Lettres écrites d’Égypte et de Nubie en 1828 et 1829/Note préliminaire

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
LETTRES
ÉCRITES D’ÉGYPTE ET DE NUBIE,
en 1828 et 1829.


----


NOTE PRÉLIMINAIRE
EXTRAITE DU MONITEUR DU 11 AOÛT 1828.

Les journaux français et étrangers ont parlé diversement du voyage littéraire en Égypte, que des savants et des artistes exécutent en ce moment sous la direction de M. Champollion le jeune. Nous devons à nos lecteurs quelques détails exacts sur cette intéressante entreprise. Hâtons-nous de dire qu’elle est un nouveau bienfait du Roi envers les sciences historiques et les beaux-arts.

S. M. ayant donné son approbation au plan de ce voyage, ses ministres de l’intérieur, des affaires étrangères, de la marine, et le ministre d’état intendant de la maison du Roi, furent chargés d’en assurer l’exécution ; elle a trouvé dans leurs lumières le concours le plus actif et le plus bienveillant.

Le but même du voyage ne pouvait manquer d’exciter l’intérêt des ministres du Roi, puisqu’il était l’objet des vœux de toutes les sociétés savantes de l’Europe. On est assez avancé, en effet, dans la connaissance des écritures égyptiennes : les monuments égyptiens transportés dans les musées publics et les collections particulières, ont fourni déjà d’assez nombreuses notions sur l’histoire civile et militaire, sur le système religieux et les personnages mythologiques, sur la vie sociale, les mœurs, les usages, la pratique des arts techniques et des arts du dessin en général, dans l’antique Égypte, pour savoir combien il reste encore à apprendre sur ces sujets divers, et combien d’importantes lacunes restent à remplir dans l’histoire du peuple le plus célèbre de l’antiquité, qui, aux plus anciennes époques de ses annales, se trouve déjà mêlé à des nations de l’Orient et de l’Occident, dont les premiers temps ne nous sont pas encore connus. L’Égypte peut donc nous rendre, par le témoignage de ses monuments, plusieurs pages qui nous manquent dans sa propre histoire et dans l’histoire universelle des sociétés primitives. Cette conquête ne sera pas trop chèrement payée de quelques dépenses, de quelques fatigues et de quelques hasards.

Ce sont ces mêmes vues qui ont animé nos voyageurs français, et qui ont excité leur zèle et leur dévouement. Préparés de longue main à cette exploration scientifique, se confiant avec toute raison aux lumières et au caractère de leur chef, protégés partout par le nom vénéré de leur Roi, ils ont quitté la côte de France, le 31 juillet dernier, sur la corvette l’Églé, qui doit toucher d’abord à Agrigente en Sicile, et les porter ensuite à Alexandrie. À M. Champollion le jeune se sont réunis MM. A. Bibent, architecte, connu par ses importants travaux sur Pompei ; et comme dessinateurs, Nestor Lhote, employé à la direction générale des douanes ; Salvador Cherubini et Alexandre Duchesne, Bertin fils et le Houx, élèves de M. le baron Gros. M. Lenormant, inspecteur au département des beaux-arts, a profité de cette précieuse occasion pour visiter les monuments de l’Égypte.

Une association non moins heureuse pour les voyageurs français, est celle que leur a assurée S. A. I. et R. le Grand-Duc de Toscane. Animé de cette protection déclarée pour les sciences et pour les arts, qui est héréditaire dans sa famille, ce prince a désigné plusieurs savants italiens pour se joindre à M. Champollion le jeune, et les a placés sous sa direction pour seconder ses recherches, et travailler en commun au résultat géuéral de cette mémorable exploration. M. Hip. Rosellini, professeur de langues orientales à l’université de Pise, chargé plus spécialement des ordres de son Altesse, aura avec lui MM. Gaëtano Rosellini, comme naturaliste ; le docteur Alexandre Ricci, qui a déjà habité l’Égypte ; l’habile dessinateur Angelelli, et le professeur Raddi, connu par ses belles recherches d’histoire naturelle au Brésil.

Telle est la réunion de savants et d’artistes unis d’intentions et d’efforts pour accomplir une des plus nobles entreprises de notre époque. Si les circonstances ne sont pas trop défavorables, l’Europe savante lui sera redevable d’importants documents pour l’histoire et les beaux-arts, et les annales littéraires de la France signaleront ce voyage avec reconnaissance ; il sera pour elles une occasion de plus de célébrer le nom du Roi, protecteur de toutes les gloires.