Livre de la Sagesse - Crampon

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher

Livre de la Sagesse
Version Chanoine Crampon - 1923


Note de Wikisource


Ce texte de la Bible dans la traduction d’Augustin Crampon, édition révisée de 1923, comporte quelques déviations et inexactitudes. Il est remplacé par un texte dont la conformité à l’édition papier a été contrôlée, et le lecteur est invité à s’y référer : Bible Crampon 1923.


Chapitre 1[modifier]

  1. Aimez la justice, vous qui êtes les juges de la terre ; que vos pensées sur le Seigneur soient selon la droiture, et cherchez-le d’un cœur sincère ;
  2. car il se laisse trouver par ceux qui ne le tentent point, et il se manifeste à ceux qui se confient à lui.
  3. En effet, les pensées perverses séparent de Dieu, et sa puissance, quand on la met à l’épreuve, accuse les insensés.
  4. La sagesse n’entre pas dans une âme qui médite le mal, et n’habite pas dans un corps esclave du péché.
  5. L’Esprit-Saint, éducateur des hommes, fuit l’astuce ; il s’éloigne des pensées dépourvues d’intelligence, et se retire quand approche l’iniquité.
  6. En effet, la Sagesse est un esprit qui aime les hommes, et il ne laisse pas impuni le blasphémateur pour ses discours, car Dieu est le témoin de ses reins, le véritable scrutateur de son cœur, et il entend ses paroles.
  7. Car l’Esprit du Seigneur remplit l’univers, et lui qui contient tout, sait tout ce qui se dit.
  8. Aussi celui qui tient des discours impies ne saurait rester caché, et la justice vengeresse ne l’oublie pas.
  9. Car il y aura une enquête sur les desseins de l’impie ; la rumeur de ses paroles arrivera jusqu’au Seigneur, pour le châtiment de ses iniquités.
  10. Une oreille jalouse entend tout, et le bruit des murmures ne lui échappe pas.
  11. Gardez-vous donc des murmures inutiles, et préservez votre langue du blasphème ; car la parole la plus secrète ne sort pas impunie, et la bouche qui ment donne la mort à l’âme.
  12. Ne courez pas après la mort par les égarements de votre vie ; et n’attirez pas sur vous la perdition par les œuvres de vos mains.
  13. Car Dieu n’a pas fait la mort, et il n’éprouve pas de joie de la perte des vivants.
  14. Il a créé toutes choses pour la vie ; les créatures du monde sont salutaires ; il n’y a en elles aucun principe de destruction, et la mort n’a pas d’empire sur la terre.
  15. Car la justice est immortelle.
  16. Mais les impies appellent la mort du geste et de la voix ; la regardant comme une amie, ils se passionnent pour elle, ils font alliance avec elle, et ils sont dignes, en effet, de lui appartenir.

Chapitre 2[modifier]

  1. Ils se sont dit, raisonnant de travers : « Il est court et triste le temps de notre vie, et, quand vient la fin d’un homme, il n’y a point de remède ; on ne connaît personne qui délivre du séjour des morts.
  2. Le hasard nous a amenés à l’existence, et, après cette vie, nous serons comme si nous n’avions jamais été ; le souffle, dans nos narines, est une fumée, et la pensée, une étincelle qui jaillit au battement de notre cœur.
  3. Qu’elle s’éteigne, notre corps tombera en cendres, et l’esprit se dissipera comme l’air léger.
  4. Notre nom tombera dans l’oubli avec le temps, et personne ne se souviendra de nos œuvres. Notre vie passera comme une trace de nuée ; elle se dissipera comme un brouillard, que chassent les rayons du soleil, et que la chaleur condense en pluie.
  5. Notre vie est le passage d’une ombre ; sa fin est sans retour, le sceau est apposé et nul ne revient.
  6. « Venez donc, jouissons des biens présents ; usons des créatures avec l’ardeur de la jeunesse,
  7. enivrons-nous de vin précieux et de parfums, et ne laissons point passer la fleur du printemps.
  8. Couronnons-nous de boutons de roses avant qu’ils ne se flétrissent.
  9. Qu’aucun de nous ne manque à nos orgies, laissons partout des traces de nos réjouissances ; car c’est là notre part, c’est là notre destinée.
  10. « Opprimons le juste qui est pauvre ; n’épargnons pas la veuve, et n’ayons nul égard pour les cheveux blancs du vieillard chargé d’années.
  11. Que notre force soit la loi de la justice ; ce qui est faible est jugé bon à rien.
  12. Traquons donc le juste, puisqu’il nous incommode qu’il est contraire à notre manière d’agir, qu’il nous reproche de violer la loi, et nous accuse de démentir notre éducation.
  13. Il prétend posséder la connaissance de Dieu, et se nomme fils du Seigneur.
  14. Il est pour nous la condamnation de nos pensées, sa vue seule nous est insupportable ;
  15. car sa vie ne ressemble pas à celle des autres, et ses voies sont étranges.
  16. Dans sa pensée, nous sommes d’impures scories, il évite notre manière de vivre comme une souillure ; il proclame heureux le sort des justes, et se vante d’avoir Dieu pour père.
  17. Voyons donc si ce qu’il dit est vrai, et examinons ce qu’il lui arrivera au sortir de cette vie.
  18. Car si le juste est fils de Dieu, Dieu prendra sa défense, et le délivrera de la main de ses adversaires.
  19. Soumettons-le aux outrages et aux tourments, afin de connaître sa résignation, et de juger sa patience.
  20. Condamnons-le à une mort honteuse, car, selon qu’il le dit, Dieu aura souci de lui. »
  21. Telles sont leurs pensées, mais ils se trompent, leur malice les a aveuglés.
  22. Ignorant les desseins secrets de Dieu, ils n’espèrent pas de rémunération pour la sainteté, et ils ne croient pas à la récompense des âmes pures.
  23. Car Dieu a créé l’homme pour l’immortalité, et il l’a fait à l’image de sa propre nature.
  24. C’est par l’envie du diable que la mort est venue dans le monde,
  25. ils en feront l’expérience, ceux qui lui appartiennent.

Chapitre 3[modifier]

  1. Les âmes des justes sont dans la main de Dieu, et le tourment ne les atteindra pas.
  2. Aux yeux des insensés, ils paraissent être morts, et leur sortie de ce monde semble un malheur,
  3. et leur départ du milieu de nous un anéantissement ; mais ils sont dans la paix.
  4. Alors même que, devant les hommes, ils ont subi des châtiments, leur espérance est pleine d’immortalité.
  5. Après une légère peine, ils recevront une grande récompense ; car Dieu les a éprouvés, et les a trouvés dignes de lui.
  6. Il les a essayés comme l’or dans la fournaise, et les a agréés comme un parfait holocauste.
  7. Au temps de leur récompense, ils brilleront ; comme des étincelles, ils courront à travers le chaume.
  8. Ils jugeront les nations et domineront sur les peuples, et le Seigneur régnera sur eux à jamais.
  9. Eux qui ont mis en lui leur confiance, ils comprendront la vérité, ses fidèles habiteront avec lui dans l’amour ; car la grâce et la miséricorde sont pour ses élus.
  10. Mais les impies auront le châtiment mérité par leurs pensées perverses, eux qui ont méprisé le juste, et se sont éloignés du Seigneur.
  11. Car qui rejette la sagesse et la correction est voué au malheur ; leur espérance est vaine, leurs efforts sont infructueux, et leurs œuvres sans profit.
  12. Leurs femmes sont insensées, leurs enfants pleins de malice, et leur postérité est maudite.
  13. C’est pourquoi heureuse la femme stérile et sans tache, dont la couche ne connaît pas la souillure ! Elle aura son fruit à la visite des âmes.
  14. Heureux encore l’eunuque qui de sa main n’a pas fait l’iniquité et qui n’a pas conçu de pensées criminelles contre le Seigneur ! Il recevra une récompense de choix pour sa fidélité, et il aura dans le temple du Seigneur le sort le plus désirable.
  15. Car du travail des bonnes œuvres le fruit est glorieux, et la racine de la prudence ne périt pas.
  16. Mais les enfants des adultères n’atteindront pas leur fin, et la race sortie d’une couche criminelle disparaîtra.
  17. Si leur vie est longue, ils seront comptés pour rien, et leur vieillesse à la fin sera sans honneur.
  18. S’ils meurent promptement, ils n’auront pas d’espérance, ni de consolation au jour du jugement.
  19. Car la race injuste a toujours une fin funeste.

Chapitre 4[modifier]

  1. Mieux vaut la stérilité avec la vertu ; sa mémoire est immortelle, car elle est connue de Dieu et des hommes.
  2. Quand on l’a sous les yeux, on l’imite ; quand elle n’est plus là, on la regrette ; couronnée dans l’éternité, elle triomphe, ayant remporté la victoire dans des combats sans souillure.
  3. Mais la nombreuse postérité des impies est sans utilité ; issue de rejetons bâtards, elle ne jettera pas de racines profondes, et ne s’établira pas sur un fondement assuré.
  4. Alors même qu’ils se couvriraient pour un temps de verts rameaux, fixés au sol sans solidité, ils seront ébranlés par le vent, et déracinés par la violence de l’ouragan.
  5. Leurs rameaux seront brisés encore tendres, leurs fruits sont inutiles, trop verts, pour être mangés, et impropres à tout usage.
  6. Car les enfants nés de sommeils impurs sont témoins du crime contre leurs parents quand on les interroge.
  7. Mais le juste, lors même qu’il meurt avant l’âge, trouve le repos.
  8. Une vieillesse honorable n’est pas celle que donne une longue vie ; ni celle qui se mesure au nombre des années.
  9. Mais la prudence tient lieu pour l’homme de cheveux blancs, et l’âge de la vieillesse, c’est une vie sans tache.
  10. Etant agréable à Dieu, il était aimé de lui, et, comme il vivait parmi les pécheurs, il a été transféré.
  11. Il a été enlevé de peur que la malice n’altérât son intelligence, ou que la ruse ne pervertît son âme.
  12. Car l’enchantement du vice obscurcit le bien et le vertige de la passion pervertit un esprit sans malice.
  13. Arrivé en peu de temps à la perfection, il a fourni une longue carrière.
  14. Car son âme était agréable au Seigneur ; c’est pourquoi le Seigneur s’est hâté de le retirer du milieu de l’iniquité.
  15. Les peuples le voient sans y rien comprendre, ne se mettant pas ceci dans l’esprit que la grâce de Dieu et sa miséricorde sont avec ses élus, et qu’il a souci de ses saints.
  16. Mais le juste qui meurt condamne les impies qui survivent, et la jeunesse arrivée si vite à la perfection condamne la longue vieillesse de l’homme injuste.
  17. Ils verront la fin du sage, mais sans comprendre les desseins de Dieu sur lui, ni pourquoi le Seigneur l’a mis en sûreté.
  18. Ils verront et se moqueront, mais le Seigneur se rira d’eux ;
  19. et après cela ils seront un cadavre sans honneur, ils seront parmi les morts dans l’opprobre pour toujours. Le Seigneur les brisera, et, réduits au silence, les précipitera ; il les ébranlera de leurs fondements, et ils seront détruits jusqu’au dernier ; ils seront dans la douleur, et leur mémoire périra.
  20. Ils viendront pleins d’effroi à la pensée de leurs péchés, et leurs crimes, se dressant devant eux, les accuseront.

Chapitre 5[modifier]

  1. Alors le juste sera debout en grande assurance, en face de ceux qui l’ont persécuté, et qui méprisaient ses labeurs.
  2. A cette vue, ils seront agités d’une horrible épouvante, ils seront dans la stupeur devant la révélation du salut.
  3. Ils se diront, pleins de regret, et gémissant dans le serrement de leur cœur : « Voilà donc celui qui était autrefois l’objet de nos moqueries, et le but de nos outrages !
  4. Insensés, nous regardions sa vie comme une folie et sa fin comme un opprobre.
  5. Comment est-il compté parmi les enfants de Dieu, et sa part est-elle parmi les saints ?
  6. Nous avons donc erré, loin du chemin de la vérité ; la lumière de la justice n’a pas brillé sur nous, et sur nous ne s’est pas levé le soleil.
  7. Nous nous sommes rassasiés dans la voie de l’iniquité et de la perdition, nous avons marché dans des déserts sans chemin, et nous n’avons pas connu la voie du Seigneur.
  8. A quoi nous a servi l’orgueil, et que nous a rapporté la richesse avec la jactance ?
  9. Toutes ces choses ont passé comme l’ombre, comme une rumeur qui s’enfuit ;
  10. comme le navire qui fend l’onde agitée, sans qu’on puisse découvrir la trace de son passage,
  11. ou comme l’oiseau traversant les airs, sans qu’on relève aucun vestige de sa route ; mais il bat à coups de plumes l’air léger, d’un puissant élan il le déchire, s’y fait un chemin en agitant ses ailes ; puis, on n’y voit aucun indice de son passage ;
  12. ou comme, lorsque la flèche a été lancée vers son but, l’air qu’elle a fendu revient aussitôt sur lui-même, et l’on ne sait plus par où elle a passé :
  13. Ainsi nous-mêmes, nous sommes nés et nous avons cessé d’être, et nous n’avons à montrer aucune trace de vertu ; et dans notre iniquité, nous avons été retranchés. »
  14. En effet, l’espoir de l’impie est comme le duvet que le vent emporte, comme le givre léger que disperse l’ouragan, comme la fumée qu’un souffle dissipe, comme le souvenir de l’hôte d’un jour qui s’évanouit.
  15. Mais les justes vivent éternellement ; leur récompense est auprès du Seigneur, et le Tout-Puissant a souci d’eux.
  16. C’est pourquoi ils recevront de la main du Seigneur le magnifique royaume et le splendide diadème ; car il les protégera de sa droite, de son bras, il les couvrira comme d’un bouclier.
  17. Il saisira son zèle comme armure, et il armera la création pour se venger de ses ennemis.
  18. Il revêtira comme cuirasse la justice, et prendra pour casque un jugement sincère.
  19. Il prendra la sainteté comme un bouclier inexpugnable.
  20. De son inexorable colère il fera un glaive aigu, et l’univers combattra avec lui contre les insensés.
  21. Les traits de la foudre bien dirigés partiront, et, du sein des nuages, comme d’un arc bien tendu, voleront au but marqué.
  22. Sa colère, comme une baliste, lancera une masse de grêle ; l’eau de la mer se soulèvera contre eux, et les fleuves se précipiteront avec furie.
  23. Le souffle de la puissance divine s’élèvera contre eux, et les dispersera comme un tourbillon : et ainsi l’iniquité fera de toute la terre un désert, et la malice renversera les trônes des puissants.

Chapitre 6[modifier]

  1. Ecoutez donc, ô rois, et comprenez ; écoutez l’instruction, vous qui jugez les extrémités de la terre.
  2. Prêtez l’oreille, vous qui dominez sur la multitude, qui êtes fiers de commander à des foules de peuples.
  3. Sachez que la force vous a été donnée par le Seigneur, et la puissance par le Très-Haut, qui examinera vos œuvres et sondera vos pensées.
  4. Parce que, étant les ministres de sa royauté, vous n’avez pas jugé avec droiture, ni observé la loi, ni marché selon la volonté de Dieu ;
  5. terrible et soudain, il fondra sur vous, car un jugement sévère s’exerce sur ceux qui commandent.
  6. Aux petits, on pardonne par pitié ; mais les puissants sont puissamment châtiés.
  7. Le souverain de tous ne reculera devant personne, il ne s’arrêtera par respect devant aucune grandeur ; car il a fait les grands et les petits, et il prend soin des uns comme des autres.
  8. Mais les puissants seront soumis à une épreuve plus rigoureuse.
  9. C’est donc à vous, ô rois, que s’adressent mes discours, afin que vous appreniez la sagesse et que vous ne tombiez point.
  10. Ceux qui observent saintement les saintes lois seront sanctifiés, et ceux qui les auront apprises auront de quoi répondre.
  11. Mettez donc vos complaisances dans mes paroles, désirez-les, et vous aurez l’instruction.
  12. La sagesse est brillante, et son éclat ne se ternit pas ; facilement on l’aperçoit quand on l’aime, facilement on la trouve quand on la cherche.
  13. Elle prévient ceux qui la cherchent, et se montre à eux la première.
  14. Celui qui se lève matin pour la chercher n’a pas de peine : il la trouve assise à sa porte.
  15. Car penser à elle, c’est la perfection de la prudence, et celui qui veille à cause d’elle sera bientôt libre de soucis ;
  16. elle-même va de tous côtés chercher ceux qui sont dignes d’elle, elle se montre amicalement à eux dans leurs voies, et les assiste dans tous leurs desseins.
  17. En effet, son commencement le plus assuré est le désir de l’instruction.
  18. Or le soin de l’instruction conduit à l’amour, l’amour fait qu’on obéit à ses lois, l’obéissance à ses lois assure l’immortalité,
  19. et l’immortalité donne une place près de Dieu.
  20. Ainsi le désir de la sagesse conduit à la royauté.
  21. Si donc, ô rois des peuples, vous mettez votre plaisir dans les trônes et le sceptre, honorez la sagesse, afin de régner éternellement.
  22. Mais ce qu’est la sagesse et son origine, je vais l’exposer, sans vous cacher les mystères de Dieu. Je remonterai jusqu’au début de la création, je mettrai au grand jour ce qui la concerne, et je ne m’écarterai pas de la vérité.
  23. Loin de moi de faire route avec l’envie dévorante ! Elle n’a rien de commun avec la sagesse.
  24. Le grand nombre des sages fait le salut de la terre, et un roi sage la prospérité de son peuple.
  25. Recevez donc l’instruction par mes paroles, et vous vous en trouverez bien.

Chapitre 7[modifier]

  1. Je suis moi-même un mortel, semblable à tous et descendant du premier qui fut formé de terre.
  2. J’ai été formé quant à la chair dans le sein de ma mère, pendant dix mois prenant consistance dans le sang, par la semence de l’homme, durant le repos du sommeil.
  3. Moi aussi, à ma naissance, j’ai respiré l’air commun à tous, je suis tombé sur la même terre, et, comme celui de tous, mon premier cri fut un gémissement.
  4. J’ai été élevé dans des langes et avec des soins infinis.
  5. Aucun roi n’a eu un autre commencement d’existence.
  6. Il n’y a pour tous qu’une seule manière d’entrer dans la vie et d’en sortir.
  7. C’est pourquoi j’ai prié, et la prudence m’a été donnée ; j’ai invoqué, et l’esprit de sagesse est venu en moi.
  8. Je l’ai préférée aux sceptres et aux couronnes, et j’ai estimé de nul prix les richesses auprès d’elle.
  9. Je ne lui ai pas égalé les pierres les plus précieuses, car tout l’or du monde n’est auprès d’elle qu’un peu de sable, et l’argent, à côté d’elle, doit être estimé comme de la boue.
  10. Je l’ai aimée plus que la santé et la beauté ; j’ai préféré la posséder plutôt que la lumière, car son flambeau ne s’éteint jamais.
  11. Avec elle me sont venus tous les biens, et des richesses innombrables sont dans ses mains.
  12. Et je me suis réjoui de tous ces biens, car la sagesse les amène avec elle ; j’ignorais pourtant qu’elle en était la mère.
  13. Je l’ai apprise sans arrière-pensée, et je ne cache point ses trésors.
  14. Car elle est pour les hommes un trésor inépuisable ; ceux qui en usent ont part à l’amitié de Dieu, à qui les recommandent les dons acquis par l’instruction.
  15. Que Dieu me donne d’en parler comme je le voudrais, et de concevoir des pensées dignes des dons que j’ai reçus ! Car c’est lui qui conduit la sagesse, et qui dirige les sages.
  16. Nous sommes dans sa main, nous et nos discours, et toute la prudence et le savoir-faire.
  17. C’est lui qui m’a donné la véritable science des êtres, pour me faire connaître la structure de l’univers, et les propriétés des éléments,
  18. le commencement, la fin et le milieu des temps, les retours périodiques du soleil, les vicissitudes des temps,
  19. les cycles des années et la position des étoiles,
  20. la nature des animaux et les instincts des bêtes, la puissance des esprits et les raisonnements des hommes, les différentes espèces des plantes et la vertu des racines.
  21. Tout ce qui est caché et à découvert, je l’ai appris ;
  22. car la sagesse, ouvrière de toutes choses, me l’a enseigné. En elle, en effet, il y a un esprit intelligent, saint, unique, multiple, immatériel, actif, pénétrant, sans souillure, infaillible, impassible, aimant le bine, sagace, ne connaissant pas d’obstacle, bienfaisant,
  23. bon pour les hommes, immuable, assuré, tranquille, tout-puissant, surveillant tout, pénétrant tous les esprits, les intelligents, les purs et les plus subtils.
  24. Car la sagesse est plus agile que tout mouvement ; elle pénètre et s’introduit partout, à cause de sa pureté.
  25. Elle est le souffle de la puissance de Dieu, une pure émanation de la gloire du Tout-puissant ; aussi rien de souillé ne peut tomber sur elle.
  26. Elle est le resplendissement de la lumière éternelle, le miroir sans tache de l’activité de Dieu, et l’image de sa bonté.
  27. Etant unique, elle peut tout ; restant la même, elle renouvelle tout ; se répandant, à travers les âges, dans les âmes saintes, elle en fait des amis de Dieu et des prophètes.
  28. Dieu, en effet, n’aime que celui qui habite avec la sagesse.
  29. Car elle est plus belle que le soleil, et que l’arrangement harmonieux des étoiles. Comparée à la lumière, elle l’emporte sur elle ;
  30. car la lumière fait place à la nuit, mais le mal ne prévaut pas contre la sagesse.

Chapitre 8[modifier]

  1. La sagesse atteint avec force d’un bout du monde à l’autre, et dispose tout avec douceur.
  2. Je l’aimai et la recherchai dès ma jeunesse ; je cherchai à l’avoir pour épouse, et j’étais épris de sa beauté.
  3. Elle fait voir la gloire de son origine en ce qu’elle habite avec Dieu, et le maître de toutes choses l’aime.
  4. Car c’est elle qui initie à la science de Dieu, et qui choisit parmi ses œuvres.
  5. Si la richesse est un bien désirable en cette vie, quoi de plus riche que la sagesse, qui opère toutes choses ?
  6. Si la prudence préside au travail, qui mieux que la sagesse est l’ouvrière de tout ce qui existe ?
  7. Aime-t-on la justice ? Les labeurs de la sagesse produisent les vertus ; elle enseigne la tempérance et la prudence, la justice et la force, ce qu’il y a de plus utile aux hommes pendant la vie.
  8. Désire-t-on une science étendue ? Elle connaît le passé et conjecture l’avenir ; elle pénètre les discours subtils et résout les énigmes ; elle connaît à l’avance les signes et les prodiges ; elle sait les événements des temps et des époques.
  9. Aussi ai-je résolu de la prendre pour compagne de ma vie, sachant qu’elle serait pour moi une conseillère de tout bien, et une consolation dans mes soucis et mes peines.
  10. Par elle, me disais-je, j’aurai de la gloire dans les assemblées, et, jeune encore, de l’honneur auprès des vieillards.
  11. On reconnaîtra ma pénétration dans les jugements, et devant moi les grands seront dans l’admiration.
  12. Si je me tais, ils attendront que je prenne la parole ; si je parle, ils tiendront les yeux fixés sur moi ; et si je prolonge mon discours, ils mettront la main sur leur bouche.
  13. Par elle, j’obtiendrai l’immortalité, et je laisserai à la postérité un souvenir éternel.
  14. Je gouvernerai des peuples, et les nations étrangères me seront soumises.
  15. En entendant parler de moi, des rois redoutables me craindront : je me montrerai bon au milieu du peuple, et vaillant à la guerre.
  16. A mon retour dans ma maison, je me reposerai auprès d’elle ; car sa société ne cause aucune amertume, ni son commerce aucun ennui, mais le contentement et la joie.
  17. Méditant ces pensées en moi-même, et réfléchissant en mon cœur que l’immortalité est le fruit de l’union avec la sagesse,
  18. qu’il y a dans son amitié une noble jouissance, et dans les œuvres de ses mains des richesses inépuisables, qu’on acquiert la prudence dans un commerce assidu avec elle, et la gloire à prendre part à sa conversation : j’allai de tous côtés, cherchant le moyen de l’avoir avec moi.
  19. J’étais un enfant d’un bon naturel, et j’avais reçu en partage une bonne âme ;
  20. ou plutôt, étant bon, je vins à un corps sans souillure.
  21. Mais, sachant que je ne pourrais obtenir la sagesse si Dieu ne me la donnait, — et c’était déjà de la prudence que de savoir de qui vient ce don, — je m’adressai au Seigneur, et je l’invoquai, et je lui dis du fond de mon cœur :

Chapitre 9[modifier]

  1. « Dieu des pères, Seigneur de miséricorde, qui avez fait l’univers par votre parole,
  2. et qui, par votre sagesse, avez établi l’homme pour dominer sur toutes les créatures que vous avez faites,
  3. pour régir le monde dans la sainteté et la justice, et exercer l’empire dans la droiture du cœur,
  4. donnez-moi la Sagesse qui est assise près de votre trône, et ne me rejetez pas du nombre de vos enfants.
  5. Car je suis votre serviteur et le fils de votre servante, un homme faible, à la vie courte, et peu capable de comprendre le jugement et les lois.
  6. Quelqu’un serait-il parfait parmi les enfants des hommes, s’il manque de la sagesse qui vient de vous, il sera compté pour rien.
  7. Vous m’avez choisi pour régner sur votre peuple, et juger vos fils et vos filles.
  8. Et vous m’avez dit de bâtir un temple sur votre montagne sainte, et un autel dans la cité où vous demeurez, sur le modèle du saint tabernacle que vous avez préparé dès l’origine.
  9. Avec vous est la Sagesse qui connaît vos œuvres, qui était là quand vous faisiez l’univers, et qui sait ce qui est agréable à vos yeux, et ce qui est juste selon vos commandements.
  10. Envoyez-la de vos cieux très saints, envoyez-la du trône de votre gloire, afin qu’elle m’assiste dans mes labeurs, et que je connaisse ce qui vous est agréable.
  11. Car elle connaît et comprend toutes choses, et elle me conduira avec prudence dans mes œuvres, et me gardera par sa gloire.
  12. Et ainsi mes œuvres vous seront agréables, je gouvernerai votre peuple avec justice, et je serai digne du trône de mon père.
  13. Quel homme, en effet, peut connaître le conseil de Dieu, ou bien peut pénétrer ce que veut le Seigneur ?
  14. Les pensées des hommes sont incertaines, et nos opinions sont hasardées.
  15. Car le corps, sujet à la corruption, appesantit l’âme, et sa demeure terrestre accable l’esprit aux pensées multiples.
  16. Nous avons peine à deviner ce qui est sur la terre, et nous trouvons avec difficulté ce qui est sous notre main : qui donc a pénétré ce qui est dans le ciel ?
  17. Qui a connu votre volonté, si vous ne lui avez pas donné la Sagesse, et si vous n’avez pas envoyé d’en haut votre Esprit saint ?
  18. Ainsi ont été rendues droites les voies de ceux qui sont sur la terre, et les hommes ont appris ce qui vous est agréable, et ils ont été sauvés par la Sagesse. »

Chapitre 10[modifier]

  1. C’est la sagesse qui garda le premier homme formé par Dieu, pour être le père du genre humain, le seul créé ;
  2. elle le tira de son péché, et lui donna le pouvoir de gouverner toutes les créatures.
  3. S’étant éloigné d’elle dans sa colère, l’injuste périt avec sa fureur fratricide.
  4. Quand, à cause de lui, la terre fut submergée, la sagesse la sauva, dirigeant le juste sur un bois sans valeur.
  5. Lorsque les nations étaient confondues dans leur commune iniquité, la sagesse connut le juste et le conserva sans reproche devant Dieu, et le garda invincible contre sa tendresse pour son fils
  6. Ce fut elle qui, au milieu de la ruine des méchants, sauva le juste, qui s’enfuit loin du feu descendu sur les cinq villes.
  7. En témoignage de leur perversité, cette terre désolée continue de fumer, les arbres portent leurs fruits hors de saison ; monument d’une âme incrédule, une colonne de sel reste là debout.
  8. Ayant négligé la sagesse, non seulement ils ont été privés de la connaissance du bien, mais ils ont laissé aux vivants un monument de leur folie, afin que leurs crimes ne puissent tomber dans l’oubli.
  9. Mais la sagesse a délivré du malheur ses fidèles.
  10. C’est elle qui conduisit par des voies droites le juste fuyant la colère de son frère, qui lui montra le royaume de Dieu, et lui donna la science des choses saintes ; elle l’enrichit dans ses pénibles labeurs, et fit fructifier ses travaux.
  11. Elle l’assista contre d’avares oppresseurs, et lui fit acquérir des richesses.
  12. Elle garda contre ses ennemis, et le protégea contre ceux qui lui dressaient des embûches ; elle lui donna la victoire dans un rude combat, pour lui apprendre que la piété est plus puissante que tout.
  13. Elle n’abandonna pas le juste vendu, mais le préserva du péché ;
  14. elle descendit avec lui dans la fosse, et ne le quitta pas dans les chaînes, jusqu’à ce qu’elle lui eut procuré le sceptre royal, et la puissance sur ses oppresseurs ; elle convainquit de mensonge ceux qui l’avaient accusé, et lui donna une gloire éternelle.
  15. Elle délivra des nations qui l’opprimaient le peuple saint et la race sans reproche.
  16. Elle entra dans l’âme du serviteur de Dieu, et, par des signes et des prodiges, elle tint tête à des rois redoutables.
  17. Elle rendit aux saints le salaire de leurs travaux, elle les conduisit par une route semée de merveilles, et fut pour eux un ombrage pendant le jour, et comme la lumière des étoiles pendant la nuit.
  18. Elle leur fit traverser la mer Rouge, et les conduisit à travers les grandes eaux.
  19. Elle submergea leurs ennemis, puis des profondeurs de l’abîme elle les rejeta.
  20. C’est pourquoi les justes enlevèrent les dépouilles des impies, et chantèrent votre saint nom, Seigneur, et louèrent de concert votre main qui combattait pour eux.
  21. Car la sagesse ouvrit la bouche des muets et rendit éloquente la langue des enfants.

Chapitre 11[modifier]

  1. Elle fit réussir leurs œuvres par la main d’un saint prophète.
  2. Ils firent route à travers un désert inhabité, et dressèrent leurs tentes dans des régions sans chemin.
  3. Ils résistèrent à leurs ennemis, et tirèrent vengeance de leurs adversaires.
  4. Ils éprouvèrent la soif et vous invoquèrent, et l’eau leur fut donnée d’un rocher escarpé, et d’une pierre, l’apaisement de leur soif.
  5. Ce qui avait fait le châtiment de leurs ennemis devint pour eux une bénédiction dans leur détresse.
  6. En effet, tandis que les eaux d’un fleuve intarissable étaient troublées par un sang impur,
  7. en punition du décret qui frappait de mort les enfants, vous donniez à vos fidèles, contre tout espoir, une eau abondante,
  8. leur montrant ainsi, par la soif qu’ils ressentirent alors, de quel châtiment vous frappiez vos adversaires.
  9. Après cette épreuve, quoique punis avec miséricorde, ils surent comment étaient tourmentés les impies jugés dans la colère.
  10. Vous avez éprouvé les uns comme un père qui avertit, et vous avez châtié les autres comme un roi sévère qui condamne.
  11. Absents ou présents, ils furent également tourmentés.
  12. Un double chagrin les saisit, et ils gémissaient au souvenir de ce qui était arrivé.
  13. Car en apprenant que leurs propres tourments tournaient à l’avantage des fugitifs, ils reconnurent la main du Seigneur.
  14. Celui qu’ils avaient autrefois exposé et rejeté avec mépris, ils l’admirèrent à la fin des événements, lorsqu’ils eurent souffert une soif bien différente de celle des justes.
  15. En punition des pensées extravagantes de leur perversité, qui les égaraient et leur faisaient adorer des reptiles sans raison et de vils animaux, vous leur envoyâtes en châtiment une multitude de bêtes stupides :
  16. pour leur apprendre que l’on est puni par où l’on a péché.
  17. Il n’était pas difficile à votre main toute-puissante, qui a fait le monde d’une matière informe, d’envoyer contre eux une multitude d’ours ou de lions féroces,
  18. ou des bêtes nouvellement créées, pleines de fureur et inconnues, respirant une vapeur enflammée, exhalant une fumée infecte, ou lançant par les yeux de terribles éclairs,
  19. capables, non seulement de donner la mort par une blessure, mais de foudroyer de peur par leur seul aspect.
  20. Et, sans cela même, ils pouvaient périr par un simple souffle, poursuivis par la justice, et dispersés par le souffle de votre puissance. Mais vous avez tout réglé avec mesure, avec nombre et avec poids.
  21. Car la souveraine puissance est toujours à vos ordres, et qui donc résisterait à la force de votre bras ?
  22. Le monde entier est devant vous comme l’atome qui fait pencher la balance, comme la goutte de rosée matinale qui tombe sur la terre.
  23. Mais, parce que vous pouvez tout, vous avez pitié de tous, et vous fermez les yeux sur les péchés des hommes pour qu’ils se repentent.
  24. Car vous aimez toutes les créatures, et vous ne haïssez rien de ce que vous avez fait ; si vous aviez haï une chose, vous ne l’auriez pas faite.
  25. Et comment un être subsisterait-il, si vous ne le vouliez, se conserverait-il, si vous ne l’aviez appelé à l’existence ?
  26. Mais vous pardonnez à tous, parce que tout est à vous, Seigneur, qui aimez les âmes.

Chapitre 12[modifier]

  1. Car votre esprit incorruptible est dans tous les êtres.
  2. C’est pourquoi vous châtiez avec modération ceux qui tombent, et, quand ils pèchent, vous les avertissez et vous les reprenez, afin que, renonçant à leur malice, ils croient en vous, Seigneur.
  3. Vous aviez en haine les anciens habitants de votre terre sainte,
  4. parce qu’ils se livraient à des œuvres détestables de magie,
  5. à des cérémonies impies, et à des meurtres cruels d’enfants, dévorant des chairs humaines et s’abreuvant de sang. Ces initiés à d’abominables mystères,
  6. ces parents meurtriers d’êtres sans défense, vous vouliez les détruire par la main de nos pères,
  7. afin que cette terre que vous honorez entre toutes reçût une digne colonie d’enfants de Dieu.
  8. Cependant, comme ils étaient hommes, vous avez usé de clémence, et vous avez envoyé, comme avant-coureurs de votre armée, des frelons pour les faire périr peu à peu.
  9. Non qu’il vous fût impossible de faire tomber ces impies, dans une bataille rangée, sous la main des justes, ou de les exterminer d’un seul coup par des bêtes féroces, ou par un ordre rigoureux
  10. mais, en exerçant vos jugements par degré, vous leur donniez lieu de faire pénitence, quoique vous sussiez bien qu’ils étaient une race perverse, que leur malice était innée, et que leurs pensées ne changeraient jamais ;
  11. car c’était une race maudite dès l’origine. Ce n’est pas non plus par crainte de personne que vous vous êtes montré indulgent pour leurs péchés.
  12. Qui en effet pourrait vous dire : « Qu’avez-vous fait ? » Qui pourrait s’opposer à votre jugement ? Qui vous accuserait de faire périr les nations que vous avez faites ? Qui viendrait plaider contre vous la cause d’hommes impies ?
  13. Car il n’y a pas d’autre Dieu que vous, qui prenez soin de toutes choses, afin de montrer que vous ne jugez pas injustement.
  14. Il n’y a ni roi ni tyran qui puisse se lever contre vous, pour la défense de ceux que vous avez châtiés.
  15. Mais, comme vous êtes juste, vous réglez tout avec justice, et vous regardez comme une chose contraire à votre puissance de condamner aussi celui qui ne mérite pas de châtiment.
  16. Car votre puissance est le fondement de la justice, et c’est parce que vous êtes le Seigneur de tous que vous usez d’indulgence envers tous.
  17. C’est à ceux qui ne croient pas à votre toute-puissance que vous montrez votre force, et vous confondez l’audace de ceux qui la connaissent.
  18. Maître de votre force, vous jugez avec douceur, et vous nous gouvernez avec une grande indulgence, car la puissance est avec vous quand vous le voulez.
  19. En agissant ainsi, vous avez appris à votre peuple que le juste doit être humain, et vous avez inspiré à vos enfants la joyeuse espérance que, s’ils pèchent, vous leur accordez le temps du repentir.
  20. Si, en effet, vous avez puni, avec tant de ménagement et d’indulgence, les ennemis de vos serviteurs, bien qu’ils fussent dignes de mort, leur donnant le temps et l’occasion de se convertir de leur malice,
  21. avec quelle circonspection jugez-vous vos enfants, dont les pères ont reçu de vous des serments et des alliances, jointes à de magnifiques promesses !
  22. Quand vous nous corrigez, vous flagellez nos ennemis mille fois plus fort, pour nous apprendre, quand nous jugeons, à songer à votre bonté, et, quand nous sommes jugés, à espérer en votre miséricorde.
  23. Voilà pourquoi vous avez tourmenté par leurs propres abominations les injustes qui passaient leur vie dans la folie.
  24. Car ils s’étaient enfoncés si loin dans les voies de l’erreur, qu’ils regardaient comme des dieux les plus vils des animaux, s’étant laissé tromper comme des enfants sans raison.
  25. Aussi comme à des enfants sans raison, leur avez-vous envoyé d’abord un châtiment dérisoire.
  26. Mais ceux qu’une correction dérisoire n’a pas amendés, subiront un châtiment digne de Dieu.
  27. Châtiés par ceux qu’ils prenaient pour des dieux, ils furent exaspérés de leurs souffrances, et, voyant Celui qu’ils avaient autrefois refusé de connaître, ils le reconnurent pour le Dieu véritable ; c’est pourquoi la suprême condamnation tomba sur eux.

Chapitre 13[modifier]

  1. Insensés par nature tous les hommes qui ont ignoré Dieu, et qui n’ont pas su, par les biens visibles, voir Celui qui est, ni, par la considération de ses œuvres, reconnaître l’Ouvrier.
  2. Mais ils ont regardé le feu, le vent, l’air mobile, le cercle des étoiles, l’eau impétueuse, les flambeaux du ciel, comme des dieux gouvernant l’univers.
  3. Si, charmés de leur beauté, ils ont pris ces créatures pour des dieux, qu’ils sachent combien le Maître l’emporte sur elles ; car c’est l’Auteur même de la beauté qui les a faites.
  4. Et s’ils en admiraient la puissance et les effets, qu’ils en concluent combien est plus puissant celui qui les a faites.
  5. Car la grandeur et la beauté des créatures font connaître par analogie Celui qui en est le Créateur.
  6. Ceux-ci pourtant encourent un moindre reproche ; car ils s’égarent peut-être en cherchant Dieu et en voulant le trouver.
  7. Occupés de ses œuvres, ils en font l’objet de leurs recherches, et s’en rapportent à l’apparence, tant ce qu’ils voient est beau !
  8. D’autre part, ils ne sont pas non plus excusables ;
  9. car, s’ils ont acquis assez de science pour arriver à connaître le monde, comment n’en ont-ils pas connu plus facilement le Maître ?
  10. Mais ils sont bien malheureux, et ils mettent leur espérance en des objets sans vie, ceux qui ont appelé Dieu des ouvrages de la main des hommes, de l’or et de l’argent travaillés avec art, des figures d’animaux ou une pierre inutile, ouvrage d’une main antique.
  11. Voici qu’un artisan a coupé un arbre facile à travailler ; il en ôte adroitement toute l’écorce, et, le façonnant avec habileté, il en fabrique un meuble utile pour l’usage de la vie.
  12. Son travail achevé, il emploie ce qui reste à faire cuire ses aliments, et satisfait sa faim.
  13. Quant aux derniers débris, qui ne sont plus d’aucun usage, au bois tordu et plein de nœuds, il le prend, le taille pour occuper ses loisirs, et, par un travail habile, lui donne une figure : il le fait ressembler à un homme.
  14. Ou bien il en fait l’image de quelque vil animal, le peint de vermillon, en recouvre la surface d’une couleur rouge, et fait disparaître sous un enduit toutes les taches.
  15. Puis, lui ayant disposé une habitation convenable, il le place contre la muraille et le fixe avec du fer.
  16. Il prend bien garde qu’il ne tombe, sachant que le Dieu ne peut s’aider lui-même, car ce n’est qu’une statue qui a besoin d’appui.
  17. Cependant il le prie au sujet de ses biens, de ses mariages et de ses enfants, et il ne rougit pas de parler à ce qui n’a point d’âme. Il demande la santé à ce qui est sans force,
  18. la vie à ce qui est mort, le secours à ce qui ne peut rendre aucun service, un heureux voyage à ce qui ne peut se servir de ses pieds.
  19. Pour assurer ses profits, ses entreprises, le succès de son travail, il demande l’énergie à ce qui a les mains les plus débiles.

Chapitre 14[modifier]

  1. En voici un autre qui pense à prendre la mer, et se dispose à voyager sur les flots en fureur : il invoque un bois plus fragile encore que le vaisseau qui le porte ;
  2. car, ce vaisseau, c’est la passion du lucre qui l’a inventé, et c’est l’habileté de l’ouvrier qui l’a construit.
  3. Mais, ô Père, c’est votre providence qui le gouverne, vous qui avez même ouvert un chemin dans la mer, et une route sûre au milieu des flots,
  4. montrant par là que vous pouvez délivrer de tout péril, afin que, même sans la science de la navigation, on puisse se mettre en mer. Vous ne voulez pas que les œuvres de votre sagesse restent inutiles ; c’est pourquoi les hommes, confiant leur vie à un bois fragile,
  5. traversent les vagues sur un radeau, et échappent à la mort.
  6. Et jadis, alors que les géants orgueilleux périssaient, l’espérance de l’univers échappa sur une barque, et, gouvernée par votre main, laissa au monde la semence d’une postérité.
  7. Car béni est le bois qui sert à un juste usage.
  8. Mais l’idole, œuvre de la main des hommes, est maudite, elle et son auteur : celui-ci parce qu’il l’a faite, celle-là parce qu’étant périssable, elle est appelée Dieu ;
  9. car Dieu hait également l’impie et son impiété,
  10. et l’œuvre et l’ouvrier seront pareillement châtiés.
  11. C’est pourquoi les idoles des nations seront visitées, parce que, créatures de Dieu, elles sont devenues une abomination, un scandale pour les âmes des hommes, un piège pour les pieds des insensés.
  12. L’idée de faire des idoles fut le principe de la fornication, et leur invention a amené la perte de la vie.
  13. Il n’y en avait pas à l’origine et il n’y en aura pas toujours.
  14. C’est la vanité des hommes qui les a introduites dans le monde ; aussi leur fin prochaine est-elle arrêtée dans la pensée divine.
  15. Un père accablé par une douleur prématurée a façonné l’image d’un fils qui lui a été trop tôt enlevé ; et cet enfant qui était mort, il s’est mis à l’honorer comme un Dieu, et il a institué parmi les gens de sa maison des rites pieux et des cérémonies.
  16. Puis, cette coutume impie, s’affermissant avec le temps, fut observée comme une loi, et, sur l’ordre des princes, on adora les statues.
  17. Quand on ne pouvait les honorer en face, parce qu’ils habitaient trop loin, on se représentait leur lointaine figure, et l’on façonnait une image visible du roi vénéré, afin de rendre à l’absent des hommages aussi empressés que s’il eût été présent.
  18. Et, pour le succès de la superstition, ceux qui ne le connaissaient pas y furent amenés par l’ambition de l’artiste.
  19. Celui-ci, en effet, désireux de plaire au maître puissant, épuisa tout son art à embellir le portrait.
  20. Et la foule des hommes, séduite par l’élégance de l’œuvre, regarda comme un Dieu celui qui naguère était honoré comme un homme.
  21. Ce fut un piège pour les vivants que les hommes, sous l’influence de l’infortune ou de la tyrannie, eussent donné à la pierre ou au bois le nom incommunicable.
  22. Bientôt ce ne fut pas assez pour eux d’errer dans la notion de Dieu ; vivant dans un état de lutte violente, par suite de leur ignorance, ils appelaient du nom de paix de tels maux.
  23. Célébrant des cérémonies homicides de leurs enfants ou des mystères clandestins, et se livrant aux débauches effrénées de rites étranges,
  24. ils n’ont plus gardé de pudeur ni dans leur vie, ni dans leurs mariages. L’un tue l’autre par la trahison, ou l’outrage par l’adultère.
  25. C’est partout un mélange de sang et de meurtre, de vol et de tromperie ; de corruption et d’infidélité, de révolte et de parjure,
  26. de persécution des gens de bien, d’oubli des bienfaits, de souillure des âmes, de crimes contre nature, d’instabilité dans les unions, d’adultère et d’impudicité.
  27. Car le culte des idoles sans nom est le principe, la cause et la fin de tout mal.
  28. Leurs divertissements sont de folles joies, et leurs oracles, des mensonges ; ils vivent dans l’injustice et se parjurent sans scrupule.
  29. Comme ils mettent leur confiance en des idoles sans vie, ils n’attendent aucun préjudice de leurs parjures.
  30. Mais un juste châtiment les frappera pour ce double crime : parce que, s’attachant aux idoles, ils ont eu sur Dieu des pensées perverses, et parce qu’ils ont fait par fourberie des serments contre la justice, au mépris des plus saintes lois.
  31. Ce n’est pas la puissance des idoles par lesquelles ils ont juré, c’est le châtiment dû aux pécheurs qui atteint toujours la prévarication des impies.

Chapitre 15[modifier]

  1. Mais vous, ô notre Dieu, vous êtes bon, fidèle et patient, et vous gouvernez tout avec miséricorde.
  2. Lors même que nous péchons, nous sommes à vous, connaissant votre puissance ; mais nous ne voulons pas pécher, car nous savons que nous sommes comptés parmi les vôtres.
  3. Vous connaître est la justice parfaite, et connaître votre puissance est la racine de l’immortalité.
  4. Nous n’avons pas été égarés par l’invention d’un art funeste, ni par une figure barbouillée de diverses couleurs, vain travail d’un peintre :
  5. objets dont l’aspect excite la passion de l’insensé, qui s’éprend pour la figure inanimée d’une image sans vie.
  6. Affectionnant le mal, ils sont dignes de telles espérances, aussi bien ceux qui les font que ceux qui les aiment ou les adorent.
  7. En effet, voici un potier qui pétrit laborieusement la terre molle ; il façonne chaque vase pour notre usage, et de la même argile, il fait des vases qui sont destinés à de nobles emplois, et d’autres à des emplois tout contraires, sans distinguer nullement à quel usage chacun d’eux devra servir : c’est le portier qui en est juge.
  8. Ensuite, par un travail impie, de la même argile, il façonne une vaine divinité, lui qui, naguère fait de terre, retournera bientôt au lieu d’où il a été tiré, quand on lui redemandera son âme qui lui avait été prêtée.
  9. Pourtant il ne s’inquiète pas de ce que ses forces s’épuisent, ni de ce que sa vie est courte ; mais il rivalise avec ceux qui travaillent l’or et l’argent, il imite ceux qui travaillent l’airain, et met sa gloire à exécuter des figures trompeuses.
  10. Son cœur est comme de la cendre, son espérance est plus vile que la terre, et sa vie est de moindre valeur que l’argile.
  11. Car il méconnaît celui qui l’a fait, qui lui a inspiré une âme agissante, et a mis en lui un souffle de vie.
  12. Il regarde notre existence comme un amusement, la vie comme un marché où l’on se rassemble pour le gain ; car, disent-ils, « il faut acquérir par tous les moyens, même le crime. »
  13. Car celui-là sait bien qu’il est plus coupable que tous les autres, qui, de la même terre, façonne des vases fragiles et des idoles.
  14. Mais ils sont tous très insensés, et plus malheureux que l’âme d’un enfant, les ennemis de votre peuple qui le tiennent dans l’oppression !
  15. Car ils ont regardé comme des dieux toutes les idoles des nations, qui ne peuvent user de leurs yeux pour voir, ni de leurs narines pour respirer l’air, ni de leurs oreilles pour entendre, ni des doigts de leurs mains pour toucher, et dont les pieds sont incapables de marcher.
  16. C’est un homme qui les a faites, et c’est celui à qui on a prêté le souffle qui les a façonnées. Il n’est pas d’homme qui puisse faire un Dieu semblable à lui,
  17. car, étant mortel, il ne fait de ses mains impies qu’une œuvre morte ; il vaut mieux que les objets qu’il adore, car au moins il a la vie, et eux ne l’ont jamais eue.
  18. Ils rendent un culte aux animaux les plus odieux, lesquels, jugés d’après la stupidité, sont pires que les autres.
  19. Il n’y a rien de bon en eux qui fasse naître l’affection, comme à l’aspect d’autres animaux ; ils échappent à la louange de Dieu et à sa bénédiction.

Chapitre 16[modifier]

  1. C’est pourquoi ils ont été justement châtiés par des créatures semblables et tourmentés par une multitude de bêtes.
  2. A la place de ces fléaux, vous avez accordé des bienfaits à votre peuple, et, pour satisfaire son ardent désir, vous lui avez préparé un aliment merveilleux, des cailles en nourriture :
  3. de sorte que les uns, malgré leur désir de manger, à l’aspect répugnant des insectes envoyés contre eux, prirent en aversion même leur appétit naturel, tandis que les autres, après une légère privation, goûtèrent une nourriture nouvelle.
  4. Car il fallait qu’une disette inévitable affligeât les premiers, les oppresseurs, et qu’il fût seulement montré aux autres comment leurs ennemis étaient tourmentés.
  5. En effet, lorsque ceux-ci souffraient de la fureur de bêtes cruelles, et qu’ils périssaient sous la morsure de serpents tortueux, votre colère ne dura pas jusqu’à la fin ;
  6. ils furent troublés un moment, en vue de leur correction, et ils eurent un signe de salut, pour leur rappeler les préceptes de votre loi.
  7. Car celui qui se tournait de son côté était guéri, non par l’objet qu’il avait sous les yeux, mais par vous, qui êtes le sauveur de tous.
  8. Mais par là, vous avez aussi appris à nos ennemis que c’est vous qui délivrez de tout mal.
  9. En effet, la morsure des sauterelles et des moucherons les fit périr, et il ne se trouva aucun moyen de sauver leur vie, parce qu’ils méritaient d’être châtiés de la sorte.
  10. Vos enfants ne furent pas vaincus par la dent des serpents venimeux, car votre miséricorde vint à leur secours et les guérit.
  11. C’est pour que vos paroles leur revinssent en mémoire qu’ils étaient blessés, et promptement guéris, de peur que, venant à les oublier entièrement, ils ne fussent exclus de vos bienfaits.
  12. Ce ne fut ni une herbe, ni un médicament qui les guérit, mais votre parole, Seigneur, qui guérit tout.
  13. Car vous avez puissance sur la vie et sur la mort ; vous menez aux portes du séjour des morts et vous en ramenez.
  14. L’homme, dans sa méchanceté, peut bien donner la mort, mais non ramener l’esprit une fois sorti, ni délivrer l’âme que le schéol a reçue.
  15. Mais il est impossible d’échapper à votre main.
  16. Les impies qui prétendaient ne pas vous connaître ont été flagellés par la force de votre bras ; des eaux extraordinaires, la grêle et des pluies inexorables les ont tourmentés, et le feu les a consumés.
  17. Ce qui était le plus étrange, c’est que, dans l’eau qui éteint tout, le feu n’était que plus ardent, car l’univers combat pour les justes.
  18. Tantôt la flamme s’adoucissait, afin que les animaux envoyés contre les impies ne fussent pas consumés, et que ceux-ci, à cette vue, reconnussent qu’un jugement de Dieu les poursuivait.
  19. Tantôt elle brûlait au sein même de l’eau, avec plus de force que n’en comporte la nature du feu, afin de détruire tous les produits d’une nation impie.
  20. Au lieu de cela, vous avez rassasié votre peuple de la nourriture des anges, et vous leur avez donné du ciel, sans travail, un pain tout préparé, procurant toute puissance et approprié à tous les goûts.
  21. Cette substance, envoyés par vous, montrait la douceur que vous avez envers vos enfants, et ce pain, s’accommodant au désir de celui qui le mangeait, se changeait en ce qu’il voulait.
  22. La neige et la glace soutenaient la violence du feu sans se fondre, afin qu’ils sussent que le feu, qui brûlait dans la grêle et étincelait dans la pluie, détruisait les récoltes de leurs ennemis,
  23. et qu’il oubliait ensuite sa vertu propre, pour l’entretien des justes.
  24. Car la créature, soumis à vous, son Créateur, déploie son énergie pour tourmenter les méchants, et se relâche pour procurer le bien de ceux qui se confient en vous.
  25. C’est pourquoi, se pliant alors à tous ces changements, elle était aux ordres de votre grâce, qui nourrit tout, selon la volonté de ceux qui étaient dans le besoin ;
  26. afin que vos enfants que vous aimez, Seigneur, apprissent que ce ne sont pas les différentes espèces de fruits qui nourrissent les hommes, mais que c’est votre parole qui conserve ceux qui croient en vous.
  27. Car ce qui résistait à l’action destructive du feu se fondait aisément, échauffé par le moindre rayon de soleil :
  28. afin d’apprendre à tous qu’il faut devancer le soleil pour vous rendre grâces, et vous adorer dès le lever du jour.
  29. Quant à l’ingrat, son espérance fondra comme la glace d’hiver, et s’écoulera comme une eau inutile.

Chapitre 17[modifier]

  1. Car vos jugements sont grands et difficiles à expliquer ; aussi les âmes sans instruction se sont-elles égarées.
  2. Alors que les méchants s’étaient persuadés qu’ils pouvaient opprimer la nation sainte, enchaînés par les ténèbres et prisonniers d’une longue nuit, enfermés sous leur toit, ils gisaient-là, fuyant eux-mêmes votre incessante providence.
  3. Alors qu’ils imaginaient rester cachés avec leurs péchés secrets, sous le voile épais de l’oubli, ils furent dispersés, saisis d’une horrible épouvante, et effrayés par des fantômes.
  4. Les réduits où ils se renfermaient ne les préservaient pas de la crainte : des bruits effrayants retentissaient autour d’eux, et des spectres leur apparaissaient avec des visages lugubres.
  5. Il n’y avait pas de feu capable de donner de la lumière, et les flammes brillantes des astres ne pouvaient éclairer cette horrible nuit.
  6. Parfois seulement, leur apparaissait une masse de feu, allumée d’elle-même, effrayante, et, épouvantés de cette vision dont ils n’apercevaient pas la cause, ils jugeaient ces apparitions plus terribles encore.
  7. L’art dérisoire des magiciens était à bout, et leur prétention à la sagesse honteusement convaincue de fausseté.
  8. Eux qui se faisaient forts de chasser des âmes malades la terreur et le trouble, ils étaient malades eux-mêmes d’une peur ridicule.
  9. Car, quoiqu’il n’y eût rien de terrible pour les effrayer, le passage des animaux et le sifflement des serpents les terrifiaient ;
  10. et ils mouraient de frayeur, se refusant à voir cet air auquel nul ne peut échapper.
  11. — Car la perversité est craintive, condamnée qu’elle est par son propre témoignage ; pressée par sa conscience, elle s’exagère toujours le mal.
  12. La crainte, en effet, n’est pas autre chose que l’abandon des secours qu’apporterait la réflexion.
  13. L’espérance étant moindre au fond du cœur, on s’effraie d’autant plus d’ignorer la cause de ses tourments. —
  14. Eux, pendant cette nuit d’impuissance, sortie des profondeurs du schéol impuissant, endormis du même sommeil,
  15. étaient tantôt agités par des spectres terrifiants, tantôt abattus par la défaillance de leur âme ; car une épouvante subite et inattendue s’était répandue sur eux.
  16. De même tous les autres, quels qu’ils fussent, tombant là sans force, étaient retenus comme enfermés dans une prison sans verrous.
  17. Le laboureur, le berger, l’ouvrier occupé aux rudes travaux de la campagne, surpris par le fléau, étaient soumis à l’inévitable nécessité ;
  18. car tous étaient liés par la même chaîne de ténèbres. Le vent qui sifflait, le chant mélodieux des oiseaux dans les rameaux épais, le bruit des eaux précipitant leur cours,
  19. le fracas des pierres qui roulaient, la course invisible des animaux bondissants, les hurlements des bêtes féroces, l’écho se répercutant dans les cavités des montagnes, tout les faisait pâmer d’effroi.
  20. Car tandis que tout l’univers était éclairé d’une lumière brillante, et se livrait sans obstacle à ses travaux,
  21. sur eux seuls s’étendait une nuit pesante, image des ténèbres qui devaient les recevoir ; mais ils étaient encore plus à charge à eux-mêmes que les ténèbres.

Chapitre 18[modifier]

  1. Cependant une grande lumière brillait pour vos saints ; les Egyptiens entendaient leur voix sans voir leur visage, et, malgré leurs souffrances passées, les proclamaient heureux.
  2. Et parce que, après avoir été maltraités, ils ne se vengeaient pas, ils leur rendaient grâces, et leur demandaient pardon de les avoir traités en ennemis.
  3. A la place de ces ténèbres, vous avez donné à vos saints une colonne de feu, guide dans une route inconnue, soleil inoffensif pour leur glorieux pèlerinage.
  4. Ils méritaient bien d’être privés de lumière, et d’être emprisonnés dans les ténèbres, ceux qui tenaient enfermés vos enfants, par qui la lumière incorruptible de votre loi devait être donnée au monde.
  5. Ils avaient résolu de faire périr les enfants des saints, et, l’un de ces derniers ayant été exposé et délivré, vous leur avez, pour leur châtiment, enlevé la multitude de leurs fils, et vous les avez engloutis tous ensemble dans les flots impétueux.
  6. Cette nuit avait été connue d’avance par nos pères, afin que, sachant bien à quelles promesses ils avaient cru, ils eussent meilleur courage.
  7. Et ainsi votre peuple attendit la délivrance des justes et l’extermination de ses ennemis.
  8. De même que vous avez châtié nos adversaires, du même coup vous nous avez glorifiés en nous appelant à vous.
  9. En effet, les pieux enfants des saints offraient leur sacrifice en secret, et faisaient d’un commun accord ce pacte divin : que les saints participeraient aux mêmes biens et aux mêmes dangers ; — chantant déjà d’avance les hymnes de leurs pères.
  10. Pour leur faire écho, retentissaient les cris discordants des ennemis, et l’on entendait des lamentations sur les enfants qu’on pleurait.
  11. L’esclave et le maître étaient punis de la même peine, et l’homme du peuple souffrait la même chose que le roi.
  12. Ils avaient tous pareillement, dans un seul genre de mort, des morts sans nombre, et les vivants ne suffisaient pas aux funérailles, car leurs plus nobles rejetons avaient été exterminés en un instant.
  13. Ils avaient refusé de croire à cause de leurs sortilèges ; quand arriva l’extermination des premiers-nés, ils reconnurent que ce peuple était fils de Dieu.
  14. Pendant qu’un profond silence enveloppait tout le pays, et que la nuit était arrivée au milieu de sa course rapide,
  15. votre Parole toute-puissante s’élança du haut du ciel, de son trône royal, comme un guerrier impitoyable, au milieu d’une terre vouée à l’extermination,
  16. portant comme un glaive aigu votre irrévocable décret ; elle était là, remplissant tout de mort ; elle touchait au ciel et se tenait sur la terre.
  17. Aussitôt des visions de songes effrayants les troublèrent, et des terreurs inattendues tombèrent sur eux.
  18. Jetés par terre çà et là à demi-morts, ils révélaient la cause pour laquelle ils mouraient.
  19. Car les songes qui les troublaient la leur avaient révélée, afin qu’ils ne mourussent pas sans savoir pourquoi ils étaient si rudement frappés.
  20. L’épreuve de la mort atteignit aussi les justes, et il y eut dans le désert une destruction de la multitude ; mais votre colère ne dura pas longtemps.
  21. Car un homme sans reproche se hâta de combattre pour les coupables ; prenant les armes de son ministère, la prière et l’encens expiatoire, il résista à la colère divine et mit un terme au fléau, montrant qu’il était votre serviteur.
  22. Il vint à bout de cette sédition, non par la force corporelle, ni par la puissance des armes ; mais il dompta par la parole celui qui les châtiait, en rappelant les serments faits aux pères et les alliances.
  23. Lorsque déjà les morts étaient tombés en tas les uns sur les autres, s’interposant, il arrêta la colère, et ferma à l’Exterminateur le chemin des survivants.
  24. Car sur la robe qui tombait jusqu’à terre était tout l’univers ; les noms glorieux des pères étaient gravés sur les quatre rangées de pierres précieuses, et votre majesté sur le diadème de sa tête.
  25. Devant ces symboles, l’Exterminateur se retira, il en fut effrayé ; car la seule expérience de votre colère était suffisante.

Chapitre 19[modifier]

  1. Mais une colère sans miséricorde poursuit les impies jusqu’à la fin. Car Dieu savait d’avance quelle serait leur conduite :
  2. Qu’après avoir permis aux justes de s’en aller, et pressé leur départ avec grande instance, ils en auraient du regret et se mettraient à leur poursuite.
  3. En effet, ils n’avaient pas encore achevé leurs deuils, et ils se lamentaient encore aux tombeaux de leurs morts, qu’ils s’engagèrent dans un autre dessein de folie, et poursuivirent comme des fugitifs ceux qu’ils avaient conjurés de s’éloigner.
  4. Une juste nécessité les entraînait à cette fin, et leur faisait oublier ce qui venait de leur arriver, afin qu’ils subissent dans la pleine mesure le châtiment
  5. et que, tandis que votre peuple bénéficiait d’un glorieux passage, ils trouvassent une mort étrange.
  6. Car la création tout entière fut transformée dans sa nature, obéissant aux commandements particuliers qui lui étaient donnés, afin que vos enfants fussent conservés à l’abri de tout mal
  7. Ainsi on vit une nuée couvrir le camp de son ombre ; là où il y avait auparavant de l’eau, apparut la terre ferme ; la mer Rouge ouvrit un libre passage, et les flots impétueux se changèrent en un champ de verdure.
  8. Ils y passèrent, — toute une nation, — protégés par ta [sic] main, ayant sous les yeux de merveilleux prodiges.
  9. Comme des chevaux en pâturage, comme des agneaux bondissants, ils vous glorifiaient, Seigneur, vous, leur libérateur.
  10. Car ils se rappelaient encore ce qui s’était passé en leur séjour au pays étranger : comment, à la place des autres animaux, la terre avait produit des moustiques, et le fleuve, au lieu de poissons, une multitude de grenouilles.
  11. Plus tard, ils virent encore une étrange production d’oiseaux, lorsque, poussés par la convoitise, ils demandèrent une nourriture délicate :
  12. pour les satisfaire, des cailles montèrent du côté de la mer.
  13. Mais le châtiment tomba sur les pécheurs, non sans être signalé d’avance par de violents éclairs. Il souffrirent justement pour leurs crimes,
  14. car ils avaient montré pour l’étranger la haine la plus odieuse. D’autres n’avaient pas voulu recevoir des gens qui ne les connaissaient pas ; ceux-là avaient réduit en esclavage des étrangers qui leur avaient fait du bien.
  15. Il y a plus, — car voici une autre considération en faveur des premiers : C’est en ennemis qu’ils recevaient ces étrangers ;
  16. ceux-là, au contraire, accueillirent votre peuple avec des fêtes ; et, après l’avoir admis à la jouissance de leurs droits, l’accablèrent de cruelles souffrances.
  17. Aussi furent-ils frappés d’aveuglement, comme ceux qui assiégeaient la porte du juste, lorsque, enveloppés de ténèbres profondes, ils cherchaient chacun l’entrée de la porte.
  18. Car les éléments échangeaient leurs propriétés, comme dans le psaltérion les sons changent de rythme ; tout en conservant le même ton. C’est ce qu’on peut voir clairement par les faits qui se sont passés.
  19. Les animaux terrestres devenaient aquatiques, et ceux qui nagent passaient sur la terre.
  20. Le feu dépassait dans l’eau sa vertu naturelle, et l’eau oubliait sa propriété d’éteindre.
  21. D’autre part, la flamme n’atteignait pas la chair des frêles animaux répandus tout autour, et ne fondait pas cet aliment céleste, semblable au givre et fusible comme lui.
  22. En toutes choses, Seigneur, vous avez glorifié votre peuple, vous l’avez honoré et vous ne l’avez pas méprisé ; en tout temps et en tout lieu vous l’avez assisté.