Mémoires de John Tanner/21

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Traduction par Ernest de Blosseville.
Arthus Bertrand (1p. 303-322).


CHAPITRE XXI.


Dialecte des Assinneboins. — Vol de chevaux. — Singulière coutume. — Intérieur d’une famille d’Assinneboins. — Hospitalite. — Ours gris. — Querelles. — Cheval enlevé par représailles. — Poltronnerie d’un Indien.


Peu de temps après mon retour, j’appris que les Assinneboins s’étaient vantés de m’avoir pris mon cheval. Comme je faisais mes préparatifs pour aller le reprendre, un Ojibbeway qui avait tenté souvent de me dissuader de toute tentative de ce genre me donna un cheval, sous condition de renoncer à mes projets ; aussi n’en parlai-je plus pendant quelque temps.

Ayant passé l’hiver à l’embouchure de l’Assinneboin, j’allai récolter du sucre aux bords de la rivière du Grand-Bois. Là, on me dit que les Assinneboins se vantaient encore de m’avoir enlevé mon cheval ; et j’obtins enfin, par persuasion, que Wa-me-gon-a-biew m’accompagnât dans une course entreprise pour le reprendre. En quatre jours de marche, nous arrivâmes au premier village assinneboin, à dix milles du comptoir de Mouse-River. Ce village se formait d’une trentaine de cabanes de peaux. Nous fûmes découverts avant d’y parvenir, parce que les Assinneboins, étant une bande révoltée des Sioux alliée aux Ojibbeways, craignent sans cesse d’être attaqués par leur ancienne nation, et tiennent toujours des éclaireurs à surveiller l’approche des étrangers. La querelle qui eut pour suite la séparation de cette bande d’avec les Bwoir-nugs ou Rôtisseurs, comme les Ojibbeways appellent les Sioux, avait eu pour cause une dispute relative à une femme et ne datait pas alors de bien des années. Tant d’Ojibbeways et de Crees vivent maintenant parmi eux, qu’ils entendent presque tous la langue des Ojibbeways, et cependant leur dialecte en diffère beaucoup. C’est presque littéralement celui des Sioux.

Au nombre des hommes qui vinrent à notre rencontre, était Ma-me-no-kwaw-sink, celui-là même qui avait eu une querelle à mon sujet avec Pe-shau-ba, quelques mois auparavant ; il nous demanda en s’approchant ce que nous venions faire. « Reprendre, lui répondis-je, les chevaux » que nous ont volés les Assinneboins. » « Il vaudrait mieux, reprit-il, vous en retourner comme vous êtes venus ; car, si vous allez au village, vous y laisserez votre peau. » Sans faire attention à ces menaces, je m’informai de Ba-gis-kun-nung, dont la famille avait volé nos chevaux : on me répondit qu’on ne pouvait me rien dire de positif ; mais, ajouta-t-on, après le retour du parti de guerre, Ba-gis-kun-nung et ses fils étaient allés chez les Mandans, et n’en étaient pas revenus encore. A leur arrivée chez les Mandans, l’ancien propriétaire de ma jument l’avait reconnue et reprise au fils de Bagis-kun-nung, qui, pour s’indemniser, avait volé un beau cheval noir, et s’était enfui : l’on n’en avait pas entendu parler depuis cette disparition.

Wa-me-gon-a-biew, découragé, intimidé peut-être par cet accueil, voulut me dissuader d’aller plus loin, et voyant que ses avis ne m’ébranlaient pas, retourna seul vers sa famille. Je n’avais pas perdu courage, et j’aimais mieux visiter tous les villages, tous les camps des Assinneboins que de revenir sans mon cheval. J’allai au comptoir de Mouse-River où, sur l’exposé des motifs de mon voyage, on me donna deux livres de poudre, trente balles, plusieurs couteaux et divers petits objets avec des instructions sur la route à suivre jusqu’au village le plus prochain. En traversant une prairie très vaste, j’aperçus à terre, assez loin de moi, quelque chose qui ressemblait à un tronc de bois ; comme je savais qu’il ne pouvait y en avoir à cette place, à moins que quelqu’un n’en eût apporté, je pensai que c’était plus probablement un vêtement ou même le corps d’un homme mort soit en voyage, soit à la chasse.

Je m’approchai avec précaution, et je reconnus enfin que c’était un homme couché sur le ventre, un fusil à la main, à l’affût des oies sauvages ; son attention se fixait en sens inverse de mon approche, et j’étais arrivé tout près de lui sans avoir été découvert, lorsqu’il se leva et fit feu sur une bande d’oies. Je m’élançai aussitôt sur lui ; le bruit des clochettes et des bijoux d’argent dont j’étais paré lui révéla mon approche, mais je le saisis sans lui laisser le temps de faire aucune résistance, son fusil étant déchargé ; se voyant pris, il cria : « Assinneboin. » Je répondis : « Ojibbeway. » Nous fûmes contens l'un et l’autre de voir que nous pouvions nous traiter en amis ; mais la dissemblance de nos dialectes ne nous permettait pas de converser ensemble : je lui fis signe de s’asseoir à terre auprès de moi, et il s’assit aussitôt. Je lui donnai une oie que j’avais tuée peu auparavant, et, après quelques momens de repos, je lui fis comprendre que je voulais l’accompagner à sa cabane.

Deux heures de marche nous amenèrent en vue de son village, et il me précéda au foyer de sa famille. En entrant sur ses pas, je vis un vieillard et une vieille femme se couvrir la tête de leurs couvertures, tandis que mon guide se glissait sur-le-champ dans une petite loge assez grande seulement pour recevoir une personne et la cacher à la vue du reste de la famille ; sa femme lui porta son repas dans cet appartement séparé, d’où, sans se laisser voir, il s’entretenait avec ceux qui se tenaient dans la cabane ; quand il voulait sortir, sa femme avertissait les vieillards qui se cachaient la tête, et il en était toujours de même lorsqu’il rentrait.

Cette coutume est strictement observée par les hommes mariés chez les Assinneboins, et, je le crois aussi, chez les Bwoir-nugs ou Dah-ko-tahs, comme ils se nomment eux-mêmes ; on sait qu’elle existe chez les Omowhows du Missouri. Elle ne se borne pas aux rapports des hommes avec les pères et mères de leurs femmes ; elle s’étend jusqu’aux oncles et aux tantes, et c’est un égal devoir pour le mari et pour les parens de sa femme d’éviter de se voir les uns les autres. Si un homme entre dans une hutte où se trouve son gendre, celui-ci se cache la figure jusqu’à son départ. Les jeunes hommes, tant qu’ils restent dans la famille de leurs femmes, ont une petite cabane distincte dans l’intérieur ou une partie de la cabane séparée du reste par des nattes ou des peaux suspendues ; la jeune femme y passe la nuit : le jour, elle est l’intermédiaire de toutes les communications entre ceux qui ne doivent pas se voir. Il est bien rare, si même il arrive jamais, qu’un homme prononce le nom de son beau-père ; ce serait considéré comme une indignité et un manque absolu de respect. Cet usage n'existe aucunement chez les Ojibbeways, qui le regardent comme une folie fort incommode.

Les habitans de cette cabane me traitèrent avec beaucoup de bonté. Le grain était extrêmement rare dans la contrée ; ils en avaient un peu en réserve ; ils le firent cuire et me le donnèrent. Le jeune homme leur raconta combien je l’avais effrayé dans la prairie, et ils en rirent tous de bon cœur. Ce village se composait de vingt-cinq cabanes ; cependant, malgré toutes mes questions, je ne pus savoir de personne où se trouvait alors Ba-gis-kun-nung. Il y avait un autre village à une journée environ de distance ; je ne tardai pas à m’y rendre, avec l’espoir d’une recherche plus heureuse.

Presque au terme de ma route, je vis voler des oies, et j’en tuai une qui alla tomber au milieu d’une bande d’Assinneboins. Voyant parmi eux un homme très vieux et d’une apparence misérable, je lui fis signe de la ramasser et de la garder ; mais, avant de le faire, il s’approcha pour m’exprimer sa gratitude d’une riianière tout à fait nouvelle pour moi. Il posa ses deux mains sur ma tête et les passa à plusieurs reprises sur la longue chevelure qui couvrait mes épaules, en m’adressant, dans son langage, des paroles que je ne comprenais pas. Il alla ensuite ramasser l’oie, et revint m’inviter, par des signes que je compris sans peine, à vivre sous son toit, tant que je resterais dans son village. Pendant qu’il préparait notre repas, j’allai de cabane en cabane, examinant tous les chevaux ; mais je ne trouvai pas le mien. Quelques jeunes hommes m’accompagnaient, et leurs dispositions semblaient amicales ; cependant, lorsque je pris la route du village le plus voisin, je vis l’un d’entre eux, monté sur un bon cheval, partir comme pour m’annoncer.

Quand j’arrivai dans ce village, nul ne fit la moindre attention à moi et ne parut même m’apercevoir. Je n’avais jamais eu aucun rapport avec cette bande d’Assinneboins. Je vis bien qu’on les avait prévenus contre moi. Leur chef, qu’ils appelaient Kah-oge-maw-weet Assinneneboin (le chef assinneboin), était un chasseur distingué. Peu de temps après, ses guerriers, ne le voyant pas revenir de la chasse après une absence d’une longueur inaccoutumée, suivirent sa trace et le trouvèrent mort dans la prairie. Il avait été attaqué et tué par un ours gris.

Voyant que je n’avais rien d’hospitalier à attendre de cette bande, je n’entrai dans aucune cabane, et je me bornai à épier les chevaux parmi lesquels j’espérais encore reconnaître le mien. J’avais beaucoup entendu parler de la vitesse et de la beauté d’un jeune cheval appartenant au chef, et je le reconnus bientôt sur la seule description qui m’en avait été faite. J’avais une longe sous ma couverture, je la coulai adroitement au cou du cheval, et je m’envolai plutôt que je ne m’enfuis. L’irritation causée par la conduite inhospitalière des habitans de ce village m’avait poussé instantanément à cet acte, qui n’avait rien, absolument rien de prémédité. Quand nous commençâmes, le cheval et moi, à perdre la respiration, je m’arrêtai pour regarder en arrière. Les cabanes des Assinneboins étaient à peine visibles comme de petites taches dans une prairie éloignée.

La pensée me vint que je faisais mal d’enlever ainsi le cheval favori d’un homme qui ne m’avait jamais fait aucun tort, quoiqu’il m’eût refusé les devoirs ordinaires de l’hospitalité envers un étranger. Je sautai à terre et lâchai le cheval ; mais aussitôt, je vis accourir au galop trente ou quarante Assinneboins que m’avait cachés une faible élévation de terrain. Ils étaient déjà tout près de moi ; je n’eus que le temps de m’enfuir dans un bouquet voisin de noisetiers. Ils continuèrent quelques instans à me chercher dans tous les sens, et ce répit me donna le temps de me cacher avec quelque soin. Enfin, ils descendirent de cheval, et se dispersèrent à ma recherche. Plusieurs passèrent tout près de moi. Ma cachette était si bonne, que je pouvais surveiller leurs mouvemens sans m’exposer à être découvert. Un jeune homme se mit tout nu comme pour un combat, entonna son chant de guerre, déposa son fusil, et, une simple massue à la main, vint droit à la place où je m’étais réfugié. Il n’était guère qu'a vingt pas de moi, mon fusil était armé et je le visais au cœur, lorsqu’il retourna en arrière. Il n’est pas probable qu’il m’eût découvert ; mais l’idée d’être surveillé par un ennemi inaperçu, armé d’un fusil et dont il ne pouvait reconnaître la position que tout contre lui, dut ébranler sa résolution. On me chercha inutilement jusqu’à la nuit ; alors le cheval du chef fut ramené au village.

Je retournai aussitôt vers ma famille tout joyeux d’avoir échappé à ce danger, et, marchant nuit et jour, j’arrivai, la troisième nuit, au comptoir de Mouse-River. Les traiteurs me dirent que c’était une folie de n’avoir point ramené le cheval du chef ; ils l’avaient, disaient-ils, entendu beaucoup vanter et ils m’en auraient donné un bon prix.

Dans un village d’Assinneboins, à vingt milles de ce comptoir, j’avais un ami nommé Be-na (le faisan), que j’avais prié, en passant, de tâcher, pendant mon absence, de retrouver mon cheval ou, au moins, de découvrir la résidence actuelle de Ba-gis-kun-nung. J’allai le voir, et il me fit entrer aussitôt dans une petite hutte habitée par deux vieilles femmes ; à travers les crevasses de cette hutte, il me montra celle où vivaient Bagis-kun-nung et quatre de ses fils. Leurs chevaux paissaient autour, et dans l’un d’eux, nous reconnûmes le beau cheval noir qu’ils avaient reçu chez les Mandans en échange du mien. Wa-me-gon-a-biew avait été au comptoir et était revenu m’attendre dans ce village chez des fils d’un frère de Taw-ga-we-ninne, qui se trouvaient, par conséquent, ses cousins, et avaient avec lui les relations les plus amicales. Il avait fait offrir à Ba-gis-kun-nung un bon fusil, un costume de chef, et tout ce qu’il avait avec lui, en échange du cheval. Je lui reprochai vivement cette démarche, en lui disant que, si Ba-gis-kun-nung avait accepté ses présens, il en serait résulté pour moi le double embarras de reprendre et un cheval et tous les objets d’échange.

J’allai presque aussitôt trouver Ba-gis-kun-nung, et je lui dis : « J’ai besoin d’un cheval. » — Je n’en ai point à vous donner, me répondit-il. — Alors je vous en prendrai un. — Et moi je vous tuerai. » — A ces mots, je retournai à la cabane de Be-na, et je fis mes préparatifs pour partir de bonne heure le lendemain matin. Be-na me donna une peau de bison neuve pour me servir de selle, et une vieille femme me vendit une courroie pour me tenir lieu de la longe que j’avais laissée sur le cheval du chef, Je passai la nuit dans la cabane de nos cousins, et de grand matin, tout prêt à partir, je rentrai dans la cabane de Be-na encore endormi. J’avais une fort bonne couverture neuve, que j’étendis sur lui, sans faire aucun bruit, et je me mis en marche avec Wa-me-gon-a-biew.

En approchant de la cabane de Ba-gis-kun-nung, nous vîmes l’aîné de ses fils, assis sur le seuil, à garder Jes chevaux. Wa-me-gon-a-biew voulut me dissuader du projet d’en enlever un, puisque nous ne pouvions pas le faire sans être aperçus, et que nous avions toute raison de croire à des mesures violentes préparées contre nous. Je résistai à son avis, mais je consentis seulement à aller avec lui déposer nos bagages à une distance de deux cents verges sur notre route, d’où nous reviendrions enlever le cheval. Quand je me fus débarrassé de ma charge, Wa-me-gon-a-biew, me voyant ferme dans ma résolution, se mit à courir en avant, et moi je revins précipitamment au village. A mon aspect, le fils de Ba-gis-kun-nung se mit à crier de toutes ses forces. Je distinguai seulement les mots de Wah-kah-towah et de shoonk-tongah (Ojibbeway et cheval). Je supposais qu’il criait : Un Ojibbeway enlève un cheval. Je répondis : Kah-ween-gwautch Ojibbeway (pas tout à fait un Ojibbeway). Le village fut aussitôt en mouvement. Dans les traits de la plupart de ceux qui se réunissaient autour de moi, je ne pouvais lire aucune détermination formelle d’intervenir dans ce qui allait se passer ; mais il y avait de l’encouragement dans la contenance de mon ami Be-na et d’un grand nombre de Crees qui l’entouraient. La famille de Ba-gis-kun-nung montrait seule une hostilité manifeste.

J’étais agité au point de ne pas sentir mes pieds toucher la terre ; mais je crois que je n’étais pas effrayé. Après avoir mis mon licou sur la tête du cheval noir, j’hésitai à le monter, parce que cette action devait me priver, un moment, de l’usage de mes armes, et m’exposer à une attaque par derrière. Me rappelant, enfin, que toute apparence d’indécision aurait alors le plus défavorable effet, je voulus m’élancer à cheval ; mais mon élan fut trop fort, et j’allai m’étendre tout de mon long de l’autre côté, mon fusil dans une main, mon arc et mes flèches dans l’autre. Je me relevai rapidement, portant mes regards tout autour de moi pour surveiller les mouvemens de mes ennemis. Tout le monde riait aux éclats, excepté la famille de Ba-gis-kun-nung. Je repris quelque confiance et montai plus résolument à cheval. Je voyais bien que, s’ils avaient dû tenter une attaque ouverte, c’aurait été au moment de ma chute, et non lorsque je pouvais opposer une dangereuse résistance. Le gros rire bien cordial des Indiens me démontra aussi que ma tentative n’avait rien qui les offensât généralement.

En tournant bride, je vis Wa-me-gon-a-biew poursuivre sa course comme un dindon effarouché. Il était presque hors de la portée de ma vue. Je lui dis en le rejoignant : Mon frère, vous devez être fatigué ; je vais vous prêter mon cheval ; et nous fîmes route ensemble. Enfin nous vîmes deux cavaliers venir du village à notre poursuite. Wa-me-gon-a-biew, prenant l’alarme, se disposait à s’enfuir et à me laisser seul vider la difficulté comme je le pourrais ; mais, voyant son intention, je lui dis de descendre de cheval ; il le fit et reprit sa course à toutes jambes.

Quand les deux hommes ne furent plus qu’à près d’un demi-mille de moi, je tournai bride et m’arrêtai, leur faisant face. Ils s’arrêtèrent aussi, et regardant tout autour de moi, je vis que Wa-me-gon-a-biew s’était caché dans les buissons. Nous conservâmes nos positions, les deux cavaliers et moi, jusque vers le milieu du jour. Les habitans du village se tenaient en grand nombre sur une petite colline attenante aux cabanes, pour voir ce qui se passerait.

Fatigués enfin de leur halte, les deux fils de Ba-gis-kun-nung se séparèrent et vinrent à moi, chacun d’un côté. Je me tins en garde contre leur projet évident de partager mon attention pour me tirer plus sûrement un coup de fusil. A deux reprises, ils s’approchèrent de moi, puis, pour me couper la retraite, ils allèrent se poster entre moi et Wa-me-gon-a-biew. Je commençais à me lasser de leur conduite pusillanime, et lançant mon cheval au galop, je courus droit à eux ; ils s’enfuirent aussitôt dans la direction du village. Dans cette rencontre, je trouvai Wa-me-gon-a-biew plus poltron encore que d’ordinaire. Heureusement les chefs et les hommes considérés de la bande dont faisait partie Ba-gis-kun-nung étaient charmés de mon entreprise ; cet homme et ses fils passaient pour méchans et perturbateurs : autrement je n’aurais jamais pu venir à bout de mon entreprise sans aucun secours de Wa-me-gon-a-biew.

Je repris aussitôt ma route, et mon frère sortit en même temps de sa cachette. Nous rencontrâmes, cette nuit, la cabane de notre vieil ami Waw-so, qui avait long-temps vécu auprès de Pe-shau-ba. J’avais eu soin de cacher dans les bois le cheval enlevé, et j’avais prié Wa-me-gona-biew de ne rien dire à Waw-so de ce que j’avais fait. Mais au milieu de la nuit, quand je fus endormi, il se mit à raconter tous les événemens de la veille, et au récit de ma chute, je fus réveillé par de grands éclats de rire du vieillard.

Le lendemain matin, nous nous remîmes en marche pour Ko-te-kwaw-wi-ah-we-se-be, où j’avais ma famille. Je possédais alors deux chevaux, et rencontrant un de mes amis qui n’en avait pas, je lui en promis un ; mais ne se rendant pas alors chez lui, il différa de le prendre jusqu’à son retour. Dans cet intervalle, le cheval que je lui destinais vint à mourir d’un coup de sang. Il ne m’en resta plus qu’un noir, nommé par moi Mandan. Je l’aimais beaucoup, mais quand cet homme revint, je ne pus faire autrement que de le lui donner. Ma femme poussa des cris, et je ne me séparai pas, sans un vif regret, d’un cheval aussi précieux.