Les mausolées français/La Bédoyère

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DE LA BEDOYÈRE.



Le comte De La Bédoyère, jeune militaire aussi distingué par sa valeur que par ses talents, plein d’espérances et de gloire, mais non moins coupable que le maréchal Ney, a payé aussi de sa tête le crime de haute trahison… Les mêmes événements, les mêmes illusions, des souvenirs récents et trop chers, les ont entraînés tous deux. Leur sort a été commun, et une double célébrité réunit leur histoire dans ce Recueil.

Mais tandis que des circonstances particulières et les excès d’un zèle indiscret ont forcé à enlever à la tombe du maréchal Ney tout ce qui pouvait retracer sa mémoire, celle du comte De La Bédoyère conserve encore le modeste monument de tendresse et de douleur élevé d’abord, et cimenté chaque jour par les larmes amères d’une veuve sans consolations et d’un orphelin privé du plus précieux héritage de son père, celui d’une réputation sans tache.

C’est dans un endroit écarté, sous le feuillage épais d’antiques acacias, que l’on découvre avec peine ce monument d’un aspect mélancolique, sous la forme d’un cippe carré en marbre blanc, surmonté de l’urne cinéraire et entouré d’une barrière grossière. Un bas-relief délicatement sculpté attire les regards. Il représente une femme à demi voilée, dans l’attitude de la plus profonde affliction ; elle embrasse un enfant qui semble se réfugier dans ses bras : vis-à-vis d’elle, une urne funèbre ; une épée, un bouclier, une couronne de laurier, caractérisent la cause de de ses regrets. Au-dessous est écrit :

mon amour pour mon fils
a pu seul
me retenir a la vie.

Sur la face opposée on lit :

ici repose
charles-angélique-françois
huchet,
comte de la bédoyère,
né le 17 avril 1786.
enlevé
a tout ce qui lui était cher,
le 19 aout 1815.

Charles-Angélique-François-Huchet, comte De La Bédoyère, naquit à Paris, d’une famille distinguée. Il embrassa de bonne heure la carrière des armes, s’y distingua par un grand courage et des talents militaires, et fit plusieurs campagnes avec honneur. Colonel d’infanterie à l’arrivée des alliés en France, il adhéra à la chute de l’Empereur, et embrassa volontairement la cause des Bourbons. Mais, en 1815, envoyé pour s’opposer au retour de Napoléon, il fut le premier qui passa avec son corps du côté de celui qu’il avait promis de combattre, et décida peut-être ainsi de la destinée de toute la nation. Créé pendant les Cent Jours Pair de France, maréchal et aide de camp, il accompagna l’Empereur à Fleurus et à Waterloo. Obligé de fuir, il fut arrêté chez une des amies de sa femme et mis en jugement le 4 août 1815. Il a montré dans tout le cours de la procédure une résignation, un sang-froid, une fermeté d’ame et une présence d’esprit que rien n’a pu altérer. Il est mort en guerrier français.