Méditations/XVI

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Mercure de France (p. 46-47).

XVI


…Tu as combattu avec Dieu…
Genèse, c. xxxii, 28.


Dans un sentier que j’aime croît la campanule à feuilles de lierre. Pour la cueillir il faut traverser d’un bord à l’autre des ruisseaux roux, sur des pierres dont tremble l’ombre sur un lit de sable. Des joncs, des menthes, des populages, des prêles étalent un tapis qui sent la procession, et doux aux pas du solitaire qui va mendier en ces retraites le pain de l’oubli : c’est une ardente soif que celle d’un cœur vide.

Voilà ce poète que l’on dit heureux. Le voilà amer, déçu, plein d’un muet sanglot. Il en veut au Seigneur dont le souffle le pousse dans des ronces et, révolté contre lui, s’écrie avec Job : Pourquoi me Iraitez-vous comme voire ennemi ?

Cependant il aperçoit dans la mousse une fleur rose. Et, de même que Jacob, luttant avec l’Ange, résistait à la grâce, ce poète, en proie à cette irritation que Dieu ne lui offre qu’une fleur, détourne son regard et son âme. Mais peu à peu il s’attendrit, cède, et, penché sur la mince corolle, voit le Ciel s’y poser.