Lettres de Madame Roland de 1780 à 1793/Lettres/1780

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche




1

[À SOPHIE CANNET, À AMIENS[1].]
16 février 1780. — [de Paris.]

Enfin, ma chère Sophie, me voici paisible et solitaire, conduisant la plume à ton intention ; je pense à toi, chose ordinaire ; je t’aime ainsi que je fis toujours ; je te le répète, et voilà ce qui commence à devenir plus rare que par le passé. Ce n’est pas que ma situation nouvelle ait rien changé à mes penchants ; l’amitié pourrait-elle recevoir quelque atteinte de l’affection intime et saine qui me pénètre aujourd’hui ? Le lien qui nous rapproche, formé par le goût du bien, serait-il relâché, lorsque mon enthousiasme pour tout ce qui est beau et respectable parvient au dernier degré de développement dont il peut être susceptible ? Non, ma bonne amie, tu ne peux cesser de m’être chère, tant que nous serons nous-mêmes ; mes dispositions à ton égard demeureront ce qu’elles étaient ; tu resteras à ta place, mais il y en aura une avant elle. Mon cœur sensible, indépendant, se livrait avec transport à l’attachement qui nous unissait ; objet volontaire de ma confiance, tu la possédais sans réserve ; je versais dans ton sein tout ce qui pouvait toucher mon âme ou regarder ma personne, je ne me serais tue avec toi que par devoir, je partageais tout par goût et par besoin.

Fille et libre, je fus avant tout amie franche et dévouée, toujours aimante et sincère ; je suis épouse aujourd’hui, cette relation devient la première, et tu n’es plus qu’au second rang. Mon confident, mon ami, mon guide et mon appui se trouve à mes côtés ; devoir, inclination se réunissent et se confondent.


Du 17, au matin.

J’étais ici hier, lorsque ta sœur[2] est arrivée pour passer avec moi une partie de la soirée. Je reprends ma lettre au sortir de mon lit et je vais courant après mes idées, toutes interrompues à l’instant où je te quittai. Je sais que tu as remarqué mon silence, parce que tu ne t’es pas représenté combien mon temps s’est trouvé rempli, malgré l’extrême simplicité que nous avons gardée dans tout ce qui n’est que cérémonies. Aussi ce ne sont point les affaires bruyantes et vaines, ordinaires dans ces circonstances, qui nous ont occupés ; j’aurais su interrompre celles de cette espèce pour te dire un mot ; mais, d’une part, le train de travail de M. Roland, de l’autre celui de la maison pour moi, et les petites gènes du local, ne m’ont pas laissé un moment à te consacrer.

Nous avons passé trois jours à Vincennes[3] sans profiter beaucoup de la campagne ; le temps était détestable ; mais, chez les autres, on ne fait jamais tout ce que l’on veut. Me voici présentement rentrée dans ce logement[4] dont tu vis les dispositions avant que je vinsse l’habiter ; je vais voir aujourd’hui nos religieuses et mon cloître[5] pour la première fois depuis que je les ai quittés. En vérité, les changements de scène sont assez singuliers. J’ai bien reconnu dans ta lettre et les dispositions de ton cœur et les véritables expressions d’un attachement qui m’est connu ; je m’attendais à l’impression agréable que tu recevrais de cet événement, parce que j’étais assurée de l’intérêt vif et sincère que t’avait toujours fait prendre ta tendre amitié aux choses qui me touchaient. Cette considération n’ajoute pas peu à mon bonheur ; non seulement je jouis pour moi, mais je songe avec douceur que je rends participante de ma satisfaction une amie qui si souvent fut pénétrée des épreuves que je subissais. N’est-il pas enchanteur que ce soit dans ta ville[6] que devaient enfin me conduire ces différentes démarches qui paraissaient m’en éloigner pour toujours ? Ainsi l’on avance aveuglément, dans sa carrière sans savoir où elle nous conduit, et la prévoyance la plus sûre ne fait souvent que nous préparer des surprises à nous-mêmes. J’ignore le temps précis où je partirai pour la résidence[7] ; toutes les résolutions demeurent subordonnées aux affaires, et celles-ci ne donnent que des conjectures à former.

J’espère que tu n’auras pas oublié de présenter pour moi, à notre chère maman[8], mille choses respectueuses et tendres ; en bonne amie, tu as dû me pressentir et me suppléer.

Reçois de mon mari beaucoup de civilités et de jolies choses.

2

[À SOPHIE CANNET, À AMIENS[9].]
9 mars 1780. — [de Paris.]

J’ai reçu ta lettre, je la relis avec attendrissement ; ton cœur et ton amitié s’y peignent d’une manière touchante. Il semble que tu veuilles te venger, par une générosité de sentiment, du changement que tu t’obstines à voir en moi. Sans doute, mon âme a subi de vives révolutions, et l’état où elle se trouve est nouveau pour elle ; mais l’exposé de tes idées me fait connaître que tu me juges encore autre que je ne suis. Non, ma chère amie, cette franchise qui me valut ton estime, cette sensibilité que tu développas, n’ont point souffert d’altération. J’ai pu passer par des circonstances singulières, je n’ai cessé d’être fidèle aux lois de la confiance. Ferme dans leur observation, je goûte aujourd’hui le dédommagement de ce qu’elle m’a coûté. Voudrais-tu donc affaiblir ma satisfaction, en me laissant penser que tu ne me crois pas exempte de tout reproche sur cet article ? il y a peut-être dans les possibles eu une situation avec l’alternative de passer pour fausse ou de l’être réellement[10]. Cette idée m’est venue souvent dans les querelles précédentes que tu m’as faites ; le souvenir de Fabius s’est présenté aussi à mon esprit ; j’ai suivi opiniâtrement le devoir, sans écouter toute autre considération, à tel prix que ce dût être. Je sentais depuis longtemps que le témoignage secret d’avoir bien fait était pour moi un avantage nécessaire, que rien ne pourrait remplacer, et je ne connaissais pas de soin qui pût passer avant celui de me le conserver. Tu connais mes principes à cet égard ; je te renverrais volontiers à certaine lettre écrite du couvent[11], en réponse à celle que ta sœur m’avait apportée. Il en est quelques-unes de cette espèce que nous pourrions nous rappeler ensemble, et qui, bien méditées, ne te permettraient pas de me juger si légèrement. Au reste, je suis loin, ainsi que je disais alors, de t’en faire la moindre plainte ; je sais ce que peuvent les apparences et combien elles justifient certaines inductions. Mon délai à t’écrire après mon mariage semble autoriser le raisonnement que tu fais à ce sujet. Il est pourtant très vrai que ce ne sont pas, comme tu l’exprimes, des petits soins avant lesquels tu aurais pu passer, qui m’ont empêchée de m’entretenir avec toi, mais des occupations indispensables auxquelles je ne pouvais dérober mes instants. Les plaisanteries que tu essuyas ne méritaient de ta part qu’une ironie qui les eut fait tomber. Le monde est en possession de juger avec inconséquence les sentiments et les actions que même il ne sait point apprécier. Les sages sourient de son prononcé sans daigner lui donner de l’importance par la peine de le réfuter. Avoue, ma Sophie, que tu aurais été moins portée à t’en affecter si les observations de quelqu’un que tu supposais à même d’en juger ne t’avaient disposée ou ne t’eussent soutenue dans cette pensée. J’ai lieu de le supposer, d’après quelques mots de notre amie, qui me reproche de n’avoir plus cette ouverture de cœur qui me distinguait autrefois. Tu connais cette chère Henriette, sa vivacité, ses saillies, ses questions ; il est aisé de paraître en défaut avec elle, surtout quand on n’a pas une tournure semblable à la sienne. Je la vois peu, parce que je ne sors guère, et que le local n’est pas favorable où je suis pour contenir à la fois quelqu’un d’occupé avec des gens qui causent.

Je me propose chaque jour d’aller voir aussi mademoiselle d’Hangard[12] chez laquelle je ne me suis pas transportée depuis qu’elle a perdu sa cousine et que j’ai acquis un mari ; enfin, un peu confuse d’un délai qui n’a pas l’air honnête, parce que chacun ne peut pas se représenter ma manière d’être, je viens de lui envoyer un petit billet qui puisse me suppléer jusqu’à nouvel ordre. Je suis retournée une seule fois à mon couvent pour passer quelques heures dans l’intérieur de la maison où l’on m’a laissé le privilège de rentrer deux fois. J’ai revu avec joie un asile où mon âme goûta quelque douceur dans le calme et la paix ; je rendis visite à toutes les personnes qui l’habitent, et je fis de ces comparaisons douces qui ajoutent à l’agrément du présent par le parallèle d’un temps différent. Il est assez singulier de penser que si je n’eusse été dans cette maison, je ne serais pas aujourd’hui destinée à devoir habiter Amiens. Ce fut pour moi le berceau du bonheur. Va, celui dont je jouis est d’autant plus pénétrant que je sens te le devoir en partie[13]. Je mène une petite vie très douce et bien conforme à mes goûts ; l’avenir ne me promet qu’une satisfaction plus grande. Je n’aperçois toujours pas le moment de te rejoindre, et je ne puis le déterminer ; rien n’est décidé quant au voyage qui t’effraye[14] et je ne sais que des peut-être à l’égard de toutes ces choses, parce qu’elles dépendent des circonstances. Les obstacles dont tu souhaites l’existence auraient bien leur agrément ; c’est encore tout ce que j’en sais, et la prévision n’est pas plus facile sur cet objet que sur bien d’autres. Je suis extrêmement flattée des honnêtetés des tiens, et particulièrement de celles de notre maman ; elle n’a pas besoin d’être suppléée dans le sens que tu l’exprimes, je n’avais aucun sujet d’attendre une lettre de sa part ; je me repose dans l’idée que tu me tiens présente à son souvenir, et que tu me conserves son amitié ; j’ai pensé aussi que tu serais mon interprète auprès d’elle pour tout ce que j’aurais à lui dire du plaisir de pouvoir par moi-même cultiver sa bienveillance ; voilà ta véritable fonction, et celle entre plusieurs autres que je te recommanderais, s’il était nécessaire de prendre cette précaution avec une amie.

Adieu, ma bonne et tendre amie, je reviendrai causer avec toi dans quelque autre instant, et je t’embrasse de tout mon cœur.


3

[À SOPHIE CANNET, À AMIENS[15].]
22 avril 1780. — [de Paris.]

C’est pour cette fois que je te prends en doute sur le compte de ton amie ; nombrant par tes doigts les jours de son silence, raisonnant à perte de vue des causes de celui-ci, et ne sachant plus qu’en penser. Ma preuve, c’est qu’avec la persuasion qu’aucune espèce de négligence n’y contribuerait de ma part, tu ne te serais pas empêchée aussi longtemps de me témoigner ton impatience. La connaissance que j’ai de ton cœur et de ta manière d’agir en amitié me fait tirer cette conclusion, que je n’ai pas vue sans peine justifiée par les apparences. Ta dernière lettre, dont la date est si reculée, ne m’a plus trouvé à la demeure où tu l’avais adressée ; gêne, petites misères, qu’on ne sent bien qu’à l’user, nous ont fait chercher un autre local[16] ; les embarras du déplacement furent un surcroît passager à mes occupations habituelles, qui, loin de rien fournir à l’ennui, ne laissent même que des minutes à cette sorte de loisir qui permet le choix des distractions. J’ai cherché à voir ta sœur aussi souvent qu’il m’était possible dans une vie si bien remplie, je l’ai rarement rencontrée, et nous en sommes pour ainsi dire à renouveler connaissance chacune des fois que nous nous retrouvons. Je l’avais priée de me suppléer près de toi, de calmer ma propre inquiétude sur les idées que mon délai pouvait te faire concevoir, de te rendre témoignage de mes dispositions ; mais j’apprends qu’elle-même ne te donne pas fréquemment de ses nouvelles, et je vois qu’il ne faut rien demander à ceux dont la santé chancelante laisse aussi peu de liberté pour l’exercice de leurs facultés ; il m’a paru cependant qu’elle éprouvait un peu de mieux. Je l’ai vue ce matin moins souffrante, plus gaie, plus heureuse par conséquent qu’elle ne semble être ordinairement.

Je saisis à la volée quelques instants pour causer avec toi. Je souffre véritablement de ce que tu peux imaginer, et j’ai hâte de te ramener au vrai ; j’ai trop bien aperçu que tu ne te faisais nulle idée de ma façon d’être active et occupée : tu compares la rareté de mes communications avec cette abondance qui les a toujours caractérisées, même dans les temps difficiles, et tu ne saurais te représenter combien la présence continuelle d’un objet chéri, des devoirs sans cesse renaissants, exercent l’âme et consument les moments. Tu résous fort sagement de cesser tes discussions et d’attendre à me voir pour me juger : j’espérais que, dans aucun cas, tu n’aurais plus besoin de cette ressource pour te déterminer à mon sujet ; mais, au reste, je suis d’assez bonne foi pour convenir que les événements qui me sont relatifs présentent assez de singularité pour t’avoir causé quelque étonnement, et j’en appelle moi-même à l’époque que tu viens de fixer.

On voit bien, ma bonne amie, que tu n’es pas distraite de tes petites études par des soins d’une autre espèce ; tu me fais une dissertation sur Fabius, dont certainement je n’aurais pas su te donner aussi bien l’histoire. J’avais seulement conservé, et je fus toujours frappée vivement de l’idée d’un Fabius le temporiseur qui, préférant à tout le bien de la patrie, aima mieux s’exposer, pour sauver l’État, au blâme de ses contemporains qui n’approuvaient pas sa conduite, que de s’attirer leurs éloges et risquer le salut public par une lâche complaisance pour les vues du peuple. La générosité de sacrifier l’approbation des siens et même d’encourir leur critique par un attachement au bien qu’ils ne savent apprécier est à mes yeux une vertu héroïque dont l’exercice est peut-être plus fréquent qu’on ne le soupçonne ordinairement. Doit-on féliciter ou plaindre les âmes délicates qui ont souvent l’occasion de la pratiquer ? Il faudra bien convenir, ma chère Sophie, que je suis vraiment céleste, comme tu le dis, si mon long silence n’a produit aucun nuage dans ton esprit et que j’aie su faire subsister ainsi ton amitié sans lui donner d’aliments ; mais ne serait-ce pas toi qu’il faudrait plutôt appeler ainsi en pareille circonstance ? Je pense que le sentiment qui nous rapproche est assez bien établi cependant pour ne pas souffrir d’altération par ces langueurs nécessitées d’une correspondance dont nous n’aurons bientôt plus besoin. Je dis bientôt, sans savoir encore le temps de mon départ pour la résidence. Enfin, c’est une chose assurée, c’est un but auquel je dois arriver et dont je m’occupe souvent avec plaisir, je pourrais ajouter avec impatience, si le désir de me fixer dans ta ville et dans mon ménage n’était balancé par celui de voir la famille de mon mari, de lui témoigner les sentiments qu’elle m’inspire sur ce que j’en connais déjà, de m’assurer une amitié que son honnêteté me promet, et de serrer les liens qui m’attachent à elle. Ainsi tout se compense. En attendant, je goûte le charme d’une situation douce, d’une union selon mon cœur. Je me plais à t’en réitérer l’aveu, parce que je sais combien il est touchant pour toi, et que je suis pressée de faire succéder dans toute son étendue le partage de mon bonheur à celui des épreuves pénibles par lesquelles j’ai passé.


4

[À SOPHIE CANNET, À AMIENS[17].]
16 juin 1780. — [de Paris.]

Je cherche et reprends ta lettre du 28 avril, et je m’étonnerais d’avoir passé un aussi long temps sans t’écrire, si le désir de le faire ne m’avait déjà fait sentir plus d’une fois la longueur de l’intervalle en même temps que les retards nécessités par mes occupations. Il me semble, ma bonne amie, que tu n’envisages point les choses telles qu’elles sont, lorsque tu m’attribues le projet de rompre l’habitude de m’entretenir avec toi de mille choses courantes et journalières. On ne projette point cela, mais on le fait nécessairement d’après le nouveau train de vie et d’affaires que fait prendre ma situation. Tu ne t’accordes point du tout avec toi-même en concevant d’une part combien je dois trouver les journées courtes, et t’étonnant de l’autre de la rapidité de mes communications. Tu veux que j’attende le moment de mon cœur pour t’écrire : en vérité, tu mets les choses à la renverse ; je n’attends jamais après mon cœur pour rien de ce qui peut l’intéresser, mais c’est à lui d’attendre mon loisir pour s’exprimer, et tu lui dois une bonne réparation pour l’avoir ainsi accusé d’indifférence et d’oubli à ton sujet. Je vois peu ta sœur, mais très peu, malgré notre voisinage[18] ; visites rares, quelquefois nulles, faute de se rencontrer, éloignant les instants où l’on se retrouve ; sa santé ne me paraît pas se rétablir aussi complètement que nous pouvons le souhaiter. La mienne est telle que tu la connais ; celle de mon mari, quelquefois altérée par le travail, comme tu sais aussi. J’ignore toujours le moment où j’irai te rejoindre ; il est très vrai que je passerai à Vincennes le temps que je pourrai rester seule jusqu’au voyage de Beaujolais, s’il se fait ; car c’est dans l’ordre des possibles et des projets, mais non des choses arrêtées, et tu te plains fort gratuitement de ne rien savoir de positif à cet égard, puisque je n’en sais pas davantage moi-même, aucun départ n’étant encore fixé. Je ne puis non plus t’instruire de ce qui sera, que je ne pouvais te prévenir d’avance de mes lettres à Amiens, puisqu’elles furent des réponses aux honnêtetés qu’on m’adressa. Cependant l’imprévu ne m’effraya pas : je présumai que M. Roland pouvait connaître assez bien son monde pour que ses avis me guidassent sûrement ; ne pouvant d’ailleurs désirer d’approbation étrangère que pour justifier son choix, dans tous les cas, et mériter la sienne : en ayant celle-ci d’avance, je suis tranquille sur l’autre. Tu me parais trembler que je ne fasse peur ; rassure-toi, ma bonne amie ; me vis-tu jamais ce ton tranchant qui impatiente ou humilie les autres ? Il se pourrait, au contraire, que l’espèce de timidité qui m’est naturelle, et que la vie solitaire m’a conservée, fit prendre l’avantage à quelques personnes si elles n’étaient persuadées d’ailleurs que je vaux autant qu’elles. L’égalité me paraît l’unique source de l’agrément dans la société ; je ne suis pas faite pour m’élever au-dessus de personne, ni pour être dominée d’aucune. Qu’elles me croient ce qu’elles voudront, elles me verront douce, honnête ; c’est tout ce que je veux être envers elles. N’imagine pas, au reste, que je prenne le change sur les motifs qui te font parler : nous connaissons trop bien nos cœurs réciproquement pour nous faire illusion sur nos réflexions réciproques et jamais supposer à l’une de nous deux autre chose que franchise et véritable amitié. L’italien ne souffre pas autant que tu penses de nos occupations ; nous le parlons quelquefois ; c’est une ressource d’agrément que nous cultivons par prévoyance, pour n’en négliger aucune. Ma musique n’est pas endormie toujours ; tu aurais pu t’en convaincre, si tu étais venue l’autre jour me faire une visite (que j’aurais reçue avec plus d’intérêt que celle de M. de la Lande[19], tout astronome qu’il soit), dans un instant où ma moitié, demi-couchée sur un lit, m’écoutait jouer et chanter à son chevet.

Je désire fort te voir et t’embrasser, mais j’ai aussi beaucoup d’impatience de voir réunie toute une famille aimable dont je reçois mille choses obligeantes, et le grand voyage me tient fort au cœur.

Adieu, ma chère et bonne amie : aime-moi toujours ; sois plus confiante et ne compte pas tant avec moi ; tu es avare de tes nouvelles ; tu n’as pas les mêmes raisons que moi pour écrire aussi peu.

Cette lettre, commencée depuis deux jours, était demeurée sans que je pusse la fermer ; j’avais taillé mon papier sur mon temps, j’ai passé les bornes ; tu auras mon épître plus tard, mais elle sera aussi un peu plus longue. Croirais-tu bien qu’il n’a tenu qu’à ta sœur que nous fissions ensemble une partie de spectacle, que nous lui avions laissé l’examen du jour à choisir, selon la pièce, et le soin de nous prévenir ; puis définitivement que chacun est resté chez soi ? Je ne vois pas Mlle d’Hangard, je ne puis pas faire de visites : les jours fuient comme l’éclair. J’ai vu M. de Bray[20] avec plaisir dans un voyage qu’il vient de faire ; en revanche, tu as présentement dans ta ville une habitante de la mienne, Mlle Miot[21], que je vois ici, et à laquelle je trouve beaucoup d’honnêteté, de finesse et d’agrément.

Je dis encore ma ville de celle-ci, en attendant que j’appelle nôtre celle où tu es, et où j’irai avec douceur et satisfaction. J’irais au bout du monde avec mon second, mais c’est un charme de plus que de te trouver où je dois me fixer. Peut-être ne sera-ce pas de cette année. Quoi qu’il en soit et dans quelque temps que tu me voies, tu me retrouveras simple, franche, sensible, et toujours ton amie.

Adieu mille fois.


5

À ROLAND, À PARIS[22].
[Juin ou juillet 1780. — de Vincennes.]

Sogno a te ; mi spiace d’essere allontanata dal mio carissimo amico. Che fai ? Che pensi ? oïmè ! come stai ? non posso difendermi d’una sorta d’inquietudine. Sempre sei fisso nella mia mente. Ho sopra il cuor questa lontananza ; ella mi fa male. Non sono tranquilla affatto. Lo sarei ben meno, se’l tuo amico, fratello mio, non era di te appresso[23]. {{lang|it|Ma pure, bramo d’esserci anch’io. M’annoia di non poter lavorare la chiesa, la mensa, la spasseggiata pigliano tutto’l tempo ; gli stranieri m’impediscono di trovar un instante per ciarlare col zio mio[24], a bell’agio. Ho dotto già qualche cosa, ti dirò il tutto. Mi sprona il desio d’aver cura della tua sanità : non sarò contenta che rivedendoti. Anderò mercoledi per la carrozza che si troverà al luogo, alle cinque e mezzo ore. Ti scrivo nel mio letto, questa mattina del martedi : non ho ben dormito ; è di buon’ora ; vengo d’aprire le bandinelle della finestra, veggo il cielo ch’è bello, sereno a far piacer, ma il sol non è encora sull’orizzonte. Solamente l’aurora rosseggia il firmamento, o, per dire come il Tasso, « ella s’infiorisce la testa di rose colte nel paradiso ».

Il bello signor militare è partito d’ieri sera, ma è venuto un’altro, più amabile ; testaccia pure, benchè non sia giovine e ch’abbia veduto il mondo. Ha dello spirito, è assai distinto. Lo conosceva già un poco ; avevamo parlato insieme gran tempo.

Addio, t’aspettero all’uscita della carrozza ; dici per me mille cose al tuo compagnone ; ti bacio teneramente, e sono, mio padrone riverito, vostra umilissima, etc.


6

[À ROLAND, À LYON[25].]
Dimanche au soir [10 septembre 1780. – de Villefranche]

Puisqu’il vous est permis, Monsieur, de venir nous voir demain, je ne vous dirai rien de ce qui se passe ici. Vous auriez bien voulu peut-être que je vous parlasse de notre joli voyage, fait par un beau temps, sur un chemin admirable qui nous a conduits au but désiré à six heures du soir que nous y arrivâmes. Vous croyiez encore que je vous exprimerais avec combien de bonté, d’amitié j’ai été accueillie, avec quel attendrissement j’ai trouvé une mère et des frères[26] à qui j’ai pu adresser les sentiments qu’ils sont faits pour inspirer ; mais mon ami, je ne te dirai rien ; hâte-toi de te réunir à ce que tu as de plus cher au monde ; si j’en juge par mon cœur, il ne manque que ta présence pour nous rendre aussi heureux qu’il soit possible.

Le chanoine a fait ma conquête, je n’ose présumer que j’ai fait la sienne ; mais je sais bien que s’il ne m’aimait un peu, il serait un ingrat ; et ce n’est pas chez les tiens mon ami, qu’on trouve quelqu’un méritant ce reproche !…

Souviens-toi des numéros de loto, pour les billes et pour les cartons. Si tu pouvais apporter des melons, je crois que cela ne serait pas mal. Beaucoup de visites aujourd’hui, beaucoup de questions sur ta santé, etc. Adieu, bonjour, reviens nous embrasser ; nous t’aimons tous ; mais je les défierais bien tous aussi de t’aimer plus que moi qui t’embrasse de tout mon cœur.

Notre cher frère, mon introducteur, l’autre frère, la maman avant tout autre me chargent pour toi de ce que tu sais bien : je t’attends pour m’acquitter. Tu n’oublieras pas mille choses honnêtes pour M. et Mme Roland[27] auxquels notre frère te prie de dire qu’il a remis les dix louis dont il était chargé.


7

[À SOPHIE CANNET, À AMIENS[28].]
28 septembre 1780. — de Villefranche. [En réalité, du Clos.]

Je n’ai pu trouver encore le moment de t’écrire, ma chère bonne amie, malgré l’extrême envie de me procurer ce plaisir. J’aurais mille choses à t’exprimer pour te prouver que, si je ne t’ai point écrit avant mon départ de Paris, ce ne fut que le défaut de temps qui me força au silence ; mais je te crois toujours assez mon amie pour n’avoir pas besoin de justification lorsqu’il s’agit de mon cœur et de ses dispositions à ton égard. Je pourrais ajouter peut-être avec chagrin que ta conduite autoriserait d’ailleurs assez la mienne, puisque, sans avoir autant d’affaires que moi, tu me donnes de tes nouvelles aussi rarement que tu reçois des miennes. Brisons-là ; tu m’as fait dire quelques-unes de tes raisons par notre sœur, et je n’ai pas perdu la foi à ta sincérité. Je suis partie le 1er de septembre, par un temps admirable, dont l’extrême chaleur rendit le voyage pénible. Courir jour et nuit, ne guère dormir, suer à toute heure et trouvant à peine celle de digérer, c’est la vie que nous menâmes jusqu’à Chalons[29] où nous montâmes sur la diligence d’eau. Cette voiture me parut charmante par sa tranquillité et tous les agréments de la navigation. La Saône est douce, pure et délicieuse dans ses rivages, surtout lorsqu’on vient à découvrir les riches coteaux du Beaujolais. Jamais la nature ne fut plus riante, plus belle, plus fertile et mieux secondée. À une demi-lieue de Villefranche[30], devant laquelle nous passâmes tout droit, nous trouvâmes un des beaux-frères qui venait nous accompagner à Lyon. Je passai quatre jours dans cette ville, dont la situation pittoresque, les quais magnifiques, le superbe Rhône, la richesse et la population font une ville agréable, intéressante et considérable. Le spectacle, quelques édifices, les belles promenades, des amis, des parents à voir, employèrent bien notre temps. J’arrivai le 9 à Villefranche, au sein d’une famille respectable et considérée, qui m’accueillit de la manière la plus touchante. La maman, vive, de bonne santé, âgée de plus de quatre-vingts ans, pleine de gaîté, de mœurs austères pour elle et faciles avec les autres, me reçut avec attendrissement, revit son cher fils, que tous les siens accueillirent comme elle, avec le témoignage de la plus grande satisfaction. Après les visites et le brouhaha des premiers instants, nous nous sommes sauvés à la campagne[31], où nous nous livrons en écoliers aux plaisirs de la vie champêtre assaisonnée par tout ce que peut y joindre l’union, l’intimité des plus doux liens, de la confiance aimable et de la franche amitié. J’ai trouvé des frères à qui je puis vouer tous les sentiments que ce titre est fait pour inspirer, et je partage avec transport des liaisons, des rapports qui m’étaient inconnus, et qui donnent au bonheur une extension que la seule espérance peut faire apprécier. L’antique héritage est assez solitaire, mais agréable ; le pays est montagneux, presque tout cultivé en vignes ; quelques bois sur les hauteurs ; les aspects sont variés ; le ciel y est beau, l’air sain, les soirées délicieuses. Nous courons les champs ; on fait vendange à force. Je ne sais comme il arrive, mais je m’aperçois que jouir est une affaire qui absorbe tout le temps et n’en laisse plus pour rien autre. Je me dérobe aujourd’hui, et, cantonnée dans le cabinet retiré du chanoine, je dépêche quelques expéditions.

Reçois mille choses honnêtes, que tu feras agréer pour nous à la chère maman, sans t’oublier dans tout ce que mon mari y met du sien. Je te fais passer cette lettre par notre sœur, à qui je n’ai pas le temps d’écrire très au long, et que je prie d’entrer en participation de ce que j’y renferme.

Adieu, chère amie, conserve-moi l’amitié qui répandit tant de charmes sur nos jeunes années, et dont le seul souvenir serait toujours un lien si les autres pouvaient s’affaiblir. Mais nous n’aurons pas besoin d’un pis-aller. Adieu, je t’aime et je t’embrasse de tout mon cœur.

Villefranche, lieu de poste et d’adresse par conséquent, 29 septembre 1780.


8

[À SOPHIE CANNET, À AMIENS[32].]
12 décembre 1780. – [de Paris.]

Je suis arrivée du Beaujolais, fatiguée de la route, charmée de mon voyage, mais pénétrée de tout ce que j’y avais éprouvé de touchant et d’une séparation extrêmement pénible, après deux mois passés dans les plus grandes douceur de la confiance et de l’intimité. La réciprocité des regrets les justifiait trop pour les diminuer ; les affaires à reprendre, des nouvelles à donner, tout ce que fournit d’imprévu une ville d’aussi grande ressource pour l’instruction en tout genre, ont volé tous mes moments, d’autant mieux encore que mon séjour dans cette capitale ne saurait être bien long. Je ne crois pas cependant me fixer à la résidence avant la fin de janvier, et j’irai faire un tour en Normandie avant de m’arrêter sur la Somme.

La satisfaction de te retrouver est certainement bien comptée par mon cœur ; mais j’ai trop de bonne foi pour ne pas convenir de ce que tu observes si bien, et mon ami à mes côtés ne me laisse plus sentir le besoin d’aucun autre ; d’ailleurs je te vois si tranquille à ta place, que je ne crois pas nécessaire de m’y transporter pour m’assurer de ton bonheur, que des goûts modérés te conserveront toujours. Mais si mon estime et ma tendresse y peuvent ajouter, comme je le crois d’après toi-même, tu n’auras pas à me reprocher de n’y pas contribuer en quelque chose. Vouée à des occupations suivies et importantes, si tu n’as de moi que des communications rares et courtes, en comparaison de ce qu’elles ont été, tu trouveras du moins la sincérité d’un cœur droit et l’ancienneté d’une liaison qui ne se remplace pas aisément.

Dis à notre sœur mille choses douces et tendres. J’étais éloignée de la supposer encore à Paris lorsque j’y suis arrivée. J’ai regretté singulièrement de n’avoir pas été assez bien instruite pour pouvoir l’embrasser avant son départ, mais nous nous retrouverons, et nous pourrons alors goûter quelque dédommagement. J’ai vu dernièrement M. de Sélincourt qui me dit que Mademoiselle d’Hangard se propose de venir me voir ; j’en serais véritablement charmée, mais j’ai trop de choses devant moi pour former le projet de l’aller trouver.

Je viens à l’objet intéressant dont tu m’as parlé. J’ai toujours conservé quelques relations avec M. et Mme de Châlons[33]. J’avais vu leur situation, et je présumais bien qu’elle n’était pas changée depuis mon absence ; mais je voulus les voir et m’en assurer de nouveau avant de te répondre. Ils ne sont nullement en état de prendre chez eux un pensionnaire ; je ne leur en ai pas même fait la proposition, du reste ; j’en voyais assez. Ç’aurait été les affliger en leur rappelant leur impossibilité. Je ne me suis pas flattée, depuis que je les vois dans cette nouvelle carrière, qu’ils fussent de sitôt près de remplir leurs obligations, et, du moment où je me suis trouvée dans une autre position, j’ai fait de leur dette la mienne. J’ai gardé à dessein le plus grand silence avec toi sur cet objet, parce que j’imaginais bien ce que tu voudrais y répondre, parce que cette affaire ne devait point, à mes yeux, souffrir de discussion, ni par conséquent se traiter par écrit, mais qu’elle devait se terminer entre nous, lorsque nous serions rapprochées. Je ne t’en aurais parlé qu’à cette époque, sans la circonstance qui me donne occasion de m’expliquer. Aussi tu n’as rien à me répondre là-dessus, et, quand je serai à Amiens, je prendrai mes arrangements pour finir entre quatre yeux ce petit compte d’amitié.

Adieu, ma bonne et chère amie, je t’embrasse tendrement, et je suis toujours ta fidèle. Mille choses honnêtes de mon mari à Madame Cannet, à ta sœur, à toi.



  1. Dauban. II. 424. — Sur Sophie et Henriette Cannet, voir l’Appendice A.
  2. Henriette Cannet qui se trouvait à Paris depuis le 21 décembre 1779, pour un séjour qui se prolongea jusqu’en novembre 1780.
  3. Chez le chanoine Bimont, son oncle maternel. — Voir sur lui Appendice B. « la famille de Marie Phlipon ».
  4. Nous ne saurions dire où était ce premier logement.
  5. Le couvent des « Filles de la Congrégation Notre-Dame », appelé aussi « Dames chanoinesses de Saint-Augustin » ou « Dames Augustines de la Congrégation », était situé rue Neuve-Saint-Étienne-du-Mont, au faubourg Saint-Marcel ; c’était là que Marie Phlipon avait passé une année de son enfance (1765-1766) et s’était liée d’amitié avec les demoiselles Cannet ; c’est aussi là qu’elle s’était retirée dans les trois mois qui précédèrent son mariage (7 novembre 1779-4 février 1780). — Voir, sur ce couvent. Cocheris, II, 723.
  6. Amiens
  7. Idem.
  8. Mme Cannet.
  9. Dauban, II, 426.
  10. Ces explications visent le secret que Roland, lorsqu’il s’engagea avec Marie Phlipon, avait exigé d’elle envers les sœurs Cannet, secret qu’elle avait strictement gardé. — Voir notre étude sur « Marie Phlipon et Roland ».
  11. Lettre du 25 décembre 1779. éd. Dauban, II, 414.
  12. Sur Mlle d’Hangard et ses cousines les demoiselles de Lamotte, parentes de la famille Cannet, voir Appendice A.
  13. C’est par Sophie Cannet que Roland, en janvier 1775, avait connu Marie Phlipon.
  14. En Beaujolais, dans la famille de Roland.
  15. Dauban, II, 429.
  16. Cette fois, il s’agit bien de l’hôtel de Lyon, rue Saint-Jacques.
  17. Dauban, II, 431.
  18. Nous avons dit que le frère d’Henriette et de Sophie, Cannet de Sélincourt, avocat à Paris, demeurait alors dans la rue du Fouarre (Almanach royal de 1780, p. 354), toute voisine de l’hôtel de Lyon. Il est probable, puisque Madame Roland parle ici de « voisinage », qu’Henriette était descendue chez lui.
  19. L’astronome Lalande, né à Bourg-en-Bresse, était presque compatriote de Roland, né en Beaujolais, et qui avait d’ailleurs des relations à Bourg. En outre, ils collaboraient alors tous deux à la collection des Arts, publiée sous le patronage de l’Académie des Sciences. On y trouve neuf monographies de Lalande : l’Art du cordonnier, l’Art du tanneur, etc., et trois de Roland, (voir Appendice G). — De là, des rapports assez peu intimes, dont on trouvera trace dans toute la Correspondance.
  20. Alexandre-Nicolas de Bray de Flesselles (1729-1785), avocat du Roi au Bureau des finances et Chambre du domaine de la généralité d’Amiens. Son nom reviendra à chaque page dans les premières années de la correspondance. – Voir sur lui notre Appendice E, « les parents et les amis d’Amiens »
  21. Nom inconnu.
  22. Ms. 6236, fol. 221-222. L’adresse porte : à Monsieur Roland de la Platière, inspecteur des manufactures de Picardie, hôtel de Lyon, rue Saint-Jacques, près Saint-Yves, à Paris. Nous donnons cette indication une fois pour toutes.

    Ce billet, écrit de Vincennes (voir la lettre précédente), doit être de juillet ou août 1780.

    L’italien de Madame Roland, souvent fautif, est néanmoins très facile à comprendre. Nous n’avons donc cru utile ni de le traduire, ni d’en corriger les solécismes. Nous nous sommes uniquement appliqué à collationner aussi soigneusement que possible, en rectifiant seulement l’orthographe là où il ne pouvait y avoir de doute.

  23. « L’ami », « le petit frère » n’est autre que Lanthenas, le jeune ami de Roland. — Il reparaîtra à chaque page de la correspondance, appelé tantôt « le frère », « le camarade », le « fidèle Achate ». Lui, de son côté, en écrivant à Roland, disait, en parlant de la femme de son ami, « la sœur », « la sorella… ». — Cf. Mém., II, 246 ; « Je le traitai comme mon frère, je lui en donnai le nom… »
  24. Son oncle, le chanoine Bimont.}}
  25. 6239, fol. 235-236. — En comparant cette lettre à celle qui suit (28 septembre 1780), on voit qu’elle est du 10 septembre 1780 et qu’elle est adressée à Roland, resté à Lyon, par sa femme, qui avait été ramenée à Villefranche par un de ses beaux-frères.
  26. Sur la famille de Roland, voir Appendice C. Elle se composait, à Villefranche, de sa mère et de ses deux frères, Dominique, chanoine-chantré de la collégiale, l’aîné de la famille, et Laurent, simple prêtre.
  27. Branche des Roland, établie à Lyon depuis le commencement du XVIIe siècle.
  28. Dauban, II, 434. — La letttre, comme on le verra par la fin, ne fut terminée que le lendemain 29 septembre.
  29. Chalon-sur-Saône.
  30. À Riottier, petit hameau sur la Saône, qui servait de « port » à Villefranche. – Cf. lettre du 8 septembre 1791.
  31. Au Clos, domaine de la famille Roland, sur la paroisse de Theizé, à 12 kilomètres de Villefranche. – Voir Appendice M, « le Beaujolais, de 1784 à 1793 ».
  32. Dauban, II, 436.
  33. Sur M. de Châlons, « le gentilhomme malheureux » dont Marie Phlipon parle si souvent à ses amies Cannet avec autant d’estime que de compassion, voir cette partie de sa correspondance, passion (éd. dauban, I, 250-481, et II, 59-393), et particulièrement les lettres des 12, 15 et 31 mars 1778. Pour le soulager dans son affreuse misère, Marie Phlipon, pauvre elle-même, lui avait fait prêter une petite somme par Sophie Cannet, en se portant caution.

    Il serait singulier que ce fût ce même M. de Châlons que Mme de Genlis avait connu vers 1755 et qu’elle représente comme un scélérat (Mém. de Madame de Genlis, éd. de 1825, I, 34-36}. Il aurait eu à cette époque trente et quelques années, et, comme Marie Phlipon, dans ses lettres de 1775 à 1780, nous parle de son ami malheureux comme au seuil de la vieillesse, il y aurait concordance pour l’âge. Le personnage de Mme de Genlis n’était pas marié, et l’ami de Marie Phlipon l’était. Mais vingt ans s’étaient écoulés.

    On retrouvera M. de Châlons, toujours malheureux et toujours reconnaissant, dans la suite de cette correspondance, jusqu’en 1790.