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Mémoires Historiques/Introduction/Appendice 2 - Jugement de Pan Piao

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APPENDICE II


JUGEMENT DE PAN PIAO CCXXXIX-1 SUR SE-MA TS’IEN


Heou Han chou, chapitre XL, p. 2 r° : « L’époque de T’ang (Yao), de Yu (Choen) et des trois dynasties (Hia, Yn et Tcheou), c’est le sujet du Livre des Vers (Che king) et du Livre de l’Histoire (Chou king) ; chaque génération avait alors ses historiens officiels chargés de s’occuper des règlements et des registres. Et quant aux royaumes vassaux, ils avaient des historiens qui leur étaient propres ; c’est pourquoi Mong-tse dit (cf. Legge, Chinese Classics, t. I, p. 203) : « Le T’ao ou du royaume de Tch’ou, le Cheng du royaume de Tsin et le Tch’oen ts’ieou du royaume de Lou étaient la même chose. » Au temps des ducs Ting (509-495 av. J.-C.) et Ngai (494-467 av. J.-C.), un sage du pays de Lou, Tso K’ieou-ming, discuta et réunit ces écrits dont il lit le Commentaire de Tso (Tso tchoan) en trente chapitres. De plus il écrivit un autre recueil sous le titre : Discours des états (Kouo yu), en vingt chapitres. A partir de ce moment les choses racontées dans le Cheng et le T’ao ou tombèrent dans l’oubli, et le Commentaire de Tso et les Discours des états restèrent seuls en lumière. En outre, il y avait un livre qui tenait le compte, depuis Hoang-ti jusqu’à la période tch’oen ts’ieou (722-481 av. J.-C), des empereurs, des rois, des ducs, des marquis, des hauts dignitaires et des grands officiers ; le titre en était Origines généalogiques (Che pen) et il comprenait quinze chapitres. Après la période tch’oen ts’ieou, les sept royaumes entrèrent dans une guerre générale ; Ts’in soumit les seigneurs ; c’est alors qu’il y eut les Conseils des royaumes combattants (Tchan kouo ts’e) en trente-trois chapitres. Quand les Han eurent triomphé et se furent assuré l’empire, le grand officier de second ordre, Lou Kia, relata les faits illustres de ce temps ; il fit le tch’oen ts’ieou de Tch’ou et de Han en neuf chapitres. Au temps de l’empereur Hiao Ou, le duc grand astrologue, Se-ma Ts’ien se servit du Commentaire de Tso et du Kouo yu, fit une recension des Origines généalogiques et des Conseils des royaumes combattants et s’appuya sur les faits de l’époque de Tch’ou et de Han et des royaumes divisés ; il remonta jusqu’à Hoang-ti et descendit jusqu’à la capture du lin (en 95 av. J.-C.), Il composa des Annales fondamentales, des Maisons héréditaires, des Monographies, des Traités et des Tableaux, en tout cent trente chapitres ; cependant dix chapitres font défaut. Dans ce que Se-ma Ts’ien a rapporté, c’est pour la période qui s’étend depuis l’origine de la dynastie Han jusqu’à l’empereur Ou que son mérite est le plus grand ; mais, quant à la manière dont il a recueilli les textes classiques, rassemblé les commentaires et réparti les écrits des cent écoles, il est, en un très grand nombre de cas, négligé et incomplet et ne vaut pas ses originaux. Sa préoccupation et son désir est d’avoir des connaissances aussi abondantes que possible ; c'est l'ampleur de son travail qu'il tient à gloire. Dans ses discussions critiques, il est superficiel et n'est pas sûr ; quand il discute les points de doctrine, il vénère Hoang-ti et Lao-tse et traite légèrement les Cinq livres canoniques. Quand il parle du commerce, il donne peu d'importance à la bonté et à la justice et fait une honte de la pauvreté et de la misère ; quand il discourt sur les vagabonds redresseurs de torts, il rabaisse ceux qui accomplissent leur devoir et loue une bravoure de bas étage. Voilà les grands défauts par lesquels il a blessé la droite raison et c'est pourquoi il a été frappé par un terrible châtiment. Cependant il expose fort bien les faits et leurs causes ; il est habile écrivain sans être fleuri ; il est plein de choses sans être rude ; la forme et le fond sont, chez lui, en bon accord ; ce sont là les qualités d'un excellent historien. En vérité, si on pouvait faire que Se-ma Ts'ien se fût appuyé sur les règles des Cinq livres canoniques et eût été d'accord avec le sage Confucius) dans ses jugements d'approbation et de désapprobation, son génie serait alors bien près de la perfection. »

(Pan Piao montre ensuite quelques-unes des fautes de détail qu'on relève chez Se-ma Ts'ien et dit qu'il a entrepris de le corriger et de le compléter. — Le travail que fit Pan Piao ne comprenait que deux sections, des Annales fondamentales et des Monographies ; son fils, Pan Kou, continua l'oeuvre inachevée de son père, mais n'eut pas le temps de la terminer entièrement. Pan Tchao, soeur de Pan Kou et fille de Pan Piao, mit la dernière main à ce livre qui n'est autre que le Ts'ien Han chou ou Histoire des Han antérieurs).



CCXXXIX-1. La biographie de Pan Piao se trouve dans le chapitre XL, l re partie, du Heou Han chou ; Pan Piao est surtout célèbre par ses enfants qui furent Pan Kou (Mayers, Manual, n° 534), le principal auteur du Ts’ien Han chou et l’auteur du Po hou t’ong, — Pan Tch’ao (Mayers, n° 536), fameux pour ses exploits militaires dans le Turkestan, — et Pan Tchao, leur soeur, qui termina le Ts’ien Han chou. Pan Piao mérite cependant d’être connu pour lui-même, car ce fut lui qui commença la rédaction du grand ouvrage historique que son fils aîné et sa fille devaient achever ; le jugement qu’il porte sur Se-ma Ts’ien devait être sans doute une sorte de préface à son livre. Pan Piao 班彪 avait pour appellation Chou-p’i 叔皮 ; il naquit en l’an 3 de notre ère dans la sous-préfecture de Ngan-ling (à 21 li à l’est de la sous-préfecture actuelle de Hien-yang, préfecture de Si-ngan, province de Chàn-si). Son grand-père, Pan Hoang 班況 , avait été officier supérieur de cavalerie sous le règne de l’empereur Tch’eng (32-6 av. J.-C.) : son père, Pan-Tche 班稚 , avait été préfet de la commanderie de Koang-p’ing au temps de l’empereur Ngai (6 av. J.-C.-l ap. J.-C). Lui-même passa sa jeunesse dans une époque fort troublée ; lorsque le pouvoir de l’usurpateur Wang Mang déclina, il fut un des premiers à insister pour qu’on rétablît sur le trône la famille Lieou d’où étaient sortis tous les souverains de la dynastie des premiers Han ; aussi jouit-il plus tard d’un grand crédit auprès du représentant de cette famille qui fonda la dynastie des Han postérieurs et fut canonisé sous le nom de Koang-ou-ti. Il mourut en l’an 54 de notre ère, âgé de cinquante-deux ans.


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