Lexique étymologique du breton moderne/I

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Texte établi par Faculté des lettres de Rennes, J. Plihon et L. Hervé (p. 172-176).
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I

Ia, oui, cymr. ie, cf. gr. « en vérité », got. ja, ag. yea (> y es) et al. ja, lit. je et ja, particule affirmative. Cf. aussi iéz.

Iac’h, adj., bien portant, corn. et cymr. iach, vbr. tac id. : d’un celt. *yakko-, cf. sk. yâç-as « prospérité » et yaç-âs « prospère », gr. ἄϰ-ος ; « remède » et ἰά-ο-μαι « je guéris »[1].

Ialc’h, s. m., bourse : soit une dérivation de forme indéterminable sur un radical *pell- qu’on trouvera sous 2 lenn (objet en cuir). — Conj.

Iaou, s. m., jeudi. Empr. lat. Ioois diê$].

Iaouank, adj., jeune, mbr. youanc, corn. iouenc, cymr. ieuangc. gaul. lovincillo-s n. pr., vir. oac, etc. : d’un celt. *yownko$ t cf. sk. yuoàn et yuvaçn « jeune », gr. Ὑάϰινθος n. pr., lat. juven-i-s « jeune » et juven-cu-s « jeune taureau », got. jugg-s, ag. young et al. jung (tous contractés d’un germ. *ynwuhga- identique au lat. juvencus), lit. jaùnas, etc.

Iaouher, adj., puîné, cadet, mbr. youaer « jouvenceau » : dér. du radical *yuv- du mot précédent.

Iâr, s. f., poule, mbr. et corn. yar, cymr. iâr, vbr. iàr, mir. eirin, ir. eireog, gael. eireag id. : soit un celt. *yur-o- ou *yarà, qui n’a nulle part d’équivalent sûr, sauf peut-être en balto-slave.

Iaren, s. f., quenouillée : métaphore tirée du précédent ?

Ibil, s. m., cheville, goupille, mbr. ebil, cymr. ebill, vbr. epill id. : d’un celt. *ak-willo-, à peu près identique au lat. aculeus « aiguillon » et à l’ags. awul > ag. awl « alêne », et dér. comme eux de rac. AK « pointu ». V. sous ék.

Iéc’hed, s. m., santé : dér. de iac’h. V. ce mot.

Ién, adj., froid, mbr. yen, exactement « glacial », cf. corn. iey, cymr. met iâen, vir. ai g et aig-red « glace », gael. oigh-re et d-eigh, etc. : dér. d’un celt. *yagi- « glace », qui ne se retrouve qu’en germanique, visl. jaki « glace » etjôkull « glacier », ags. gicel « glaçon », d’où ag. (ic-)icle.

Iéô, s. f., joug, mbr. yen, corn. ieu et ion, cymr. iau, ir. ugh-aim « attelage » : d’un celt. *yug-o-, dér. de rac. YUG, « joindre, atteler », sk. yug-a « joug » et yu-nâ-k’ti yuhk-té « il attelle », gr. ζυγ-ό-ς  ; et ζεύγ-νῡ-μι, lat. jug-u-m et jung-ere, got. Juk, ag. yoke et al. joch, lit. jùngas et vsl. igo « joug » ; commun à toute la famille.

Iéot, s. m., variante de yéot. V. ce mot.

Iéz, s. m., langage, mbr. ye* t cyrar. iaith « dialecte » : soit celt. *yek-ti’, d’une rac. YEK qui ne se retrouve avec certitude qu’en germanique, vha.jeh-an « dire », jiht et bi-jih-t « aveu »

Ifern, s. m., enfer (aussi icern, ihuern V.), corn. ifarn > yffarn, cymr. uffern, t. ifurnn, ir. ifrionn, gael. ifrinn. Empr. lat. infernum.

Iforn, s. m., pelle à enfourner : abstrait du mbr. yffornofj « enfourner ». Empr. bas-lat. *infornare. V. sous i en et/orn.

Ijin, s. m., adresse, ruse, industrie (aussi ifijin). Empr. fr. ancien engin <C lat. ingenium.

Ilboéd, s. m., disette, mbr. elboet, cymr. ellbwyd id. : le premier terme est inintelligible*. V. le second sous boéd.

Ilin, s. m., coude (aussi élin), corn. et cymr. elin, vir uil-in, ir. Mï7/e, gael. uileann id. : d’un celt. : :, o/-éno-, gr. ὠλένη, lat. u/na « l’étendue des bras », ags. eln, d’où ag. el-bow (exactement « pli du coude »), cf. al. elle « aune » et ellen-bogen « coude ».

Iliô, s. m., lierre, mbr. ilyeauen, corn. tâAi’o, cymr. eiddew, ir. ecten/ ? > eidhean, gael. eidheann* id : d’un celt. *edenno- pour *ped-enno-, dér. de rac. PED, « saisir, lier » (plante grimpante) ; cf. gr. πέδ-η) « lien », lat. ped-ica et com-ped-ës, ag. fett-er « lien », al. fass-en etfess-el, etc.

Iliz, s. f., église, mbr. i/«, corn. e#/os et cymr. eglwys, etc. Empr. lat. ecclësia, mais contaminé en br. du fr. église.

Inam, s. m., bouillon blanc : altéré pour di-nam « l’innocent, le salutaire », sobriquet*. V. sous 1 di- et nam.

Inkruzun, adj., mal bâti : exactement « affligeant, désagréable [à voirj », dér. de ehkrez. V. ce mot et burzud. — Conj.

Ingéd, s. m., pluvier de mer. — Étym. inc 5

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Iṅgroez, s. m., variante de eṅgroez. V. ce mot.

Inodein (V.), vb., monter en épis : le même que di-oda, mais avec le préf. in- = 1 en, V. ces mots et cf. nodi.

Inrok (V., C), s. m., avance. V. sous a-raok.

Iṅtaṅv, iṅtaoṅ, iṅtav, adj., veuf, mbr. eintajf, vir. ein-tam « célibataire » : d’un celt. *oino-tamo- « tout à fait seul », superlatif de *oino-, « un, seul »[7]. V. sous eunn, unan, itrôn, etc.

Iṅtr, s. m., tache, etc. : abstrait de iṅtret, « sali, imbibé ». Empr. bas-lat. 'intrâtus au sens de « pénétré, imbibé », ou simplement fr. entré.

Iôd, s. m., bouillie, mbr. yot, corn. et vbr. iot, cymr. uwd, vir. ith id. : d’un celt. *yu-to- y rac. YU f dont les autres dérivés connus sont sk. yûs et yusa « bouillon », gr. ζύ-μη « pâte aigrie », lat. jus et vsl. jucha « jus ».

Iooli(V.), s. f. (aussi iuc’h V.), monceau, mbr. yoh « meule » : contamination du radical de 1 hôgen et du fr. jucher. — Ern.

Iouc’ha, vb., crier : cf. mbal. jùch-ezen > al. jauchzen, bien que les deux mots s’expliquent isolément par onomatopée. Cf. le cri br. you you yoù-oû.

Ioul, s. f., volonté, projet, mbr. eoull, corn. atoell, cymr. ewyll (et cf. vbr. aiul « de plein gré »), vir. Ail, gael. àill « désir » : soit un celt. *aw-illà « désir » et *aw-illo- adj., dér. de rac. AW, « souhaiter, être favorable ». sk. Av-a-ti « il seconde », lat. av-ëre « désirer », acidus, etc.

Iour (V.), s. m., variante dialectale de èôr.

Iourc’h, s. m., chevreuil, mbr. yourch, corn. yorch, cymr. iwrch, vbr. iurg-chell id. : d’un celt. *yorko-, auquel on ne voit de répondant que le gr. ζόρξ et ζορϰός « daim », aussi δόρϰος, δορϰάς, ἴορϰος.

Ioust, adj., mou, délicat : peut-être d’un celt. *aisto- « brûlé > amolli », cf. lat. aestus « chaleur ». V. la rac. sous oaz[8].

Irien (C), s. f., trame, mbr. iryenn, et ilyanenn <( pièce de toile » : l’un et l’autre pour *ir-lien- <i*ar-lien- « à travers la toile ». V. sous ar- et lien. — Conj. Ern. — Ou simplement éré lien « lien de la toile ». V. ces mots.

Irin, s. m., variante plus ancienne de hirin.

Irvin, s. m., navet, cymr. erfin « grosse betterave » : soit un celt. *arbïno-, métathèse pour *rab-îno-, et cf. gr. ῥαφ-άνη « rave », lat. ràp-a. al. rûb-e (le mot a voyagé sans qu’on en puisse tracer la route).

Is, adj., bas, cymr. is, vir. iss « en bas », ir. s-ios « vers le bas », etc., gael. ios « en bas » : tous d’un adv. celt. *end-sô, dér. d’un radical i.-e. *ndh-s-, sk. adh-às « au-dessous », lat inf-rà, inf-imu-s, et îmus (< *ind-s-mo-), got. und-ar, ag. under, al. unter « sous », unten « en bas ».

Isa, vb., exciter (un chien), exciter. Onomatopée (hiss !).

Iskiz, adj., vil, laid. V. sous is et 2 kîz.

Itrôn, itroun, s. f., dame, mbr. ytron id. : pour *in-tron, qui suppose un celt. *oino-trawon- « [épouse] unique > maîtresse de maison »[9] par opposition aux concubines. — Loth.

Iûd, adj., traître. Empr. lat. Judas, contaminé du fr.[10]

Iuda, vb., crier, hurler, mbr. iudal, cymr. udo (aussi br. udeinV.) : rapprochements douteux, étymologie très peu claire[11].

Iûn, s. m., jeûne. Empr. lat. jëjUnium.

Iuzéô, s. m., juif, corn. yudhow > yedhoœ > edhow, cymr. iuddew. Empr. lat. Jûdaeus, venu du nom de la tribu de Juda.

Ivé, ivéz, adv., aussi, de même (aussi éc’hué >> éhué V.) : pour *in-goez « en [même] aspect », cf. 1 en Qihervez.

Ividik, s. m., tempe : exactement « [endroit] sensible », dér. d’un mbr. *iou, « mou, coi, bon », qui jusqu’à présent n’est pas identifié[12].

1 Ivin, s. m., ongle, corn. ewin, cymr. eguin> ewin, vir. inga (gén. ingen), ir. et gael. ionga (gén. iongan et ing-ne) id. : d’un celt. *eng-ïnà, dont le radical i.-e. est *ngh-, cf. sk. nakh-â[13], gr. ὄνυξ (ὄνυχ-ος), lat. ungu’i-s, ags. naeg-el > ag. nail, al. nag el, lit. nâg-a-s « ongle » et nag-à « sabot », vsl. nog-a « pied » et nog-Uti « ongle ».

2 Ivin, s. m., if, corn. hiuin, cymr. yw, vir. eo id. : pour *iw-in[14], dér. d’un celt. *iwo- > gaul. *ivos, d’où procède aussi le fr. if et peut-être l’ai. eibe.

Izar, s. m., lierre terrestre, cymr. eidr-al Empr. lat. hedera[15].

1 Izel, adj., bas, corn. yssel > ysel, cymr. et vbr. isel, etc. : soit un dér celt. *end-s-ello-. V. le radical sous is.

2 Izel, s. m., variante altérée de ézel[16].

  1. Rapports très obscurs, et l’i long du gael. et de l’ir. (vir. iœalm, gael. toc) complique encore la question.
  2. D’où al. bfichie « confession ». — Un rapport lointain avec la particule ia est au moins probable. V. ce mot.
  3. Vir. il-, ir. et gael. lol-, cymr. ell- (préfixes) signifie « beaucoup » (sk. purà, gr. πολύ, got. fl/u, al. ciel id.) : c’est exactement l’inverse du sens du composé. Le second terme était- il un mot apparenté au lat. famë*, que l’étymologie populaire a transformé du tout au tout quand l’ensemble n’a plus été compris ? L’absence de mutation le rend en tout cas suspect. Le problème semble inextricable.
  4. VI br. entièrement isolé (ou attendrait iiiô) est dû à la contamination de quelque autre nom d’arbre, par exemple illy. V. sous hilibèr. — Conj. Ern.
  5. Abstrait Je la locution ann dinam ^ - ann ninam ^ > ann inam. Cf. 1 aer, etc.
  6. La seconde syllabe doit être la même que dans baryfid.
  7. Serait en lat. *oino-tumo- > *ùnitimus, cf. Jtnitimus « limitrophe », et -tama suff. superlatif sk.
  8. Sur ce mot difficile et ses variantes bizarres, voir le Gloss. Ern. p. 338, et cf. foesk, mais sous toutes reserves phonétiques.
  9. Le suff. est le même que dans aotrou, mais féminisé. Quant au radical, voir sous eunn et lAtaAo.
  10. Car la forme régulière serait *iàz. Cf. iuzéô.
  11. Ou peut songer à la rac. YUDH « combattre » (sk. yûdh et gr. ὑσ-μίνη « bataille »), qui a formé plusieurs noms propres anciens bretons commençant par Jud-, Le mot signifierait alors « se battre > pousser le cri de guerre > crier ». Mais le d breton fait difficulté.
  12. Il n’existe plus comme mot isolé, mais sert de suffixe dans la formation tad-you « grand-père » (fr. bon-papa), etc.
  13. Le kh asiatique au lieu de gh procède d’alternance indo-européenne.
  14. Le w devenu v en br. sous l’influence du fr. if.
  15. Ou dérivation de l’ancien radical br. *iz- « lierre » que le mot iliô a perdu par corruption ?
  16. Faux singulier abstrait du pluriel izili.