Mémoires historiques/Note Maisons

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Note préliminaire à la série
des maisons héréditaires

Note préliminaire à la série des maisons héréditaires.

Chapitres XXXI à L


La série des maisons héréditaires peut se diviser en quatre sections. La première, qui compte douze chapitres, forme le tome IV de notre traduction ; elle embrasse toute l’histoire des royaumes féodaux qui figurent dans la période tch’oen ts’ieou (722-481 av. J.-C.). La seconde section comprend les monographies des royaumes qui n’ont commencé d’exister à l’état indépendant qu’après cette période : ce sont, d’une part, les trois familles de Tchao, Wei et Han qui se substituent, à la fin du Ve siècle avant notre ère, aux princes de Tsin, et, d’autre part, la lignée des T’ien qui, vers le même temps, remplace les Kiang sur le trône de Ts’i. La troisième section est constituée par la biographie de Confucius. La quatrième section traite des maisons héréditaires à l’époque de la Chine impériale.

La seconde section dont nous allons maintenant commencer l’étude caractérise l’époque dite « des royaumes combattants ». En l’année 403, les trois familles de Tchao, Wei et Han reçurent du Fils du Ciel le titre de seigneur et par là fut consacrée officiellement la division en trois de l’État de Tsin ; d’autre part, en l’an 391, le dernier duc de Ts’i appartenant à la famille Kiang fut déposé et dut céder la place à la famille T’ien. Ainsi, à deux dates très voisines l’une de l’autre, le royaume de Tsin se trouva démembré et le royaume de Ts’i fut affaibli par un changement de dynastie. Ce double événement marque un tournant dans l’histoire de Chine : Tsin et Ts’i avaient été en effet, à l’époque tch’oen-ts’ieou, les deux plus puissants États de race purement chinoise ; c’étaient eux qui, à défaut des Fils du Ciel devenus quantité négligeable, maintenaient l’intégrité de la fédération des royaumes du Milieu ; ils tenaient en échec, à l’ouest, le belliqueux État de Ts’in embusqué à l’intérieur des passes montagneuses du Chàn-si ; au sud, le vaste État de Tch’ou qui occupait le Hou-pei, le sud du Ho-nan et la majeure partie du Ngan-hoei. Ts’in et Tch’ou n’étaient pas, à proprement parler, au nombre des royaumes du Milieu ; leurs p.2 populations, bien que civilisées par la Chine, étaient de races différentes. A partir du moment où Tsin et Ts’i se perdirent par leurs dissensions intestines, Ts’in et Tch’ou devinrent les protagonistes du drame qui devait aboutir au triomphe de Ts’in et à la constitution de l’empire par Ts’in Che-hoang-ti en 221 av. J.-C. On peut donc dire que les origines de l’évolution qui aboutit à la constitution de la Chine impériale remontent à l’année 403 av. J.-C., et c’est pourquoi Se-ma Koang fait débuter à cette date sa grande histoire intitulée Tse tche t’ong kien.

Pendant les deux siècles qui s’écoulent de 403 à 221 av. J.-C., la lutte que soutinrent Ts’in et Tch’ou pour s’assurer la suprématie comporta des phases diverses. Chacun des deux rivaux s’efforçait de faire rentrer dans sa sphère d’influence les royaumes du Milieu ; Ts’in, plus brutal, pratiquait le système de l’extension continue de l’ouest à l’est (lien heng) par lequel il tentait de s’avancer graduellement vers l’Orient, dévorant peu à peu les territoires « comme un ver à soie qui ronge une feuille de mûrier » ; Tch’ou, moins hardi, se contentait de solliciter l’alliance des États chinois pour former avec eux une ligue du nord au sud (ho tsong) qui pût tenir Ts’in en échec. Quant aux royaumes du Milieu, dont les cinq principaux étaient les trois Tsin (Tchao, Wei, Han), Ts’i et Yen, préoccupés de leurs intérêts particuliers, ils ne suivaient pas une ligne de conduite invariable et tantôt s’unissaient à Tch’ou, tantôt se rapprochaient de Ts’in ; ils étaient incessamment visités par des gens habiles, commis-voyageurs de la politique, qui venaient leur exposer suivant les circonstances du moment, les avantages de l’une ou de l’autre combinaison ; les discours subtils de ces Machiavels errants nous ont été conservés dans un livre intitulé « Conseils des royaumes combattants » (tchan kouo ts’e) dont Se-ma Ts’ien a fait un ample usage.

Se-ma Ts’ien s’est souvent servi de cet ouvrage parce que, à vrai dire, c’était la principale source d’informations qu’il pût avoir sur la période des royaumes combattants. Quand on observe de près sa méthode de composition dans cette partie de son œuvre, on s’aperçoit qu’elle consiste à encadrer les discours du Tchan kouo ts’e dans une sèche énumération de faits tels que prises de villes, batailles, morts ou intronisations de princes, en y mêlant quelques fragments d’un tour assez littéraire qui se retrouvent chez des écrivains tels que p.3 Lu Pou-wei, Hoai-nan tse, Han Yng et Lieou Hiang (ce dernier étant postérieur à Se-ma Ts’ien, mais pouvant avoir puisé aux mêmes sources que lui). Tandis que, pour la période tch’oen ts’ieou, il avait à sa disposition, grâce au Tso tchoan, un tableau détaillé et vivant des événements, il en est réduit, pour les deux siècles qui précédèrent la fondation de l’empire des Ts’in, aux dissertations plus ou moins authentiques 1 des professeurs de diplomatie et aux anecdotes des littérateurs ; c’est à grand peine s’il parvient à les relier entre elles par quelques brèves indications chronologiques, qui sont d’ailleurs fort sujettes à caution, comme nous le montrerons en examinant, dans l’appendice placé à la fin de ce volume, les Annales écrites sur bambou (Tchou chou ki nien). Nous sommes ainsi amenés à cette conclusion que c’est surtout pour la période des royaumes combattants que se firent sentir les effets de la proscription des livres ordonnée en 213 av. J.-C. par Ts’in Che-hoang-ti. Tandis que la période tch’oen ts’ieou nous est restée assez bien connue grâce à l’ouvrage de Confucius autour duquel est venue se cristalliser toute la masse de documents qui forme le Tso tchoan, les chroniques relatives à l’époque des royaumes combattants ont été bien réellement détruites et c’est cette disparition que déplorait Se-ma Ts’ien quand il regrettait que les Mémoires historiques des maisons seigneuriales eussent été anéantis 2.

Vu l’importance du rôle joué par le Tchan kouo ts’e dans les pages qui vont suivre, il peut être utile de donner ici quelques indications sur les principales éditions de cet ouvrage.

C’est Lieou Hiang (76-5 av. J.-C.) qui le premier réunit les « Conseils des royaumes combattants » et les classa en 33 chapitres.

Sous les Han postérieurs, Kao Yeou écrivit un commentaire pour expliquer les passages obscurs de ce livre.

Nous avons ensuite à mentionner l’édition revisée du Tchan kouo ts’e qui fut publiée par Ts’eng Kong ; Ts’eng Kong (cf. Song che, chap. 319, p. 7 r°) fut reçu docteur en l’an 1057 ; il était contemporain de Wang Ngan-che (1021-1086) et de Ngeou-yang Sieou (1007-1072).

En 1067, édition de p.4 Wang Kio.

En 1093, édition de Suen Yuen-tchong.

En 1134, édition publiée par Keng Yen-hi pendant qu’il se trouvait à Kouo-ts’ang (ville près de la ville préfectorale de Tch’ou-tcheou, prov. de Tche-kiang), et connue pour cette raison sous le nom d’édition de Kouo-ts’ang.

En 1146, Yao Hong, et, en 1147, Pao Piao publient chacun une édition nouvelle ; celle de Pao Piao était accompagnée d’un commentaire ; en outre, elle comportait une division du texte en 10 chapitres (et non en 33, comme dans l’édition primitive de Lieou Hiang).

A l’époque mongole, Ou Che-tao revisa le texte et écrivit, en 1325, un commentaire qui complète ou corrige ceux de Kao Yeou et de Pao Piao ; l’ouvrage d’Ou Che-tao ne vit le jour qu’en 1355, après la mort de l’auteur, par les soins de Yen Po-hi et avec une préface de Tch’en Tsou-jen.

En 1522, édition de Wang T’ing-siang.

En 1577, le conseiller d’État Tchang et le t’ai-che Lou Wen font paraître 4 chapitres de notes critiques sur le Tchan kouo  ts’e ; leur livre était précédé d’une préface par Wang Tchoan.

En 1581, édition de Tchang I-koen ; cette édition adopte la division en 10 chapitres de Pao Piao, mais en conservant, pour la table des matières, la répartition en 33 chapitres de Lieou Hiang ; elle ajoute aux anciens commentaires de Kao Yeou et de Pao Piao les indications souvent fort utiles d’Ou Che-tao ; enfin elle reporte dans la marge au haut des pages les notes critiques du conseiller d’État Tchang et de Lou Wen-yu. Tchang I-koen mentionne dans sa préface les noms de ses trois collaborateurs qui furent Kouo Siang-k’oei, Lin Tchao-kie et Wang Yuen-fou.

En 1803, Hoang P’ei-lie publia une édition fondée sur le texte de Yao Hong (1146) qui était le plus ancien texte conservé à son époque ; il y ajouta 3 chapitres d’annotations critiques (littéralement « annotations sous forme de fiches ») ; il p.5 demanda une préface à Kou Koang-hin et une autre à Ts’ien Ta-hin. Cette édition de 1803 a été reproduite lithographiquement à Chang-hai en 1896 par la librairie Hong pao tchai.

Je me suis servi de l’édition de Tchang I-koen (1581) et de celle de Hoang P’ei-lie (1803) dans la reproduction lithographique de Chang-hai.