Les erreurs de l’Église en droit naturel et canonique sur le mariage et le divorce/31

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XXXI


Qui donc a inventé le lien spirituel entre parrain et marraine, parrain et filleule, entre le parrain et la mère de l’enfant ou entre le père et la marraine ? Ce lien spirituel était un obstacle au mariage, donc il fallait payer dispense et la baroque invention avait ainsi son charme. Et comme il fallait bien frapper les imaginations pour faire respecter ces honnêtes applications pratiques de la cupidité ecclésiastique, on informait gravement les fidèles que celui qui épousait sa commère sans payer dispense s’exposait à être frappé du tonnerre s’il la caressait par un temps d’orage. Et pendant les longs siècles d’omnipotence du prêtre on aurait brûlé sans miséricorde quiconque eût osé rire de l’inepte superstition !

Est-ce la justice laïque qui aurait inventé tant de honteux moyens de spéculer sur l’ignorance populaire ? Loin de là, partout où elle a pu se soustraire à la griffe du sacerdoce elle a de suite fait table rase de ces hontes. Et alors le clergé de crier à l’impiété des temps !

Eh bien ! la loi civile peut-elle admettre pareille cause de nullité de mariage ? L’Église a renoncé aujourd’hui à imposer ce ridicule empêchement. Mais pendant des siècles elle a tourmenté, opprimé, ahuri les gens sous prétexte de parenté spirituelle. Et elle le ferait encore si la supériorité de lumières chez les laïcs ne lui avait pas fait honte de ces niaiseries !

Enfin on comprenait si bien les questions relatives au mariage que l’on adoptait comme vérité indubitables des préjugés purement païens, tels que celui de l’illégitimité radicale des secondes noces. Tertullien va jusqu’à dire qu’une veuve ne devait pas se remarier parce qu’elle commettait un adultère vu qu’elle ne faisait qu’une seule chair avec son mari décédé. On disait aussi que le principe de l’unité du mariage comportait non seulement une seule femme mais aussi un seul mariage.

Saint Paul avait dit pourtant que ; les jeunes veuves devaient se remarier. Mais les hommes qui ont corrigé Jésus sur tant de choses : sur le prêt à intérêt, sur le maigre, sur la répétition interminable des mêmes prières, sur le divorce et surtout sur le principe de persécution, devaient faire encore bien moins de cas de saint Paul. Ils ont donc qualifié les secondes noces de polygamie successive.

Sous Innocent III, au IVe concile de Latran, on en revint au quatrième degré de parenté, c’est-à-dire aux cousins issus de germains. Et l’une des raisons données était tout aussi brillante que celle pour étendre la prohibition au septième degré. « Le corps, disaient les illustres théologiens du temps, est composé de fluides qui sont constitués par les quatre éléments. »

Rien de curieux au reste, à toutes les époques, comme les raisons que les ecclésiastiques donnaient au soutien de leurs opinions et même de leurs décisions faisant loi dans l’Église.

Pourquoi n’a-t-on adopté que quatre évangiles sur les cinquante ou soixante qui avaient cours au IIIe siècle ? C’est un Père de l’Église qui nous l’apprend : Il y avait quatre éléments dans la création et quatre fleuves dans le paradis terrestre.

Il est vrai que personne n’a jamais pu, je ne dirai pas expliquer, mais comprendre le passage relatif aux quatre fleuves, mais c’est tout comme.