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Les filles de Loth et autres poèmes érotiques/Texte entier

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Texte entier
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Texte établi par Bernard, Edmond Dardenne, Imprimerie de la Genèse (Sodome) (p. 11-254).


PRÉFACE


Qui ne connaît Les Filles de Loth ?

Quel est le potache qui, dans ses dernières années de lycée, ne l’ait appris par cœur, délaissant ainsi Boileau, Racine ou Virgile ? Aujourd’hui, le jeune potache d’antan est un docte praticien ou un avocat expert et, dans le silence de son cabinet, il aimerait à se remémorer les célèbres vers d’Alfred de Musset.

Depuis fort longtemps ce poème n’avait pas été édité. Nous venons de combler cette lacune et nous avons eu l’heureuse idée d’ajouter à ces vers immortels des pièces et des poésies qui furent tout aussi célèbres. Citons :

L’Examen de Flora
L’Ode à Priape
Le Compendium Érotique
Le Chapitre des Cordeliers
La Morpionéïde
La Femme à Barbe de Guy de Maupassant

etc., etc., en un mot à peu près tous les poèmes qui firent, durant de longues années, le tour des salles de garde de Paris et de Province.

Aucune de ces pièces ne figure dans les deux tomes des TROIS ORFÈVRES À LA SAINT ÉLOI, de joyeuse mémoire, que nous avons fait paraître, il y a trois ans, et qui ont obtenu le retentissant succès que l’on sait, mais, au contraire, en forment, avec leur suite, le complément indispensable.

Nous avons également intercalé parmi ces œuvres une parodie érotique de LA MADELON. Cette chanson, malgré son dévergondage, fut chantée fréquemment au G. Q. G. pendant la guerre et fit la joie des officiers qui la fredonnaient.

Enfin, figure également :

Le Théâtre Érotique, de M. Joseph Prudhomme

dû à la plume grivoise d’Henry Monnier ; nous voulons parler de : La Grisette et l’Étudiant et Les deux Gougnottes.

Des dessins libres, coloriés à la main, ornent cet important ouvrage.

Édite sur vergé alfa de luxe à la forme, il est élégamment présenté dans un bel étui de luxe. Son format est de l’in-8 jésus.

Ces illustrations ont été dessinées par le même artiste qui illustra La Trilogie Érotique de Verlaine, que nous fîmes paraître, voici tantôt deux ans, et qui obtint un si légitime succès.

Avant de terminer, qu’il nous soit permis de remercier tous les collaborateurs bénévoles qui ont apporté leur pierre au nouvel édifice que nous venons de construire.

Lorsque nous avons fait connaître notre projet de sortir de l’oubli ces refrains et ces vieux souvenirs chers à tous ceux qui ont fréquenté les Facultés, des quatre coins de notre belle France, il nous est arrivé des quantités de poèmes et de chansons qui nous permettraient de composer plusieurs volumes de l’importance de celui que nous éditons aujourd’hui. Tous se sont souvenus que nous étions fils de Rabelais ; tous nous ont soutenus de leurs efforts et ont applaudi

le courage que notre intention dénotait, spécialement à une époque où le rire n’était plus permis qu’à lèvres pincées, où l’austérité apparente était une nécessité, où l’hypocrisie était une loi !

Aussi, de pontifiants et haut placés personnages ont senti la jeunesse leur revenir et nous en ont fait profiter.

Nous pouvons citer de jeunes étudiants qui n’ont pas hésité à cambrioler les tiroirs de leurs vénérables ascendants pour y dénicher des Péchés de Jeunesse !

Que de lettres n’avons-nous pas reçues depuis la parution des TROIS ORFÈVRES À LA SAINT ÉLOI, nous demandant de continuer notre œuvre et de faire revivre dans un nouvel ouvrage tout ce qui n’avait pu trouver place dans notre première production !

« Et, nous écrivait-on, vous avez négligé ceci, vous avez omis cela. Pourquoi laisser perdre à jamais ces souvenirs de jeunesse ? Vous en avez certainement oubliés qui se trouvent encore dans des coins ignorés, dans des tiroirs jalousement fermés à double tour. Pourquoi ne poursuivez-vous pas votre récolte, votre chasse ? Laissez-vous tenter et une reconnaissance universelle vous sera acquise. »

Et c’est ainsi que nous avons persévéré. Nous avons fouillé à droite, nous avons demandé à gauche, faisant comprendre aux uns qu’ils contribuaient ainsi à rajeunir la race, aux autres qu’ils n’avaient pas le droit de conserver

pour eux seuls ces chefs-d’œuvre, et nous avons pu récolter les diverses pièces qui forment le tout de l’ouvrage que nous présentons aujourd’hui sous le titre de :

LES FILLES DE LOTH

Si LES TROIS ORFÈVRES À LA SAINT ÉLOI contenaient des morceaux connus de tous, presque tous les feuillets de notre nouveau recueil en recèlent de moins connus, mais tout aussi célèbres et dont le naufrage dans l’oubli eût été, cette fois, irréparable.

Abandonnant toute fausse modestie et reconnaissant nous-mêmes notre effort, nous sommes persuadés d’avoir rempli le désir cher à tous nos amis et de leur donner, en ces pages, la suite, qu’ils attendaient si impatiemment, aux deux tomes des TROIS ORFÈVRES À LA SAINT ÉLOI.

À la lecture de notre ouvrage, leurs cœurs bondiront, leurs yeux se mouilleront, comme en un rêve, ils reverront leur jeunesse, leur vie du Quartier : la Source, le d’Harcourt, le Panthéon, Bullier et, leurs mains se joignant comme pour une prière, leurs lèvres murmureront : « Merci, Vidame, merci !… »

Là, se borne notre ambition !

Vidame de Bozegy.

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LES FILLES DE LOTH


(Genèse XI, saint Mathieu.)

Loth étendu dormait au fond d’une caverne.
Assises à côté d’une pâle lanterne,
Ses deux filles en pleurs se rappelaient tout bas
Les plaisirs de Sodome et ne s’endormaient pas.
L’aînée avait vingt ans, une figure altière,
L’œil noir et les cheveux rejetés en arrière.
La cadette était blonde, avait seize ans passés,
Des trésors sous la robe et des doigts exercés.
Vierges ? Vous devinez que filles de cet âge
N’ont pas quitté Sodome avec leur pucelage :
Elles avaient goûté du breuvage amoureux,
Leur soif insatiable avait fait des heureux.

Mais Sodome est détruite, elles pleurent sans cesse,
Non leur maison brûlée en un jour de détresse,
Mais les hommes perdus, puisqu’il n’en reste pas
Qui puissent désormais jouir de leurs appas.
Agar dit à sa sœur, la voyant désolée :
« Reprends courage, enfant, que ton âme éplorée
Retrouve quelque espoir. Tiens, déshabillons-nous,
Reprenons pour jouir un moyen simple et doux. »
Ainsi parlait l’aînée, et relevant sa robe,
Elle montre à sa sœur, avec un double globe,
Son ventre satiné, qui se termine en bas
Par un triangle brun recouvert de poils ras.
« Que faut-il faire, Agar ? — Du bout de ton doigt rose,
Chatouille-moi. — J’y suis. — Attends, je me repose.
M’y voici. — J’élargis les cuisses comme toi,
Rends-moi le même office, allons, chatouille-moi ! »
Et sous le doigt, que guide une amoureuse ivresse,
Le clitoris se dresse et palpite, et redresse.
Enfin, n’en pouvant plus et d’amour se pâmant,
Agar donne à sa sœur un vrai baiser d’amant.
Mais celle-ci lui dit : « Faisons mieux, ma charmante,
Remplaçons notre doigt, sur la place amusante,
Par une langue agile, et tu verras, ma sœur,
Que nos attouchements auront plus de douceur.
Que sur ton ventre, Agar, mollement, je me couche,
Mes lèvres à ton poil et ton poil à ma bouche.
Que nos corps enlacés se tordent et se roulent
Et que les sucs de l’homme en nos cuisses découlent. »
Aussitôt fait que dit, et bientôt ces doux jeux
Arrosent leur toison d’un liquide onctueux.
Mais ce foutre infécond ne rappelle les hommes
Que de vague façon. « Oh ! sottes que nous sommes !

Du plaisir, dit Agar, en voilà tant qu’il faut :
Mon père est vieux, c’est vrai, mais il est encore chaud,
Il doit raidir encor quand les filles sont belles,
C’est heureux qu’il n’ait point affaire à des pucelles
Mais il ne voudra pas, tant il est scrupuleux,
Nous passer la bouteille où jadis toutes deux
Avons puisé la vie, où jadis notre mère
Venait emplir ses flancs et ouvrir son cratère.
Tâchons de l’enivrer, il aime le bon vin,
Et s’il nous peut baiser, sauvons le genre humain.
Le bonhomme étant gris, la mémoire troublée,
Oubliant ses enfants et la ville brûlée,
Jette sur leurs appas des regards polissons,
Écoute en souriant les grivoises chansons
Que chantent sans pudeur les jeunes filles nues,
Dansant autour de lui des danses inconnues.
Chacune a mis sur sa figure un voile noir,
Loth, avec sa lanterne, admire sans savoir
À qui sont ces tétons dont la pointe frissonne,
Ces fesses de satin dont la blancheur rayonne.
Il se croit à Sodome et dans sa propre fille,
Ardent, il veut planter son bâton de famille,
Il cherche sous sa robe, Agar l’a prévenu,
Du ventre paternel elle saisit tout nu
Le bâton merveilleux qui féconde la femme,
Elle admire longtemps cet objet de sa flamme
Et puis continuant son œuvre chaste et pure,
Elle prend pour jouir la meilleure posture :
Elle tombe à genoux, découvre son cul blanc
En inclinant la tête. Et le vieux Loth brûlant
Approche et voit le trou : « Pousse fort, ô ma belle !
Dit-il, en enlaçant ses deux bras autour d’elle.

Agar, jouant du cul, hâtait le mouvement,
Car elle connaissait l’effet du frottement…
Elle se sent mouillée, et nulle jouissance
N’a pourtant de ses flancs assouvi l’espérance.
Un soupçon la saisit, elle porte la main
Je ne sais trop comment, par le plus court chemin :
C’est à recommencer, dit-elle à son vieux père.
Un ivrogne est bon coq, Loth reprend cette affaire.
Elle saisit sa queue qu’il lui laisse guider
À travers les replis qu’il devra traverser.
…Agar a tressailli et son ventre frissonne,
Les os en ont craqué, mais le vieux Loth s’étonne
À ces transports soudains, à ces cris inouïs :

« Qu’as-tu donc, ô ma fille ? — Oh ! va toujours, je jouis,

Car tu l’as enfoncé jusque dans la matrice.
— Si je m’en suis douté, que le ciel m’engloutisse !
Dit Loth, en soulevant un peu sa vieille épée,
Pour la faire rentrer plus forte et mieux trempée :
« Si nous recommencions ? » Agar dit à sa sœur :
« À ton tour de goûter la divine liqueur. »
La blonde toute nue, en écartant les cuisses,
Présente à son vieux père un nid plein de délices.
Quoique le père Loth finit péniblement,
Elle n’en jouit pas moins convenablement.
« Gloire au Dieu d’Israël ! dit-elle… J’ai conçu. »
Loth alors s’éveilla, n’ayant rien vu ni su.


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LES VIEILLES SALLES DE GARDE


I

Quand par la force des ans
Nous serons vieux et tremblants
À l’heure où chacun s’attarde
À fouiller dans son passé
Oh ! qu’il sera doux d’évoquer
Nos vieilles salles de garde !

II

Quand tes cheveux seront gris
Tu regretteras Saint Louis
Et songeant à la masure
Où, longtemps, tu côtoyas
Bubons, vérole, eczéma,
Tu frémiras de luxure !

III

Ô les toits de l’Hôtel-Dieu
Et ses sous-sols amoureux
Où nous épanchions la sève
De nos vingt ans enflammés
Ô maîtresses, vous laisserez
Dans nos cœurs de beaux rêves !

IV

Les chansons de Boucicaut
L’intimité de Trousseau
Où nous vivions gais et libres
Ne nous font pas oublier
Où l’on tonifie la fibre.

V

Les jardins de la Pitié
N’empêchent pas d’évoquer
Tout près, la Salpêtrière
Les vieux, dans nos souvenirs
Nous feront souvent frémir
En songeant à nos artères.

VI

Et Cochin, tout neuf, Necker,
Laënnec, Lariboisière !
D’autres encore où s’attarde
Notre cœur qui va vieillir…
Qu’ils sont doux les souvenirs
De nos vieilles salles de garde !


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

CHANSON DE L’HÔPITAL TENON


I

Aux confins de Ménilmontant,
Y’a un hôpital épatant
Nul ne l’a dépassé encore
Du nom d’Tenon
On le décore.
Voilà pourquoi nous les chantons
Tous les internes,
Voilà pourquoi nous les chantons,
Tous les internes de Tenon.

II

Pour montrer qu’aucun n’est puceau
Et sait bien monter à l’assaut,

Quand un frais minois les arrête
Aussitôt ils lèvent la tête,
Voilà pourquoi nous les chantons,
Tous les internes,
Voilà pourquoi nous les chantons
Tous les internes de Tenon.

III

Si quelque gibier d’hôpital
Fait vibrer leur sens génital,
Aussitôt ils proposent la botte
Et chacun à son tour barbotte
Au fond des récipients profonds
Ah ! ces internes !
Au fond des récipients profonds !
Ah ! ces internes de Tenon.

IV

Mais l’amour trop près des fortifs
A besoin de préservatifs,
Parfois, ah ! destinée ingrate,
On se soigne au permanganate,
Sur leur malheureux sort pleurons,
Pauvres internes,
Sur leur malheureux sort pleurons,
Pauvres internes de Tenon.

V

Mais les malheurs heureusement
Ça passe très rapidement.
Et aussitôt l’on recommence
Sans souci de la chaude-lance.

Ce sont de gais et francs lurons,
Tous ces internes,
Ce sont de gais et francs lurons.
Tous ces internes de Tenon.

VI

Amis, buvons, chantons, rions,
Soyons heureux et sans façon.
Peut-être un jour au Pèr’ Lachaise
Dormirons-nous tout à notre aise.
En attendant, chantons, buvons,
Chez les internes,
En attendant, chantons, buvons,
Chez les internes de Tenon.


Air : Les tétons de ma Mère Noire.

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

CERTIFICAT DE BOTANIQUE

Air : En revenant de la Revue.

I

Un matin, ouvrant ma boutique,
Je m’dis : C’est pas tout ça, mon vieux,
Faudrait passer ta botanique,
Mets-en un coup et un fameux.
J’m’en fus d’un trait à la Sorbonne,
Dire aux chieurs d’encre : Inscrivez-moi,
J’r’garde pas au prix, combien qu’faut qu’j’donne,
L’tout c’est d’y arriver ma foi !
J’achève un Daguillon,
Puis Leclerc du Sablon,
J’culott’ mon Monnier tous les soirs,
Mêm’ qu’à la fin, ça d’v’nait un rasoir ;
J’bûch’ comme un négro
Les faisceaux libéro —
Ligneux, l’liber, l’aubier.
Mieux qu’l’opium, ça m’f’sait roupiller !

REFRAIN

Gai z’et content,
Je m’disais, nonobstant :
— Il faut évidemment,
Tenter la chan… an, an, ce !
Y a plus qu’six semaines,
Travaille et prends d’là peine ;
Du culot et d’la veine,
Vas : d’confian… ance !

II

Durant un mois, j’pos’ guèr’ ma chique,
Vrai c’que j’en ai mis nom d’un chien,
J’suivais tous les travaux pratiques,
Mêm’ que l’chef, m’disait : Ça c’est bien !
Sur des coup’s, j’mettais d’là peinture,
Je r’gardais dans l’ventre aux p’tit’s fleurs ;
À la loup’ j’contemplais la hure
Des ovair’s de tout’s les couleurs !
Prenant l’horizon d’un trait,
Viv’ment j’f’sais leur portrait,
Pleine d’zèle autant qu’d’ardeurs sublimes,
J’numérotais les étamines,
L’préparateur content,
M’disait ; C’est épatant,
Sûr qu’vous allez passer,
Même en pétant, ça c’est forcé !

REFRAIN

Puis au jardin,
Notant sur mon cal’pin,
J’potassais, plein d’entrain,

Sous les charmi… i… i…lles ;
Géraniacées,
Clusicées, Buxacées,
Et Saxifragacées,
Ah ! les fami… illes !

III

Le grand jour v’nu, j’prends l’train, je l’rate,
L’tram reste en pann’ j’arriv’ c’pendant
En r’tard… la tangente a’ la hâte,
M’engueul’ d’abord sans ménag’ment,
Puis Molliard m’dit : Qu’est-ce qu’i vient foutre ?
Voyons, faudrait lir’ votr’ machine :
Plus d’écrit, d’pratiqu’, passez outre
E’ v’nez pour l’oral, lundi prochain !
V’s’avez, héros glorieux,
Rentré les Boch’s chez eux,
Combattu dans l’Nord et dans l’Aisne,
E’ conquis l’Alsace et la Lorraine,
Vous fich’riez s’il fallait,
Sur la gueule aux Anglais,
Aussi le Président,
Vous en tient quitte pour deux crans !

REFRAIN

Sans hésiter,
Je m’suis dit : Faut cal’ter,
S’il allait s’rétracter,
Quelle infortu… u… une !
Vif comm’ l’anguille,
Ébauchant un quadrille,

J’ai r’pris Champ-d’Mars-Bastille,
Plus un d’mi bru… une !

IV

À’ l’oral, Blaringhem m’invite,
À’ lui causer sur les orchis,
— Les orchis, qu’i m’dit, pas orchite,
Ça n’se trouv’ pas dans l’même logis !
J’m’en tir’, Bonnier, la crèm’ des crèmes,
M’dit : — Jeune homm’ sans vous commander,
Dit’s-moi quéqu’ chos’ des méristèmes ?
J’y ai servi ça sans plus tarder.
Combes d’un air posé,
M’demand’ les Composées,
J’lui dis : — Les composées, ma foi,
Ça s’rait loin d’être simpl’ d’après moi.
— Très bien, très bien, qu’il fait,
C’est juste, exact, parfait,
J’y ai sorti mon rouleau,
Et fait des imag’s au tableau !

REFRAIN

Gai z’et content,
M’v’là r’çu c’est l’important,
Ah ! qu’est-c’ que c’est, pourtant,
Quand on turbi… i… ine !
J’me r’pose une heure,
Puis sans r’proche et sans peur,
J’en r’mets pour êtr’ docteur,
Ça m’turlupi… i… ine !

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

EXAMEN
SUBI par MADEMOISELLE FLORA

à l’effet d’obtenir son diplôme de putain et d’être admise
au bordel de Madame Lebrun, 68 bis, rue de Richelieu.


Dix-sept ans, des yeux noirs et fendus en amande,
Avec des cheveux blonds, une bouche un peu grande.
Sans doute exprès et pour laisser voir en riant
Un brillant chapelet de perles d’Orient :
Un sein rose, arrondi, ferme à ne pas le croire,
Un cul dur comme un marbre et plus blanc que l’ivoire,
Un con si mignonnet qu’il semblait que jamais
Même au vit d’un enfant il pût donner accès !

Tel est en raccourci l’image ravissante
De Flora la putain qu’on croirait innocente
Et vierge, tant ses yeux rayonnent de candeur,
Tant tout en elle exhale un parfum de pudeur,
Et qui vient cependant, loin d’être encor novice,
Ayant fait dès longtemps ses débuts dans le vice,
Sans avoir peur, sans être émue un seul instant,
Et comme devinant un succès éclatant,
Passer cet examen aux fatales épreuves
Pour lequel la Lebrun demande tant de preuves,
Dont il faut nettement, sans hésitations,
Résoudre ex abrupto toutes les questions,
Pour acquérir le droit de voir couler sa vie
Dans ce charmant bordel que toute fille envie,
D’y vendre au poids de l’or toutes les voluptés,
Et des charmes souvent qu’on n’a pas achetés.

À midi, dans la salle en ce but préparée,
De toutes ses putains la Lebrun entourée,
Assise gravement sur un moelleux sofa,
Tenant sur ses genoux un énorme angora,
Donne l’ordre de faire entrer la néophyte.

La jeune fille fut aussitôt introduite.

Un simple peignoir blanc, à peine retenu,
Laissait entièrement ses épaules à nu,
Et sa gorge charmante, au lieu d’être enfermée
En un affreux corset qui l’aurait déformée,
Montrant à découvert ses deux globes polis,
Se tenait d’elle-même et sans faire aucun pli.

Elle était ravissante !… Aussi, dans cette salle,
Où pas une en beauté ne se croit de rivale,
Chacune, malgré soi, sentant ce qu’elle vaut,
Au lieu de l’admirer lui découvre un défaut :
L’une de ses cheveux critique la nuance
Et prétend hautement qu’ils frisent la garance ;
L’autre dit que sa gorge a l’air d’un mou de veau,
Et toutes sont d’accord que ce n’est qu’un chameau !

Flora, sans s’inquiéter de leurs criailleries.
D’un geste réfuta leurs sottes railleries,
Et jusques au nombril retroussant son peignoir,
Leur montra qu’étant blonde elle avait le poil noir.
Nulle autre ne fit voir une beauté pareille !…
Prises au trébuchet, toutes baissant l’oreille.
Ne purent rien trouver contre un tel argument
Et gardèrent alors un silence prudent.

La Lebrun, qu’amusait beaucoup cette aventure,
Pour sa nouvelle fille en tira bon augure :
— Petite, lui dit-elle, allons, viens te placer
Sur ce tabouret-là : je m’en vais commencer.
Pour être admise ici, sais-tu bien, ma chérie,
Qu’il faut être très forte en polissonnerie ?…
Que pour vendre l’amour il ne nous suffit pas
D’avoir de jolis yeux, d’avoir de frais appas,
Une gorge bien ferme et des fesses bien blanches ?…
Une croupe soignée, un beau cul et des hanches ?…
Qu’il faut de tous ces dons savoir bien se servir,
Savoir les employer à donner du plaisir
À ceux qui dans nos bras cherchent la jouissance,
Ensemble ou l’un d’eux seul, selon la circonstance,

Surtout selon l’argent donné par le miché ?…
Qu’il faut promettre avant d’enlever son corset,
Et ne jamais l’ôter, à moins pourtant que l’homme
Ne se laisse tenter et ne triple la somme ?…
Mais au lieu d’examen je fais une leçon ;
Assez comme cela… Sais-tu d’abord quel nom
Donner à l’instrument par où le mâle pisse
Et par lequel aussi lui vient la chaude-pisse ?

FLORA

L’académicien dit ; mon vit ; le médecin ;
Ma verge ; le curé : mon membre ; une putain :
La queue ; il est nommé pine par la lorette ;
Un chose ou bien cela, par une femme honnête ;
Jacques, par le farceur ; braqmard, par l’étudiant ;
La bibite au petit, par la bonne d’enfant ;
Le jeune homme puceau l’appelle son affaire ;
L’ouvrier, son outil ; la grosse cuisinière,
Une courte ; il devient dard avec le pioupiou,
Mais si vous entendez : Mon nœud ! c’est le voyou !

LA LEBRUN

Parfaitement, la chose est très bien expliquée
Et par personne ici ne sera critiquée.
Peux-tu me dire aussi tous les différents noms
Que l’on donne parfois aux deux brimborions
Qui sont pendus après ?…

FLORA

J’essaierai. Les arsouilles,
Si vous les embêtez, vous répondent : Mes couilles !
L’apprenti carabin dit, en se rengorgeant :
Ça, c’est un testicule ! Un banquier, un agent

De change, un financier, disent qu’ils ont des bourses ;
Un vieux passionné les appelle les sources
D’où jaillit à flots blancs la sève du plaisir

Que rarement, hélas ! il parvient à saisir !
Le troupier, mes roustons ; le cocher, mes roupettes ;
Le marchand de coco, mes gourdes ; les grisettes,
Des machines

LA LEBRUN

Très bien, petite. Sur le con
Je ne te ferai pas la moindre question ;
Tu connais cet objet. — Puis la langue française
Est encore aujourd’hui si pauvre et si niaise
Qu’elle n’a vraiment pas deux termes pour nommer
Ce petit trou mignon qui sait si bien charmer,
Source de volupté si douce et si suave,
Et duquel, bien souvent, l’homme devient esclave !
Et maintenant, voyons si tu sais bien comment
Des deux sexes on peut nommer l’accouplement.

FLORA

Tout le monde à peu près, putain ou femme honnête,
Ministre ou chiffonnier, marquise ou bien grisette.
Dit faire ça ; piner est le mot des maçons ;
Monter chez une fille en lui disant : Oursons !
Est une expression commune, saugrenue,
Propre aux palefreniers ! La femme entretenue
Dit ; Aimons ! Le commis se plaît à rouscailler.
Le terme que les vieux préfèrent employer
Est enfiler ; aux champs, le paysan bourrique.
Je vais tirer mon coup, ma crampe, ou bien ma chique,
Dit le futur Gerbier, et l’homme marié
Baise, tout simplement, quand il peut, sa moitié.

LA LEBRUN

Connais-tu de baiser les diverses manières ?

FLORA

Toutes, ce serait trop ! mais les plus ordinaires,
C’est ventre contre ventre et la femme dessous ;
Celle-là satisfait à peu près tous les goûts ;
Celui dont la pine est mollasse, filandreuse,
Et lente à décharger fout à la paresseuse.
En levrette est encore un moyen fort joli,
Quand on a sous son ventre un cul ferme et poli ;
C’est pour faire un enfant une bonne recette
Qui fut, dit-on, donnée à Marie-Antoinette ;
Louis Seize, enchanté, tellement en usa
Que depuis autrement jamais il ne baisa.
Mais, je dois l’avouer, par-dessus toute chose,
Je préfère en amour une certaine pose ;
Le mâle sur le dos sous la femme est placé,
Son corps est fortement avec l’autre enlacé ;
La femme, d’une main, lui pelote la couille,
L’autre, dans mille endroits en tous sens le chatouille
L’homme, de sa main droite, ou lui fait postillon,
Ou la glisse en dessous et lui branle le con ;
La gauche, autour du cou bien doucement passée,
Taquine le bouton de la gorge agacée ;
Il admire du cul les bonds impétueux,
Qui s’élève, semblable aux flots tumultueux,
Redescend aussitôt pour s’élever encore,
Alimente et nourrit le feu qui le dévore !…
Les membres sont mêlés, les souffles confondus,
Les deux corps en un seul semblent s’être fondus…

Le foutre à flots brûlants de la pine s’élance !…
C’est une volupté, c’est une jouissance
Qu’on éprouve et ressent, sans pouvoir l’exprimer…
On ne voit, n’entend rien… on vient de se pâmer !

LA LEBRUN

Quelle est pour le plaisir l’heure la plus propice ?

FLORA

Selon moi, c’est le soir. Dès que le sacrifice
Se trouve consommé, l’on se tourne le dos,
Et sur vos fronts Morphée effeuillant ses pavots,
Pendant que la veilleuse agonise dans l’urne,
On peut faire à deux nez un superbe nocturne !
Pour le coup du matin j’ai de l’aversion,
Et je ne m’y soumets qu’avec répulsion :
Le lit est imprégné de cette sueur moite
Qui fait toujours trouver large la plus étroite,
Car du con qu’elle baigne elle amollit le bord
Et, sans rien ressentir, le vit entre et ressort ;
Puis, lorsqu’on a dormi, l’haleine est si mauvaise
Que pour faire une langue on n’est pas à son aise ;
Enfin, beaucoup sont pris de ce désagrément
Qui frappait le matin sur mon dernier amant :
S’il bandait, de pisser c’est qu’il avait envie,
Et sa queue en était tellement engourdie
Qu’il ne déchargeait pas… S’il venait à pisser
Et qu’ensuite il voulût encore recommencer,
J’avais beau patiner sa couille renfrognée,
Lui faire avec cinq doigts la patte d’araignée,
Sa pine, peu sensible à mes soins superflus,
Demeurait flasque et molle et ne rebandait plus.

LA LEBRUN

Je suis de ton avis ; aussi lorsque ma motte,
Qui n’est plus aujourd’hui qu’une vieille marmotte,
Rayonnait de fraîcheur, de sève et de santé,
Et que mon clitoris, par tous étant fêté,
Aurait pu faire au tien beaucoup de concurrence,
Au soir, j’ai, comme toi, donné la préférence.
J’ai longtemps exercé ; mais j’ai vu rarement
Une putain sachant branler parfaitement :
As-tu fait là-dessus une étude profonde
Et te sens-tu de force à contenter ton monde ?

FLORA

Je l’espère… et pourtant si j’ai reçu du ciel
Ce talent admirable et providentiel,
— Car on peut devenir une bonne fouteuse,
Mais on ne devient pas, il faut naître branleuse ! —
Toutefois la pratique et l’art et le travail
M’ont nécessairement appris plus d’un détail
Dont je sais à propos faire un très bel usage,
Selon l’individu, surtout selon son âge.
Mais, pour faire jouir, j’ai d’ailleurs un moyen
Qui jusques à ce jour m’a réussi très bien :
Du vit dans mes deux mains je fais rouler la tête
Vite et fort ; par instant tout à fait je m’arrête…
Quand la pine se gonfle et que le foutre est prêt,
En pressant le canal j’en modère le jet ;
Je bouche quelquefois tout à coup la soupape,
Et par petits filets seulement il s’échappe…
Et ce manège-là, plusieurs fois répété,
Au suprême degré porte la volupté.

LA LEBRUN

Au moyen de la langue as-tu parfois d’un chibre,
Sans le secours des mains, fait roidir chaque fibre.
Et rien qu’en lui pompant l’extrémité du gland,
Fait jaillit de son tronc un foutre ruisselant ?

FLORA

J’ai souvent à ce jeu prêté mon ministère,
J’en connais les secrets, les ruses, le mystère…
Cependant, en suçant, il est bon que la main
Joue autour des roustons un air de clavecin,
Et lorsque du plaisir est arrivé le terme,
Dans ma bouche je sais conserver tout le sperme.

LA LEBRUN

Dans mon bordel souvent il vient beaucoup de vieux,
— Ce sont ceux-là d’ailleurs qui nous payent le mieux ;
Sais-tu par quel moyen, petite, on les amuse
Et de quelle façon à leur égard on use ?

FLORA

Le vieux plus que le jeune aime à polissonner.
Parfois il lui suffit de voir, de patiner,
De poser sur la motte une brûlante lèvre :
Il satisfait ainsi son amoureuse fièvre.
Mais souvent, par malheur, tous ces attouchements,
L’aspect de ces appas jeunes, frais et charmants,
Ces formes en tous sens trop longtemps regardées,
Dans son crâne embrasé font germer des idées.
C’est en ce moment-là, pour le mettre en état
Et pouvoir arriver à quelque résultat,
Qu’il faut de son métier connaître les roueries
Et n’être pas novice en polissonneries.

Dans les bordels soignés, il est un instrument
Qui pour un pareil cas sert admirablement.
Ce sont tout simplement de très fortes ficelles
Qu’on lui noue en passant par-dessous les aisselles ;
On le tient quelque temps suspendu dans les airs…
Alors, pour l’exciter et lui roidir les nerfs,
Tantôt on fait glisser sur ses couilles pendantes
De la plume de paon les barbes irritantes,
Tantôt, avec le doigt, fourré profondément,
On cherche à stimuler les chairs du fondement ;
Des pieds on lui chatouille artistement la plante ;
On fait une omelette et, dès qu’elle est brûlante,
On l’applique aussitôt sur son vieux cul ridé…
Si son vit impuissant n’a pas encore bandé
Malgré tous les moyens qui lui viennent en aide,
Comme à tous les grands maux il faut un grand remède,
On saisit le paquet de verges à deux mains,
On fustige le vieux sur la chute des reins…
La douleur qu’il éprouve est quelquefois bien grande…
Mais il ne se plaint pas : il est heureux… il bande !
On le décroche alors, on le met sur un lit…
Pendant longtemps encore on lui branle le vit…
À force d’agiter cet antique viscère,
On en tire à la fin quelques gouttes d’eau claire.
Il est vrai que le corps, par mille excès usé,
Demeure anéanti, moulu, rompu, brisé ;
Qu’il est sans voix, sans souffle, et qu’un bon rhumatisme
Est fort souvent, hélas ! le prix de son cynisme ;
Mais lorsque nous avons rempli notre devoir
Et fait de notre mieux, nous n’avons pas à voir
De quel mauvais côté se tourne la médaille…
Qu’on amène un sapin et que le vieux s’en aille !

LA LEBRUN

Je ne t’ennuierai plus que d’une question :
Connais-tu bien les goûts de chaque nation ?

FLORA

L’Allemand ne fait rien… Il vient, regarde, paye,
En or, et quand il s’est fait rendre sa monnaie,
S’en va fort satisfait… Le Suédois, dit-on.
Aime qu’on lui taquine un peu le hanneton ;
Le Russe gamahuche et l’Italien encule ;
L’Anglais, même au bordel, stupide, ridicule,
Fait laver quatre fois le con de la putain,
Puis quand il est bien sûr, en y mettant la main
Et le nez, que la place est bien propre et bien nette,
Sans mot dire il se fait secouer la houlette
L’Espagnol amoureux se fait pomper le dard ;
En aisselle, en tétons, le Turc met son braqmard ;
Le Français, plus adroit, plus fécond en pensées,
N’a pas à cet égard de routes bien tracées :
Selon l’âge, l’époque et selon ses désirs,
Il sait habilement varier ses plaisirs ;
Mais quand parfois il trouve une motte bien fraîche,
Ce qu’il aime avant tout c’est faire tête-bêche !

LA LEBRUN

Je suis contente… Après un pareil examen,
Tu me feras honneur et profit. Dès demain
Je ferai demander ta carte à la police
Et tu pourras alors commencer ton service.
La Lebrun tint parole… et du bordel, depuis,
Flora fait les beaux jours, — surtout les belles nuits.

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

DIVERTISSEMENT
SUR LA PETITE TONKINOISE

(Air de La Petite Tonkinoise.)

I

Sur la route
On s’dégoûte
Quand ya pas d’minois charmant
Et qu’on voudrait coûte que coûte
Transpercer un beau fond’ment
L’jus des couilles
Vous chatouille
Mais c’qui vous fait déballer
Quand le sperme veut s’cavaler
C’est d’être forcé d’se branler.

Refrain

Le soir je cherche une gonzesse
Pour lui p’loter (bis) les fesses
Pourvu qu’ell’ soit folichonne
Qu’elle soit bien vache ou cochonne
Qu’importe qu’ell’ soit aimable
Si elle est pi (bis) viau cul mettable
Qu’elle aie l’corps avantageux
Qu’elle vous pompe bien le nœud.

II

La pinette
La kraquette
Vous mett’nt l’ciboulot en l’air
On a toujours une roupette
Qui veut prendr’ la fill’ de l’air
Sur l’herbette
En levrette
Se frotter contre un beau foiron
Qui vous chatouille les roustons
C’est salop, ah ! que c’est bon.

III

La quiquette
La kraquette
Cherch’nt toujours à s’assembler
On fait sauter la braguette
On se met à pinerder
Si c’la sèche
On s’dépêche
De baver un peu partout
Après on tire un bon coup
Même dans la pièce de dix sous.

IV

Une fausse couche
Dans la bouche
Vous met vite en appétit
Ça fout l’camp comme une cartouche
Ça descend jusqu’au nombril

La bouche bave
Une lave
Qui descend sur les tétons
Ça remplace bien l’amidon
Faites-vous empeser l’plastron.

Refrain

Mesdames, écartez vos cuisses
Jusqu’au p’tit trou (bis) p’tit trou qui pisse
Pour qu’la jouissance soit complète
Ouvrez le p’tit trou qui pète
Ya pas besoin de vaseline
Pour y glisser (bis) glisser la pine
Ça sent la merde en sortant
Ça n’pu’ pas quand on est d’dans.


Fait le 7 décembre, à l’École de Pharmacie.

Un groupe de Potards.

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

FOUTERIE DE POÈTE


LA FILLE

À quoi rêves-tu sous la couverture,
Ô mon cher poète, ô mon doux amant ?
Ne suis-je donc plus cette créature
Que tu désirais passionnément ?

Tu brûlais pour moi d’un amour immense
Dans des vers fort beaux — que je n’ai pas lus ;
Notre fouterie à peine commence,
Et déjà, mon cher, tu ne bandes plus !

Tes couilles, je vois, se vident plus vite
Que ton encrier plein de sperme noir.
Ta pine n’est plus qu’une humble bibite
Indigne d’entrer dans mon entonnoir.

Pourtant, si j’en crois mes propres rivales,
Je réveillerais le plus mort des morts
D’un coup de ce cul qu’ici tu ravales
Sans en éprouver le moindre remords.

Ma gorge se tient mieux qu’un militaire
Mon con est boisé comme l’est Meudon,
Afin de cacher l’autel du mystère
Où l’on officie en toute saison.

J’ai des cheveux roux comme des carottes
Des yeux de faunesse, émerillonnés,
Qui guignent les vits au fond des culottes
Et des pantalons les mieux boutonnés.

Je possède l’art du casse-noisette,
Qui ferait jouir un nœud de granit ;
Un coup avec moi n’est qu’une amusette :
Quand on est à douze on n’a pas fini.

Et lorsque mon con a soif de ton sperme,
Lorsqu’il en attend dix litres au moins,
Tu sers une goutte ou deux, puis tu fermes
Le doux robinet des ruisseaux divins !

Est-ce du mépris ou de l’impuissance ?
Es-tu pédéraste ou castrat, voyons ?
Un pareil état m’excite et m’offense :
Descends de mon lit, ou bien rouscaillons !

LE POÈTE

Je sens les sonnets pousser sur mes lèvres,
À vous contempler dans cet abandon.
Vous me rappelez les biscuits de Sèvres
Pétris par la main du Grand Clodion.

Corrège vous eut peinte en Antiope
À voir votre pose et vos charmes nus.
Je vous aime ainsi, divine salope :
La Farcy n’a pas de telles Vénus.

Je vous chanterai dans mes hexamètres,
Superbe catin dont je suis l’amant,
Des vers parfumés comme ceux des maîtres
Qu’on lit d’une main… tout en se pâmant.

LA FILLE

Conserve tes vers pour une autre muse
Qui se montera mieux le bourrichon.
Ce n’est pas cela, mon cher, qui m’amuse :
Sois moins poète et… beaucoup plus cochon.

Ingrat, tu m’as mis le foutre à la bouche !
J’allais presque entrer dans le paradis !
Maintenant j’en suis réduite, farouche,
À me branler, moi ! Que je te maudis !

Bande ta pine et débande ta lyre,
L’important, au lit, est de pisser droit,
La femme n’est pas au monde pour lire
Le nœud d’un goujat vaut celui d’un roi.

Ah ! je n’y tiens plus !… le cul me démange…
Qu’on aille chercher l’Auvergnat du coin…
Car je veux sentir le vit de cet ange
Enfoncer mon con — comme avec un coin.


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LE CON


Imité du Lac, de M. de Lamartine.

Pièce qui a remporté le prix d’honneur au concours général des bordels royaux en 1844.


Ainsi toujours séduit par de folles images,
Que le cœur égaré caresse tour à tour,
Le con ne pourra-t-il, dans ses lubriques rages,
S’apaiser un seul jour ?

Ô con ! la nuit à peine a fini sa carrière
Où dix fois mon engin te donna le bonheur ;
Pourtant, tu veux encor que d’une tête altière
Il brave ta fureur.

N’as-tu pas épuisé jusqu’aux dernières gouttes
Le sperme par l’amour dix fois renouvelé ?
Faut-il que mes vingt ans succombent dans ces joutes
D’amour échevelé ?

Un soir, il m’en souvient, sur une couche ardente,
Le sommeil par un rêve irritant le désir
Il semblait que les nerfs de ta vulve béante
Palpitaient de plaisir.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Par un chant amoureux charmèrent les échos ;
Sur le mode lascif des fêtes de Cythère
On entendit ces mots ;

« Ô vit ! bande toujours, et vous, couillons propices,
Distillez votre jus !
Pour fixer à jamais les rapides délices
De mes sens éperdus !

« Assez de malheureux, rongés par la vérole
Redoutent vos ardeurs,
Restez-nous pour ceux-là que trop bander désole,
Gardez-moi vos raideurs.

« Mais non, je dis en vain, durez, durez sans cesse,
Ô plaisirs enivrants !
D’amour fuit, le vit tombe et l’indigne mollesse
Fait les couillons pendants.

« Baisons donc, baisons donc ! De l’heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons.
Ne laissons pas la pine en sa raideur oisive,
Vite, recommençons !

LE CON

Vit sans nerf, se peut-il que des moments d’ivresse
Où tu sais à longs flots me verser le bonheur,
Disparaissent encore avec plus de vitesse
Que tes nuits de tiédeur !

LE VIT (indigné)

Eh quoi ! ne pourra-t-on jamais te satisfaire,
Insatiable objet de notre enivrement ?
N’as-tu donc d’autre guide en l’amoureux mystère
Que le tempérament ?

(Se radoucissant.)

Folles amours, fureur, coït, sombres abîmes,
Que faites-vous du foutre à grands flots englouti ?
Parlez, me rendrez-vous ces extases sublimes
Qui m’ont anéanti ?

(Tout à fait radouci.)

Ô poils ! lèvres ! bouton ! vous du con la parure,
Vous que la main caresse à l’instant du plaisir,
Gardez de cette nuit, charmes de la nature,
Au moins le souvenir.

Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans ton ivresse,
Beau con, et dans l’aspect de tes traits enchantés,
Et dans les poils touffus dont ta soyeuse tresse
Voile tes cavités.

Qu’il soit dans le zéphir doux et frais qui caresse
De ses molles senteurs ta motte de velours,
Dans l’astre rebondi que des deux mains je presse,
Pour aider nos amours.

Que tes bords palpitants d’une crise nerveuse,
Que tes parfums, ô con par le foutre arrosé,
Tes attraits chiffonnés par l’extase amoureuse,
Te dise : Ils ont baisé !

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LE TEMPLE DE MÉMOIRE


Accourez tous, fils de l’histoire,
Venez au temple de mémoire ;
Vous verrez, de cette façon,
Trois poils du cul de Démosthènes
Trouvés sur les ruines d’Athènes,
Et de Cléopâtre le con.

REFRAIN

Bandais-tu, cher Alcindor,
En patinant les tétons d’Arsène ?
Bandais-tu, cher Alcindor,
En patinant d’aussi beaux trésors ?
Vous verrez aussi la carcasse
Toute remplie encor de crasse,
Du premier-né des morpions ;
Cet animal, pendant sa vie,
Sur la motte d’Iphigénie
Fixa son habitation.

Vous y remarquerez l’urine
De la pompeuse Césarine
Enfermée au sein d’un flacon.
C’est un excellent spécifique ;
Pour rendre une femme lubrique,
Il suffit d’en frotter son con.
Puis, vous y verrez la matrice
De la superbe impératrice
Qui a donné le jour à Néron ;
Ce prince fit ouvrir sa mère
Afin de voir par quel mystère
Il était sorti de son con.
Vous verrez aussi Pénélope,
Qui, dans la cuisine d’Esope,
Branlait la pine aux marmitons ;
Il fallait voir ce saint ermite,
Qui déchargeait dans la marmite
Pour faire écumer le bouillon.

Vous y verrez le grand Ulysse
Atteint par une chaude-pisse
Qui, lui tombant dans un rouston,
Força ce prince bon et sage
À porter, pendant un voyage,
Ses couilles dans un vieux chausson.

Vous verrez aussi Diogène,
L’un des plus grands fouteurs d’Athènes :
Le bougre, pour passer son temps,
À coups de vit, sur une assiette,
S’amuse à casser la noisette
Qu’il offre gratis aux passants.

Vous verrez enfin Esculape,
De son vit enculant le pape
Pendant la bénédiction ;
Il faisait beau voir le saint-père,
Comme il trémoussait du derrière,
En recevant le goupillon.

Bandais-tu, bel Alcindor,
En patinant les tétons d’Arsène ?
Bandais-tu, bel Alcindor,
En patinant d’aussi beaux trésors ?


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LA MADELON

(Parodie)

Chanson d’un groupe d’automobilistes de l’E.-M. de la IVe armée à Saint-Memmie et à Strasbourg.

REFRAIN

Quand Madelon vient s’inviter à boir’
Un bock de bièr’ dans un coin du salon
Chacun vient pour lui sucer la poir’
Ou lui chatouiller le bouton
La Madelon bande pour les militaires
Quand on lui prend le chat ou le croupion
Elle jouit quand on sait bien y faire
Madelon, la p’tit’ reine du boxon.

I

Pour les besoins, les plaisirs du militaire
Il est là-bas, dans un pat’lin près du front
Un’ maison vraiment très hospitalière
Au soixante’-neuf c’est l’enseign’ du boxon
Les femm’s sont belles et cochonnes
Et la préférée de la maison
Ce n’est ni Carmen ni Simonne
Nous l’appelons la Madelon
Elle’ baise la nuit, mais
Elle branle le jour
Elle ne s’ fatigue jamais
Et fait bander toujours.

II

Nous avons tous au pays une payse
Qui nous attend pour pouvoir tirer un coup
Mais comm’ la chos’ n’ nous est pas toujours permise
La Madelon la remplace parmi nous.
Depuis qu’ l’on emploie ses services
À chacun d’ nous ell’ fait cadeau
D’une vérole ou d’une chaude-pisse,
Bref tout’s nos bitt’s tomb’nt en morceaux
Y a des p’tits frèr’s qui pleur’nt
On va voir le docteur
Madelon c’est compris
Nous a bien tous pourris.

III

Un caporal qu’aimait les fantaisies
S’en vint trouver Mad’lon à son bocard
En lui disant j’ veux baiser ma chérie
Sur une chais’ ou sur l’ bord du plumard,
Je veux te baiser en levrette
Ou bien te baiser en canard
À poil ou avec ta liquette
Je veux t’embrocher quelque part.
Madelon dit : « Mon loup
Pour m’ baiser c’est cent sous
Si tu mets vingt sous d’plus
Tu baiseras mon cul.

Variante : Tu m’ baiseras dans l’ cul.


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

NINETTE

(Air : Remue-toi, Ninette.)

I

Quand tu me dis Ninette
Pour la première fois.
Chéri fais-moi minette
De ta plus douce voix
Stupidement sévère
Je t’envoyais baigner
Et tournant le derrière,
Tu m’entendais grogner :
Pas de çà, Ninette
Pas de çà !
J’ n’aime pas la crevette
Ninette, Ninette.
J’ n’aime pas la crevette
Ninette ferme çà.

II

Quand tu me dis Ninette
Pour la deuxième fois
Mon chou fais-moi minette
Nous étions saouls, je crois.
Me mettant en posture ;
Je voulus essayer
Et sous la couverture
Tu m’entendais crier :
C’est pas çà, Ninette
C’est pas çà !
J’suis pas comm’ les levrettes
Ninette, Ninette.
J’suis pas comm’ les levrettes
J’ai pas la langue à çà.

III

Quand je te fis minette
Pour la troisième fois,
Je fus forcé, Ninette
D’ finir avec les doigts.
Je restais hors d’haleine
Mais bien qu’ tout essoufflé,
Te voyant fort en peine
Tu m’entends soupirer :
Ça va mieux, Ninette
Ça va mieux.
C’est d’ la besogne mal faite,
Ninette, Ninette.
C’est d’ la besogne mal faite,
Mais ça va déjà mieux.

IV

Depuis lors ma Ninette
Dev’nu moins maladroit,
Te faire une minette
Ne m’ met plus aux abois.
J’ai fréquenté Charlotte
Et son brillant sérail,
Je m’ suis formé la glotte
M’ disant pendant le travail :
Tu le veux, Ninette,
Tu le veux
Tu s’ras satisfaite
Ninette, Ninette.
Maint’nant ma langue est prête
J’ trouve çà plus savoureux.

V

Quand tu me dis Ninette
Pour la nième fois
Mon loup fais-moi minette
De ta plus douce voix.
Je me mis à l’ouvrage
Sans jamais différer
Et pendant qu’ tu t’ soulages
Tu m’entends soupirer :
Ah ! qu’ c’est bon, Ninette
Ah ! qu’ c’est bon
Agite-moi les sonnettes
Ninette, Ninette.
Agite-moi les sonnettes
Ninette et tu m’ réponds :

Ah ! refais-le-moi-le
Ah ! ne m’ fais pas languir
Çà fait tant d’ plaisir
Et ça coût’ si peu !


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

QUAND NOUS SERONS VIEUX


I

Quand nous serons vieux, nous serons moroses,
Et nos intestins seront torturés,
Par mille névroses
Notre blande hysatique fera d’là cirrhose
Et l’ascite grondera en nos flancs
Quand nous serons vieux, nous serons moroses,
Et nos intestins seront torturés.

II

Quand nous serons vieux, la pâle vérole
Sur nos fronts blafards mettra son cachet,
Sa roséole,
Des ulcères rongeront nos pauvres guiboles
Et des gommes nous feront des trous dans l’palais.
Quand nous serons vieux, la pâle vérole,
Sur nos fronts blafards, mettra son cachet.

III

Quand nous serons vieux, nous serons maboules
Et notre boîte crânienne sera déplumée
Cailloux
Comme un cul de poule.
Dans notre vessie, la pierre qui roule
Nous fera souffrir, comme des damnés,
Quand nous serons vieux, nous serons maboules,
Et notre boîte crânienne sera déplumée.

IV

Quand nous serons vieux, nos deux testicules
Dans notre scrotum seront rabougris
Nos culs seront pleins de fistules
Alors nos orifices seront remplis d’canules
Et notre rectum à moitié pourri
Quand nous serons vieux, nos deux testicules
Dans notre scrotum seront rabougris.

V

Quand nous serons vieux, nos sphincters stupides
À la volonté n’obéiront plus,
Sécheront leurs liquides
Cyballes durcies, merdes pleines de pus
S’échapperont de nos pantalons.
Quand nous serons vieux, nos sphincters stupides
À la volonté n’obéiront plus.

VI

Mais quand reviendra le temps des cerises
Nous irons tous deux jusqu’au bois d’Meudon
Coïter à l’aise.
Je t’enseignerai le baiser qui grise
Et puis, jusqu’au soir, nous nous baiserons
Mais quand reviendra le temps des cerises,
Nous irons tous deux jusqu’au bois d’Meudon.


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LE MATELOT


N’y a pas d’bon sens, capitaine,
À bord il n’y a plus d’agrément :
J’ bande à m’ crever la bedaine !
Faut-il pour l’ gouvernement
S’ molester l’ tempérament ! (ter)

Je m’échign’ le corps et l’âme.
Sauf le respect que j’ vous dois,
J’ suis forcé trent’ fois par mois
De m’émaginer la femme,
Capitaine, avec mes doigts.


Faut croir’ que dans ma culotte
Un sorcier a j’té un sort :
Jamais mon pieu ne balotte,
Et sitôt qu’ je l’ pouss’ d’un bord,
Crac ! il se dress’ comme un r’ssort.

C’est étonnant comm’ je souffre.
J’ai des coliqu’s d’estomac,
Je chi’ jaune comm’ du soufre
J’ai r’nardé sur le tillac
Et foiré dans mon hamac

Je n’ suis pourtant pas un’ bête,
J’ai r’çu d’ l’inducation ;
Mais toujours s’ monter la tête,
Ça vous donn’ des tentations
Et des émaginations.

C’est pour vous dir’ qu’ l’autr’ semaine
Qu’ j’ vous servis un beau maqu’reau,
J’avais, pardon, capitaine,
Déshonoré son museau
Comme il sortait grouillant d’l’eau.

J’ai zusé d’ tous les remèdes ;
J’ m’ai goudronné les roustons,
Que mes poils en étaient raides
Comm’ le dos d’un hérisson
Qui vient d’avoir des raisons.


J’ crois ben qu’ la seul’ médecine
Qui pourrait m’ guérir tout d’bon
Et m’empêcher d’ fair’ bâton,
Ce s’rait d’fair’ sombrer ma pine,
Capitain’ dans un pied d’ con.

J’en ai tant plein les roupettes
Que, pour finir tout d’un trait,
Malgré vos deux épaulettes,
J’ crois ben qu’ si je n’ me r’tenais
Capitaine, j’ vous encul’rais !

L. L.

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

MARINE


V’là que j’hisse,
V’là que j’drisse ;
Déferle ton entrecuisse,
Que j’contemple
Le saint temple
De Vénus
Et ton anus.

Rembarque-moi ces bossoirs,
Quoi qu’tu fais d’ces morceaux d’tripes ?
J’aim’ ben mieux fumer un’ pipe
Dans l’fin fond d’ton vieux jutoir ;
Malgré l’culot de fromage
Qu’on est sûr d’y rencontrer,
Ma gueul’ ne f’ra pas naufrage
Si mon nez n’vient à sombrer.
Nom d’un’ trombe !
Comm’ ça plombe
Dans ta vieille catacombe !
Et j’m’entête
Et j’m’embête
Comme un r’quin
En palanquin.


Faut s’dir’ que j’ai du guignon,
J’croirais, quand j’te gamaguche,
Que j’farfouille une merluche
Mariné’ dans un vieux con.
Mais comm’ ça n’m’amuse guère
De te fomberder l’gingin
J’vas manœuvrer sur l’arrière,
Mais n’vas pas m’lâcher un grain.
Je tripote,
Je bahote
Près de la cambuse aux crottes ;
Je fricote,
J’gabahote
Dans l’estaminet
Du pet.

Comm’ je me méfie au lof
Et qu’j’ai d’l’imaginative,
Je m’laisse aller en dérive
Jusqu’à la pompe du dof ;
Puis sentant l’bouillon monter,
Et voulant fair’ vit qui dure,
Je me retrouve en posture
Une chandelle où vous savez.
Ça m’trifouille,
Ça m’gargouille,
Ça fait gonfler mon andouille ;
J’sens ma laite
Qui s’apprête
À fair hors
De son bout’ hors.


Voulant repincer le vent,
Craignant qu’ma bibit’ ne bave,
J’sens la chandell’ qui s’engrave
Dans l’fin fond d’mon fondement.
J’fourr’ mon doigt dans la bobèche
Au risque de m’crever la mer,
Mais en repinçant la mèche,
V’là qu’mon cul prend l’mal de mer ;
V’là qu’ça coule,
Ça dégoule
D’là merde, du suif en boule,
Et mon moule
Un vrai renard
Du fignard.

Après c’fatal accident,
Voulant r’courir un’ bordée,
Je trouv’ ma verge affalée
Sur un bas-fond d’excrément.
C’qui montre que l’infidèle
Sut prouver par A plus Q
Qu’pour fair’ déraper not’ moelle
Faut s’mettre une’ chandelle’ dans l’cul.
Demoiselles
Et pucelles,
Au lieu d’brûler vos chandelles
Aux madones,
Au matrones,
Foutez-en l’bout
Dans le trou.

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LA PIERREUSE


Viens par ici, viens mon p’tit homme,
N’y a pas tant d’merde, on n’y voit rien :
Déboutonn’-toi, tu verras comme
J’s’rai bonne enfant : j’t’amuserai bien.
Arrive ici pour que j’te l’prenne,
Tu m’foutras six sous pour la peine…
Chut !… un’ patrouille… attends-moi là ;
Enteurtiens-toi pendant c’temp-là.

(Elle s’éloigne, puis revient :)

C’est des marlous, n’y prends pas garde.
Viens, que j’te magne ton outil…
J’croyais d’abord qu’c’était la garde…

Y bande encore… est-y gentil !
Va… ferme ! que rien ne t’arrête,
Fais-moi cadeau d’ta p’tit’ burette…
Chut !… un’ patrouille… etc.

(Elle s’éloigne, puis revient :)

J’ai bien d’là chance tout de même.
T’as du beau linge… es-tu marié ?…
T’ es bel homme ! t’as des yeux que j’aime…
Avoue-moi qu’t’est-un épicier ?…
T’es p’t’être un député d’là chambre…
Jouis-tu, cochon ? Ah ! le beau membre !
Chut !… un’ patrouille… etc.

(Elle revient encore :)

Non… C’est des boueux d’ma connaissance…
Mais… par ous donc qu’il est passé,
Que j’ y finiss’ sa jouissance ?…

(À un passant :)

C’est-y vous, m’sieu, qu’j’ai commencé ?…
C’est pas lui… Quien ! c’est drôl’ tout d’même…
Faut croir’ qu’y s’ra fini soi-même…
Ah ! j’suis volée pour ce coup-là !…
Faut pas d’crédit dans c’métier-là.


Henry Monnier.
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

DIALOGUE

Entre Messire le Con et Monseigneur le Trou du Cul


Petit con, joli petit frère,
Disait le cul, ah ! laisse-moi
Te conter ma douleur amère ;
Je n’ai de confident que toi.

— Cochon ! répondit le confrère,
Cesse de soupirer ainsi ;
Car ton haleine m’exaspère
Et de tes maux je n’ai souci.

LE CUL

Pour parler de la sorte, écoute,
As-tu supputé seulement
Ce que ton voisinage ajoute
De supplices à mon tourment ?

Il faut enfin que je te dise,
Voisin, ce que j’ai sur le cœur ;
Tandis que le vit te courtise,
Je reste avec mon déshonneur.

Il n’est morceaux que pour ta bouche,
Il n’est que pour toi de plaisir ;
Et si parfois un doigt me touche,
C’est pour accroître tes désirs ;


Car un lien commun nous lie,
Et lorsque tu fais le séduit,
Mon sphincter aussitôt s’écrie :
Foutre ! c’est le con qui jouit !

Ah ! permets-moi, je t’en conjure,
De me fourrer, un coup sur dix,
Un de ces vits dont l’encolure
Donne à rêver du paradis !

LE CON

As-tu donc fréquenté Sodome
Ou Rome ? bougre d’enculé !
Que tu parles de prendre un homme
Et, comme nous, d’être enfilé.

LE CUL

Eh ! quoi ! nuit et jour, sans mystère,
Tu donnes et prends du plaisir !
As-tu le droit de te distraire ?
Je veux celui de me gaudir.

LE CON

Rentre en toi-même, pauvre sire,
Vois la figure que tu fais :
La merde coule comme cire
De ton trou sordide et punais.

LE CUL

Tu mets sur le tapis la merde !
Soit : mais s’il est vrai que l’amour
De dégoût faiblisse ou se perde,
Crains de l’écœurer à ton tour.


Je suis emmerdé, c’est l’usage,
Plutôt deux fois qu’une, par jour ;
Mais d’ici je sens le fromage :
Est-ce un mets qui plaise à l’amour ?

Enfin, il est une semaine
Dans chaque mois, si ce n’est plus,
Où tu te mets en quarantaine
Pour laisser couler certain flux.

Ce ne sont point là, que je sache,
Avantages dont un vagin
Doive, en se frisant la moustache,
Se montrer satisfait, ni vain.

LE CON

Ignorant, tu nommes fromage
Un arôme exquis, épicé,
Qu’un vit flaire comme un hommage ;
Car un grand veut être encensé.

Pour ces règles que tu débines
Et traites de déjections,
Ce sont les sources purpurines
Des saintes fécondations.

Quant à toi, la bonté divine
Te garde aussi ton aiguillon :
Si pour nous elle fit la pine
Elle offre au cul le postillon.

LE CUL

Le postillon ? belle foutaise !
En amour, je veux tout ou rien.
Je suis étroit, chaud comme braise ;
Mon pucelage vaut le tien.

LE CON

Va, tu n’es que le trou qui chie,
Tu n’as de talent que le pet ;
Et l’animale hiérarchie
Te réserve pour le baquet.

MORALITÉ

À cet instant de la querelle,
Un vit qui bandait dur et fort
S’avisa de foutre en aisselle ;
Cet argument les mit d’accord.

Tout est fantaisie ou caprices
Chez le bizarre genre humain :
On fout en con, en cul, en cuisses,
Au besoin même dans la main.


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

UN REMÈDE


Pour femme, qu’un amant est une douce chose !
Surtout quand cet amant remplace un médecin,
Connaît d’un bon remède et la force et la dose,
En fait l’application, et sait guérir enfin.
Pour preuve de ce fait, écoutez une histoire :
Sur un lit de douleur Lise attendait la mort
Pendant que Jean pleurait plus qu’on ne saurait croire
Regrettant le passé et maudissant son sort ;
La raison, du chagrin, cependant prend la place,
Et le malheureux Jean court chercher le docteur
Pour renvoyer bien loin le malheur qui menace,
Et ramener chez lui la joie et le bonheur ;

L’homme de l’art arrive ; au premier examen
Il voit que s’en est fait, qu’on n’a plus de ressource ;
Il dit à notre amant : — « Attendez à demain,
Mais en médicaments, n’usez plus votre bourse. »
L’arrêt est prononcé : « Avant de nous quitter,
Prouve-moi ton amour, ô ma chère maîtresse. »
Lise entr’ouvrit les yeux désirant accepter,
Et cela voulait dire hâte-toi, le temps presse ;
De suite à son côté Jean s’étend sur le lit,
Sa vigueur grandit en ce moment suprême,
Et pour ce résultat un seul instant suffit ;
Ça n’est pas étonnant après un long carême.
Il enlace le corps, naguère si charmant,
Et l’embrasse partout, lui fait mille caresses
Et de son doigt actif il branle doucement,
Et puis avec son dard il chatouille les fesses ;
Ah ! quel enchantement, c’est bien ce qu’elle veut,
Il l’enfile à la fin. Lise en paraît saisie.
Jean la sent tressaillir à l’approche du nœud.
— « Merci, merci, mon Dieu, c’est un signe de vie. »
Ce remède nouveau fut si bien appliqué
Que, la nature aidant, il sauva la malade,
Ce fait parut à tous, étrange, inexpliqué ;
Un des voisins de Jean, un ancien camarade,
Se promit bien un jour d’en avoir le fin mot,
En homme très adroit, d’abord il interroge
Son ami guérisseur sur la chère santé
De cette aimable Lise, et il en fait l’éloge :
— « C’est un ange, dit-il, mais un ange alité. »
— « Oh ! que non, lui fit Jean, ma maîtresse est guérie,
Elle a quitté le lit depuis deux ou trois jours. »
— « Mais comment as-tu fait ? réponds-moi, je t’en prie.

— « Tu me promets, bien vrai, le secret pour toujours ?
— « Oui, je te le promets, mon ami, mais dis vite. »
— « Eh bien ! voyant ma Lise aux portes du tombeau,
Dans son endroit secret, je lui fourrai ma bite,
Tu comprends, n’est-ce pas ? je baisse le rideau. »
— « Que n’ai-je su plus tôt, oh ! Jean, mon aimé frère,
Ce moyen de guérir, je l’aurais employé,
Il ne serait pas mort, mon pauvre vieux grand-père
Et j’aurais dû beaucoup à ta bonne amitié. »


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

ODE À PRIAPE


« Si Piron a fait la fameuse Ode
il faut bien le gronder, mais l’admettre ;
s’il ne l’a pas faite, fermons-lui la porte. »
    Fontenelle.
(Discours pour l’admission de Piron à l’Académie.)

Foutre des neuf Grâces du Pinde,
Foutre de l’amant de Daphné,
Dont le flasque vit ne se guinde
Qu’à force d’être patiné :
C’est toi que j’invoque à mon aide,
Toi qui, dans les cons, d’un vit raide
Lance le foutre à gros bouillons,
Priape ! soutiens mon haleine,
Et pour un moment dans ma veine
Porte le feu de tes couillons.


Que tout bande ! que tout s’embrase !
Accourez, putains et ribauds !
Que vois-je ? où suis-je ? ô douce extase !
Les cieux n’ont point d’objets si beaux :
Des couilles en bloc arrondies,
Des cuisses fermes et bondies,
Des bataillons de vits bandés,
Des culs ronds, sans poils et sans crottes,
Des cons, des tétons et des mottes,
D’un torrent de foutre inondés.

Restez, adorables images !
Restez à jamais sous mes yeux !
Soyez l’objet de mes hommages,
Mes législateurs et mes dieux.
Qu’à Priape, on élève un temple
Où jour et nuit l’on vous contemple,
Au gré des vigoureux fouteurs :
Le foutre y servira d’offrandes,
Les poils de couilles, de guirlandes,
Les vits, de sacrificateurs.

De fouteurs, la fable fourmille :
Le Soleil fout Leucothoé,
Cynire fout sa propre fille ;
Un taureau fout Pasiphaé ;
Pygmalion fout sa statue,
Le brave Ixion fout la nue,
On ne voit que foutre couler :
Le beau Narcisse pâle et blême,
Brûlant de se foutre lui-même,
Meurt en tâchant de s’enculer.


« Socrate, — direz-vous, — ce sage
« Dont on vante l’esprit divin ;
« Socrate a vomi peste et rage
« Contre le sexe féminin. »
Mais pour cela le bon apôtre
N’en a pas moins foutu qu’un autre ;
Interprétons mieux ses leçons :
Contre le sexe il persuade ;
Mais sans le cul d’Alcibiade,
Il n’eût pas tant médit des cons.

Mais voyez ce brave cynique,
Qu’un bougre a mis au rang des chiens,
Se branler gravement la pique
À la barbe des Athéniens :
Rien ne l’émeut, rien ne l’étonne ;
L’éclair brille, Jupiter tonne,
Son vit n’en est pas démonté :
Contre le ciel, sa tête altière,
Au bout d’une courte carrière,
Décharge avec tranquillité.

Cependant Jupin, dans l’Olympe,
Perce des culs, bourre des cons ;
Et Neptune, au fond des eaux, grimpe
Nymphes, sirènes et tritons ;
L’ardent fouteur de Proserpine
Semble dans sa couille divine
Avoir tout le feu des enfers.
Amis, jouons les mêmes farces ;
Foutons, tant que le con des garces
Ne nous foute l’âme à l’envers.


Tysiphone, Alecto, Mégère,
Si l’on foutait encor chez vous,
Vous, Parques, Caron et Cerbère,
De mon vit vous tâteriez tous.
Mais puisque, par un sort barbare,
On ne bande plus au Ténare,
Je veux y descendre en foutant ;
Là, mon plus grand tourment, sans doute,
Sera de voir que Pluton foute
Et de n’en pouvoir faire autant.

Rangs, dignités, honneurs ?… foutaise !
Et toi, Crésus, tout le premier,
Tu ne vaux pas, ne t’en déplaise,
Yrus qui fout sur un fumier.
Le sage fut un bougre, en Grèce,
Et la Sagesse une bougresse ;
Exemple qu’à Rome on suivit.
On y vit plus d’une matrone,
Préférant le bordel au trône,
Lâcher un sceptre pour un vit.

Quelle importante raison brouille
Achille avec Agamemnon ?
L’intérêt sacré de la couille ;
Briséis… une garce… un con !
Sur le fier amour de la gloire,
L’amour du foutre a la victoire,
Il traîne tout après son char.
Cette puissance à qui tout cède,
Devant le vit de Nicomède,
Fait tourner le cul à César.


Que l’or, que l’honneur vous chatouille,
Sots avares, vains conquérants :
Vivent les plaisirs de la couille !
Et foutre des biens et des rangs !
Achille, aux rives du Scamandre,
Ravage tout, met tout en cendre :
Ce n’est que feu, que sang, qu’horreur.
Un con paraît : passe-t-il outre ?
Non, je vois bander mon jean-foutre ;
Ce héros n’est plus qu’un fouteur.

Jeunesse, au bordel aguerrie,
Ayez toujours le vit au con ;
Qu’on foute, l’on sert sa patrie,
Qu’on soit chaste, à quoi lui sert-on ?
Il fallait un trésor immense
Pour pouvoir de leur décadence
Relever les murs des Thébains ;
Du gain de son con faisant offre,
Phryné le trouve dans son coffre !
Que servait Lucrèce aux Romains ?

Tout se répare et se succède
Par ce plaisir qu’on nomme abus :
L’homme, l’oiseau, le quadrupède
Sans ce plaisir ne seraient plus.
Ainsi l’on fout par tout le monde,
Le foutre est la source féconde
Qui rend l’univers éternel ;
Et ce beau tout, que l’on admire,
Ce vaste univers, à vrai dire,
N’est qu’un noble et vaste bordel.


Aigle, baleine, dromadaire,
Insecte, animal, homme, tout,
Dans les cieux, sous l’eau, sur la terre,
Tout nous annonce que l’on fout :
Le foutre tombe comme grêle ;
Raisonnable ou non, tout s’en mêle :
Le con met tous les vits en rut ;
Le con du bonheur est la voie,
Dans le con gît toute la joie,
Mais hors le con point de salut.

Quoique plus gueux qu’un rat d’église,
Pourvu que mes couillons soient chauds
Et que le poil de mon cul frise,
Je me fous du reste en repos.
Grands de la terre, l’on se trompe
Si l’on croit que de votre pompe
Jamais je puisse être jaloux :
Faites grand bruit, vivez au large ;
Quand j’enconne et que je décharge,
Ai-je moins de plaisir que vous ?

Redouble donc tes infortunes,
Sort, foutu sort plein de rigueur ;
Ce n’est qu’à des âmes communes
Que tu pourrais foutre malheur ;
Mais la mienne, que rien n’alarme,
Plus ferme que le vit d’un carme,
Rit des maux présents et passés.
Qu’on me méprise et me déteste,
Que m’importe ? mon vit me reste :
Je bande, je fous… c’est assez.

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LE PARRICIDE PAR IGNORANCE


Voyons, du calme ; à quoi bon s’insurger
Contre le sort ? Hé ! mon ami, nous sommes
Tous plus ou moins mortels… les pleurs des hommes,
En pareil cas, peuvent-ils alléger
Le sac d’ennuis jeté sur leurs épaules ?
La chose n’est, certes, pas des plus drôles,
Mais il faut en prendre notre parti.
Ainsi, mon cher, vous êtes averti :
Votre femme est perdue. Avant l’aurore
Elle aura dû trépasser. Je veux bien
La venir voir demain matin encore,
Mais pour la forme… Allez, en bon chrétien,
Chercher un prêtre, et priez pour son âme.

Le médecin ayant dit, s’en alla ;
Jean resta seul avec sa pauvre femme.

« Eh quoi ! fit-il, Madelon, la voilà !…
Celle qu’un jour, à mon bras suspendue,
Je fis entrer, joyeux, à la maison,
La voilà roide, immobile, étendue…
Oh ! comme au temps de sa verte saison
Elle était fraîche et gaillarde ! Ses hanches
Faisaient dresser, sous leurs cottes si blanches,
Les vits de tous… Hélas ! c’est dans ce lit
Où le trépas la couche et la pâlit,
Que je lui pris son mignon pucelage.
Ô douce nuit ! Oh ! le blanc étalage
De ferme chair ! Son corps solide ouvrait
Avec ardeur ses jambes amoureuses ;
J’aurais alors juré qu’on ne pourrait
Jamais forcer les portes ténébreuses
Par où la pine arrive jusqu’au cœur
De l’épousée attendant son bonheur !
Que je bandais ! Ô Dieu ! je bande encore
En cet instant où je me remémore
Cette nuit-là. J’écartais doucement
Ses poils frisés, tout en couvrant ses charmes… »

Et ce disant, Jean, les yeux pleins de larmes,
Pensant encore être à ce doux moment,
Baisait sa femme à couilles rabattues…
Froide et pareille aux inertes statues,

Sans un seul coup de cul, sans un hoquet,
La Madelon reçut dans son baquet
Le foutre épais du veuf inconsolable.

L’aurore vint, et d’un rayon aimable
Illumina la chambre des époux.

« Eh bien ! mon cher, dit, en ouvrant la porte,
Le médecin, maintenant portez-vous
Votre malheur avec une âme forte ?
Hein ! Quoi ? que vois-je ? oh diable !… »
Jean trembla,

Épouvanté devant son sacrilège.
« Ah ! sapristi ! fit le docteur, voilà
Bien du nouveau ! je sors donc du collège ?
Eh quoi ! j’avais condamné Madelon,
Et je la voix qui respire ?
— Ma femme ?
— Elle est sauvée !
— Est-ce vrai ?
— Sur mon âme ! »
Jean, entr’ouvrant soudain son pantalon,
Montre sa pine, et raconte à voix basse
Ce qu’il a fait, tout en demandant grâce :
« En de tels cas, le coït peut souvent
Bien opérer, dit le docteur. Avant
Quatre ou cinq jours, vous verrez Madeleine
Boire et manger, et foutre à motte pleine. »

Jean, tout joyeux, n’eut rien de plus pressé
Que de conter son cas au voisin Pierre
En lui disant comment un vit dressé
Pouvait tirer Lazare de sa bière :
« Hélas ! fit Pierre, étouffant un sanglot,
Si tu m’avais dit ce secret plus tôt,
Je n’aurais pas, la semaine dernière,
Laissé mourir mon brave homme de père ! »

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

JE VOUDRAIS ÊTRE CHIEN


Je voudrais être chien,
Car du soir au matin,
Je pourrais me sucer la pine.

Franchement, Dieu, lorsqu’il nous fit,
Nous a bougrement mal construit ;
C’est surtout lorsqu’il fit l’échine.
Les quadrupèdes ont les reins
Bien plus souples que les humains.
Je voudrais être chien, etc.

Les largues nous pompent le nœud,
Mais nous nous le pomperions mieux,
Si, comme la race canine,
Nous pouvions, sans gêne et sans mal,
Nous gamahucher le canal.
Je voudrais être chien, etc.


Les hommes, lorsqu’ils ont foutu
À double couillon rabattu,
Se lavent dans une terrine.
En cela, moins bêtes que nous,
Les chiens se lèchent ; c’est plus doux.
Je voudrais être chien, etc.

Avec mon nez, bien qu’il soit long,
Je ne puis me faire’ postillon,
Et voilà ce qui me chagrine.
Avant ma mort j’aurais voulu
Foutre mon nez dans l’ trou d’mon cul.
Je voudrais être chien,
Car, du soir au matin,
Je pourrais me sucer la pine.


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LES SOUVENIRS

Air des Souvenirs, de Chateaubriand.

Combien j’ai douce souvenance
De nos amours, ô ma Clémence,
Ces jours à jamais effacés,
J’y pense,
Où sont nos coïts insensés
Passés.

Te souvient-il lorsque ma pine,
Luxurieuse et libertine,
Entre tes lèvres se glissant,
Coquine,
Tu me suçais en rougissant
Souvent ?

Dis-moi, te souvient-il encore
De ces caresses que j’adore :
Dévore
Ton clitoris rose et dardant
Son gland.


Te souvient-il du tour agile
De notre tête-bêche habile,
Quand ma langue, du cul au con.
Docile,
Répondait à ton postillon
Mignon.

Te souvient-il de ta sœur Luce,
Qui me branlottait le prépuce,
Tandis que toi tu lui mettais
En puce
Ta langue au con et lui faisais
Minet.

Oh ! qui nous rendra nos foutries,
Nos jouissances, nos orgies !
Oh ! qui nous rendra ces amours
Jolies
Qui doraient nos nuits et nos jours
Toujours !


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

MINET ET RATON

Air : Ma belle est la belle des belles.

Avec ton petit chat, ma belle,
J’ai bien souvent bravé l’ennui ;
Il ne fait jamais le rebelle
Quand je veux jouer avec lui.
Si sa douceur est sans pareille,
Pour lui, je suis loin d’être ingrat ;
Ah ! quoiqu’il soit privé d’oreilles,
Qu’il est joli, ton petit chat !

Tu connais le rat que je dresse.
Si raton voit cet animal,
Il le protège et le caresse
Et ne lui fait jamais de mal.

Loin de respecter la parure,
Quand sur toi s’échappe mon rat
Minet le met dans sa fourrure ;
Qu’il est joli, ton petit chat !

Hier, pour te trouver en cachette,
Vers toi le désir m’entraînait ;
En folâtrant sur ta couchette
Je découvris monsieur Minet.
Pendant que sur sa bouche de rose
J’allais charmer mon odorat,
Raton faisait bien autre chose,
Il amusait ton petit chat.

Des friandises qu’on lui donne
Il se contente rarement ;
Il faut bien que je lui pardonne,
Raton le trouve si charmant.
De lui donner sa nourriture
Il se croit souvent en état ;
Mais c’est en vain, car la nature
Fit trop gourmand ton petit chat.

Si Raton se met en colère,
Aisément on le voit rougir,
Minet s’avance et veut lui plaire,
Mais Raton sur lui veut agir.
L’action devient rigoureuse ;
Ah ! Rose, pendant ce combat,
Combien tu me parais heureuse,
S’il fait pleurer ton petit chat.


Minet, du plaisir est au faîte.
Et de ses pleurs n’est pas honteux ;
Mais Raton, malgré sa conquête,
Se retire triste et piteux.
Minet ne fait point de reproche ;
Il a le cœur si délicat !
Raton doucement se rapproche,
Et s’endort sur ton petit chat.


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LA MORPIONÉIDE

Poème en deux chants et un prologue

DÉDICACE

À toi, mon vieil ami, cette farce en deux chants
Résumant le gros rire et les mots indécents.
Dans mes vers assez durs, rarement je caponne
Devant la crudité d’un mot à la Cambronne,
Et, s’il faut parler net, j’engage les mamans
À ne pas les laisser aux mains de leurs enfants.

PROLOGUE

Ils étaient cent ! Tous gros et gras comme des Carmes.
Loin des soucis mondains et des vaines alarmes,
Depuis sept ou huit jours leurs escadrons vainqueurs
Sondaient de mon pubis les chastes profondeurs.

D’où venaient-ils ? Longtemps je fus tenté de croire
Qu’un ange, à mes côtés, certain soir endormi,
M’avait, sans y penser, fait ce don méritoire.
Voyez comme à l’envers nous écrivons l’histoire !
Je sus, trois jours après, qu’ils venaient d’un ami.
Ô ! toi qui fus ma vie et mes seules délices,
Ô femme inoffensive et candide à ravir,
Ange qui n’a sur moi laissé pour souvenir
Qu’une bourse trop plate et quelques chaudes-pisses,
Tu sais que ce bas monde est pétri d’injustices ;
Pardonne au vil soupçon dont j’allais te noircir !
Grâce à toi, j’ai longtemps absorbé de l’eau claire ;
J’ai, grâce à toi, gardé la goutte militaire,
Et, si quelqu’un osait fouiller dans mes tiroirs,
Il pourrait, à côté des lettres de mon père,
Rencontrer d’aventure un ou deux suspensoirs.
Oui, pour toi j’ai souffert, ô ma noble maîtresse !
Tu m’as bien extorqué des écus, des louis,
Mais jamais ta réserve et ta délicatesse
Ne m’ont fait dépenser pour un sou d’onguent gris.
On pardonne, après tout, à l’infidèle amante
Qui vous laisse impuissant, goutteux et vérolé,
Mais honte au traître ami dont l’âme insouciante
Laissa trois morpions sur moi planter leur tente !
Sais-tu qu’un jour après les bougres étaient trente
Et que le lendemain leur nombre avait triplé ?
Vainement la pudeur me disait de me taire,
Vainement l’amitié m’ordonnait d’oublier ;
J’ai dû descendre, hélas ! jusqu’au fond du mystère,
J’ai vu la vérité dans toute sa lumière
Et devant l’univers, je la dois publier.

Ô nuit lugubre ! ô nuit désastreuse, effroyable !
Où, pressés et tassés comme des grains de sable,
J’ai senti sur mon cul, ma pine et mes roustons
Passer, la lance au poing, leurs sombres escadrons.
En vain, d’un ongle aigu, j’étreignais les rebelles,
On eût dit, que pour fuir, ils possédaient des ailes.
Sous les poils, sous la peau, sous les chairs abrités,
Ils se léchaient encor leurs dards ensanglantés ;
Et puis, se ravisant, ils mordaient de plus belle
Et, si pour les guetter, j’allumais la chandelle,
Plus rien : les sacripants, confinés dans leurs trous,
Barricadaient la porte et tiraient les verrous.
Enfin, ivres de sang, repus de chair humaine,
Je les sentis marcher d’un pas plus chancelant ;
Ce n’était plus qu’un morne et sourd fourmillement,
Une démangeaison vague et comme incertaine,
En un mot, mes amis, la fin de mon tourment.
Je pus alors fermer ma paupière alourdie…
Dans l’inerte langueur de ce dernier sommeil,
Voici la vision de haute fantaisie
Qui, jusqu’au jour naissant, me tint l’âme en éveil.

Certes on a vu des rois épouser des bergères
Et partir des fusils qui n’étaient pas chargés ;
On a vu, dans Paris, des familles entières,
Femmes, enfants, vieillards, par les puces rongés ;
On a vu des gandins qui portaient des bretelles ;
On a vu, Dieu me damne ! accoucher des pucelles ;
Eh ! que dis-je ? on a vu des maris impuissants
Monter sur leur femelle et faire des enfants ;

Saint Paul a vu Jésus debout sur un nuage ;
Saint Jean, sur cette terre a vu le Paradis ;
Voltaire a vu du bleu dans tout ça : mais je gage
Que pas un être humain n’a vu ce que je vis :

Dans l’humble vallon, qui sépare mes couilles
Les morpions s’étaient en cénacle assemblés ;
Seuls, les déshérités, qui revenaient bredouilles,
Erraient encor, cherchant de sanglantes dépouilles,
Sur les maigres plateaux et les pics désolés
Le reste était plongé dans une douce ivresse.
Tous s’étaient réunis dans le fond du ravin :
Là, les vieux rabâchaient leurs hauts faits de jeunesse ;
Les jeunes gens faisaient minette à leur maîtresse ;
Les moins saouls se brossaient le ventre dans un coin.
C’étaient, de toute part, des rires frénétiques,
Des propos insensés et des refrains bachiques !
Où donc vont se nicher la gloire et la fierté !
Et comme ils vous traitaient la pauvre humanité !
Ils se croyaient géants ! Pour eux, ma couille ronde
Était ce qu’est, pour nous, l’immensité du monde !
Eh ! qui sait, après tout, humanité crédule,
Si notre terre à nous n’est pas le testicule
D’un géant dont le corps emplit l’immensité ?
Tandis qu’à ses ébats, la troupe abandonnée
S’en donnait à gogo, le doyen de l’armée,
Seul, à l’ombre d’un poil, se tenait à l’écart,
Grave et rêveur : c’était un type de grognard,
Buvant beaucoup, jurant toujours, ne parlant guère.
Lui qui perdait, par an, deux membres à la guerre,
Qui goûtait aux combats le bonheur des élus,
Il languissait. Pourquoi ? le sang ne coulait plus !

Il allait, pour dormir, se coucher dans son antre,
Quand un jeune soldat du régiment des fous
Vint, d’un geste amical, lui taper sur le ventre :
« Holà ! mon vieux, dit-il, viens trinquer avec nous. »
Le vieillard, fièrement, levant sa noble tête :
« Qu’à recevoir son chef la légion s’apprête »,
Dit-il, « Je vais, soldats, vous chanter à mon tour,
« Un chant que vos aînés chantaient avec amour ;
« Je vais, puisque chacun doit donner son offrande,
« Du premier morpion vous dire la légende. »
Il dit. Et s’emparant d’un luth en poils follets,
Il donna fièrement carrière à ces couplets :


CHANT PREMIER

Quand Dieu, l’Esprit du Mal, eût enfanté le Monde,
Et pétri de sa sale main
L’homme, être malfaisant, être abject, être immonde,
Qu’il fit roi du pays d’Eden ;

Satan, l’Esprit du Bien, fut piqué de la chose :
« Holà ! dit-il, je suis maté ;
« Je suis mort, du moment qu’à ma barbe l’on ose
« Faire un acte d’autorité.

« Créons à notre tour et faisons concurrence
« À ce forban de Jéhovah !
« Le bougre a le prestige et moi j’ai la puissance :
« Lequel des deux triomphera ? »


Satan créa le pou, la puce et la punaise
Et lança l’infernal troupeau
Sur l’homme, encor garçon, qui s’était mis à l’aise
Et se branlait sur un coteau.

Le pou, quoi qu’on en dise, est une noble bête
L’aigle et lui hantent les sommets.
Le pou plaça son aire au-dessus de la tête ;
La puce habita les mollets.

La punaise, à vrai dire, est moins noble et moins fière :
Elle se fit un cabaret
Dans l’invisible val de la moelle épinière,
Gras pâturage et nid discret.

L’orgie alla bon train : la punaise en fut ivre
Et la puce obèse en deux jours ;
Le pou, chose incroyable, engraissa d’une livre !
Et l’homme se branlait toujours !

Chacun piqua si bien que mille égratignures
S’entre-croisaient le long du corps :
Le sang coulant à flots des béantes piqûres…
Et l’homme se branlait encor !

« Passembleu », dit le diable, en creusant quatre rides
Entre ses yeux d’un rouge ardent,
« On fait autant de cas de mes trois Euménides
« Que d’un crachat qu’on jette au vent.

« Faudra-t-il l’écraser vif, le ladre infâme,
« Pour troubler sa si belle humeur ?
« Dois-je attendre que Dieu lui fabrique une femme
« Pour mettre un terme à son bonheur ?


« Ah ! malin que je suis, d’avoir pris tant de peine
« Pour accoucher d’une souris
« Et donner un sujet de fable à La Fontaine
« Ah ! malin que je suis ! »

Et, tandis qu’à cœur-joie, il lançait l’anathème
Sur son beau chef-d’œuvre mort-né ;
Il lui semblait entendre au loin l’Être Suprême
Rire à ventre déboutonné.

« Tu ris, pauvre insensé, tu vas pleurer de rage,
« Ou le diable perdra son nom ! »
C’est alors, que Satan ayant repris courage,
Donna naissance au morpion !

« Baisse la tête, homme superbe,
L’Univers a trouvé son roi :
Te voilà moins fort qu’un brin d’herbe :
Homme superbe, gratte-toi !

En vain par de tendres caresses,
En vain ton ardente maîtresse
Te provoque à la volupté ;
Tu tournes le dos à ta femme,
Car tu n’assouviras sa flamme,
Que quand tu te seras gratté !

« Avoir ta grandeur éphémère
Et ta pompe et ton falbalas,
À voir l’insolente poussière
Que tu soulèves sous tes pas,

On dirait que ta fière altesse
Traîne après soi le monde en laisse,
Et que tout marche sous ta loi !
Tu ris bien haut quand le ciel tonne ;
Mais allons, mon vieux, je l’ordonne,
Homme superbe, gratte-toi !

« Dieu, m’a-t-on dit, a chassé l’homme
Des verts bocages de l’Éden ;
Il l’a forcé, pour une pomme,
À pétrir lui-même son pain.
Moi, j’ai, quand je veux, sans culture,
Bocage épais, riche pâture ;
L’homme n’obtient que des chardons,
Il gémit, il sue, il travaille ;
À ses dépens, je fais ripaille,
Car c’est de lui que nous vivons.

« J’ai fini ma longue carrière.
Mes chers amis, quand je mourrai,
C’est parmi les poils du derrière
Que je désire être enterré.
Un bois touffu dont le feuillage
Par les zéphyrs est agité :
Des zéphyrs l’haleine légère
M’apportera vos cris de guerre,
Vos chants d’amour et de gaîté ! »


CHANT DEUXIÈME

Harpes du roi David, Harpes des Saints Cantiques,
Feu sacré de Mahom, chants apocalyptiques,

Immortels ci-devants, Muses des temps passés,
Livrez, livrez ma verve à ses feux insensés !
Je ne sais quelle ardeur, quel démon me domine,
Mais je me sens dispos à faire une tartine.
À moi ! Déesse, à moi ! Je sais qu’on ne veut plus
De tes vers surannés, de ta robe fripée,
Ni de ce narcotique, inventé par Morphée,
Que depuis six mille ans nous versent tes élus :
Ce siècle en veut aux Dieux du temps jadis ! Qu’importe !
Je me laisse entraîner où mon sujet m’emporte.
Je n’ai pas, après tout, de vulgaires héros,
Braillards, paillards, vantards, bêtes comme des pots :
Achille irait à peine au talon de leur botte ;
Ils sont taillés à neuf, et ce n’est pas ma faute
Si, malgré moi, cédant à ma fougueuse ardeur,
Je me laisse enlever aux cieux en leur honneur.

Quand les Carthaginois, lassés par la victoire,
Vinrent prendre à Capoue, un repos mérité,
Ils lâchèrent la bride à leur brutalité,
Chantant, fumant, baisant, passant la nuit à boire
Et le jour à jouer, au rams ou l’écarté.
Le rams, assurément, est une bonne chose ;
L’amour n’est pas sans charme, au moins je le suppose,
Quant au vin, je puis dire, avec feu saint Matthieu,
Qu’il n est pas de gaillard plus gai sous le ciel bleu.
Mais le plaisir sur terre a cela de stupide,
Que celui qui le tient ne peut s’en séparer :
À son brutal instinct, il lâche alors la bride
Et livre sa faiblesse à ce bonheur acide ;
Il s’en gorge et finit par se faire enterrer.

Tel l’escadron dont Rome allait être la proie,
Terrassé par le punch et les filles de joie,
Au lieu d’aller sur Rome et d’y mettre la main,
Haletant, s’arrêta pour dormir en chemin ;
Tels les cent morpions qui labouraient mes couilles
S’endormirent un jour dans un fatal repos.
Ils digéraient gaîment leurs opimes dépouilles ;
Leurs abdomens faisaient concurrence aux citrouilles…
Mais nous allons chanter comme ils furent capots.

Sous le taudis meublé qu’occupaient mes pénates
Habitait d’Esculape un disciple en renom,
Fabricant breveté de sirops et de pâtes,
Un potard, puisqu’il faut l’appeler par son nom.
Jamais je n’absorbais un gramme de guimauve
Sans prendre les conseils du savant pour appui.
Et, pour tout ce qui touche à mes secrets d’alcôve,
Jamais un confesseur n’en sut autant que lui.
Bien que, depuis longtemps les hasards de ma vie
M’aient fait porter ma tente en une autre patrie,
J’ai gardé, malgré tout, dans le fond de mon cœur,
Le vivant souvenir de ce défunt docteur.
Parfois même, en fouillant mes vieilles redingotes,
Je retrouve aujourd’hui des lambeaux de ses notes.
Ici, trois francs cinquante, un pot de copahu ;
Là, vingt sous (grand rabais), suspensoir élastique ;
Trois sous d’eau blanche ; un franc de vin aromatique ;
Et je songe en pleurant à cet ami perdu.
Quand j’eus frotté mes yeux et passé ma culotte,
J’allais trouver notre homme et lui dis, en deux mots,
Qu’un infernal troupeau de nombreux asticots
À mes frais, jour et nuit, sur moi faisaient ribote.

— « Hola ! dit-il » la chose est grave. Écoutez-moi.
« Je m’en vais vous parler, mon cher, de bonne foi.
« J’étais bien jeune alors, quand le troupeau vorace,
« Autour de mon nombril, vint se jeter en masse.
« Chaste et naïf, je crus le mal sans gravité ;
« Je laissai ce fléau grandir à volonté.
« Si bien, qu’au bout d’un mois la phalange cruelle
« Avait posé son camp jusque sous mon aisselle.
« Les plus impatients parmi les plus gloutons
« Se jetaient, en passant, autour de mes tétons,
« Oasis dont le ciel embellit la poitrine
« Dans les steppes qui vont de l’épaule à la pine ;
« Et comme tout fléau se propage et s’accroît,
« Bientôt le triple camp se trouva trop étroit ;
« Et j’incline à penser que si Dame Nature
« M’avait doté d’un poil ou deux à la figure,
« À la face du ciel, qui s’en serait terni,
« L’escadron infernal en aurait fait son nid.
« Bientôt, ne trouvant plus d’abri sur mes domaines,
« Le reste alla chercher des places plus sereines
« Et, sans bruit, s’élançant vers un monde meilleur
« S’abattit dans les poils de mon instituteur.
« L’étique magister bientôt ne put suffire
« Au fléau dévorant : le maire en eut sa part ;
« L’adjoint vint à son tour ; le curé, vieux paillard,
« À l’instar de chacun, atteint par le vampire,
« Sans se douter de rien, dota tout le canton
« De ce levain magique appelé morpion.
« On vit alors, on vit d’héroïques pucelles
« Souffrir sans murmurer des piqûres cruelles,
« Et chercher en tremblant le coin le plus discret,
« Pour pleurer et gratter leur pubis en secret.

« Il eut été plaisant de voir ces pauvres filles
« D’heure en heure enfiler un monstre à coups d’aiguille
« Et s’aller confesser ensuite à leur pasteur
« Du mal, dont le Malin, peut-être, était l’auteur.

« Vous savez, à présent le mal qui vous dévore.
« Avez-vous eu la gale, ami ? C’est pis encore.
« Jugez donc, mon enfant, du mal qui vous désole
« Craignez les morpions autant que la vérole.
« Et si chacun de nous ne veille sur sa peau
« Le monde entier sera rongé par le fléau.
« Le monstre a pénétré déjà chez les sauvages.
« À Quimper-Corentin, il étend ses ravages.
« Le coupé de Vénus, en place de pigeons,
« Sera bientôt traîné par trois cents morpions…
« Mais je veux au fléau me livrer en pâture
« Si demain, vous sentez encore une piqûre.
« Tuez ! voici la mort ! la victoire est à vous ! »

Je partais : — « Eh ! dit-il, vous me devez deux sous ! »
Pour deux sous vous aurez des journaux de portière,
Les canons de Suresnes et des mêlé-cassis ;
Vous pourrez rendre heureux des titis de barrière
Qui vous appelleront prince, duc ou marquis.
Mais ce sont là régals de gent millionnaire,
Et, s’il faut vous donner un conseil, mes amis,
Quand vous aurez deux sous, à ne savoir qu’en faire,
Dans la prévision d’un accident vulgaire,
Prenez chez un potard, pour deux sous d’onguent gris.
J’ai longtemps fréquenté des caboulots infâmes ;
J’ai souvent trébuché le soir sur les pavés ;
J’ai donné bêtement ma jeunesse à des femmes
Qui me faisaient porter ma montre où vous savez ;

Mon âme s’est grillée au feu de la bamboche.
Hélas ! loin de m’avoir maintenant en mépris,
Je pourrais me tâter sans honte et sans reproche
Si, quand je me sentais des gros sous dans ma poche,
J’en avais acheté des paquets d’onguent gris !

Ô sacré talisman ! Ô pommade divine !
Sœur de l’insecticide et de la mort-aux-rats !
Que l’homme sera grand, le jour où tu pourras
Le purger à plaisir de toute la vermine
Et de tous les gêneurs qui règnent ici-bas !
Tu pourfendras alors l’insecte appelé Grue
Le morpion, chétif qu’on nomme Cocodès,
Le pou sale et malsain qui rôde dans la rue
Et qu’on nomme Mouchard quand il n’est pas trop près.
Les joueurs de piano, les voleurs, les huissiers,
Et puis, sans négliger de brûler les registres,
Tu nous délivreras de tous nos créanciers ;
Et puis, enfin, s’il reste au fond de l’Amérique
Quelqu’oncle aux sacs dorés qui se porte trop bien,
Purge le Nouveau-Monde au profit de l’Ancien,
Et nous t’entonnerons un chant dithyrambique !
En attendant ce jour, modeste et sale onguent,
Au souple morpion jette un défi sanglant.
Regarde : le ciel brille et le jour vient d’éclore.
D’habitude, il m’est doux de voir lever l’aurore,
D’écouter vaguement jacasser les portiers
Et les garçons d’hôtel cirer les escaliers.
Mais, aujourd’hui, je songe au mal qui me ravage :
Trêve aux douces langueurs d’un rêve matinal !
J’ai laissé les portiers gazouiller leur ramage,
J’ai suspendu ma lyre aux saules du rivage

Et, d’un œil froid et sec, j’ai mesuré mon mal.
Mettant mon corps à nu du nombril à la cuisse,
J’ai préalablement laissé sur mes talons,
Comme au n° 100, tomber mes pantalons.
D’une main, j’ai saisi l’instrument du supplice…
Mais encore un instant, ô mort suspends tes coups !
Contemplons leur sommeil si paisible et si doux,
Et faisons, à part nous, un discours salutaire
Sur la fragilité des choses de la terre !

Je n’ai jamais sondé les arcanes sacrés
D’où Dieu tira la vie et ses divins secrets.
Mais, entre nous, Messieurs, je le trouve un peu bête,
Lui, le bon Dieu, qu’on dit être une forte tête,
Lui qui nous a donné la vie et ses douceurs.
De souffrir, comme un gueux, sans logique et sans cœur,
Que de chacun de nous la fragile existence,
Qui, pour tout possesseur est une jouissance,
Soit un sujet de pleurs et de calamités
Pour les êtres qu’un sort fait naître à nos côtés.
Le ver vivait heureux s’ébattant dans la fange,
Mais le ciel a créé le crapaud qui le mange ;
Le hareng coulerait des jours clairs et sereins,
Mais il est pour orner la table des requins ;
Deux époux bien unis auraient des jours prospères,
Mais le ciel inventa contre eux les belles-mères.
Et vous, troupeau sacré, vous, crasseux morpions,
Qui vivez si joyeux autour de mes roustons,
Pourquoi faut-il qu’un jour, celui qui vous fit vivre,
En vous donnant la mort de vos dards se délivre ?
Et que votre hôte aimé goûte d’un œil content
La fin de vos plaisirs qui faisait ses tourments ?

Tandis qu’à qui mieux mieux ils ronflaient sous la tente,
J’ai sur le camp muet jeté l’onguent fatal.
Cette forêt de poils, naguère frisottante,
N’offre plus qu’un amas de matière gluante
Qui dépasse en horreur les égouts d’hôpital.
Les premiers qui du mal ont senti l’influence
S’éveillent en frottant leurs yeux ensommeillés :
Sur leurs orbites creux leurs cils restent collés.
Chacun voudrait crier, mais un morne silence
Succède à quelques cris à peine articulés.
Quelques-uns cependant, veulent tenter la fuite :
L’un sur l’autre à l’envie la mort les précipite ;
Leur corps svelte et léger dans la glue reste ancré,
Comme un soulier de bal dans l’ordure empêtré.
Si l’Histoire mettait le nez dans ces abîmes,
Quel tissu glorieux d’épisodes sanglants,
Quels efforts de héros, et quels trépas sublimes
Elle raconterait aux fils de nos enfants !
L’un se précipitant dans les bras de sa mère
Reste collé sur elle, et ne peut s’en défaire ;
L’autre, qui ne fait pas les choses à demi,
Emporte, en la pressant, la main de son ami :
Mille seraient tombés s’ils eussent été mille !
Poussés par la terreur, tous ces vieux éclopés
Tombèrent sans gémir, l’un sur l’autre, à la file
Comme un chaînon lascif de jeunes enculés.
Cependant plus heureux que ses compagnons d’armes,
Tandis que l’onguent gris sabrait la légion,
Seul, entre deux longs poils, un jeune morpion,
Dormait, près de l’anus, d’un sommeil sans alarmes.
Il rêvait de joyeux banquets comme jadis ;
Ainsi l’on vit la Seine, autrefois, dans Paris,

Rouler des citoyens les phalanges meurtries,
Tandis que Badinguet dansait aux Tuileries,
À l’odeur du poison qui lui montait au nez :
« Morts ! cria le dormeur, tous morts empoisonnés ! ! »
Alors, soit pour jouir du lugubre spectacle,
Soit pour sauver aussi son corps de la débâcle,
À la cime d’un poil, lentement, il monta
Et puis, levant les yeux vers le ciel, il chanta :

« — Naguère, au sein de ce domaine,
« Nous étions cent. Le poison gris
« Sorti d’une boutique humaine
« Dans les flots roula la centaine
« De mes amis morts et pourris.

« Mon père est mort, ma mère est morte
« Mes fils sont morts, ma femme aussi,
« Et de la joyeuse cohorte
« Un seul est resté, qui se porte
« Assez bien : c’est moi, Dieu merci !

« Quand la mort frappe votre frère,
« Je sais qu’il est de mauvais ton
« D’en parler de façon légère ;
« Mais puisque je suis seul sur la terre,
« Je me fous du : « Qu’en dira-t-on ? »

« Si je versais une ou deux larmes,
« Je perdrais ma peine et mon temps.
« Au fond, la vie a bien des charmes
« Quand vous voyez vos frères d’armes
« Autour de vous agonisants.


« Je proclame sans artifice,
« Qu’il est bien doux pour un coquin
« De voir son benêt de complice
« Tomber aux mains de la Justice
« Et de mordre seul au butin.

« Au sommet d’un poil, dans l’espace,
« Qu’il est doux de se balancer,
« Quand on songe que la mort passe
« À deux pas de vous, et repasse
« Et repasse sans vous toucher.

« Quand on sait que la nuit dernière
« On fut treize au même banquet
« Que douze sont déjà sous terre
« Et qu’au cyprès du cimetière
« Seul, vous faites un pied-de-nez !

« Je chante et je ris : la vie est belle !
« Je vous plains mes pauvres amis,
« D’avoir soufflé votre chandelle…
« L’âme après tout est immortelle :
« Nous nous verrons en Paradis.

« Moi je veux encore en ce monde
« Contenter mes esprits gloutons
« À moins que tout homme ne tombe
« Son noir pubis, sa couille ronde,
« Ses aisselles et ses tétons. »


Il avait les yeux bleus, l’air jeune, la voix douce,
Mais ce cymoine altier m’inspira du dégoût :
Je le mis bravement entre un livre et mon pouce :
On entendit craquer un corps… et ce fut tout !


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LE MORPION PÈLERIN


Quand arriva Pierre-l’Hermite,
Il souleva tout à sa voix :
L’Europe alla faire visite
Au mont où s’élève la Croix.
Un morpion célibataire
Vivait dans le cul d’un prélat ;
Voulant aussi voir le Calvaire,
Fatigué de l’Épiscopat,
Il prit le bourdon et la gourde,
Se croisa le ventre et le dos,
Ceignit sa bourse à peu près lourde
D’écus tournois et d’angelots,
Puis, vers la ville trois fois sainte,
Sur les couilles d’un capitan
Il s’en alla, laissant enceinte
Une fille, et trois fois autant

De morpionnes grandes dames
Qu’il engrossa, du premier coup.
Sur les couillons de deux vidames,
Où l’on greluchonnait beaucoup.
Le capitan était bardache :
Godefroy, seigneur de Bouillon,
L’encula dans une patache
Qu’on rencontra d’occasion.
Notre morpion, difficile,
Grand amateur de changement,
Abandonna son domicile
Et transporta son fourniment
Sur la toison hirsute et drue
Du capitaine des Croisés.

Dans Edesse, au coin d’une rue,
Quand les chrétiens désabusés,
Par le Très-Haut et la victoire
Eurent vaincu le musulman,
Godefroy, la nuit, après boire,
Pinça le cul, sournoisement,
À Renaud encore presque imberbe :
Sur qui passa le morpion.

Mais bientôt, las d’un poil en herbe,
Quand le jeune et vaillant champion
Accola là charmante Armide,
Notre pèlerin se hâta
De gagner la forêt humide
Qui devant lui se présenta.

Ô Tasse ! incomparable lyre !
Chantre inspiré venu des cieux,
Après toi comment oser dire
Ces bois, ces jardins merveilleux !…
Qu’il fut heureux dans cette enceinte,
Notre morpion pèlerin !
Qu’il fut heureux, libre de crainte !

Vivant sans souci ni chagrin…
Au milieu de beautés sans nombre,
Ses jours s’écoulaient doucement…
Mais l’Amour le guettait dans l’ombre,
L’Amour avec son doux tourment !

Une morpionne ingénue,
Sur les bords ombreux d’un ruisseau,
Un jour folâtrait, demi nue,
Laissant tremper ses pieds dans l’eau.
Caché parmi le noir feuillage,
Le pèlerin la contemplait,
Admirant son simple corsage,
Sa gorge ronde, qui tremblait
Sous les baisers et les caresses
Du zéphir au souffle amoureux :
Quels reins cambrés ! Dieux ! quelles fesses !
Quel beau cul ! quels contours heureux !
Fuis, imprudent, fuis cette vue !
Tu succombes sous tant d’attraits.
Hélas ! pour toi l’heure est venue ;
L’Amour t’a percé de ses traits !

Ton cœur est pris, et cette image
Longtemps troublera ton sommeil ;
Longtemps tu seras à la nage
Dans ton lit humide au réveil…

À la légion vagabonde
Des insectes, ses jeunes sœurs,
L’enfant alla mêler sa ronde…
Il la suivit, et, sur les fleurs,
À leurs gais ébats, à leur danse,
Il prit part. Faute d’instrument,
Sa voix les guidait en cadence
Sur un air venu d’Occident.
Puis, quand arrivait la nuit sombre
Et que les danseurs étaient las,
Près d’elle il s’asseyait dans l’ombre
Et lui parlait d’amour tout bas.

La pauvre enfant prêtait l’oreille
À ses discours charmants et doux,
Et, plus que la rose vermeille,
Murmurait tout bas : « Cher époux ! »
Mais lui, qui, jadis, intrépide,
Débutait par où l’on finit,
Devenu craintif et timide,
Près d’elle se sent interdit…

Mais, hélas ! tout est éphémère !
La douleur du rire est la sœur !
Bientôt, comme une ombre légère,
S’évanouit tout leur bonheur.

Un jour, jour de deuil et de larmes !
L’intrépide et farouche Argant
D’Armide profana les charmes…
Ce brutal, ce Maure arrogant,
Dans son amoureuse tempête,
S’élance au cul, le dard en main ;
Comme un bélier, d’un coup de tête
Il se fraie un large chemin.
Il entre… Ô Muse du naufrage !
Accorde ta lyre et dis-nous
Ceux qui périrent à la nage
Quand, se ruant tout en courroux,
Le fleuve aux ondes spermatiques
D’Armide inondait le jardin !…
Sur les roupettes granitiques
De l’indomptable Sarrazin
Il pleut… C’est un second déluge…
On dit même qu’un morpion,
Du haut d’un poil, dernier refuge
Laissé par l’inondation,
Cherchait dans l’air la parabole
Qui se peignit à l’horizon
Quand l’arc-en-ciel, divin symbole,
Au monde apporta le pardon.

Chacun tire à soi, plein de crainte.
Nos deux amants sont séparés
Dans le tortueux labyrinthe
Que font les poils enchevêtrés.
L’amant tient bon au cul d’Armide,
Mais, plus faible, la pauvre enfant
Perd pied sur le sol humide

Et se raccroche aux poils d’Argant,
Quand celui-ci, de tant de courses
Tout fatigué, s’échappe enfin,
Emportant, hélas ! à ses bourses
L’amante, qui supplie en vain.

Le mécréant se reculotte
Et regagne ses bataillons.
L’un va pleurer sur une motte,
L’autre gémir sur des couillons.
Oh ! non, ne tentez pas, ô lyre !
De nous peindre ici la douleur,
La rage, le deuil, la fureur,
L’épouvantable frénésie
Qui s’empara du morpion !

Il aurait démangé l’Asie,
Du sud jusqu’au septentrion,
Pour retrouver sa morpionne ;
Il l’aurait rongée à moitié !
L’ardente fureur d’Hermione,
Près de la sienne eût fait pitié…

— Dieu des chrétiens ! je viens de France,
Je trouve ici le vrai bonheur,
Dit-il, et lorsqu’à l’espérance
S’ouvre la porte de mon cœur,
Soudain l’injustice divine
Vient tout briser, tout renverser !
Quoi ! pour me rendre en Palestine,
Je n’ai pas craint de traverser

Maint peuple à la sueur impure,
Et c’est le prix qui m’attendait !
Et je serais chrétien !… J’abjure !…
Plutôt le turban !… Mahomet
Rend à tous ses sujets justice ;
Par lui je saurai retrouver
Celle qu’un odieux caprice
Vient aujourd’hui de m’enlever !…

À ces mots arrachant la croix
Qui lui pendait à la ceinture.
Il la jette au loin et sa voix
Blasphème tout dans la nature.
L’amour en fait un renégat,
Et c’est le vrai Dieu qu’il renie !

Quelques jours après, Herminie
Ayant appris tout le dégât
Qu’Argant avait commis, arrive
Chez Armide, et reste à coucher.
Les draps sortaient de la lessive ;
On les mit bien vite à sécher ;
Mais le temps était fort humide,
Si bien que dans le lit d’Armide
Elles couchèrent toutes deux.

Le morpion change au plus vite,
Résolu de courir toujours
Fût-ce même aux bords du Cocyte,
Sur la trace de ses amours.
D’Hermine il passe à Tancrède,
Puis à Clorinde. Il change encor,

Va sur Acomat au poil raide,
Sur Fatime à la toison d’or,
Sur Ali, sur une sultane,
Sur un eunuque, sur un cheick,
Sur le patron d’une tartane,
Et de là sur le cul d’un Grec.

Le Grec se sauve en Italie ;
Le morpion grimpe au vagin
D’une fillette assez jolie,
Qu’il quitte bientôt pour l’engin
D’un franciscain que sodomise
Un prélat ; et puis, franchissant
Tous les degrés de la prêtrise,
Le pèlerin, toujours grimpant,
Arrive à la couille du pape.

Or, un jour que Sa Sainteté
Solennisait la Saint-Priape
À l’autel de la volupté,
Soudain s’approche une inconnue
Du morpion silencieux…
Ciel ! c’est elle ! il l’a reconnue !
Il en croit à peine ses yeux…
C’est bien elle ! c’est son amante !
Il court vers elle, et sur son cœur
Il l’étreint toute palpitante
D’amour, de joie et de pudeur.

Fuyant la cohue ennuyeuse,
Ils vont sous des poils écartés
Où nulle oreille curieuse

N’écoutera leurs apartés.
L’amant lui fait alors l’histoire
De ses voyages. Comme lui,
De motte blonde en motte noire,
Au hasard traînant son ennui,
Elle a couru toute l’Asie.

— J’étais, dit-elle, au cul l’Ali
Quand j’appris ton apostasie.
Toi renégat ! ô mon ami !
Non, jamais je ne serai tienne
Qu’au jour où tu seras rentré
Au sein de l’église chrétienne…

Le morpion, tout pénétré
Du repentir le plus sincère,
Arrache son turban soudain.
La pénitence fut austère :

Pendant huit jours, soir et matin,
Pieds nus, il montait sur la barbe
Du pape, et là, dévotement,
À sa patronne Sainte Barbe
Il élevait un cœur fervent.
Elle entendit ses patenôtres,

Et le pardon lui fut promis ;
Mais jusqu’au jour des Saints-Apôtres
Leur mariage fut remis.

Ce jour-là, le pape Bazile
Officiait publiquement ;
On en était à l’Évangile…

L’insecte prend le bon moment :
Il mord si dru, qu’à sa braguette
Le Saint-Père porte la main
Et sur son auguste roupette
Du morpion bénit l’hymen.

Les deux époux pendant leur vie
Goûtèrent un bonheur si grand
Qu’à chacun ils faisaient envie.
De nos jours même on se surprend
À dire : « Il vit comme un satrape,
Ayant tout à discrétion ;
Heureux autant qu’un morpion
Collé sur la couille du pape. »


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LES BOUCLES D’OREILLES À TAUPIN

Air : Le Pendu, de Mac-Nab.

I

Un’ bonn’ fé’ lorsqu’il vint au monde,
Comm’ talisman, au p’tit Taupin,
Donna deux boucl’s d’oreill’s bien rondes
Voici le discours qu’ell’ lui tint :
« Si tu veux, autrement qu’en rêve,
Fêter l’amour, ce Dieu malin,
Il ne faut pas qu’on t’enlève
Tes boucl’s d’oreill’s mon p’tit Taupin. »  bis

II

Ell’s ont gardé leurs belles formes
Quoiqu’ayant couru des dangers :
Il a fallu des soins énormes
Pour ne pas les endommager.
Depuis le temps qu’il les balance
On peut dir’ que c’est un rud’ chopin
Pour la r’population d’là France
Les boucl’s d’oreill’s à Taupin.  bis.

III

Il couche avec, d’peur qu’on lui prenne,
Au lieu d’les mettre dans un écrin ;
On n’a pas de plaisir sans peine.
Et chaque jour, comme il craint
De les perdre en faisant un’ course,
Ou d’les laisser dans un sapin,
Il les suspend dans une bourse,
Ses boucl’s d’oreille’s, Monsieur Taupin.  bis.

IV

Il évite dans les familles,
Habituellement, d’en causer,
Surtout devant les jeunes filles,
Ça pourrait les faire jaser.
Mais un soir qu’il était pompette,
Dans un dîner des plus rupins,
Il les a mis’s dans une assiette,  bis
Ses boucl’s d’oreill’s. Monsieur Taupin.

V

Afin d’payer ses arrérages,
Au Mont-d’-Piété, c’matin encor.
Il a voulu les mettre en gage :
Quel malheur qu’elles soient pas en or !
Ell’s s’oxydent — la chose est notoire —
Car, depuis qu’il n’est plus rupin,
Elles sont devenues toutes noires,
Les boucl’s d’oreill’s à Taupin.  bis.


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

CAROLINE LA PUTAIN


I

Amis, amis, versons à boire,
Versons à boire, et du bon vin,
Tintin, tintin, tintaine, tintin ;
Je vais vous raconter l’histoire
De Caroline la Putain
Tintin, tintaine, tintin !

II

Son père était un machiniste
Au théâtre de l’Odéon,
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
Sa mère était une fleuriste
Qui vendait la rose en bouton,
Tonton, tontaine, tonton !

III

À quatre ans, sur les bancs d’école,
Ell’ s’astiquait déjà l’ bouton,
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
Ell’ le perdit, eut la vérole
Pour sa première communion,
Tonton, tontaine, tonton !

IV

À quatorze ans suçant les pines,
Elle fit son éducation,
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
À dix-huit ans, dans la débine,
Ell’ s’engagea dans un boxon,
Tonton, tontaine, tonton !

V

À vingt-quatre ans, sur ma parole,
C’était une fière putain,
Tintin, tintin, tintaine, tintin :
Elle avait foutu la vérole
Aux trois quarts du Quartier Latin,
Tintin, tintaine, tintin.

VI

Malgré cett’ maladie cruelle,
Ses clients fur’nt toujours légion,
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
La préférant aux autres belles
De sa maison de pension,
Tonton, tontaine, tonton !

VII

Et tous contents de ses services
— Son travail étant très soigné —
Tinté, tinté, tintaine, tinté,
Ces nombreux habitués du vice,
Lui fir’nt des cadeaux bien tapés,
Tinté, tintaine, tinté !

VIII

Le Marquis de la Couille Molle
Lui fit bâtir une maison,
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
À l’enseigne « Au morpion qui vole »,
Un’ belle enseign’ pour un boxon,
Tonton, tontaine, tonton !

IX

Après dix ans de patronage,
Du « Morpion » (d’ bonn’ réputation),
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
Ell’ songea à un pèl’rinage,
Désirant fair’ bénir son con,
Tonton, tontaine, tonton !

X

Elle voulut aller à Rome,
Pour y chercher l’absolution
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
Le pape était fort bien à Rome,
Mais il était dans un boxon,
Tonton, tontaine, tonton !

XI

Dans ce boxon, notre Saint-Père,
Enculait la put’ Margoton,
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
Et sa pin’ sortant du derrière
Je vous l’assur’, n’ sentait pas bon,
Tonton, tontaine, tonton !

XII

Au Vatican — du Saint-Père
Seule et unique habitation —
Tonton, tonton, tontaine, tonton.
Il n’y avait qu’ son « Grand-Vicaire »
Qui se chauffait les roustons,
Tonton, tontaine, tonton !

XIII

En s’adressant au « Grand Vicaire »,
Ell’ dit — « J’ai trop prêté mon con,
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
Absolvez-moi, ô mon Père,
Je me suis trop fait enfiler,
Tinté, tintaine, tinté. »

XIV

« — N’y a pas d’mal à ça, ma chère,
Je veux t’accorder ton pardon,
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
Mais il faut que je te fass’ faire
Un acte de vraie contrition,
Tonton, tontaine, tonton !

XV

« Puisque tu es venue à Rome
T’accuser, sans hésitation,
Tonton, tonton, fontaine, tonton,
D’avoir par trop croqué la pomme,
Prête-moi donc ton joli con,
Tonton, fontaine, tonton !

XVI

Si tu l’as tant prêté, ma chère,
À moi le prêteras-tu donc,
Tonton, tonton, fontaine, tonton,
Te faire baiser par un Père,
Tu verras que ça a du bon,
Tonton, fontaine, tonton !

XVII

Caroline se couch’ par terre
Et fout son cul à l’abandon,
Tonton, tonton, fontaine, tonton,
Et, sans tarder, le « Grand Vicaire »
Se met à lui branler l’bouton,
Tonton, tontaine, tonton !

XVIII

Il lui fit écarter les cuisses
Et lui foutit sa pine au con,
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
Et c’est ainsi qu’il l’encuisse
Et lui en fout six pouc’s de long,
Tonton, tontaine, tonton !

XIX

— « Nom de Dieu », qu’ dit la gonzesse,
« Tu as le vit comme un cochon
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
— « C’est toi, vénérabl’ garce aux belles fesses
Qui as le con trop profond,
Tonton, tontaine, tonton !

XX

« On y foutrait la Madeleine
La Bastille et le Panthéon,
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
Et un régiment — quelle aubaine ! —
La baïonnette au canon,
Tonton, tontaine, tonton !

XXI

« Outr’ ce régiment d’infant’rie
Avec leurs cinq escadrons,
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
Deux régiments de caval’rie
Iraient parfait’ment dans ton con,
Tonton, tontaine, tonton !

XXII

« Et tous les pontaniers de France,
Et leurs équipages de ponts,
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
Se logeraient bien dans ta panse,
Dans quelque repli de ton con,
Tonton, tontaine, tonton !

XXIII

Le caporal ordinaire,
Ses légumes et ses oignons,
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
Y logeraient aussi, ma chère,
Et il resterait des coins fort bons,
Tonton, tontaine, tonton.

XXIV

« Aussi le sergent de semaine,
Ses carnets et ses crayons,
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
Se caseraient bien sans peine,
Dans quelque racoin de ton con,
Tonton, tontaine, tonton.

XXV

« Il y aurait encor d’ la place
Pour y fout’ mes deux roustons,
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
En ajoutant, sacrée pétasse,
Du Rictus, tout’ la rédaction,
Tonton, tontaine, tonton.

XXVI

Caroline ne bronche guère
Pendant cette péroraison,
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
Et pendant tout c’ temps l’ « Grand Vicaire »
A laissé sa pin’ dans son con,
Tonton, tontaine, tonton.

XXVII

Mais à rester entre ses cuisses,
— Longtemps, c’est exagération —
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
Il attrapa la chaude-pisse,
Et un vieux chancre à ses roustons,
Tonton, tontaine, tonton.

XXVIII

Lors, elle plaqua le « Grand Vicaire »
L’ laissant à ses occupations,
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
Il était content, oui, ma chère,
De s’en être tiré sans morpions,
Tonton, tontaine, tonton.

XXIX

Ell’ visita tout’ l’Italie,
Et Venise et ses gondoliers
Tinté, tinté, tintaine, tinté,
Mais de Paris, ville chérie
Le souv’nir n’ la quitta jamais,
Tinté, tintaine, tinté !

XXX

Alors, elle revint en France,
Prise de nostalgie du pays,
Tinti, tinti, tintain, tinti,
Partout passant, la chaude-lance
Et, partout, détraquant les vits,
Tinti, tintaine, tinti !

XXXI

Ayant atteint la quarantaine,
Jugeant avoir assez (bringué),
Tinté, tinté, tintaine, tinté,
Avoir assez fait de fredaines,
Elle songea à se retirer,
Tinté, tintaine, tinté !

XXXII

Elle liquida ses affaires,
Fit ses adieux au grand Paris,
Tinti, tinti, tintain, tinti,
Puis elle se dit : « la chose est claire,
J’ vais m’en aller dans mon pays,
Tinti, tintaine, tinti ! »

XXXIII

Alors elle vécut heureuse,
Sans regret et sans nul souci
Tinti, tinti, tintain, tinti,
Menant toujours un’ vie joyeuse,
Et s’envoyant plus d’un ami,
Tinti, tintaine, tinti !

XXXIV

Et quand la mort vint la surprendre,
Entre les cuiss’s d’un marmiton,
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
Elle mourut la pine au ventre,
Le con fendu jusqu’au menton,
Tonton, tontaine, tonton !

XXXV

Et quand on la mit en bière
On vit pleurer tous ses morpions,
Tonton, tonton, tontaine, tonton,
Et quand on la mit dans la terre,
Ils arrachèr’nt les poils du con,
Tonton, tontaine, tonton !


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LA FEMME À BARBE


Quand le vilain paillasse eut fini sa parade,
J’entrai. Je vis alors debout sur une estrade
Une fille très grande en de pompeux atours
Que des gouttes de suif tachaient comme des larmes.
Roide ainsi qu’un soldat qui présente les armes
Elle avait le nez fort et courbé des vautours.
Elle était pourtant jeune — une barbe imposante
Lui couvrait le menton, noire, épaisse et luisante.
L’étonnement me prit, puis je voulus savoir !
Je l’invitai d’abord à dîner pour le soir.
Elle y vint, elle était habillée en jeune homme !
Un frisson singulier me courut sur la peau ;
La fille était fort laide et cet homme était beau.
Moi je m’assis en face un peu timide et comme
Si j’allais me livrer à quelque accouplement
Monstrueux… Je sentais me venir par moment,
Regardant cette fille aux formes masculines,
Un besoin tout nouveau de choses libertines,
Des curiosités de plaisirs que l’on tait,
Et des frissons de femme à l’approche du mâle.
J’avais la gorge aride et mon cœur palpitait ;
Je me vis dans la glace et me trouvai très pâle ;
Ces malsaines ardeurs me troublaient malgré moi.
Elle but comme un homme et se grisa de même ;
Et puis jetant ses bras à mon cou ! — Viens je t’aime
Mon gros chéri, dit-elle, allons-nous-en chez toi.

À peine fûmes-nous arrivés dans ma chambre,
Elle ouvrit ma culotte et caressa mon membre,
Puis se déshabilla très vite. Deux boutons
D’une chair noire et sèche indiquaient ses tétons.
Elle était jaune, maigre, efflanquée et très haute.
Sa carcasse montrait les creux de chaque côte.
Pas de seins, pas de ventre — un homme — avec un trou.
Quand j’aperçus cela, je me dressai debout ;
Mais elle m’étreignit sur sa poitrine nue,
Elle me terrassa d’une force inconnue,
Me jeta sur le dos d’un mouvement brutal,
M’enfourcha tout à coup comme on fait un cheval,
Et dans son vagin sec elle enserra ma pine.
Sa grande barbe noire ombrageait sa poitrine ;
Son masque grimaçait d’une étrange façon ;
Et je crus que j’étais baisé par un garçon !…
Rapide, l’œil brillant, acharnée et féroce
Elle allait, elle allait, me secouant très fort.
Elle m’inocula sa jouissance atroce
Qui me crispa les os comme un spasme de mort ;
Et puis tordue, avec des bonds d’épileptique,
Sur ma bouche colla sa gueule de sapeur
D’où je sentis venir une chaude vapeur
De genièvre, mêlée au parfum d’une chique.
Pâmée, elle frottait sa barbe sur mon cou.
Puis soudain redressant sa grande échine maigre,
Elle se releva — disant d’une voix aigre —
— « Nom de Dieu que je viens de tirer un bon coup. »


Guy de Maupassant.

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LE BON ROI DAGOBERT

Musique par B. Devaux.

Le bon roi Dagobert (bis)
Pinait sa femme à l’envers (bis)
Le grand Saint Éloi
Lui dit : — « Ô mon roi
« Votre Majesté,
« Se tromp’ de côté. »
— C’est vrai lui dit le roi,
Je vais r’mettr’ ma pine à l’endroit

I bis (II en réalité)

Madame Dagobert
Avait l’ con larg’ comm’ un’ ornière.
Le grand Saint Éloi
Dit alors au roi
« Votre Majesté
Pourra s’y noyer. »
— Eh bien, lui dit le roi,
Je l’encul’rai comme autrefois. »

II

Comm’ il la retirait, (bis)
Son ventr’ un peu se découvrait (bis)
Le grand Saint Éloi
Lui dit : — « Ô mon roi
« Je vois vos rouleaux
« Noirs comme un corbeau ! »
— C’est vrai ! lui dit le roi,
« Es-tu donc plus blanc que moi ? »

III

Le bon roi Dagobert
Avait un bock tout percé.
Le grand Saint Éloi
Lui dit : — « Ô mon roi
« Votre Majesté
« Pourrait se mouiller ! »
— « C’est vrai, lui dit le roi,
« Le tien est bon, prête-le-moi ! »

IV

Le bon roi Dagobert
Bandait mou quand venait l’hiver.
Le grand Saint Éloi
Lui dit : — « Ô mon roi
« Il faut du savon
« En cette saison ! »
— « C’est vrai, lui dit le roi,
« As-tu deux sous ? prête-les-moi ! »

V

Le roi faisait des vers
En rimant, à tort, de travers,
Le grand Saint Éloi
Lui dit : — « Ô mon roi
« On laisse aux oisons
« Chanter les morpions. »
— « C’est vrai, lui dit le roi,
« C’est toi qui les chant’ra pour moi ! »

VI

Le bon roi Dagobert
Avait une pine de fer.
Le grand Saint Éloi
Lui dit : — « Ô mon roi
« Si vous m’enculez,
« Vous m’écorcherez ! »
— « C’est vrai, lui dit le roi,
« J’en ferai faire une de bois ! »

VII

Le bon roi Dagobert
Rev’nait de la place d’Anvers.
Le grand Saint Éloi
Lui dit : — « Ô mon roi
« Votre Majesté
« Est bien essouflée ! »
— « C’est vrai, lui dit le roi,
« Une garce courait après moi ! »

VIII

Le bon roi Dagobert
Étant ivre, baisait de travers.
Le grand Saint Éloi
Lui dit : — « Ô mon roi
« Votre Majesté
« Tir’ son coup d’ côté. »
— « Eh bien ! lui dit le roi,
« Quand t’es gris, tires-tu plus droit ? »

IX

Quand Dagobert mourut
Sa pine ne tenait presque plus.
Le grand Saint Éloi
Lui dit : — « Ô mon roi
« Satan va passer
« Pour vous l’arracher. »
— « Ma foi ! lui dit le roi,
« C’est qu’il est amoureux de moi ! »


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

COMPENDIUM ÉROTIQUE


Jouir, faire jouir, lecteurs, est un grand art ;
Plus d’un s’y croit savant, qui n’est qu’un sot paillard.
On peut foutre, il est vrai, sans grandes aptitudes ;
Pour devenir cochon, il vous faut des études.
Les branches de cet art sont des mondes distincts
Qui ne sont révélés qu’à de certains instincts ;
Le vulgaire fouteur ne les saurait connaître,
L’artiste en jouissance, avant de passer maître,
Doit savoir finement, par principes, branler,
Peloter, caresser, sucer, foutre, enculer.
— « Mais, nous savons cela, pour sûr », allez-vous dire,
Hélas ! vous le croyez, et c’est bien là le pire.
Avant que d’être experts en notre académie,
De la pine et du con, sachez l’anatomie ;
Étudiez à fond les organes divers
De ces puissants engins, pères de l’Univers,
De ces beaux instruments, aux touches merveilleuses,
Que le plaisir parcourt en gammes amoureuses.

Ô naïves beautés ! avez-vous conscience
De l’art de bien branler ? — C’est toute une science,
Et que vous ignorez. Que vos doigts polissons
Bien attentivement répètent ces leçons ;
Votre main, inhabile à caresser la pine,
Sous peu la maniera d’une façon divine ;
À la base du gland est une cavité ;
Chez l’homme siège de la sensibilité,
De votre dextre main, d’effluves imprégnée,
Passez à cet endroit, en pattes d’araignée
Le rose bout des doigts. D’abord de haut en bas,
Puis circulairement. C’est là le premier pas.
Parfois, aussi, prenant à pleine main la pine,
Descendez, remontez, de façon patemine.

De la gauche, pressant les couilles assez fort,
Frôlez les poils du cul — l’omettre est un grand tort.
Pratiquez lentement les passes que j’indique :
Le toucher léger rend le bander énergique,
Facilite beaucoup l’éjaculation.
À ce moment, surtout, prêtez attention :
Ne faites qu’effleurer, sans jamais passer outre,
Pour ne pas empêcher de s’élancer le foutre.
Le branlage attaquant le système nerveux,
En serrant, vous rendriez le plaisir douloureux.
Une bonne branleuse est un être fort rare,
Une artiste de prix, de son talent avare !
Pendant que, sottement, la vulgaire putain
Vous éreinte le nœud en agitant la main,
Comme on voit secouer un vase que l’on rince,
L’autre fait éprouver plaisir digne d’un prince.

Peu d’hommes sont assez experts en la matière
Pour bien branler un con : c’est une erreur grossière,
De chagriner en vain, au-dessous du pubis,
Ce bouton délicat qu’on nomme clitoris.
Il est autre façon, permettant de mieux faire ;
Je me croirais ici coupable de la taire ;
Les lèvres s’écartant, introduisez un peu
Dans le vagin, en haut, votre doigt du milieu.
Le con ainsi saisi, que vos doigts, les quatre autres.
Aillent sournoisement, comme de bons apôtres,
Fourrager dans les coins. Remuez en verceau :
Opérer autrement est le fait d’un puceau.
Avant de commencer un chapitre plus grave,
Je réfléchis. Lecteur, sais-tu faire l’octave ?
Chacun sait que les doigts d’un joueur de piano,
Pour doubler une basse — par exemple le do —
S’écartent, pour frapper les deux notes extrêmes.
Pour doubler le plaisir, les procédés sont mêmes ;
Faites l’octave au cul quand vous branlez le con,
Ne l’oubliez jamais, chatouillant un téton.

Je parlerai fort peu des manières de foutre ;
C’est l’enfance de l’art et c’est vulgaire, en outre.
Donc deux mots seulement, quelques sages conseils,
Pour vous guider dans l’art de faire vos pareils.
Laissez aux jeunes gens les poses fatiguantes,
Qui, pour l’expert fouteur, sont plus qu’extravagantes.
L’amateur sensuel, qui goûte le plaisir, —
Baise à la paresseuse. Encore, il faut choisir,
Car la pose se fait de plus d’une manière.
Je préfère beaucoup le faire par derrière ;

J’ai pour ce, croyez-moi, de fort bonnes raisons :
C’est la pose propice aux grandes pâmoisons.
Vu de dos, d’un beau corps la ligne gracieuse,
Bien plus que par devant, est chose précieuse ;
De plus, ainsi placé, vous pouvez tout saisir ;
Voir deux fesses se tordre excite le désir.
Tant que dure le coup — faites cela chatouille —
L’octave au cul, au con. Femmes, pressez la couille.

Branler, une science ; et sucer, un grand art
Que Saturne inventa pour croquer son moutard.
Sur tous les jeux d’amour le suçage l’emporte.
Je dois vous dire ici comment l’on s’y comporte :
Un jeune amant, épris du corps de sa maîtresse,
Lui fait, avant baiser, minette avec ivresse.
Puis, tous deux s’oubliant, ceci n’est pas très neuf,
Sans mesure et sans art, ils font soixante-neuf.
Cela ne manque pas, au fond, de poésie.
Mais au fond, ce n’est rien que pure frénésie,
Et, bien que quelquefois on puisse en faire cas,
Croyez que la méthode à l’acte ne nuit pas.
Au lit, nu, sur le dos, les jambes écartées,
Le vrai gourmet attend, les pièces apprêtées.
Lors, femme, écoutez quel est votre devoir !
Las ! combien d’entre vous manquent de le savoir !
Au préalable, il faut, de l’homme être à droite :
La chose ne doit pas s’attaquer carrément.
Araignez, pelotez, pendant un long moment,
Du pouce de la gauche entourant bien la pine,
Par instant, froissez-en en jouant, la racine ;
Du reste de la main, pressez les couilles fort ;
Cela vous jette un homme en le plus doux transport.

Que la droite, moelleuse et doucement traînée,
Du genou remontant jusqu’au périnée,
Sur la cuisse, en dedans, se promène avec art ;
Ce sont passes qu’adore un fieffé paillard,
Tout ceci fait, mettez la queue en votre bouche ;
Prenez garde, surtout, qu’aucune dent la touche ;
Sucez de haut en bas cinq ou six fois le gland,
Avec sage lenteur, comme goûte un gourmand,
Laissez-le, lutinez, recommencez encore ;
Cette fois, attrapez, comme lorsque l’on dévore ;
De la langue effleurez, pour changer, les contours,
En ayant soin, parfois, de tourner au rebours.
Mais le vit, tout gonflé, par petits bonds s’élance :
À cet instant suprême où vient la jouissance,
Des lèvres relâchez un peu la pression.
Pour le foutre, n’ayez pas de répulsion ;
Avalez-le toujours. Femme qui se retire
Et puis vous laisse en plan. Oh ! l’on devrait l’occire !
Pour vous faire minette, il est des amateurs,
Mesdames, je le sais, soyez leurs instructeurs :
Pour se faire arranger chaque femme a sa mode,
Je crois donc superflu d’exposer ma méthode.

Plus d’un esprit, mal fait, et qui s’est cru fort sage,
De crime d’hérésie a traité l’enculage,
Est-ce dire pour cela qu’il faille y renoncer ?
Essayez, comparez, avant de prononcer.
Quant à moi, je vous dis :            Enculer ses maîtresses,
C’est leur montrer le cas qu’on fait de leurs deux fesses.
Les femmes aiment ça, sans l’avouer pourtant ;
Si d’elles on l’obtient, ce n’est qu’en insistant ;

Elles veulent bien laisser croire qu’elles dorment,
Mais se le faire faire est projet qu’elles forment,
Essayez-le, surtout le matin, au réveil :
Alors que votre amante, encore en son sommeil,
Vous a le dos tourné. Soulevez sa chemise ;
Caressez doucement, et comme par méprise,
Son cul tout chaud encore des ardeurs de la nuit,
À ce contact si doux le bander se produit.
Promenez en pinceau le bout de votre pine,
Du con jusqu’au dos ; cette mode est divine.
Parfois arrêtez-le dessus le trou du cul ;
Cela prépare bien, soyez-en convaincu.
Branlez toujours le con pendant cet exercice ;
Vous en retirerez un très grand bénéfice.
Pour lors, vous n’avez plus qu’à pousser en douceur ;
Vous entrez sans avoir causé nulle douleur.
Croyez-vous qu’Eve seule ait avalé la pomme ?
Vous souriez, je vois et vous dites : « Et l’homme ? »
Un avis, là-dessus, n’est pas simple à donner.
Pourquoi, si cela plaît, ne pas s’y adonner ?

Pourquoi n’admirer, et cela fort vous vexe,
Que les beautés dont Dieu gratifie le sexe ?
Par sottise, pourquoi traiter d’iniquité
Ce que, par hygiène, aimait l’antiquité ?
On prétend qu’au Couvent, jadis, au Moyen Age,
Les moines pratiquaient fortement l’enculage.
Les femmes n’étaient pas admises au dortoir,
C’était entre eux, dit-on, qu’ils jetaient le mouchoir
Tous se déshabillaient par besoin de prière ;
Disposés en un rond, se prenaient le derrière ;

Les frères enculés, enculeurs à la fois,
Formaient une couronne à faire envie aux rois.
Le prieur, bénissant et se branlant en outre,
Se tenait au milieu, les aspergeant de foutre.

Je vous ai dit comment l’on baise, l’on encule.
Avant de terminer ce petit opuscule,
Dans l’intérêt de tous, et surtout des puceaux,
Je voudrais vous donner des conseils généraux :
Car l’amour ne vit rien que de poésie,
Ne pas se parfumer est presque une hérésie ;
Que jamais votre amante, en se couchant le soir,
N’aperçoit sur vous un sale suspensoir ;
Si vous voulez baiser et jouir à votre aise,
Ne vous servez jamais de la capote anglaise.
Outre que ce boyau ne préserve de rien,
Il est d’un goût douteux. Pour moi, sachez-le bien,
J’aimerais mieux risquer chancre, poulain, fistule,
Qu’user de cet engin stupide et ridicule,
Si vous avez gardé grande dévotion
Pour les choses du cul, cherchez l’occasion

De vous coucher à trois. — « Trois ? très bien ! Dites comme ?

« Deux hommes, une femme ? ou deux femmes, un homme ? »

De ces combinaisons, la première je crois
Vous permet de goûter deux plaisirs à la fois.
La première surtout ne manque pas de charmes,
Mais las ! plus d’un chasseur déposerait son arme,
S’il lui fallait tirer pendant toute une nuit,
Sur deux cons affolés que le bander poursuit.

Si de ce grand travail vous vous sentez la force,
En ce cas, de vous guider, il faut que je m’efforce :

Une brune, une blonde — il faut les deux couleurs —
Sont les sujets voulus pour calmer vos ardeurs ;
Côte à côte placez les femmes sur la couche ;
Contemplez un instant. Que ce spectacle touche !
Caressez leur con, les cuisses et les seins.
Comparez leurs appas, si doux à vos desseins.
Ceci fait, entrez bien dans le chat d’une d’elles ;
Sortez, rentrez, dix fois… vif comme l’hirondelle.
Changez-moi de vagin. Pendant que vous foutez,
L’une des femmes doit, celle que vous quittez —
Vous chatouiller la couille et la pine et les fesses ;
Cela vous plongera dans de douces ivresses.
Le coup fini dans l’une, en se faisant sucer,
Pour bien contenter l’autre, on peut recommencer.
Reposez-vous un peu. Bientôt le pelotage
De la bouche et des doigts vous rendra le courage.
Du premier des deux cas, je n’en parlerai pas,
Lecteur, je le devine, on n’en fait nul cas.
N’écoutez pas les gens qui s’en viendront vous dire
Ce sont fouteurs naïfs, des cochons la gent pire,
Qu’ils ne sont bien, vraiment, et sur tous points heureux,
Qu’en baisant femme chaude et qui jouit plus qu’eux.
Pour moi, la femme froide est, c’est incontestable,
La plus propre à l’amour et la plus désirable.
L’homme seul fut créé pour le rôle agressif ;
Donc celui de la femme est tout à fait passif,
À moins qu’à vous sucer, branler, elle travaille,
Tous ses déhanchements ne donnent rien qui vaille,

Et l’on a vu souvent des coups de cul fâcheux,
Faire sortir la pine au moment d’être heureux
Lectrices et lecteurs, un mot philosophique,
Pour clore ce petit entretien poétique,
S’il en est parmi vous qui soient d’un autre avis,
Tant pis, car ils n’iront jamais en Paradis :
— « En ce monde, prisez la jouissance seule,
« Il n’est de vrai, de bon, que le cul et la gueule ! »


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

MA SOURCE


Je n’ai point assez du baiser
Dont se contente tout le monde.
Et la source où je veux puiser
Est plus cachée et plus profonde !

De votre bouche elle est la sœur !
Au pied d’une blanche colline
J’y parviendrai, dans l’épaisseur
D’un buisson frisé qui s’incline.


Elle est fermée et l’on y boit
En écartant un peu la mousse
Avec la lèvre, avec le doigt.
Nulle soif ne semble plus douce.

Près de l’entrée on trouvera
Ce rocher que frappait Moïse.
Et je veux que ma bouche épuise
Le flot d’amour qui jaillira !

Car ma caresse ardente et forte
Fera monter l’onde à ses bords !
Je suis à genoux ; c’est la porte
Du sanctuaire de ton corps.

Tu palpites : je t’y sens vivre ;
Et je sens grandir, qui m’enivre,
L’arôme secret de tes flancs !
Car j’aime tes parfums troublants.

Plus que l’odeur des forêts vertes,
Plus que la rose et le jasmin,
Source vive, aux lèvres ouvertes !
Et je t’emporte dans ma main

Senteur divine ! Et ma moustache,
Ainsi qu’un souffle d’encensoir,
Jette à mon cerveau jusqu’au soir
Ce fumet où mon cœur s’attache !

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LE CLAIRON


1re Strophe

Il fait nuit, le lit est large,
En songeant à la décharge,
On se réveille en bandant.
Et c’est alors que Rosine
Doucement vous prend la pine ;
Ça fait du bien sur le moment.

2e Estrophe

Le bandeur est un vieux brave
S’il se présente un coup grave
C’est un rude compagnon.
Il a fait maintes ripailles,
Et porte plus d’une entaille
De la quéquette au croupion.

3e Apostrophe

On branle, on coule, on active
La décharge devient vive
Et tous les deux sont adroits.
Rosine, étant très coquette,
Veut lui branler la quéquette,
Il décharge dans ses doigts.

4e Astrophe

Il est là, couché, superbe,
Bandant toujours comme un Serbe
Et dédaignant tout secours.
Sa bite est toute gluante
Mais dans sa fureur ardente
Il bande, il bande toujours.

5e Manchistrophe

Mais la moniche éreintée
De foutre est toute engluée,
Elle ne peut plus jouir.
Le bandeur avec adresse,
Lui saisissant les deux fesses,
Il l’encule pour finir.

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LA PARANYMPHE DES MOTS
DITS ORDURIERS


Vous les appelez des ordures
Tous ces mots qui, ruisseaux de miel,
Coulent avec de doux murmures
Des lèvres en quête du ciel !

Vous vous signez lorsqu’on raconte
Ce que signifie Être heureux !
Vous vous cachez le front de honte
D’avoir joui comme des dieux !


Vous rougissez de vos ivresses
Lorsque vous êtes dégrisés.
Et vous reniez vos maîtresses
Lorsque repus de leurs baisers !

Quel mal trouvez-vous donc à dire
Ce qu’à faire vous trouvez bon ?
Pourquoi crime un charmant délire ?
Comment caca votre bonbon ?

Ah ! libertins de sacristie
Dont le cœur à la bouche ment,
Pourquoi recrachez-vous l’hostie
Gobée à deux si goulûment ?


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

L’AMOUR


De son vit couturé de chancreuses ornières,
Pénétrer, chancelant, au fond d’un con baveux,
Mettre en contact puant les canaux urinaires
De scrofules pourris, nous créer des neveux,
De spermes combinés faire un hideux fromage ;
Au fond de la cuvette, humide carrefour,
En atomes gluants voir le foutre qui nage…
Voilà l’amour !


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LES DEUX TROUS


Le trou du cul, le trou du con,
Sont deux trous qui me semblent farces :
Par l’un, on jouit d’un garçon
Et par l’autre on jouit des garces.
Tous les deux me sont défendus :
Mais puisqu’il faut que je me perde…
Je préfère le trou du cul
Malgré mon dégoût pour la merde.


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

DOUCE AFFAIRE


Le portrait ravissant, l’image enchanteresse
Qu’en tout temps je me fais de ton con, de ta fesse,
De ta motte, des poils, blonds ou noirs, mais soyeux,
Qui viennent mollement frisotter autour d’eux,
À mon organe cause une telle secousse
Que j’ai beau tous les jours me coller une douce,
Dans mes rêves ton con m’agace et me poursuit,
Et me fait dans mes draps décharger chaque nuit…
Cette agitation me fatigue et me pèse ;
Aussi, sans plus tarder, faut-il que je te baise.


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

NOVATEURS DES PLAISIRS


Ah ! qu’ils faisaient l’amour platement autrefois,
Ces chevaliers errants, ces paladins courtois !
Filant à leurs beautés une tendresse pure,
Ils pensaient que le foutre était leur faire injure,
Pinus sut le premier, dans ces siècles grossiers,
Cocufier plusieurs de ces preux chevaliers.
Tribadinus après fit fleurir l’encuissade ;
Loyola fut, dit-on, père de l’enculade ;
Vaginus renchérit, par-dessus ces ribauds,
Et créa pour jouir des moyens tout nouveaux ;
Gamahu, qui suivit, eut une autre méthode :
Il devint, par sa langue, un ribaud à la mode
Et longtemps, près du sexe, eut un heureux destin,
Mais les imitateurs de ce sale mâtin.
Accablés de mépris pour un goût si grotesque,
Abjurèrent bientôt leur méthode tudesque.
Ce paillard ordurier, trébuché de si haut,
Rendit plus retenus Chancrin et Poulinot.
Enfin Priapus vint et, le premier en France,
Corrigeant l’art de foutre, en bannit la licence ;
D’un vit mis en sa place enseigna le pouvoir,
Et réduisit la couille aux règles du devoir.

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LE CHAPITRE DES CORDELIERS


Déjà la renommée avait passé les mers
Pour aller annoncer à cent peuples divers,
Que l’invincible chef de la gent cordelière
Venait de terminer son illustre carrière.
Déjà, pour faire choix d’un digne successeur,
De chaque monastère on assemble la fleur,
Et Tolède est choisi pour tenir l’assemblée
Où doit se réunir l’élite députée.
Le Chapitre commence ; il se tient à huis clos ;
Un moine, beau parleur, l’ouvre par ce propos ;

« Oh ! vous, dignes soutiens de toute gueuse,
« Vous qui n’avez pour tout bien et tout revenu
« Que le droit casuel et du con et du cul,
« Vous qui, de toute part, venez ici vous rendre
« Au Saint Généralat, vous qui voulez prétendre,
« Vous vous flattez en vain que la brique en ces lieux
« Favorise jamais des vœux ambitieux
« Quiconque ose aspirer à cette illustre place
« Ne doit attendre sur ses talents aucune grâce.
« Plus humble, plus savant, fussiez-vous mille fois,
« Plus ardent à gueuser que le grand Saint-François,
« Si vous n’avez de vits d’une énorme mesure,
« Vous devez de ce rang vous-même vous exclure.
« Le mieux muni de vous doit être général,
« C’est là notre choix, le point fondamental.
« Choisissons parmi nous le vit le plus illustre ;
« Frères ! préparez-vous, voici l’instant fatal
« Que nous donne au grand jour le spectre monacal ;
« De votre raide engin, montrez la préférence !
Alors montrant le sien… « Voilà », dit-il, « mes droits !
« Et le signe assuré des meilleurs exploits.
« Quoiqu’on en ait tranché, par un malheur funeste,
« Pour être général, voilà ce qu’il me reste. »
— « Révérend ! c’est, je crois, un assez bel hochet
« À son aspect on croit voir un vit de mulet. »
...............
Saisi d’un saint transport, un vieillard à lunettes
S’approche, et, pour voir, fait une humble courbette
De près l’examine et dit ; « Par Saint-François
« Voilà bien de notre ordre un des plus bel anchoix !
Mais, d’un air dédaigneux, saisissant la parole
Père Tapeur soutient que c’est une hyperbole,

Prétend qu’il n’a pas suffisante grosseur
Défié, à son égard, le plus rude censeur.
Et, relevant d’une main sa grande robe brune
De l’autre, il sort un vit propre à faire fortune ;
À peine le peut-on empoigner d’une seule main,
Long à proportion, carré, sec et mutin.
« Voilà », dit-il, un vit rugissant de colère
« Et non pas ce que vient de nous montrer le Père.
« Avec cet outil, je peux, sans me gêner,
« Fourbir mes douze coups, dont six sans déconner. »
Le Chapître sourit et prend cette bravade
Pour un discours en l’air, une gasconnade.
Mais le moine piqué à cet affront nouveau
Frappe de son outil vingt fois sur le bureau.
Cet effort vigoureux fait trembler le Chapître
— « L’on admire et l’on rend justice à votre titre ;
« Vous méritez beaucoup », lui dit le président.
« Père Tapeur, calmez cet emportement ;
« C’est assez, Révérend, calmez ce tonnerre,
« Vous effrayez tout notre monastère
« Votre engin, à son tour, doit être mesuré,
« Et, s’il est le plus long, il sera préféré.
« Père examinateur, commencez votre ronde
« Que chacun vous fasse voir sur quel titre il se fonde,
« Qu’on fasse mention exacte de la longueur
« Et du tour du bretteur, qu’à tous on examine
« Les couilles, et les vits jusqu’à la racine.
« Enfin, ce que chacun montrera de vigueur
« Soit en votre examen produit en sa faveur
« À vos vits raccourcis, donnez la vraie mesure ;
« Je vous en prie, mes frères, faites-le d’une main sûre. »

Le président à peine a fini son discours
Qu’on vit tous nos paillards mettre leur vit au jour
Et se retroussant jusqu’au-dessus du ventre,
Se patinent le vit pour le faire bien étendre.
Et si, de temps en temps, il venait à baisser,
Un bon tour de poignet le faisait redresser.
Notre examinateur, voyant sa troupe prête
Accommode à son nez une antique lunette
Et, devant chacun d’eux fléchissant le genou
Examine poils, vit, cul, couilles, enfin tout.
Ce bon père n’étant pas pourvu de mémoire
Un autre le suivait portant plume, écritoire.
On mettait en écrit et longueur et grosseur
Des couilles et des poils, et surtout du bretteur.
L’examen achevé, on lit puis on opère
Mais, pour l’élection nul ne se détermine
Le père Brisemothe et le père Lenfourneur
Ont leurs engins égaux, et longueur et grosseur.
Également bandants ; ils ont des reins du diable
Les couilles sont égales, enfin, tout est semblable.
Mais comment faire un choix ; tout pareil, égal
« Pour nous tirer — dit-on » de cette incertitude,
« Mettons-les tous les deux à quelque épreuve rude
« Pour choisir, sans scrupule et sans prévention
« Faisons venir et fille et garçon.
« Sur l’un et l’autre sexe, exerçons leur courage
« Nous verrons qui des deux prend mieux un pucelage
« Lequel, en fouterie, est le meilleur ouvrier,
« En un mot, qui des deux est meilleur Cordelier. »
Bientôt après ces mots, on présente à la salle
Un jeune Ganymède, une jeune vestale.

Environ de quinze ans, plus belle que le jour
Teintée de lys et de rose, ouvrage de l’amour.
Chaque père, voyant cette poulette
Sent son vit tout près de rompre sa gourmette
Le président fait signe au père Lenfourneur
De commencer l’épreuve, de grimper sur la sœur.
Sitôt dit, sitôt fait, dessus une couchette
Mise en ces lieux exprès, mon frocard vous la jette.
Il se trousse et se met en devoir d’obtenir
Des plaisirs que l’amour ne saurait définir.
Le père triomphait, achevait sa victoire
Et retirait du con son vit couvert de gloire.
Sitôt il le renfonce, et pour braver cet exploit
De l’aveu du tendron, il décharge six fois !
Six fois, sans déconner ! ! Et puis, levant sa cotte
Il fait voir au grand jour la plus brillante mothe,
La cuisse la plus blanche et le plus beau connain
Qui se trouvât jamais sous jupe de nonnain
Le vit du moine, alors montrant sa rouge tête
S’échappe furieux de sa sainte braguette ;
Écumant de luxure, il remonte à l’instant.
Jean-Foutant, cette fois, entre plus aisément.
Ce petit con, quoique con d’une poupée
Au moine vigoureux laisse une libre entrée.
Dans ce fécond passant sans plainte et sans douleur
Cet efroqué Jean-Foutre a redoublé d’ardeur.
Tout est si bien qu’enfin ne pouvant passer outre
Il lui laisse le con tout barbouillé de foutre.
Le Père Lenfourneur, illustre candidat
Ainsi fut approuvé par le Généralat.
Le Père Brisemothe, à son tour sur la scène
Entre et dit qu’il foutra dix coups d’une haleine

Il essuie le con de cette jeune sœur
Et, dans trois coups de cul, lui cause une douleur
Qui fait jeter des pleurs à la pauvre innocente.
Le moine, sans pitié dans son ardeur brûlante
La serre dans ses bras, saisi d’un saint transport,
Sentant son vit serré comme dans un ressort
Change en tendres soupirs les pleurs de sa conquête
Et régale le con d’une si belle fête
Que le cul de la nonne enfanta de fureur.
Le paillard lance au fond sa bénigne liqueur
Et suivant sans repos l’amoureux exercice
Douze coups tous portants, son vit lui fut propice.
Le douzième fini, on crut que cette fois
Le moine arrêterait là le cours de ses exploits.
On allait opiner quand ce nouvel hercule
S’adonise deux fois, et deux fois déchargeant
Il retire deux fois du cul son vit bandant.
Jusque-là Brisemothe avait eu l’avantage
Et le Chapître allait lui donner son suffrage.
— « Le mien n’est pas pour lui, répond Père Frappard
Qui sur lui remporta une pleine victoire.
« — Mais pour foutre je veux bien lui donner la poire
« Et vais vous le montrer sur ce jeune garçon. »
Il dit et sur-le-champ le déculottant, le Père
Aux yeux de ces paillards présente un beau derrière
Il pousse vivement son vit sans le mouiller
Sans effort, sans peine encule l’écolier
Chacun frappe des mains à un si beau spectacle
Et l’on tient que le coup approche du miracle
Quand ce borgne, charmé de l’applaudissement
Leur dit : « Sans déculer, je fouterai tout en main. »

Le saint homme, en effet, de toute la journée
Ne cessa de tenir sa mazette enculée.
Le président se lève et recueille la voix
Quand un témoin étourdi se saisit de la porte
Et dit qu’il ne voudra qu’aucun Cordelier sorte
Sans foutre quarante coups dans chaque cul.
Sans avoir déclaré qu’il le faut pour être élu ;
Appelant de leur choix au plus prochain Concile
Prétend bien montrer qu’il n’est pas moins habile
Offre de leur montrer sa proposition
Mise dans un moment à exécution.
Il sort en murmurant, enfermant le Chapitre.
« Je vous foutrai », dit-il « ou je suis un bélître. »
Pied ferme et vit en main, il les prend au guichet
Les moines se voyant bien pris au trébuchet
Délibèrent enfin, et la sainte assemblée
Qui se voit au passage à coup sûr enfilée
Veut bien qu’à ce mâtin on présente le cul
Tout autant qu’il en est, tout autant sont foutus
Pas un moine n’est exempt, pas même la vieillesse,
Le borgne encule tout, d’une même vitesse.
...............
Chaque moine convint qu’il n’a pas son égal
Et qu’on ne peut choisir un plus grand Général.


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

ENTRE DEUX BEAUX NICHONS

Air : Sur le Pont d’Avignon.

I

Dans les culs, dans les cons,
On décharge, on décharge,
Dans les culs, dans les cons,
On décharge, ah ! que c’est bon !
Les bell’s madam’s s’prêt’nt à ça !
Et puis ell’s aiment ça !
Dans les culs, dans les cons,
On décharge, on décharge,
Dans les culs, dans les cons,
On décharge, ah ! que c’est bon !

II

Entre deux beaux nichons,
On décharge, on décharge,
Entre deux beaux nichons,
On décharge ! Ah ! que c’est bon !
Les bell’s madam’s s’prêt’nt à ça !
Et puis ell’s aiment ça !
Entre deux beaux nichons,
On décharge, oui, on décharge,
Entre deux beaux nichons,
On décharge, ah ! c’que c’est bon !

III

Dans les doigts, mis en rond,
On décharge, on décharge,
Dans les doigts, mis en rond,
On décharge. Ah ! que c’est bon !
Tout’s les tapett’s aim’nt ça,
Et préfèr’nt ça au con !
Dans les doigts, mis en rond,
On décharge, on décharge,
Dans les doigts, mis en rond,
On décharge. Ah ! que c’est bon !


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre
Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

PETITS CHAGRINS

Musique de Paul Delmet.  Air : Petit chagrin.


I

Les mots les plus cochons jamais
Ne diront combien je t’aimais
Oh ! ma maîtresse,
Combien j’ai bandé pour pouvoir
Entrer dans ton chat et avoir
La douce ivresse.

II

Ça nous fit bien du mal un brin
Surtout qu’alors nous n’avions point
De vaseline :
Mais en poussant fort, tout céda,
Oui, poussant fort, j’entrais dans la
Voie utérine.

III

Tu m’as dit que j’avais été
D’une grande sobriété ;
C’était ton rôle.
Mais sais-tu qu’à beaucoup baiser
L’homme finit par s’éreinter
Et c’est pas drôle.

IV

Encore un coup dis, veux-tu bien,
Oh ! dis, un petit coup de rien,
Sois pas farouche ;
Je te baiserai par devant,
Par derrière, sur le flanc,
Ou dans la bouche !


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LA GRISETTE ET L’ÉTUDIANT

Pièce en un acte de Henry Monnier

PERSONNAGES


L’ÉTUDIANT.
LA GRISETTE.
LA VOIX DE M. PRUDHOMME.


(À Paris, dans une chambre meublée, rue de la Harpe,
entre 1830 et 1840.)

L’ÉTUDIANT
(lisant une lettre)

« …Mardi, à midi, je serai chez toi, plutôt avant qu’après. Aime-moi toujours comme je t’aime. Sois bien sage et bien raisonnable, mais pas trop cochon. Si nous voulons, nous ferons des bêtises. » (Parlé.) Onze heures dix… Elle ne viendra pas. (Relisant.) « …Mardi, à midi… » (Parlé.) Elle n’est pas en retard… Mettons sa chaise… Onze heures et demie ! (Relisant.) « …Je serai chez toi plutôt avant qu’après… » (Parlé.) Onze heures trois quarts !… (On entend toc, toc, à la porte.) Qui est là ?…


UNE VOIX FLUTÉE

Moi !


L’ÉTUDIANT
(Faisant semblant de ne pas la reconnaître.)

Qui çà, vous ?


LA MÊME VOIX FLUTÉE

Moi ! !…

(Il ouvre. Entre la grisette, rouge comme une pivoine qui aurait monté six étages.)

LA GRISETTE

Bonjour, mon chien. Comment ça va ?… Dieu, que c’est haut ! Je suis essoufflée… Et ta portière qui me demande toujours où je vais, comprends-tu ça ?… Elle me fait répéter pour me faire endêver… aussi, je l’abomine, cette vieille bosco-là ! M’embrasses-tu ?… Laisse-moi ôter mon chapeau.


L’ÉTUDIANT
(Avec l’empressement de l’homme qui bande.)

Donne-le-moi, mon ange.


LA GRISETTE
(Se débarrassant de son chapeau.)

Tiens… M’aimes-tu, tit chat ?… Viens m’embrasser.


L’ÉTUDIANT
(Qui la tient dans ses bras.)

Oui…


LA GRISETTE
(Avançant son petit museau contre les lèvres de son amant.)

Nous serons bien sages, par exemple !


L’ÉTUDIANT
(Qui bande plus que jamais, lui faisant une langue.)

Oui…


LA GRISETTE

Ah ! pas comme ça, tit chat, pas comme ça… Ah ! t’es cochon !… Pas la langue, non, t’en prie, pas la langue… Devine ce que j’ai sous mon châle ?


L’ÉTUDIANT
(Qui bande trop pour deviner quoi que ce soit.)

Des bretelles brodées par toi !…


LA GRISETTE
(Qui s’est soustraite pour un instant aux langues de son amant, et qui sautille dans la chambre comme une bergeronnette.)

Non… Dans un pot ?…


L’ÉTUDIANT

Des bretelles… dans un pot ! ! !…


LA GRISETTE
(Riant aux éclats.)

T’es bête ! Dans un pot… c’est du raisiné que maman m’a envoyé, pour mon hiver… Tu l’aimes, le raisiné, n’est-ce pas, gros minet ? Nous le mangerons.


L’ÉTUDIANT
(Qui n’a d’autre préoccupation que de baiser la grisette.)

Oui…


LA GRISETTE
(S’arrêtant devant la cheminée.)

Tiens ! où est donc la pendule ?…


L’ÉTUDIANT

Chez l’horloger.


LA GRISETTE

Et le verre aussi, n’est-ce pas ? Elle est chez ma tante !


L’ÉTUDIANT

J’en ai peur…


LA GRISETTE
(Boudeuse.)

Ah ! oui, je sais… C’est pour l’autre jour, avec ta Mme Machin, que vous avez été à Meudon, me faire des queues… (Avec élan.) J’avais justement de l’argent, vingt-cinq francs !… Je te les aurais prêtés !…


L’ÉTUDIANT
(Qui est parvenu à l’attirer sur une chaise.)

T’es bête, va !…


LA GRISETTE

Baisez-moi vite, mauvais sujet… Baisez-moi !… (Il lui fait une langue prolongée.) Non… pas comme ça. mon chien, pas comme ça… t’en prie !… Recommencez… Pas de bêtises, tit chat, t’en prie !… (Il lui pince amoureusement le cul.) Je ne veux pas… non… travaille ! (Il lui patine la poitrine.) Non… laisse-moi… te dis… Je viens ici pour que tu travailles… Je vais me mettre à côté de toi… (Elle saute sur une chaise voisine.) C’est ça… sois bien gentil ! Y a-t-il longtemps que je t’ai vu !… Baisez-moi, vilain méchant… baisez-moi mieux que çà… Dis donc, a-t-elle autant de gorge que moi, ta madame ?…


L’ÉTUDIANT
(Qui en a plein les mains.)

Hou !… Hou !…


LA GRISETTE
(Se cabrant pour mieux faire saillir ses tétons.)

Je suis sûre qu’elle ne se tient pas comme la mienne… C’est que tu n’en trouveras pas comme çà tous les deux jours, sais-tu, tit chat, non !… Elle est mieux mise… ta dédame, mais elle n’a pas mon corps… Tiens, vois mes nénets comme ils sont engraissés. (Elle les met à la fenêtre de son corsage.) Les aimes-tu, mes pommes ? (Il les branle du doigt et de la langue.) Oh ! non, n’y touchez pas, monsieur !… Je veux les conserver longtemps… non, t’en prie… ah !… non… tit chat… non… Travaille… ah !… cochon !…


L’ÉTUDIANT
(L’attirant sur ses genoux et lui troussant sa robe.)

Mais je travaille aussi.


LA GRISETTE
(Se défendant mollement.)

Pas ce travail-là… Je veux que tu sois raisonnable… (Il lui écarte les cuisses.) Eh bien !… Eh bien ! où vas-tu comme çà ?… Qu’est-ce que tu fourrages là-dedans ?… Ah ! comme t’es cochon ! comme t’es cochon !… Je ne veux pas, non, je te connais… quand tu l’as fait, tu me renvoyes… Non… t’en prie !… Non… te dis… tit chat… Non !… non !… pas comme çà… ça me tire l’estomac. (Il la branle.) Laisse mon bouton… mon tit bouton… Bien !… ah !… oui !… (D’une voix languissante.) Travaille…


L’ÉTUDIANT
(Remplaçant son doigt par sa pine.)

Je travaillerai après…


LA GRISETTE
(Qui commence à faire des yeux blancs.)

Non… tit chat… Sais bien ce que ça t’a fait l’autre fois… Non… oh ! non !… Faut donc toujours vous céder ?… Oui… tu veux le faire… Ah !…


L’ÉTUDIANT
(Poussant sa pointe.)

Oui…


LA GRISETTE

Sur le lit, mon chien… sur le lit… On est mieux pour faire çà… (Il la porte sur le lit et commence l’assaut avec une certaine furie.) Attends… attends donc que je relève ma robe dessous… Tu veux donc tout me déchirer !… Tiens… me voilà… Va… Pas comme ça, donc ! tu vas chez le voisin… Laisse-moi te conduire… Na !… Attends mon petit homme… Oh !… attends !… Faisons-le longtemps, bien longtemps ; n’est-ce pas, tit chien ?… Tu y es… Me sens-tu ?…


L’ÉTUDIANT
(Jouant avec vigueur des reins.)

Oui…


LA GRISETTE

(Jouissant et ne pouvant retenir ses soupirs de bonheur, qui ressemblent au cri du geindre.)

Han !… han !… han !… Que c’est bon !… Je jouis… Va !… Han !… Ah ! que c’est bon !…


L’ÉTUDIANT
(Jouissant, mais plus silencieusement.)

Cher ange !… Je t’aime !…


LA GRISETTE
(Répondant aux coups de pine de son amant par autant de coups de cul.)

Tu… m’ai…meras… tou… toujours ?…


L’ÉTUDIANT
(Qui n’est pas encore désarçonné.)

Oui !…


LA GRISETTE
(Au paroxysme de la jouissance et criant.)

Va !… va !… va !… petit homme… Pas tout de suite… Pas encore… Ah ! cela vient !… Tu me mouilles… Ah ! comme je jouis, mon Dieu, comme je jouis !… Ça me va dans la plante des cheveux… Ah ! oui !… tue-moi ! Ah ! tue-moi !… ah ! tue-moi !…


LA VOIX DE M. PRUDHOMME

Pas d’assassinat dans la maison, s’il vous plaît !… Eh ! là-bas, avez-vous bientôt fini vos turpitudes ?


LA GRISETTE
(Gigottant toujours.)

Qu’est-ce qu’est donc là, à côté ?


LA VOIX DE M. PRUDHOMME

Vous allez me porter à de regrettables attentats sur ma personne…

(Les deux amants, qui n’ont pas encore tout à fait fini, ne soufflent mot ; le lit seul parle pour eux, éloquemment.)


LA GRISETTE
(Dans les dernières convulsions du bonheur.)

Qu’est-ce qu’est donc là, à côté ?


L’ÉTUDIANT
(Limant encore pour l’acquit de sa conscience, car il ne bande plus aussi raide.)

Une vieille bête !…


LA GRISETTE
(Qui bande toujours.)

Nous le faisions si bien !… Je voudrais recommencer !… Et toi… tit chat ?…


L’ÉTUDIANT
(La branlant pour laisser un instant souffler sa pine.)

Moi aussi…


LA GRISETTE
(Qui est pour la jouissance sérieuse, et non pour les à peu près.)

Pas comme çà ! Polyte, mon Lilyte, ôte ta main, ôte ta main… Non ! Veux pas… ôte ta main… t’en prie !


LA VOIX DE M. PRUDHOMME

Hippolyte, ôtez donc votre main !


L’ÉTUDIANT
(À M. Prudhomme.)

Vous n’allez pas nous foutre la paix, vous ?


LA VOIX DE M. PRUDHOMME

Très bien, monsieur… Vous me faites sortir de mon lit. J’abandonne la place… Je vais achever ma sieste dans une chambre voisine, pendant que vous achèverez vos impudicités dans la vôtre…


L’ÉTUDIANT

Enfin, il est parti, cet imbécile… Qu’est-ce que nous disions déjà ?


LA GRISETTE
(Qui ne perd pas son sujet de vue ni de main.)

Nous disions, tit chat, que nous faisions des bêtises… Je voudrais bien vous embrasser… Donnez-moi votre petit bécot… (Lui pelotant les couilles et lui chatouillant la pine.) Je veux voir si vous êtes en bon état. (S’apercevant qu’il bande.) Oui, vous êtes en état, cochon !… (Avec admiration et voulant profiter de l’occasion.) Il est plus fort qu’il n’était tout à l’heure… Et dur ! on dirait du fer !… Comment une si grosse affaire ne vous crève pas le ventre quand elle entre ?… (Elle s’en empare avidement et se l’introduit.) Attends, mon chien, attends… Ça y est bien, à présent… Va !… ah ! maman… ah !… maman !… maman !…


L’ÉTUDIANT
(Qui jouit plus silencieusement, mais tout aussi profondément.)

Ah ! cher ange !… cher ange !…


LA GRISETTE
(Nageant dans un lac de félicité.)

Oh ! va, va !… Mais va donc !… Pousse, tit homme !… pousse !… mais pousse donc !… Ah ! comme je te sens bien !… Ah ! maman, maman ! que c’est bon !… Comme tu fais bien ça, mon chéri !… As-tu autant de bonheur que moi ?… Parle-moi, t’en prie… Ah ! que c’est bon !… Dis que tu m’aimes bien !… Mais, là, bien !…


L’ÉTUDIANT
(Poussant toujours.)

Oui…


LA GRISETTE
(Tortillant des fesses.)

Dis-le toi-même !…


L’ÉTUDIANT

Je t’aime bien.


LA GRISETTE
(Suppliante.)

Donne-moi ta langue… ta chère bonne petite languette… (Impérieusement.) Ta langue ! Ta langue ! Ah ! mon minet !… ah !… ah !… ah !…


L’ÉTUDIANT

Ma poulette !…


LA GRISETTE
(Pâmée.)

Ta poulette, oui… Ta petite poule chérie… Ta… ta… poule… chérie…


L’ÉTUDIANT

Oui…


LA GRISETTE
(Faisant casse-noisette.)

Sens-tu comme je te serre ?… Va au fond !… bien au fond… Pousse, mon petit homme, pousse… Tu me diras quand ça viendra…


L’ÉTUDIANT
(Précipitant ses coups.)

Oui…


LA GRISETTE
(Suppliante.)

Pas sans moi ! pas sans moi !… Ensemble !… jouis… jouissons… ensemble… bien… Ensemble !… Oh !… maman !… maman !… maman !… que c’est bon !… Tue-moi !… tue-moi !… tue-moi !… Oui… oh !…


L’ÉTUDIANT
(Qui a déchargé.)

Tiens, prends le tout dans ton cul ! !…


LA GRISETTE
(Crispant pieds et mains.)

Ah !… ah !… ah !… j’ai bien joui !… oui !… Et toi, tit chat ?… Et toi ?…


L’ÉTUDIANT
(Retirant sa queue.)

Moi aussi…


LA GRISETTE
(Avec reproche.)

Ah ! tu te retires !… Pourquoi ne l’as-tu pas laissée dans mon cul ?… Je ne l’aurais pas mangée, va !… Reste encore comme avant… là… ventre contre ventre… Déjà fini ! Ah ! c’est bête !… Ça devrait durer toute la vie… (Silence… Les deux amants, toujours entrelacés, se becquètent tendrement encore, mais sans jouer des reins. La grisette serre avec énergie l’étudiant contre sa poitrine, en soupirant et en tressaillant sous les derniers frissons de la jouissance. Pour un peu, elle recommencerait. Déjà, même, sa main se faufilant sous les couilles de son amant, s’apprête à les chatouiller et à réveiller en elle le sperme qui dort ; mais l’étudiant, qui n’a que deux coups à son arc, se soustrait brusquement à cette invitation, en sautant à bas du lit.)


L’ÉTUDIANT

Est-ce que je ne t’ai pas dit que j’avais à sortir ?


LA GRISETTE
(Étonnée.)

Non… Vois comme tu es cochon… Quand tu l’as fait, tu me renvoies !… C’est toujours la même chanson.


L’ÉTUDIANT

Puisque j’ai à sortir.


LA GRISETTE
(Toujours sur le lit et pleurant à chaudes larmes.)

Hi ! hi ! hi !… Hi ! hi !…


L’ÉTUDIANT
(Contrarié.)

Ah ! si tu pleures, nous allons joliment nous amuser.


LA GRISETTE
(Toujours pleurant.)

Moi qui comptais tant que nous sortirions ensemble !… hi !… hi !… hi !…


L’ÉTUDIANT
(Avec impatience.)

Puisque je te dis que j’ai une commission pour ma mère !


LA GRISETTE

Elle vient donc d’arriver, ta mère ?


L’ÉTUDIANT

Je ne te l’ai pas dit ?


LA GRISETTE

Tu me l’as dit la dernière fois !… Ah ! je suis pas heureuse ! moi ! non !… j’ai pas de chance… C’est comme la robe que tu m’avais promise…


L’ÉTUDIANT

Tu l’auras !…


LA GRISETTE
(Sautant à bas du lit.)

Quand ?… La semaine des quatre jeudis, n’est-ce pas ?


L’ÉTUDIANT
(Allant à son secrétaire.)

Tiens, la voilà, ta robe ! (Il lui jette avec colère une pièce de vingt francs.)


LA GRISETTE
(Éclatant de douleur.)

C’est pas comme cela que je la voulais… C’est pas comme ça !… oh ! mon Dieu !… mon Dieu !… (Elle sanglote et se pâme.)


L’ÉTUDIANT
(Courant à elle.)

Eh bien ! quoi ! tu vas te trouver mal, à présent !… Fanny !… Fanny !… Pauvre chatte chérie… Réponds-moi ! Fanny… Fanny !… Je t’en prie !… (Il la prend dans

ses bras et la caresse tendrement.) Tu pleures !… Fi ! que c’est vilain !… Voulez-vous bien vite essuyer ces vilaines larmes !…


LA GRISETTE
(Riant d’un œil et pleurant encore de l’autre.)

Non ! je pleure plus !… je ris ! tiens !… Et toi aussi, t’as pleuré. Baise-moi et sois plus méchant, tit chat !… T’en veux plus, mais plus du tout !…


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre

Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Bandeau de début de chapitre

LES DEUX GOUGNOTTES


PERSONNAGES


Mme DU CROISY, châtelaine.
Mme LOUISE LAVENEUR.
Mme HENRIETTE DE FRÉMICOURT.
JULIE, femme de chambre.

L’action, dans un château des bords de la Loire,
en 1860.

SCENE PREMIERE

Mme DU CROISY, Mme DE FRÉMICOURT, Mme LAVENEUR,


JULIE
(Mme du Croisy introduit ses deux amies dans l’appartement qui leur est destiné ; Julie va et vient pour s’assurer que rien ne manque des choses indispensables dans une chambre à coucher.)

Mme DU CROISY

Vous serez très mal ici, mesdames, et j’en souffre vraiment… mais c’est vous qui l’avez voulu…


Mme LAVENEUR

Au contraire, chère madame, nous serons on ne peut mieux ici, je vous jure ; on ne peut mieux.


Mme DE FRÉMICOURT

Certainement.


Mme DU CROISY

Vous aussi, madame, vous pensez être bien dans ce grand appartement ?


Mme DE FRÉMICOURT

Il est charmant, et nous y serons admirablement…


Mme DU CROISY

Alors, souffrez que Julie reste dans l’antichambre, pour le cas où vous auriez besoin d’elle ; je serais plus rassurée sur votre compte…


Mme LAVENEUR
(Vivement.)

Non, non… nous ne redoutons rien… du moins, je n’ai pas peur…


Mme DE FRÉMICOURT

Comment aurions-nous peur dans un château fort comme celui-ci ? Car ce n’est pas une de ces maisons de campagne comme on en voit tant, si légères qu’un coup de vent les renverse… Nous sommes à l’abri de tout, ici, certainement.


Mme LAVENEUR

Mais ce château n’a-t-il pas soutenu plusieurs sièges, autrefois ?


Mme DE FRÉMICOURT

Je l’ai entendu dire, en effet.


Mme DU CROISY

Pas du temps de M. du Croisy, que je sache. — Julie !


JULIE

Madame ?


Mme DU CROISY

Avez-vous fait ce que je vous ai recommandé ?


JULIE

Oui, madame.


Mme DU CROISY

Je vous abandonne donc, mesdames, à votre malheureux sort.


Mme LAVENEUR

C’est cela, plaignez-nous…


Mme DU CROISY

À demain donc.


Mme DE FRÉMICOURT

À demain, chère madame.


Mme DU CROISY

À demain.


Mme LAVENEUR

Et bonne nuit.


Mme DE FRÉMICOURT

Bonne nuit.


Mme DU CROISY

Bonne nuit.

(Mme du Croisy sort avec Julie, laissant Mme Laveneur et de Frémicourt seules dans leur appartement.)

SCENE DEUXIÈME

LOUISE LAVENEUR ET HENRIETTE DE FRÉMICOURT

(Seules. Tout en causant, elles se déshabillent et se mettent au lit.)


HENRIETTE DE FRÉMICOURT

Il est certain, chère madame, que nous serons ici on ne peut mieux ; n’est-ce pas ?


LOUISE LAVENEUR

J’ai toujours adoré les grands appartements.


HENRIETTE

On a de l’air dans un grand appartement, on a de l’espace, on respire, on vit. — Vous avez à Paris, m’a-t-on dit, madame, une délicieuse habitation ?


LOUISE

Pour Paris.


HENRIETTE

Plusieurs dames de mes amies ont été de cet avis.


LOUISE

Ces dames sont bien bonnes. Cette habitation est une folie de mon mari, à laquelle je me repens tous les jours de m’être associée.


HENRIETTE

Quelle place au lit préférez-vous, dites-moi ?


LOUISE

Aucune ; je les trouve toutes bonnes.


HENRIETTE

Bien vrai ?


LOUISE

Je vous jure.


HENRIETTE

J’aime à croire que vous ne faites point de cérémonies ?


LOUISE

Je n’en fais jamais.


HENRIETTE

J’avais une frayeur… mais une frayeur atroce, que cette fille restât ici.


LOUISE

Toutes les fois qu’il m’est arrivé de faire coucher ma femme de chambre dans mon voisinage, toujours il m’a été impossible de dormir.


HENRIETTE

Elle ronflait, peut-être ?


LOUISE

Comme un soufflet de forge. C’était odieux !


HENRIETTE

Ne puis-je vous être d’aucune utilité ?


LOUISE

Mille fois trop bonne, en vérité !


HENRIETTE

Je me mets entièrement à votre disposition.


LOUISE

À charge de revanche, je vous en prie.


HENRIETTE

Vous aviez une toilette charmante.


LOUISE

Oh ! bien simple, bien simple.


HENRIETTE

Excessivement distinguée.


LOUISE

Que j’aime cette bonne Mme du Croisy !


HENRIETTE

Je l’aime beaucoup aussi.


LOUISE

Ma tante l’adorait. — Vos cheveux sont magnifiques !…


HENRIETTE

Vous me flattez.


LOUISE

Pas le moins du monde. Jamais je n’en ai vu de plus beaux. J’en suis jalouse.


HENRIETTE

J’en ai beaucoup perdu, et cependant j’en ai toujours eu grand soin.


LOUISE

On le voit.


HENRIETTE
(Se mettant au lit.)

Je me mets au lit.


LOUISE

Je ne vais pas tarder à vous rejoindre. — Étiez-vous déjà venue à Lusignan ?


HENRIETTE

Une fois, avec ma tante ; j’étais petite fille, c’est à peine si je me le rappelle. — Pauvre tante ! — Le croiriez-vous, je suis si souffrante ! tantôt en descendant de voiture…


LOUISE

Vraiment ?


HENRIETTE

Je me demandais si je me mettrais à table… Tout à fait mal à mon aise !


LOUISE

Pourquoi n’en avoir rien dit ?


HENRIETTE

Je n’ai point osé.


LOUISE

Vous avez eu tort.


HENRIETTE

J’ai si peur d’avoir l’air de me rendre intéressante ! J’ai bien fait, et m’en applaudis à présent ; ce n’était rien ; à peine sortie de table, je n’y ai plus pensé.


LOUISE

Et à présent ?


HENRIETTE

Je n’y pense plus. — Je l’ai remarqué : chaque fois que j’ai le malheur de changer mes habitudes, c’est un tribut qu’il faut que je paye ; je suis faite pour rester chez moi. Non, décidément, je n’aime pas la campagne, je commence à le croire.


LOUISE

Le grand air, peut-être, produit sur vous cet effet.


HENRIETTE

Je le crois.


LOUISE
(Sur le point de monter au lit.)

Voulez-vous, chère madame, me faire l’honneur de m’accepter ?


HENRIETTE

Comment donc ! mais avec le plus grand plaisir. — Prenez ma place, je vous prie.


LOUISE

Du tout, du tout, je n’en ferai rien.


HENRIETTE

Pourquoi ?


LOUISE

Je n’en ferai rien, vous dis-je ; je suis ici on ne peut mieux.


HENRIETTE

J’étais loin de m’attendre à cette bonne fortune… C’est une surprise dont je sais infiniment de gré à la maîtresse de la maison.


LOUISE

Il y a si longtemps que je lui avais manifesté le désir de me rencontrer avec vous.


HENRIETTE

Mais c’est divin ce que vous me dites là.


LOUISE

Elle ne pouvait rien faire qui me fût plus agréable.


HENRIETTE

J’espère, chère madame, justifier un jour l’excellente opinion que vous avez conçue de moi.


LOUISE

C’est déjà fait.


HENRIETTE

Vous me rendez bien fière !…


LOUISE

Comme ce château est calme !


HENRIETTE

N’est-ce pas ? On se croirait au bout du monde.


LOUISE

Vous ne redoutez pas l’obscurité ?


HENRIETTE

Au contraire.


LOUISE

Puis-je souffler la bougie ?


HENRIETTE

Je n’osais vous en prier.


LOUISE

Vous aviez grand tort. (Elle souffle la bougie.) Comment vous trouvez-vous, à présent ?


HENRIETTE

Admirablement. J’ai toujours trouvé qu’on est bien plus seule encore dans l’obscurité.


LOUISE

Je suis de votre avis.


HENRIETTE

Vous avez envie de dormir ?


LOUISE

Pas du tout ; et vous, madame ?


HENRIETTE

Pas le moins du monde.


LOUISE

Causons un peu, alors.


HENRIETTE

Volontiers.


LOUISE

Approchez-vous de moi…


HENRIETTE

Je crains de vous gêner.


LOUISE

Quelle folie ! vous êtes à cent lieues… Encore, encore… — Vous imposé-je ? Je ne le pense pas…


HENRIETTE

Non, chère madame.


LOUISE

Encore… encore… avancez encore !


HENRIETTE

Je ne puis davantage.


LOUISE

Vous semblez avoir froid.


HENRIETTE

Vous croyez ?


LOUISE

J’en suis sûre. Vos petits pieds sont de marbre.


HENRIETTE

J’ai toujours eu froid aux pieds.


LOUISE

Moi aussi, quand j’étais demoiselle.


HENRIETTE

Et à présent ?…


LOUISE

C’est bien rare.


HENRIETTE

Quel silence !


LOUISE

Le silence le plus profond. Vous n’avez pas peur ?


HENRIETTE

Peur ! et de quoi ? — Comme il doit être tard !…


LOUISE

Jamais on ne couche ici. Que je souffre donc de vous savoir si froid aux pieds !


HENRIETTE

J’en ai l’habitude.


LOUISE

Je vais les réchauffer aux miens, voulez-vous ?


HENRIETTE

Mais vraiment, chère madame, vous avez pour moi mille fois trop de bontés.


LOUISE

Vos ravissants petits petons !


HENRIETTE

Que vous êtes bonne !


LOUISE

C’est qu’aussi vous le méritez bien ! Comment vous trouvez-vous, à présent ?


HENRIETTE

Je me sens déjà mieux.


LOUISE

Vous avez moins froid ?


HENRIETTE

Plus du tout.


LOUISE

Vos bons et adorables petits pieds !


HENRIETTE

Vous n’avez rien à m’envier de ce côté-là.


LOUISE

Savez-vous que nous nous faisons des compliments comme des amoureux ?…


HENRIETTE

Mais oui…


LOUISE

C’est singulier, toujours vous m’avez inspiré beaucoup de sympathie.


HENRIETTE

Vraiment !


LOUISE

Et cela, dès le premier jour.


HENRIETTE

J’allais vous avouer la même chose.


LOUISE

Et dire que si nous ne nous étions pas rencontrées ici, peut-être serions-nous restées des éternités sans nous le dire !


HENRIETTE

Jamais je n’eusse osé.


LOUISE

Et pourquoi ?


HENRIETTE

Si vous saviez combien, depuis mon mariage, je suis devenue réservée !


LOUISE

En vérité ?


HENRIETTE

Mon mari ne me permet pas de dire un mot.


LOUISE

Il a l’air si doux.


HENRIETTE

Mais il est si indifférent !


LOUISE

Vous m’étonnez.


HENRIETTE

Il est de glace.


LOUISE

Il me semble aux petits soins pour vous.


HENRIETTE

Devant le monde, oui.


LOUISE

Et en tête à tête ?


HENRIETTE

Il ne dit rien, pas un mot… Au reste, il ne m’inspire aucune confiance…


LOUISE

Pauvre chère petite madame !


HENRIETTE

C’est au point que, souvent, quand il m’arrivait de vouloir l’embrasser… j’en avais grande envie…


LOUISE

Et bien ?…


HENRIETTE

Je n’osais point…


LOUISE

Parce que ?…


HENRIETTE

Je ne savais si cela lui ferait plaisir. — Et si je vous disais…


LOUISE

Quoi donc ?…


HENRIETTE

Non !… à quoi bon ?


LOUISE

Pourquoi ne pas me le dire ?


HENRIETTE

Vous m’embarrassez.


LOUISE

Ai-je donc l’air si sévère ? — Vous me permettrez de n’en rien croire.


HENRIETTE

Si fait, je vous assure… — Et le vôtre ?


LOUISE

N’en parlons pas, je vous en prie. Je n’ai pas assez de bien à en dire ; aussi ai-je fini par en prendre mon parti…


HENRIETTE

Comment cela ?


LOUISE

Figurez-vous, chère madame, des semaines entières…


HENRIETTE

Sans vous embrasser ?


LOUISE

Oui.


HENRIETTE

Mais c’est affreux !…


LOUISE

Et le vôtre ? Souvent aussi des semaines entières ?…


HENRIETTE

Sans me faire la moindre caresse ; dans l’intérêt de ma santé, à ce qu’il dit…


LOUISE

Ces messieurs disent tous la même chose…


HENRIETTE

Et la conduite qu’ils mènent aujourd’hui, comment la trouvez-vous ?


LOUISE

Originale.


HENRIETTE

Moi, je la trouve odieuse ; d’autant plus odieuse qu’ils savaient parfaitement que nous arrivions aujourd’hui. Mais non ! ces messieurs n’ont pas voulu remettre leur partie. Ils s’en sont allés chasser, emmenant tout ce qu’il

y avait d’hommes au château, ne prenant aucun souci de nous. Et qui sait si, dans l’abandon où ils nous laissent, des gens malintentionnés ne vont pas profiter de l’occasion pour nous surprendre… Cela pourrait bien arriver !


LOUISE

Vous me faites frémir !


HENRIETTE

J’espère qu’il n’en sera rien…


LOUISE

Je l’espère aussi.


HENRIETTE

Comme ils se ressemblent bien tous !


LOUISE

N’est-ce pas ?


HENRIETTE

Une fois qu’ils ont obtenu ce qu’ils désirent…


LOUISE

Ils parlent d’autre chose…


HENRIETTE

Ou s’endorment !…


LOUISE

Ils sont tous taillés sur le même patron.


HENRIETTE

Il faut nous résigner.


LOUISE

C’est triste.


HENRIETTE

Que voulez-vous !…


LOUISE

Dites-moi, chère madame, voyez-vous encore quelquefois vos anciennes amies de pension ?


HENRIETTE

Bien rarement.


LOUISE

Les aimiez-vous ?


HENRIETTE

Le nombre en était restreint de celles que j’aimais ; mais je les aimais beaucoup… une surtout…


LOUISE

Mariée ?


HENRIETTE

Depuis deux mois.


LOUISE

J’en avais quelques-unes aussi, que j’ai conservées ; une surtout que je vois encore et que je préfère à toutes… Elle n’est pas mariée…


HENRIETTE

Elle désire l’être ?


LOUISE

Non.


HENRIETTE

Pourquoi ?


LOUISE

Elle a peur des enfants.


HENRIETTE

Ah ! oui, les vilains enfants !


LOUISE

Ils nous tuent.


HENRIETTE

Vous en avez ?…


LOUISE

Je n’en ai jamais eu.


HENRIETTE

Ni moi. — Comme j’ai chaud à présent !…


LOUISE

Tant mieux, et j’en suis enchantée !


HENRIETTE

Et cela grâce à vous !…


LOUISE

Nous n’avons donc plus froid à nos gentils petits petons ?


HENRIETTE

Plus du tout. — Que vous êtes bonne, et comme vous me gâtez !…


LOUISE

Non, je vous traite comme une adorable petite créature que vous êtes.


HENRIETTE

Ah !…


LOUISE

Quoi donc ?


HENRIETTE

Vous me chatouillez…


LOUISE

Vous êtes chatouilleuse ?


HENRIETTE

Beaucoup.


LOUISE

Comme toutes les blondes.


HENRIETTE

J’aurais tant aimé être brune !


LOUISE

Quelle idée !


HENRIETTE

Je serais homme, je n’aimerais que les brunes.


LOUISE

Les blondes sont plus aimantes, dit-on…


HENRIETTE

Le croiriez-vous ?


LOUISE

Je suis tentée de le croire.


HENRIETTE

Quelle preuve en avez-vous ?


LOUISE

Ma petite amie, celle dont je vous ai parlé…


HENRIETTE

Celle qui n’est point mariée ?…


LOUISE

Oui, ma petite Nini…


HENRIETTE

Elle est blonde ?


LOUISE

Comme vous, de votre nuance, cendrée, que je trouve adorable !…


HENRIETTE

Et elle est aimante ?…


LOUISE

Si elle est aimante ?


HENRIETTE

Oui ?…


LOUISE

C’est-à-dire que lorsqu’il m’arrive de quitter Paris, ce qui a lieu bien rarement, elle est désolée, et si je suis deux jours sans lui donner de mes nouvelles, elle est aux abois, elle pleure, elle se désespère, elle vous ferait pitié…


HENRIETTE

Pauvre demoiselle !


LOUISE

Elle ne peut rassembler deux idées… Puis quand elle me revoit…


HENRIETTE

Elle est enchantée ?


LOUISE

Il lui prend des crises, des transports qui feraient craindre pour sa raison, si on ne la connaissait pas. Ce que je vous en dis est à la lettre…


HENRIETTE

Comment se traduisent ses accès ? Elle vous embrasse ?


LOUISE

Elle me mange de caresses, elle me dévore !…


HENRIETTE

Et vous, chère madame, et vous ?


LOUISE

Chut !


HENRIETTE

Pourquoi ne pas me le dire, oui, pourquoi ?…


LOUISE

Je vous le dirai.


HENRIETTE

Quand ?… Quand me le direz-vous ?…


LOUISE

Plus tard ; si jamais nous devenons bonnes amies.


HENRIETTE

Nous le deviendrons, n’est-ce pas ? nous le deviendrons ; le pensez-vous ?


LOUISE

Je l’espère…


HENRIETTE

J’en serais bien heureuse !


LOUISE

Pas plus que moi.


HENRIETTE

Aussi, quand il a été décidé que nous passerions la nuit ensemble…


LOUISE

Quel effet a produit sur vous cette résolution ?


HENRIETTE

Un plaisir ! mais un plaisir… que je n’osais y croire !…


LOUISE

C’est on ne peut plus aimable ce que vous me dites là !


HENRIETTE

Je le dis comme je le pense.


LOUISE

Combien je suis ravie de vous voir dans ces bonnes dispositions ! — Mais qu’avez-vous ? je vous sens toute tremblante…


HENRIETTE

Je ne sais…


LOUISE

Venez que je vous confesse. Dites-moi un peu ce que vous avez ?…


HENRIETTE

J’ai peur…


LOUISE

Peur ? et de quoi ? Voyons, que je vous rassure ; n’auriez-vous pas confiance en moi, que vous avez si peur ?


HENRIETTE

Oh ! si fait ! si fait ! je vous jure.


LOUISE

Pourquoi donc alors être si émue ?


HENRIETTE

J’ai tort…


LOUISE

Certainement, et grand tort. Venez, que je baise vos beaux yeux ; dites, le voulez-vous ?


HENRIETTE

Oh ! oui, oui, je vous en prie !… Je suis sûre que cela me fera du bien…


LOUISE

Bon petit trésor adoré !… Baisez-moi, vous aussi…


HENRIETTE

Avec grand plaisir !…


LOUISE

Prouvez-moi que vous m’aimerez un jour…


HENRIETTE

Je vous aime déjà, et beaucoup !


LOUISE

Bien vrai ? Comme ma petite Nini ?…


HENRIETTE

Je doute qu’elle puisse vous aimer davantage…


LOUISE

Je voudrais pouvoir vous montrer comme elle m’embrasse…


HENRIETTE

Pourquoi ne pas le faire ? Oh oui ! oui ! montrez-le-moi, je vous en prie, montrez-le-moi !…


LOUISE

Comme ceci… j’approche mes lèvres des siennes… Eh bien ?


HENRIETTE

Ah ! chère madame !…


LOUISE

Qu’avez-vous éprouvé ?


HENRIETTE

Comme vous m’avez rendue heureuse !


LOUISE

Donne ta bouche, ange adoré ! ton joli petit bec… Encore ! encore ! veux-tu ?…


HENRIETTE

Oui ! oui ! toujours ! toujours !…


LOUISE

Eh bien ?


HENRIETTE

Je suis bien heureuse !… bien heureuse !…


LOUISE

Comment nous trouvons-nous de ces bonnes petites caresses ?


HENRIETTE

C’est à en devenir folle !


LOUISE

Veux-tu le devenir ? dis, cher ange, le devenir tout à fait ?


HENRIETTE

Ah ! oui ! oh ! oui !…


LOUISE

Tiens, ma minette, tiens !


HENRIETTE

Ah ! je suis morte !…


LOUISE

Comme ta bouche est fraîche !…


HENRIETTE

Que c’est donc bon !…


LOUISE

Es-tu ma petite femme ?…


HENRIETTE

Oui ! oui !


LOUISE

Tu es bien à moi ?…


HENRIETTE

Oui, oui, bien à vous !


LOUISE

Plus de vous entre nous, ma mignonne ; plus de vous, cher cœur, je t’en prie ; dis que tu es bien à moi, bien à moi !


HENRIETTE

Bien à toi, toute à toi, tout mon être, tout mon moi !…


LOUISE

Que je te baise, que je te baise encore… Dis-moi, dis-moi de te baiser !…


HENRIETTE

Baise-moi ! baise-moi ! toujours ! toujours ! encore !


LOUISE

Ta petite amie te procure-t-elle autant de bonheur ?


HENRIETTE

Je n’ai jamais pu obtenir d’elle rien de ce que je rêvais.


LOUISE

Elle ne t’a pas devinée ?


HENRIETTE

Jamais je n’ai pu que l’embrasser, et encore…


LOUISE

Comment ?


HENRIETTE

Pas comme j’aurais voulu…


LOUISE

Pas comme moi ?


HENRIETTE

Mon bel ange, que je te baise encore, pour te bien montrer comme j’aurais désiré le faire… Tiens, tiens, tiens… mes lèvres embrassent les tiennes… Mourir sur ta bouche… voilà ce que je voudrais… Tiens. Tiens, comme je le fais…


LOUISE

Comme nous le faisons, mignonne.


HENRIETTE

Dis-moi, mon ange ?…


LOUISE

Quoi, chère minon-minette ?


HENRIETTE

Dis-moi tout ce que vous faites avec ta petite Nini. Je veux tout savoir !… Ne me cache rien, je t’en prie ! Vous embrassez-vous aussitôt au lit ?


LOUISE

Pas tout de suite…


HENRIETTE

Que faites-vous, dis, que faites-vous ?


LOUISE

Nous nous mettons toutes nues.


HENRIETTE

Ce que je n’osais te demander…


LOUISE

Enfant ! Et pourquoi ?


HENRIETTE

Veux-tu que j’ose ?


LOUISE

Donne-moi ta main.


HENRIETTE

Tu es toute nue !… Rallume, je t’en prie, que je t’admire !


LOUISE
(Après avoir rallumé la bougie.)

Voilà.


HENRIETTE

Comme tu es belle ! Laisse-moi bien te voir, t’admirer à mon aise !…


LOUISE

Nous ne nous étions point encore vues…


HENRIETTE

Que depuis que nous sommes l’une à l’autre…


LOUISE

Comment ! tout cela est à moi ?…


HENRIETTE

Tout est à toi ! tout mon être ! ma vie ! toute à toi ! toute !


LOUISE

Que tu es bonne !


HENRIETTE

Votre petite langue… dans ma bouche, donnez, donnez !


LOUISE

Tenez, tenez, gourmande…


HENRIETTE

Je suis aux anges ! Tiens, tiens, dans ma bouche ton petit nénet…


LOUISE

Donne-moi le tien, le tien dans la mienne !…


HENRIETTE

Suce ! suce ! bonne chatte ! suce !


LOUISE

Oh ! mamie, mamie, je le fais !… je… le… fais… m’as-tu sentie ?…


HENRIETTE

Oui ! oui !


LOUISE

Ta main, mamie, ta main !


HENRIETTE

Tout humide…


LOUISE

Voyons chez vous, chère madame… Oh ! ce cher cœur ! tu Tes plus que moi encore…


HENRIETTE

Sommes-nous assez heureuses !…


LOUISE

Et point d’enfants à craindre !…


LOUISE

Et nos maris !…


LOUISE

Traitons-les comme ils le méritent : faisons-les cocus !


HENRIETTE

Où vas-tu, cher trésor, où vas-tu ?


LOUISE

Laisse-moi, ma reine, laisse-moi tout visiter, comme à ma petite Nini.


HENRIETTE

Que fais-tu, mamie ? que me fais-tu ? que veux-tu ?


LOUISE

Te montrer combien je t’aime !


HENRIETTE

Ah ! mon ange, tu me combles !… je… je me… meurs… ah ! ah !… tu m’as tuée… tu m’as tuée… Que m’as-tu fait, Louise, que m’as-tu fait ?…


LOUISE

Ce que tu vas me faire… Viens, viens, je t’en prie…


HENRIETTE

Oui, mais souffle la bougie…


LOUISE

Je ne te verrais plus…


HENRIETTE

Tu as raison.


LOUISE

Tu ne m’en veux pas, cher trésor, des jolies petites choses que je me suis permises ?…


HENRIETTE

Je serais bien ingrate… Et la preuve, c’est que je vais te rendre la pareille…


LOUISE

Mets-toi bien à ton aise, mon Henriette.


HENRIETTE

Oui, mignonne.


LOUISE

Ta petite tête est-elle bien ?


HENRIETTE

Ne t’occupe pas de moi… Me sens-tu ?


LOUISE

Oui, trésor, je sens ta bonne petite langue. Ah ! que c’est bon… que c’est donc bon ! Va, va, mon ange chéri ; va, va… ne me quitte pas !… suce, suce ! promène ta petite langue, promène-la comme je fais… Merci ! merci ! viens me baiser ! viens que je la baise, ta bonne bouche fraîche, tout humide de moi…


HENRIETTE

Vous êtes satisfaite, chère madame, de votre petite élève ?


LOUISE

Ma petit élève est une petite…


HENRIETTE

Une petite…


LOUISE

Une petite cochonne.


HENRIETTE

Nous sommes deux petites cochonnes.


LOUISE

Tu as été heureuse ?


HENRIETTE

Si heureuse, que je n’ose le croire !


LOUISE

Tu n’avais encore rien goûté ?…


HENRIETTE

Si peu, comparé à ce que tu m’as fait éprouver…


LOUISE

Avais-tu jamais rêvé ce que nous avons fait ?


HENRIETTE

Toujours je l’ai désiré, mais je n’osais espérer rencontrer jamais quelqu’un qui me comprit comme tu m’as comprise, chère bonne !…


LOUISE

— Que désirais-tu, mamie dis-le-moi, je t’en prie ; que désirais-tu ?


HENRIETTE

Te baiser partout, comme je te baise… C’est ta bouche que je voulais baiser, tes yeux, ta gorge, tout, comme je le fais…


LOUISE

Viens le faire encore ; dis, veux-tu ?


HENRIETTE

Toujours… nous le ferons ensemble toujours…


LOUISE

Suçons-nous…


HENRIETTE

Je commence.


LOUISE

Comme tu me suces bien !


HENRIETTE

Pas mieux que toi… Va, va, mon chat ; plus vite, plus vite !… tue-moi !… tue-moi !… comme si tu étais mon petit homme !… ah ! ah ! maman ! ma…man ! ah… ah… ah !… je suis morte… tu m’as… tuée !… tuée !… ah !… que c’est bon !… mon Dieu !… je suis… mor…te… Ah !…


LOUISE

Tu n’aimeras jamais que moi ?


HENRIETTE

Je te le promets.


LOUISE

Dis-moi, bonne chatte, je voudrais une chose…


HENRIETTE

Que voudrais-tu que je puisse te donner ? Cherche dans tout ce que je possède… Que peux-tu désirer que je ne t’aie donné ?


LOUISE

Je voudrais, te dis-je, une chose…


HENRIETTE

Quelle chose ?


LOUISE

Que nous disions…


HENRIETTE

Que veux-tu que je dise !


LOUISE

Des vilains mots…


HENRIETTE

Je n’en sais pas.


LOUISE

Si, si ! t’en prie, t’en prie !…


HENRIETTE

On n’en disait pas à la pension.


LOUISE

On en disait à la mienne.


HENRIETTE

Commence.


LOUISE

Bonne minette, quel genre de caresses voudrais-tu me faire ?


HENRIETTE

Je te les ai toutes faites.


LOUISE

Nomme-m’en une… non, ne me la fais pas… dis-la-moi… Que voudrais-tu me faire ?


HENRIETTE

Je voudrais…


LOUISE

Quoi, mon ange ? que voudrais-tu me faire, qui nous rendrait toutes deux bien heureuses ?… Et plus heureuses encore, si je l’entendais… Dis, chère minette, dis ?


HENRIETTE

Je n’ose pas…


LOUISE

T’en prie… dis-le tout haut !…


HENRIETTE

Je voudrais te sucer…


LOUISE

Nous l’avons dit. Une chose, mamie, que nous n’avons point dite : que voudrais-tu me sucer ?


HENRIETTE

Ton petit cucu…


LOUISE

Mon petit cucu ?


HENRIETTE

Oui, ton petit cucu…


LOUISE

Ce n’est pas mon petit cucu que tu touches du doigt… Comment appelles-tu ce que tu touches ?


HENRIETTE

Je ne sais.


LOUISE

Bien vrai ?


HENRIETTE

Je te le jure.


LOUISE

C’est mon petit con, ma minette chérie, mon petit con. — Dis mon con, trésor, mon petit con !…


HENRIETTE

Ton petit con.


LOUISE

Donne ton bec pour te remercier, ton cher petit bec ! — Dis-le encore ce mot, si joli dans ta bouche : mon con… dis : mon con.


HENRIETTE

Ton con, mon ange, ton petit con !


LOUISE

Voudrais-tu m’enfiler, mon petit homme ?


HENRIETTE

Oui, oui, je t’enfilerais !


LOUISE

Que mettrais-tu dans mon con, en m’enfilant ?


HENRIETTE

Mon machin.


LOUISE

Quel machin ? ou plutôt quelle machine ? son nom, t’en prie, son nom, à la machine ? — Si je te le dis, le répéteras-tu ?


HENRIETTE

Tout de suite.


LOUISE

Ma pine.


HENRIETTE

Ta pine.


LOUISE

C’est une pine, mamie ; avec ta pine, ta pine dans mon con, ta grosse pine !…


HENRIETTE

Ta belle pine, ta grosse pine dans mon con…


LOUISE

Tu me la sucerais, ma pine ?


HENRIETTE

Je te la sucerais, je la mettrais tout entière dans ma bouche, comme je mets ma langue dans ton con… Écarte les jambes, que je l’y mette encore…


LOUISE

Tiens, tiens, tiens !…


HENRIETTE

Merci ! merci ! comme je le suce, ton joli con !…


LOUISE

Pourquoi ne sucerais-je point le tien ? Attends que je m’y mette… J’y suis !…


HENRIETTE

Je n’ai jamais tant désiré une pine !…


LOUISE

Écarte bien mes lèvres avec tes doigts pour bien faire entrer ta langue, comme je te le fais… Bien, bien… va vite, va vite !… Bien… bien… cochonne… je décharge… Le faire, mamie, c’est décharger…


HENRIETTE

Je décharge, je décharge…


LOUISE

Nous déchargeons…


HENRIETTE

Dans nos bouches, mamie, dans nos bouches !…


LOUISE

Recommençons, sans nous quitter.


HENRIETTE

Oh oui ! oh oui ! Tiens ! tiens !…


LOUISE

Jouis-tu comme moi ?


HENRIETTE

Mieux qu’avec une pine…


LOUISE

Dans un con… va, mamie, va… plus vite !


HENRIETTE

Dans nos deux cons… Tu jouis ?


LOUISE

Dis toujours ta pine… ta… pi…ne…


HENRIETTE

Ta pine, ma pine… ma grosse pine…


LOUISE

Je le fais, je le fais… et toi, trésor ?


HENRIETTE

Je décharge… Suce encore !


LOUISE

Suce aussi… Bien, bien… con… pine… con… pine… mon con…


HENRIETTE

Ma pine… mon vit… Dis mon vit…


LOUISE

Mon vit, ma pine et mon con… Mon con et ta pine… Tu savais mon vit… où l’as-tu su ?…


HENRIETTE

J’ai entendu ma femme de chambre disant à son mari : « Ton vit » ; puis : « Pinons ! »


LOUISE

Pinons aussi, et déchargeons !


HENRIETTE

Comment ?


LOUISE

Oui, déchargeons… Quand on le fait et que la liqueur s’épanche, on décharge.


HENRIETTE

Je décharge !


LOUISE

Tiens, tiens, tiens, tes belles fesses que je baise ! Tes tétons qui raidissent… qui raidissent comme des pines !… J’en décharge… j’en… dé… dé…charge… Ah ! ah ! je suis morte… mor…te…


HENRIETTE

Marions-les, nos deux langues qui nous ont rendues si heureuses.


LOUISE

Mamie, nous pinons sans piner…


HENRIETTE

Je suis rompue.


LOUISE

Je le ferais encore !


HENRIETTE

Soyons raisonnables.


LOUISE

Non, je voudrais mourir en le faisant… Sens-tu ma bouche sur ton con ?… sens-tu ma langue dans ton con ?… la sens-tu, comme je l’entre ?


HENRIETTE

Enfonce-la bien, comme un vit !… oui, oui, je la sens !


LOUISE

Un vit, un gros vit… Une grosse pine… ta grosse pine !… Comme je te voudrais une grosse pine à moi, à moi toute seule ! que n’en as-tu une ! Ta pine, je la sucerais !…


HENRIETTE

Roulons-nous dans nos bras… serre-moi, serre-moi bien !


LOUISE

Tu m’enroules, petit serpent !


HENRIETTE

Si l’on venait, mamie, si l’on venait…


LOUISE

Nous ne serions point surprises, ne crains pas.


HENRIETTE

Tu crois ?


LOUISE

J’ai pris mes précautions.


HENRIETTE

Tu pensais donc…


LOUISE

Oui, que je te ferais toutes les caresses que je t’ai faites ; et pourtant je n’osais le croire…


HENRIETTE

Si je m’y étais refusée ?…


LOUISE

Je me jetais par la fenêtre si je n’avais pas eu assez de force pour arriver à mes fins !…


HENRIETTE

Je comptais sur ton sommeil pour te mettre la main à ton con, mais si doucement que tu aurais cru le faire seule…


LOUISE

J’avais la même idée.


HENRIETTE

Ces belles et bonnes fesses que je n’ai point assez baisées !…


LOUISE

Ni moi les tiennes !


HENRIETTE

Dormons.


LOUISE

Oui… mais nos doigts dans nos cons…


HENRIETTE

Dans nos cons, comme des pines !


LOUISE

Les pines nous manquent.


HENRIETTE

Mais les hommes point.


LOUISE

Quels égoïstes !


HENRIETTE

Quand ils l’ont fait, ils nous quittent.


LOUISE

Ils débandent.


HENRIETTE

Tu dis ?…


LOUISE

Ils débandent : leurs pines sont molles et elles se retirent…


HENRIETTE

J’aurais tant aimé dormir…


LOUISE

Une pine dans ton con ?


HENRIETTE

Oui.


LOUISE

Dis-le !


HENRIETTE

Une grosse pine dans mon con.


LOUISE

Les aimes-tu ?


HENRIETTE

Les grosses pines ? Je les aimerais, oui !


LOUISE

Ton mari ?…


HENRIETTE

Petite pine…


LOUISE

La pine du mien me blesse : elle est énorme.


HENRIETTE

Je n’ose la lui prendre, au mien…


LOUISE

Comme moi… Tu as plus de poils, et ils sont plus longs que les miens.


HENRIETTE

Laisse, laisse, mamie, tu me le ferais faire encore…


LOUISE

Tu déchargerais ?…


HENRIETTE

Je déchargerais toujours ; c’est si bon !


LOUISE

Tu m’aimes ?…


HENRIETTE

Comme je n’ai jamais aimé ! Je t’aime pour te faire plaisir ; j’aime à te voir jouir… Tu es si belle quand tu jouis !…


LOUISE

Tes yeux sont à demi fermés… Viens que je les baise encore, mes beaux yeux !…


HENRIETTE

Ils sont bien à toi.


LOUISE

Comme ton con ?


HENRIETTE

Nos deux cons !…


LOUISE

Dis-moi, mamie ?


HENRIETTE

Que veux-tu ?…


LOUISE

Jouis-tu avec une vraie pine ?…


HENRIETTE

Je n’ai jamais bien joui… Quand j’allais jouir…


LOUISE

Elle se retirait ?…


HENRIETTE

Avant que je le fisse…


LOUISE

Que faisais-tu, alors ?


HENRIETTE

Je me touchais…


LOUISE

Comment ?


HENRIETTE

Donne ta main, que je la dirige…


LOUISE

Tu te branlais ?…


HENRIETTE

Oui, je me branlais, pour en finir.


LOUISE

T’ai-je bien branlée ?…


HENRIETTE

Oh oui ! bien branlée !… Comment, mamie, ça s’appelle, quand on branle avec sa langue ?


LOUISE

Faire minon-minette.


HENRIETTE

Je t’ai fait minon-minette !


LOUISE

Tu me le feras encore ?


HENRIETTE

Toujours… Et toi ?


LOUISE

Aussi.


HENRIETTE

C’est si bon !


LOUISE

N’est-ce pas ?


HENRIETTE

Ton mari ne te l’a pas fait ?


LOUISE

Jamais.


HENRIETTE

Ni le mien. Et ta Nini ? Tu lui as fait minon-minette ?


LOUISE

Oui.


HENRIETTE

Elle aime cela ?


LOUISE

Ça la rend malade ; sans cela…


HENRIETTE

Pauvre minette !… Elle te le fait ?…


LOUISE

Elle adore me le faire… Plus je jouis, plus elle est heureuse…


HENRIETTE

A-t-elle un joli con ?


LOUISE

Ce n’est pas le tien.


HENRIETTE

Je n’aimerais pas une amie qui n’aimerait pas à le faire.


LOUISE

Elle l’aimerait ; mais si je le lui fais deux fois, elle est huit jours au lit.


HENRIETTE

Tu la branles ?


LOUISE

Je suce ses tétons en la branlant.


HENRIETTE

Elle décharge ?…


LOUISE

Comme nous n’avons jamais déchargé. Et la tienne, ta petite amie que lui fais-tu ?


HENRIETTE

Croirais-tu que je n’ai jamais pu la sucer ?


LOUISE

Lui sucer le con.


HENRIETTE

Jamais je n’ai sucé son con.


LOUISE

Tu l’as branlée, ne me le cache pas ?


HENRIETTE

Nous nous branlons.


LOUISE

Eh bien ?


HENRIETTE

C’est la croix et la bannière pour arriver là !


LOUISE

L’aimes-tu toujours ?


HENRIETTE

Oses-tu me le demander ? À présent je la déteste.


LOUISE

Si j’avais une pine…


HENRIETTE

Je dormirais ta pine dans mon con ; et toi ?


LOUISE

Mon vit dans tes cuisses ou dans ton con.


HENRIETTE

Dormons nos doigts dans nos cons.


LOUISE

Nous les y avons.


HENRIETTE

À demain, trésor !


LOUISE

À demain.


HENRIETTE

Demain, en nous réveillant, que ferons-nous ?


LOUISE

Nous recommencerons.


Les filles de Loth et autres poèmes érotiques, Vignette de fin de chapitre