Lettres de Chopin et de George Sand/Lettre 65

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Texte établi par Ronislas-Edouard Sydow, Denise Colfs-Chainaye et Suzanne Chainaye,  (p. 125-126).

65. — Frédéric Chopin à Albert Grzymala à Paris.

[Nohant], 2 juin 1839.

Enfin sur place après une semaine de voyage. Nous nous sentons tous parfaitement bien. Belle campagne : alouettes, rossignols. Il ne manque que toi, mon oiseau. Surtout qu’il n’en soit pas cette année comme il y a deux ans. Viens ne serait-ce que pour quelques minutes. Choisis un moment où ils seront tous [l’entourage de Grzymala] en bonne santé et s’y résigneront pendant quelques jours par charité pour le prochain. Laisse-toi embrasser. Tu recevras, en échange, des pilules et du lait excellent. Mon piano sera à ta disposition. Rien ne te manquera.

Ton
Fryc.

Fais, je te prie, porter ma lettre à la Bourse. Écris nous un mot et si Jeannot a reçu des nouvelles des miens, veuille me les faire parvenir.
[P. S. de George Sand].


Cher Époux,

Je suis dans la tristesse aujourd’hui. J’ai appris la mort de mon pauvre ami Gaubert, et je ne pourrais vous dire une parole gaie. Mais, dans ma douleur, je sens plus que jamais le besoin de vous voir et de vous serrer dans mes bras, mon ami qui remplace celui que j’ai perdu. Il faut donc que vous soyez aimé pour deux aussi de votre côté. Ce n’est pas dire qu’on cesse d’aimer les morts, mais on les aime autrement. Ils n’ont plus besoin de nous. Je ne les plains pas ! Mais nous avons besoin les uns des autres, nous qui continuons ce pèlerinage. Venez donc, cher ami ; nous vous attendons avec impatience et nous ne saurons, admettre la pensée de ne pas vous voir bientôt.

Je ne veux pas vous dire adieu mais à revoir.