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Les filles de Loth et autres poèmes érotiques/40

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La Grisette et l’Étudiant
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Texte établi par Bernard, Edmond Dardenne, Imprimerie de la Genèse (Sodome) (p. 191-204).

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LA GRISETTE ET L’ÉTUDIANT

Pièce en un acte de Henry Monnier

PERSONNAGES


L’ÉTUDIANT.
LA GRISETTE.
LA VOIX DE M. PRUDHOMME.


(À Paris, dans une chambre meublée, rue de la Harpe,
entre 1830 et 1840.)

L’ÉTUDIANT
(lisant une lettre)

« …Mardi, à midi, je serai chez toi, plutôt avant qu’après. Aime-moi toujours comme je t’aime. Sois bien sage et bien raisonnable, mais pas trop cochon. Si nous voulons, nous ferons des bêtises. » (Parlé.) Onze heures dix… Elle ne viendra pas. (Relisant.) « …Mardi, à midi… » (Parlé.) Elle n’est pas en retard… Mettons sa chaise… Onze heures et demie ! (Relisant.) « …Je serai chez toi plutôt avant qu’après… » (Parlé.) Onze heures trois quarts !… (On entend toc, toc, à la porte.) Qui est là ?…


UNE VOIX FLUTÉE

Moi !


L’ÉTUDIANT
(Faisant semblant de ne pas la reconnaître.)

Qui çà, vous ?


LA MÊME VOIX FLUTÉE

Moi ! !…

(Il ouvre. Entre la grisette, rouge comme une pivoine qui aurait monté six étages.)

LA GRISETTE

Bonjour, mon chien. Comment ça va ?… Dieu, que c’est haut ! Je suis essoufflée… Et ta portière qui me demande toujours où je vais, comprends-tu ça ?… Elle me fait répéter pour me faire endêver… aussi, je l’abomine, cette vieille bosco-là ! M’embrasses-tu ?… Laisse-moi ôter mon chapeau.


L’ÉTUDIANT
(Avec l’empressement de l’homme qui bande.)

Donne-le-moi, mon ange.


LA GRISETTE
(Se débarrassant de son chapeau.)

Tiens… M’aimes-tu, tit chat ?… Viens m’embrasser.


L’ÉTUDIANT
(Qui la tient dans ses bras.)

Oui…


LA GRISETTE
(Avançant son petit museau contre les lèvres de son amant.)

Nous serons bien sages, par exemple !


L’ÉTUDIANT
(Qui bande plus que jamais, lui faisant une langue.)

Oui…


LA GRISETTE

Ah ! pas comme ça, tit chat, pas comme ça… Ah ! t’es cochon !… Pas la langue, non, t’en prie, pas la langue… Devine ce que j’ai sous mon châle ?


L’ÉTUDIANT
(Qui bande trop pour deviner quoi que ce soit.)

Des bretelles brodées par toi !…


LA GRISETTE
(Qui s’est soustraite pour un instant aux langues de son amant, et qui sautille dans la chambre comme une bergeronnette.)

Non… Dans un pot ?…


L’ÉTUDIANT

Des bretelles… dans un pot ! ! !…


LA GRISETTE
(Riant aux éclats.)

T’es bête ! Dans un pot… c’est du raisiné que maman m’a envoyé, pour mon hiver… Tu l’aimes, le raisiné, n’est-ce pas, gros minet ? Nous le mangerons.


L’ÉTUDIANT
(Qui n’a d’autre préoccupation que de baiser la grisette.)

Oui…


LA GRISETTE
(S’arrêtant devant la cheminée.)

Tiens ! où est donc la pendule ?…


L’ÉTUDIANT

Chez l’horloger.


LA GRISETTE

Et le verre aussi, n’est-ce pas ? Elle est chez ma tante !


L’ÉTUDIANT

J’en ai peur…


LA GRISETTE
(Boudeuse.)

Ah ! oui, je sais… C’est pour l’autre jour, avec ta Mme Machin, que vous avez été à Meudon, me faire des queues… (Avec élan.) J’avais justement de l’argent, vingt-cinq francs !… Je te les aurais prêtés !…


L’ÉTUDIANT
(Qui est parvenu à l’attirer sur une chaise.)

T’es bête, va !…


LA GRISETTE

Baisez-moi vite, mauvais sujet… Baisez-moi !… (Il lui fait une langue prolongée.) Non… pas comme ça. mon chien, pas comme ça… t’en prie !… Recommencez… Pas de bêtises, tit chat, t’en prie !… (Il lui pince amoureusement le cul.) Je ne veux pas… non… travaille ! (Il lui patine la poitrine.) Non… laisse-moi… te dis… Je viens ici pour que tu travailles… Je vais me mettre à côté de toi… (Elle saute sur une chaise voisine.) C’est ça… sois bien gentil ! Y a-t-il longtemps que je t’ai vu !… Baisez-moi, vilain méchant… baisez-moi mieux que çà… Dis donc, a-t-elle autant de gorge que moi, ta madame ?…


L’ÉTUDIANT
(Qui en a plein les mains.)

Hou !… Hou !…


LA GRISETTE
(Se cabrant pour mieux faire saillir ses tétons.)

Je suis sûre qu’elle ne se tient pas comme la mienne… C’est que tu n’en trouveras pas comme çà tous les deux jours, sais-tu, tit chat, non !… Elle est mieux mise… ta dédame, mais elle n’a pas mon corps… Tiens, vois mes nénets comme ils sont engraissés. (Elle les met à la fenêtre de son corsage.) Les aimes-tu, mes pommes ? (Il les branle du doigt et de la langue.) Oh ! non, n’y touchez pas, monsieur !… Je veux les conserver longtemps… non, t’en prie… ah !… non… tit chat… non… Travaille… ah !… cochon !…


L’ÉTUDIANT
(L’attirant sur ses genoux et lui troussant sa robe.)

Mais je travaille aussi.


LA GRISETTE
(Se défendant mollement.)

Pas ce travail-là… Je veux que tu sois raisonnable… (Il lui écarte les cuisses.) Eh bien !… Eh bien ! où vas-tu comme çà ?… Qu’est-ce que tu fourrages là-dedans ?… Ah ! comme t’es cochon ! comme t’es cochon !… Je ne veux pas, non, je te connais… quand tu l’as fait, tu me renvoyes… Non… t’en prie !… Non… te dis… tit chat… Non !… non !… pas comme çà… ça me tire l’estomac. (Il la branle.) Laisse mon bouton… mon tit bouton… Bien !… ah !… oui !… (D’une voix languissante.) Travaille…


L’ÉTUDIANT
(Remplaçant son doigt par sa pine.)

Je travaillerai après…


LA GRISETTE
(Qui commence à faire des yeux blancs.)

Non… tit chat… Sais bien ce que ça t’a fait l’autre fois… Non… oh ! non !… Faut donc toujours vous céder ?… Oui… tu veux le faire… Ah !…


L’ÉTUDIANT
(Poussant sa pointe.)

Oui…


LA GRISETTE

Sur le lit, mon chien… sur le lit… On est mieux pour faire çà… (Il la porte sur le lit et commence l’assaut avec une certaine furie.) Attends… attends donc que je relève ma robe dessous… Tu veux donc tout me déchirer !… Tiens… me voilà… Va… Pas comme ça, donc ! tu vas chez le voisin… Laisse-moi te conduire… Na !… Attends mon petit homme… Oh !… attends !… Faisons-le longtemps, bien longtemps ; n’est-ce pas, tit chien ?… Tu y es… Me sens-tu ?…


L’ÉTUDIANT
(Jouant avec vigueur des reins.)

Oui…


LA GRISETTE

(Jouissant et ne pouvant retenir ses soupirs de bonheur, qui ressemblent au cri du geindre.)

Han !… han !… han !… Que c’est bon !… Je jouis… Va !… Han !… Ah ! que c’est bon !…


L’ÉTUDIANT
(Jouissant, mais plus silencieusement.)

Cher ange !… Je t’aime !…


LA GRISETTE
(Répondant aux coups de pine de son amant par autant de coups de cul.)

Tu… m’ai…meras… tou… toujours ?…


L’ÉTUDIANT
(Qui n’est pas encore désarçonné.)

Oui !…


LA GRISETTE
(Au paroxysme de la jouissance et criant.)

Va !… va !… va !… petit homme… Pas tout de suite… Pas encore… Ah ! cela vient !… Tu me mouilles… Ah ! comme je jouis, mon Dieu, comme je jouis !… Ça me va dans la plante des cheveux… Ah ! oui !… tue-moi ! Ah ! tue-moi !… ah ! tue-moi !…


LA VOIX DE M. PRUDHOMME

Pas d’assassinat dans la maison, s’il vous plaît !… Eh ! là-bas, avez-vous bientôt fini vos turpitudes ?


LA GRISETTE
(Gigottant toujours.)

Qu’est-ce qu’est donc là, à côté ?


LA VOIX DE M. PRUDHOMME

Vous allez me porter à de regrettables attentats sur ma personne…

(Les deux amants, qui n’ont pas encore tout à fait fini, ne soufflent mot ; le lit seul parle pour eux, éloquemment.)


LA GRISETTE
(Dans les dernières convulsions du bonheur.)

Qu’est-ce qu’est donc là, à côté ?


L’ÉTUDIANT
(Limant encore pour l’acquit de sa conscience, car il ne bande plus aussi raide.)

Une vieille bête !…


LA GRISETTE
(Qui bande toujours.)

Nous le faisions si bien !… Je voudrais recommencer !… Et toi… tit chat ?…


L’ÉTUDIANT
(La branlant pour laisser un instant souffler sa pine.)

Moi aussi…


LA GRISETTE
(Qui est pour la jouissance sérieuse, et non pour les à peu près.)

Pas comme çà ! Polyte, mon Lilyte, ôte ta main, ôte ta main… Non ! Veux pas… ôte ta main… t’en prie !


LA VOIX DE M. PRUDHOMME

Hippolyte, ôtez donc votre main !


L’ÉTUDIANT
(À M. Prudhomme.)

Vous n’allez pas nous foutre la paix, vous ?


LA VOIX DE M. PRUDHOMME

Très bien, monsieur… Vous me faites sortir de mon lit. J’abandonne la place… Je vais achever ma sieste dans une chambre voisine, pendant que vous achèverez vos impudicités dans la vôtre…


L’ÉTUDIANT

Enfin, il est parti, cet imbécile… Qu’est-ce que nous disions déjà ?


LA GRISETTE
(Qui ne perd pas son sujet de vue ni de main.)

Nous disions, tit chat, que nous faisions des bêtises… Je voudrais bien vous embrasser… Donnez-moi votre petit bécot… (Lui pelotant les couilles et lui chatouillant la pine.) Je veux voir si vous êtes en bon état. (S’apercevant qu’il bande.) Oui, vous êtes en état, cochon !… (Avec admiration et voulant profiter de l’occasion.) Il est plus fort qu’il n’était tout à l’heure… Et dur ! on dirait du fer !… Comment une si grosse affaire ne vous crève pas le ventre quand elle entre ?… (Elle s’en empare avidement et se l’introduit.) Attends, mon chien, attends… Ça y est bien, à présent… Va !… ah ! maman… ah !… maman !… maman !…


L’ÉTUDIANT
(Qui jouit plus silencieusement, mais tout aussi profondément.)

Ah ! cher ange !… cher ange !…


LA GRISETTE
(Nageant dans un lac de félicité.)

Oh ! va, va !… Mais va donc !… Pousse, tit homme !… pousse !… mais pousse donc !… Ah ! comme je te sens bien !… Ah ! maman, maman ! que c’est bon !… Comme tu fais bien ça, mon chéri !… As-tu autant de bonheur que moi ?… Parle-moi, t’en prie… Ah ! que c’est bon !… Dis que tu m’aimes bien !… Mais, là, bien !…


L’ÉTUDIANT
(Poussant toujours.)

Oui…


LA GRISETTE
(Tortillant des fesses.)

Dis-le toi-même !…


L’ÉTUDIANT

Je t’aime bien.


LA GRISETTE
(Suppliante.)

Donne-moi ta langue… ta chère bonne petite languette… (Impérieusement.) Ta langue ! Ta langue ! Ah ! mon minet !… ah !… ah !… ah !…


L’ÉTUDIANT

Ma poulette !…


LA GRISETTE
(Pâmée.)

Ta poulette, oui… Ta petite poule chérie… Ta… ta… poule… chérie…


L’ÉTUDIANT

Oui…


LA GRISETTE
(Faisant casse-noisette.)

Sens-tu comme je te serre ?… Va au fond !… bien au fond… Pousse, mon petit homme, pousse… Tu me diras quand ça viendra…


L’ÉTUDIANT
(Précipitant ses coups.)

Oui…


LA GRISETTE
(Suppliante.)

Pas sans moi ! pas sans moi !… Ensemble !… jouis… jouissons… ensemble… bien… Ensemble !… Oh !… maman !… maman !… maman !… que c’est bon !… Tue-moi !… tue-moi !… tue-moi !… Oui… oh !…


L’ÉTUDIANT
(Qui a déchargé.)

Tiens, prends le tout dans ton cul ! !…


LA GRISETTE
(Crispant pieds et mains.)

Ah !… ah !… ah !… j’ai bien joui !… oui !… Et toi, tit chat ?… Et toi ?…


L’ÉTUDIANT
(Retirant sa queue.)

Moi aussi…


LA GRISETTE
(Avec reproche.)

Ah ! tu te retires !… Pourquoi ne l’as-tu pas laissée dans mon cul ?… Je ne l’aurais pas mangée, va !… Reste encore comme avant… là… ventre contre ventre… Déjà fini ! Ah ! c’est bête !… Ça devrait durer toute la vie… (Silence… Les deux amants, toujours entrelacés, se becquètent tendrement encore, mais sans jouer des reins. La grisette serre avec énergie l’étudiant contre sa poitrine, en soupirant et en tressaillant sous les derniers frissons de la jouissance. Pour un peu, elle recommencerait. Déjà, même, sa main se faufilant sous les couilles de son amant, s’apprête à les chatouiller et à réveiller en elle le sperme qui dort ; mais l’étudiant, qui n’a que deux coups à son arc, se soustrait brusquement à cette invitation, en sautant à bas du lit.)


L’ÉTUDIANT

Est-ce que je ne t’ai pas dit que j’avais à sortir ?


LA GRISETTE
(Étonnée.)

Non… Vois comme tu es cochon… Quand tu l’as fait, tu me renvoies !… C’est toujours la même chanson.


L’ÉTUDIANT

Puisque j’ai à sortir.


LA GRISETTE
(Toujours sur le lit et pleurant à chaudes larmes.)

Hi ! hi ! hi !… Hi ! hi !…


L’ÉTUDIANT
(Contrarié.)

Ah ! si tu pleures, nous allons joliment nous amuser.


LA GRISETTE
(Toujours pleurant.)

Moi qui comptais tant que nous sortirions ensemble !… hi !… hi !… hi !…


L’ÉTUDIANT
(Avec impatience.)

Puisque je te dis que j’ai une commission pour ma mère !


LA GRISETTE

Elle vient donc d’arriver, ta mère ?


L’ÉTUDIANT

Je ne te l’ai pas dit ?


LA GRISETTE

Tu me l’as dit la dernière fois !… Ah ! je suis pas heureuse ! moi ! non !… j’ai pas de chance… C’est comme la robe que tu m’avais promise…


L’ÉTUDIANT

Tu l’auras !…


LA GRISETTE
(Sautant à bas du lit.)

Quand ?… La semaine des quatre jeudis, n’est-ce pas ?


L’ÉTUDIANT
(Allant à son secrétaire.)

Tiens, la voilà, ta robe ! (Il lui jette avec colère une pièce de vingt francs.)


LA GRISETTE
(Éclatant de douleur.)

C’est pas comme cela que je la voulais… C’est pas comme ça !… oh ! mon Dieu !… mon Dieu !… (Elle sanglote et se pâme.)


L’ÉTUDIANT
(Courant à elle.)

Eh bien ! quoi ! tu vas te trouver mal, à présent !… Fanny !… Fanny !… Pauvre chatte chérie… Réponds-moi ! Fanny… Fanny !… Je t’en prie !… (Il la prend dans

ses bras et la caresse tendrement.) Tu pleures !… Fi ! que c’est vilain !… Voulez-vous bien vite essuyer ces vilaines larmes !…


LA GRISETTE
(Riant d’un œil et pleurant encore de l’autre.)

Non ! je pleure plus !… je ris ! tiens !… Et toi aussi, t’as pleuré. Baise-moi et sois plus méchant, tit chat !… T’en veux plus, mais plus du tout !…


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