Mémoires historiques/30

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Les Huit Traités
Huitième Traité
Balance du commerce

CHAPITRE XXX

Huitième Traité : Balance du commerce (101)


p.538 Lorsque les Han arrivèrent au pouvoir, ils héritèrent p.539 de la ruine des Ts’in (102). Les hommes dans la force de l’âge servaient dans les rangs de l’armée ; les vieillards et les enfants étaient occupés au transport des grains et des vivres (103). Les travaux qu’on faisait étaient pénibles et les ressources étaient épuisées. ? Le Fils du Ciel lui-même ne pouvait pas avoir un attelage complet de quatre chevaux de même couleur (104) et les généraux et les conseillers montaient parfois dans des chars tirés par des bœufs (105) ; quant au commun peuple, il n’avait aucune provision à cacher et à mettre à l’abri. ? Alors, considérant que les monnaies des Ts’in étaient lourdes et d’un usage difficile (106), on innova en ordonnant au peuple de fondre des p.540 monnaies (107). L’unité d’or jaune valut une livre (108). On simplifia les lois et on restreignit les défenses ; aussi les gens sans scrupules et avides accumulèrent-ils plus que ce dont ils avaient besoin ; comme ils accaparaient (109) les p.541 denrées commerciales, ? les denrées se vendirent (110) avec de grandes sautes de prix ; le riz valait jusqu’à dix mille pièces de monnaie (111) le che (112) ; un cheval valut cent livres d’or.

Quand l’empire eut été pacifié, Kao-tsou porta un édit qui interdisait aux marchands d’avoir des vêtements de soie et de monter en char ; il les accabla de taxes et de redevances afin de les vexer et de les humilier (113). ? Au temps de Hiao-hoei et de l’impératrice, (femme de) Kao(-tsou), considérant que l’empire était bien affermi, on relâcha les règlements qui étaient appliqués aux négociants et aux boutiquiers ; cependant, comme par le passé, les descendants des gens des marchés ne purent être employés dans les charges officielles et devenir fonctionnaires (114). On fit le compte des appointements des fonctionnaires et on dressa le budget des dépenses publiques pour déterminer l’impôt de la capitation sur le peuple (115). Mais quant aux revenus qui provenaient des p.542 taxes et redevances prélevées sur les montagnes et les cours d’eau, les parcs et les marais, les marchés et les lieux de commerce, ils étaient tous considérés comme des jouissances particulières attribuées à des personnes déterminées, depuis le Fils du Ciel jusqu’aux seigneurs apanagés avec les terres affectées à leur entretien personnel (116) ; on n’inscrivait pas ces revenus dans les dépenses régulières de l’empire. Le grain de l’est des montagnes qu’on apportait par eau et par terre pour le distribuer aux fonctionnaires de la capitale ne dépassait pas une quantité de quelques centaines de mille che. ? Au temps de Hiao-wen, les monnaies kie étant trop nombreuses et légères (117), on fondit de nouvelles monnaies de quatre chou ; elles portaient la suscription : « un demi leang » (118). Une ordonnance autorisa le peuple à p.543 fondre lui-même des monnaies. C’est ainsi que (le roi de) Ou (119), qui était un seigneur, put, en fondant des monnaies (avec le cuivre qu’il tira) aussitôt de ses montagnes, rivaliser en richesse avec le Fils du Ciel ; dans la suite, il finit en se révoltant. Teng T’ong (120), qui était un grand officier, devint, en fondant des monnaies, plus opulent qu’un roi. C’est pourquoi les monnaies de Ou et de Teng inondèrent l’empire ; l’interdiction de fondre des monnaies se produisit alors.

Les Hiong-nou ayant ravagé et pillé à mainte reprise la frontière du nord, les colonies militaires et les garnisons furent en grand nombre ; le grain de la frontière ne suffit plus à assurer la subsistance des gens qu’il fallait nourrir. Alors on fit appel au peuple en décernant des rangs dans la hiérarchie à ceux qui pourraient faire des transports et amener du grain à la frontière ; on put obtenir ainsi jusqu’au rang de ta-chou-tchang (121). p.544 Au temps de Hiao-King, il y eut une sécheresse dans la commanderie de Chang et à l’ouest de cette région ; on remit donc en vigueur comme précédemment l’ordonnance relative à la vente des rangs hiérarchiques et on en abaissa les prix afin d’attirer le peuple. Puis les condamnés aux travaux publics et les récidivistes (122) purent apporter du grain aux autorités locales afin d’effacer leur faute ; on fit de plus en plus des parcs et des (écuries pour les) chevaux afin d’accroître les ressources (publiques), les édifices, les portes monumentales et les équipages furent aussi fournis en nombre toujours plus grand.

Après que l’empereur actuel eut pris le pouvoir, pendant quelques années (123) [comme on se trouvait à un moment où les Han étaient florissants depuis plus de soixante-dix ans, comme l’empire n’avait pas d’affaires sur les bras et comme il ne se présenta aucune calamité d’inondation ou de sécheresse], dans le peuple chacun eut en suffisance pour sa famille ; les greniers de la capitale et les réserves de grains dans les pays frontières (124) furent tous au complet ; alors les magasins regorgeaient de richesses ; les pièces de monnaie qui se trouvaient à p.545 la capitale étaient au nombre de plusieurs centaines de millions (125) ; les liens qui les rattachaient se pourrissaient et on ne pouvait plus en faire le compte (126). Le grain du grand grenier y vieillissait en s’y entassant par couches successives ; il comblait (le grenier) et débordait en plein air ; il s’accumulait au dehors ; il se gâtait et s’abîmait de manière à devenir immangeable. Dans les rues et les ruelles où habitait le commun peuple il y avait des chevaux ; parmi les sentiers des champs ils se rassemblaient en troupes ; ? celui qui montait une jument était repoussé et on ne lui permettait pas de se joindre à une cavalcade (127). Les gardiens des portes de villages se nourrissaient de grain de qualité supérieure et de viande. ? Ceux qui remplissaient quelque office le gardaient jusqu’à ce que leurs fils et petit-fils fussent p.546 adultes (128) ; ceux qui exerçaient une fonction publique en tiraient leur nom de famille ou leur surnom. Ainsi tous les hommes étaient contents de leur sort et craignaient (129) de violer les lois ; ils mettaient en honneur la pratique de la vertu ; ils dédaignaient et condamnaient  les actions honteuses.

Sur ces entrefaites, le filet (des lois) étant lâche et le peuple étant prospère, ? l’arrogance des gens vils et p.547 riches (130) déborda ; ? quelques-uns allèrent même jusqu’à rassembler des bandes de gens audacieux (131) et s’imposèrent par la violence (132) aux bourgs et aux hameaux (133). p.548 ? Ceux des membres de la famille impériale qui avaient des terres, les ducs du palais, les hauts dignitaires, les grands officiers et ceux qui étaient au-dessous d’eux rivalisaient de faste et de prodigalité ; dans leurs habitations, leurs villégiatures, leurs équipages et leurs vêtements ils usurpaient les privilèges de l’empereur. Il n’y avait plus aucune mesure ; toute chose parvenue à maturité dépérit, c’en est l’évolution nécessaire.

Sur ces entrefaites, Yen Tchou (134), Tchou Mai-tch’en (135) et d’autres firent venir (la population de) Tong-ngeou (136) et p.549 servirent les deux Yue (137) ; ? le pays situé entre le Kiang et le Hoai se trouva épuisé et surchargé de dépenses. T’ang Mong et Se-ma Siang-jou ouvrirent une route chez les barbares du sud-ouest ; ils percèrent les montagnes et pratiquèrent un chemin sur un parcours de plus de mille li, afin de développer (les pays de) Pa et de Chou ; la population de Pa et de Chou fut à bout de forces (138). ? P’ong Ou-kia (139) détruisit (le royaume de) Tch’ao-sien ; on établit la commanderie de Ts’ang-hai (140) ; alors, la région de Yen et de Ts’i (141) se trouva ruinée et il y eut des mouvements populaires. Puis Wang K’oei organisa un stratagème à Ma-i (142) ; les Hiong-nou rompirent (le traité d’) amitié et de parentage ; ils envahirent et ravagèrent la frontière du nord. Les hostilités se p.550 succédèrent sans jamais se relâcher ; l’empire souffrit de ces fatigues et les boucliers et les lances se multiplièrent de jour en jour. Ceux qui partaient emmenaient des bagages ; ceux qui restaient apportaient les approvisionnements ; au dedans et au dehors tous étaient dans la tristesse et la désolation et se communiquaient (ces sentiments) les uns aux autres. Les cent familles étaient si appauvries qu’elles éludaient les lois. Les ressources et les dons ayant diminué et ne suffisant plus, ceux qui firent des présents remplirent les charges publiques et ceux qui livrèrent leurs richesses furent exemptés du châtiment ; les principes de la promotion (aux offices) se pervertirent ; l’intégrité et le déshonneur se confondirent. ? La vaillance guerrière ouvrit l’accès des fonctions ; le code fut sévère et les prescriptions minutieuses. ? C’est à partir de ce moment que parurent les hommes habiles à faire réussir des profits. Dans la suite, les généraux de Han sortirent chaque année à la tête de plusieurs myriades de cavaliers pour attaquer les Hou ; puis le général des chars et des cavaliers, Wei Ts’ing, prit aux Hiong-nou le territoire au sud du fleuve (143) et fortifia le Cho-fang. En ce temps donc (144), les Han percèrent la route qui menait chez les barbares du sud-ouest (145) ; ceux qui y travaillèrent furent au nombre de plusieurs myriades p.551 d’hommes ; on devait transporter à dos d’homme à mille li de distance les vivres et les grains ; en moyenne, sur plus de dix tchong, on ne faisait parvenir qu’un che (146) à destination ; on répandit des présents à profusion parmi les gens de K’iong et de P’e (147), afin de les gagner. ? Pendant plusieurs années, la route ne put être pratiquée ; les barbares du sud en profitèrent pour faire de fréquentes attaques ; les fonctionnaires durent envoyer des troupes pour les punir ; ils épuisèrent (tout l’argent que leur procuraient) les taxes et l’impôt de la capitation dans les régions de Pa et de Chou et n’eurent plus assez pour couvrir leurs frais (148). Alors on invita les gens hardis à (s’en aller) cultiver (le territoire des) barbares du sud. Ceux qui remirent du grain aux fonctionnaires des préfectures reçurent de l’argent à la capitale des mains du tou-nei (149). A l’est, on établit la commanderie de p.552 Ts’ang-hai. Ce qu’on dépensa pour la peupler fut aussi considérable que ce qu’on avait dépensé chez les barbares du sud. Eu outre, on leva plus de cent mille hommes pour bâtir le mur (150) du Cho-fang et pour le garder. Les transports par terre et par eau se faisaient de fort loin ; depuis l’est même des montagnes tout le monde en était accablé. On dépensa près de dix milliards (de pièces de monnaie) (151). Le trésor et les magasins se vidant de plus en plus, on fit appel au peuple en promettant que ceux qui donneraient (au gouvernement) des esclaves, seraient exemptés de taxes leur vie durant, ou, s’ils étaient déjà lang, auraient une augmentation de grade (152). C’est à partir de ce moment qu’on obtint le titre de lang en donnant des moutons (153).

Quatre ans plus tard (124 av. J.-C.), l’empereur envoya le général en chef (154), à la tête de six généraux et de p.553 plus de cent mille hommes de troupes, attaquer le roi sage de droite (155) ; il fit prisonniers quinze mille esclaves soumis (156). L’année suivante (123 av. J.-C.), dans les mêmes conditions que précédemment, le général en chef, à la tête de six généraux, sortit de nouveau pour attaquer les barbares ; il prit dix-neuf mille esclaves soumis. ? Les soldats qui avaient arrêté ou tué des esclaves soumis reçurent des récompenses (qui formèrent un total) de plus de deux cent mille livres d’or. Plusieurs myriades de prisonniers obtinrent tous de fortes récompenses ; ils comptaient sur les fonctionnaires des préfectures pour être nourris et vêtus. Dans l’armée chinoise, il était mort plus de cent mille hommes et chevaux et nous ne faisons pas entrer ici en ligne de compte les fournitures d’armes offensives et défensives et les dépenses pour les transports par terre et par eau. Alors, comme l’argent mis en réserve depuis longtemps chez le ta-nong (157) diminuait continuellement (158), comme (le produit des) impôts p.554 et des taxes s’épuisait (159) et ne suffisait même plus à l’entretien des soldats qui étaient sous les drapeaux, des fonctionnaires le révélèrent ; le Fils du Ciel dit (160) :

« Suivant ce que j’ai appris, les doctrines pratiquées par les cinq Empereurs ne se répétèrent pas les unes les autres quand ils gouvernèrent ; les lois observées par Yu et par T’ang (161) n’eurent pas les mêmes principes quand ils régnèrent. (Ces souverains) suivaient des chemins différents, mais ils établissaient la vertu d’une manière identique (162). La frontière du nord n’est point encore tranquille, ce qui est pour moi un sujet de grande affliction. Dernièrement (163) le général en chef a attaqué les Hiong-nou ; il a décapité dix-neuf mille esclaves soumis. A cause des accaparements, on n’a rien à manger (164).

? Par p.555 une ordonnance rendue après délibération (165), le peuple put acheter des titres dans la hiérarchie, et aussi se racheter de l’incapacité d’arriver aux charges publiques (166), faire supprimer ou diminuer un supplice encouru ; on proposa d’établir des dignités publiques de récompense ; le nom  en fut « la hiérarchie du mérite militaire » (167). Le grade valait cent soixante-dix mille (pièces p.556 de monnaie) ; la totalité faisait plus de trois cent mille (livres d’)or (168). Parmi ceux qui achetaient la hiérarchie du mérite militaire, ceux qui avaient le rang de koan-cheou étaient unis à l’essai lorsqu’il s’agissait de remplir quelque fonction publique, et on les choisissait de préférence ; le rang de ts’ien-fou fut assimilé à celui de ou-ta-fou (169). Ceux qui avaient encouru une condamnation purent p.557 aussi la faire abaisser de deux degrés. Dans cette hiérarchie, il fut possible d’aller jusqu’au grade de yo-k’ing (170). Par là on mit en honneur le mérite militaire. ? Le mérite militaire ouvrit la porte de nombreuses fonctions et prit une place exagérée ; ceux qui y étaient les plus importants reçurent des places de marquis, de hauts dignitaires et de grands officiers ; les moins importants devenaient lang et officiers. Comme les voies pour arriver aux offices étaient diverses et qu’il y avait beaucoup de manières d’y atteindre, les places de fonctionnaires perdirent leur valeur (171).

? A partir du moment où Kong-suen Hong (172), en gouvernant les ministres et le peuple au nom de l’interprétation p.558 du tch’oen-ts’ieou (173), prit la place de grand conseiller des Han, et où Tchang T’ang (174), en tranchant les procès au moyen de textes (de lois) sévères, devint ministre de la justice, dès lors, la règle de prendre connaissance personnellement (175), prit naissance et la pratique des tribunaux fut de punir jusqu’au bout ceux qui entravaient ou dénigraient (les actes ou les décisions de l’empereur) (176). L’année suivante (122 av. J.-C.), on découvrit les indices du complot de rébellion formé par les rois de Hoai-nan, de Heng-chan et de Kiang-tou ; alors les ducs du palais et les hauts dignitaires les punirent après une enquête très rigoureuse et mirent fin à leur faction ; en cette occasion, ceux qui encoururent la mort furent au nombre de plusieurs myriades de personnes (177). Les officiers supérieurs (178) redoublèrent de sévérité et les lois et les p.559 ordonnances (prescrivirent) des enquêtes claires. ? En ce même temps (l’empereur) attira vers lui et honora les gens intègres, vertueux et instruits ; quelques-uns d’entre eux parvinrent aux grades de ducs du palais, de hauts dignitaires et de grands officiers. Kong-suen Hong, étant conseiller de la cour, portait des vêtements de toile et ne mangeait à ses repas que d’un seul plat ; il donnait l’exemple à l’empire. Cependant rien de tout cela n’améliora les mœurs ; petit à petit on se précipita du côté des honneurs et des profits.

? L’année suivante (121 av. J.-C.), (le général des) chevau-légers (179), comme précédemment, sortit de nouveau pour attaquer les barbares ; il fit quarante mille prisonniers. En l’automne de cette année le roi de Hoen-sie (180), à la tête de son peuple qui comptait plusieurs myriades de personnes, vint faire sa soumission. L’empereur envoya alors vingt mille (181) chars pour aller à leur rencontre ; quand ces gens furent arrivés, ils reçurent des récompenses et il y eut aussi des hommes qui avaient bien mérité (182). Cette année-là, on dépensa en tout plus de dix milliards de pièces de monnaie.

Précédemment, une dizaine d’années auparavant (183), le p.560 Fleuve avait rompu ses digues à Koan (184) ; comme les territoires de Leang et de Tch’ou avaient déjà plusieurs fois beaucoup souffert (des inondations), les commanderies placées le long du Fleuve avaient élevé des digues pour enfermer le Fleuve ; quand ces digues se rompirent et s’effondrèrent, la dépense atteignit des sommes incalculables. Ensuite P’o Hi désira éviter (les dangers que couraient) les transports par eau (en passant) par Ti-tchou ; il perça le canal du Fen au Ho et en profita pour faire un système d’irrigation des champs ; ? il y eut plusieurs myriades d’hommes employés à cette entreprise (185). Tcheng Tang-che, considérant que le canal du transport des grains de (la rivière) Wei faisait des détours et allongeait la distance, perça un canal direct qui allait de Tch’an-ngan à Hoa-yn ; plusieurs myriades d’hommes y travaillèrent (186). Dans le Cho-fan on perça aussi un canal auquel travaillèrent plusieurs myriades d’hommes. Chacune de ces entreprises dura deux ou p.561 trois saisons ouvrières sans qu’on parvînt à les terminer ; d’autre part, la dépense pour chacune d’elles fut d’environ un milliard de pièces de monnaie (187).

En vue de ses campagnes contre les barbares du nord, le Fils du Ciel entretint un grand nombre de chevaux. Les chevaux qui vinrent manger à Tch’ang-ngan furent au nombre de plusieurs myriades ; comme il n’y avait pas à l’intérieur des passes assez de serviteurs pour les conduire et les soigner, on en fit venir des commanderies voisines.

En outre, ceux des barbares qui s’étaient soumis se faisaient tous vêtir et nourrir par les autorités locales : celles-ci n’y suffisaient plus. Alors l’empereur restreignit ses frais de table, se défit des attelages de ses voitures et livra les ressources réservées pour son usage dans le trésor impérial, afin d’apporter quelque remède à cette situation.

L’année suivante (120 av. J.-C.), le pays à l’est des montagnes fut ravagé par des inondations ; une grande famine épuisa fort le peuple. Alors le Fils du Ciel envoya des commissaires prendre tout ce qu’il y avait dans les greniers à grain et à fourrage des commanderies et des royaumes, afin de secourir le pauvre peuple. Cela ne suffisant point encore, il engagea les notables et les p.562 gens riches à faire des prêts mutuels ; mais on ne parvint pas à réaliser ainsi une aide réciproque. ? Alors (l’empereur) transporta les pauvres dans tout le pays à l’ouest des passes et en remplit la région de Sin-ts’in (188) qui s’étend au sud du Cho-fang ; ils étaient au nombre de sept cent mille personnes ; ils comptaient tous sur les autorités locales pour leur donner des vêtements et de la nourriture ; pendant plusieurs années on leur fournit à titre de prêt des patrimoines (189) ; des commissaires les répartissaient en groupes et les surveillaient, si nombreux qu’ils apercevaient de loin les bonnets officiels et les parasols les uns des autres. Cette dépense se compta aussi par millions et atteignit des sommes incalculables.

Alors, les autorités locales étant fort dépourvues, il se trouva parmi les riches négociants et les grands marchands des gens qui firent des accaparements et s’asservirent les pauvres ; ils avaient des convois de transport d’une centaine de chars ; leurs provisions inutiles aux autres (190)  s’entassaient dans les villes ; les princes apanagés baissaient tous la tête et espéraient d’eux quelques dons ; en fondant du fer et en obtenant du sel par évaporation, certains eurent des fortunes de plusieurs myriades de livres d’or. Ils n’aidaient point cependant le p.563 gouvernement dans sa détresse et la misère du commun peuple redoublait.

Dans ces conjonctures, le Fils du Ciel projeta avec les ducs du palais et les hauts dignitaires de changer les monnaies et de fabriquer des valeurs (191), pour subvenir aux dépenses, et de pressurer les débauchés et les dominateurs (192). En ce temps, il y avait dans le parc réservé un cerf blanc et le trésor privé avait en abondance de l’argent et de l’étain (193). Depuis le moment où (l’empereur) Hiao-wen avait imaginé de faire les monnaies de quatre chou (194) jusqu’à cette année, il s’était écoulé plus de quarante ans, et, dès la période kien-yuen, on s’était peu servi (de ces monnaies). Les autorités locales qui se trouvaient souvent avoir des montagnes produisant du cuivre en avaient profité pour fondre des monnaies, et le peuple, de son côté, fondait clandestinement des monnaies ; le nombre en était incalculable ; les monnaies s’étaient fort multipliées et étaient devenues légères ; les marchandises s’étaient faites rares et étaient devenues chères.

p.564 Un officier dit :

« Autrefois il y avait les valeurs en peau (195) ; les seigneurs s’en servaient pour faire des présents à leurs supérieurs. Le métal était de trois catégories : le métal jaune formait la première catégorie ; le métal blanc, la seconde ; le métal rouge, la troisième (196). Maintenant, les monnaies d’un demi-leang ne pèsent suivant la loi que quatre chou (197) ; en outre, il se trouve des gens pervers qui les raclent à l’intérieur afin d’en recueillir un résidu qu’ils fondent (198) ; les monnaies deviennent de plus en plus légères et minces et les denrées renchérissent ; aussi lorsqu’on a des paiements à faire dans des régions lointaines, les dépenses excessives ne diminuent point. »

On prit alors la peau du cerf blanc, (on la découpa en p.565 morceaux) d’un pied carré qui furent bordés de franges en forme d’herbes aquatiques (199), (et ces morceaux) devinrent « les valeurs le peau » ; (chacun d’eux) valait quatre cent mille pièces de monnaie. Les rois, les seigneurs et les membres de la famille impériale, quand ils venaient rendre solennellement hommage (200) et faire leurs présents à la cour, furent obligés de présenter leur insigne de jade sur une « valeur de peau » et c’est après cela seulement qu’ils pouvaient s’acquitter (des cérémonies pour lesquelles ils étaient venus) (201). En outre, on fabriqua un alliage d’argent et d’étain qui fut le métal blanc ; comme, pour le ciel, rien n’est plus approprié que le dragon, pour la terre rien n’est plus approprié que le cheval, pour l’homme, rien n’est plus approprié que la tortue, il y eut donc trois classes de (pièces (202) en métal blanc ; celles de la première s’appelaient (203) ... ; elles, étaient lourdes de huit leang (204) ; elles étaient rondes ; p.567 elles portaient l’image d’un dragon ; leur nom était po-siuen (205) ; elles valaient trois mille (sapèques) ; celles de la seconde (classe) s’appelaient... ; leur poids était moindre ; elles étaient carrées ; elles portaient l’image d’un cheval ; elles valaient cinq cents (sapèques) ; celles de la troisième (classe) s’appelaient ... ; elles étaient encore moindres ; elles étaient oblongues ; elles portaient l’image d’une tortue ; elles valaient trois cents (sapèques).

Les fonctionnaires provinciaux reçurent l’ordre de remettre à la fusion les pièces d’un demi-leang et de fondre à nouveau des pièces de trois chou dont l’inscription et le poids concordaient. Ceux qui fondaient clandestinement des monnaies en métal des diverses sortes étaient tous passibles de mort ; cependant le nombre était incalculable de ceux qui, soit parmi les fonctionnaires, soit parmi les gens du peuple, fondaient clandestinement du métal blanc. Alors Tong-kouo Hien-yang et Kong Kin furent nommés assistants du ta-nong et furent chargés de l’administration du sel et du fer. Sang Hong-yang fut employé, pour faire les comptes, en qualité de che-tchong. (Tong-kouo) Hien-yang était un grand bouilleur de sel du pays de Ts’i ; K’ong Kin était un grand fondeur de Nan-yang ; tous deux étaient parvenus à une fortune de plusieurs milliers de livres d’or ; c’est pourquoi Tcheng Tang-che les recommanda à l’empereur. (Sang) Hong-yang était le fils d’un boutiquier de p.568 Lo-yang ; comme il calculait de tête (206), il devint che-tchong à l’âge de treize ans. Ainsi ces trois hommes, lorsqu’ils discutaient les questions financières, coupaient les cheveux en quatre (207).

Comme les lois devenaient de plus en plus rigoureuses, un grand nombre de fonctionnaires furent dégradés et renvoyés, les armes offensives et défensives furent fréquemment agitées, les gens du peuple achetèrent souvent l’indulgence (des magistrats) ; à la suite de cela, ceux des ou-ta-fou (208) qui étaient appelés à la cour et envoyés en fonctions (209) se firent de plus en plus rares ; alors on fit des nominations de fonctionnaires parmi les ts’ien-fou et les ou-ta-fou ; ceux qui ne voulaient pas p.569 accepter (devaient) livrer un cheval (210). Les ex-fonctionnaires furent tous punis (211) d’une manière uniforme et reçurent l’ordre d’aller couper les broussailles dans le Chang-lin (212) ou de faire l’étang Koen-ming (213).

L’année suivante (119 av. J.-C.), le général en chef et le général des chevau-légers (214) firent une grande sortie pour attaquer les barbares du nord ; ils prirent de quatre-vingt à quatre-vingt-dix mille prisonniers soumis. On distribua cinq cent mille livres d’or en récompenses. L’armée chinoise avait perdu plus de cent mille chevaux. Nous ne tenons pas compte ici des dépenses qu’on fit pour les transports par terre et par eau, pour les chars et pour les cuirasses. A ce moment, les finances se trouvèrent épuisées et souvent les soldats qui avaient été sur le champ de bataille ne reçurent pas leur solde.

Un officier dit que les monnaies de trois chou étaient légères et qu’il était facile de les contrefaire criminellement ; il proposa que dorénavant les diverses commanderies et les divers royaumes fondissent des monnaies p.570 de cinq chou qui auraient un rebord circulaire à leur partie pleine (215) afin qu’on ne pût pas les limer et recueillir (la limaille) pour la fondre .

Les assistants du ta-nong préposés au sel et au fer (216), (à savoir) Kong Kin et (Tong-kouo) Hien-yang diront :

« Les montagnes et la mer sont les magasins du ciel et de la terre ; elles devraient relever entièrement du chao-fou (217) ; Votre Majesté n’est pas intéressée ; en les rattachant au ta-nong, vous avez favorisé les revenus publics. Nous désirons qu’on invite le peuple à contribuer lui-même aux dépenses : qu’il ait recours pour bouillir le sel aux fabriques officielles d’instruments ; les fonctionnaires lui fourniront des bassines de louage. ? Des gens dont les moyens d’existence sont incertains et dont le métier n’est que provisoire (218) veulent cadenasser pour p.571 leur seul usage les richesses des montagnes et de la mer afin d’arriver à la richesse et à l’opulence, de s’asservir le menu peuple et de tirer profit de lui. Les délibérations qu’on a entendues sur les moyens d’arrêter ces pratiques sont innombrables. Ceux qui oseront secrètement fondre des ustensiles de fer et produire du sel par évaporation porteront la chaîne au pied gauche et on confisquera leur outillage. Dans les commanderies qui ne produisent pas de fer, on établira des intendants de rang inférieur pour le fer (219) et il sera bon (220) de les subordonner au préfet du lieu où ils résideront. 

K’ong Kin et Tong-kouo Hien-yang reçurent la mission d’aller organiser dans tout l’empire, en se servant des relais de poste, (l’administration du) sel et du fer et de constituer le koan-fou (221). Ceux qui étaient auparavant les plus riches sauniers et maîtres de forges furent nommés fonctionnaires ; la carrière officielle reçut ainsi de nouveaux éléments étrangers ; le mérite n’y fut plus le principe du choix, et les marchands y furent nombreux.

Les négociants et les boutiquiers, à cause des variations des valeurs, se mirent en grand nombre à amasser des marchandises et à en tirer profit (222). Alors les ducs p.572 du palais et les hauts dignitaires dirent (119 av. J.-C.) :

« Les commanderies et les royaumes ont été souvent éprouvés par les calamités ; ceux du pauvre peuple qui n’avaient pas de moyens d’existence, on les a invités à se transporter dans un territoire vaste et fertile. Votre Majesté a diminué les frais de sa table et restreint ses dépenses ; elle a sacrifié l’argent qui lui était réservé, afin de secourir la multitude du peuple (223) et de lui faire grâce de ses emprunts et de ses impôts (224). Cependant le peuple ne sort pas tout entier des rangs des agriculteurs (225) ; les négociants et les boutiquiers sont fort p.573 nombreux. Les pauvres, en fait de provisions accumulées, n’en ont aucune ; tous attendent (leur subsistance) des fonctionnaires locaux (226). Autrefois, on levait une taxe (227) sur les chars de petite dimension (228) ; les fortunes (229) des p.574 marchands étaient toutes moindres (230) ; ? nous proposons de lever des taxes comme autrefois. Les divers boutiquiers et ceux qui se livrent à la dernière des occupations (231), ceux qui achètent à crédit et font des prêts, ceux qui achètent pour entasser dans les villes, ceux qui accumulent toutes sortes de denrées et ceux qui font le négoce pour en tirer profit, devront, même s’ils ne sont pas inscrits sur le rôle des commerçants, évaluer chacun ce qu’ils possèdent, en moyenne, sur deux mille sapèques de fortune, on prélèvera une taxe (232). Quant aux divers artisans qui ont pris en dépôt des matières premières qu’ils transforment (233), en moyenne sur quatre mille p.575 sapèques de fortune, on prélèvera une taxe. ? Ceux qui n’appartiennent pas à la classe des fonctionnaires et qui ne sont ni san-lao (234), ni cavaliers de la frontière du nord, s’ils ont un char de petite dimension seront frappés d’une taxe ; ? les chars de petite dimension appartenant à des marchands payeront deux taxes ; les bateaux de plus de cinq tchang (235) payeront une taxe ; si quelqu’un se refuse à faire lui-même l’évaluation (de sa fortune), ou que l’évaluation ne soit pas complète, il sera envoyé tenir garnison à la frontière pendant un an et on confisquera pour toujours sa fortune ; celui qui l’aura dénoncé en recevra la moitié à titre de gratification. Ceux des marchands qui sont enregistrés sur les rôles des commerçants, ainsi que leurs parents, ne pourront point faire inscrire leurs noms sur les rôles des champs afin de profiter des (avantages accordés aux) agriculteurs ; ceux qui oseraient enfreindre cette ordonnance, on confisquera pour toujours leurs champs et leurs serviteurs (236).

Le Fils du Ciel songea alors au langage qu’avait tenu Pou Che (237) ; il promut (Pou) Che au rang de tchong-lang, lui donna dans la hiérarchie le titre honorifique de tso-chou-tchang et lui fit présent de dix k’ing de champs p.576 (119 av. J.-C.). Il le fit publier dans tout l’empire afin que cela fût bien connu. Ce Pou Che était un habitant du Ho-nan ; il s’occupait de labourage et d’élevage. A la mort de son père, (Pou) Che avait un jeune frère cadet ; quand son frère fut adulte, (Pou) Che se retira et lui céda sa part (d’héritage) ; il ne prit avec lui qu’une centaine de moutons ; les champs, les habitations et tous les biens, il les donna entièrement à son frère cadet. (Pou) Che alla dans la montagne garder ses bêtes ; au bout d’une dizaine d’années, ses moutons étaient devenus plus de mille ; il acheta un champ et une habitation ; cependant son frère cadet avait dilapidé tout son patrimoine ; c’est à plusieurs reprises que (Pou) Che fit spontanément de nouveaux partages avec son frère. En ce temps, l’empereur se trouvait avoir envoyé plusieurs fois des généraux combattre les Hiong-nou. Pou Che adressa une requête au trône pour exprimer son désir de remettre la moitié de sa fortune aux fonctionnaires provinciaux et de venir en aide à (la défense de) la frontière ; un messager envoyé par le Fils du Ciel vint demander à (Pou) Che s’il désirait être fonctionnaire : (Pou) Che répondit :

— Je suis berger depuis ma jeunesse et ne suis point habitué à remplir une fonction. Je ne souhaite pas cela. 

L’envoyé lui demanda :

— A-t-on fait quelque tort à votre famille et désirez-vous déclarer votre affaire ?

(Pou) Che dit :

— Depuis ma naissance, je n’ai eu de contestation avec personne ; ceux de mes concitoyens qui sont pauvres, je leur prête ; ceux qui ne sont pas bons, je les exhorte et les mets dans le droit chemin ; là où je demeure, tous les hommes sont d’accord avec moi ; pourquoi m’aurait-on fait tort ? il n’y a rien que je désire déclarer. 

L’envoyé lui dit :

— S’il en est ainsi, que désirez-vous donc ?

(Pou) Che dit :

— Le p.577 Fils du Ciel extermine les Hiong-nou ; à mon humble avis, j’estime que les sages doivent remplir leur devoir jusqu’à la mort sur la frontière et que les riches doivent faire des donations. Si on agit ainsi, les Hiong-nou pourront être anéantis.

L’envoyé rapporta toutes ses paroles ; on fit entrer (Pou Che à la cour) afin qu’il informât (l’empereur) ; le Fils du Ciel en parla au grand conseiller (Kong-suen) Hong ; (Kong-suen) Hong dit :

— Ce ne sont pas là des sentiments naturels à l’homme ; c’est un sujet qui ne se conforme pas à la règle ; on ne saurait opérer une transformation à cause de lui et troubler les lois ; je désire que Votre Majesté n’autorise pas sa requête.

Alors l’empereur s’abstint pendant longtemps de répondre à (Pou) Che ; au bout de plusieurs années, il le renvoya. (Pou) Che s’en retourna ; il se remit à cultiver ses champs et à élever ses troupeaux. Plus d’une année après cela, il arriva que les armées firent de nombreuses sorties, que le roi de Hoen-sie et les siens se soumirent, que les dépenses des fonctionnaires provinciaux furent très grandes, que les greniers et les magasins se vidèrent. L’année suivante (120 av. J.-C.), de pauvres gens furent transférés en masse ; ils attendaient tous leur entretien des fonctionnaires provinciaux, mais on n’avait pas de quoi subvenir à tout. Pou Che prit deux cent mille pièces de monnaie et les remit à l’administrateur du Ho-nan pour les distribuer aux émigrants ; (les autorités du) Ho-nan envoyèrent à l’empereur la liste des gens riches qui avaient secouru les pauvres ; le Fils du Ciel y vit le nom de Pou Che ; il le reconnut et dit :

« C’est bien le même homme qui voulait naguère donner la moitié de sa fortune pour venir en aide à (la défense de) la frontière.

Alors il fit présent à (Pou) Che d’une exemption de corvée pour ?578 quatre cents hommes (238). (Pou) Che donna derechef tout ce qu’il avait aux fonctionnaires provinciaux. En ce temps, les gens riches et notables dissimulaient à l’envi leurs biens ; seul (Pou) Che désirait même livrer les siens pour subvenir aux dépenses. Alors le Fils du Ciel, considérant que (Pou) Che avait été jusqu’au bout un homme supérieur, le rendit honoré et illustre pour donner une leçon au peuple. (Pou) Che ne désirait point d’abord être lang ; l’empereur lui dit :

— J’ai des moutons dans (le parc) Chang-lin ; je veux vous ordonner de les garder.

(Pou) Che reçut alors le titre de lang ; revêtu d’habits de toile et chaussé de sandales, il garda les moutons. Au bout d’une année environ, les moutons étaient devenus gras et s’étaient multipliés. L’empereur passa pour voir ses moutons ; il trouva tout fort bien. (Pou) Che lui dit :

« Ce ne sont pas seulement les moutons (qui prospèrent de cette manière) ; pour diriger le peuple, il en va de même ; on le fait se lever et se reposer en temps opportun ; ceux qui sont mauvais, on les élimine aussitôt pour les empêcher de contaminer le troupeau.

L’empereur, considérant que (Pou) Che était un homme rare, le nomma préfet de Heou-che (239) p.579 pour le mettre à l’essai ; (les gens de) Heou-che y trouvèrent leur avantage ; il fut ensuite nommé préfet de Tch’eng-kao et s’occupa des transports par eau avec le plus grand succès. L’empereur, estimant que (Pou) Che était sincère et fidèle, le nomma grand précepteur du roi de Ts’i (240).

Cependant, après que (241) K’ong Kin eut été envoyé dans tout l’empire pour fondre et fabriquer les ustensiles (de fer), en l’espace de trois ans il fut nommé ta-nong et son rang fut celui d’un des neuf hauts dignitaires (242). Quant à Sang Hong-yang, en sa qualité de ta-nong-tch’en, il dirigea toute la comptabilité. ? Petit à petit (ces deux hommes) instituèrent des kiun-chou (243), afin de faire circuler les denrées commerciales. Pour la première fois on ordonna que les officiers subalternes eussent le droit, en donnant du grain à l’État, de remplir des charges, et que les lang arrivassent au grade de fonctionnaires payés six cents che (244). p.580 ? Cinq ans après qu’on eut institué le métal blanc et les monnaies de cinq chou (245), on amnistia ceux des officiers subalternes et du peuple qui étaient inculpés d’avoir fondu clandestinement du métal (blanc) et des monnaies ; il en était mort plusieurs centaines de mille ; parmi eux, ceux qui s’étaient entretués sans qu’on s’en aperçût étaient en nombre incalculable ; ? ceux qui furent amnistiés et libérés étaient au nombre d’environ un million et cependant ces libérés ne représentaient pas la moitié (de ceux qui avaient été emprisonnés) (246). Presque tout le monde dans l’empire s’était mis inconsidérément à fondre du métal (blanc) et des monnaies ; les coupables étaient si nombreux que les officiers ne parvenaient pas à les punir et à les arrêter tous ; ? alors (l’empereur) envoya les po che Tch’ou Ta, Siu Yen et d’autres (247), répartis p.581 en diverses commissions, ? parcourir les commanderies et les royaumes pour supprimer les membres des associations illégales (248) ainsi que les administrateurs, les conseillers et les officiers (qui étaient coupables) (249). Or le yu-che-ta-fou Tchang T’ang se trouvait alors au faîte des honneurs et était influent ; ? Kien Siuen et Tou Tcheou étaient tchong-tch’eng (250) ; 1 Tsong, Yn Ts’i, p.582 Wang Wen-chou (251) et d’autres, à cause de leur impitoyable cruauté et de leur extrême rigueur, furent mis au rang des neuf hauts dignitaires et les tche-tche (252) tels que Hia Lan apparurent pour la première fois.

Puis le ta-nong Yen I fut mis à mort (117 av. J.-C.) (253). Au début, (Yen) 1 avait été chef d’un t’ing (254) dans le Tsi-nan ; à cause de son désintéressement et de sa droiture, il fut graduellement élevé jusqu’au rang d’un des neuf hauts dignitaires. Quand l’empereur eut imaginé avec Tchang T’ang la valeur faite avec la peau du cerf blanc, il demanda son avis à (Yen) I qui répondit :

— Maintenant, quand les rois et les seigneurs viennent à la cour, ils apportent en guise de félicitations un jade vert qui vaut quelques milliers de pièces de monnaie ; d’autre part, le support en peau qui y est joint représente au contraire quatre cent mille pièces de monnaie ; l’essentiel et l’accessoire ne sont pas proportionnés l’un à l’autre.

Le Fils du Ciel ne fut pas content. En outre, Tchang T’ang eut de l’inimitié contre (Yen) I. Puis un homme porta une accusation contre (Yen) I à un autre propos ; l’affaire fut déférée à Tchang T’ang pour qu’il jugeât (Yen) I. (Yen) I avait eu une conversation avec un visiteur ; le visiteur avait dit que, dans une ordonnance rendue auparavant, il y avait quelque chose de mauvais ; (Yen) 1 n’approuva pas, mais fit une légère moue. (Tchang) T’ang fit un rapport pour dire que (Yen) I, alors qu’il p.583 avait la charge d’un des neuf hauts dignitaires, ayant vu qu’une ordonnance était mauvaise, n’était pas entré (à la cour) pour le déclarer, mais avait désapprouvé dans son for intérieur ; on conclut à la peine de mort. C’est à partir de ce moment qu’il y eut la loi concernant la désapprobation dans le for intérieur. A cause de cela (255) donc, les ducs du palais, les hauts dignitaires et les grands officiers se confondirent en flatteries et prirent patience.

Quand le Fils du Ciel eut rendu l’ordonnance relative à la fortune acquise (256) et quand il eut honoré Pou Che, en définitive cependant il n’y eut personne dans le peuple qui livrât une partie de ses ressources pour aider les fonctionnaires provinciaux. Alors les dénonciations de fortune, à l’instigation de Yang Ko, furent autorisées (257).

Dans les commanderies et les royaumes, un grand p.584 nombre de personnes fondaient clandestinement des monnaies ; les monnaies étaient abondantes et légères. Les ducs du palais et les hauts dignitaires proposèrent donc qu’on ordonnât aux fonctionnaires de la capitale, préposés à la fonte des monnaies, de fondre des monnaies à bord rouge (258). Une pièce en valait cinq. On s’en servait pour les redevances et pour les paiements officiels ; toute monnaie autre que les pièces à bord rouge n’avait pas cours.

Le métal blanc s’avilit peu à peu ; le peuple ne le tenait pas pour précieux et ne s’en servait pas. Les fonctionnaires provinciaux s’y opposèrent par des ordonnances, mais rien n’y fit. Au bout d’une année environ, le métal blanc fut définitivement déprécié et n’eut plus cours. Cette année-là (115 av. J.-C.), Tchang T’ang mourut sans que le peuple le regrettât.

Deux ans plus tard, les monnaies à bord rouge s’avilirent ; le peuple avait découvert le secret (de leur fabrication) et l’usage n’en était plus avantageux ; elles ?585 furent aussi abandonnées. Alors (259) on fit une interdiction générale dans les commanderies et dans les royaumes de fondre des monnaies. La fonte en fut spécialement réservée aux trois fonctionnaires du Chang-lin (260). Comme les monnaies étaient nombreuses et qu’on avait ordonné dans tout l’empire qu’aucune monnaie autre que celles des trois fonctionnaires n’aurait cours, les monnaies qui avaient été précédemment fondues dans les diverses commanderies et les divers royaumes furent toutes démonétisées et remises à la fonte ; on en livra le cuivre aux trois fonctionnaires. Alors les monnaies fondues par le peuple devinrent de plus en plus rares, car le peuple voyait qu’il ne pouvait faire ses frais. Ce ne furent plus que de grands criminels, artisans de profession, qui commirent le délit de fabriquer (des monnaies).

Lorsque Pou Che était conseiller de Ts’i, les dénonciations de fortunes faites à l’instigation de Yang K’o remplirent tout l’empire (261). Les fortunes moyennes et celles qui étaient au-dessus de la moyenne se trouvèrent presque toutes dénoncées ; Tou Tcheou statua sur leurs cas ; parmi ceux qui avaient été emprisonnés, il y en p.586 eut peu qui furent relâchés. Puis (l’empereur) envoya dans diverses directions des yu-che, des t’ing-wei et des tcheng-kien qui se répartirent en plusieurs commissions pour aller juger dans les commanderies et les royaumes les affaires relatives aux fortunes acquises ; ils prirent au peuple des richesses dont la valeur se chiffrait par centaines de mille (de pièces de monnaie, des esclaves par milliers et par myriades, des champs par plusieurs centaines de k’ing dans les grandes préfectures et par centaines dans les petites, des habitations en nombre proportionné. Alors les marchands dont la fortune atteignait la moyenne ou la dépassait furent presque tous ruinés. Le peuple se complut à la bonne chère et aux beaux vêtements et personne ne s’occupa plus de grossir et d’accumuler son patrimoine (262). Les fonctionnaires provinciaux, grâce au sel, au fer et aux (dénonciations de) fortunes acquises, eurent des ressources abondantes.

On augmenta et on élargit les passes ; on établit les territoires-annexes de gauche et de droite (263).

Au début, le ta-nong administrait le sel et le fer et s’occupait des monnaies ; c’était trop ; on institua le choei-heng avec l’intention (264) de le préposer au sel et au fer ; p.587 mais, ? quand Yang K’o eut dénoncé les fortunes, les richesses accumulées dans le Chang-lin furent considérables ; on ordonna alors que le choei-heng fût préposé au Chang-lin (265). Le Chang-lin étant rempli, on l’agrandit.

En ce temps, (le royaume de) Yue voulut combattre et poursuivre les Chinois avec ses bateaux ; alors on agrandit et on répara l’étang Koen-ming (266) ; des rangées d’observatoires le bordèrent ; on fit un bateau à étages de plus de dix tchang de haut ; des étendards et des banderoles le surmontaient et c’était un fort beau spectacle.

Puis le Fils du Ciel, ayant eu une inspiration, fit élever la terrasse de Po-leang (267) qui était haute de plusieurs tchang. Les constructions de bâtiments, à partir de ce moment, devinrent de jour en jour plus magnifiques.

Or, comme on avait distribué entre les divers fonctionnaires les fortunes acquises, le choei-heng, le chao-fou, le ta-nong et le t’ai p’ou (268)  instituèrent chacun de leur côté des officiers de l’agriculture qui sans cesse se rendirent en province dans les champs successivement confisqués et les cultivèrent. Quant aux esclaves qui avaient été confisqués, ils furent répartis entre les divers parcs (impériaux) pour y nourrir les chiens, les p.588 chevaux, les oiseaux et les quadrupèdes, et entre les divers fonctionnaires. Les divers fonctionnaires firent des nominations plus nombreuses et nouvelles en grand nombre (269).

On déporta une foule d’esclaves et on les envoya vaquer aux transports sur le Fleuve ; ils firent passer quatre millions de che (de grains) ; avec les achats faits par les fonctionnaires eux-mêmes, il y eut (du grain) en suffisance (270).

So Tchong (271) déclara que, parmi les jeunes gens de bonne famille et les hommes riches, il s’en trouvait qui faisaient combattre des coqs ou courir des chiens et des chevaux, ou qui chassaient les oiseaux et les quadrupèdes, ou qui jouaient aux jeux de hasard, troublant ainsi le peuple qui vivait régulièrement. Alors on s’informa de tous ceux qui avaient violé les ordonnances ; il y eut plusieurs milliers de personnes qui furent entraînées (en faute) les unes par les autres ; on les surnomma « les condamnés accompagnant le tronc » (272). Ceux qui payèrent purent être nommés lang (273) ; le choix des lang devint mauvais.

En ce temps, le pays à l’est des montagnes avait p.589 souffert des inondations du Fleuve et la récolte n’était pas venue à maturité ; cela ayant duré plusieurs années, il y eut, sur un espace de mille à deux mille li de côté, des Hommes qui s’entremangèrent. Le Fils du Ciel en fut ému et il fit un décret où il disait :

« Au sud du Kiang, débroussaillez par le feu et sarclez par l’eau (274). » Il ordonna que le peuple affamé pût émigrer pour trouver sa nourriture dans la région entre le Kiang et le Hoai ; ceux qui désirèrent rester là s’y établirent. (L’empereur) envoya pour les protéger des commissaires (si nombreux que) leurs coiffures et leurs dais formaient une file continue sur la route : il fit descendre du grain de Pa et de Chou pour secourir (les émigrés).

L’année suivante (112 av. J.-C.), le Fils du Ciel fit pour la première fois une tournée d’inspection dans les commanderies et les royaumes. A l’est, il traversa le Fleuve ; l’administrateur du Ho-tong n’avait pas pensé qu’il viendrait et n’avait rien préparé ; il se tua. (L’empereur) alla du côté de l’ouest et traversa (la montagne) Long (275) ; l’administrateur du Long-si, à cause que cette arrivée était inopinée et que les officiers de la suite p.590 du Fils du Ciel n’avaient pas trouvé à manger, l’administrateur du Long-si (276) se tua. Alors l’empereur sortit au nord par la passe Siao (277) ; accompagné de plusieurs myriades de cavaliers, il chassa dans le territoire de Sin-ts’in (278) ; il encouragea (279) ainsi les soldats de la frontière, puis revint. ? Dans le territoire de Sin-ts’in, sur une étendue de près de mille li, il n’y avait ni postes de police ni patrouilles ; c’est pourquoi on mit à mort l’administrateur du Pei-ti (280) et ses subordonnés. Puis on ordonna que le peuple pût faire de l’élevage et garder des troupeaux dans les préfectures de la frontière (281) ; les fonctionnaires prêtèrent des juments qu’on devait rendre au bout de trois ans en livrant un poulain p.591 pour dix juments (282). ? C’est pourquoi on supprima les dénonciations de fortunes dont on ne s’était servi que pour peupler le territoire de Sin-ts’in (283). (L’empereur) ayant trouvé le trépied précieux, il institua un sacrifice à la souveraine Terre et à T’ai-i. Les ducs du palais et les hauts dignitaires délibérèrent sur les cérémonies fong et chan. ? Alors les commanderies et les royaumes de l’empire mirent tous d’avance en bon état les routes et les ponts et réparèrent les vieux palais ; puis dans toutes les préfectures où devait passer le cortège impérial, les fonctionnaires chargés de l’administration de la préfecture, ainsi que leurs assistants, firent des préparatifs et regardèrent au loin en attendant la venue du souverain.

L’année suivante (111 av. J.-C.), (le royaume de) Nan-yue se révolta ; les K’iang de l’ouest (284) ravagèrent la p.592 frontière et se conduisirent en brigands. Alors le Fils du Ciel, sous le prétexte que le pays à l’est des montagnes n’avait pas eu (de grain) en suffisance, proclama une amnistie dans l’empire (285) : ? avec les bateaux à étages des contrées du sud et avec plus de deux cent mille hommes, il attaqua le Nan-yue qui avait plusieurs myriades de soldats. Il envoya les cavaliers des trois Ho (286) et des régions situées plus à l’ouest attaquer les K’iang de l’ouest. En outre, plusieurs myriades d’hommes franchirent le Fleuve et fortifièrent Ling-kiu (287). Pour la première fois on établit les commanderies de Tchang-ye et de Tsieou-ts’iuen (288) ; puis, dans la commanderie de p.593 Chang, dans le Cho-fang, dans le Si-ho et dans le Ho-si (289), il y eut des officiers préposés aux champs mis en culture et des soldats surveillants (290) de la barrière, au nombre de six cent mille, pour tenir garnison dans ces lieux et les cultiver (291) ; le royaume du Milieu répara les routes pour le transport des vivres et des grains ; (les colons) les plus éloignés étaient à trois mille li de distance ; les plus rapprochés étaient à plus de mille li, tous attendaient du ta-nong leur subsistance.

Les armes n’étant pas en nombre suffisant dans le territoire de la frontière, on envoya les armes et les instruments fabriqués par les artisans officiels des magasins militaires, afin de suppléer (à cette insuffisance). ? Les chevaux de trait et de selle faisaient défaut ; les fonctionnaires provinciaux n’avaient que peu p.594 d’argent, et, quand il s’agissait d’acheter des chevaux, ils avaient peine à s’en procurer ; alors on publia une ordonnance aux termes de laquelle tous les officiers, depuis les princes apanagés et au-dessous jusqu’aux fonctionnaires payés trois cents che et au dessus, devaient livrer des juments en nombre proportionnel à leur grade ; dans tous les t’ing de l’empire il y eut des juments qu’on entretenait (292) ; les chevaux d’année en année furent de meilleure qualité et se multiplièrent.

Pou Che, conseiller de Ts’i, adressa au trône une requête où il disait :

« Votre sujet a entendu dire que lorsque le souverain est dans l’affliction, c’est une honte pour les sujets (293). Le Nan-yue s’est révolté ; votre sujet désire, lui le père, et ses enfants, avec ceux du pays de Ts’i qui sont exercés au maniement des bateaux, aller mourir (en combattant contre l’ennemi).

Le Fils du Ciel rendit un décret en ces termes :

« Pou Che, quoique ayant lui-même labouré et gardé le bétail, n’a point recherché en cela son intérêt personnel ; ce qu’il avait de superflu, il l’a aussitôt (donné pour) subvenir aux dépenses des fonctionnaires provinciaux. Maintenant, par malheur, l’empire est dans une situation critique. Pou Che, pris d’enthousiasme, a voulu aller mourir lui et ses enfants (en combattant contre l’ennemi). Quoique la bataille n’ait point encore été livrée, on peut dire que la justice a fait son apparition dans notre pays. Je donne p.595 (à Pou Che) le titre de marquis à l’intérieur des passes, soixante livres d’or (294), dix k’ing de champs. 

On publia cela dans tout l’empire ; mais, dans l’empire il ne se trouva personne pour répondre (au désir de l’empereur) ; entre tous les seigneurs qui se comptaient par centaines, il n’y en eut aucun qui demandât à suivre l’armée pour combattre les K’iang et le (Nan-)yue. Lorsque arriva l’époque où l’on offrait le vin Tcheou (295) (112 av. J.-C.), le chao-fou examina l’or ; il y eut alors plus de cent seigneurs qui furent mis en accusation à cause de l’or de (la cérémonie du vin) Tcheou et qui perdirent leur titre. ? Alors (l’empereur) conféra à (Pou) Che le titre de yu-che-ta-fou (296) ; quand (Pou) Che eut assumé cette charge, il s’aperçut que les commanderies et les royaumes n’aimaient généralement pas le sel et le fer préparés par les fonctionnaires provinciaux ; on souffrait de la mauvaise qualité des instruments de fer ; le prix en était cher ; parfois on ordonnait de force au peuple de vendre ou d’acheter (du sel et du fer) ; en outre, les bateaux étant soumis à des taxes, les marchands étaient peu nombreux et les marchandises étaient chères ; alors (Pou Che), prenant à partie K’ong Kin, parla sur la question des taxes des bateaux ; à partir de ce moment, l’empereur n’aima plus Pou Che. Les Han furent en guerre continue pendant trois ans ; ils exterminèrent les K’iang ; ils anéantirent le Nan-yue.p.596 ? Dans la région comprise depuis P’an-yu (297) en allant vers l’ouest jusqu’au sud de Chou, on institua dix-sept commanderies nouvelles. D’ailleurs on les administra suivant leurs anciennes coutumes et on n’exigea d’elles ni taxes ni redevances. Les commanderies de Nan-yang, de Han-tchong et celles qui étaient au-delà contribuèrent chacune aux dépenses des commanderies nouvelles dans la mesure où leur territoire en était plus ou moins rapproché. Pour les officiers et les soldats, les appointements, la nourriture et les objets donnés en récompense, les chars et les chevaux pour les transports, (tout cela) fut au complet. Cependant, dans les commanderies nouvelles, il y eut à tout instant des rébellions partielles et on tua les officiers ; les Han mirent sur pied les officiers et les soldats des régions du sud pour aller punir (ces rebelles) ; dans l’espace d’une année, il y eut plus de dix mille hommes (qui furent ainsi appelés sous les drapeaux) ; tous attendaient du ta-nong leur subsistance. Le ta-nong, grâce aux kiun-chou et grâce aux taxes levées sur le sel et sur le fer, accroissait (les revenus que lui procuraient) les impôts réguliers ; c’est pourquoi il put suffire à ce (qu’on demandait de lui). Cependant, partout où passaient les soldats, les préfets, considérant que la seule chose importante était que leurs subventions, dans la mesure (où elles étaient nécessaires à l’entretien des troupes), ne s’interrompissent pas, n’osaient pas dire qu’ils réglaient à leur guise le système des impôts.

L’année suivante qui était la première année yuen-fong (110 av. J.-C.), Pou Che fut abaissé en grade (298), et devint premier précepteur de l’héritier présomptif. ? Puis p.597 Sang Hong-yang fut nommé tche-sou-tou-wei (299). Le chef du département ta-nong (300) se substitua à (K’ong) Kin pour administrer le sel et le fer dans l’empire. ? (Sang) Hong-yang, considérant que les divers fonctionnaires passaient des marchés chacun de leur côté, qu’ils se faisaient de la concurrence et que, pour cette raison, les denrées éprouvaient des sautes de prix, et que (d’autre part), lorsqu’on transportait les redevances de l’empire, il arrivait parfois qu’on ne couvrît même pas les frais de louage des chars, fit la proposition suivante (301) : On établirait plusieurs dizaines d’assistants (qui dépendraient du département p.598 ta-nong ; ils seraient répartis en sections et présideraient dans les commanderies et les royaumes ; chacun d’eux se rendrait constamment dans les préfectures pour y établir des officiers kiun-chou et des officiers du sel et du fer ; ils donneraient des ordres pour que les contrées éloignées livrassent en guise de redevances les denrées qui leur étaient propres et celles que les marchands transportaient au temps où elles étaient chères pour en trafiquer ; ils se verseraient et se transmettaient les uns aux autres (ces denrées). On établirait à la capitale des p’ing-tchoen qui auraient pour charge de recevoir les livraisons et les transports de tout l’empire ; on inviterait les artisans officiels à fabriquer des chars et les divers instruments (nécessaires à ces transports) et tous attendraient des subventions du ta-nong. Les divers fonctionnaires du ta-nong accapareraient (ainsi) toutes les marchandises et les denrées de l’empire ; quand elles seraient chères, ils les vendraient ; quand elles seraient bon marché, ils les achèteraient ; quand il en serait ainsi, les riches négociants et les grands boutiquiers ne pourraient plus faire de gros profits et retourneraient à (l’occupation) principale (302) et les marchandises de toute espèce ne subiraient plus de sautes de prix ; par ce moyen on régulariserait (le prix des) denrées de tout l’empire ; le nom (du système) serait p’ing-tchoen. Le Fils du Ciel approuva ce projet et en autorisa l’exécution.

Puis le Fils du Ciel alla au nord jusqu’au Cho-fang ; à l’est, il arriva au T’ai-chan et parcourut le bord de la mer ; il revint en longeant la frontière du nord. Dans tous les lieux où il passa il distribua des récompenses pour lesquelles il employa plus d’un million de pièces p.599 de soie et des pièces de monnaie et de l’or en sommes qui se chiffraient par centaines de millions ; pour tout cela, il trouva à prendre en suffisance chez le ta-nong. ? (Sang) Hong-yang proposa en outre qu’on rendit une ordonnance d’après laquelle les officiers qui livreraient du grain seraient nommés à des fonctions et les coupables rachèteraient leur peine. On ordonna que les gens du peuple qui pourraient apporter du grain à Kan-ts’iuen, chacun suivant son rang, obtiendraient par là l’exemption des corvées leur vie durant. On ne dénonça pas les fortunes acquises. Les endroits où la disette se faisait sentir reçurent des transports envoyés par chacune des autres commanderies et chacun des autres royaumes. Alors les divers agriculteurs firent tous venir leur grain ; les transports par eau à l’est des montagnes augmentèrent jusqu’à compter six millions de che (de grain) par an. Dans l’espace d’une année le t’ai-ts’ang (303) et le grenier de Kan-ts’iuen se trouvèrent remplis ; la frontière regorgeait de grains et de toutes sortes de denrées ; on transporta, en maintenant l’égalité des prix, cinq millions de pièces de soie, sans que les impôts du peuple fussent augmentés ; on eut en abondance de quoi suffire aux dépenses de l’empire. Alors (Sang) Hong-yang reçut dans la hiérarchie le titre de tso-chou-tchang (304), et fut gratifié pour la seconde fois de cent livres d’or.

Cette année-là, il y eut une légère sécheresse. L’empereur ordonna aux fonctionnaires d’implorer la pluie. Pou Che dit :

« Les fonctionnaires provinciaux doivent tirer la nourriture des taxes foncières et l’habillement p.600 des redevances normales (305), et c’est tout. Maintenant (Sang) Hong-yang a fait que les officiers s’asseyent au marché et se rangent sur la place de vente, qu’ils trafiquent les denrées et recherchent le profit. Faites bouillir vif (Sang) Hong-yang et le Ciel donnera la pluie (306).

Le duc grand astrologue dit : Lorsque les laboureurs, les artisans et les marchands entrèrent en relations par des échanges, alors furent mises en honneur les valeurs représentées par les (écailles de) tortue. les coquillages (307), l’or, les monnaies (308), les couteaux et les toiles (309). L’origine en est vieille et lointaine.

p.601 Avant Kao-sin (310), c’est la haute antiquité ; on ne trouve rien à relater. Dans l’antiquité, le Chou (King) traite de l’époque de T’ang et de Yu (311) et le Che (King) parle du temps des Yn et des Tcheou ; on assurait le calme et le repos (du peuple) et on mettait alors en honneur les collèges siang et siu (312) ; on donnait le premier rang à ce qui est essentiel et on abaissait ce qui vient en dernier lieu (313) ; par les rites et la justice on faisait obstacle à l’intérêt personnel. Au changement des choses il est de nombreuses causes, et, de même (qu’on avait bien agi), on fait le contraire de ce qui est bien ; c’est pourquoi, quand les êtres sont parvenus à leur apogée ils s’altèrent ; quand une époque est arrivée au faîte, elle se détourne ; tantôt c’est p.602 la réalité simple qui prédomine, tantôt c’est l’élégance ; telle est l’évolution qui finit et recommence. Dans les neuf provinces du tribut de Yu, ce qu’on réclamait de chacune était conforme à ce que son sol produisait en abondance, à ce que possédaient en plus ou moins grande quantité ses habitants. T’ang et Ou (314) héritèrent d’époques ruinées qu’il était facile de modifier de façon à ce que le peuple ne fût pas excédé ; chacun d’eux fut très attentif à ce dont il faisait le principe de son gouvernement ; cependant ils tombèrent petit à petit en décadence et s’affaiblirent (315). — Le duc Hoan, de Ts’i, adopta les plans de Koan Tchong ; il comprit les poids du léger et du lourd ; il chercha à profiter des montagnes et des mers ; par ce moyen il reçut en audience les seigneurs ; en prenant pour base son très petit territoire de Ts’i, il glorifia et mérita son nom d’hégémon. (Le prince de) Wei suivit les avis de Li K’o ; il employa toutes les forces de son territoire et devint un puissant prince. ? A partir de ce moment, l’empire fut en proie aux discordes des royaumes combattants ; on estima la tromperie et la violence et on méprisa la bonté et la justice ; on mit au premier rang la richesse et la possession, et au dernier rang la modestie et l’humilité. C’est pourquoi, parmi les gens de commerce, ceux qui étaient riches avaient parfois des fortunes de plusieurs centaines de millions, tandis que les pauvres n’avaient parfois même pas de la lie de vin et de l’écorce de grain pour se nourrir. Parmi les princes régnants, ceux qui étaient puissants en arrivaient parfois à réunir (dans leur main) une foule de p.603 petits de manière à s’asservir les seigneurs ; les princes faibles voyaient parfois leurs sacrifices s’interrompre et leur dynastie s’éteindre. On arriva ainsi jusqu’aux Ts’in qui en définitive s’emparèrent de tout ce qui est à l’intérieur des mers.

Pour ce qui est des valeurs (en usage à l’époque) de Yu et des Hia, il y avait les métaux des trois catégories, l’un jaune, l’autre blanc et l’autre rouge ; (on se servait aussi) tantôt de pièces de monnaie, tantôt de toiles, tantôt de couteaux (316), tantôt d’écailles de tortue et de coquillages (317). Lorsqu’on fut arrivé à l’époque des Ts’in, les valeurs furent dans tout le royaume de trois (318) degrés — l’or jaune, qu’on désignait sous le nom de i (319), était la valeur supérieure ; les monnaies de cuivre, dont la suscription était « un demi-leang » et qui avaient un poids conforme à l’inscription, étaient la valeur inférieure. Quant aux objets tels que les perles, les jades, les écailles de tortue, les coquillages, l’argent, l’étain, on en faisait des ustensiles et des ornements, ou on les gardait comme des trésors ; ils ne servaient point de valeurs d’échange, mais chacun d’eux suivait (les fluctuations de) l’époque et il n’y avait rien de fixe dans leur plus ou moins grande importance. — Puis au dehors on repoussa les barbares I et Ti ; au dedans on fit fleurir les actions méritoires (320). Dans tout le pays à l’intérieur des mers, les hommes peinèrent au labour sans pouvoir fournir des vivres en suffisance, les femmes tissèrent sans arriver à faire assez p.604 de vêtements. Dans l’antiquité on avait épuisé les richesses et les ressources de l’empire pour les offrir au souverain ; il n’est pas extraordinaire que celui-ci à son tour ait jugé qu’il n’y avait plus assez. C’est pourquoi on dit : Les états (successifs) du monde dans leur cours s’entrechoquent (321). S’il en est ainsi, qu’y a-t-il là d’étonnant ?




Notes


(101. ) Le titre de ce traité (p’ing tchoen) est en réalité le nom d’une fonction à l’époque des Han. Les officiers appelés p’ing tchoen furent, comme nous l’apprenons dans ce traité lui-même, institués en 110 avant J.-C. ; ils étaient chargés de maintenir une certaine régularité dans les transactions commerciales ; ils achetaient les denrées de première nécessité au moment où elles étaient bon marché ; ils les vendaient à l’époque où elles étaient chères ; ils empêchaient ainsi les prix soit de s’avilir, soit de devenir exorbitants ; aussi leur donnait-on le nom de p’ing tchoen composé de deux mots qui signifient égaliser, rendre exact. En faisant de ce nom le titre de son chapitre, Se-ma Ts’ien indique qu’il parlera des mesures administratives qui furent prises par les empereurs Han pour assurer la stabilité des prix et pour balancer les fluctuations du commerce.

— Les Chinois ont conservé une grande admiration pour ce plus ancien monument de leur économie politique. En 1893, Li Hong-tchang qui était alors vice-roi du Tche-li, se rendit à un banquet que lui offrait à Ts’ien-tsin la Hong-kong and Shanghai Banking Corporation ; sa secrétaire, Lo fong-lo, prononça en son nom un petit discours en anglais dont voici le début (North China Herald, 17 mars 1893, p. 394) :

« The theory of political economy which treats of the circulation of wealth, or the banking system, the pivot on which the international commerce of the civilised nations turns, though a modern science in Europe, has been originated, we presume, from the principles of the law of administration of the Chow dynasty. The subsequent writings of the two most celebrated Chinese historians, Se-ma Ts’ien and Pan Kou on the Balance of Trade may be compared to those of Adam Smith ou the Wealth of Nations...  »

— Le traité de Pan Kou auquel Li Hong-tchang faisait allusion est le XXIVe chapitre du Ts’ien Han chou  ; il est en partie la reproduction du traité de Se-ma Ts’ien et peut souvent aider à en éclaircir le sens ; nous aurons à nous y référer dans les notes suivantes.

(102. ) Lorsque les Han arrivèrent au pouvoir, ils trouvèrent l’empire ruiné par la dynastie qui les avait précédés.

(103. ) Sous-entendez : pour l’armée.

(104. ) L’attelage du Fils du Ciel devait se composer de quatre chevaux de la même couleur ; les ressources de la Chine étaient si épuisées qu’on ne parvenait pas à trouver quatre chevaux satisfaisant à cette condition.

(105. ) Les chars tirés par des bœufs étaient le véhicule des pauvres ; les plus hauts fonctionnaires étaient parfois obligés de s’en contenter.

(106. ) La monnaie de cuivre des Ts’in était ronde avec un trou carré au milieu (cf. les reproductions données dans le Kin che souo, section Kin souo, 3e cahier, et dans le Si ts’ing kou kien, supplément sur les monnaies, chap. II, p. 5 v° et 6). Elle portait la suscription : «  un demi-leang » et pesait réellement ce poids (Ts’ien Han chou, chap. XXIV, 2e partie, p. 2 r°). — J’ajouterai ici quelque renseignements sur les mesures de poids à l’époque des Ts’in et des Han : 25 chou valaient 1 leang ; 16 leang valaient 1 livre ou kin, et 20 leang valaient 1 i ; 30 livres valaient 1 kiun ; 4 kiun ou 120 livres valaient 1 che. Toutes ces mesures ne valaient guère que le tiers de ce que valent les unités modernes de même nom (cf. Je tche lou, chap. XI, p. 1). — La monnaie de cuivre des Ts’in pesant un demi-leang, ou peut donc dire aussi qu’elle pesait 12 chou.

(107. ) Le Ts’ien Han chou (chap. XXIV, 2e partie, p. 2 r°) écrit :

« on innova en ordonnant au peuple de fondre des monnaies kie.

Les monnaies kie furent ainsi appelées parce qu’elles avaient les dimensions du fruit de l’ormeau ; Se-ma Tcheng reproduit un témoignage d’après lequel ces monnaies auraient pesé 3 chou et auraient porté la suscription Han-hing ; mais le Si ts’ing kou kien (supp. des monnaies, chap. V, p. 4 r°) dit que cette assertion est erronée et que les monnaies qui portent la suscription Han-hing datent en réalité de l’année 338 après J.-C., époque à laquelle l’empereur Li Cheou, de la petite dynastie Tch’eng (l’un des seize royaumes qui se partageaient alors la Chine), prit le nien-hao de Han-hing.

(108. ) A côté du cuivre monnayé, les Ts’in avaient, comme valeur d’échange, l’unité d’or jaune qui pesait 1 i, c’est-à-dire 20 leang. Les Han, qui réduisaient le poids des monnaies de cuivre, réduisirent aussi le poids de l’unité d’or jaune qui ne pesa plus dès lors que 1 livre, c’est-à-dire 16 leang ; ainsi sous les Han, une unité d’or et une livre d’or sont termes identiques et l’on rencontre indifféremment l’expression [] et l’expression [] ; je les traduirai toutes deux signifiant une livre d’or. — C’est un fait remarquable que sous les Ts’in et les Han, on se servait, à côté du cuivre monnayé, d’un étalon représenté par un certain poids d’or ; aujourd’hui, l’étalon dont on se sert est un certain poids d’argent (le taël) ; il serait intéressant de savoir à quelle époque et pour quelles causes les Chinois ont substitué l’étalon d’argent à l’étalon d’or.

(109. ) Ce sens assez rare du mot [] est confirmé par les commentateurs Li Ki, Wei Tchao, et Se-ma Tcheng.

(110. ) Au lieu du mot [], le Ts’ien Han chou (chap. XXIV, 2e partie, p. 2 r°) écrit [] ; ce mot ayant aussi le sens de sauter, bondir, il faut alors traduire : « les denrées avaient de grandes sautes de prix ». — Le mot [] dans le Ts’ien Han chou a le sens de beaucoup, extrême.

(111. ) Dix mille pièces de monnaies en cuivre étaient l’équivalent d’une livre d’or.

(112. ) C’est-à-dire que 120 livres de riz se vendirent jusqu’au prix de 1 livre d’or.

(113. ) Kao-tsou voulait favoriser l’agriculture au détriment du commerce.

(114. ) La caste des marchands était ainsi exclue des fonctions publiques.

(115. ) On détermina exactement la capitation d’après les besoins du trésor ; on n’exigea du peuple que le strict nécessaire.— Le mot [] désigne proprement l’impôt de la capitation par opposition au mot [] qui désigne la redevance du quinzième prélevé sur toutes les productions du sol et de l’industrie.

(116. ) Sur l’expression [], cf. tome I, n. 04.436, ad fin. — Il est à peu près impossible de suivre ici dans la traduction la structure de la phrase chinoise qui serait littéralement celle-ci : les revenus des taxes et redevances..., depuis le Fils du Ciel jusqu’aux terres affectées à l’entretien personnel des seigneurs apanagés, étaient tout entiers et respectivement considérés comme des subventions fournies à titre privé.

(117. ) Sur les monnaies en forme de fruit d’ormeau, cf. note 107.

(118. ) Un demi-leang est un poids de 12 chou (cf. note 106) ; ces pièces de monnaie ne pesaient donc que le tiers de leur poids nominal ; elles furent fondues la cinquième année de l’empereur Wen (175 av. J.-C.). Entre ces monnaies de 4 chou et les monnaies des Ts’in qui pesaient réellement 12 chou, il y avait un intermédiaire, car le livre des Han antérieurs nous apprend qu’au septième mois de la deuxième année de son règne (28 juillet-25 août 186), l’impératrice Lu avait mis en circulation des pièces du poids de 8 chou  qui portaient également la suscription : un demi-leang.

(119. ) Lieou Pi, roi de Ou, était le fils du frère aîné de Kao-tsou cf. p. 98, n° X, § 3) ; la montagne dont il tirait le cuivre pour faire ses monnaies était la montagne Tchang, qui est aujourd’hui la montagne T’ong hien, à l’est de la préfecture secondaire de Ngan-ki, préfecture de Hou-Tcheou, province de Tche-kiang.

(120. ) Sur Teng T’ong, cf. Mém. hist., CXXV ; la montagne dont il extrayait du cuivre se trouvait dans la sous-préfecture actuelle de Yong-King, préfecture de Ya-Tcheou, province de Se-tchouan.

(121. ) En vertu de cette ordonnance, dit le Yuen kien lei han (chap. CXXIII, p. 5 v°), ceux qui faisaient un don de 600 che de grain recevaient le rang de chang-tsao (2e de la hiérarchie) ; ceux qui donnaient 4.000 che recevaient le rang de ou-ta-fou (9e de la hiérarchie) ; ceux qui donnaient 12,000 che recevaient le rang de ta-chou-tchang  (18e de la hiérarchie). — Sur la hiérarchie, cf. tome II, p. 528-529.

(122. ) Nous avons déjà rencontré l’expression dans le traité sur les sacrifices fong et chan (cf. p. 503, lignes 14-5, et p. 508, ligne 2 ). Je n’ai trouvé aucun commentaire qui l’explique et je donne ma traduction sous toutes réserves.

(123. ) Se-ma Ts’ien commence par faire le tableau de la prospérité qui signala les premières années du règne de l’empereur Ou ; il montrera ensuite comment, de cette prospérité même sortirent le désordre et la ruine.

(124. ) [] désigne les greniers de la capitale ; — le mot [] désigne les réserves de grain dans les territoires les plus éloignés de l’empire

(125. ) L’expression [], disent Wei Tchao et Yen Che-kou, a le sens de [], c’est-à-dire cent millions. — On se rappelle que le mot [], que je traduis par « pièce de monnaie », désigne uniquement les pièces de cuivre, car ni l’or ni l’argent n’étaient monnayés.

(126. ) On sait que les monnaies chinoises sont percées d’un trou carré et qu’on les réunit en passant une ficelle à travers ce trou. Comme le trésor était alors fort riche, les ligatures de sapèques y restaient si longtemps que le lien qui les réunissait se rompait : les sapèques se dispersaient et on n’en pouvait plus tenir le compte.

(127. ) Mong k’ang dit que, tous les cavaliers étant alors montés sur des chevaux, si un homme monté sur une jument était venu se joindre à eux, les autres chevaux se seraient donné des coups de pied et se seraient mordus (vraisemblablement parce qu’ils seraient entrés en rut), Yen Che-kou rejette avec raison cette explication comme trop subtile : tout le monde étant riche, dit-il, on ne montait que des chevaux et on aurait couvert de honte celui qui aurait monté une jument. — Tel est sans doute le vrai sens de cette phrase ; aujourd’hui encore, on regarde comme peu honorable de monter une jument.

(128. ) Littéralement : « ceux qui étaient officiers faisaient grandir leurs fils et petit-fils. » Jou Choen commente cette phrase assez énigmatique de la manière suivante :

« En ce temps, il n’y avait pas d’affaires ; les fonctionnaires n’étaient pas souvent déplacés ; ils arrivaient jusqu’au moment où leurs fils et leurs petit-fils étaient devenus grands sans avoir changé de fonction.

La phrase suivante devient alors claire : comme ceux qui exerçaient une fonction la gardaient leur vie durant, on prenait l’habitude de les appeler du nom de leur charge qui devenait ainsi leur surnom, ou même leur nom de famille ; tels sont les noms de famille Ts’ang et Yu ; ces mots désignaient d’abord les officiers chargés de la garde des greniers ; ils furent appliqués à certaines personnes qui remplirent longtemps ces fonctions ; puis ils furent considérés comme leur nom même et devinrent le nom de famille de leurs descendants. Cf. tome I, n. 00.104.

(129. ) C’est l’interprétation du Yen Che kou que j’adopte. — D’après le Che ki luen wen, « ceux qui violaient les lois étaient en multitude ». Le Che ki luen wen croit donc qu’à partir d’ici Se-ma Ts’ien entre dans l’exposé de la décadence qui suivit la prospérité des premières années de l’empereur Ou ; pour ma part, j’estime que cet exposé ne commence qu’un peu plus loin, aux mots : « Sur ces entrefaites... »

(130. ) D’après le Che ki luen wen, cette expression désignerait ici les marchands.

(131. ) Cf. Mém. hist., chap. CXXIV.

(132. ) Ces gens, dit Se-ma Tcheng, n’étaient point fonctionnaires et n’avaient par conséquent aucune autorité ; ils profitaient cependant de leur puissance pour s’arroger le droit de tout décider par la violence ; c’est ce qu’expriment les deux mots [] [].

(133. ) Ces deux mots [] [] forment un terme unique qui peut être traduit par « village ». Dans le chapitre LXX des Mémoires historiques (p. 7 v°, biographie de Tch’en Tchen) on lit la phrase :

« une épouse qui est sortie (de sa famille) pour se marier dans son village est une bonne épouse.

Voici encore quelques autres exemples de cette même expression :

— (Heou Han chou, chap. IV, p. 3 v°) :

« Promouvoir les hommes de talent, c’est le principe du gouvernement ; classer ceux qui ont une conduite ou des capacités extraordinaires, cela doit être fait par les (notables des) villages.

— (Se-ma Ts’ien, lettre à Jen Ngan) :

« Quand je fus grand, je ne fus pas recommandé par mon village.

(cf. Heou Han chou, chap.LXIII, p.5 v°, biog. de Yu Yen : « il n’était pas recommandé par son village »).

— (Tchoang tse, chap. X [Tch10A]) : 

« Dans les principes au nom desquels, à l’intérieur des quatre frontières, on élève les temples ancestraux et les autels des dieux de la terre et de moissons, et au nom desquels on administre les maisons et les villes ainsi que les districts du premier, du second, du troisième et du quatrième ordre, comment aurait-on pu ne pas prendre pour règle les sages.

M. Legge (Sacred Books of the East, vol. XXXI, p. 282) traduit « every corner in the districts, large, medium and small... », mais il avoue en note que le mot [] « is perplexing ». Il me semble qu’a rapprochant ce texte de ceux que nous avons cités plus haut, on reconnaît que le mot [] doit désigner un district étendu que le [] ; mais il y a certainement une lacune dans les dictionnaires chinois qui n’indiquent pas ce sens.

(134. ) Ce Yen Tchou est appelé Tchoang Tchou dans le CXIVe chapitre (p. 1 v°) des Mémoires historiques et dans le T’ong kien tsi lan (chap. XV, p. 7 v°). Cependant c’est sous le nom de Yen Tchou que le Ts’ien Han chou cite ce personnage dans la biographie qu’il lui a consacrée (chap. LXIV, 1e partie), et dans le traité des subsistances et marchandises (chap. XXIV, 2e partie, p. 3 r°).

(135. ) Tchou Mai-tch’en a sa biographie dans le Ts’ien Han chou, chap. LXIV, 1e partie.

(136. ) Le roi de Yue-tong-hai avait sa capitale à Tong-ngeou (au sud-ouest de la sous-préfecture de Yong-kia, dans la cité préfectorale de Wen-Tcheou, province de Tche-kiang ; Tong ngeou, c’est-à-dire le Ngeou oriental, s’oppose au Ngeou occidental, ou Si-ngeou, qui correspond à l’ancienne ville de Yu-lin, au sud de la préfecture secondaire de Koei, préfecture de Siun-Tcheou, province de Koang-si ; — sur ces identifications. cf. T’ong kien tsi lan, chap. XIII, p.29 v° et chap. XIV, p. 4 r°). On appelait communément roi de Tong-ngeou le roi de Yue-tong-hai ; en 138 avant J.-C., ce prince fut attaqué par le roi de Min-yue (dont la capitale était à Fou-Tcheou, dans la province de Fou-kien) ; l’empereur Ou l’autorisa à venir se réfugier avec son peuple qui comptait 40,000 hommes, dans la partie du territoire chinois comprise entre le Yang-tse Kiang et la rivière Hoai. Pour plus de détails sur ces événements, cf. Mém., hist., chap. CXIV.

(137. ) A savoir Min-yue (dont la capitale était à Fou-Tcheou) et Nan-yue (dont la capitale était à Canton).

(138. ) Cf. Mém. hist., chap. CXVI.

(139. ) Ce personnage, sur lequel nous n’avons d’ailleurs aucun renseignement, est appelé P’ong Ou dans le Ts’ien Han chou chap. XXIV, 2e partie, p. 3 r°).

(140. ) La première année yuen-cho (128 av. J.-C.), l’empereur Ou, à la suite d’une expédition victorieuse dans le pays qui devint plus tard la Mandchourie y établit la commanderie de Ts’ang-Hai (cf. Ts’ien Han chou, chap. IV, p. 5 r° et Man-Tcheou yuen Lieou k’ao, chap. I, p. 4 r°) ; au bout de peu d’années, on renonça à maintenir cette division administrative, on lui substitua les quatre commanderies de Lo-lang, Hiuen-tou, lin-t’oen et Tchen-fan qui furent instituées en 108 avant J.-C., en Corée et en Mandchourie (cf. Introduction., p. LXXXVIII).

(141. ) C’est-à-dire d’une manière générale les provinces actuelles de Tche-li et de Chan-tong.

(142. ) Cf. Introduction, p. LXVII.

(143. ) Le territoire au sud du fleuve est le pays compris entre le Grande Muraille et le sommet de la boucle du Hoang-ho ; Ning-hia à l’ouest, et la préfecture de Yu-lin à l’est forment la limite sud de ce territoire.

(144. ) Dans le développement qui va suivre, Se-ma Ts’ien reprend un à un les principaux faits qu’il vient de mentionner et il en parle avec plus de détails.

(145. ) Cf. Mém. hist., chap. CXVI.

(146. ) Le tchong était une mesure de capacité qui valait 6 che, et 4 teou. Le che valant lui-même 10 teou, une somme de 10 tchong équivaut à 64 che. La phrase de Se-ma Ts’ien revient donc à dire que, sur les approvisionnements qu’on transportait, il n’en arrivait guère que la soixante-quatorzième partie à destination.

(147. ) K’iong est aujourd’hui la sous-préfecture de Si-tchang, préfecture de Ning-yuen, province de Se-tch’ouan. — P’e devint sous les Han et resta jusque sous les T’ang, la sous-préfecture de P’e-tao ; ce territoire est aujourd’hui compris dans la sous-préfecture de I-pin, préfecture de Siu-Tcheou, province de Se tch’oan.

(148. ) J’adopte ici le sens indiqué par Yen Che-lou (Ts’ien Han chou, chap. XXIV, 2e partie, p. 3 r°), qui dit que le mot [] a ici le sens de compenser, payer.

(149. ) Le tou-nei était un des fonctionnaires subordonnés au ministre de l’agriculture (cf. tome II, Appendice I, n° XVI, 4°). — Le sens de la phrase est celui-ci : ceux qui fournissaient de grain les préfectures éloignées où se faisait sentir la disette, recevaient leur paiement à la capitale.

(150. ) Une partie de la Grande Muraille.

(151. ) [......] signifie « plusieurs dizaines, mais sans atteindre une centaine » ; [......] signifie dix mille fois dix mille, c’est-à-dire cent millions. Les deux expressions réunies ont donc le sens de « près de dix milliards ».

(152. ) Le sens de cette phrase, en elle-même assez énigmatique est éclairci par le commentaire de Yen Che-kou. Il semble donc que ceux qui avaient le titre de lang jouissaient par là même de l’exemption des taxes et que la seule faveur qu’on pût leur accorder était une augmentation de grade.

(153. ) Réflexion satirique de l’historien.

(154. ) Wei Ts’ing. — Sur cette campagne, cf. Mém. hist. Chap. CX, p. 9 r°.

(155. ) C’est-à-dire le chef Hiong-nou d’occident. Sur ce titre de « sage » qui est l’équivalent du turc doghri, cf. tome I, Introduction, pp. LXV et LXVI.

(156. ) Dans l’expression [...] le mot [] a évidemment une valeur particulière et ne signifie pas simplement « tête ». Le dictionnaire de K’ang-hi (sub voce) indique que le mot a parfois le sens de « soumis » ; c’est ainsi qu’on trouve dans le chapitre sur les Contrées occidentales du livre des Han postérieurs l’expression [....] et le commentaire ajoute : « le mot cheou est l’équivalent du mot fou=soumis ». C’est sans doute cette interprétation qu’il faut adopter ici. « Esclaves soumis » est une dénomination injurieuse qui désigne les barbares.

(157. ) Le ta-nong ou ta-se-nong était le ministre de l’agriculture et des finances (cf. tome II, Appendice I, XVI, p. 519),

(158. ) Le mot [] dit Yen Che-kou a ici le sens de []=continuellement, toujours. — La leçon du Ts’ien Han chou (chap. XVI, 2e partie, p. 3 v°) est : (l’argent mis en réserve) était dépensé continuellement.

(159. ) Le mot [], dit Yen Che-kou, a ici le sens de épuiser.

(160. ) Ce décret est reproduit avec plusieurs variantes dans le Ts’ien Han chou (chap. VI, p. 5) qui le rapporte à la sixième année yuen-cho (123 av. J.-C.).

(161. ) Yu le grand, fondateur de la dynastie des Hia, et T’ang le victorieux fondateur de la dynastie des Chong.

(162. ) Ce préambule se retrouve souvent, sous des formes plus ou moins analogues à celle-ci, dans les proclamations des souverains chinois : il est commode, en effet, pour justifier une innovation dans un pays où le respect des précédents joue un si grand rôle, de déclarer que, dans l’antiquité même, les princes ne se conformaient pas aux mêmes principes que leurs prédécesseurs.

(163. ) L’expression [] .... se rapporte à des événements qui se sont passés peu de jours auparavant. Dans le texte du Ts’ien Han chou, il est fait allusion à deux expéditions du général en chef, l’une qui est déjà un peu ancienne et qui est localisée dans le temps, l’autre qui est récente et qui cet amenée par le mot [] = à présent.

(164. ) Le sens de cette phrase n’est pas contestable ; il est d’ailleurs confirmé par les commentaires ; cependant on ne voit pas du tout pour quelle raison cette mention des accapareurs est introduite ici ; elle n’est point dans la suite des idées. Je crois donc qu’il faut adopter la leçon du Ts’ien Han chou (chap. VI, p. 5 v°) qui supprime entièrement cette phrase et la remplace par celle-ci [....]. Le texte de Ts’ien Han chou me semble d’ailleurs lui-même obscur ; il signifiait, si je comprend bien le commentaire de Yen Che-kou :

« Ceux qui ont reçu en récompense des titres dans la hiérarchie et qui désirent les vendre à d’autres n’ont pas le moyen d’en déterminer la valeur usuelle. »

En d’autres termes, l’empereur n’ose pas avouer que le gouvernement vendra les titres de la hiérarchie ; il prétend que, s’il fait dresser un tarif des prix de ces titres, c’est en principe afin de permettre la transmission des grades honorifiques d’une personne à une autre.

(165. ) Dans le Ts’ien Han chou (chap. 6, p. 5 v°), l’édit lui-même se termine pas les mots [...] : « Délibérez pour faire une ordonnance ».

(166. ) Ou a va plus haut (note 114) que l’accès des charges publiques était fermé à certaines classes de personnes, par exemple, aux marchands et à leurs descendants.

(167. ) D’après le Mao ling tchong chou, les divers titres de la hiérarcbie du mérite militaire étaient au nombre de onze, à savoir : 1° tsao-che — 2° hien-yu-wei — 3° leang-che — 4° yuen-jong-che — 5° koan-cheou — 6° ping-to — 7° ts’ien-fou — 8° yo-k’ing — 9° tche-jong — 10° tcheng-li-chou-tchang (ou, suivant une autre leçon, tso-chou-tchang) — 11° kiun-wei.

(168. ) Le texte de cette phrase est manifestement altéré ; en effet, l’unité d’or ou la livre d’or valant dix mille pièces de monnaie, (cf. note 111), trois cent mille livres d’or représentent trois milliards de pièces de monnaie ; si donc chaque grade dans la hiérarchie valait cent soixante-dix mille pièces et si le grade suprême (ou la totalité de tous les grades, comme il est dit ici) coûtait trois cent mille livres d’or, il faudrait supposer, comme le fait plaisamment remarquer un commentateur du Ts’ien Han chou (chap. XXIV, 2e partie, p. 3 v°), que la hiérarchie comprenait plus de dix sept mille degrés. — J’ajouterai que le prix de trois cent mille livres d’or pour un titre, quelque élevé qu’il fût, me paraît fantastique ; je crois donc qu’il faut supprimer, soit le mot [], soit le mot [] et lire « trois cent mille pièces de monnaie » ou « trente mille livres d’or », ce qui revient au même. — Mais cette correction ne suffit pas encore ; pour arriver à un sens admissible, il faut admettre, avec un explicateur anonyme cité par Se-ma Tcheng, que le premier grade coûtait cent soixante-dix mille pièces et chaque grade nouveau vingt mille pièces ; le coût total des onze grades serait alors de trois cent soixante-dix mille pièces ou de trente-sept livres d’or, ce qu’on peut exprimer en disant qu’il s’élevait à plus de trois cent mille pièces ou à plus de trente livres d’or ; c’est le sens auquel je me suis rattaché. (Cf. Introduction, p. CII et n. 158)

(169. ) Le rang koan-cheou était le cinquième et celui de ts’ien-fou était le septième dans la hiérarchie du mérite militaire (cf. note 167) ; le rang de ou-ta-fou était neuvième dans la hiérarchie ordinaire (cf. tome II, p. 528). En quoi le ts’ien-fou était-il assimilé à l’ou-ta-fou ? D’après Yen Che-kou, à partir du rang de ou-ta-fou et au-dessus, les titulaires étaient exemptés des corvées ; il en fut donc de même des ts’ien-fou. D’autre part les koan-cheou et les ts’ien-fou, de même que les ou-ta-fou avaient droit à être choisis de préférence à tout autre, lorsqu’il s’agissait de faire une nomination à une charge vacante ; on voit par là que, si la vénalité des charges n’était pas ouvertement déclarée, elle était admise d’une manière implicite puisqu’il suffisait d’avoir acheté un des grades supérieurs de la hiérarchie du mérite militaire pour obtenir, au détriment des autres postulants, les emplois officiels.

(170. ) On a vu (note 167) que, d’après le Mao ling tchong chou, la hiérarchie du mérite militaire comportait onze degrés, celui de yo-k’ing étant le huitième. Se-ma Ts’ien semble dire ici que le titre de yo-k’ing était le plus élevé ; cette hiérarchie n’aurait donc compté au début que huit degrés.

(171. ) Comme ce n’était plus le mérite seul qui ouvrait l’accès des charges publiques, le monde officiel ou la classe des fonctionnaires se pourrit.

(172. ) Cf. Mém. hist., chap. CXII. — Comme le fait remarquer l’éditeur du Che ki luen wen, il est assez singulier de voir ici Kong-suen Hong mis, avec Tchang T’ang, au rang des fonctionnaires sévères qui rendirent les lois redoutables. Kong-suen Hong n’a jamais passé pour avoir été d’un caractère dur et violent.

(173. ) Nous lisons dans la biographie de Kong-suen Hong que, pendant sa jeunesse, il étudia longtemps les diverses explications du tch’oen-ts’ieou.

(174. ) Cf. Mém. hist. chap. CXXIII.

(175. ) Et de ne plus se contenter, comme auparavant, des recommandations ou des blâmes venant d’autres personnes.

(176. ) Mot à mot : Le fait d’entraver et le fait de dénigrer, entièrement punir cela fut la coutume des tribunaux.

(177. ) Sur ces événements, cf. Mém. hist., chap. CXVIII.

(178. ) Un édit de l’empereur King, mentionné à la date de la sixième année tchong-yuen (144 av. J.-C.), par le Ts’ien Han chou (chap. V, p. 3 r°), dit qu’on appelle « officiers supérieurs » ceux qui ont des appointements de 600 che et au-dessus.

(179. ) Littéralement : « les cavaliers rapides ». Le général des chevau-légers était Houo K’iu-p’ing ; cf. Mém. hist., chap. CXI.

(180. ) Cf. tome I, Introduction, pp. LXVIII et CIII.

(181. ) Le Ts’ien Han chou (chap. XXIV, 2e partie, p. 4 r°) donne la leçon : trente mille chars.

(182. ) Et qu’il fallut, par conséquent, récompenser.

(183. ) Le mot [] est celui qu’emploie souvent Se-ma Ts’ien lorsqu’il interrompt le récit des événements actuels pour rappeler un fait passé ; l’expression [..] a le sens de « auparavant » ; enfin le mot [] indique qu’il s’agit d’années écoulées. Ces trois expressions réunies sont un peu redondantes.

(184. ) D’après Siu Koang, Koan était le nom d’une préfecture qui dépendait de la commanderie de Tong. Cette indication nous permet d’identifier Koan avec la localité de P’an-koan que le dictionnaire géographique de Li Tchao-lo place à l’ouest de la sous-préfecture actuelle de Koan-tch’eng, préfecture de Ts’ao-Tcheou, province de Chan-tong. La rupture des digues à Koan est la même chose que la brèche de Hou-tse ; cf. n. 28.487. .

(185. ) Cf. pp. 527-529.

(186. ) Cf. p. 527.

(187. ) La phrase est obscure. Le Ts’ien Han chou (chap. XXIV, 2e partie, p. 4 r°) écrit [..]. Le mot à mot de cette seconde rédaction est plus facile à faire :

« la dépense d’ailleurs pour chacune (de ces entreprises) en se servant de grands dix milliers (c’est-à-dire, en prenant une somme de dix mille fois dix mille pièces de monnaie comme unité d’évaluation) fut d’une dizaine. »

Le commentaire de Yen Che-kou dit en effet « cela signifie dix fois dix mille fois dix mille (pièces de monnaie) ».

(188. ) On appelait Sin-ts’in c’est-à-dire « le nouveau Ts’in », la région que les Ts’in avaient conquise sur les Hiong-nou, au sud et à l’intérieur de la grande boucle septentrionale du Hoang-ho.

(189. ) Cette tentative de socialisme agraire au deuxième siècle avant notre ère ne laisse pas que d’être intéressante.

(190. ) Le mot [] indique ici que les provisions faites par ces hommes sans scrupule n’étaient d’aucun profit où d’aucune utilité pour les pauvres.

(191. ) Le mot [] désigne, non seulement les monnaies, mais tout objet susceptible de devenir un moyen d’échange ; je crois que le mot « valeur » le traduit assez exactement.

(192. ) L’expression [....] désigne les hommes puissants ou riches qui abusaient de leur influence pour réunir sous leurs ordres une bande de petites gens ou de pauvres diables par le moyen desquels ils devenaient les maîtres dans le pays. Cf. le commentaire de Li Ki dans Ts’ien Han chou, chapitre VI, p. 7 r°.

(193. ) Cette incise, assez mal amenée dans la suite du développement, est importante, car elle annonce et explique les expédients monétaires auxquels nous verrons, quelques lignes plus bas, que l’empereur eut recours.

(194. ) Cf. note 118.

(195. ) Cette assertion ne repose sur aucun fondement historique ; je ne connais pas de texte qui prouve qu’on se soit servi dans l’antiquité de pièces de peau en guise de monnaie ; mais l’empereur Ou avait le secret désir de se servir de la peau du cerf blanc qu’il avait dans son parc (cf. plus haut, note 193) pour fabriquer les singuliers billets de banque dont il va être question plus loin ; c’est pourquoi la requête qu’on lui présente suppose des précédents qui justifient cette innovation.

(196. ) Le métal jaune est l’or ; le métal rouge est le cuivre. Quant au métal blanc, il n’est imaginé que pour suggérer à l’empereur l’idée de se servir de l’argent et de l’étain qu’il avait en abondance dans son trésor (cf. plus haut, note 193).

(197. ) Cf. note 118.

(198. ) Les Mémoires historiques présentent la leçon [a] [b]. Le mot [b] signifie « fondre dans un moule ». Mais la phrase ne laisse pas que d’être assez étrange, car elle manque de complément direct. Le Ts’ien Han chou (chap. XXIV, 2e partie, p. 4 v°) donne une leçon meilleure : « et ils recueillent la limaille », Le commentateur Tsan rappelle en effet la définition donnée par Hiu Chen, l’auteur du dictionnaire Chouo wen : « le mot yu signifie de la limaille de cuivre ».

(199. ) Au lieu du mot « herbes aquatiques », un texte, nous dit Siu Koung, donne la leçon [] : cela signifierait que les franges étaient violettes. Le Ts’ien Han chou dit simplement que ces pièces de peau étaient bordées de franges.

(200. ) D’après le Li ki (liv. I, sect. II, part. 2, § 11 ; trad. Legge, Sacred Books, vol. XXVII, p. 111), le mot [] désigne la grande audience d’automne, et le mot [] désigne la grande audience de printemps.

(201. ) C’est-à-dire que ces personnes ne pouvaient rendre les hommages auxquels ils étaient astreints par la loi, qu’après avoir au préalable acheté au prix de quatre cent mille pièces de monnaie la pièce de peau sur laquelle ils devaient déposer l’insigne de leur dignité. C’était la carte forcée.

(202. ) Les représentations que nous donnons ci-dessous des trois sortes de valeurs en métal blanc sont empruntées à la section Ts’ien lou (chap. III, p. 4 r°) du Si ts’ing kou kien. La pièce de la troisième catégorie est de forme rectangulaire ; dans la figure qu’en donne le Kin che souo, les quatre coins de cette pièce sont coupés. Les dessins géométriques qu’on y remarque sont l’image des lignes de la carapace de la tortue.

Monnaie chinoise han chavannes.PNG

(203. ) Dans tout ce passage, le texte paraît être altéré. Voici ce que dit un certain Lieou fong-che qui est cité dans l’édition du Shanghai du Ts’ien Han chou (chap. XXIV. 2e partie. p. 5 r°) :

« (Les mots) po-siuen devaient se trouver après les mots « celles de la première classe s’appelaient » (c’est-à-dire qu’il faut lire « celles de la première classe s’appelaient po-siuen ») ; le mot « nom » est de trop, (c’est-à-dire qu’il faut supprimer la phrase « leur nom était po-siuen ») ; après les mots « celles de la seconde classe s’appelaient... », « celles de la troisième classe s’appelaient... », il devait y avoir le nom de la pièce de métal (c’est-à-dire que, de même que les pièces de la première classe s’appelaient po-siuen, celles de la seconde classe et celles de la troisième devaient avoir des noms particuliers qui étaient mentionnés dans le texte primitif). Le texte de l’historien l’a omis par erreur ».

(204. ) Huit leang sont une demi-livre.

(205. ) Cf. plus haut, note 203.

(206. ) Littéralement : « calculer de cœur ». Yen Che-kou commente ce texte en disant : « Il ne se servait pas du calcul au moyen des fiches ». Sur ces anciennes fiches à calcul, cf. A. Vissière, Recherches sur l’origine de l’abaque chinois (Bulletin de géographie historique, 1892, p. 8-13 du tirage à part).

(207. ) L’expression [..] signifie littéralement « couper les poils d’automne ». Comme l’explique Se-ma Tcheng, les poils des animaux et les barbes des plantes atteignent en automne leur plus grande beauté et leur plus grande finesse ; les trois hommes qui viennent d’être nommés étaient si minutieux en matière de finances qu’ils divisaient un poil d’automne, ou, comme nous disons en français, qu’ils coupaient un cheveu en quatre. — On retrouvera dans Mencius (I, a,7, § 10), l’expression « poil d’automne » employée pour exprimer quelque chose de très fin.

(208. ) Le Ts’ien Han chou (chap. XXIV, 2e partie, p. 5 r°) dit : « ceux des ou-ta-fou et des ts’ien-fou... » Les ou-ta-fou occupaient le neuvième rang dans la hiérarchie ordinaire (cf. tome II, p. 528) ; les ts’ien-fou occupaient le septième rang dans la hiérarchie du mérite militaire (cf. note 167). Ces deux grades honorifiques, nous dit Se-ma Ts’ien lui-même (cf. p. 556, ligne 6), étaient regardés comme équivalents.

(209. ) Cf. n. 207.

(210. ) Ils devaient donc payer une rançon pour ne pas être nommés de force fonctionnaires. Ce détail montre que les charges publique étaient alors plus redoutées que recherchées, à cause de l’extrême sévérité des lois.

(211. ) Le mot [] comme l’indique Yen Che-kou dans son commentaire du Ts’ien Han chou (chap. XXIV, 2e partie, p. 5 r°), est ici l’équivalent du mot []=châtier, punir. Dans le chapitre VI du Ts’ien Han chou, à la date de la troisième année yuen-cheou (120 av. J.-C,), on lit : « on envoya les officiers condamnés creuser l’étang Koen-ming ».

(212. ) Cf. tome II, n. 06.234.

(213. ) Cf. tome I, n. 04.247.

(214. ) Wei Ts’ing et Houo K’iu-p’ing.

(215. ) Comme ou le voit en effet dans les figures données par le supplément numismatique du Si ts’ing kou kien, chap. III, p. 4 v°, la partie pleine de ces monnaies était entourée d’un rebord ; d’après ces figures, il y aurait eu aussi un rebord tout le long du trou carré central, mais seulement au revers de la pièce.

(216. ) Cf. p. 567.

(217. ) En d’autres termes, les revenus qu’on peut tirer du fer et du sel devraient être perçus par le chan-fou, c’est-à-dire par le trésor particulier de l’empereur, et non par le ta-nong, c’est-à-dire par le trésor public.

(218. ) Le mot [], dit Se-ma Tcheng, indique que ces gens ne sont pas laboureurs ou artisans de père en fils. Le métier qu’ils exercent n’est que provisoire.

(219. ) Comme l’explique Teng Tchan (cité par Tchang Cheou-tsie), ces intendants de rang inférieur étaient chargés de la fonte des vieux fers. Ainsi, dans les provinces qui produisaient du fer, il y avait des intendants de rang supérieur pour surveiller la fonte du fer neuf ; dans celles qui ne produisaient pas ce métal, il y avait encore des intendants, d’un rang moindre il est vrai, pour surveiller la fonte des vieux fers.

(220. ) Au lieu de [], le Ts’ien Han chou écrit : « on les fera subordonnés...  »

(221. ) Le koan-fou est le nom de l’intendance du sel et du fer. — C’est en 119 avant J.-C. que K’ong Kin et Tong-kouo Hien-yang reçurent la mission d’organiser le monopole du sel et du fer.

(222. ) Les nombreux changements que l’empereur Ou avait introduit dans le système monétaire encourageaient la spéculation ; les marchands accaparaient les denrées afin de profiter des variations dans les prix causés par l’agiotage. Le Yuen kien lei han (chap. CXXXIV, p. 8 r°) dit expressément que ce fut après que l’empereur Ou eut mis en circulation les valeurs de peau et les monnaies en argent blanc, que les spéculations commerciales auxquelles il est fait allusion ici se produisirent.

(223. ) Dans l’expression yuen yuen, le mot yuen a le sens de « principal, excellent ». Or, dans l’antiquité, pour désigner un homme, on disait un « bon homme ». D’autre part, la répétition du mot yuen indique la multiplicité ; c’est ainsi que l’expression yuen yuen a pris le sens de « multitude d’hommes bons », ou « peuple » (cf. dict. de K’ang-hi, au mot yuen et tome II, n. 10.211).

(224. ) Les orateurs commencent par rappeler les mesures qui ont été prises pour parer à la détresse causée par des inondations ; on a transporté les pauvres gens dans des territoires nouveaux (cf. p. 562) et l’empereur a lui-même fait le sacrifice d’une partie de sa liste civile (cf. p. 561). Il reste encore une ressource, comme on va le montrer à l’empereur, à savoir de taxer les marchands.

(225. ) Littéralement : « Le peuple ne sort pas tout entier des arpents méridionaux ».

Cette expression « les arpents méridionaux » se retrouve souvent dans le Che King. Ainsi, ce livre classique présente trois fois la phrase t’iên tsiún tchéu hi :

Kouo fong, odes de Pin, 1e ode, str. 1 ;

Ta ya, 6e décade, ode 7, strophe 3 et ode 8, strophe 4 :

« apporter de la nourriture à ceux qui travaillent dans les arpents méridionaux.

— Troisième décade des odes sacrificatoires des Tcheou, ode 5 et ode 6) :

« Nous nous mettons d’abord à l’œuvre dans les arpents méridionaux.

Enfin, on trouve dans le Che King la phrase (Ta ya, 6e décade, ode 7, strophe 1) :

« Maintenant je me rends dans les arpents méridionaux, »

De cette multiplicité d’exemples dans lesquels les arpents sont toujours indiqués comme méridionaux, tandis qu’on ne pourrait citer aucun autre point cardinal déterminant habituellement le mot arpent, on peut conclure que le terme « méridional » qualifie tous les arpents, quelle que soit leur situation, et que l’expression « les arpents méridionaux » désigne les champs en général, et non tels champs particuliers qui auraient été placés au sud des autres champs. Cette opinion est confirmée par un passage de Wang Ngan-che cité dans les commentaires à l’ode 7 de la 6e décade du Ta ya :

« Les arpents étaient pour la plupart orientés vers le sud. et c’est pourquoi on les appelle constamment les arpents méridionaux. »

(226. ) La mesure qui va être proposée atteindra toutes les provisions accumulées par les marchands ; elle ne saurait être nuisible aux pauvres puisque ceux-ci n’ont aucune épargne.

(227. ) Le mot [], qui signifie d’ordinaire « compter », a ici une valeur spéciale. Il désigne le prélèvement de vingt sapèques « une ligature se composait de mille sapèques ; le prélèvement de vingt (sapèques) constituait une taxe »

(228. ) Le mot [] désigne un petit char ; ces chars étaient sans doute ceux employés par les commerçants.

(229. ) L’expression [a][b] désigne les ligatures de sapèques, le mot [a] servant à désigner la cordelette qui retient les sapèques. Il s’agit donc de l’argent comptant ou de la fortune que possèdent les commerçants.

(230. ) Se-ma Ts’ien écrit : « toutes avaient une différence ». Le Ts’ien Han chou (chap. XXIV, 2e partie, p. 5 v°) donne la leçon [] : « toutes différaient en moins. » Le sens me paraît être celui-ci : Dans l’antiquité, quoique les fortunes des commerçants fussent moindres, on les soumettait à une taxe ; à plus forte raison doit-on le faire aujourd’hui, puisque ces fortunes sont devenues plus considérables.

(231. ) C’est-à-dire au commerce. On a déjà vu le mot [] avec la même acception dans une des inscriptions de Tsin Che hoang-ti (cf. tome II, n. 06.269).

(232. ) C’est-à-dire vingt sapèques. Cf. n. 227. — On pourrait se demander s’il n’est pas question, dans cette phrase, de deux mille ligatures et non de deux mille sapèques. Mais le commentaire de Yen Che-kou indique nettement qu’il s’agit de deux mille sapèques. — La mesure décrétée ici atteignait les accapareurs qui devaient payer le 1 %, non seulement sur leur fortune réelle, mais encore sur toutes les marchandises qu’ils pouvaient avoir achetées à crédit, en vue de les revendre plus tard.

(233. ) Les législateurs, désirant que leur ordonnance frappe surtout ceux qui font des provisions considérables de denrées dans un but de lucre, ont soin de mettre dans une classe à part les artisans obligés de rassembler chez eux les matières premières qu’ils veulent mettre en œuvre. L’industrie est soumise à des impôts moitié moins lourds que le commerce.

(234. ) Les san-lao, sans être des fonctionnaires de l’État, étaient investis, par le choix de leurs concitoyens, d’une certaine autorité dans les villages. Cf. tome II, n. 08.234 ad fin.

(235. ) Le tchang vaut dix pieds.

(236. ) En d’autres termes, les marchands et leurs parents n’ont pas le droit de placer leur fortune en terres ; ceux qui le feraient s’exposeraient à se voir confisquer leurs terres et leurs esclaves.

(237. ) On trouvera la biographie de Pou Che dans le chapitre LVIII du Ts’ien Han chou.

(238. ) Les commentateurs proposent deux explications de cette phrase. D’après l’une de ces explications, on pouvait obtenir l’exemption des corvées en payant 300 pièces de monnaie ; une exemption pour 400 hommes supposerait donc le paiement de 120 000 pièces de monnaie. Le Fils du Ciel aurait alloué cette somme annuellement à Pou Che pour le récompenser de ses libéralités. Mais ce sens est peu admissible, car il serait absurde que, le trésor étant à sec, l’empereur remerciât Pou Che de sa générosité en lui rendant son argent, J’adopte donc la seconde interprétation qui consiste à dire que l’empereur conféra à Pou Che le droit d’exempter de la corvée quatre cents hommes à son choix.

(239. ) Cette préfecture de l’époque des Han se trouvait sur le territoire de la sous-préfecture actuelle de Yen-che, préfecture et province de Ho-nan.

(240. ) Cf. p. 113, n° XXXVII, § 8.

(241. ) Dans cette phrase, le mot [] doit être traduit en français par « après que ».

(242. ) K’ong Kin dut être nommé ta-nong en remplacement de Yen I qui fut mis à mort en 117 avant J.-C. D’après Siu Koang, il aurait été promu à ce rang en 115 avant J.-C. ; mais, si cela est exact, on ne comprend plus que Se-ma Ts’ien, dise « en l’espace de trois ans », car le monopole du sel et de fer fut institué en l’an 119.

(243. ) L’institution des kiun-chou date de la seconde année yuen-ting (115 av. J.-C.). Ces fonctionnaires étaient distingués en titulaire [] et en assistants [] ; ils dépendaient du ta-nong  ; leur titre est composé de deux mots qui signifient égaliser et transporter ; leur rôle était en effet d’équilibrer les prix en transportant les denrées des lieux où elles étaient abondantes dans ceux ou elles étaient rares (cf. tome II, Appendice I, § 1, n° XVI, 2).

(244. ) Le sens de cette phrase est bien indiqué par le commentaire de Yen Che-kou (Ts’ien Han chou, chap. XXIV, 2e partie, p. 6 r°). — Les lang étaient évidemment d’après ce que donne à entendre ce passage, des fonctionnaires dont le rang était inférieur à celui des fonctionnaires payés six cents che ; mais, en faisant des dons volontaires, ils obtenaient le droit de porter ce dernier titre. Sur la coutume de désigner le rang des fonctionnaires d’après la valeur de leurs appointements, estimés en che de grain, cf. tome II, Appendice I, n. a21.102.

(245. ) Les pièces en métal banc furent fabriquées pour la première fois en 1’an 119, et les monnaies de cinq chou en l’an 118. La date de « cinq ans après » indiquée ici par Se-ma Ts’ien nous reporterait donc à l’année 114.

(246. ) L’autre moitié était composée de ceux qui s’étaient tués les uns les autres, de désespoir sans doute, et sans que leurs gardiens y fissent attention. — Dans toute la fin de ce paragraphe, Se-ma Ts’ien revient en arrière pour expliquer par quelles mesures extraordinairement sévères on avait arrêté un nombre si prodigieux de coupables.

(247. ) Ces commissions extraordinaires comprenaient, dit le T’ong kien kang mou (6e année yuen-cheou), six hauts fonctionnaires du titre de po che ; elles furent instituées en l’an 117. Comme l’amnistie dont il a été parlé quelques lignes plus haut est de l’année 114, on voit que Se-ma Ts’ien ne raconte pas en ce moment des faits qui se seraient passés après cette amnistie, mais que, suivant sa détestable méthode de composition, il ajoute ici un commentaire destiné à expliquer à la suite de quels événements un nombre aussi considérable de détenus se trouvait dans les prisons de l’État.

(248. ) Cf. note 192.

(249. ) Comme le dit fort bien Yen Che-kou (Ts’ien Han chou, chap. XXIV, 2e partie, p. 6 r°), les [] sont les administrateurs des commanderies [], et les [] sont les conseillers des seigneurs ou chefs de royaumes [], ces deux mots répondent donc aux mots [] et [] de la phrase précédente ; les commissions extraordinaires parcourent les commanderies pour arrêter les administrateurs de commanderie, et les royaumes pour arrêter les conseillers de royaume qui se seraient rendus coupables. Mais, dans la leçon des Mémoires historiques, les trois mots [][][] sont presque inintelligibles et d’ailleurs la phrase manque de verbe. Le T’ong kien kang mou (6e année yuen-cheou) ne conserve cette leçon qu’en ajoutant un verbe. J’ai fait la même addition entre parenthèses dans ma traduction. Cependant la leçon du Ts’ien Han chou (chap. XXIV, 2e partie, p. 6 r°) suggère une correction de texte infiniment plausible : « les administrateurs et les conseillers qui recherchaient leur intérêt personnel ».

(250. ) Les tchong-tch’eng étaient les assistants du yu-che-ta-fou ; ils étaient au nombre de deux (cf. tome II, Appendice I, § 1, n° III).

(251. ) Sur tous ces personnages qui se rendirent célèbres par leur cruauté, cf. le chapitre CXXII des Mémoires historiques, et les chapitres LIX, LX et XC du Ts’ien Han chou.

(252. ) C’est-à-dire les indicateurs intègres. Sur ces dénonciateurs officiels, cf. tome II, p. 514, n° III.

(253. ) Cette date est celle qui est indiquée par le T’ong kien tsi lan.

(254. ) Le t’ing était une petite circonscription administrative formée de la réunion de dix li ; cf. tome II, Appendice I, § 4, n° 3.

(255. ) Au lieu des deux mots [][], le Ts’ien Han chou (chap. XXIV, 2e partie. p. 6 r°) donne la leçon [] ; ce mot signifie ici « catégorie » et se rattache à la phrase précédente il y eut la catégorie du code concernant la désapprobation dans le for intérieur.

(256. ) L’ordonnance dont il est ici question est celle qu’on a lue plus haut (pages 572-575). — l’expression [...] désigne la fortune acquise par les marchands et les artisans, par opposition aux produits de l’agriculture et de l’élevage des vers à soie.

(257. ) Littéralement : de Yang K’o dénoncer les fortunes fut autorisé. — Le commentaire Souo yn dit :

« Sous les Han, il y eut l’ordonnance relative aux dénonciations de fortunes ; Yang K’o en fut l’instigateur.

Cf. les commentaires rassemblés dans le T’ong kien k’ang mou, 6e année yuen cheou.

(258. ) Mot-à-mot : ... proposèrent de rendre l’ordonnance relative aux bords rouges des fonctionnaires des cloches de la capitale. — Mais le sens que nous indiquons dans la traduction est mis hors de doute par ce commentaire de Se-ma Tcheng :

« Les fonctionnaires des cloches s’occupèrent de fondre les monnaies à bord rouge. » Ces fonctionnaires, lisons-nous dans le commentaire de Jou Choen au Po koan Piao du Ts’ien Han chou (chap. XIX, 1e partie, p. 5 v°), étaient préposés à la fonte des monnaies ; cf. tome II, Appendice 1, § 1, n° XXIII, 6. — Le pourtour de ces monnaies était fait en cuivre rouge, on ne sait par quel procédé. On appelait communément ces monnaies les monnaies brun-rouge.

(259. ) Quoique Se-ma Ts’ien dise « Deux ans plus tard », le Tong kien tsi lan rapporte cette interdiction à la même date que la mort de Tchang T’ang, c’est-à-dire à l’année 115 av. J.-C.

(260. ) D’après le Tong kien tsi lan, ces trois fonctionnaires auraient été le chang-lin, le tchong-koan, et le pien-t’ong. Cf. tome II, Appendice I, §1, n° XXIII, 1, 6, 9. Le Tong kien kang mou remplace le chang-lin par le kiun-chou.

(261. ) Le commentaire de Yen Che-kou à cette phrase est très explicite :

« Yang K’o s’appuya sur l’ordonnance (relative aux dénonciations) pour susciter (les dénonciations) ; c’est pourquoi dans l’empire tout le monde souffrit des dénonciations.

(262. ) Le peuple dépensa tout ce qu’il gagnait et ne songea plus à économiser ; ce n’était plus la peine de faire une fortune, puisqu’elle aurait été aussitôt confisquée.

(263. ) En d’autres termes, on élargit le cercle des postes de douane qui entourait la capitale ; quand on l’eut ainsi reporté plus loin, les deux circonscriptions administratives les plus rapprochées du territoire de la capitale, à savoir le Tso fong i et le Yeou fou fong, se trouvèrent englobées dans la nouvelle enceinte douanière ; elles furent comme les annexes de la capitale.

(264. ) Ce ne fut qu’une intention, car le choei-Heng tou-wei fut en réalité préposé au Chang-lin, comme on va le voir dans ce qui suit.

(265. ) Cf. note 264, et tome II, p. 523, n° XXIII.

(266. ) L’étang Koen-ming avait été aménagé primitivement pour exercer les soldats aux combats sur l’eau qu’ils auraient à livrer aux peuplades du Yun-nan appelées Koen-ming ; lorsque le roi du Nan-yue (Canton) se révolta, on eut besoin d’exercer de nouveau les troupes au maniement des bateaux de guerre et ce fut encore de l’étang Koen-ming qu’on se servit ; mais il fallut l’agrandir.

(267. ) La terrasse Po-leang fut construite en 115 avant J.-C. Cf. n. 28.348. .

(268. ) Le choei-Heng administrait le parc Chang-lin ; le chao-fou, le trésor privé de l’empereur ; le ta-nong, les finances publiques ; le t’ai-p’ou avait la charge des équipages du palais.

(269. ) Allusion à toutes les charges nouvelles d’officiers de l’agriculture qu’il fallut créer pour gérer les fortunes confisquées aux marchands et aux artisans à la suite de l’ordonnance inspirée par Yang K’o ; cf. note 257.

(270. ) Grâce aux transports de grains que firent les esclaves devenus esclaves de l’État, et grâce aux réserves de grains accumulées par les fonctionnaires, la capitale se trouva amplement pourvue de vivres.

(271. ) La requête de So Tchong est de l’année 114 avant J.-C.

(272. ) La plupart d’entre eux n’étaient condamnés que pour avoir été impliqués dans le délit commis par un de leurs amis ; on les comparaît donc aux branches et aux feuilles d’un arbre que le tronc entraîne dans sa chute.

(273. ) Ceux qui purent payer, non seulement furent graciés, mais encore reçurent des titres officiels.

(274. ) Ce décret est de l’année 115 ; on en trouvera le texte dans le Ts’ien Han chou, chap. VI, deuxième année yuen-ting. Se-ma Ts’ien n’en cite ici que la dernière phrase : l’empereur, voulant secourir les gens qui meurent de faim à l’est des montagnes, les envoie dans le sud de l’empire, sur les bords du Yang-tse-kiang, et les invite à défricher ce pays inculte ; d’après Yng Chao, les colons devaient d’abord brûler les herbes et les broussailles, puis verser de l’eau et planter du riz ; les herbes et le riz poussaient en même temps ; quand ils avaient atteint sept ou huit pouces de hauteur, on fauchait tout ; puis on versait de nouveau de l’eau ; les herbes mouraient alors et le riz seul poussait. C’est là ce qu’on appelle débroussailler par le feu et sarcler par l’eau.

(275. ) Long était une région montagneuse qui est aujourd’hui comprise dans le territoire de la préfecture secondaire de Ts’in, province de Kan-sou.

(276. ) La répétition des mots « l’administrateur du Long-si » est une négligence de style qui a été évitée dans le Ts’ien Han chou .

(277. ) Au sud-est de la préfecture secondaire de Kou-yuen, préfecture de P’ing-leang, province de Kan-sou.

(278. ) Cf. note 188.

(279. ) Le mot [], d’après le Chouo wen phonétique (chap. v, p. 127 r°, a parfois le sens de encourager par des récompenses ou des []=réconforter ; ce dictionnaire cite à cette occasion un passage du Mou t’ien tse tchouan (sur lequel, cf. tome I, n. 04.337) ainsi conçu : il réconforta trois fois les soldats des sept bataillons.

(280. ) La commanderie de Pei-ti avait son centre administratif à Ma-ling : cette ville se trouvait au sud-est de la sous-préfecture actuelle de Hoan, préfecture de K’ing-yang, province de Kan-sou. (cf. T’ong kien tsi lan, 6e année heou-yuen de l’empereur Wen, de la dynastie Han).

(281. ) L’absence de postes de police et de patrouilles avait jusque-là empêché le peuple de s’établir dans les régions infestées de brigands.

(282. ) Littéralement : « Au bout de trois ans on les rendait, ainsi que de progéniture un pour dix. » — En d’autres termes, l’État, afin d’encourager l’élevage, prêta au peuple des juments, pour une durée de trois ans ; au bout de ce laps de temps, l’emprunteur devait rendre les juments, plus un poulain par dix juments ; les autres poulains qui avaient pu naître restaient sa possession.

(283. ) L’ordonnance relative aux dénonciations de fortune (cf. note 257) n’avait été édictée qu’afin de trouver l’argent nécessaire pour mettre en bon état de défense les territoires déserts de la frontière. Maintenant cependant, une police rigoureuse a été établie dans la région d’Ordos ; des colons s’y sont fixés et se livrent à l’élevage des chevaux ; ce pays étant ainsi peuplé et paisible, on n’a plus besoin de l’ordonnance relative aux dénonciations de fortunes et on la supprime.

(284. ) Le caractère qui désigne les K’iang est formé, par association d’idées, du signe mouton et du signe homme ; il indique ainsi que les K’iang étaient un peuple pasteur. Les K’iang appartenaient sans doute à la même race que les Tibétains d’aujourd’hui. A l’époque de l’empereur Ou on les appelait les Lin K’iang, en souvenir d’un de leurs anciens chefs, le khan Lin, qui avait réuni sous son autorité une vingtaine de leurs tribus. En 112 avant J.-C. les Lin K’iang étaient alliés aux Hiong-nou ; ils avaient attaqué Ling-kiu (dans la sous-préfecture actuelle de P’ing-fan, préfecture de Leang-Tcheou, province de Kan-sou) et Ngan-kou (à 47 li au sud-ouest de la préfecture secondaire de Ti-tao, préf. de Lan-Tcheou, prov. de Kan-sou) ; puis ils avaient assiégé la ville de Fou-han (dans la préfecture secondaire de Ho, préfecture secondaire de Lan-Tcheou, province de Kan-sou). L’empereur envoya contre eux, en 111 avant J.-C, une armée de cent mille hommes commandée par le général Li Si  (cf. Tong kien tsi lan, sixième année yuen-ting).

(285. ) Cette amnistie se rattache étroitement aux expéditions militaires qui furent alors entreprises : en effet, on ne graciait les criminels que pour en faire des soldats ; les armées des Han n’étaient souvent que des ramassis de malfaiteurs auxquels on avait accordé leur pardon sous la condition qu’ils seraient enrôlés dans les régiments impériaux.

(286. ) Cf. tome II, n. 08.241 et p. 534, n° 10, 11, 13.

(287. ) Cf. ci-dessus, note 284.

(288. ) ? D’après le T’ong kien tsi lan, on avait institué en 115 avant J.-C., la commanderie de Tsieou-ts’iuen, dont le centre administratif était à Piao-che, (aujourd’hui, sous-préfecture de Kao-t’ai, préfecture secondaire de Sou, province de Kan-sou, et la commanderie de Ou-wei dont le centre administratif était à Kou-tsang (aujourd’hui, sous-préfecture de Ou-wei, préfecture de Leang-Tcheou, province de Kan-sou), D’après le T’ong kien kang mou, la commanderie de Tchang-ye, (sous-préfecture de Tchang-ye, préfecture de Kan-Tcheou, province de Kan-sou) et celle de Toen-hoang (sous-préfecture de Toen-hoang, préfecture de Ngan-si, province de Kan-sou) furent établies en 111 avant J.-C. Il y a donc quelque inexactitude dans la phrase de Se-ma Ts’ien qui semble rapporter à la même époque l’institution des commanderies de Tchang-ye et de Tsieou-ts’iuen ; au lieu de Tsieou-ts’iuen, il faut lire Toen-hoang, ce qui est d’ailleurs la leçon du Ts’ien Han chou dans les Annales principales de l’empereur Ou, sixième année yuen-ting.

(289. ) Sur les emplacements de ces commanderies, cf. tome II, Appendice II.

(290. ) Le mot a ici le même sens que dans l’expression surveiller, être en sentinelle.

(291. ) Remarquer ce texte relatif aux colonies militaires.

(292. ) C’est-à-dire qu’on organisa dans toutes les circonscriptions appelées t’ing (cf. tome II, p. 537, n° III) des haras pour la remonte des chevaux.

(293. ) Si le prince est affligé, c’est que ses sujets n’ont pas fait leur devoir ; c’est donc une honte pour les sujets.

(294. ) Le Ts’ien Han chou (chap. LVIII, p. 5 r°) dit : quarante livres d’or.

(295. ) Cf. Introduction, p. CII, lignes 13-18.

(296. ) Pou Che fut nommé yu-che-ta-fou en 111 avant J.-C., en remplacement de Che K’ing. Il ne tarda pas à déplaire à l’empereur comme on va le lire quelques lignes plus bas, et dès l’année 110 avant J.-C. il fut remplacé par Ni K’oan dans la charge de yu-che-ta-fou.

(297. ) La ville de Canton.

(298. ) Cf. note 296.

(299. ) Le titre de tche-sou-tou-wei n’existe pas sous les premiers Han. On ne peut pas corriger cette expression en celle de tche-sou-nei-che, car tche-sou-nei-che n’est que l’ancien nom de ta-se-nong (cf. tome II, Appendice I, § 1, n° XVI) ; or c’était à cette époque Tcheng Tang-che, et non Sang Hong-yang, qui occupait cette charge. En réalité, Sang Hong-yang eut le titre de seou-sou-tou-wei (cf. Le commentaire de Lieou Chang dans le Ts’ien Han chou, chap. XXIV, 2e partie, p. 7 v°).

(300. ) Le commentateur Song K’i (cité dans le Ts’ien Han chou, chap. XXIV, 2e partie, p. 7 v°) dit que l’expression [] est l’équivalent de se-nong ; en effet, ling-ta-nong, signifie « celui qui commande au département du ta-nong » et désigne donc le se-nong ou ta-se-nong, qui était en effet à la tête de ce département (cf. tome II, Appendice 1, § 1, n° XVI).

(301. ) Le système préconisé par Sang Hong-yang consistait à centraliser les finances entre les mains d’une administration unique (le ta-nong), à profiter de ce que les redevances se. payaient en nature pour substituer le gouvernement impérial aux marchands qui s’étaient chargés jusqu’alors des transports, et uniformiser enfin les prix en ayant une mainmise sur toutes les denrées de l’empire. Les régulateurs de ce mécanisme délicat étaient de nouveaux fonctionnaires, appelés les p’ing-tchoen, qui résidaient à la capitale. C’est le nom de ces fonctionnaires que Se-ma Ts’ien a pris pour en faire le titre de son traité.

(302. ) C’est-à-dire à l’agriculture.

(303. ) Le [] ou « grand grenier » était le grenier principal de la capitale.

(304. ) Cf. tome II, Appendice I, § 2.

(305. ) En d’autres termes, les impôts réguliers doivent suffire aux dépenses essentielles. Pou Che désapprouve le système ingénieux de Sang Hong-yang.

(306. ) Cet avis ne fut point suivi ; en 87 avant J.-C., l’empereur Ou donna à Sang Hong-yang le poste très élevé de yu-che-ta-fou ; il l’occupa sept années, puis fut mis à mort par l’empereur Tchao qui l’accusait d’avoir voulu se révolter. — D’après le Che ki luen wen, Pou Che n’aurait d’ailleurs point tenu réellement ce propos. Il n’y aurait là qu’un artifice de rhétorique par lequel Se-ma Ts’ien exprimerait sa propre désapprobation du système inventé par Sang Hong-yang. Le fait que le chapitre se termine sur ce jugement semble, en effet, autoriser cette opinion.

(307. ) Les écailles de tortue, dit Yen Che-kou (Ts’ien Han chou, chap. XXIV, 1e partie, p. 1 r°), servaient à la divination ; les coquillages servaient aux ornements ; c’est pourquoi les unes et les autres devinrent des marchandises précieuses.

(308. ) On se rappelle que le mot [] désigne toujours les monnaies de cuivre ; l’or n’était pas monnayé, et, comme aujourd’hui l’argent, il ne servait d’étalon que par son poids. Cf. note 108.

(309. ) Le couteaux (tao) et les toiles (pou) sont les noms qu’on donnait à d’anciennes monnaies dont la forme rappelait en raccourci des couteaux ou des pièces de toile ; ces monnaies figuraient peut-être des objets réels, tels que couteaux ou pièces de toile qui auraient été employés autrefois pour les échanges. Les commentateurs chinois répètent cependant à satiété une autre explication d’après laquelle ces dénominations auraient eu leur origine dans des jeux de mots : le caractère [a] signifie à la fois tranchant et profit ; certaines monnaies affectaient donc la forme de couteaux, parce qu’elles étaient profitables au peuple, de même que les couteaux étaient tranchants, et qu’on pouvait donc dire des couteaux comme des monnaies qu’ils étaient [a] ; d’autre part, le caractère pou signifie à la fois toile et répandre, étaler ; les monnaies se répandent sur le peuple ; on leur donne donc la forme d’une pièce de toile, puisque le mot pou rappelle en même temps l’idée de toile et celle de répandre.

(310. ) L’empereur K’ou ; cf. tome I, p. 39.

(311. ) T’ang et Yu ne sont autres que Yao et Choen.

(312. ) D’après Mencius (III, a, 3 ; tr. Legge, Chinese Classics, vol. II, p. 118), les écoles étaient appelées kiao sous les Hia, siang sous les Yn, et siu sous les Tcheou. — D’après le Li ki (III, chap. V, § 10 ; tr. Legge, Sacred Books of the East, vol. XXVII, p. 242), on appelait siang les écoles du temps de Choen, siu celles des Hia et kiao celles des Tcheou. Dans le Ts’ien Han chou, chap. XXIV, 1e partie, p. 1 r° et v°, on lit la phrase suivante qui peut nous aider à comprendre le texte de Se-ma Ts’ien :

« Au temps où les Yn et les Tcheou étaient prospères, on voit par les récits du Che King et du Chou King, que ce qu’on considérait comme essentiel, c’était de donner le calme au peuple, de l’enrichir et de l’instruire.

(313. ) C’est-à-dire qu’on honorait l’agriculture et qu’on méprisait le commerce.

(314. ) T’ang le victorieux est le fondateur de la dynastie In ; le roi Ou est le fondateur de la dynastie Tcheou.

(315. ) T’ang et Ou symbolisent ici les dynasties entières dont ils sont les fondateurs.

(316. ) Cf. note 309.

(317. ) Cf. note 307.

(318. ) Il semble qu’il faille lire ici « deux », et non « trois ».

(319. ) On a vu plus haut (n. 108) que le i ou poids de 20 leang était sous les Ts’in le poids d’or pur qui servait d’étalon.

(320. ) C’est-à-dire qu’on distribua beaucoup d’argent en récompenses.

(321. ) Ce dicton compare l’évolution des choses au cours d’une rivière dans laquelle les vagues se repoussent et se choquent mutuellement ; l’idée est donc que la succession de deux périodes opposées l’une à l’autre, comme par exemple la succession d’une ère de décadence à une ère de prospérité, est un fait naturel et nécessaire.