Mémoires d’une ex-palladiste parfaite, initiée, indépendante/02/Symboles du Palladisme

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Symboles du Palladisme


Le document qui contient le plus complètement les principaux symboles du Palladisme est la Patente de Hiérarque et de Maîtresse Templière au titre direct de Charleston. L’encadrement de ce diplôme fut dessiné, sur les indications d’Albert Pike ; il sert aussi d’ornement aux Patentes des Inspecteurs Permanents Souverains Délégués, accrédités par l’un ou l’autre des quatre Grands Directoires Centraux de la haute-maçonnerie (Washington, Montevideo, Naples et Calcutta).

Pour ce motif, le Comité Fédéral du Palladium Indépendant a adopté ce dessin d’encadrement, en vue d’orner d’une façon uniforme tous ses Diplômes, Brefs et Patentes ; dans le nombre se trouve le Bref d’autorisation en Activité, délivré à quiconque, même profane, s’engage à fonder un Groupe Familial. Mais aux fondateurs de Groupes Familiaux l’explication des symboles n’est pas donnée : il s’agit uniquement de les familiariser avec ces emblèmes, dont le sens ne doit être communiqué que le jour où le Groupe Familial, bien méritant et vraiment actif, aura été érigé en Triangle et admis à la correspondance régulière de la Fédération.

À mon insistante requête, et non sans vifs débats, l’Indépendance avait pris le titre de Palladium Régénéré et libre. Tous voulaient la liberté, c’est-à-dire l’affranchissement du joug de Lemmi ; mais peu désiraient la régénération, c’est-à-dire l’abandon de certaines pratiques se groupant en trois catégories, toujours par moi réprouvées. On fit valoir qu’il fallait laisser, sans y toucher, ce dessin exécuté sur l’ordre du Grand Albert : les symboles palladiques, me déclara-t-on, étaient sacrés par eux-mêmes, et je dus céder devant cette considération ; pourtant, j’obtins que l’interprétation de ceux qui me répugnaient serait changée, on convint que j’aurais mandat de fixer un nouveau sens. L’accomplissement de cette mission ne me paraissait pas impossible ; toutefois, Dieu, dans sa bonté et sa miséricorde, avait arrêté que mes yeux s’ouvriraient, avant que j’eusse réalisé tout mon projet. Je me demande si l’examen plus minutieux de ce symbolisme n’a pas contribué à préparer ma conversion ; car cet examen souleva mon cœur : c’est un peu ainsi que je vis la difficulté — dirais-je l’impossibilité ? — d’arracher au fumier les malheureux qui s’y vautraient avec tant de complaisance.

Venons à ce dessin d’ornement et à ses symboles.

Les Brefs d’autorisation en Activité sont ma légitime propriété, puisqu’on m’en a fait payer tous les frais ; j’en dispose donc à mon gré. Le Comité Fédéral de Londres n’aura qu’à en faire exécuter d’autres, s’il poursuit son projet de créer des Groupes Familiaux. Moi, je réserve à mes abonnés ces documents en ma possession ; ainsi ils auront en main l’authenticité du Palladisme.

Dans son considérable ouvrage, le docteur Bataille a publié, en la livraison numéro 60, la reproduction de ce dessin ; mais il ne l’a pas expliqué. En effet, plusieurs symboles dépassaient sans doute son instruction de palladiste par subterfuge, puisqu’il n’a pas eu l’initiation de Mage Élu.

Ce qu’il a reproduit, c’est le diplôme de Maîtresse Templière. En examinant de près sa publication, on voit comment son dessinateur a opéré. On a eu, à disposition limitée, le diplôme d’une Sœur de ce grade ; sans aucun doute, cette Sœur n’a pas permis qu’il sortît de chez elle, et ceci se comprend. S’il en était autrement, on eût photographié le diplôme ; ce qui n’est pas. Voyez de près : il a été décalqué ; l’artiste a un talent merveilleux, j’en demeure d’accord ; mais divers petits détails lui ont échappé. Je signalerai ces différences. Or, il n’en existerait aucune, et même on distinguerait, sur le livre du docteur, que la planche est un bois gravé, si le document avait été pris en photographie.

Ayant eu à ma disposition entière une des planches même de Charleston, il m’a été possible, à moi, au contraire, de faire la reproduction identique. Mes abonnés le verront, c’est bien un bois gravé qui a servi à tirer ces documents dont je fais une prime. Le dessinateur de Bataille a livré son décalque, presque ; parfait les éditeurs en ont tiré un cliché sur zinc, réduit, c’est visible.

Je cite un premier exemple, démontrant l’inattention du dessinateur qui a décalqué et l’omission forcée de Bataille, n’étant pas Mage Élu. Que l’on compare, sur les deux reproductions, le tableau de la Résurrection de Lazare. Ce tableau, en petit détail inaperçu de qui n’a pas cette initiation, indique très nettement les trois points en triangle, la pointe en bas, qui figurent sur le corps ressuscité le « signe du triangle », spécial aux Mages Élus à l’ouverture et à la fermeture des travaux. Sauf ce détail, l’exactitude du décalque pris par le dessinateur de Bataille est frappante ; les trois points sont à peine indiqués là, imperceptibles ; il n’y sont pas comme points devant attirer l’attention, mais parce que le corps humain les comporte. Au contraire, sur le dessin original, ces trois points symboliques du Palladisme, dernier degré, sont accentués, expressément accentués.

Le docteur Bataille ne m’en voudra pas de signaler quelques menues défectuosités : elles ont peu d’importance, et, au surplus, elles prouvent que son dessinateur a bien reproduit un document authentique, qu’il l’a décalqué avec un mérite d’artiste de premier ordre, mais que la Sœur prêteuse, voulant assurer son incognito, ne l’a pas laissé photographier.

Le dessin est dominé, au centre supérieur, par un cartouche, dont le plus saillant est le nom du prétendu Dieu-Bon (L.U.C.I.F.E.R), écrit en lettres de l’Alphabet égyptien dit du Magisme palladique ou Alphabet des Mages d’Alexandrie. L’encadrement se compose de onze tableaux ou sujets.

Voici leurs titres, dans leur ordre rituel, non pas dans leur ordre de placement :

  1. Le Saint Sépulcre.
  2. La Résurrection de Lazare.
  3. Les Croix.
  4. Le Triomphe d’Astarté sur le Mauvais Serpent.
  5. La chair et le sang du Traître.
  6. Le Figuier maudit.
  7. La Colombe maçonnique.
  8. Le Bon Serpent.
  9. L’Échelle palladique.
  10. Le Mystère des deux Colonnes.
  11. L’Être Suprême.



Le cartouche du centre supérieur est consacré à Lucifer. Toutes ses inscriptions sont en caractères gravés sur le bois.

La première ligne est remarquable par son originalité. Elle porte la devise DOMAG, chaque lettre étant suivie de cinq points (∶·∶). Le sens de ces cinq lettres est connu : Dei Optimi Maximi ad Gloriam, à la gloire du Dieu le meilleur et le plus grand ; ce qui, dans le sentiment des palladistes, indique que ce Dieu n’est pas le seul et qu’à celui-ci appartiennent l’excellence de la bonté et la sublimité de la grandeur. Les cinq points, par leur disposition, laissent comprendre l’existence de deux triangles se heurtant par leur pointe, l’un ayant sa base en haut et plongeant sur l’autre (c’est Lucifer), l’autre ayant sa base en bas (c’est Adonaï qui menace Lucifer). En outre : les cinq points rappellent à l’initié que le rite est androgyne ; car, dans toutes les maçonneries, les cinq points sont spéciaux aux Ateliers ou les sœurs sont mêlées aux Frères.

Au-dessous : une étoile à cinq branches, brisant une épaisse ligne horizontale. Ceci représente l’étoile du matin (Lucifer encore), annonçant la lumière du jour ; la ligne noire des ténèbres va être vaincue.

Alors, au milieu du cartouche, en caractères magiques monstrueux, les sept lettres égyptiennes et palladiques formant le mot LUCIFER. Mes lecteurs ont l’alphabet dans ce numéro ; ainsi, il leur sera facile de retrouver les lettres qui vont de gauche à droite : Luzaïn, Ur, Caïtha, Ioïthi, Pilôn, Eni et Rasith.

Mais ces lettres sont parsemées de divers petits signes secrets, connus des seuls Mages Élus et des seules Maîtresses Templières Souveraines, et qui désignent les grands génies supérieurs.

Entre Ioïthi et Pilôn, en haut ; la croix coupée, un des signes de Baal-Zéboub. — À gauche de Luzaïn : le serpent sans tête et à deux dards, un des signes d’Astaroth. — Entre Eni et Rasith, en bas : le cœur du Christ en renversement, un des signes d’Astarté. — Entre Luzaïn et Ur, en haut et en bas, et à droite de Ur : trois signes disposés en triangle, dits le bout de flèche coupée, le triangle menteur (pointe en haut) et le lozange d’éther, dont l’ensemble est un des signes de Moloch. Il faut remarquer que les gros points ronds appartiennent à l’alphabet magique et ne comptent pas dans cette explication-ci. — Entre Pilôn et Eni, en haut : le triangle obscurci, triangle noir ayant la pointe en bas, un des signes d’Ariel. — Sous Rasith : le trait de science entre cubes, un des signes d’Hermès, le signe le plus fréquemment tracé pour évoquer ce daimon. — Entre Pilôn et Eni, au milieu, en direction de haut en bas la flèche mouillée, un des signes de Léviathan. — Au centre de Ioïthi : le maléach régénéré, grosse virgule en sens dessus-dessous, un des signes de Béhémoth.

Sous le nom magique du prétendu Dieu-Bon : deux mots latins, en lettres monumentales, Excelsus Escelsior, le Très-Haut plus haut ; nouvelle indication de rivalité entre principes suprêmes. Le dogme palladique s’affirme : le Très-Haut Lucifer est plus haut que le Très-Haut Adonaï.

Au-dessous, dans la pointe centrale du cartouche : le nombre mystérieux 77, multiplication du nombre luciférien simpliste 7 par le nombre luciférien kabbalistique 11 ; le docteur Bataille a consacré tout un chapitre à expliquer ce nombre mystérieux 77, qui représente la hiérarchie du royaume du Feu ; son chapitre est intéressant et vrai.

La fantaisie de Pike a mêlé à ce 77 un tau à trois boules, figure qui lui était familière et qui était sa clef d’appel à Lucifer. Là encore, cinq points, mais ceux-ci disposés en triangle luciférien.

Enfin, au-dessous du large cartouche : une guirlande de roses fraîches est suspendue ; c’est le symbole de la nombreuse phalange des Sœurs du Palladium, consacrées à Lucifer. Infortunées victimes, — et je fus parmi elles, — de la plus lamentable erreur !

Une observation : le dessinateur de Bataille a négligé, j’ignore pourquoi, de décalquer les première et troisième lignes. Oubli, sans doute ; et, sur le diplôme reproduit, on a mis des caractères typographiques, en place des lettres gravées sur le bois. Cette différence n’a pas raison d’être. Mais ce n’est rien ; laissons.



Le Saint Sépulcre


Tableau à l’angle Inférieur de gauche. Il représente l’intérieur d’une crypte, où se trouve le cénotaphe du grand-maître des Templiers, supplicié en 1314, Jacques-Bourguignon de Molay. Un squelette, armé d’un poignard, est debout, accoudé au tombeau. Le cénotaphe est surmonté d’une urne funéraire, d’où sortent des flammes. Trois crânes sont déposés sur les gradins du monument : l’un couronné de lauriers, qui repose sur un coussin ; les deux autres, sur la pierre, plus bas, couronnés le premier d’une tiare et le second d’un diadème royal. Des chiffres, en gros caractères, sont inscrits sur la face inférieure du monument.

Ce tableau rappelle la légende du grade de Chevalier Kadosch, avec son explication complétée par le Palladisme. En effet, le recrutement palladiste s’effectue dans la Maçonnerie ordinaire parmi les Kadosch, de préférence, ou parmi les initiés des grades à enseignement templier ; c’est par exception qu’on appelle parfois au Palladium des maçons de grades inférieurs. Il est vrai, aussi, que des membres de sociétés spirites, non-maçons, sont appelés ; dans ce cas, c’est que leurs tendances lucifériennes ont frappé les Inspecteurs et Inspectrices propagandistes chargés du recrutement.

Le crâne couronné de lauriers est celui de Molay, glorifié. Le crâne qui a un diadème est celui de Philippe-le-Bel, symbolisant ici la monarchie chrétienne de France ; sur l’image, le diadème mal assujetti tombe, pour Indiquer que la déchéance royale est déjà un fait accompli. Le crâne couronné d’une tiare, dit crâne de Bertrand de Goth (pape Clément V), figure la Papauté, vouée à la déchéance, à la suppression, par les Maçonneries de tout rite ; mais, la Papauté n’ayant pas été supprimée encore, la tiare est encore stable.

L’urne funéraire vomissant des flammes signifie que le grand-maître Molay, considéré par toutes les Maçonneries comme martyr d’une cause juste, est au royaume du Feu, dans la gloire éternelle de Lucifer.

Le squelette debout, armé d’un poignard, s’interprète : la mort vengera la mort ; parce que saint Jacques (Molay) a été supplicié par l’effet de la condamnation d’un roi chrétien et d’un pape, un roi chrétien de la même race (Louis XVI) a été livré au supplice, un pape sera supplicié aussi. D’après les révélations faites par Baal-Zéboub à Albert Pike, le pape qui sera mis à mort par la Maçonnerie est celui qui, dans la prophétie de saint Malachie est désigné : de labore solis.

Voyons les chiffres inscrits, et donnons-en l’explication qui est faite en Triangles.

D’abord, le nombre 1312. C’est la date de l’abolition juridique de l’ordre des Templiers. Les chiffres qui sont au-dessous indiquent, d’une façon secrète, les dates de la vengeance : 1° décapitation d’un roi chrétien de la race capétienne ; 2° abolition définitive de la Papauté, le successeur du pape supplicié devant, selon la légende palladique, se convertir à la religion de Lucifer et faire cause commune avec l’Antichrist.

Le zéro ne comptant pas, on a inscrit les neuf chiffres dans cet ordre : 179348526.

La date de la décapitation de Louis XVI, fait accompli, est facile à lire ; elle est donnée par les quatre premiers chiffres : 1793.

Comment la date future de l’abolition définitive de la Papauté est-elle marquée par les cinq autres chiffres ? C’est ici le calcul secret, connu des seuls initiés.

Par les révélations qui ont précédé les miennes on sait que cette date est fixée, au dire des daimons, au 29 septembre 1996 de l’ère chrétienne. Eh bien, l’année 1996 est représentée secrètement par 48526.

Voici le calcul :

4 + 8 + 5 + 2 + 6 = 25, d’une part.
Et, d’autre part, 1 + 9 + 9 + 6 = 25, également.

25 est le nombre fatidique de vingtième siècle de l’ère chrétienne, comme 15 est le nombre mystérieux qui sera révélé par Baal-Zéboub, le jour de la naissance de la mère de l’Antichrist (29 Septembre 1929).

Or, dans le vingtième siècle, il y a quatre années dont les chiffres additionnés donnent 25 au total ; ce sont les années 1969, 1978, 1987 et 1996. Mais, en se reportant aux versets 5 et 6 du Chapitre de l’Antichrist, dans le Livre Apadno, on voit que les palladistes comptent par trente-trois ans à partir de la naissance de la bisaïeule de l’Antichrist.

Le docteur Bataille a publié ce chapitre. J’en reproduis les deux versets visés pour le point de départ des calculs :

« 5. Mais les temps compteront à partir du jour où le Très-Haut le plus haut aura une fille parmi les enfants des hommes ; car, de même que Dieu lui-même engendra Caïn, Dieu lui-même sera père encore sur la Terre, mais d’une fille, quand les temps nouveaux viendront.

« 6. Sept ans moins neuf jours avant le Troisième Coup de Canon, naîtra, au pays de l’Ell, d’une femme du Nord, une certaine fille qui sera la sagesse même, et son père sera l’Esprit-Saint, opérant par l’intermédiaire d’un homme juste. »

On sait par des révélations multipliées, que le Troisième Coup de Canon signifie l’abolition du pouvoir temporel de la Papauté, la prise de Rome par le F ▽ Cadorna ; donc, le 20 septembre 1870. Sept ans moins neuf jours avant cette date, lisez 29 septembre 1863. Les versets 8, 10, 12, i3 et 17 spécifient que dès lors on compte par trente-trois ans, et c’est toujours au 29 septembre : 1896, naissance de l’aïeule de l’Antichrist ; 1929, naissance de la mère ; 1962, naissance de l’Antichrist ; 1995, l’Antichrist se révèle au monde (verset 17).

Voyons les versets 18 et 19 :

« 18. Jérusalem tressaillera de joie ; car celui de ses fils qui, pour commander aux adorateurs d’Adonaï, avait fermé les yeux à la lumière, recouvrera la vue, déposera le triple diadème maudit et mettra son honneur à travailler à l’œuvre du Rempart de Dieu, du Dieu le meilleur et le plus grand. »

Ceci veut dire : le dernier pape des catholiques sera un juif converti à la religion du Christ ; pendant son pontificat, il n’y aura plus un seul juif qui ne soit luciférien ; lui-même, en l’an 1995, lorsque l’Antichrist se sera révélé au monde, il abandonnera le catholicisme romain, non pas pour retourner au mosaïsme, mais pour adopter le culte de Lucifer ; il déposera la tiare et son zèle sera grand pour l’œuvre du Palladisme triomphant. Par le Rempart de Dieu, on entend désigner le F ▽ qui occupera le souverain-pontificat luciférien, au temps de la mission publique de l’Antichrist.

« 19. Mais il y aura encore des millions d’aveugles, le rameau d’olivier se changera en épée, et la lutte terrestre durera un an, jusqu’au Quatrième Coup de Canon, qui sera tiré dans l’ile de la Vengeance. »

Les aveugles dont parle le Livre Apadno, ce sont les catholiques fidèles à Jésus-Christ. Le rameau d’olivier se changeant en épée veut dire : l’Antichrist proposera d’abord à toutes les nations la paix en Lucifer ; mais bientôt il déclarera la guerre à celles qui ne voudront pas adopter le culte du prétendu Dieu-Bon. Cette guerre durera un an ; on l’appelle « lutte terrestre » pour la distinguer de la guerre qui suivra et dont les combats se livreront dans les airs entre les anges de Lucifer et les anges d’Adonaï. Au bout d’une année, soit au 20 septembre 1996, le « Quatrième Coup de Canon », abolition du pouvoir spirituel de la Papauté chrétienne, après l’abolition du pouvoir temporel, « sera tiré dans l’ile de la Vengeance », c’est-à-dire la Papauté chrétienne sera complètement abolie, et cette destruction définitive sera proclamée dans l’île de Malte. Alors, les Templiers seront vengés. La raison expliquée en Triangles : d’après tous les systèmes maçonniques, ce sont les chevaliers de l’ordre de Malte, rivaux des Templiers, qui ont poussé lq monarchie et la Papauté à supprimer l’ordre du Temple et qui obtinrent, après le supplice de Molay et de ses compagnons, la plus grande partie de leurs richesses. Molay ayant été martyrisé à Paris, la monarchie a été décapitée à Paris, première vengeance ; la vengeance suprême contre la Papauté s’accomplira donc à Malte, les Chevaliers de Malte dépossédés et supprimés. Voilà pourquoi, en langage palladique, Malte s’appelle l’Ile de la Vengeance.

Or, des quatre années 1969, 1978, 1987 et 1996, la dernière est la seule qui, tout en formant le total 25 par ses chiffres additionnés, soit bien désignée pour la suprême vengeance dans le Livre Apadno. C’est ainsi que les chiffres 4, 8, 5, 2, 6, dont le total est 25, nombre fatidique du vingtième siècle, signifient, sur l’image du Saint-Sépulcre, l’année 1996, s’ajoutant par ce calcul secret à l’année 1793.



La Résurrection de Lazare


Tableau à l’angle inférieur de droite. Il représente l’intérieur d’une crypte, comme celui auquel il fait pendant. Un homme debout, cadavre renaissant à la vie, entr’ouvre son suaire, prêt à le rejeter. Des étoiles sont peintes sur la voûte du caveau. Deux urnes vomissent des flammes.

Dans mes tentatives de réforme du Palladisme, je voulais donner à ce symbole un sens uniquement religieux et social. En Lazare, j’entendais qu’on vît le peuple appelé à la résurrection contre Adonaï et rien autre.

Le grade de Chevalière Élue Palladique traite la résurrection de Lazare en légende dont il faut tirer une interprétation symbolique, avant tout. Plus tard, il est vrai, on dira à l’initiée : « Si le frère de Marthe et de Marie-Madeleine a été vraiment rappelé à la vie par Jésus, c’est qu’alors Jésus tenait sa puissance de Baal-Zéboub. » En attendant, on ne se préoccupe pas du fait miraculeux. Quel est donc le sens de ce symbole, au premier degré féminin du Palladisme ?

La résurrection de Lazare figure sur le tableau du Triangle. Elle est rappelée par l’attouchement et par le mot de passe. L’orateur en parle dans sa harangue à la récipiendaire. Il en est encore question dans le catéchisme d’Élue.

Pour l’attouchement, l’un présente la main droite à plat, avec les doigts étendus et serrés les uns contre les autres ; puis, il écarte le médius et l’annulaire, en disant « Le sépulcre s’ouvre ». Le F▽ ou la S▽, à qui s’adresse ce geste, place dans l’écartement son pouce de la main droite levé, en gardant son poing fermé, et dit : « Résurrection ! »

Pour le mot de passe, l’un dit : « Lazare », et l’autre répond : « Lève-toi. »

Dans son discours, l’orateur fait à peine allusion à la résurrection de Lazare par le Christ ; il annonce surtout qu’une explication sera donnée au grade suivant ; mais il a soin de rappeler l’épisode du mauvais riche méprisant dans son égoïsme la misère du pauvre, qui est aussi nommé Lazare ; il redit que Lazare, n’ayant pas même les miettes tombées de la table du capitaliste dévorant, en est réduit à attendre que le chien du maître lui abandonne un os à demi rongé. La récipiendaire, invitée à réfléchir, conclut donc qu’il faut voir dans la résurrection de Lazare le symbole de l’affranchissement futur du peuple.

Cette interprétation socialiste se retrouve dans le catéchisme du grade, puisque l’on explique alors le mot de passe ainsi : « Lazare, qui est le pauvre, le prolétaire, se lèvera un jour à l’appel de la Maçonnerie. »

La récipiendaire, qui a reçu une préparation luciférienne, qui comprend déjà que Lucifer est déifié par le Palladisme et que son culte est le principal but de la Haute-Maçonnerie, — tel était mon cas, — voit en outre une seconde interprétation de ce symbolisme : on triomphera par le concours du peuple, quand il sera éclairé.

C’est aussi dans le catéchisme d’Élue que l’attouchement du grade est l’objet de cette explication : « Le peuple est enseveli, mort, dans le sépulcre de l’ignorance ; la pierre sépulcrale se fend et laisse pénétrer la lumière dans le tombeau ; la lumière maçonnique ressuscitera le peuple. »

Je ne pouvais comprendre autre chose, lorsque, le 28 octobre 1884, je fus initiée Chevalière Élue Palladique au Triangle les Onze-Sept. L’esprit excité contre Adonaï par effet de mon éducation luciférienne, me croyant appelée à un apostolat pour exalter partout celui que je considérais comme le Dieu-Bon, je composai, le lendemain, encore frémissante, pleine de l’inspiration du Maudit, cette poésie Résurrection que j’ai publiée dans le Palladium n°3. Je ne la reproduirai point ici, ne voulant contrister aucun chrétien ; mais les prêtres qui ont pu la lire ou qui la liront me rendront témoignage qu’il n’y avait en mon interprétation aucune pensée basse, déshonnête, aucune tendance à l’impureté de l’autre sens palladique.

Je haïssais le Dieu des chrétiens, dont on m’avait fait un tyran, un bourreau de l’humanité ; je ne soupçonnais pas l’infamie, l’immoralité satanique cachée sous ce voile de la Résurrection de Lazare. Ce dernier sens, pourri de profonde perversité, est révélé lors de l’initiation de Maîtresse Templière. Ceux de mes lecteurs qui ont entendu parler de l’épreuve du Pastos comprendront que je m’abstienne : le nom rituel imaginé pour désigner cette pratique suffit. On sait que cette épreuve me fut évitée, et longtemps après seulement j’en appris l’existence,

Pour la vérité, je dois dire que d’autres postulantes en ont eu la dispense, par démarches de Frères présentateurs. Une femme mariée, distinguée, intelligente, pouvant rendre des services dans le monde profane, et que son mari amène au Palladisme, n’a pas à connaître le Pastos. D’autre part, une Maîtresse Templière reçue, qui ignore l’existence de cette épreuve, peut demeurer longtemps sans la deviner : cela, à cause des dispositions prises. L’ampleur du drap qui est tenu par quatre Frères pendant l’épreuve permet de transformer le prétendu suaire en une vraie tente-abri, et l’infamie reste insoupçonnée de qui n’est pas déjà corrompu. Il faut un hasard pour vous faire comprendre ; du jour où ce hasard se produisit, je n’assistai plus jamais à une initiation de Maîtresse Templière, et je me vouai surtout à la propagande par conférences. Quand le Triangle Phébé-la-Rose fut fondé en mon honneur à New-York, les suffrages de tous les fondateurs m’élisant grande-maîtresse, j’imposai que, dans ce triangle, le symbolisme de la Résurrection de Lazare n’aurait jamais d’autre interprétation que celle du sens mystique antiadonaïte : le peuple, enseveli dans les superstitions, parmi lesquelles je comptais le catholicisme comme la pire, puis ressuscité par la lumière de Lucifer, et venant combattre, en l’année de la lutte terrestre, sous les étendards de l’Antichrist.

À ce propos, dois-je invoquer à ma louange ce fait de n’être point tombée dans l’abjection ? Non, certes. Ce serait orgueil, vanité. Semant dans les âmes la foi en Lucifer Dieu-Bon, j’étais criminelle inconsciente, mais j’étais criminelle, puisque j’assassinais des âmes ; et cela est pis qu’assassiner des corps. Si le fumier du Palladisme a été écarté de moi, si je n’en ai pas été souillée, c’est le vrai Dieu qu’il me faut glorifier, non moi-même, indigne créature, coupable pécheresse par l’esprit. Ô mon Dieu si doux et si miséricordieux, merci et pitié ; relevez-moi tout-à-fait, rendez-moi digne d’être chrétienne, soutenez-moi dans les combats nouveaux, ceux-ci pour la gloire de votre saint nom.