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Lettre du 31 janvier 1676 (Sévigné)

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498. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ ET. DE CHARLES DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
Aux Rochers, vendredi 31e janvier.
de madame de sévigné.

Ne soyez en nulle peine de moi : je suis hors d’affaire, à la réserve que j’ai les bras, les mains, les jarrets, les pieds gros et enflés, et je ne m’en aide point ; c’est une incommodité incroyable, mais qui finira bientôt. J’ai été mille fois mieux ici qu’à Paris : je suis servie et traitée comme la Reine[1].

de charles de sévigné.

OH ! la belle écriture ! ne trouvez-vous pas que ma mère eût tout aussi bien fait de ne vous pas écrire ? nous l’en voulions empêcher, mais elle l’a voulu : je souhaite que cela vous serve de consolation ; souhaitez-nous en récompense un peu de patience pour supporter l’enflure et la foiblesse qui restent. Ma mère croyoit que du 1676moment qu’elle n’auroit plus de douleurs, elle pourroit aller à à cloche-pied : elle est un peu attrapée de s’en voir si éloignée. Tout ira bien, pourvu que l’impatience ne fasse point de mauvais effet. Nous voulions vous envoyer une lettre de Mme de Vins, que ma mère reçut le dernier ordinaire ; mais à force de l’avoir voulu conserver, il arrive que nous ne la trouvons point. Sachez en gros que cette lettre étoit fort honnête : Mme de Vins assuroit qu’elle étoit persuadée que les Grignans avoient eu toute la raison de leur côté dans ces deux dernières affaires, et qu’elle ne vous avoit point écrit, parce qu’elle vous connoissoit trop d’esprit et trop de bon sens pour vouloir recommencer vos démêlés, puisque la cause en étoit ôtée ; elle dit aussi qu’elle a eu tant de chaleur pour les Grignans parce qu’ils avoient raison, qu’elle en est devenue suspecte aux autres : voilà grossièrement le sujet de la pièce. Vous pouvez croire à cette heure que vous avez lu la lettre ; je compte que nous la retrouverons dans quinze jours ou trois semaines : on a eu si grand’peur de l’égarer qu’on l’a mise bien précieusement dans quelque petit coin où personne ne la pût toucher ; nous n’y avons pas touché nous-mêmes, tant on a bien réussi à faire ce qu’on vouloit. Adieu, ma petite sœur.



  1. LETTRE 498. — Ce premier paragraphe est la seule partie de cette lettre que Perrin ait donnée dans sa première édition. Il l’a placé à la fin de la lettre du 8 mars.