Lettre 120, 1670 (Sévigné)

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1670 Ce n’est pas que vous ne m’ayez fort abandonné depuis six mois ; mais j’aime à faire toujours mon devoir avec mes amis, quand même ils se relâchent avec moi. Vous savez bien que je vous ai écrit le dernier. M. de Corbinelli a été à Bussy depuis : nous avons été fort aises de nous revoir, et vous jugez bien que la conversation ne languissoit pas trop entre nous ; vous en avez été le sujet souvent. J’ai reçu de ses nouvelles depuis peu, et j’espère de le revoir l’été prochain en Bourgogne. Cependant je m’amuse à mille occupations, les unes agréables, les autres utiles, et j’envisage d’un esprit clair et net ce qui se passe à la cour, c’est-à-dire les coups extraordinaires de l’amour et de la fortune. Tout cela, ma chère cousine, fait assez d’honneur aux gens malheureux du reste. Je vous avoue que cet honneur n’est pas un bien trop solide ; mais nous autres pauvres diables, nous nous consolons de ce que nous pouvons attraper.

Un de mes amusements, c’est de recueillir tout ce que je puis trouver de nos pères[1], et d’en faire une petite histoire généalogique qui ne vous déplaira pas.

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121. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À COULANGES.
À Paris, ce lundi 15e décembre.

Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus

  1. 2. Voyez la note 5 de la lettre 123.