Mémoires de John Tanner/23

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Traduction par Ernest de Blosseville.
Arthus Bertrand (2p. 19-36).


CHAPITRE XXIII.


Les dangers et les craintes de la frontière. — Nuit de terreur. — Les Sioux. — Le vieux moose. — Chasseurs aveuglés par la neige. Terreur panique. — Orgies. — Les deux nez coupés. — Projets de suicide.


Lorsque l’agitation de cette affaire fut un peu calmée, et que les messagers du prophète nous eurent quittés pour visiter des bandes plus éloignées, j’allai avec un nombreux parti d’Indiens à la chasse des castors vers les bras supérieurs de la rivière Rouge. Je ne sais si nous étions enhardis par la promesse du prophète de nous rendre invisibles aux Sioux ; mais jamais nous ne nous étions aventurés aussi près de leur pays. Là, sur une extrême frontière, où nous n’avions osé chasser ni les uns ni les autres, nous trouvâmes une multitude de castors ; en un seul mois, sans l’aide de mon fusil, avec mes seules trappes, j’en pris une centaine de très beaux. Ma famille se composait de dix personnes, dont six enfans orphelins ; et, quoique seul pour chasser et tendre mes trappes, je suffis pendant quelque temps à tous leurs besoins. Enfin les castors commencèrent à devenir rares, et je fus obligé de tirer un élan ; ma famille avait si bien perdu l’habitude d’entendre des coups de fusil, qu’au bruit du mien tous sortirent de la cabane et s’enfuirent dans les bois, croyant qu’un Siou avait fait feu sur moi.

Il me fallut transporter mes trappes beaucoup plus loin, et ne les visiter qu’une fois par jour. Mon fusil était toujours dans mes mains ; si j’avais quelque chose à faire, je le tenais d’une main et travaillais de l’autre. Je dormais un peu pendant le jour, et toutes les nuits je faisais la garde autour de ma cabane. La venaison étant venue à manquer, j’allai, dans les bois, à la chasse des mooses, et en un seul jour j’en tuai quatre, que je vidai et dont je détachai les meilleurs morceaux sans déposer mon fusil. Tandis que je préparais le dernier, j’entendis un coup de fusil à deux cents verges, tout au plus, de distance.

Je savais que je m’étais avancé plus près de la frontière des Sioux qu’aucun Ojibbeway, et je ne connaissais, de cette dernière tribu, personne dans mon voisinage. Je jugeai donc que ce devait être un Siou, et, pensant qu’il avait dû m’entendre, je l’appelai, mais sans recevoir de réponse. Je veillai autour de moi avec plus d’attention encore qu’auparavant, et, aux approches de la nuit, je me glissai jusqu’à ma cabane, avec tout le silence et toutes les précautions possibles. Le jour suivant, je m’aventurai à reconnaître l’endroit d’où le coup de fusil avait dû partir, et je distinguai la trace d’un Ojibbeway, qui, ayant fait feu sur un ours, avait été probablement trop ardent à sa poursuite pour pouvoir m’entendre.

Bientôt après, je rencontrai des traces nombreuses, et je découvris que j’étais à peu de distance d’un camp élevé et fortifié par des Ojibbeways. A trois reprises, les chefs de cette bande envoyèrent des messagers pour me représenter que ma position était trop exposée et trop dangereuse ; mais, malgré leurs pressantes invitations, je ne pouvais me décider, tant il était contraire à mes inclinations de vivre dans une place forte ; enfin, ayant découvert les traces de quelques Sioux qui étaient venus reconnaître mon camp, je cherchai un asile auprès des Ojibbeways. La nuit qui, précéda mon départ fut, dans ma cabane, une nuit de terreur et d’alarmes plus grandes que les Indiens n’en éprouvent communément : j’avais parlé des traces des Sioux, et je ne doutais pas de la présence d’un de leurs partis dans notre voisinage le plus rapproché ; nous nous attendions à les voir tomber sur nous avant le jour.

Plus de la moitié de là nuit s’était passée, et nul de nous n’avait dormi, lorsque, tout à coup, un bruit se fit entendre à peu de distance ; nos chiens donnèrent des marques évidentes de frayeur, et je dis à mes enfans que l’heure était venue de mourir tous ensemble. Je me plaçai sur le devant de la cabane, et, soulevant un peu la porte, j’avançai le canon de mon fusil, tout prêt à recevoir l’ennemi : j’entendais distinctement un bruit de pas ; mais, la nuit étant obscure, je ne pouvais rien apercevoir. Enfin, une petite masse noire, pas plus grande qu’une tête d’homme, s’avança lentement et marcha droit à ma cabane ; j’éprouvai alors de nouveau combien la peur peut agir sur le sens de la vue. Cet objet, en s’approchant, me semblait, parfois, s’élever à la hauteur d’un homme, et presque aussitôt reprendre ses véritables proportions. Convaincu, enfin, que c’était un petit animal, je sortis, reconnus un porc-épic, et le tuai d’un coup de tomahawk. Le reste de la nuit se passa sans plus de sommeil, et le matin, de bonne heure, je me réfugiai dans le camp fortifié.

A mon arrivée, les chefs tinrent conseil et envoyèrent deux jeunes hommes chercher les ustensiles laissés dans ma cabane ; mais, comme je savais que les Sioux étaient aux aguets dans les alentours y et que, si les jeunes guerriers étaient tués ou maltraités, leurs amis ne manqueraient pas de m’attribuer leur malheur, je les devançai par un chemin détourné, bien résolu à courir les mêmes chances. Je trouvai ma cabane respectée, et nous ne fûmes aucunement inquiétés dans notre retour au fort avec mes bagages.

Les Sioux, de temps à autre, s’approchaient de notre camp retranché, mais sans jamais se hasarder à en faire l’attaque. Au commencement du printemps, les Ojibbeways partirent tous le même jour, et moi je fus obligé de rester, parce que je m’étais chargé, pour un traiteur alors absent, de quelques paquets de fourrures que je n’aurais pu emporter. Les chefs me représentèrent que presque autant vaudrait me détruire moi-même, puisque les Sioux ne pouvaient manquer d’apprendre le départ des autres guerriers et de venir fondre sur moi dès que je serais resté seul. Ces avis tristes et inquiétans devenaient plus alarmans encore, par les nombreux exemples qu’ils me rapportaient d’hommes, de femmes et d’enfans massacrés par les Sioux au même endroit ; mais il fallait rester.

Le soir, je bouchai le plus solidement possible les entrées du camp, et après avoir recommandé à ma famille le silence le plus absolu, je montai la garde près de l’enceinte. La nuit était peu avancée, lorsqu’à la clarté de la lune, fort brillante alors, je vis deux hommes venir droit à l’entrée ordinaire, et la trouvant close, faire le tour de nos fortifications en les examinant. La peur m’excitait vivement à tirer sur eux sans leur parler ; mais, me rappelant que ce pouvaient ne pas être des Sioux, je saisis une occasion favorable de les tenir en respect avec mon fusil sans m’exposer beaucoup. C’étaient le traiteur que j’attendais et un Français. Aussi l’entrée du camp leur fut-elle ouverte avec joie. Ce renfort permit de passer plus tranquillement le reste de la nuit, et, le lendemain matin, nous suivîmes ensemble, avec nos bagages, la trace des Ojibbeways.

Mon intention n’était pas de rejoindre cette bande, et j’allai vivre quelque temps, seul avec ma famille, au milieu des bois ; plus tard, je me réunis à quelques Ojibbeways de la rivière Rouge, sous un chef nommé Be-gwa-is (celui qui coupe la cabane du castor). Depuis plusieurs jours, tous les chasseurs de cette bande cherchaient à tuer un vieux moose mâle qui commençait à se faire parmi eux une réputation de ruse et de vigilance. La première fois que j’allai à la chasse, je vis ce moose sans pouvoir le tuer, mais j’en rapportai un autre, et, le lendemain, je me remis à sa poursuite, bien déterminé à l’atteindre, s’il était possible. A la faveur du temps et du vent, je parvins à le tuer. Ce succès devait s’attribuer, en grande partie, au hasard ou à des circonstances indépendantes de mes prévisions ; mais les Indiens en firent honneur à mon expérience, et je fus reconnu le plus habile chasseur de la bande.

Nous allâmes bientôt, au nombre de douze, sous la conduite de Be-gwa-is, chasser les castors dans le pays des Sioux ; nos femmes restèrent en arrière. Dans cette chasse, tous mes compagnons furent aveuglés par la neige (3), et, pendant plusieurs jours, resté seul en état de chasser, je les nourris et pris soin d’eux. Quand la neige vint à fondre, ils commencèrent à se trouver mieux : nous nous séparâmes alors en trois partis égaux, dont un fut attaqué par les Sioux auprès de la rivière Buffaloe (4). Un Ojibbeway fut tué ; un autre, blessé, resta prisonnier.

Je m’étais blessé moi-même, par accident, à la cheville du pied, avec un tomahawk, et je ne pouvais plus marcher rapidement. Mes compagnons furent alors saisis d’une terreur panique ; supposant les Sioux près de nous et sur notre trace, sans aucun égard pour mon état ils s’enfuirent de toute leur vitesse. Le printemps n’était pas encore très avancé ; il était tombé, toute la journée, de la pluie et de la neige. La nuit, le vent commença à souffler du nord-ouest, et l’eau à geler. Je suivis de loin mes compagnons, et, les atteignant très tard dans la nuit, je les trouvai à demi morts dans leur camp ; car, disciples du prophète, ils n’avaient point osé allumer un feu. Wa-me-gon-a-biew était un de ces hommes et ne se montrait pas le dernier à m’abandonner à la moindre apparence de danger. Le lendemain matin, la glace était assez forte pour permettre de passer la rivière, et comme cette gelée avait été précédée de chaleur, nous eûmes beaucoup à souffrir. Après une halte de quatre jours, à l’endroit où nos femmes faisaient la récolte du sucre, nous retournâmes au pays des Sioux. Dans cette marche, nous rencontrâmes les deux Indiens qui avaient échappé à l’attaque de nos ennemis : tout en eux portait les marques de l’extrême misère et de la famine.

Nous trouvâmes aussi, sur notre route, un traiteur américain, dont je ne me rappelle pas le nom, mais qui me témoigna beaucoup d’égards. Il me pressa de quitter les Indiens et de retourner avec lui aux États-Unis. J’étais pauvre ; je possédais peu de pelleteries de quelque valeur ; j’avais une femme et un enfant. Il me dit que le gouvernement et le peuple des États seraient généreux envers moi, il me promit même de m’aider de tout son pouvoir ; mais je résistai à ses offres, préférant rester encore avec les Indiens, sans renoncer à mon intention de les quitter un jour. J’appris de lui que plusieurs de mes parens étaient venus à ma recherche jusqu’à Mackinac, et je lui dictai une lettre qu’il se chargea de leur faire parvenir. Au moment de se séparer de nous, il donna à Wa-me-gon-abiew et à moi un canot d’écorce à chacun, et nous fit plusieurs autres présens d’une grande valeur.

Dans notre marche vers la rivière Rouge, Wy-ong-je-cheween, à qui nous avions confié la conduite de notre petite troupe, parut alarmé. Nous suivions une longue rivière qui se jette dans la rivière Rouge ; je le vis porter des regards inquiets sur l’une et sur l’autre rive, en observant avec attention tous les indices du voisinage des hommes, tels que les traces des animaux, la fuite des oiseaux, et d’autres signes si bien connus de tous les Indiens, Il ne parla pas de crainte ; il est bien rare, s’il arrive même jamais qu’un Indien le fasse en pareille circonstance ; mais quand il me vit, la nuit, essayer d’allumer un feu pour notre campement, il se leva, s’enveloppa dans sa couverture et s’éloigna sans proférer un seul mot : je le suivis des yeux jusqu’au moment où il choisit une place qui lui offrait les moyens de se cacher complétement tout en dominant une vaste étendue de terrain. Je compris la cause de sa conduite, et suivis son exemple comme tous mes compagnons. Le matin, nous nous réunîmes, et nous hasardâmes d’allumer du feu pour un petit déjeûner. A peine notre chaudière fut-elle remplie et suspendue sur la flamme, que nous découvrîmes les Sioux sur une hauteur, à un demi-mille en arrière. Aussitôt la chaudière fut renversée sur le feu, et nous primes la fuite. A quelque distance de là, nous construisîmes un camp très fort, et j’allai tendre mes piéges.

Au nombre des présens que m’avait faits le traiteur américain, se trouvait un petit baril contenant seize quartes de rhum très fort ; je l’avais porté jusque-là sur mes épaules : Wa-me-gona-biew et les autres Indiens me demandaient souvent à en goûter, mais je les refusais toujours en leur disant que les vieillards, les chefs et tous les autres en boiraient avec nous à notre retour. En revenant de visiter mes trappes, je les trouvai tous ivres et se querellant ; mon baril avait été presque vidé en mon absence. Je comprenais tout le danger de notre position, et je ne pus me défendre d’un sentiment d’alarme en nous voyant ainsi hors d’état de nous défendre : je cherchai donc à faire renaître la paix parmi eux ; mais, dans cette tentative., je compromis ma sûreté.

Tandis que je séparais deux hommes, le troisième, un vieillard, me porta dans le dos un coup de couteau que j’évitai avec peine. Ils étaient tous animés contre moi, car je les avais accusés de poltronnerie ; ils se cachaient, leur avais-je dit, comme des lapins dans leurs terriers, n’osant jamais en sortir pour combattre ou chasser. En effet, depuis quelque temps je les faisais vivre, et je n’étais pas médiocrement vexé de leur folie ; mais nous cessâmes d’avoir des sujets d’alarmes immédiates, et les Indiens osèrent enfin sortir pour la chasse, avec tant de succès, que nous eûmes bientôt assez de fourrures pour en charger presque entièrement un canot. J’avais réussi à cacher jusqu’alors le reste de ma provision de rhum ; mais elle fut découverte encore en mon absence, et il en résulta une nouvelle scène d’ivrognerie.

Notre chasse terminée, nous partîmes tous ensemble. En approchant de la rivière. Rouge, de nombreux coups de fusil se firent entendre, et mes compagnons, supposant qu’ils étaient tirés par des Sioux, s’enfuirent à travers terre ; nous n’étions, par cette voie, qu’à peine à une journée de nos familles. Resté seul, et résolu à ne pas abandonner notre canot chargé, je continuai le voyage, et, quatre jours après, je rentrai sain et sauf dans ma cabane.

Les Indiens étaient sur le point de s’assembler à Pembinah pour vendre leurs pelleteries et s’enivrer selon l’usage ; à peine avais-je rejoint notre bande, que plusieurs d’entre eux se mirent en route par terre, laissant les canots chargés sous la conduite des femmes. Je voulus persuader à Wa-me-gon-a-biew et à quelques autres de mes amis les plus intimes de ne pas se mêler à ces orgies ruineuses ; mais je n’eus pas assez de crédit sur eux. Ils partirent tous avant moi : ma course fut lente, je chassai en route et boucanai ma venaison ; aussi, quand j’arrivai à Pembinah, la plupart de nos hommes étaient-ils ivres depuis plusieurs jours. Des Indiens m’apprirent aussitôt qu’un accident grave venait de survenir à Wa-me-gon-a-biew.

Mon frère, car je le nommais toujours ainsi ; mon frère, à peine arrivé, était entré dans une cabane où un jeune homme, fils de Ta-bush-shish, battait une vieille femme : Wa-me-gon-a-biew lui retint les bras. Le vieux Ta-bush-shish, qui rentrait ivre, se méprenant probablement sur la nature de l’intervention de mon frère, le saisit par les cheveux et lui coupa le nez à belles dents (5) ; une mêlée s’ensuivit. Un autre Indien eut un large morceau de la joue enlevé ; plusieurs furent diversement blessés. Be-gwa-is, vieux chef qui s’était toujours montré fort bienveillant pour nous, survint alors, et crut devoir prendre part à la querelle. Wa-me-gon-a-biew, qui venait de s’apercevoir de la perte de son nez, leva les mains sans lever les yeux, saisit par la chevelure la tête la plus voisine, et lui emporta le nez d’un coup de dent ; c’était le nez de notre ami Be-gwa-is. Quand sa rage fut un peu modérée, Wa-me-gon-a-biew, le reconnaissant, s’écria : « Oh ! mon cousin ! », Be-gwa-is était un homme doux et bon ; il savait très bien quelle erreur avait causé l’action de Wa-me-gon-a-biew ; rien ne trahit la moindre aigreur, la moindre irritation contre l’auteur involontaire de sa mutilation. « Je suis vieux, dit-il, on ne se moquera pas long-temps de moi pour la perte de mon nez. »

Pour ma part, j’éprouvai contre Ta-bush-shish un ressentiment d’autant plus violent, qu’il ne me semblait pas bien clair qu’il n’eût pas saisi cette occasion de satisfaire une vieille rancune. J’entrai aussitôt dans la cabane de mon frère et je m’assis à côté de lui ; sa figure et ses vêtemens étaient tout couverts de sang. Il demeura quelque temps sans rien dire, et quand il parla, je vis qu’il avait repris tout l’usage de ses facultés. « Demain, me dit-il, je pleurerai avec mes enfans ; le jour suivant, j’irai trouver Ta-bush-shish ; nous mourrons ensemble, car je ne veux pas vivre pour être toujours exposé à des moqueries. » Je lui répondis que je l’aiderais dans toutes ses tentatives contre la vie de Ta-bush-shish, et je fis mes préparatifs pour tenir mes promesses ; mais un peu de réflexion à jeun, et la journée passée à pleurer avec ses enfans, détournèrent Wa-me-gon-abiew de ses projets violens. Il se résigna, comme Be-gwa-is, à supporter sa perte de son mieux (6).



(3) « Plusieurs de nos chasseurs, exposés plusieurs heures à la réverbération des rayons du soleil sur la neige, revenaient, le soir, avec une inflammation douloureuse aux yeux, connue, en Amérique, sous le nom d’aveuglement de neige : on y éprouve alors la même irritation que s’ils étaient remplis de poussière et de particules de sable. »

(Voyage de Parry, p. 175.) (p. 27)


(4) La rivière du Bison. (p. 27)


(5) « Je fus rendre visite au chef des Miamis : c’est un grand homme, bien fait, mais fort disgracié, car il n’a point de nez ; on m’a dit que ce malheur lui était arrivé dans une débauche. »

(Charlevoix, journal, 22, t. 6, p. 26.)

« Ces sauvages, après avoir fait leur emplette, boivent excessivement... ; ils se querellent, se battent, se mangent le nez. »

La Hontan, Nouveaux Voyages, t. I, p. 64.

« Ceux d’entre nous qui sont tarez, comme borgnes, lousches, camus, etc., sont aussi tost remarqués par eux, et mocqués largement, spécialement par derrière, ( et quand ils sont entr’eux, car ils sont bons compagnons et ont le mot et sobriquet à commandement. »

Le père Biard. (Relation de la Nouvelle-France, p. 38.)

On trouve, dans l’Histoire des nations civilisées, des traits semblables à cet acte de véritables barbares. En voici un qui appartient aux annales du bas empire ; il s’agit d’un combat très populaire entre une reine et la maîtresse du roi son mari.

« Finalement, après plusieurs coups de griffes, de pieds et de dents (armes propres des femmes colères), la Royne (Hélène paléologue), faschée outre mesure pour la grande résistance que luy faisoit sa partie adverse, et se voyant près d’estre vaincue, se délibère de jouer à quitte ou à double, et rassemblant en un toute sa force, jalousie et rage, elle se rua d’une telle animosité sur ceste pauvrette, qu’à faulte de cousteau, de ses propres dents elle luy tronçonna le nez : qui fut cause de la fin de tant cruel, brave, furieux et chevaleureux combat. Depuis, pour ce qu’en ceste meslée la concubine y perdit son nez, elle fut appellée par les Cypriots Eomomutène, qui vault autant que nez couppé. »

Le père Etienne de Lusignan. (Histoire générale de l’isle et royaume de Cypre, p. 156.) (p. 34)


(6) Pluriel, Muzzyneneenug. — Ne croirait-on pas lire une anecdote française contemporaine des Valois ? (p. 58)