Les voies de l’amour/02

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche

CHAPITRE II

LE BANQUET DU SOUVENIR

Baptiste Viau allait ouvrir la bouche de nouveau pour rappeler quelques autres souvenirs quand apparut dans l’encadrement de la porte une vision céleste. On eût dit un tableau tel qu’aurait voulu en peindre un grand artiste. C’était une jeune fille d’une beauté éblouissante dont l’éclat était encore rehaussé par le nimbe qui l’auréolait et que lui procuraient les bougies électriques aux reflets rouges et jaunes de la salle à manger qu’elle venait d’ouvrir. Des cheveux auburn, en longue frange tordue, encadraient sa figure à l’ovale un peu allongé et tombaient sur des épaules arrondies d’une blancheur éclatante. Des cils bruns, longs et soyeux ombrageaient quelque peu ses yeux qui brillaient comme deux saphirs de Birmanie enchâssés dans des petites billes du plus bel ivoire. Un nez petit et droit surmontait une bouche délicate, aux lèvres minces et rouges comme des fleurs de grenadier. Cette jeune fille était vêtue d’une toilette simple en satin rose. Ses petites mains potelées, ses doigts effilés tenaient un cabaret en argent ciselé dans lequel six verres remplis de cocktail transparent miroitaient comme des rubis de l’Inde.

La jeune fille s’avançant timidement, Michel Toinon se leva : « Mes amis, dit-il, je vous présente Andrée, ma fille unique, la divinité de ma maison. »

« Regardez ma fille, c’est le dernier reflet d’un beau soleil couchant qui n’a plus eu d’aurore ; plus tard je vous expliquerai cette énigme. Ma fille c’est l’étoile qui brille dans ma nuit éternelle. Elle est la vie de ma maison, la lumière de mes yeux, l’oreille de mon cœur. Sans elle je ne voudrais plus vivre ; non je ne vivrais plus. À l’aurore c’est sa voix que je veux entendre comme autrefois son gazouillement quand les premiers rayons du soleil se jouaient sur son petit lit entre ses doigts roses. Pendant le jour, c’est elle et toujours elle que je veux voir et entendre parce qu’elle est l’image d’une disparue qui vit toujours en elle. Le soir quand sa tête blonde repose sur l’oreiller tout blanc, c’est sa bouche vermeille que je baise tendrement en souvenir du rosier sur lequel elle a fleuri. Regardez ma fille ; voyez ce beau visage d’enfant et regardez tout ce qu’il y a cependant de maternel dans la profondeur de ses yeux si doux. Si vous pouviez compter les pulsations de son cœur vous comprendriez qu’on ne puisse être triste près d’elle. Plus gaie que les rayons du soleil, elle éclaire la vie de son père qui s’éteindrait sans elle. Plus douce que le zéphir elle tempère la mélancolie. C’est une fée dont la baguette magique métamorphose les chardons en roses moussues. »

Les cinq amis se levèrent et saluèrent profondément la jeune déesse dont l’incarnat des joues s’était transformé en rouge pivoine. « Père, dit-elle, tu me gênes ».

Pierre Vinet levant son verre : « Messieurs, dit-il, à la plus belle jeune fille du plus aimable amphitryon ». Et l’on passa dans la salle à manger où l’on goûta avec délices ce que les doigts magiques de la petite déesse, devenue fée pour quelques heures, avaient confectionné admirablement. Les entrées, les pièces de résistance, les entremets de légumes, les entremets sucrés, les friandises, les desserts, tout était si bien apprêté qu’il n’était nullement nécessaire d’y ajouter aucune sauce piquante ; même sans les vins qui étaient choisis avec la plus grande adresse, l’appétit se sentait aiguisé par le fumet des rôtis, l’arome des bonbons, la vue des pâtisseries et des crèmes alléchantes, l’apparence juteuse des fruits. La table était garnie d’une nappe en broderie sur laquelle couraient des guirlandes de verdure entremêlées de rubans roses. Le surtout et le couvert d’argent brillaient autour des assiettes et des plats en faïence fine, reliquat de l’immense fortune du père de Michel Toinon. Le repas fut long et joyeux. C’était un peu de la jeunesse qui rôdait autour de la table aux souvenirs évoqués. La gaieté d’autrefois semblait effacer les rides que les misères, les tracas et les inquiétudes de la médecine avaient creusées sur les joues des convives encore plus que l’âge. N’étaient-ce point encore quelques beaux jours d’été qui revenaient au milieu de l’automne ? Leur vie d’étudiants revenait tout entière ; il leur semblait la revivre une seconde fois, mais combien plus douce puisqu’elle était exempte des déboires possibles aux examens et surtout de l’inconnu de l’avenir.

Des artistes aux pinceaux délicats ou hardis auraient trouvé maints sujets à composition dans cette salle où la gaieté, régnant en maîtresse, stimulait davantage l’appétit de ces convives qui passaient déjà pour de belles fourchettes, fouettait fortement l’imagination de ces convives qui avaient déjà fait d’amples provisions d’histoires et de souvenirs avant de se réunir. Elle illuminait brillamment ces faces qui n’avaient plus rien de l’austérité et de la sévérité du médecin. Les yeux pétillaient d’un feu ardent ; et les langues qui connaissaient si bien la retenue en avaient oublié les règles.

Au bout de la table, Michel Toinon, l’amphitryon, d’ordinaire si sérieux, souriait plaisamment sous sa grosse moustache noire. Son œil avait perdu l’acuité habituelle du regard. On n’y voyait plus rien, non plus, de cette teinte de tristesse et de mélancolie qui lui venait souvent quand certains souvenirs secouaient les cendres de son passé. Il était gai, mais sa gaieté n’avait rien de factice ni de trop bruyant. Il recevait ses amis joyeusement, princièrement et c’était un vrai plaisir pour lui de les voir manifester tapageusement leurs remerciements. Son aménité paraissait extrême et seule sa taille dominait ses convives. Jeune il avait été joli ; l’âge et les chagrins l’avaient encore embelli en lui donnant un air de dignité qui manquait peut-être quelque peu à quelques-uns de ses hôtes. En effet, à l’autre bout de la table, Baptiste Viau ne payait pas de mine. Sa laideur d’autrefois s’était aggravée. Son nez, qui n’était pas des plus délicats dans le jeune âge, avait pris des proportions considérables, et une teinte couperosée l’envahissait en entier comme si un jour la couleur des cheveux rouges de son propriétaire s’y était déteinte. Baptiste n’était pas beau, mais il était resté le boute-en-train de toutes les fêtes comme autrefois. Voir son masque, même au repos, c’était suffisant pour pouffer de rire ; imaginez ce que c’était quand sa bouche s’ouvrait démesurément pour la chanson comique ou grivoise dont il avait toujours conservé le monopole.

En vis-à-vis de chaque côté de la table, Louis Vincent et Pierre Vinet offraient eux-mêmes des contrastes aussi marqués. Louis était plutôt délicat ; mais sous des apparences toujours fragiles il avait eu des muscles de fer et ses yeux gris luisaient encore comme de l’acier bien trempé. Chauve et presque imberbe, il avait cependant conservé une figure de jeunesse, sans rides, et l’âge chez lui ne pouvait se deviner qu’à la blancheur de ses cheveux. Par contre, Pierre était grand, gros, lymphatique, d’une pâte molle. Il ressemblait à ces beaux dogues d’autant plus doux qu’ils sont plus gros. Il aurait peut-être fait une bouchée de Vincent, mais il aimait mieux le taquiner que le manger.

Jean Bruneau et Oscar Labelle, les deux autres vis-à-vis, se ressemblaient plus au physique qu’au moral. Tous deux grands, toujours bien mis, et portant encore la redingote des médecins de l’ancien temps, ils en imposaient par leur prestance qui leur avait valu plus de succès que leur science plus que douteuse ne le faisait prévoir. Jean Bruneau avait toujours eu assez d’empire sur soi pour cacher son caractère acariâtre dans sa clientèle ; mais quand il rencontrait ses amis dans l’intimité, il redevenait ce qu’il avait été dans sa jeunesse. Il aimait à piquer et à déprécier la valeur d’autrui. Oscar Labelle, au contraire, était toujours le vrai gentilhomme au langage élégant et poli, aux manières affables et recherchées.

Malgré la grande différence de leur caractère, ces six amis aimaient à se rencontrer souvent chez les uns ou les autres. L’intimité de leur vie d’étudiants était toujours restée vivace entre eux et leur jeunesse semblait leur revenir chaque fois qu’ils se retrouvaient. Ce soir-là, chez Michel Toinon, autour de la table si bien garnie de vins généreux, leur jeunesse s’était ravivée plus que jamais. Ils avaient oublié complètement que la soixantaine avait dénudé leur crâne et blanchi leur tête, et ils s’en donnaient comme autrefois dans leurs agapes d’étudiants avec la même gaminerie.


« Hé ! Baptiste, s’écria tout à coup Oscar, ne revois-tu pas ces grosses volutes de fumée grisâtre qui s’échappaient de nos pipes que nous avions bourrées dans la grande blague de ce bon Frise-Blague à la face passée au jus de tabac. J’en sens encore l’odeur nauséabonde et l’âcreté qui me gratte la gorge, et je revois le sympathique abbé Marcoux, le vice-recteur, qui, en se frottant les yeux, entr’ouvre la porte de son bureau et nous crie : « De grâce, fumez du tabac et non des feuilles de chou et de rhubarbe fermentées ; j’étouffe et les yeux me brûlent. »

Et Baptiste, pour donner plus de vie à ce souvenir, ouvre une grande bouche et entonne une de ces chansons grivoises du fameux Victor, le maître-chantre de la faculté. Cependant que Jean Bruneau, tenant de chaque main un couteau et une fourchette, bat la mesure sur la table en répétant : gauche, droite.

« Que fais-tu, lui dit Louis Vincent en le poussant du coude ; le bon vin de Michel Toinon te monte-t-il déjà à la tête ? Il t’en faut bien peu, car il me semble que tu n’y as pas goûté beaucoup ; ton verre est encore plein ; c’est vrai qu’il est capiteux en diable ! »

« Comment, rétorque Jean, vous ne vous souvenez déjà plus de l’époque de nos gamineries, quand nous nous croyions tout permis parce que nous étions étudiants en médecine. Ce jour-là, vous étiez avec moi à la grille de la palissade du Château Ramesay. Trois jeunes filles passent de l’autre côté de la rue. Nous cadençons nos pas au bruit de leurs talons qui chantent sur le trottoir en pierre : gauche, droite. Et nous de répéter en frappant très fort du talon de nos gros souliers : gauche, droite, et les trois jeunes filles tout étonnées, tout abasourdies, de piétiner sur place : gauche, droite. Elles n’avancent pas d’une semelle, et nous continuons : gauche, droite. Un groupe d’étudiants sort de l’Université qui entonne le refrain « À la Bisaillon ». Nous emboîtons le pas derrière ces autres gamins, oubliant les jeunes filles qui en profitent pour se sauver dans une autre direction.

« Ah ! je suffoque », s’écrie, d’une voix lamentable, Pierre Vinet qui porte la main à sa gorge. On s’effare ; on se demande si quelqu’un n’a pas de la trinitrine, de l’huile camphrée, de la spartéine. Michel Toinon est déjà debout ; il court à sa pharmacie. « Mais, non ; mais, non, s’écrie de nouveau Pierre Vinet ; je ne suis pas malade je n’ai pas d’angine de poitrine. C’est encore ce damné Victor qui fait des siennes. Ne le voyez-vous pas briser les bancs de la salle de récréation, en jeter les morceaux dans le gros poêle dont il enlève le tuyau. La fumée sort en gros tourbillons qui vont s’entre-choquer avec les nuages que produit le tabac de Frise-Blague. Ce souvenir de Frise-Blague et de Victor, de caractères si opposés, est si vivace qu’il me semble les voir tels qu’ils étaient à l’Université emplissant la salle de récréation, l’un de la fumée âcre du poêle ouvert et l’autre de la fumée de sa pipe grosse comme un four. Le seul souvenir du mélange de ces fumées me suffoque comme autrefois leur nuage obscur et leur odeur insupportable. »

On se rassit et on rit à gorge déployée.

« Pauvre Victor ! pauvre Frise-Blague, continua Pierre Vinet en forme d’oraison funèbre, Victor et Frise-Blague étaient les types les plus remarquables et les plus disparates parmi les étudiants, quoique tous deux bons et charmants garçons. Le premier, blond, à la face réjouie, avait toujours la bouche fendue jusqu’aux oreilles pour en laisser échapper une sottise comique ou une chanson grivoise. Toujours en mouvements, il méditait constamment un mauvais tour et parfois une farce cruelle. Il agaçait souvent ses confrères pour le simple plaisir de rire de leur colère, mais perdait toujours son temps et ses peines quand il s’attaquait au bon Frise-Blague dont il excitait le rire plus que l’ire. Frise-Blague était brun ou plutôt cuivré comme son tabac, frisé comme un jeune agneau, paisible comme un enfant le jour de sa première communion. Il bourrait continuellement sa pipe, qu’il l’eût à la bouche ou dans sa poche. Ils sont morts tous deux ; que Dieu ait pitié de leur âme et les reçoive dans son giron ! »


Pendant longtemps ce fut encore une évocation des plaisirs bruyants et tapageurs, des scènes comiques ou grotesques de la gent étudiante. Les six bons amis assagis, réunis dans une agape de l’âge mûr, se revoyaient en goguette, sortant d’un banquet gargantuesque où l’alcool et les vins avaient coulés à profusion, parcourant les rues de Montréal avec un bruit infernal, maltraitant la police alors bon enfant et impuissante, ne se gênant point quelquefois de chanter malheureusement des chansons obcènes, entrant dans les bouges infâmes de certaines rues pour le simple plaisir d’en jeter dehors les filles débraillées.

C’était un feu roulant d’anecdotes et d’histoires qu’il ne serait pas convenable de redire ici. Entre médecins on peut se rappeler les farces scabreuses de la folle jeunesse.

Dehors la tempête faisait toujours rage ; le vent sifflait, hurlait ; les contrevents et les portes craquaient ; par instant des bouffées de fumée se répandaient dans la salle pendant que les flammes repoussées léchaient les chenets. Sur la table du festin, les bougies rouges achevaient de se consumer et la cire en tombait comme des grosses gouttes de sang qui se figeaient sur la nappe autour des candélabres, tableau bien propre à rappeler aux médecins les heures d’angoisse de leur pratique et de susciter à leur mémoire de nombreux souvenirs. La pénombre qui envahissait la salle, maintenant insuffisamment éclairée par les petites ampoules électriques au verre coloré et dépoli, ramenait leurs pensées bien loin en arrière au temps où, le soir, il fallait éteindre les becs de gaz et remplacer leur flamme éclairante par celle toute petite et toute tremblante des chandelles qu’ils plantaient dans le goulot d’une bouteille ou d’un flacon, précaution bien utile pour ne pas être asphyxiés quand ils administraient le chloroforme à leurs parturientes ; et dans cette pénombre d’autrefois combien les petites gouttes de sang leur paraissaient grandes et combien l’imagination les faisait plus rutilantes.

Les six amis réunis autour de la table étaient des hommes instruits, des médecins habiles, à la mémoire vivace et un rien leur rappelait tant de choses, tant de faits, qu’ils auraient pu raconter, pendant des jours et des jours, l’histoire comique ou tragique de leur longue pratique. Le couteau ou la cuiller qu’il tenait en main disaient à l’un d’eux les repas qu’il avait été obligé de prendre au début de sa pratique dans des familles pauvres, malpropres, sur des tables boiteuses, crasseuses, avec des couteaux ébréchés presque sans manche, avec des cuillers en étain dont l’usure en dents de scie déchirait la bouche, sur des tables où parfois des petites vermines couraient en zigzaguant. Et puis que mangeait-il du bout des lèvres ? Une soupe maigre sur laquelle surnageaient quelques pois ou quelques grains de riz, du pain dur à se briser les dents et du beurre ranci. Et malgré les haut-le-cœur il lui fallait faire bonne contenance pour ne pas froisser les pauvres malheureux qui étaient assez bons de l’appeler à leur secours, et assez charitables de lui offrir ce qu’ils croyaient pouvoir le réconforter. Bienheureux encore était-il quand, dans les confitures qu’on lui offrait, il n’y avait pas autant de mouches que de fruits.


Les heures passaient et personne ne voyait marcher les aiguilles de la grande horloge dont le tic-tac n’était pas plus perçu. Les conversations étaient toujours aussi bruyantes ; les sujets en étaient variés. On décrivait les scènes gaies et tapageuses de l’Académie de Musique où l’on allait entendre la divine Sarah ou les fameux Coquelin et tous les artistes qui nous venaient de France. On refaisait les promenades de l’après-midi avec le monde fashionable sur les rues St-Jacques et Notre-Dame, et le soir sur la rue Ste-Catherine tacitement réservée au peuple : le petit bourgeois, le commis, l’artisan et l’ouvrière. On se rappelait avec plaisir les rencontres aussi agréables que fortuites avec les petites ouvrières, modistes ou vendeuses de magasin (ces petites soirettes si l’on pouvait baptiser ainsi ces petites amies d’un soir) toujours jolies sous leurs grands chapeaux à plume et dans leur toilette si simple. Comme elles attiraient forcément vers elles, avec leurs joues légèrement colorées, leur bouche délicate et souriante, leur démarche alerte !

« Nous marchions, disait Baptiste, quelque temps derrière elles ; nous parlions le langage des carabins pour attirer leur attention. Elles prêtaient l’oreille, retournaient la tête pour jeter un coup d’œil en arrière, et ralentissaient le pas. Nous hâtions notre marche pour les devancer. Une œillade de part et d’autre et la connaissance était vite faite. Nous nous promenions en nous disant quelquefois des banalités, le plus souvent des joyeusetés, pour finir par des mots d’amour qui n’avaient pas de lendemain. C’était deux ou trois heures d’une promenade charmante que nous nous promettions de refaire souvent. Puis nous allions reconduire nos nouvelles petites compagnes jusqu’à la porte de leur demeure où, dans de longs serrements de mains et quelquefois de fortes embrassades, nous nous jurions de nous revoir bientôt. Parfois les moins timorées nous invitaient à entrer dans leur modeste logis, quand la soirée n’était pas trop avancée. Hélas ! les mêmes promenades ne se répétaient plus avec les mêmes petites coquettes ou petites chéries d’un soir : l’étudiant était si volage, et les pauvres petites, dans leur crédulité naïve, attendaient longtemps et toujours celui qui ne revenait plus jamais. Et d’un autre côté, combien de fois aussi nous sommes-nous épris d’une folle passion pour la jeune fille de la maîtresse de pension où nous logions. Parfois à l’amour sincère et passionné de la jeune fille, l’étudiant répondait par une amourette. Souvent il y avait amour véritable des deux côtés, mais cet amour ne persistait qu’autant que l’étudiant ne changeait pas de chambre et de pension, et puis l’adage : loin des yeux loin du cœur, devenait vrai ; l’amour tiédissait, se refroidissait pour se réchauffer à nouveau dans une autre passion. J’ai connu des confrères qui ont eu autant de fiancées que de maisons de pension. Était-ce de leur faute ? Comment pouvaient-ils toujours résister aux câlineries de ces petites chattes, au minois si gracieux, toujours à rôder autour d’eux, rentrant inopinément dans leur chambre sous prétexte, d’y apporter une chose oubliée, une serviette, une fleur, un ruban, entamant adroitement une conversation indifférente qui finissait en propos amoureux, en caresses inoffensives, en baisers… »