé Antonin, et celui de Commode, donnent ensemble trente-deux ans. Depuis Auguste jusqu’à Commode il s’est donc écoulé deux cent vingt-deux ans, et depuis Adam jusqu’à la mort de Commode, cinq mille sept cent quatre-vingt-quatre ans deux mois douze jours. Il est des historiens qui exposent comme il suit l’histoire chronologique des empereurs romains : Caïus Jules-César régna sur l’empire romain pendant trois ans quatre mois et cinq jours ; après lui, Auguste régna quarante-six ans quatre mois et un jour ; puis Tibère, vingt-six ans six mois dix-neuf jours ; Caïus César, trois ans dix mois et huit jours ; Claude, treize ans, huit mois et vingt-huit jours ; Néron, treize ans huit mois et vingt-huit jours ; Galba, sept mois et six jours ; Othon, cinq mois et un jour ; Vitellius, sept mois et un jour ; Vespasien, onze ans onze mois et vingt-deux jours ; Titus, deux ans et deux mois ; Domitien, quinze ans huit mois et cinq jours ; Nerva, un an quatre mois et dix jours ; Trajan, dix-neuf ans sept mois et quinze jours ; Adrien, vingt ans dix mois et vingt-huit jours ; Antonin, vingt-deux ans trois mois et sept jours ; Marc-Aurèle Antonin, dix-neuf ans et onze jours ; Commode, douze ans neuf mois et quatorze jours. Ainsi donc, depuis Jules-César jusqu’à la mort de Commode, il s’est écoulé deux cent trente-six ans et six mois. Et depuis Romulus, le fondateur de Rome, jusqu’à la mort de Commode, on compte en tout neuf cent cinquante-trois ans et six mois. Or, notre Seigneur est né la vingt-huitième année du gouvernement d’Auguste, lorsqu’on ordonna le premier dénombrement. Ce qui prouve la fidélité de cette date, c’est qu’il est écrit dans l’Évangile selon saint Luc : « Or, la quinzième année de l’empire de Tibère César, le Seigneur parla à Jean, fils de Zacharie. » Il est encore écrit dans le même évangile : « Quand Jésus se présenta pour être baptisé, il entrait dans sa trentième année. » Et quant à sa prédication qui ne devait durer qu’un an, le même évangile nous l’apprend aussi en ces termes : « Il m’a envoyé pour prêcher durant l’année de grâce du Seigneur. » Telles sont les paroles du prophète et de l’Évangile. Ainsi donc les quinze ans que le Sauveur vécut sous le règne d’Auguste, et les quinze autres qu’il vécut sous le régne de Tibère forment les trente ans qui s’écoulèrent jusqu’au jour de sa passion. Depuis ce jour jusqu’à la destruction de Jérusalem, on compte quarante-deux ans et trois mois, depuis la destruction de Jérusalem jusqu’à la mort de Commode, cent vingt-huit ans dix mois et trois jours. En tout, depuis la naissance du Seigneur jusqu’à la mort de Commode, cent quatre-vingt-quatorze ans un mois et treize jours. Il est des historiens qui, poussant plus loin l’exactitude chronologique, ont indiqué non-seulement l’année de la naissance du Seigneur, mais encore le jour, et le disent né la vingt-huitième année du règne d’Auguste, le vingt-cinquième jour du mois de pachon. Ceux de la secte de Basilide célèbrent aussi le jour du baptême de Jésus-Christ, en employant à des lectures la nuit qui précède ce jour. Ils disent que ce baptême eut lieu la quinzième année du règne de Tibère-César, le quinzième jour du mois de tubi. D’autres veulent que ce soit le onzième jour du même mois. Il en est qui, recherchant avec le soin le plus minutieux les moindres détails qui se rapportent à la passion de notre Seigneur, disent qu’elle eut lieu la seizième année du régne de Tibère-César, le vingt-cinquième jour du mois de phoménoth ; quelques-uns disent le vingt-cinquième Jour du mois de pharmuthi ; d’autres le dix-neuvième jour de ce dernier mois. Il en est même plusieurs d’entre eux qui disent que le Christ est né le vingt-quatrième ou le vingt-cinquième jour du mois de pharmuthi. Il faut, en outre, ajouter à notre tableau chronologique le nombre des jours qui, selon les paroles de Daniel, devaient s’écouler depuis la désolation de Jérusalem jusqu’à sa ruine, et les sept années et sept mois formant le reste du règne de Vespasien. Car, si Ton réunit les deux premières années de ce règne aux dix-sept mois et hait jours écoulés pendant les règnes de Galba, d’Othon et de Vitellius, on obtient de la sorte trois ans et six mois, qui représentent la moitié de la semaine dont parle le prophète Daniel. En effet, il a dit qu’il s’écoulerait deux mille trois cents jours, depuis l’époque où Néron jetterait l’abomination dans la ville sainte, jusqu’à la destruction de cette ville. C’est ce que marquent ces paroles de l’Écriture : « Jusques à quand la vision et l’abolition du sacrifice, et la désolation du péché commis ? Jusques à quand sera foulé aux pieds le sanctuaire et sa force ? Et il lui dit : Jusqu’au soir et au matin, deux mille et trois cents jours, et le sanctuaire sera détruit. » Ces deux mille trois cents jours forment donc six ans et quatre mois, dont une moitié appartient au règne de Néron, et compose la moitié de la semaine du prophète ; et dont l’autre moitié se trouve remplie par les règnes de Galba, d’Othon et de Vitellius, et par deux années du règne de Vespasien. C’est pour cela que Daniel dit : « Bienheureux celui qui sera parvenu jusqu’à mille trois cent trente-cinq fours. » Car la guerre a duré jusqu’à ces jours, puis elle a cessé. On trouve aussi ce nombre dans un autre passage du chapitre où nous avons déjà puisé les paroles précédentes ; voici ce passage : « Et depuis le temps que le sacrifice continuel aura été aboli et que l’abomination sera mise dans la désolation, il y aura douze cent quatre-vingt-dix jours. Bienheureux celui qui aura attendu, et qui sera parvenu jusqu’à treize cent trente-cinq jours. » Flavius Josèphe de Judée, auteur d’une histoire des Juifs, établit une supputation chronologique dans laquelle il dit que, depuis Moïse jusqu’à David, il s’est écoulé cinq cent quatre-vingt-cinq ans ; depuis David jusqu’à la deuxième année du règne de Vespasien, onze cent soixante-dix-neuf ans ; et depuis cette époque jusqu’à la dixième année du règne d’Antonin, soixante-dix-sept ans. En sorte que depuis Moïse jusqu’à la dixième année du règne d’Antonin, Josèphe compte en tout dix-huit cent quarante et un ans. D’autres comptent depuis Inachus et Moïse jusqu’à la mort de Commode, deux mille huit cent quarante-deux ans ; d’autres, deux mille trois cent vingt et un ans. Dans l’Évangile selon saint Mathieu, la généalogie du Christ commence à Abraham et finit à Marie, mère du Seigneur. « Toutes les générations, dit-il, depuis « Abraham jusqu’à David, sont quatorze générations ; et depuis David jusqu’à la transmigration de Babylone, quatorze générations ; et depuis la transmigration de Babylone jusqu’à Jésus-Christ, quatorze autres générations ; en somme, trois intervalles mystiques embrassant six semaines de générations. »