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Les deux Coqs

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Les deux Coqs
Fables, deuxième recueil : livres vii, viiiClaude Barbin et Denys Thierry3 (p. 64-67).


XII.

Les deux Coqs.



DEux Coqs vivoient en paix ; une Poule ſurvint,
Et voila la guerre allumée.
Amour, tu perdis Troye ; & c’eſt de toy que vint

Cette querelle envenimée,
Où du ſang des Dieux meſme on vid le Xante teint.
Long-temps entre nos Coqs le combat ſe maintint.
Le bruit s’en répandit par tout le voiſinage.
La gent qui porte creſte au ſpectacle accourut.
Plus d’une Heleine au beau plumage
Fut le prix du vainqueur ; le vaincu diſparut.
Il alla ſe cacher au fond de ſa retraite,
Pleura ſa gloire & ſes amours,
Ses amours qu’un rival tout fier de ſa défaite
Poſſedoit à ſes yeux. Il voyoit tous les jours
Cet objet rallumer ſa haine & ſon courage.

Il aiguiſoit ſon bec, batoit l’air & ſes flancs,
Et s’exerçant contre les vents
S’armoit d’une jalouſe rage.
Il n’en eut pas beſoin. Son vainqueur ſur les toits
S’alla percher, & chanter ſa victoire.
Un Vautour entendit ſa voix :
Adieu les amours & la gloire.
Tout cet orgueil perit ſous l’ongle du Vautour.
Enfin par un fatal retour
Son rival autour de la Poule
S’en revint faire le coquet :
Je laiſſe à penſer quel caquet,
Car il eut des femmes en foule.
La Fortune ſe plaiſt à faire de ces coups ;
Tout vainqueur inſolent à ſa perte travaille.

Défions-nous du ſort, & prenons garde à nous
Apres le gain d’une bataille.