Les Vaillantes/III/2

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Marc Imhaus et René Chapelot (p. 231-269).

II


La mobilisation des Anglaises.


La levée en masse des femmes anglaises. — La « Women’s Volunteer Reserve » — L’héroïsme des infirmières anglaises — Miss Cavell. — En Serbie. — Les « remplaçantes » en Angleterre.


La mobilisation des femmes françaises a été toute spontanée ; celle des Anglaises, disciplinée, méthodique et ordonnée presqu’à l’égal de la mobilisation des hommes.

La différence tient à des causes multiples mais surtout à une différence de tempérament et de caractère entre la femme latine et l’anglo-saxonne ; celle-là faite pour la vie familiale, celle-ci habituée davantage à vivre au-dehors, celle-ci plus individualiste, rebelle un peu à la formation de groupements où disparaîtrait sa personnalité, celle-ci habituée aux groupements professionnels, politiques ou religieux ; celle-là plus apte à l’héroïsme individuel, celle-ci à l’héroïsme collectif. Plus apte par sa nature à l’organisation, la femme anglaise y fut façonnée depuis un demi-siècle par les innombrables sociétés où elle aime à se mêler. Féministes ou non, celles-ci ont habitué la femme à jouer un rôle et à s’affirmer indépendante.

Comment ne pas remarquer le rôle capital joué directement ou indirectement par les groupements féministes ? Ceux-ci sont bien autrement importants que les groupements similaires de France.

La National Union of Women’s suffrage Societies (suffragistes) et la Women’s social and Political Union (suffragettes) sont de riches et puissants organismes soutenus par l’influence des femmes de tous les mondes et la foi mystique de leurs nombreuses adhérentes. N’évaluait-on pas à six cent mille, avant la guerre, le chiffre des féministes anglaises, membres actives des ligues ou sociétés ? Par une réaction naturelle, les femmes adversaires du suffrage avaient, elles aussi, fondé des associations (associations antisuffragistes) et tandis qu’en France, l’élite seule se groupe pour défendre ses intérêts de classe, de sexe, de profession, en Angleterre, les masses féminines sont déjà atteintes, pénétrées du nouvel esprit. Ses manifestations sont éclatantes, tapageuses, non assourdies et ouatées comme en France par l’atmosphère discrète du salon ou de la salle de conférence ; la tribune s’en empare, les échos de Westminster en résonnent et parfois la rue a retenti sous les pas des miliciennes de l’émancipation. Londres a vu, vivant symbole, flotter sur un cortège d’amazones la bannière verte et violette appelant naguère les femmes à la révolte, aujourd’hui les peuples, a la liberté. Plus répandu, plus populaire qu’en France le féminisme a, depuis de longues années, donné aux femmes anglaises la soif de l’indépendance, le désir de jouer, à l’égal des hommes, un rôle dans le monde et de marquer leurs traces dans la voie de l’universel progrès.

Le Times, en un numéro spécial qu’il consacre à l’activité féminine, montre bien quel fut chez les femmes, dès la période de tension diplomatique, l’ « anxieux désir » de participer à la guerre. Toutes les sociétés, tous les groupes féminins tinrent à honneur de servir leur pays et réclamèrent leur utilisation comme un droit, presque comme une faveur.

Les sociétés féministes donnèrent l’exemple et « leur élan patriotique, fut, du point de vue allemand, au moins aussi inattendu que celui de l’Irlande [1] ».

Dès la déclaration de guerre, le gouvernement et les militantes oublient leurs griefs réciproques. Onze suffragettes détenues sont libérées sans qu’on exige d’elles, comme il est d’usage, le serment d’éviter la récidive. Cet acte de clémence accompli, la W. S. P. U. abandonne sans restriction la politique militante et suspend la publication de son organe officiel « la Suffragette » qui reparaît seulement en août 1915 sous forme de journal de propagande patriotique.

Mistress Pankhurst, a peine libérée, envoie à toutes les féministes militantes un message les invitant à participer à la défense nationale. « L’extraordinaire don d’ubiquité, l’énergie qu’elle a montrée naguère dans ses campagnes contre le gouvernement, elle l’emploie maintenant à son service… La plus éloquente des suffragettes, Miss Pankhurst met également au service des alliés son talent et son ardeur. »

Quelques mois plus tard, on verra les suffragettes renouveler leurs anciennes chevauchées. « Une vaste procession se déroule sur les quais de la Tamise. Cent vingt-cinq sections féminines précédées d’étendards magnifiques attendent l’heure de défiler. Des phrases enthousiastes éclatent sur ces bannières flottantes, professions de foi émouvantes dans leur brièveté.

« Les hommes doivent se battre, les femmes doivent, elles, travailler ».

« Nous sommes déterminées, nous aussi à servir la patrie.

« Nous voulons participer à la victoire.

« Afin de réduire le Kaiser, faisons des obus. Travaillons aux munitions nécessaires à la victoire ».

Pour servir leur patrie, les suffragettes ont repris leurs anciens procédés de propagande. Mais cette fois-ci tout s’est passé dans la paix et la dignité : et de ces milliers de femmes, bourgeoises, ouvrières et ladies confondues, toutes animées d’une même pensée, personne n’a souri.

Les suffragistes pratiquent la même politique. Mrs Fawcet, présidente de la National Union of Women’s suffrage Societies dont relèvent 600 sociétés suffragistes envoie à toutes ses affiliées le mot d’ordre : renoncer à toute propagande politique et consacrer activité, intelligence, organisation, ressources matérielles « aux urgentes questions soulevées par la guerre ».

Plus de cinquante mille femmes furent presqu’immédiatement mobilisées et purent prêter leur assistance à d’innombrables œuvres ou sociétés.

Comme les deux clans féministes rivaux pactisent en une même politique nationale, de même féministes et anti-féministes se trouvent d’accord. La Ligue Nationale anti-suffragiste (National League for Opposing Womans Suffrage) prend en août 1914 la résolution de renoncer à toute action politique. Ses différentes branches se transforment d’elles-mêmes en sociétés patriotiques. Croix-Rouges anglaises, françaises, serbes, aide aux réfugiés, œuvres de prisonniers de guerre, assistance aux familles des mobilisés, travail féminin, telles sont les formes diverses de leur activité.

« Suffragistes et « antis » dit le Times ont rivalisé de désintéressement et d’amour du bien public ».

Toutes les autres sociétés féminines ont agi de même. La présidente de l’association des institutrices de l’Université d’Oxford adresse à toutes ses collègues un appel patriotique. Vers la défense nationale, elles devront tourner toute l’activité de leurs élèves. L’appel est entendu et se répercute à tous les degrés de l’enseignement. Étudiantes des universités d’Oxford et de Cambridge, pensionnaires des collèges de Londres, élèves de toutes les écoles primaires du Royaume-Uni (passionnées pour la guerre dont leurs professeurs leur expliquent chaque jour soigneusement les évolutions) tiennent à honneur de soulager les blessés et d’améliorer le sort des combattants. L’Association patriotique des collèges de jeunes filles, l’Union formée par 329 écoles primaires dirigent et canalisent ces bonnes volontés.

Les associations confessionnelles ont suivi le mouvement.

L’armée du Salut dont un groupement sous le brigadier Marie Murray a déjà participé à la guerre sud-africaine envoie, toujours sous la direction de Miss Murray, des détachements en Belgique et sur le front français. L’Union des Jeunes filles chrétiennes, les associations quakers, l’Union des femmes Juives ont participé avec ardeur au grand mouvement de défense nationale.

Dans les divers groupements énumérés, toutes les classes — ou presque — se trouvent confondues. Mais la mobilisation féminine a dû beaucoup de son importance et de son efficacité à l’encouragement que lui a donné une aristocratie toujours écoutée et respectée.

De même que la noblesse anglaise fut la première à répondre à l’appel des armes, de même l’aristocratie féminine donna l’exemple de l’initiative et du dévouement.

Voici trois générations de souveraines, dignes héritières de la grande Victoria, la reine Alexandra, la reine Marie, la princesse Mary ; une princesse royale : la duchesse de Connaught.

Voici toutes les femmes de la plus ancienne noblesse de l’Angleterre : duchesses de Somerset, de Devonshire, de Norfolk, de Bedford, de Mailborough, vicomtesse Castlereagh, dont les noms rappellent une glorieuse histoire.

Voici l’aristocratie financière, Mrs Sassoon, voici les femmes des parlementaires les plus en vue : Mrs Lloyd Georges, des généraux et marins, Mrs French, Mme Despard French, Mrs Jellicoë. Ce sont des dizaines, des centaines d’autres noms qu’il faudrait citer. Tout ce qui dans le Royaume-Uni porte un nom ou un titre, tient à honneur de servir la patrie.

Jusque dans l’Inde lointaine, la bégum de Bhopal n’a-t-elle pas mis à la disposition de l’empereur son armée et ses trésors ?

Toutes prennent au sérieux leur tâche et se convainquent de la grandeur de leur rôle. Elles en convainquent également l’opinion. Le Daily Herald écrit : « C’est aux femmes qu’il appartient de ramener les blessés à la vie et à la force, de préserver de la ruine le foyer abandonné. Leur rôle ne consiste pas à attendre ; une sphère importante d’activité intellectuelle leur est assignée. Demander l’aide des femmes, en une période de crise nationale prouve deux choses. D’abord que nous les reconnaissons comme faisant partie de la nation, d’autre part que leur aide a une valeur. »

L’un des aspects les plus originaux de l’action des femmes anglaises est la femme recruteuse.

En France les femmes se contentèrent, en août 1914 et longtemps après, de foudroyer d’un regard ironique ou méprisant le civil jeune ou mûr, dont l’aspect révélait une santé florissante, ou l’auxiliaire trop élégant.

Nos alliées ont eu mieux à faire que cette chasse discrète à l’embusqué.

Avant l’établissement du service militaire obligatoire, les femmes ont repris sous une forme très moderne leur rôle ancestral : encourager les hommes au combat.

Dans les meetings organisés pour montrer la nécessité des enrôlements, au milieu d’une foule surexcitée, sur les estrades où s’étalent d’immenses pancartes, où flottent des banderoles, — tableau qui pour nous Français évoque les journées immortelles de la Patrie en danger et la voix formidable de Danton, — des femmes se tiennent, féministes habituées de longue date aux joutes oratoires, actrices qu’enhardit l’habitude des planches, mais aussi de simples et modestes femmes ou jeunes filles qui jusqu’ici n’ont de leur vie affronté des regards assemblés et que galvanise l’idée patriotique. Mrs Pankhurst et sa fille ont parcouru les principales villes du Royaume Uni en développant devant les foules autrefois réunies pour d’autres motifs, tout leur programme patriotique.

« On les écoute, on les suit, dit un de ceux qui les virent à l’œuvre, et le Times qui n’est pas un chevalier de leurs doctrines, porte justement aux nues leur magnifique effort ».

À Londres, sur le haut soubassement de la colonne Nelson, c’est une actrice en vogue qui prend place : « sans trac, sans pose, elle a su trouver ce qu’il fallait dire pour décider quelques hésitants à se rallier au drapeau. À ce jour cru de la grande place, l’actrice a dit son admiration pour ceux qui se sont battus et se battent encore, toute sa tendresse anxieuse pour les blessés qu’elle visite et c’est une femme seulement qui pouvait apostropher les slackers, les « francs fileurs » avec des phrases d’un mépris aussi ironique et aussi cinglant. »

Regardons encore cette photographie : une femme tout en noir, la figure morte d’avoir trop pleuré trace un large geste d’appel par-dessus l’un des lions de Trafalgar Square. Cette femme est une rescapée du Lusitania, une mère qui a vu sa petite fille périr, victime de la fureur sadique des Teutons. Elle parle simplement, sans apprêts, mais lorsqu’elle s’écrie « qui de vous vengera la mort de mon enfant ? » ces paroles dites sur un ton simple, mais énergique, électrise l’assistance et l’on voit ce jour là de nombreux engagements.

Voilà quelques-uns des faits les plus pittoresques. Ils ne sont que le signe extérieur de l’activité lente et obscure des femmes anglaises.

Qui comptera le nombre d’engagements volontaires ainsi obtenus ? L’un des thèmes favoris des films de guerre anglais n’est-il pas le suivant : une jeune fiancée presse son soupirant à s’engager et l’épouse lorsqu’il revient blessé et couvert de gloire.

S’il est vrai que les lois ne sont rien sans les mœurs et que les femmes fassent les mœurs, nous devons reconnaître que les femmes anglaises ont contribué pour beaucoup à transformer l’opinion publique, à faire revenir les Anglais de leurs préjugés séculaires et à préparer cette extraordinaire révolution : le service militaire obligatoire.

Les femmes anglaises ont compris très vite quel rôle très utile leur incombait dans l’organisation d’une armée où naturellement tout était à créer, aussi bien les services de l’arrière et les services auxiliaires que les formations combattantes.

Le 6 août 1914, plusieurs femmes, sous la direction d’une actrice connue, Miss Derima Moore, se réunissent. Parmi elles, la Doctoresse Murrell, et une amazone notoire, Mrs Evelina Haverfield. Elles créent le Women’s Emergency Corps.

D’abord l’association désire uniquement jouer un rôle civil : créer un fonds de secours pour venir en aide à la Belgique martyre, former un corps d’interprètes qui à Londres et dans les principales villes anglaises se rendront utiles aux réfugiés de tous pays.

Deux mille signatures furent en quelques jours enregistrées.

Mais voici que bientôt ce rôle paraît insuffisant à nos Londoniennes. Si elles ont assez d’intelligence, d’activité, d’endurance pour remplir le rôle parfois difficile d’interprètes, pour guider dans Londres les réfugiés, pour attendre par des nuits qui seront longues et glaciales les convois de réfugiés dans les gares d’Angleterre, ne peuvent-elles, pour le plus grand bien du Royaume Uni, utiliser ces qualités sur le front ou tout au moins à l’arrière du front ? Ne peuvent-elles, à l’égal des hommes, s’habituer à des exercices, se plier à une discipline pour être comme les hommes prêtes à toute éventualité ?

Ainsi en jugent la vicomtesse Castlereagh, la marquise de Londonderry, Mrs Haverfield, Mrs Charleworth. Et elles décident de préparer méthodiquement les femmes pour tous les services pratiques de l’armée : signaux, transmission des ordres, télégraphie, cuisines de campagne, premiers secours. C’est la Women’s volunteer reserve, « organisation de femmes entraînées et disciplinées à rendre service à l’État, chacune suivant ses aptitudes » [2].

Les Femmes dans l’armée ! Quelle révolution, quel signe des temps nouveaux ! N’allons pas croire cependant que l’Angleterre innove tout à fait. On a vu chez elle servir au xviiie siècle un corps d’amazones. Sous la Révolution, Mme Tallien a demandé que toutes les femmes fussent astreintes à un service militaire. Au xxe siècle, Mme Marguerite Durand, Hubertine Auclert, ont, aux divers congrès féministes, fait les mêmes propositions. « Si les femmes peuvent faire la popote et le ménage de la famille, ne peuvent-elles pas faire, me disait la première, la popote et le ménage de la grande famille ? » Mme Dieulafoy a, nous l’avons vu, repris les mêmes idées.

Dans certains pays, les femmes ont conquis le droit d’aspirer aux carrières militaires et — avant la guerre il est vrai — on citait quelques Finlandaises officiers de marine.

L’Angleterre ne fait donc que réaliser en temps de guerre une idée déjà esquissée.

N’allons pas croire non plus que la formation de W. V. R. procède d’une idée féministe.

Comme un journal féministe l’a fait bien remarquer, la feuille française qui attribua sa formation à « de turbulentes suffragettes » s’est grandement trompée. « L’initiative n’appartient à aucune des sociétés féministes, à aucun de leurs chefs… Ni les Despard French, ni les Pankhurst… du côté suffragette, ni les Fawcett Garret, ou autres grands chefs suffragistes ne figurent dans la nouvelle organisation militaire ».

Féministes ou non féministes, suffragistes, suffragettes ou autres, on trouve dans le W. V. R. des représentantes de toutes les opinions touchant le rôle social de la femme en temps de paix. Toutes sont présentement d’accord pour penser qu’en temps de guerre chaque citoyen doit utiliser ses aptitudes au mieux des intérêts du pays. Or, bien qu’une autre formule soit écrite sur le livre social, il est des femmes faites pour la lutte, l’action violente, les aventures et le péril,… comme il est, parmi les hommes, de tranquilles Sanchos.

Celles là fourniront à la guerre, comme ceux-ci dans des emplois sédentaires, le maximum de rendement.

La Women’s volunteer reserve est très vite militairement organisée. La Marquise de Londonderry est colonelle en chef ; mais le commandement effectif est exercé par Mrs Evelina Haverfield qui a déjà fait ses preuves dans la dernière grande guerre nationale : la guerre des Boërs. Elle a, en 1899 suivi l’armée anglaise au Transvaal et organisé dans ce pays une ambulance pour chevaux.

Mrs Haverfield instruit, pour sa part le bataillon de Londres qui compte près de neuf cents membres dès le premier mois. Les nouvelles recrues sont dotées d’un uniforme « Veste Norfolk en étoffe bourrue de couleur brune ; jupe courte, chapeau de feutre, chemise de flanelle et cravate khaki, molletières régimentaires et souliers marrons. Pour les officiers, veste et jupe de gabardine kaki, ceinture de cuir brun ».

C’est, à la jupe près naturellement, l’uniforme des troupes canadiennes ou australiennes. — Voyons les défiler dans les rues de Londres, trois par trois, bien alignées, marchant d’un pas ferme et égal ; elles ont fière allure et donnent l’impression de solides gaillardes. Toutes sont bien découplées. Quelques-unes sont belles, de la mâle beauté des jeunes Londoniennes, et parfois même, sourit un joli minois. Périodiquement soumises à des exercices militaires à leur camp d’entraînement de Hampstead près Londres, elles s’initient comme le jeune soldat à la gymnastique et aux mouvements d’ensemble ; puis elles s’entraînent à de longues marches coupées d’une halte repas.

Un conseil suprême composé de tous les officiers dirige la W. V. R. Nationale. Chaque branche locale de celle-ci possède son comité dirigé par un lieutenant-colonel. — Les différents comités sont chargés du recrutement qui porte sur des femmes de 18 à 50 ans. Chacune doit avant de s’engager, subir un examen médical devant le Major, la doctoresse Murrell. L’acte d’engagement est signé dans les huit jours au siège principal de la W. V. R.

Voilà pour l’armée régulière.

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LA WOMEN’S VOLONTEER RESERVE


D’autres formations sont prévues : un corps de « Cadettes » de 14 à 18 ans. — Des membres auxiliaires qui pourront s’enrôler sans condition d’âge et sans subir d’examen médical.

Au but près, qui est guerrier, ces manifestations n’ont rien d’extraordinaire.

Les Anglaises ont depuis longtemps pris l’habitude des exercices sportifs individuels ou collectifs. N’était-il pas de mode avant la guerre, dans les pays anglo-saxons, de quitter les villégiatures artificielles, plages mondaines, casinos, boston et jeux pour la vie plus naturelle de la vraie campagne, des montagnes, de la forêt où, temporairement retirés du monde, d’élégants ermites reprennent, en vivant de la vie primitive, force et santé. L’originale mode du camping a appris à bien des Anglaises à dresser une tente, préparer un abri, cuire un repas, en un mot à se « débrouiller » comme elles auraient à le faire en temps de guerre.

L’allure martiale des premières adeptes, l’air de satisfaction qui rayonne sur leur visage, est sans doute une excellente propagande ; car bientôt, elles forment quatre compagnies, un régiment (2 000 f.) puis bientôt deux régiments (4 000 soldats).

Des branches provinciales se fondent dans les autres grandes villes Birmingham, Brighton. Newcastle, Leicester, Folkestone, Glasgow.

Le pays les observe avec une curiosité non plus ironique comme celle qu’il manifestait aux suffragettes, mais sympathique, cette fois. Du coté masculin des adhésions flatteuses sont obtenues. Le Lord Maire de Londres est un des adeptes de la première heure. Il préside une des réunions de la W. V. R. à Mansion House ; il appuie la démarche faite par ses chefs auprès du gouvernement. Devant M. Asquith les miliciennes exposent leurs idées : enseigner aux femmes à faire les signaux, télégraphier, préparer la cuisine des camps… au besoin les rendre capables de se défendre à la dernière extrémité. Des meetings ont lieu sur cette importante question. Au cours de l’un d’eux un membre du parlement demande qu’on enseigne le tir aux femmes. Finalement (Mars 1915) le gouvernement donne sa sanction.

Dès lors les nouvelles recrues, préparées déjà par plusieurs mois d’exercice, se sont, avec enthousiasme dirigées vers le continent. À deux reprises, deux corps, composés de 4 000 volontaires ont passé la Manche, rejoignant les « bases anglaises en France » puis les dépôts situés à proximité du front.

Nous ne savons pas qu’elles se soient battues. Peut-être plusieurs d’entre elles souhaitaient prendre part à la mêlée. Mais aucune n’a jusqu’à présent suivi l’exemple donné par leur colonelle dans la guerre du Transvaal.

Elles n’en ont pas moins mené dans leurs dépôts la vie assez rude déjà du soldat en seconde ou troisième ligne. Elles ont supporté sans faiblir les intempéries et accepté aussi allègrement que dans la mère patrie la discipline très militaire.

Comme le voulait l’esprit même qui présida à leur formation, leur rôle fut multiple. Des infirmières, qui étaient bien loin d’être toutes enrégimentées dans la W. V. R., nous verrons plus loin l’héroïsme digne de celui de leurs alliées.

Rien d’étonnant à ce qu’on cite nombre de réservistes comme ayant été ramassés sous le feu des blessés.

L’instruction technique et la pratique des choses militaires acquises pendant la période d’instruction ont été surtout utiles à la Women’s volunteer reserve dans l’organisation des innombrables services de l’arrière. Secrétaires d’état-major, employées d intendance, préposées aux services de ravitaillement, à l’habillement, à la solde, voilà comment de nombreuses formations les ont utilisées.

Il n’est pas jusqu’en première ligne où on ne les ait vues souvent au danger, sinon au milieu même de l’action. Téléphonistes, agents de liaison, télégraphistes elles ont dans les actions les plus dures, conservé tout leur sang-froid.

Plus loin des lignes, on les voit organiser des campements et des dépôts de remonte.

C’est en somme, à une date où l’armée anglaise s’improvise et hésite encore, les services auxiliaires de l’armée que les femmes contribuent à organiser.

Pour trouver parmi les Anglaises des combattantes, il nous faudrait quitter le front occidental et courir vers l’orient, pays des extraordinaires aventures.

L’opinion anglaise, nous l’avons vu, assigne aux femmes une grande mission : soigner les blessés, et elles-mêmes la considèrent comme le plus sacré de leur devoir.

Le rôle de la Croix-Rouge anglaise a été double : organiser les hôpitaux dans le royaume ; préparer des formations mobiles capables de suivre les armées. « Cette double organisation, dit le Times, doit être regardée comme un tour de force aussi prodigieux que la mise sur pied d’un corps expéditionnaire ».

En dix jours, trente-deux hôpitaux, contenant trente deux mille lits, sont ouverts dans les différentes parties du Royaume-uni. C’est le commencement d’un effort qui ne fait que se développer et s’accroîtra par la suite sans autre limite que celle de l’effort militaire.

La partie la plus intéressante de l’œuvre de la Croix-Rouge anglaise et des innombrables sociétés féminines qui ont allégé sa tâche, est la création d’ambulances mobiles de campagnes.

Les deux principales sociétés : le Service d’Ambulance impérial de la Reine Alexandre et le Service d’Ambulance de l’armée territoriale, auxquelles il faut ajouter le Service d’ambulance navale de la reine Alexandra et la section anglaise de la Croix-Rouge, présidée encore par la reine douairière adressent un appel à tout leur personnel de réserve.

L’appel peut toucher « plus de 60 000 personnes hommes ou femmes entraînées au transport des blessés et aux premiers soins à leur donner ».

« Le 4 août, la guerre est déclarée ; le 5, le premier corps expéditionnaire est sur pied et le même jour des ordres de mobilisation sont envoyés aux principales infirmières en chef qui les transmettent à leurs subordonnées. Immédiatement 3 000 femmes sont prêtes à partir pour le front. Elles s’embarquent en même temps que les premiers régiments.

Dès le premier mois de guerre, plusieurs hôpitaux fonctionnent, entièrement organisés par des femmes, auprès des bases d’opération du corps anglais : à Paris, à Wimereux, à Anvers, à Montataire. C’est sous les auspices du Service d’hôpital féminin dirigé par la doctoresse Murray.

Les femmes écossaises dont l’action en toute cette guerre a été d’une remarquable amplitude installent en septembre 1914 à Royaumont (Somme) un hôpital des mieux conditionnés. Dans la vieille abbaye déserte dont le cloitre gothique remonte à Blanche de Castille on a pu disposer de vastes espaces et établir une organisation vraiment moderne. Son personnel : médecins, chirurgiens, infirmières est entièrement féminin. La doctoresse Ivens est médecin chef, et la sœur du maréchal French elle-même, Mrs. Harley, remplit les fonctions de gestionnaire.

Le général Joffre lui donne la consécration officielle en le reconnaissant, au nom du gouvernement, comme Hôpital Auxiliaire 301. Le succès de l’œuvre engage nos Écossaises à la développer ; après l’abbaye de Royaumont, c’est le château de Chanteloup, près Troyes, qui reçoit leur visite. Le nouvel hôpital où exercent trois doctoresses, dont une éminente bactériologiste, est inauguré par le général Commandant la 20e Région. Celui-ci, d’abord un peu sceptique sur la capacité des femmes docteurs, s’est, à sa deuxième visite, confondu en éloges. Assez près de la ligne de feu pour recevoir directement les blessés évacués, ces deux ambulances sont reliées au front par un service d’auto-ambulances où, non seulement les infirmières, mais les chauffeurs sont des femmes : Royaumont possède même une ambulance automobile radiographique offerte par la société de suffrage de Londres. — Ces autos font constamment la navette des hôpitaux aux postes de secours de l’arrière et assurent l’évacuation avec une surprenante rapidité « J’étais à peine depuis quelques minutes au poste de la Croix-Rouge, écrit un caporal anglais blessé, que je fus transporté dans l’auto-ambulance et conduit à Creil, puis à Royaumont. »

Les hôpitaux écossais, sont, dit une Anglaise, « célébrés à la ronde, non seulement pour remettre en état les corps, mais les vêtements. Les hommes de Royaumont se reconnaissent à leur excellente mine, à leur mise propre et soignée. Les malades ont une conduite exemplaire. » Guéris, ils se souviennent avec reconnaissance de la « gentillesse » qu’ont montrée pour eux les aimables doctoresses et infirmières ou des « joyeux Christmas » qu’ils ont passés.

Plus récemment, le Canada a offert à la France un hôpital dont le personnel mixte, masculin et féminin, fut recruté surtout dans la province française de Québec, comme en témoignent les noms des officiers, du « chapelain » de l’infirmière-major — Mlle Casault — et de ses aides. Le personnel féminin conserve ici une grande importance : hommes et femmes militarisés appartiennent au Canadian Army Médical Corps où ils ont contracté un engagement pour la durée de la guerre.

« Les ambulancières ont le grade, l’autorité, les insignes et la solde des lieutenants ou des capitaines ». Elles vivent au camp (installé sur le champ de courses de Saint-Cloud) « sous des tentes confortables dressées autour d’une construction de bois qui sert de salle de récréation. Chaque tente sert de chambre pour deux personnes, et porte un nom gracieux : « Fleurette », « Fumée », « Bon accueil ». Don vraiment royal de nos frères d’outremer, l’hôpital canadien peut contenir 1 600 lits ; les héros de Verdun les ont remplis et ce fut un grand charme que de voir, au murmure discret du langage de la vieille France, fraterniser les soldats de Pétain avec les descendants des soldats de Wolfe et de Montcalm, unis dans l’amitié de leur patrie comme dans une belle mort.

Les infirmières ainsi formées ont montré partout où gronde la bataille, un extraordinaire courage. À Bruxelles plusieurs équipes arrivent du 12 au 20 août et se maintiennent pendant la bataille et l’occupation allemande. À Furnes, l’équipe arrivée en octobre subit sans broncher le bombardement. À Anvers, les infirmières anglaises restent jusqu’à la chute de la ville et parviennent à gagner la Hollande avec les derniers évacués. Plus de deux mille femmes, note un journal anglais, se sont dévouées pour la cause de la Belgique. S’astreignant à des courses constantes entre les hôpitaux et les champs de batailles, elles ont mené la vie la plus pénible sans faiblir, « beaucoup d’entre elles ont travaillé nuit et jour : celles-ci ont, surmontant leurs nerfs, continué à panser les blessés pendant le bombardement de leurs hôpitaux, et conservé tout leur calme au milieu des projectiles tombant autour d’elles ; celles-là acceptent les conditions de vie les moins confortables. Toutes ont montré quelle grande valeur (great value) représente un dévouement entraîné. »

Quelques-unes de ces infirmières ont acquis sur la terre de Belgique une gloire particulière.

« Telle lady D… F…, bottée de caoutchouc, en culotte de ciré, vêtue d’une blouse imperméable descendant jusqu’aux genoux. Fine, brune, dix-huit ans. Elle fait partie d’une formation volante. On l’a vue rouler par tous les temps sur la route de Furnes à Nieuport. Français, Belges, elle raflait tous ceux qu’elle rencontrait. À Dixmude, elle entrait dans la fournaise et plus d’un « pompon rouge » lui doit d’avoir été hospitalisé à temps.

Aussi son calot de tricot s’adorne-t-il d’un double hommage : le gland d’or du bonnet de police des officiers belges et le ruban de la brigade de fusiliers-marins. Sur sa blouse, le roi Albert a épingle le ruban bleu et noir de l’ordre de Léopold II. »

En février 1915, le roi Albert Ier, peu prodigue de décorations, nous dit-on, décerne à Mme Wynne et à Lady Dorothée Feilding, la croix de l’Ordre pour le courage. Pendant cinq mois, elles ont exercé dans les ambulances divisionnaires et les hôpitaux du front particulièrement visés par les projectiles allemands. Toutes les nuits, elles ont assuré le transport des blessés, risquant cent fois leur vie, puisque, rapportent-elles, les Allemands visent particulièrement les convois de blessés.

Objet d’une citation, également, la doctoresse australienne Isabel Ormiston, bel exemple de persévérance et d’énergie. La Doctoresse dirigeait l’hôpital d’Ostende. Un matin de septembre, à trois heures, on annonce que les Allemands arrivent. C’est la panique affolée. Tout le personnel s’enfuit emmenant la plupart des blessés. Quelques-uns ne peuvent être évacués. La doctoresse Ormiston reste à leur chevet. Évacuée par les Allemands quelques jours plus tard, elle passe en Angleterre avec une seule idée : retourner au front. Elle recueille de l’argent et revient porter sa science et son courage à l’ambulance de la reine des Belges, située à cinq milles des lignes ennemies. Quelques mois après, comme attirée par l’inconnu du danger, elle offre ses services à l’armée monténégrine où elle rend d’éclatants services.

À Ostende, alors que les habitants évacuaient la ville en toute hâte, une courageuse Anglaise vint à plusieurs reprises chercher les blessés qui couraient le risque de tomber aux mains de l’ennemi, les emmena en bateau et en sauva des centaines. Elle renouvelle le même exploit à Anvers.

L’habileté des sportwomen anglaises est venue, à plusieurs reprises, merveilleusement seconder leur charité. Après Charleroi, on a vu la femme d’un officier anglais parcourir les champs de bataille en automobile pour ramener rapidement les blessés. Pendant l’hiver de 1914, une sportwoman connue, Mme Miss, a fait la navette entre les avant-postes et l’arrière de l’armée belge. Elle est descendue avec les brancardiers dans les tranchées pour ramener les blessés, presque pendant l’action. Sous le feu, elle les a transportés dans son automobile, puis, conduisant elle-même, les a évacués.

Aux combats de Dixmude et d’Ypres, c’est toute une équipe d’infirmières à cheval qui est partie sur le front de bataille et a rendu les plus signalés services.

En Miss Cavell, nous trouvons une des incarnations les plus hautes de la pitié et de l’abnégation féminines. Son histoire est dans toutes les mémoires et c’est seulement pour les replacer dans leur cadre, que nous rappellerons sa vie et son martyre.

Fille d’un pasteur de Norwich, elle est attirée de bonne heure vers les études médicales et, ses diplômes brillamment obtenus à Londres, va, en 1915, diriger l’école d’infirmières de Bruxelles.

Août 1914 la trouve à son poste et, malgré l’invasion de la Belgique, malgré le sac de Louvain et la destruction de Malines, malgré les lettres suppliantes de ses parents, elle refuse de regagner le pays natal. Va-t-elle donc quitter à l’heure du danger le pays qui pendant dix ans l’hospitalisa, ce pays devenu pour elle une seconde patrie ? Doctoresse et infirmière d’une haute élévation de cœur et d’esprit, elle s’assigne une double mission morale et humanitaire : soigner les blessés et consoler ceux qui souffrent. Cette mission, elle l’exercera suivant l’esprit évangélique qui l’anime, sans forfanterie, sans faiblesse et vis-à-vis même des ennemis. Qu’a-telle à craindre ? Les Allemands, si barbares soient-ils, doivent respecter l’insigne sacré de la charité.

Un an en effet, les prévisions de miss Cavell se réalisent.

Un an, elle se multiplie n’épargnant ni son temps ni ses fatigues. Elle a transformé en hôpital l’école Normale d’Infirmières où elle professe et installé un peu partout des ambulances. Elle y a recueilli Belges, Anglais, Français et Allemands. Tous ont été soignés avec un égal dévouement, une égale patience. Se trouve-t-elle au chevet des souffrants, des mourants ?… plus d’amis, plus d’ennemis pour elle ; des frères malheureux. Les vainqueurs eux-mêmes le savent ; leurs officiers ont, à plusieurs reprises, rendu hommage à l’infirmière. Cent de leurs blessés ne sont-ils pas traités dans la seule école Normale ?

Miss Cavell ne se contente pas d’être infirmière. Avec Mme Carton de Wiart et de généreux Américains, elle s’évertue au soulagement de toutes les misères, distribue argent, vêtements et, aussi précieux, les secours moraux, à tous ceux que l’invasion a fait refluer sur Bruxelles.

Comme son illustre collaboratrice elle est bien vite très populaire. Belges et Allemands, — ceux-ci s’ils ne se croient pas observés par des espions, — la saluent quand elle passe.

Mais sa popularité, comme celle de Mme Carton de Wiart, inquiète von Bissing. Autour de l’une comme de l’autre, la population belge ne pourrait-elle se rallier ? Celle-là comme celle-ci ne compromet-elle pas la sécurité de l’empire en cachant chez elle des ennemis ? Mais surtout — et voilà les raisons secrètes mais véritables de la haine allemande — celle-là comme celle-ci n’insuffle-t-elle pas aux populations vaincues, non soumises, l’espoir en une délivrance prochaine par la victoire des alliés ? L’une comme l’autre est un obstacle à la germanisation et, après avoir écarté la femme du ministre par l’exil, on se débarrassera de l’infirmière par l’assassinat.

Le 5 août, Miss Cavell est arrachée du chevet d’un blessé allemand et emprisonnée. Deux mois durant von Bissing et ses juges poursuivent une double tâche ; relever contre Miss Cavell un formidable dossier de crimes imaginaires, passibles de la peine capitale ; égarer l’opinion bruxelloise et internationale — représentée par les diplomates neutres — sur la portée et les conséquences possibles de l’arrestation. En vain le chargé d’affaires des États-Unis et ses collaborateurs sollicitent la clémence des juges. « À quoi bon ? » leur répondent les Allemands. N’ont-ils pas déjà cause gagnée ? Griefs insignifiants, peine légère.

Le 7 octobre, Miss Cavell avec 34 personnes comparaît devant des juges prévenus. L’accusation qui pèse sur elle est grave : avoir caché chez elle des fugitifs belges, français, anglais et leur avoir fourni avec des vêtements civils, les moyens de regagner leur pays : haute trahison ! Défendue par un avocat allemand, Miss Cavell est le 11 octobre condamnée à mort : la sentence est exécutoire pour la nuit suivante. En vain les ministres d’Espagne et des États-Unis essayent-ils en des démarches multipliées, d’attendrir von Bissing.

Le gouverneur veut, suivant la méthode germanique terroriser la population par un exemple sanglant. Sans trembler Miss Cavell écoute la sentence. Avec une résignation sublime elle attend dans sa cellule l’heure de l’exécution. Sans émotion apparente elle s’entretient avec le pasteur, repasse les souvenirs de son enfance et, un petit drapeau anglais fixé à son corsage, se déclare heureuse de mourir pour sa patrie. « J’ai vu tant de fois, dit-elle, la mort de tout près, qu’elle ne saurait m’effrayer ».

Quant, à deux heures du matin, les gardiens arrivent c’est d’un pas ferme qu’elle les suit. Avec ses bourreaux elle traverse un jardin sombre. « Je meurs sans haine, déclare-t-elle encore ».

Mais elle doit, nous dit-on, pour arriver au mur fatal, franchir des cadavres de Belges récemment exécutés. Bientôt, ses forces l’abandonnent, son énergie fléchit à l’aspect des fusils braqués, comme celle de Jeanne d’Arc devant la flamme du bûcher. Brisée, elle s’affaisse, s’évanouit. « Décontenancés les soldats abaissaient déjà leurs fusils quand l’officier, poussant un juron, rajusta son monocle, s’approcha, visa soigneusement la tempe et tira. »

Héroïne et martyre, doublement respectable comme femme et comme infirmière, injustement condamnée par une cour martiale jouant une parodie de justice, « Miss Cavell représente la conscience humaine, indomptable à la force et réfractaire à la terreur » [3]. Elle est de ces morts qui enseignent à vivre ».

Sa mort est un des crimes inexpiables des Allemands, une maladresse aussi, puisqu’alors seulement ils sont apparus vrais barbares aux yeux de toutes les nations.

L’une des plus belles pages de l’héroïsme de nos alliées est leur campagne de Serbie. Assez embarrassé pour organiser le service, de santé et, dès le milieu de 1915 le typhus faisant rage, le gouvernement serbe accepta avec enthousiasme les offres de secours qui lui furent faites par l’Association des femmes écossaises.

Sous la direction du Dr Inglis, elles partent et installent un premier hôpital à Kragujevatz où jusqu’au 25 octobre, les blessés serbes affluent. À cette date, il faut, les Allemands approchant, se réfugier plus au Sud-Ouest, à Krouchevatz où se trouve déjà un hôpital militaire serbe. Le trajet est désespérément long par une route encombrée de troupes et de convois de munitions. Enfin arrivées, les infirmières écossaises transforment une école en hôpital et se mettent avec le plus grand courage à soigner les cas de typhus « terriblement nombreux ». Laissons parler la doctoresse Inglis qui nous fait, de ses aventures, un récit émouvant par sa grande simplicité :

« Il n’y avait que trois semaines que nous étions arrivés à Krouchevatz quand les Allemands y parviennent. Le 6 novembre, nous fûmes bombardées et une de nos infirmières légèrement blessée par un éclat… Nous eûmes très nettement l’impression que les Allemands avaient tiré volontairement sur l’hôpital, malgré le drapeau de la Croix-Rouge.

« Le dimanche matin, les Allemands entrèrent dans la ville et s’emparèrent de notre hôpital. Ils nous demandèrent si nous prendrions les blessés allemands, nous répondîmes oui, étant de la Croix-Rouge. On nous en envoya environ trente, mais le lendemain, nous reçûmes l’ordre de transférer nos blessés serbes à la Préfecture et le lendemain, on nous dit de les transporter tous à l’hôpital serbe… Ce double déplacement était absolument impossible et il n’était pas difficile de comprendre que la malveillance était voulue.

« L’hôpital était une caserne pouvant contenir environ 400 hommes. Il nous fallut en entasser mille… Ils devaient garder leurs uniformes dans leur lit car il faisait un froid rigoureux et il n’y avait pas assez de couvertures, tout notre équipement ayant été saisi ; c’est en vain que nous réclamions des couvertures et des objets de première nécessité pour épargner à nos malades des souffrances inutiles…

« La difficulté la plus grande de toutes, à l’hôpital, était de maintenir la propreté.. Il n’y avait qu’une seule salle de bains. Nous en fîmes une autre dans le magasin et nous imaginâmes aussi un système pour désinfecter les habits, couvertures, etc.

« Vers le milieu de janvier, le nombre des blessés diminua… seuls les grands blessés restèrent avec nous…

« Le 9 février nous n’avions plus que 90 à 100 hommes qui furent dirigés sur un hôpital autrichien tandis que nous apprîmes que l’on allait nous renvoyer. Nous allâmes trouver le général autrichien… la nouvelle nous fut confirmée par un jeune aide de camp qui à nos questions relativement au sort réservé à nos blessés, répondit que cela ne nous regardait pas.

« Le 11 février on nous expédia à Belgrade, dans deux charrettes et un wagon de 3e classe, avec des membres d’un autre hôpital. À Belgrade, nous dûmes dormir sur le plancher d’une salle d’attente, en présence imposée de nos gardiens. Le jour suivant, nous arrivâmes à Vienne… puis à Bludenz, et y restâmes huit jours, frontière fermée. À Zurich enfin, nous nous sentîmes libres et c’est alors, je crois, que nous comprimes pleinement ce qu’a de pénible l’état de prisonnières ».

Deux infirmières périrent du typhus pendant cette campagne. L’une d’elles ayant succombé à Kragujevatz, fut ensevelie avec toutes les pompes du rite orthodoxe et — suprême hommage d’un peuple qui se connaît en valeur — les honneurs militaires lui fuient rendus par la garde royale de Serbie.

Une autre mission anglaise connut de plus dures épreuves. Un deuxième hôpital établi en juin 1915 à Mladenovatz doit, sous le bombardement des Autrichiens, être évacué sur Kragujevatz où on laisse les grands blessés, puis sur Kraljevo. À peine l’hôpital installé, nouvel ordre d’évacuation et l’exode reprend vers le sud. On se dirige vers Rashka, aux frontières de l’ancienne Serbie, au milieu d’un courant ininterrompu de troupes en retraite, de voitures de munitions, de convois de blessés et de la fuite de toute une population affolée. Puis c’est, en plein mois de novembre, dans un pays hérissé de montagnes, de nouvelles étapes vers Novi Bazar et Prizrend pour rejoindre, par Monastir, la Grèce et les armées alliées. Mais les Bulgares ont pris les devants et coupé la route de Monastir. La retraite est impossible. Il faut se diriger — on est alors le 20 novembre — vers la route du Monténégro. Il faut gravir d’effroyables montagnes, les redescendre par des sentiers en zig-zag au milieu du vent et des tourmentes déneige. Rien ne brise l’énergie des infirmières qui trouvent encore la force d’admirer le paysage et arrivent saines et sauves à Scutari.

Partie également avec un hôpital, une jeune Irlandaise, Flora Sandes, fit mieux encore. Les hôpitaux évacués, elle contracta un engagement comme simple soldat dans un régiment serbe, prit part à toute la campagne, suivit la retraite sur Durazzo et gagna bravement les galons de sergent. C’est sous l’uniforme de sous-officier serbe qu’elle rejoignit en 1916, l’armée de Salonique.

En Angleterre, comme en France, les femmes habituées dès longtemps au travail ont, en bien des professions, remplacé les hommes mobilisés. Mais, la mobilisation étant progressive, c’est seulement au bout de quelques mois de guerre que les vides furent nombreux.

Aussi n’est-ce qu’en mars 1915 que l’Office du travail adresse aux femmes anglaises son appel où il est dit que, dans les circonstances présentes « la puissance de travail de la nation doit à l’égal de sa force combative, être développée ».

Les hommes au feu, les femmes doivent les remplacer à l’usine aux champs, aux bureaux. En conséquence le gouvernement invite les femmes à se faire inscrire sur le Registre des femmes pour le service de guerre préparé par l’Office du travail et dont des exemplaires seront à leur disposition dans les centres principaux.

« L’objet de cette inscription est la constitution d’une réserve féminine, ou l’on puisera s’il est nécessaire, pour tous les travaux. De temps en temps l’offre du travail fera paraître des notices sur les principaux emplois disponibles, les conditions et la nature du travail ».

C’est, réalisée par le gouvernement, l’idée de la Ligue des Enrôlées dont nous avons vu une femme de lettres prendre chez nous l’initiative.

En un pays éminemment pratique, l’appel fut entendu. La première semaine se présentèrent 20 000 enrôlées, puis une moyenne de 5 000 les semaines suivantes. Les volontaires furent distribuées en trois catégories : fabrique des armes et munitions, agriculture, travail de bureau et, très vite, employées suivant leur compétence.

Pour les travaux agricoles, on n’a peut être pas constaté chez les femmes anglaises, le même imposant ensemble que chez les Françaises.

Tandis qu’en France, toutes nos campagnardes ont dû à l’envi travailler leur terre, chez nos alliés la nécessité du travail agricole féminin fut, comme la mobilisation, moins générale ; d’autre part la grande propriété étant la règle, la petite propriété l’exception, il a fallu chercher des ouvriers agricoles pour de vastes domaines. Tâche moins facile que d’amener chaque femme a travailler sur son lopin de terre.

Si dans le Nord, cependant, dit le Common Cause un grand nombre de femmes se sont présentées, il n’en fut pas de même dans le Sud où leur expérience agricole était moins grande.

Pourtant on parvint à recruter dès l’été de 1915, un certain nombre d’ouvrières agricoles. Mais le trait le plus curieux est l’ardeur avec laquelle les jeunes filles des villes se sont portées vers les travaux des champs. À ces volontaires masculins fournis par les lycées et collèges qui, en France ont rendu tant de services, se sont ajoutées en Angleterre, les élèves de tous les collèges et institutions de jeunes filles qui, à l’envi, se sont dirigées vers les fermes comme vers une distraction, un repos, une œuvre de salut national.

Les jeunes sportswomen ont laissé le tennis, le golf, le canotage pour les travaux des champs. On les a vues conduire la charrue, atteler les chevaux, mettre le blé en meules et en gerbes, porter au marché les légumes et les fleurs.

En même temps les principales sociétés féminines, envoient partout des émissaires qui prêchent aux femmes de quitter le foyer « pour prendre la herse et la charrue ». Une campagne est organisée pour le recrutement de 40 000 femmes qui, soldats pacifiques, porteront l’uniforme vert orné de la couronne royale ». Le gouvernement fait entrer des femmes dans les Comités agricoles dont les délégués parcourent les campagnes, sonnant l’appel du blé qui lèvera.

Des femmes de la plus haute aristocratie ont organisé chez elles des expositions de produits agricoles obtenus sur leurs domaines. Telle Lady Cowdray démontrant elle-même a plusieurs jeunes filles le maniement d’une baratte mécanique. Comme toujours en Angleterre, l’exemple donné par les hautes classes a été rapidement suivi. Plus nombreuses ont été, de la part des femmes, les demandes de placement à la campagne et l’année 1916 a vu s’accroître, de façon considérable, le nombre de femmes mobilisées pour les travaux des champs. Grâce à elles, ont été comblés les vides laissés par l’élite masculine partie au front. « Les rapports des fermiers, employant des femmes, dit un journal anglais, s’expriment favorablement sur le compte de ces travailleuses. Elles ne se sont pas montrées seulement capables de traire, de soigner le bétail ou de faire d’autres menus travaux considérés comme réservés aux femmes, mais ont révélé de remarquables aptitudes et de l’endurance dans d’autres labeurs comme le maniement des chevaux, du bétail et des machines ».

Le ministère de l’Agriculture s’associe à cet hommage en inscrivant sur un diplôme délivré à toutes les travailleuses de la terre : « La femme qui apporte son aide à l’agriculture pendant la guerre, sert aussi fidèlement son pays que l’homme qui combat sur mer et dans les tranchées. »

Parcourez les journaux anglais et vous verrez que l’idéal du gouvernement et de la nation chez nos alliés est d’imiter dans le soin patient et pieux de la terre, les femmes de France dont elles ont admiré le splendide et fécond effort.

S’il a fallu, pour les ramener à la terre, prodiguer aux femmes les exhortations et les exemples, d’elles-mêmes au contraire elles se sont jetées vers les travaux de guerre qui leur semblaient d’une plus immédiate nécessité. Dès la formation du Ministère des munitions, M. Lloyd George a vu s’offrir à lui ce travail féminin dont il est aujourd’hui, comme M. Albert Thomas, un si passionné partisan. Le 17 juillet 1915 une députation de femmes appartenant aux groupements les plus opposés, se présente devant le ministre qui la reçoit fort bien, la félicite de son zèle patriotique et l’informe qu’il est disposé à employer des femmes dans l’industrie de guerre et à leur assurer des salaires équivalents à ceux des hommes.

Encouragées, les femmes se précipitent en masse aux usines. Ici encore la haute société donne l’exemple et offrent des volontaires. Volontaire Mrs Moïr, femme du directeur du Service des Inventions, volontaire lady Catacre, volontaire lady Scott, veuve du héros de l’Antarctique. À leur suite viennent des femmes de toute classe, de toute profession et les grands établissements se remplissent d’un peuple féminin, sans cesse plus nombreux.

En 1916, la fabrication des armes et munitions a, en Angleterre comme en France, occupé un très grand nombre de femmes. Des chiffres précis sont d’ailleurs difficiles à donner : près de 3 millions, dit d’après un document anglais, notre bulletin de l’Office du Travail. 300 000, dit une information venue de Londres à un journal féministe. D’après des évaluations faites au Ministère des munitions français il semble qu’actuellement, 1 million ou 1 200 000 femmes travaillent dans les usines de guerre anglaises.

Les conditions dans lesquelles elles travaillent sont de tous points semblables à celles dans lesquelles travaillent leurs camarades françaises. Comme en France ce furent des femmes étrangères aux travaux métallurgiques qui se présentèrent ; « la plupart, dit un journal, n’avaient jamais manié d’outil ». Et, comme en France, l’apprentissage fut rapide : « la plupart, dit l’Ingénieur, pouvaient, après deux jours seulement, livrer de bon ouvrage, de calibre absolument exact. Dans certains cas où le travail était plus difficile, il a fallu une semaine, et, pour les plus délicates, il n’a jamais fallu plus de dix jours pour arriver à acquérir toute l’habileté nécessaire ». Naturellement, en Angleterre comme en France, les travaux nécessitant une instruction technique sont restés réservés au personnel masculin.

Comme en France également, on a reconnu que des surveillantes rempliraient un rôle très utile pour la discipline et la moralité générales. Beaucoup d’usines les ont adoptées. Mieux, un Comité s’est formé chargé des questions techniques, de la nourriture et du logement. Deux femmes en font partie. Grâce à elles on a pu assurer dans les usines une bonne hygiène, une limitation des heures et des journées de travail et, par ces réformes heureuses, assurer un rendement meilleur.

Pour les salaires aussi, même principe qu’en France. Les Trades-Union, la Fédération nationale des femmes ouvrières, le gouvernement lui-même ont engagé les industriels, ont, au besoin, fait pression sur eux pour faire monter les salaires féminins d’abord insuffisants. À rendement égal, salaire égal, telle est désormais la formule adoptée. Le salaire minimum est de 20 shillings par semaine. Certaines ouvrières particulièrement habiles arrivent à toucher jusqu’à 3 livres sterling.

Enfin les Anglais, comme nous-mêmes et avant nous-mêmes, se sont préoccupés lorsqu’ils ont mobilisé leurs compagnes de ne pas leur imposer hors de l’usine des conditions de vie trop pénibles ou funestes à l’avenir de la race. Le ministère de la guerre, les municipalités, diverses grandes sociétés de bienfaisance ont apporté leur aide aux établissements industriels — aide morale et pécuniaire — pour leur permettre de loger le mieux possible leurs ouvrières et leurs ouvriers. À proximité des usines, on a construit, soit des baraquements, soit de préférence, des maisons ouvrières pouvant contenir toute une famille. Parfois même s’élèvent « de véritables villages avec des hôpitaux, des écoles, des églises, des salles de réunion, des magasins ». Ainsi la femme gardera encore le foyer. Fut-elle seule au monde, elle n’est pas isolée. De véritables pensions de famille s’élèvent qui lui donnent pour 13 shillings par semaine nourriture et logement.

Comme leurs sœurs de France qu’elles prennent à tâche d’imiter, les ouvrières anglaises se montrent dignes de leur haute mission. « Les femmes, qui ont pris la place des hommes, remplissent leur tâche extraordinairement bien, dit le ministre du commerce M. Runciman ».

« Dans un cas, dit le Directeur du Middland Railways, deux femmes travaillant seulement trois heures supplémentaires par semaine font un travail pour lequel il fallait précédemment quatre hommes ».

« Les femmes sont splendides » ajoute M. Lloyd George avec une imperatoria brevitas.

Fournir aux combattants leurs armes, à toute la nation le pain quotidien, telles sont les deux plus belles tâches que les femmes anglaises aient, à leur honneur, entreprises et réalisées. Mais mille autres tâches encore ont sollicité leur activité.

On les a vues dans les docks de Londres et de Liverpool décharger les bateaux marchands, sur les chantiers de constructions maritimes de Newcastle de Londres, de Glasgow où leur endurance et leur habileté excitaient et l’envie de leurs camarades et l’admiration des patrons.

On a vu dans les usines de Dundee les femmes et filles de pêcheurs de la côte orientale de l’Écosse venir fabriquer toile à voiles et cordages. On les a vues, sur les chemins de hâlage, attelées aux lourdes péniches qui sillonnent les calmes cours d’eau de la campagne anglaise ; durs métiers que seule une nécessité impérieuse peut contraindre une femme d’exercer.

On les a vues dans les usines à gaz, charger, laver, charrier le coke.

Comme en France on a vu les femmes cuisinières dans les camps, hôpitaux, casernes, et des femmes même prendre du service sur les paquebots. Les unes et les autres sont, en Angleterre, de rares exceptions. Mais surtout, l’aspect des villes anglaises a, comme celui des cités françaises, été curieusement modifié par des remplacements parfois imprévus. Aux guichets des gares, des femmes se sont assises, au seuil des voies elles ont poinçonné les tickets. Dans les trains elles coiffent la casquette du conducteur ou portent la sacoche du receveur. Vous les voyez, chasseurs dans les hôtels, parées d’un seyant uniforme, ou, commissionnaires, revêtues d’un bizarre costume destiné à braver les rigueurs du climat londonien, messagers cyclistes se lancer sans crainte parmi l’effrayant chaos des véhicules des principales artères de la capitale, chauffeuses — en province seulement — d’autobus et de taxis, mener elles-mêmes habilement ces véhicules.

Colleuse d’affiches, opérateur de cinéma, garçon de bar, sous quelles transformations ne contemplons-nous pas, aujourd’hui, la femme anglaise ? N’est-elle pas devenue, même, gardienne de prison et agent de police !

« Un grand nombre des gardiens de la prison Rew ont, nous dit le Times, été remplacés par des femmes ».

Pour les policewomen, elles sont plus nombreuses encore. Dès le début des hostilités, la Womens Freedom League forme un corps de volontaires policières. L’expérience réussissant, elle est appuyée de la sanction officielle. Hull, Grantham, Southampton et Folkestone ont nommé officiellement des femmes agents de police.

« Le corps d’agentes de polices de Londres, dit un journal anglais, a rendu les plus grands services : dans de nombreux cas, des jeunes filles ou des enfants ont trouvé une protection efficace auprès des agentes de police…., des patrouilles de femmes ont su exercer une surveillance salutaire dans des endroits de divertissement public et mieux que les hommes y rétablir l’ordre ». Le maire de Hull a rendu à ses policewomens un semblable hommage.

Bien des carrières fermées jusqu’alors aux femmes anglaises leur sont, depuis qu’elles ont su montrer leur talent et leur zèle, ouvertes pour l’avenir. Le gouvernement a permis aux jeunes filles de fréquenter les Écoles de télégraphie sans fil ; les ingénieurs leur ont fait dans leurs bureaux une large place et M. Lloyd George n’a pas hésité a appeler près de lui une jeune fille Miss Stevenson comme chef de cabinet. Les hommes politiques et la grande presse, patriotiquement fiers de l’élan magnifique avec lequel « plus de 80 p. 100 des femmes anglaises ont participé au service du pays », du mépris tranquille avec lequel elles ont subi bombardements et raids aériens, de l’énergie fière qui fait reparaître vivante la noble figure de la grande Élisabeth, prévoient une époque prochaine où leurs compatriotes prendront part à la conduite du pays. Elles en ont acquis le droit par le travail et la souffrance.

  1. Le Times.
  2. Statuts de la W. V. R.
  3. Ferdinand Buisson.