Les sports de la neige/22

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Traduction par René Auscher.
Hachette & Cie (p. 116-118).


MARCHE EN TERRAIN DIFFICILE


Une descente en terrain difficile à travers des bois touffus, parsemés de gros blocs de rochers offre au skieur habile l’occasion de déployer ses connaissances techniques. Quand on ne peut plus choisir le temps et le lieu où un Christiania, un chasse-neige, un saut de côté ou un saut en profondeur conviennent, mais qu’un arbre, un rocher, un ressaut à pic se trouvent subitement devant vous, la plupart du temps, l’art acquis sur le terrain d’exercice s’écroule comme un château de cartes, et une chute s’ensuit. C’est alors qu’on s’aperçoit que tous les beaux virages de Telemark et de Christiania ne sont que des fantaisies parfois difficiles à appliquer en pratique. Une descente accidentée dans un terrain difficile est désignée par les Norvégiens par un seul mot tiré du dialecte de Telemark : slalom. Le slalom n’est pas un spectacle aussi captivant que le saut, mais il est, pour le skieur, beaucoup plus agréable. C’est déjà émotionnant de traverser des bois, pas trop touffus, en faisant des chasse-neige ; et de terminer, en s’arrêtant en bas juste devant un arbre, avec un Christiania. Nous ne pouvons pas, en réalité, nous représenter le slalom exactement, mais dans un article très instructif sur le ski en Norvège, le professeur Lefmann cite un épisode que nous allons reproduire.

« Déjà avant la fin de la course du saut au Hegghulsbaken, un certain nombre de membres du comité directeur se mirent à jalonner un kilométre environ de descente dans la forêt. C’était la partie la plus difficile de la piste qui s’étendait sur une lieue environ ; elle fut, avant le commencement de la course, le théâtre des exercices de skis les plus intéressants que j’aie jamais vus et que, jusqu’à présent, on n’a pu voir qu’en Norvège. En tous sens, une centaine de skieurs et de skieuses tournaient et se croisaient sur ce terrain, se précipitaient ici au bas d’un thalweg, utilisaient là une saillie comme tremplin de saut naturel, remontaient ensuite sur une éminence, en passant exactement entre deux arbres choisis, descendaient de nouveau au bas d’une pente. Ils surent, dans tout ce va-et-vient, éviter avec une sûreté étonnante une collision entre eux et les spectateurs et tout heurt contre les arbres. Un grand nombre de skieuses descendirent, la canne libre dans la main droite, et l’une immédiatement derrière l’autre, la partie de la piste encombrée de skieurs, de spectateurs et de troncs d’arbres. Cette façon de pratiquer le ski exige peut-être à un plus haut degré que le saut, qui reste toujours un exercice spécial, une possession complète de cet art, mais elle demande surtout une plus grande présence d’esprit et une décision plus rapide. »

Cette conclusion est indiscutable, mais comme les choses les plus difficiles ne sont pas toujours les plus belles, la palme restera cependant au saut.

Une chose importante en terrain difficile est de savoir aller lentement. Aussi, dans la Forêt-Noire, dans les Monts des Géants et surtout dans les Vosges, il y a des terrains alpestres où on doit cesser les exercices nécessitant une grande souplesse, surtout si on a un sac lourd sur le dos. Il ne faut compter, dans ce cas, que sur un bon bâton et sur la marche freinée, et cesser de se laisser aller ; la sécurité doit l’emporter sur l’élégance !

Dans de tels terrains, qu’on rencontre dans les contreforts des Alpes et dans les montagnes de l’Allemagne centrale, le danger des avalanches n’est pas tout à fait à négliger. Il ne s’agit que de quelques rares endroits, il est vrai, mais ils ne sont habituellement pas connus des skieurs. Il vaut mieux faire l’emplette d’un guide spécial pour les montagnes en question : il en existe déjà de fort bons. Au reste, pour ne pas donner d’inquiétudes inutiles, nous ajouterons que dans la Forêt-Noire, par exemple, où il y quatre couloirs d’avalanches, il n’est arrivé, depuis 10 ans, qu’une seule catastrophe. Il en est de même pour les autres montagnes du centre de l’Allemagne. Les contreforts des Alpes sont déjà plus dangereux : là le skieur doit être doublé d’un alpiniste.