Mémoires historiques/08

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Annales principales
Chapitre VIII
Kao-tsou
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p.324 Kao-tsou était originaire du bourg de Tchong-yang, (dans l’arrondissement) de Fong (101) (de la préfecture) de P’ei. Son nom de famille était Lieou (102) ; son appellation p.325 était Ki (103). Son père s’appelait T’ai-kong (104) ; sa mère s’appelait la vénérable Lieou (105). Auparavant, la vénérable, Lieou, se reposant un jour sur la berge d’un grand étang, rêva qu’elle se rencontrait avec un dieu ; au même moment, il y eut des coups de tonnerre, des éclairs et une grande obscurité ; T’ai-kong alla voir ce qui ce passait et il aperçut un dragon écailleux (106) au-dessus de sa femme ; à la suite de cela, celle-ci devint enceinte, puis elle donna naissance à Kao-tsou.

Kao-tsou était un homme au nez proéminent (107) et au front de dragon ; il avait une belle barbe au menton et sur les joues ; sur la cuisse gauche il avait soixante-douze points noirs (108). Il était bon et amical ; il aimait faire des p.326 largesses ; il avait l’esprit ouvert. Il avait sans cesse de grands projets et ne se livrait pas aux travaux et aux occupations des gens de sa famille. Quand il fut grand, il s’essaya à être fonctionnaire et devint chef du t’ing (109) de la rivière Se. Il n’y avait aucun des fonctionnaires de la commanderie (110) qu’il ne traitât avec familiarité. Il aimait le vin et les femmes.

Il avait l’habitude de prendre du vin à crédit chez la vieille Wang et la mère Ou ; quand il était ivre et couché, la mère Ou et la vieille Wang virent qu’il y avait toujours au-dessus de lui un dragon et s’en émerveillèrent. Chaque fois que Kao-tsou soit venait acheter du vin, soit restait à boire du vin, il le payait (111) plusieurs fois son prix (112) ; mais, lorsque ces deux marchandes eurent p.327 vu le prodige, à la fin de l’année elles brisèrent toujours leur compte (113) et renoncèrent à leur créance.

Kao-tsou était souvent de corvée à Hien-yang et y observait à sa fantaisie ; il vit le souverain-empereur de la dynastie Ts’in ; il soupira, très oppressé et dit :

— Certes, voilà ce que doit être un grand homme (114).

L’honorable Lu, originaire de Chan-fou (115), était fort lié avec le préfet de P’ei ; pour éviter une vengeance, il vint auprès de lui en qualité d’hôte et logea donc à P’ei. Les notables et les fonctionnaires de P’ei, apprenant que le préfet avait un hôte de marque, allèrent tous le féliciter. Siao Ho était surveillant des fonctionnaires (116) ; il était préposé aux entrées (117) et donna cet ordre à tous ces messieurs :

— Ceux qui, comme droit d’entrée, ne verseront pas au moins mille pièces de monnaies, je les ferai asseoir au bas de la salle.

Kao-tsou, quoiqu’il ne fût que chef d’un ting, avait coutume de traiter cavalièrement les fonctionnaires ; il se présenta donc en faisant une fausse déclaration et dit :

— J’apporte dix mille pièces de monnaie en guise de félicitations.

En réalité, il ne tenait pas une seule pièce de monnaie ; s’étant présenté, il entra ; l’honorable Lu fut très surpris ; il se p.328 leva et alla le chercher jusqu’à la porte. L’honorable Lu était habile à lire l’avenir des gens sur leur mine ; c’est parce qu’il avait vu la physionomie de Kao-tsou qu’il le traitait avec tant d’honneur. Il alla donc à sa rencontre, le fit entrer et le fit asseoir. Siao Ho dit :

Lieou Ki a toujours beaucoup de grandes phrases à la bouche, mais il accomplit peu de chose.

Kao-tsou en profita pour traiter avec mépris les hôtes présents et s’assit aussitôt, sans être le moins du monde déconcerté, à la place d’honneur. Vers le milieu du banquet, l’honorable Lu jeta un regard à Kao-tsou pour le retenir ; Kao-tsou resta jusqu’à la fin du banquet ; ensuite, l’honorable Lu lui dit :

— Dès mon enfance, j’ai (118) aimé à tirer l’horoscope des gens ; ceux dont j’ai tiré l’horoscope sont nombreux, mais l’horoscope d’aucun d’eux ne vaut le vôtre, Ki. Je souhaite que vous preniez soin de vous-même. J’ai une fille que j’ai engendrée ; je désire qu’elle devienne votre femme pour vous servir (119).

Quand les convives se furent retirés, Mme Lu se mit en colère contre l’honorable Lu et lui dit :

— Autrefois vous aviez toujours le désir de faire une brillante destinée à cette fille et de la donner à un homme puissant ; le préfet de P’ei est votre ami ; il vous l’a demandée et vous ne la lui avez point donnée ; comment vous êtes-vous oublié à ce point que vous l’ayez accordée à Lieou Ki ? L’honorable Lu répondit :

— p.329 Ce sont là des choses que ne comprennent point les enfants et les femmes.

En définitive il donna sa fille à Lieou Ki. La fille de l’honorable Lu n’est autre que l’impératrice Lu (120) ; elle enfanta (l’empereur) Hiao-hoei et la princesse Yuen de Lou (121).

Au temps où Kao-tsou était chef d’un ting, il demandait sans cesse des congés pour rentrer chez lui et aller à ses champs ; un jour que l’impératrice Lu se trouvait aux champs avec ses deux enfants et sarclait, un vieillard passa et demanda à boire ; l’impératrice Lu lui donna donc à manger ; le vieillard tira l’horoscope de l’impératrice Lu et lui dit :

— Femme, vous serez élevée en dignité entre tous les habitants de l’empire.

Invité à tirer l’horoscope des deux enfants, il dit en voyant (l’empereur) Hiao-hoei : — Femme, ce qui fera que vous serez élevée en dignité, c’est ce fils.

Il tira l’horoscope de (la princesse) Yuen de Lou et trouva aussi qu’elle occuperait une haute situation comme les autres. Dès que le vieillard fut parti, Kao-tsou revint justement de la maison voisine. L’impératrice Lu lui raconta en détail qu’un étranger avait passé qui avait prédit que « nous, mes enfants et leur mère, serions tous fort élevés en dignité ». A Kao-tsou qui l’interrogeait, elle ajouta :

— Il n’est pas encore loin.

Alors (Kao-tsou) courut après le vieillard et l"interrogea ; le vieillard lui dit :

— La femme et les enfants que je viens de voir avaient tous des airs de prince ; mais la dignité que je présage pour p.330 vous ne se peut exprimer.

Kao-tsou le remercia en disant :

— Si ce que vous dites arrive réellement, je ne saurais oublier votre bienfait.

Mais lorsque Kao-tsou fut devenu puissant, il ne put savoir où se trouvait le vieillard.

Lorsque Kao-tsou était chef d’un ting, il s’était fait un chapeau en écorce de bambou (122) ; il le portait constamment lorsqu’il reçut l’ordre de rechercher des voleurs et qu’il alla à Sie (123) pour les arrêter ; il continua à le porter lorqu’il fut devenu puissant : ce qu’on appelle le chapeau de Lieou (124), c’est cette coiffure.

Lorsque Kao-tsou était chef d’un ting, il fut chargé par le préfet d’escorter des condamnés qu’on envoyait à la montagne Li (125) ; plusieurs condamnés s’enfuirent pendant la route. Il prévit à part lui que, lorsqu’il serait arrivé à destination, tous l’auraient abandonné ; étant arrivé au milieu des marais qui sont à l’ouest de Fong (126), il s’arrêta pour boire ; pendant la nuit il délia et relâcha les condamnés qu’il escortait en leur disant :

— Partez tous ; moi aussi, à partir de maintenant, je m’en vais.

Parmi les plus braves des condamnés il s’en trouva une dizaine qui se résolurent à le suivre.

Kao-tsou, qui était pris de vin, suivit de nuit un p.331 sentier à travers les marais ; il avait ordonné à un homme de marcher en avant ; celui qui marchait en avant revint dire :

— Devant nous est un grand serpent qui barre le sentier ; je voudrais retourner en arrière.

Kao-tsou était ivre et lui dit :

— Quand un brave marche, de quoi aurait-il peur ?

Il s’avança donc, tira son épée et en frappa le serpent qui fut coupé en deux ; le sentier devint libre ; après avoir marché quelques li, (Kao-tsou) qui était ivre s’endormit. L’homme qui marchait en arrière vint et arriva à l’endroit où était le serpent ; il y avait là une vieille femme qui se lamentait dans la nuit ; l’homme lui demanda pourquoi elle se lamentait, la vieille répondit :

— Un homme a tué mon fils et c’est pourquoi je le pleure.

L’homme dit :

— Pourquoi ton fils a-t-il été tué ?

— « Mon fils, répondit la vieille, était le fils de l’Empereur blanc ; il s’était changé en serpent et barrait la route ; maintenant il a été tué par le fils de l’Empereur rouge et c’est pourquoi je me lamente (127).

L’homme crut alors que la vieille lui mentait et voulut la battre, mais elle disparut soudain. Quand l’homme qui p.332 marchait en arrière arriva, Kao-tsou se réveilla : l’homme qui marchait en arrière raconta la chose à Kao-tsou. Kao-tsou s’en réjouit dans son for intérieur et prit confiance en lui-même. Tous ceux qui le suivaient le craignirent de jour en jour davantage.

Ts’in Che-hoang-ti disait sans cesse :

— Du côté du sud-est, il y a l’émanation d’un Fils du Ciel.

C’est pourquoi donc il se rendit dans l’est pour écraser (ce rival). Kao-tsou, qui se défiait de lui-même (128), se cacha ; il se retira parmi les marécages et les rochers escarpés des montagnes de Mang et de T’ang (129). L’impératrice Lu, accompagnée d’autres personnes (130), allait à sa recherche et le trouvait toujours. Kao-tsou s’en étonna et lui demanda comment cela se faisait.

— C’est que, répondit l’impératrice Lu, au-dessus du lieu où vous vous trouvez il y a toujours une vapeur ; je me guide donc sur elle pour marcher et je vous trouve toujours.

Kao-tsou s’en p.333 réjouit dans son cœur. Quelques jeunes gens du pays de P’ei apprirent la chose et il y en eut beaucoup qui désirèrent s’attacher à (Kao-tsou). La première année (209 av. J.-C.) de (l’empereur) Eul-che, de la dynastie Ts’in, en automne, Tch’en Cheng avec son parti se révolta à K’i (131) ; il arriva à Tch’en (132) et se proclama roi ; le titre (de son royaume) fut « le Tch’ou agrandi » (133). Dans toutes les commanderies et les préfectures on tua en grand nombre les gouverneurs et les officiers afin de faire cause commune avec Tch’en Ché. Le préfet de P’ei eut peur ; il voulut se rattacher au parti de (Tch’en Ché) avec tout le pays de P’ei. Le surveillant des fonctionnaires Siao Ho et le chef de la prison Ts’ao Ts’an (134) lui dirent alors :

— Vous êtes un officier de Ts’in ; maintenant vous voulez vous révolter contre lui et entraîner à votre suite la jeunesse de P’ei ; nous craignons p.334 qu’on ne vous écoute pas. Nous voudrions que vous appeliez à vous tous ceux qui rôdent au dehors, vous pourriez vous procurer ainsi quelques centaines d’hommes avec lesquels vous vous imposeriez à la foule. La foule n’osera pas ne pas vous obéir.

Fan K’oai reçut alors l’ordre d’aller chercher Lieou Ki dont la troupe comptait déjà presque une centaine (135) d’hommes.

Fan K’oai vint donc, avec Lieou Ki. Cependant le préfet de P’ei s’était repenti après coup, car il craignait que la tournure des affaires ne changeât. Il fit donc fermer la muraille et la muraille fut gardée. Il voulait mettre à mort Siao (Ho) et Ts’ao (Ts’an). Ceux-ci eurent peur ; ils franchirent la muraille et cherchèrent un refuge auprès de Lieou Ki. Lieou Ki écrivit alors une lettre sur un morceau de toile qu’il envoya avec une flèche par dessus la muraille, il s’y adressait aux vieillards de P’ei en ces termes :

« L’empire souffre à cause de Ts’in depuis longtemps ; maintenant, ô vieillards, quoique vous soyez gardés par le préfet de P’ei, les seigneurs se révoltent tous ensemble et extermineront sur-le-champ la population de P’ei. Que maintenant la population de P’ei s’unisse pour mettre à mort son préfet ; qu’elle choisisse parmi ses jeunes hommes celui qui est digne d’être nommé son chef et qu’elle le nomme afin de faire cause commune avec les seigneurs ; alors vos familles et vos demeures seront épargnées. Si vous ne le faites pas, vous serez exterminés tous, jeunes et vieux, sans avoir aucun moyen d’échapper.

Les vieillards se mirent alors à la tête des jeunes gens p.335 et tous ensemble tuèrent le préfet de P’ei ; ils ouvrirent les portes de la muraille et allèrent chercher Lieou Ki ; ils voulaient le nommer préfet de P’ei. Lieou Ki leur dit :

— L’empire est actuellement bouleversé ; les seigneurs se sont soulevés tous ensemble ; maintenant, si vous mettez à votre tête un chef qui ne soit pas bon, une seule défaite sera la ruine de ce pays. Ce n’est pas que je tienne à ma personne, mais c’est que je crains d’être peu capable et de ne pas savoir vous sauver, vous tous jeunes et vieux. C’est là une grande entreprise ; je désire que vous vous concertiez à nouveau pour choisir un homme capable.

Siao (Ho) et Ts’ao (Ts’an) étaient tous deux des fonctionnaires civils ; ils tenaient à leurs personnes et craignaient que, si l’entreprise ne réussissait pas, Ts’in ne les fît ensuite périr avec leurs familles tout entières ; ils se retirèrent donc absolument devant Lieou Ki. Les vieillards dirent tous :

— Tous les prodiges que nous avons entendu raconter pendant toute notre vie au sujet de Lieou Ki témoignent qu’il doit être élevé en dignité. En outre, quand on a tiré les sorts au moyen de la tortue et de l’achillée, les présages n’ont jamais été plus favorables pour personne que pour Lieou Ki. Alors Lieou Ki déclina plusieurs fois (la place qu’on lui offrait) mais comme, dans l’assemblée, personne n’osait la prendre, on nomma donc (Lieou) Ki gouverneur de P’ei (136). (Kao-tsou) sacrifia à Hoang-ti et fit des offrandes à Tch’e-yeou (137) dans la salle préfecturale de P’ei et aspergea p.336 de sang ses tambours (138). Ses étendards et ses bannières étaient tous rouges ; c’est parce qu’il avait tué le serpent fils de l’Empereur blanc et parce que celui qui l’avait tué était le fils de l’Empereur rouge, qu’il mit en honneur le rouge.

Ensuite les jeunes hommes qui étaient des notables ou des officiers, tels que Siao (Ho), Ts’ao (Ts’an), Fan K’oai et d’autres, se mirent tous à rassembler des jeunes gens de P’ei au nombre de deux ou trois mille ; (Kaotsou) attaqua (les places de) Hou-ling et Fang-yu (139) ; puis revint se garder à Fong (140). La deuxième année (208 av. J.-C.) de (l’empereur) Eul-che de (la dynastie) Ts’in, l’armée de Tcheou Tchang, général de Tch’en Ché parvint à l’ouest jusqu’à Hi (141), puis s’en retourna. — (Les princes de) Yen, Tchao, Ts’i et Wei (142) se proclamèrent tous rois. — Hiang (Leang) se révolta dans le pays de Ou.

p.337 P’ing, qui était le surintendant établi par les Ts’in dans le Se-tch’oan (143), vint à la tête d’une armée assiéger Fong. (Le gouverneur de P’ei) sortit pendant deux jours et combattit contre lui ; il le défit ; après avoir ordonné à Yong Tch’e de garder Fong, il mena ses soldats à Sie. Tchoang, administrateur du Se-tch’oan, fut battu à Sie et s’enfuit à Ts’i (144). Le tso-se-ma du gouverneur de P’ei s’empara (145) de Tchoang, administrateur du Se-tch’oan et le tua.

Le gouverneur de P’ei ramena son armée à K’ang-fou (146) et arriva à Fang-yu ; Tcheou Che vint attaquer Fang-yu ; mais aucune bataille n’avait été encore livrée (lorsqu’arrivèrent les faits suivants) : le roi Tch’en (147) avait (autrefois) p.338 envoyé Tcheou Che, originaire du pays de Wei, ravager ce territoire ; Tcheou Che chargea des émissaires d’aller dire à Yong Tch’e :

— (La population de) Fong se compose d’anciens émigrés de Leang (148) ; maintenant, dans le territoire de Wei il y a déjà plusieurs dizaines de villes qui sont rentrées dans l’ordre ; si maintenant vous vous soumettez au (roi de) Wei, celui-ci vous nommera marquis et vous confiera la garde de Fong ; si vous ne vous soumettez pas, (toute la population de) Fong sera passée sur-le-champ au fil de l’épée.

Yong Tch’e souffrait depuis longtemps d’être subordonné au gouverneur de P’ei et, comme Wei l’appelait, p.339 il se révolta donc et garda Fong pour le compte de Wei. Le gouverneur de P’ei mena ses soldats à l’attaque de Fong, mais il ne put s’en emparer. Le gouverneur de P’ei tomba malade et revint à P’ei. Le gouverneur de P’ei était irrité de ce que Yong Tch’e s’était révolté contre lui avec la jeunesse de Fong ; apprenant que l’honorable Ning (149), originaire de Tong-yang, et Ts’in Kia avaient nommé King Kiu roi provisoire à Lieou (150), il alla les rejoindre avec l’intention de leur demander des soldats pour attaquer Fong. En ce temps, Tchang Han, général de Ts’in, poursuivait (151) un général détaché par Tch’en (Che) ; son se-ma Ni (152) était allé au nord avec des soldats conquérir le territoire de Tch’ou ; il avait exterminé (la population de) Siang (153) et était arrivé à T’ang (154). L’honorable Ning, originaire de Tong-yang, et le gouverneur de P’ei menèrent leurs soldats du côté de l’ouest et lui livrèrent bataille à l’ouest de Siao (155) ; ils n’eurent pas l’avantage ; ils revinrent p.340 rassembler des soldats qu’ils réunirent à Lieou. A la tête de leurs troupes, ils attaquèrent T’ang et la prirent au bout de trois jours ; ils recueillirent alors les troupes qui se trouvaient à T’ang et qui étaient au nombre de cinq à six mille hommes. Ils attaquèrent la ville de Hia-i (156) et la prirent ; ils revinrent camper devant Fong. (Le gouverneur de P’ei) apprit que Hiang Leang se trouvait à Sie (157) ; il alla le voir avec une escorte et une centaine de cavaliers ; Hiang Leang ajouta aux soldats du gouverneur de P’ei cinq mille hommes et dix capitaines du rang de ou-ta-fou. Le gouverneur de P’ei s’en retourna et mena ses troupes à l’attaque de Fong (158). Plus d’un mois après que (le gouverneur de P’ei) se fût réuni à Hiang Leang, Hiang Yu revint après s’être emparé de la ville de Siang-tch’eng (159). Hiang Leang ordonna aux généraux qu’il avait détachés dans différentes directions de venir s’établir à Sie. Ayant appris que le roi Tch’en était sûrement mort, il en profita pour donner le titre de roi de Tchou à Sin, descendant (des rois) de Tch’ou et petit-fils du roi Hoai (160), et il lui assigna sa capitale à Hiu-i (161). Hiang Leang prit le titre de prince de Ou-sin.

p.341 Quelques mois plus tard (Hiang Leang) marcha vers le nord, attaqua K’ang-fou, secourut Tong-ngo et défit l’armée de Ts’in. L’armée de Ts’i s’en retourna ; celle de Tch’ou poursuivit seule vers le nord ; (Hiang Leang) détacha le gouverneur de P’ei et Hiang Yu pour qu’ils allassent attaquer la ville de Tch’eng-yang ; ils en exterminèrent la population ; ils campèrent à l’est de P’ou-yang, livrèrent bataille à l’armée de Ts’in et la défirent ; l’armée de Ts’in se reforma et se garda dans P’ou-yang qu’elle entoura d’eau. Les soldats de Tch’ou se retirèrent et attaquèrent Ting-t’ao ; cette ville ne s’étant point rendue, le gouverneur de P’ei et Hiang Yu allèrent plus à l’ouest ravager le pays ; arrivés sous les murs de Yong-k’ieou, ils livrèrent bataille à l’armée de Ts’in et lui firent essuyer une grande défaite ; ils coupèrent la tête à Li Yeou (162). Ils revinrent attaquer Wai-hoang, mais cette ville ne se rendit point.

Hiang Leang, après avoir défait deux fois l’armée de Ts’in, se montra arrogant. Song I lui adressa des remontrances, mais il ne les écouta pas. Ts’in envoya des renforts à Tchang Han qui, de nuit, ayant fait mettre des bâillons à ses hommes (163), attaqua Hiang Leang et le battit complètement à Ting-t’ao. Hiang Leang mourut.

Le gouverneur de P’ei se trouvait alors attaquer (la ville de) Tch’en-lieou avec Hiang Yu. En apprenant la mort de Hiang Leang, ils menèrent leurs soldats dans p.342 l’est, après avoir opéré leur jonction avec le général Lu. Lu Tch’en campa à l’est de P’ong-tch’eng ; Hiang Yu campa à l’ouest de P’ong-tch’eng ; le gouverneur de P’ei campa à T’ang. Lorsque Tchang Han eut défait l’armée de Hiang Leang, il pensa que les soldats du pays de Tch’ou n’étaient plus capables de l’inquiéter ; il traversa donc le Fleuve, et, au nord, attaqua Tchao qu’il défit complètement. En ce temps, c’était Tchao Hie qui était roi. Wang Li, général de Ts’in, l’assiégea dans les murs de Kiu-lou. Ce fut là ce qu’on appela l’armée au nord du Fleuve.

La troisième année (207 av. J.-C.) de (l’empereur) Eul-che, de (la dynastie) Ts’in, le roi Hoai, de Tch’ou, voyant que l’armée de Hiang Leang avait été battue, fut pris de peur ; il partit de Hiu-i et vint s’établir à P’ong-tch’eng ; il réunit les troupes de Lu Tch’en et de Hiang Yu et en prit lui-même le commandement. Il nomma le gouverneur de P’ei administrateurs de la commanderie de T’ang, lui conféra le titre de marquis de Ou-ngan et plaça sous ses ordres les soldats de la commanderie de T’ang ; il nomma Hiang Yu marquis de Tch’ang-ngan et lui donna le titre de duc de Lou (164) ; Lu Tch’en fut nommé se-t’ou ; son père, Lu Ts’ing, fut nommé ling-yn (165). Tchao (166) demanda à plusieurs reprises qu’on vînt à son secours. Le roi Hoai nomma alors Song I général en chef, p.343 Hiang Yu général en second, et Fan Tseng général en dernier, pour qu’ils allassent au nord secourir Tchao.

(Le roi Hoai) ordonna au gouverneur de P’ei d’aller du côté de l’ouest conquérir le pays et franchir les passes. Il avait convenu avec les divers généraux que, celui d’entre eux qui le premier pénétrerait dans le pays à l’intérieur des passes (167) et le soumettrait, il le ferait roi (de ce pays). En ce temps, les troupes de Ts’in étaient puissantes ; profitant sans cesse de leurs victoires, elles poussaient vers le nord ; parmi les divers généraux, il n’en était aucun qui considérât comme avantageux pour lui d’être le premier à franchir les passes. Seul Hiang Yu, irrité de ce que Ts’in avait défait l’armée de Hiang Leang, était plein d’ardeur et voulait avec le gouverneur de P’ei franchir à l’ouest les passes. Les vieux généraux du roi Hoai lui dirent tous :

Hiang Yu est un homme emporté et violent, brouillon et destructeur. Lorsqu’il a attaqué Siang-tch’eng (168), il n’y a pas laissé un être humain et a mis à mort toute la population ; partout où il passe, il n’est rien qu’il ne détruise et ne tue. D’ailleurs, quoique Tch’ou (169) eût été souvent en avant et eût fait plusieurs conquêtes, naguère le roi Tch’en et Hiang Leang ont été tous deux battus. Il vaut mieux envoyer maintenant un homme supérieur qui se rendra du côté de l’ouest en p.344 s’appuyant sur la justice et adressera une proclamation aux vieillards de Ts’in ; les vieillards de Ts’in sont depuis longtemps opprimés par leur souverain ; si vraiment ils trouvent à présent un homme supérieur qui se rende auprès d’eux et ne les moleste pas, il faudra bien qu’ils acceptent de se soumettre. Or Hiang Yu est emporté et violent ; ce n’est donc pas lui qu’on peut envoyer. Seul le gouverneur de P’ei est un esprit généreux et un homme très supérieur ; il est digne d’être envoyé.

En définitive, (le roi Hoai) n’autorisa pas Hiang Yu (à aller dans l’ouest), mais il envoya le gouverneur de P’ei conquérir le pays du côté de l’ouest.

(Le gouverneur de P’ei) rassembla les soldats dispersés du roi Tch’en et de Hiang Leang ; passant alors par T’ang, il arriva à Tch’eng-yang et à Kiang-li (170). L’armée de Ts’in était couverte sur ses deux côtés par des retranchements et avait vaincu deux armées de Wei (171). L’armée de Tch’ou sortit en armes, attaqua Wang Li et lui fit essuyer une p.345 grande défaite, Le gouverneur de P’ei conduisit ses soldats du côté de l’ouest ; il rencontra P’ong Yue à Tch’ang-i (172) et attaqua avec lui l’armée de Ts’in ; la bataille ne lui fut pas favorable ; il se replia sur la ville de Li (173). Il rencontra le marquis de Kang-ou (174) ; il lui enleva son armée qui pouvait bien compter environ quatre mille hommes et la réunit à la sienne. Puis, avec les troupes du général de Wei (175), Hoang Hin, et de Chen-t’ou Ou p’ou, originaire de Wei, il attaqua avec toutes ces forces réunies la ville de Tch’ang-i, mais ne put la prendre.

Il se dirigea vers l’ouest et passa par Kao-yang (176). Li I-ki (177) dit au gardien de la porte (178) :

— Parmi les divers généraux, il en est plusieurs qui ont passé par ici ; mais je regarde le gouverneur de P’ei comme un grand homme et un homme supérieur.

Il demanda donc à p.346 voir le gouverneur de P’ei pour lui donner des conseils. Le gouverneur de P’ei se trouvait accroupi sur un divan et se faisait laver les pieds par deux femmes : maître Li ne se prosterna pas, mais le salua profondément et lui dit :

— Si Votre Seigneurie a le ferme désir de faire périr le pervers Ts’in, il ne faut pas que vous restiez accroupi en recevant un homme supérieur.

Alors le gouverneur de P’ei se leva, remit en ordre ses vêtements, lui fit des excuses et le conduisit à la place d’honneur. (Li) I-ki conseilla au duc de P’ei d’attaquer par surprise la ville de Tch’en-lieou et de s’emparer du grain qu’y avait accumulé (l’empereur) Ts’in. (Quand le gouverneur de P’ei eut suivi ce conseil, il nomma Li I-ki prince de Koang-ye ; il donna à Li Chang (179) le titre de général en le chargeant de commander les soldats de Tch’en-lieou. Il attaqua avec eux K’ai-fong (180), mais ne put prendre cette ville. Plus à l’ouest, il combattit à Po-ma (181) contre Yang Hiong, général de Ts’in ; il lui livra une autre bataille à l’est de K’iu-yu (182) et le défit complètement. Yang Hiong s’enfuit et se rendit à Yong-yang ; (l’empereur) Eul-che envoya un commissaire le mettre à mort pour faire un exemple. Au sud, (le gouverneur de P’ei) p.347 attaqua Yng-yang (183) et en passa les habitants au fil de l’épée ; sur le conseil de Tchang Leang, il conquit le territoire de Han (184) et Hoan-yuen (185). Sur ces entrefaites, un général de Tchao (186), Se-ma Ang, se proposait justement de traverser le Fleuve et de franchir les passes. Alors le gouverneur de P’ei attaqua au nord P’ing-yn (187) et intercepta (la route) au sud du gué du Fleuve ; il livra une bataille à l’est de Lo-yang, mais son armée ne fut pas victorieuse ; il opéra sa retraite et arriva à Yang-tch’eng (188) ; il rassembla dans son p.348 camp des chevaux et des cavaliers et, à l’est de Tch’eou (189), livra bataille à l’administrateur (de la commanderie) de Nan-yang ; il le battit et conquit la commanderie de Nan-yang. I, administrateur (de la commanderie) de Nan-yang, courut se mettre à l’abri derrière ses remparts et se garda à Yuan (190).

Le gouverneur de P’ei fit dépasser (cette ville) à ses soldats et se dirigea vers l’ouest. Tchang Leang l’en blâma, en disant :

— Quoique vous soyez pressé de franchir les passes, (considérez que) les troupes de Ts’in sont encore fort nombreuses et s’opposeront à vous dans les localités difficiles ; si maintenant vous ne soumettez pas (la ville de) Yuen, (les gens de) Yuen vous attaqueront à l’improviste par derrière, tandis que vous aurez devant vous Ts’in avec toutes ses forces. Vous tenez là une conduite dangereuse.

Alors le gouverneur de P’ei ramena de nuit ses soldats par un autre chemin ; il avait donné le change sur ses drapeaux et ses oriflammes et, avant qu’il fît jour, il entourait Yuen d’un triple cordon d’investissement. L’administrateur (de la commanderie) de Nan-yang voulait se couper la gorge ; un de ses clients, Tch’en K’oei lui dit :

— Il n’est jamais trop tard pour mourir.

Alors il franchit la muraille, alla trouver le gouverneur de P’ei et lui dit :

— J’ai appris que Votre Seigneurie avait fait cette convention que le premier qui entrerait p.349 à Hien-yang en serait roi. Maintenant Votre Seigneurie est arrêtée devant Yuan qui est gardée. Yuen est la capitale d’une grande commanderie ; elle tient attachées à elle plusieurs dizaines de villes ; la population en est fort nombreuse ; les approvisionnements y sont considérables. Comme les officiers et le peuple pensent que, s’ils se rendent, ils seront certainement mis à mort, ils se défendent avec énergie et montent sur la muraille (pour la garder). Maintenant si Votre Seigneurie s’arrête à ce siège jusqu’au bout, un grand nombre de ses soldats seront tués ou blessés ; (si au contraire) vous emmenez vos soldats loin de Yuen, (les gens de) Yuan ne manqueront pas de vous poursuivre par derrière. Dans le premier cas, vous perdrez le bénéfice de la convention qui a été faite touchant Hien-yang (191) ; dans le second cas, vous serez harcelé par les forces de Yuan. Si j’ai un conseil à donner à Votre Seigneurie, le mieux est de prendre des engagements pour la reddition (de Yuan) : vous conférerez une terre à l’administrateur (de cette place) pour l’engager à cesser la défense ; vous emmènerez ses soldats et vous irez avec eux du côté de l’ouest ; les villes qui n’ont point encore cédé s’empresseront à l’envi, dès qu’elles apprendront cette nouvelle, d’ouvrir leurs portes pour vous attendre. Votre Seigneurie n’aura plus rien alors qui entrave sa marche en avant.

Le gouverneur de P’ei approuva ce discours (192) ; il nomma donc l’administrateur de Yuan marquis de p.350 Yn (193) et conféra (une terre de) mille foyers à Tch’en K’oei ; il mena ses soldats du côté de l’ouest et ne trouva personne qui ne se rendît à lui. Lorsqu’il arriva à la rivière Tan (194), Sai, marquis de Kao-ou et Wang Ling, marquis de Siang, lui livrèrent Si-ling (195). Il revint sur ses pas pour attaquer Hou-yang (196) ; il rencontra Mei Hiuen, général détaché par le prince de P’ouo (197) et, en sa compagnies, il soumit (les villes de) Si (198) et Li (199).


(Le gouverneur de P’ei) envoya Ning Tch’ang, originaire du pays de Wei, en mission auprès de Ts’in. Cet envoyé n’était pas encore arrivé lorsque Tchang Han se rendit avec son armée à Hiang Yu, dans le pays de Tchao (200). Auparavant, Hiang Yu avait été au nord avec Song I secourir Tchao ; puis Hiang Yu tua Song I et le p.351 remplaça comme général en chef ; les divers généraux, (tels que) K’ing Pou (et d’autres), lui furent tous subordonnés : il battit l’armée de Wang Li, général de Ts’in ; il fit se soumettre Tchang Han ; les seigneurs se rattachèrent tous à lui. Cependant Tchao Kao avait tué (l’empereur) Eul-che ; il envoya des émissaires (auprès du gouverneur de P’ei), dans le désir de faire une convention par laquelle ils se seraient partagé la royauté dans le pays à l’intérieur des passes. Le gouverneur de P’ei pensa qu’il était de mauvaise foi ; il suivit alors les conseils de Tchang Leang et envoya maître Li (201) et Lou Kia parler aux généraux de Ts’in et les allécher par l’appât du gain ; puis il attaqua à l’improviste la passe Ou (202) et en vainquit (les défenseurs). Ensuite il livra bataille à l’armée de Ts’in au sud de Lan-t’ien (203) ; pour donner le change sur le nombre de ses soldats, il déploya quantité d’étendards et d’oriflammes (204) ; partout où il passa, il interdit de piller et de faire des prisonniers ; les habitants du pays de Ts’in en furent très heureux ; l’armée de Ts’in se débanda ; il put donc la vaincre complètement. Il livra un autre combat plus p.352 au nord et la vainquit complètement ; profitant de ses succès, il la vainquit donc.

La première année de Han, au dixième mois (14 nov. -12 déc. 207 av. J.-C.), les troupes du gouverneur de P’ei, prenant de l’avance sur les seigneurs, arrivèrent au bord de la rivière Pa. Tse-yng, roi de Ts’in, monté sur un char sans ornements tiré par des chevaux blancs, ayant lié autour de son cou le cordon de soie (de son sceau), et tenant le sceau, les insignes de jade et les fanions de délégation, vint faire sa soumission auprès de Tche-tao (205). Parmi les généraux subordonnés, il y en eut qui dirent qu’il fallait tuer le roi de Ts’in ; le gouverneur de P’ei leur répondit :

— Au début, si le roi Hoai m’a donné cette mission, c’est certainement parce que je pouvais être généreux et indulgent. D’ailleurs, quand un homme s’est soumis, le mettre néanmoins à mort, c’est une action néfaste.

Il remit alors le roi de Ts’in à ses officiers.

Ensuite (le gouverneur de P’ei) alla plus à l’ouest et entra dans Hien-yang ; il désirait s’arrêter dans le palais et y prendre du repos ; Fan K’oai et Tchang Leang lui firent des remontrances à ce sujet ; alors il mit sous scellés les magasins et les trésors où les Ts’in avaient accumulé leurs joyaux et leurs richesses, puis il revint camper au bord de la rivière Pa. Il adressa dans les diverses préfectures une proclamation aux vieillards et aux notables en ces termes :

— O vieillards, voici longtemps que vous souffrez des lois vexatoires des Ts’in : ceux qui font quelque critique p.353 sont mis à mort avec toute leur parenté ; ceux qui tiennent des conciliabules, on abandonne leurs corps sur la place publique (206). Pour moi, j’avais fait avec les seigneurs cette convention que celui d’entre nous qui serait le premier à franchir les passes, y serait roi. Je dois donc être roi du pays à l’intérieur des passes. Je prends l’engagement avec vous, vieillards, de réduire les lois à trois articles : Celui qui aura tué un homme sera mis à mort ; celui qui aura blessé un homme et celui qui aura volé seront punis proportionnellement (à l’offense commise) (207). Pour tout le reste, je supprime les lois des Ts’in. Que tous les officiers et les hommes du peuple restent dans leurs demeures comme par le passé. Le seul motif pour lequel je suis venu, c’est afin, ô vieillards, de vous délivrer de peine ; je n’ai aucun désir d’être ravisseur et cruel ; n’ayez aucune crainte. D’ailleurs, si je retourne camper au bord de la rivière Pa, c’est pour y attendre la venue des seigneurs et conclure une convention définitive.

Alors (le gouverneur de P’ei) envoya des gens qui, avec les officiers nommés par Ts’in (208), parcoururent les p.354 préfectures, les bourgs et les places pour y annoncer cette proclamation. Les gens de Ts’in en furent très heureux ; ils apportèrent à l’envi des bœufs, des moutons, du vin et des vivres qu’ils offraient pour la nourriture des soldats ; le gouverneur de P’ei refusa encore de rien accepter, en disant :

— Dans les greniers il y a beaucoup de grain ; je ne suis point à court et ne veux causer de dépenses à personne. Les gens de (Ts’in) furent encore plus heureux ; leur seule crainte était que le gouverneur de P’ei ne devînt pas roi de Ts’in.

Quelqu’un donna ce conseil au gouverneur de P’ei :

Ts’in est un pays dix fois plus riche que tout l’empire, la configuration des lieux le rend fort. Maintenant j’apprends que Tchang Han s’est soumis à Hiang Yu ; Hiang Yu lui a donné le titre de roi de Yong pour qu’il fût roi du pays à l’intérieur des passes. C’est pourquoi dès qu’il viendra, je crains, ô gouverneur de P’ei, que vous ne puissiez pas garder cette possession. Envoyez en toute hâte des soldats garder la passe Hien-kou (209) ; n’y laissez pas pénétrer les troupes des seigneurs ; appelez à vous quelques-uns des soldats de l’intérieur des passes afin d’augmenter vos propres effectifs et de pouvoir résister.

Le gouverneur de P’ei approuva ce plan et le suivit.

Au milieu du onzième mois (13 déc. 207 - 10 janv. 206 av. J.-C.), Hiang Yu s’avança en effet du côté de l’ouest, à la tête des troupes des seigneurs, avec l’intention de franchir les passes. Les portes de la passe étaient fermées ; il apprit que le gouverneur de P’ei avait conquis p.355 le pays à l’intérieur des passes et en fut très irrité ; il envoya K’ing Pou et les siens qui attaquèrent et forcèrent la passe Hien-kou. Au milieu du douzième mois (11 janv. - 9 fév. 206 av. J.-C.), (Hiang Yu) arriva à (la rivière) Hi. Ts’ao Ou-chang, qui était tso-se-ma du gouverneur de P’ei, apprenant que le roi Hiang était irrité et se proposait d’attaquer le gouverneur de P’ei, envoya des gens dire à Hiang Yu :

— Le gouverneur de P’ei veut être roi du pays à l’intérieur des passes ; il a nommé Tse-yng son conseiller ; les joyaux et les objets précieux, il les possède tous.

(Ts’ao Ou-chang) voulait, par cette démarche, demander un fief (à Hiang Yu). Ya fou (210) pressa Hiang Yu d’attaquer le gouverneur de P’ei ; (Hiang Yu) donna donc une ample nourriture à ses soldats pour engager le combat dès le lendemain. En ce moment, les soldats de Hiang Yu étaient au nombre de quatre cent mille et nominalement on les estimait à un million ; les soldats du gouverneur de P’ei étaient au nombre de cent mille et nominalement on les estimait à deux cent mille ; les forces n’étaient pas égales.

Il arriva que Hiang Po voulut sauver la vie de Tchang Leang et alla le voir de nuit ; c’est à la suite de cette démarche qu’il donna à Hiang Yu des conseils pacifiques (211) ; Hiang Yu suspendit alors (l’attaque). Le gouverneur de P’ei, avec une escorte d’une centaine de cavaliers, se rendit en toute hâte à Hong-men ; il vit Hiang Yu et s’excusa auprès de lui. Hiang Yu lui dit :

— C’est là p.356 ce que m’avait dit votre tso-se-ma Ts’ao Ou-chang ; autrement, comment en serais-je arrivé à cette extrémité ?

Grâce à Fan K’oai et à Tchang-Leang, le gouverneur de P’ei put s’échapper et s’en retourner (à son camp) ; dès qu’il fut de retour, il fit sur-le-champ mettre à mort Ts’ao Ou-chang.

Aussitôt après, Hiang Yu se dirigea vers l’ouest ; il mit tout à feu et à sang dans les palais des Ts’in à Hien-yang ; partout où il passait, il semait la ruine et la destruction. Les gens de Ts’in perdirent tout espoir, mais, saisis de terreur, ils n’osaient pas ne pas se soumettre.

Hiang Yu chargea un messager de retourner rendre compte de ce qui s’était passé au roi Hoai.

— Il faut, dit le roi Hoai, se conformer à la convention.

Hiang Yu fut irrité de ce que le roi Hoai, au lieu de l’envoyer du côté de l’ouest franchir les passes avec le gouverneur de P’ei, l’avait chargé d’aller dans le nord secourir Tchao et l’avait ainsi mis en retard pour bénéficier de la convention faite avec tout l’empire ; il dit alors :

— Le roi Hoai, c’est mon père Hiang Leang qui l’a nommé ; il n’a aucune gloire (212) ; de quel droit préside-t-il à une convention ? Ceux qui sont les vrais auteurs de la conquête de l’empire, ce sont les divers généraux et moi-même, (Hiang) Tsi.

Alors il feignit d’honorer le roi Hoai en lui décernant le titre Empereur juste, mais en réalité il n’observa plus ses ordres (213).

p.357 Le premier mois (10 février - 11 mars 206 av. J.-C.) (214), Hiang Yu se donna le titre de roi hégémon du Tch’ou occidental (215) ; il régna sur neuf commanderies de Leang et du territoire de Tch’ou et eut sa capitale à P’ong-tch’eng. Foulant aux pieds la convention, au lieu de (nommer roi du pays à l’intérieur des passes) le gouverneur de P’ei, il le nomma roi de Han pour qu’il régnât sur les régions de Pa, Chou, et Han-tchong (216) et eût sa capitale à Nan-tcheng. Il divisa en trois le pays à l’intérieur des passes et y nomma trois généraux de Ts’in : Tchang Han devint roi de Yong et eut sa capitale à Fei-k’ieou ; Se-ma Hin devint roi de Sai et eut sa capitale à Yo-yang ; Tong I devint roi de Ti et eut sa capitale à Kao-nou. Un général de Tch’ou, Chen Yang, originaire de Hia-k’ieou, devint roi du Ho-nan et eut sa capitale à Lo-yang ; un général de Tchao, Se-ma Ang, devint roi de Yn et eut sa capitale à Tchao-ko ; Hie, roi de Tchao, fut déplacé et nommé roi de Tai ; Tchang Eul, conseiller de Tchao, devint roi de Tch’ang-chan et eut sa capitale à Siang-kouo ; K’ing Pou, prince de Tang-yang, devint roi de Kieou-kiang et eut sa capitale à Leou ; Kong Ngao, qui avait le titre de tchou-kouo auprès du roi Hoai, devint roi de Lin-kiang et eut sa capitale à Kiang-ling ; Ou Joei, prince de P’ouo, devint roi de Heng-chan et eut sa capitale à Tchou ; Tsang T’ou, général de Yen, devint roi de Yen et eut sa capitale à Ki ; l’ex-roi de Yen, Han Koang, fut déplacé et nommé roi de Leao-tong. (Han) Koang ayant refusé d’obéir, Tsang T’ou l’attaqua et le p.358 tua à Ou-tchong. Tch’en Yu, prince de Tch’eng-ngan, reçut en fief trois préfectures du Ho-hien et résida à Nan-p’i. Mei Hiuen reçut un fief de cent mille foyers. Le quatrième mois (10 mai - 8 juin 206 av. J.-C.), les troupes furent licenciées et quittèrent les drapeaux (217). Les seigneurs se rendirent dans leurs États respectifs.

Le roi de Han se rendit dans ses États ; le roi Hiang le fit accompagner par trente mille soldats ; parmi les gens de Tch’ou et parmi les gens des seigneurs il se trouva plusieurs myriades d’hommes qui s’étaient attachés (au roi de Han) et qui le suivirent. Il passa au sud de Tou et entra dans (la vallée) Li (218). Après son passage il faisait immédiatement incendier et couper les chemins suspendus (219) afin de se prémunir contre les pillards des armées des seigneurs et aussi pour montrer à Hiang Yu p.359 qu’il n’avait pas l’intention de revenir dans l’est. Lorsqu’il arriva à Nan-Tcheng (220), un grand nombre de ses capitaines et de ses soldats avaient déserté pendant la route pour s’en retourner ; tous ses soldats exprimaient dans leurs chants le désir de revenir dans l’est.

Han Sin donna ce conseil au roi de Han :

Hiang Yu a nommé rois tous ceux des généraux qui avaient remporté quelque succès ; or Votre Majesté réside isolée à Nan-tcheng ; c’est un exil. Les officiers et les soldats de votre armée sont tous des gens de l’est des montagnes ; jour et nuit ils se dressent sur la pointe des pieds et regardent au loin le chemin du retour. Si vous mettez à profit leur excitation, vous pourrez remporter une grande gloire. Mais quand l’empire aura été calmé et que tous les hommes jouiront du repos, vous ne pourrez plus vous en servir de nouveau. Il vaut mieux vous arrêter au projet de partir pour l’est et de prétendre par les armes à l’autorité sur l’empire.

Quand Hiang Yu fut sorti des passes, il envoya des émissaires déplacer l’Empereur juste, et dit :

— Dans l’antiquité, les empereurs avaient un territoire de mille li de côté et résidaient toujours sur le cours supérieur d’une rivière.

Il envoya donc des émissaires transférer l’Empereur juste dans la préfecture de Tch’en, de (la commanderie de) Tch’ang-cha. Quand il eut pressé l’Empereur juste de partir, celui-ci se vit peu à peu abandonné de tous ses sujets. Alors (Hiang Yu) ordonna secrètement aux rois de Heng chan et de Lin-kiang de l’attaquer et de le tuer dans le Kiang-nan (221). Hiang Yu, qui avait du ressentiment contre T’ien Yong, p.360 avait donné le titre de roi de Ts’i à T’ien Tou, général de Ts’i. T’ien Yong, irrité, s’arrogea lui-même le titre de roi de Ts’i, tua T’ien Tou et se révolta contre Tch’ou. Il donna à P’ong Yue le sceau de général, en lui ordonnant de soulever une révolte dans le territoire de Leang. Tch’ou ordonna à Kio, préfet de Siao, d’attaquer P’ong Yue, mais P’ong Yue le défit complètement.

Tch’en Yu était irrité de ce que Hiang Yu ne l’avait pas nommé roi ; il chargea Hia Yue d’aller conférer avec T’ien Yong (en lui disant que Tch’en Yu) demandait des soldats pour attaquer Tchang Eul. Ts’i donna des troupes à Tch’en Yu qui attaqua et battit Tchang Eul, roi de Tch’ang-chan. Tchang Eul s’enfuit et se réfugia auprès de Han. (Tch’en Yu) alla chercher Hie, roi de Tchao, à Tai et le nomma de nouveau roi de Tchao ; le roi de Tchao, en retour, nomma Tch’en Yu roi de Tai. Hiang Yu entra dans une grande colère et alla au nord attaquer Ts’i (222).

Le huitième mois (5 sept. - 4 oct. 206 av. J.-C.), le roi de Han, suivant les conseils de Han Sin, revint en passant par Kou-tao (223) et attaqua à l’improviste Tchang Han, roi de Yong. (Tchang) Han marcha à sa rencontre et lui livra bataille à Tch’en-ts’ang (224) ; les soldats de Yong furent vaincus et opérèrent leur retraite ; ils s’arrêtèrent pour combattre à Hao-tche (225) ; vaincus une seconde p.361 fois, ils s’enfuirent à Fei-k’ieou (226). Le roi de Han conquit alors le territoire de Yong ; à l’est, il alla jusqu’à Hien-yang, il mena ses soldats assiéger le roi de Yong à Fei-k’ieou. Puis il envoya ses généraux conquérir rapidement les commanderies de Long-si, de Pe-li et la commanderie de Chang. Il ordonna à ses généraux Sie Ngeou et Wang Hi de sortir par la passe Ou et, profitant de la présence des troupes de Wang Ling à Nan-yang (227), d’aller chercher T’ai-kong et l’impératrice Lu (228) à Pei. Tch’ou l’apprit ; il dépêcha des soldats pour les arrêter à Yang-kia (229), mais ne put arriver avant eux ; il donna le titre de roi de Han à Tcheng Tch’ang, ex-gouverneur de Ou, en le chargeant d’arrêter les soldats de Han . La deuxième année (205 av. J.-C.), le roi de Han se p.362 dirigea vers l’est et conquit le pays. Hin, roi de Sai, I, roi de Ti et Chen Yang, roi de Ho-nan, se soumirent tous à lui. Le roi de Han , (Tcheng) Tch’ang, refusa de lui obéir ; (le roi de Han ) envoya Han Sin qui l’attaqua et le battit. (Le roi de Han ) établit les commanderies de Long-si, de Pe-li, la commanderie de Chang, les commanderies de Wei-nan, de Ho-chang et la commanderie de Tchong-li ; en dehors des passes, il établit la commanderie de Ho-nan. Il promut au rang de roi de Han le t’ai-wei de Han , Sin (230). Les généraux qui se soumirent à lui avec dix mille hommes ou avec une commanderie entière, il leur conféra des fiefs de dix mille foyers. Il répara et rétablit la barrière sur le Fleuve (231). Tous les parcs, enclos, jardins et étangs (232) qu’entretenaient autrefois les Ts’in, furent livrés par son ordre à des gens du peuple qui en firent des champs.

Le premier mois (31 janv. - 29 fév. 205), (le roi de Han ) fit prisonnier Tchang P’ing, frère cadet du roi de Yong. — Il proclama une amnistie générale des coupables. — Le roi de Han étant sorti des passes se rendit à Chàn (233) et entoura de soins les vieillards du pays situé en dehors p.363 des passes ; il revint. — Tchang Eul alla le voir ; le roi de Han le reçut avec de grands égards.

Le deuxième mois (1er mars - 29 mars 205), (le roi de Han) ordonna de supprimer les dieux de la terre et des moissons des Ts’in et de mettre à leur place les dieux de la terre et des moissons des Han (234). Le troisième mois (30 mars - 28 avril 205), le roi de Han traversa (le Fleuve) à Lin-tsin. Pao, roi de Wei, le suivait avec ses troupes. Il soumit le Ho-nei, fit prisonnier le roi de Yn (235) et établit la commanderie de Ho-nei. Plus au sud, il opéra son passage au gué de P’ing-yn (236) et arriva à Lo-yang. Le vénérable Tong (237), qui était san-lao (238) de Sin-tch’eng, p.364 arrêta le roi de Han sur la route et lui donna des conseils au sujet de la mort de l’Empereur juste. En apprenant cette nouvelle, le roi de Han mit à nu ses bras (239) et pleura fort ; puis il se chargea d’annoncer le deuil de l’Empereur juste ; après s’être lamenté pendant trois jours, il envoya des émissaires porter aux seigneurs cette proclamation :

« L’empire avait, d’un accord unanime, nommé l’Empereur juste ; il se tournait du côté du nord et le servait. Or Hiang Yu a banni et mis à mort l’Empereur juste dans le Kiang-nan ; c’est un acte de grande rébellion et d’injustice. J’ai donc pris sur moi d’annoncer le deuil.

Les seigneurs prirent tous les vêtements blancs. (Le roi de Han) mit sur pied tous les soldats du pays à l’intérieur des passes ; il rassembla les guerriers des trois Ho (240) et, du côté du sud, fit descendre (à ses soldats) le Kiang et le Han (241), dans l’intention d’attaquer, avec les seigneurs et les rois, Tch’ou qui avait tué l’Empereur juste.

En ce temps, le roi Hiang guerroyait au nord contre Ts’i. Tien Yong combattit contre lui à Tch’eng-yang ; il fut battu et s’enfuit à P’ing-yuen (242) où le peuple le tua. p.365 Tous les habitants de Ts’i se rendirent à Tch’ou. Tch’ou incendia alors leurs villes et leurs faubourgs, chargea de liens et fit prisonniers leurs enfants et leurs femmes. Les gens de Ts’i se révoltèrent (de nouveau) contre lui ; (T’ien) Heng, frère cadet de T’ien Yong, nomma roi de Ts’i, (T’ien) Koang, fils de (T’ien) Yong. Le roi de Ts’i se révolta contre Tch’ou à Tch’eng-yang. Quoique Hiang Yu fût informé que le roi de Han s’avançait du côté de l’est, comme il livrait continuellement combat aux soldats de Ts’i, il se proposait d’attendre de les avoir écrasés pour attaquer Han. Le roi de Han put donc entraîner (243) avec lui les soldats des cinq seigneurs et entrer tout droit à P’ong-tch’eng. A l’annonce de cette nouvelle, Hiang Yu emmena aussitôt ses soldats loin de Ts’i, traversa le pays de Lou, sortit par Hou-ling et arriva à Siao. Il livra une grande bataille à Han sur les bords de la rivière Soei, à l’est de Ling-pi (244), (ville dépendante) de P’ong-tch’eng. Il fit essuyer une grande défaite à l’armée de Han ; il lui tua beaucoup de soldats ; le cours de la rivière Soei en était arrêté. Il s’empara alors à P’ei du père, de la mère, de la femme et des enfants du roi de Han et les plaça dans son camp pour en faire des otages.

Dans ces conjonctures, les seigneurs, voyant que Tch’ou était puissant et que Han avait été battu et revenait sur ses pas, abandonnèrent tous Han pour se rattacher de nouveau au parti de Tch’ou. Hin, roi de Sai, s’enfuit et se rendit dans le pays de Tch’ou. Le marquis de Tcheou-lu, frère aîné de l’impératrice Lu, commandait des troupes pour le compte de Han et p.366 était établi à Hia-i ; le roi de Han alla le rejoindre ; il rassembla peu à peu des soldats et établit son camp à T’ang. Puis, le roi de Han se dirigea vers l’ouest et traversa le territoire de Leang ; arrivé à Yu (245), il envoya le ye-tché Soei Ho à la résidence de Pou (246), roi de Kieou-kiang, en lui disant :

— Si vous pouvez engager Pou à lever des soldats et à se révolter contre Tch’ou, Hiang Yu ne manquera pas de s’attarder à l’attaquer ; s’il peut l’arrêter pendant quelques mois, je suis certain de m’emparer de tout l’empire.

Soei Ho alla donner ce conseil à Pou, roi de Kieou-kiang. Pou se révolta en effet contre Tch’ou. Tch’ou envoya Long Tsiu l’attaquer.

Lorsque le roi de Han avait été battu à P’ong-tch’eng et qu’il allait vers l’ouest, il envoya des gens chercher sa famille ; (les membres de) sa famille, de leur côté, s’étaient enfuis ; ils ne se rencontrèrent pas avec (les envoyés). Après sa défaite, (le roi de Han) ne trouva que (celui qui devait être l’empereur) Hiao-hoei. Le sixième mois (247), il le nomma héritier présomptif ; il promulga une amnistie générale des coupables ; il ordonna à l’héritier présomptif de défendre Yo-yang ; ceux des fils des seigneurs qui se trouvaient à l’intérieur des passes se rassemblèrent tous à Yo-yang et formèrent sa garde du corps.

(Le roi de Han) amena l’eau de manière à inonder Fei-k’ieou (248) ; Fei-k’ieou se rendit ; Tchang Han se tua. p.367 Le nom de Fei-k’ieou fut changé en celui de Hoai-li. Puis (le roi de Han) ordonna aux officiers préposés au culte de faire des sacrifices au Ciel, à la Terre, aux Empereurs d’en haut des quatre points cardinaux (249), aux montagnes et aux cours d’eau, et de leur offrir des sacrifices aux époques voulues.

(Le roi de Han) leva des soldats dans le pays situé à l’intérieur des passes, afin de garder la barrière. — En ce temps, Pou, roi de Kieou-kiang, qui avait combattu contre Long Tsiu et n’avait pas été vainqueur, prit avec Soei Ho des chemins détournés et revint auprès de Han. — Le roi de Han rassembla peu à peu des soldats ; avec ses capitaines et les soldats du pays à l’intérieur des passes, il sortit (des passes) plus puissant qu’avant ; c’est ainsi qu’il se trouva avec ses soldats dans une situation très prospère à Yong-yang ; il défit Tch’ou dans la région entre King et Souo (250).

La troisième année (204 av. J.-C.), Pao, roi de Wei, demanda à s’en retourner sous le prétexte d’aller voir un de ses parents qui était malade. Quand il fut arrivé dans son pays, il coupa le gué du Fleuve, se révolta et embrassa le parti de Tch’ou. Le roi de Han chargea maître Li d’aller lui porter des conseils ; Pao ne les écouta pas. Le roi de Han envoya son général Han Sin qui l’attaqua et le battit complètement. Pao fut fait prisonnier ; le territoire de Wei fut aussitôt conquis et on y établit trois commanderies, à savoir celles de Ho-tong, de T’ai-yuen et de Chang-tang. Le roi de Han ordonna alors à Tchang Eul et à Han p.368 Sin d’aller du côté de l’est, de descendre par (la montagne) Tsing-hing (251) et d’attaquer Tchao ; ils décapitèrent Tch’en Yu (252), (ainsi que) Hie, roi de Tchao. L’année suivante, (le roi de Han) nomma Tchang Eul roi de Tchao. Le roi de Han avait établi son camp au sud de Yong-yang ; il avait construit un chemin bordé de murs qui le rattachait au Fleuve et par le moyen duquel il s’approvisionnait au grenier de Ngao. Lui et Hiang Yu. se tinrent mutuellement en respect pendant plus d’une année. Hiang Yu fit à plusieurs reprises des attaques à main armée et des enlèvements (de transports) sur le chemin bordé de murs construit par Han ; l’armée de Han manqua de vivres. Le roi de Han, se trouvant investi, demanda la paix en proposant de détacher et de considérer comme appartenant à Han tout ce qui était situé à l’ouest de Yong-yang. Le roi Hiang n’y consentit pas. Le roi de Han en fut très en peine. Il suivit donc les plans de Tch’en P’ing et lui remit quarante mille livres d’or pour qu’il créât des dissentiments à Tch’ou entre le prince et ses ministres ; à la suite de cela, Hiang Yu conçut des soupçons contre Ya-fou ; Ya-fou pressait alors Hiang Yu de soumettre au plus tôt Yong-yang, mais, quand il se vit soupçonné, il se mit en colère et prétexta sa vieillesse pour demander qu’on lui rendît sa liberté personnelle et qu’il pût redevenir simple particulier ; avant d’être arrivé à P’ong-tch’eng, il mourut (253).

L’armée de Han était à bout de vivres. (Le roi de Han) p.369 fit sortir de nuit par la porte de l’est environ deux mille femmes ; elles étaient revêtues de cuirasses ; (les soldats de) Tch’ou les cernèrent et les attaquèrent ; le général Ki Sin monta alors sur le char royal, se fit passer faussement pour le roi Han et induisit Tch’ou en erreur. Les soldats de Tch’ou poussèrent tous des vivats et se rendirent à l’observatoire (254) oriental de la ville. C’est ainsi que le roi de Han put sortir avec quelques dizaines de cavaliers par la porte occidentale et s’échapper.

(Le roi de Han) avait ordonné au yu-che-ta-fou Tcheou Ho, à Wei Pao, et à l’honorable Ts’ong de défendre Yong-yang ; les capitaines et les soldats qui n’avaient pu le suivre (auparavant) étaient tous restés dans la ville. Tcheou Ho et l’honorable Ts’ong tinrent conseil entre eux et dirent :

— Le roi d’un État rebelle, il est difficile de défendre avec lui une ville.

Ils tuèrent donc Wei Pao. Après que le roi de Han fut sorti de Yong-yang, il entra dans les passes, rassembla des soldats et se proposait d’aller de nouveau du côté de l’est. Maître Yuen lui donna ce conseil :

Han et Tch’ou se sont fait échec pendant plusieurs années à Yong-yan ; Han a toujours été en détresse. Je voudrais que Votre Majesté sortit par la passe Ou ; Hiang Yu ne manquera pas d’emmener ses soldats vers le sud ; vous ferez de profonds retranchements ; vous permettrez à la contrée de Yong-yang et de Tch’eng-kao de prendre quelque repos ; vous enverrez Han Sin et d’autres officiers pacifier le Ho-pei et le territoire de Tchao, et vous les chargerez de se p.370 mettre en rapport avec Yen et Ts’i. Que Votre Majesté retourne alors à Yong-yang ; il ne sera point trop tard pour le faire. Si vous agissez ainsi, Tch’ou aura à se prémunir de plusieurs côtés à la fois ; ses forces seront dispersées ; Han pourra prendre du repos. Quand vous livrerez de nouveau bataille à Tch’ou, vous êtes assuré de le vaincre.

Le roi de Han suivit ce plan. Il fit sortir son armée dans la région de Yuan et de Che (255) ; il se mit en marche avec K’ing Pou et rassembla des soldats (256). Quand Hiang-Yu apprit que le roi de Han se trouvait à Yuan, il emmena effectivement ses soldats vers le sud ; Han se fortifia dans ses retranchements et ne lui livra pas bataille.

Sur ces entrefaites, P’ong Yue avait traversé la rivière Soei. Il combattit contre Hiang Cheng et le gouverneur de Sie à Hia-p’ei. P’ong Yue remporta une grande victoire sur l’armée de Tch’ou. Hiang Yu ramena alors ses soldats du côté de l’est pour attaquer P’ong Yue. Le roi de Han, de son côté, conduisit ses soldats vers le nord, et campa à Tch’eng-kao. Après que Hiang Yu eut défait P’ong Yue et l’eut mis en fuite, il apprit que le roi de Han était revenu avec son armée à Tch’eng-kao ; il ramena aussitôt ses troupes vers l’ouest, prit Yong-yang, tua Tcheou Ho et l’honorable Ts’ong et fit prisonnier Sin, roi de Han (257) ; puis il p.371 assiégea Tch’eng-kao. Le roi de Han s’échappa ; seul sur un char avec le gouverneur de T’eng (258), il sortit de Tch’eng-kao par la porte Yu (259). Il franchit au nord le Fleuve ; il s’arrêta en hâte à Sieou-ou ; il se fit passer pour un envoyé, et dès l’aube, entra promptement dans les retranchements de Tchang Eul et de Han Sin et leur enleva (le commandement de) leur armée. Puis il envoya Tchang Eul du côté du nord pour rassembler des soldats de renfort dans le territoire de Tchao ; il chargea Han Sin d’aller à l’est attaquer Ts’i.

Quand le roi de Han fut en possession de l’armée de Han Sin, il redevint puissant. A la tête de ses soldats, il s’approcha du Ho-nan. Il donna une abondante nourriture à son armée au sud de Siao-sieou-ou (260) et se proposait d’engager un nouveau combat. Mais le lang-tchong Tcheng Tchong arrêta par ses conseils le roi de Han ; il l’invita à faire de hauts remparts et des fossés profonds et à ne pas livrer de combats à (Hiang Yu). Le roi de Han suivit ce plan.

Lou Koan et Lieou Kia, envoyés (par le roi de Han) à la tête de vingt mille hommes et de quelques centaines de cavaliers, traversèrent le gué de Po-ma (261), envahirent p.372 le territoire de Tch’ou, et, en compagnie de P’ong Yue, attaquèrent derechef et vainquirent l’armée de Tch’ou à l’ouest du faubourg de Yen (262) ; puis ils soumirent de nouveau plus de dix villes du territoire de Leang. (Le marquis de) Hoai-yn (263) avait reçu l’ordre de se diriger du côté de l’est, mais n’avait pas encore traversé (le Fleuve) à P’ing-yuen, lorsque le roi de Han envoya maître Hi porter des conseils à T’ien Koang, roi de Ts’i. (T’ien) Koang se révolta contre Tch’ou et s’allia à Han pour attaquer avec lui Hiang Yu. Cependant Han Sin suivit les avis de K’oai T’ong (264) ; il attaqua à l’improviste Ts’i et le battit (265). Le roi de Ts’i fit bouillir vif maître Li ; il s’enfuit du côté de l’est à Kao-mi (266). Lorsque Hiang Yu, apprit que Han Sin avait levé les soldats du Ho-pei, qu’il avait vaincu Ts’i et Tchao et qu’en outre il se proposait d’attaquer Tch’ou, il envoya Long Tsiu et Tcheou Lan pour le combattre. Han Sin leur livra bataille ; son général de la cavalerie, Koan Yng, fit une attaque et défit complètement l’armée p.373 de Tch’ou. Long Tsiu fut tué. Le roi de Ts’i, (T’ien) Koang, s’enfuit auprès de P’ong Yue. En ce temps, P’ong Yue, à la tête d’une armée, se trouvait dans le territoire de Leang ; il allait et venait, harcelant les troupes de Tch’ou et leur coupant les vivres.

La quatrième année (203 av. J.-C.), Hiang Yu dit au ta-se-ma Ts’ao Kieou, marquis de Hai-tch’oen :

— Ayez soin de bien garder Tch’eng-kao ; si Han vous provoque au combat, gardez-vous d’en venir aux mains avec lui ; ne le laissez pas aller du côté de l’est, c’est tout (ce que je vous demande). Dans quinze jours, j’aurai certainement conquis le territoire de Leang et je vous rejoindrai, ô général.

Il se mit donc en route, attaqua Tch’en-lieou, Wai-hoang et Soei-yang et les soumit. — Han provoqua en effet plusieurs fois au combat l’armée de Tch’ou ; celle-ci ne sortit pas ; (le roi de Han) envoya des gens l’insulter ; au bout de cinq ou six jours, le ta-se-ma s’irrita ; il fit traverser à ses soldats la rivière Se ; les troupes étaient au milieu du passage lorsque Han les attaqua et fit subir une grande défaite à l’armée de Tch’ou ; il s’empara de tout ce que le royaume de Tch’ou possédait d’or, de joyaux (267) et de richesses. Le ta-se-ma (Ts’ao) Kieou et le tchang-che (Se-ma) Hin se coupèrent tous deux la gorge sur le bord de la rivière Se. — Hiang Yu était arrivé à Soei-yang lorsqu’il apprit que le marquis de Hai-tch’oen avait été défait ; il ramena donc ses soldats en arrière. L’armée de Han se trouvait alors assiéger Tchong-li Mo (268) à l’est de Yong-yang ; à l’arrivée de Hiang Yu, elle s’enfuit tout entière dans des parages difficiles d’accès. p.374 Lorsque Han Sin eut triomphé de Ts’i, il envoya des messagers dire (au roi de Han) :

Ts’i est voisin de Tch’ou ; les décisions qu’il prend sont versatiles (269). Si je n’en suis pas le roi provisoire, je crains de ne pouvoir maintenir Ts’i dans le calme.

Le roi de Han voulait marcher contre (Han Sin) ; le marquis de Lieou (270) lui dit :

— Il vaut mieux profiter de cette circonstance pour le nommer et faire qu’il se garde lui-même (271).

Tchang Leang fut donc envoyé, porteur du sceau et du cordon, pour conférer à Han Sin le titre de roi de Ts’i. — Lorsque Hiang Yu eut appris que l’armée de Long Tsiu avait été défaite, il fut pris de peur et envoya Ou Che, originaire de Hiu-i, porter des conseils à Han Sin ; Han Sin ne les écouta pas.

Tch’ou et Han s’étaient tenus longtemps en échec sans que le sort se décidât ; les hommes dans la force de l’âge enduraient des fatigues dans les rangs de l’armée ; les vieillards et les enfants s’épuisaient à transporter les vivres. Le roi de Han et Hiang Yu eurent une entrevue dans la tranchée de Koang-ou (272) et discutèrent entre eux. Hiang Yu voulait combattre contre le roi de Han en combat singulier. Le roi de Han reprocha à p.375 Hiang Yu ses fautes en lui disant :

— Au début, vous et moi avons tous deux accepté du roi Hoai l’ordre dans lequel il disait : Celui qui le premier entrera dans le pays à l’intérieur des passes et le soumettra, je l’en ferai roi. Vous, Hiang Yu, vous avez foulé aux pieds cette convention et vous m’avez nommé roi de Chou et de Han ; c’est là votre première faute. — Vous avez mis à mort de votre propre autorité « le haut dignitaire commandant en chef de l’armée (273) » et vous vous êtes donné à vous-même une haute situation ; c’est là votre seconde faute. — Après que vous avez secouru Tchao, vous auriez dû retourner annoncer la chose (au roi Hoai) ; au lieu de cela, vous avez pris sur vous d’entraîner de force à votre suite les soldats des seigneurs et de franchir les passes ; c’est là votre troisième faute. — Le roi Hoai avait décidé que lorsqu’on entrerait dans le pays de Ts’in, on s’abstiendrait de toute cruauté et de tout pillage ; or, vous avez incendié le palais des Ts’in ; vous avez violé la tombe de Che-hoang-ti ; vous vous êtes approprié leurs richesses ; c’est là votre quatrième faute. — En outre, vous avez brutalement mis à mort le roi de Ts’in, Tse-yng, qui avait fait sa soumission ; c’est là-votre cinquième faute. — Vous avez exterminé traîtreusement deux cent mille jeunes hommes du pays de Ts’in à Sin-ngan et vous avez nommé roi leur général ; c’est là votre sixième faute. — Vous avez nommé rois tous vos généraux en leur donnant les meilleures terres ; vous avez déplacé et chassé les anciens rois et vous avez fait que leurs sujets ont brûlé du désir de se révolter ; c’est là votre septième faute. — Vous avez expulsé l’Empereur juste de P’ong-tch’eng pour établir là votre propre p.376 capitale ; vous avez ravi au roi de Han (274) son territoire ; vous avez régné à la fois sur les pays de Leang et de Tch’ou ; vous vous êtes beaucoup donné à vous-même. C’est là votre huitième faute. — Vous avez envoyé des gens assassiner secrètement l’Empereur juste dans le Kiang-nan ; c’est là votre neuvième faute. — Or, quand on est sujet, assassiner son souverain, mettre à mort un homme qui a fait sa soumission, gouverner sans justice, ne pas observer une convention décrété par le souverain, c’est là ce que l’empire ne saurait souffrir ; c’est une grande rébellion, c’est une conduite contraire à la raison. Telle est votre dixième faute. — Pour moi, avec les soldats de la justice (275), j’accompagne les seigneurs pour exterminer les malfaiteurs et les brigands ; j’enverrai des condamnés survivants du supplice attaquer et tuer Hiang Yu ; pourquoi prendrais-je la peine de combattre contre vous en combat singulier ?

Hiang Yu, enflammé de colère, tira une flèche avec une arbalète qu’il tenait cachée et atteignit le roi de Han. Le roi de Han fut atteint dans la poitrine, mais il mit la main sur son pied en disant :

— Ce misérable m’a atteint à l’orteil (276).

Le roi de Han s’était couché souffrant de sa blessure ; Tchang Leang le pria avec insistance de se lever et de parcourir les rangs de l’armée en leur disant de bonnes p.377 paroles, afin de rassurer les soldats et de ne pas permettre que Tch’ou profitât de cet avantage sur Han. Le roi de Han sortit et parcourut le camp. Sa maladie s’étant aggravée, il entra en toute hâte à Tch’eng-kao. Lorsqu’il fut guéri, il se dirigea du côté de l’ouest, rentra à l’intérieur des passes et arriva à Yo-yang. Il s’informa avec intérêt des vieillards et leur donna un banquet ; il exposa au bout d’une perche, sur la place publique de Yo-yang, la tête de Hin (277), ex-roi de Sai. Après être resté là quatre jours, il retourna dans son armée et campa à Koang-ou. Des soldats de renfort sortirent du pays à l’intérieur des passes.

En ce temps, P’ong Yue, à la tête d’une armée, se trouvait dans le territoire de Leang ; il allait et venait, harcelant les troupes de Tch’ou et leur interceptant les vivres. T’ien Heng était allé le rejoindre. Hiang Yu attaqua à plusieurs reprises P’ong Yue et les siens. Le roi de Ts’i, (Han) Sin, fit avancer aussi ses troupes et attaqua Tch’ou. Hiang Yu eut peur ; il conclut donc avec le roi de Han un traité (aux termes duquel) ils se partageaient l’empire en deux, le territoire à l’ouest de Hong-keou (278) étant détaché pour être donné à Han, tandis que le territoire à l’est de Hong-keou devenait possession de Tch’ou. Le roi Hiang rendit au roi de Han son père, sa mère et sa femme ; toute l’armée poussa des vivats ; alors ils s’en retournèrent et s’éloignèrent l’un de l’autre.

Hiang Yu quitta (le roi de Han) et s’en retourna du côté de l’est ; le roi de Han voulait emmener ses soldats et s’en retourner du côté de l’ouest ; (mais il se ravisa p.378 et), suivant le conseil du marquis de Lieou (279) et de Tch’en P’ing, il conduisit ses soldats à la poursuite de Hiang Yu. Lorsqu’il arriva au sud de Yang-kia (280), il arrêta son armée. Il avait assigné un rendez-vous à (Han) Sin, roi de Ts’i et à P’ong Yue, marquis de Kien-tch’eng, afin qu’ils se réunissent à lui pour attaquer l’armée de Tch’ou ; mais, quand il arriva à Kou-ling (281), ils ne l’avaient pas rejoint. Tch’ou attaqua l’armée de Han et lui fit essuyer une grande défaite. Le roi de Han rentra dans ses retranchements ; il creusa plus profondément ses fossés et se tint sur la défensive. Il suivit les conseils de Tchang Leang, et c’est pourquoi Han Sin et P’ong Yue vinrent tous deux (282).

Puis Lieou Kia envahit le territoire de Tch’ou et assiégea Cheou-tch’oen. Après avoir été battu à Kou-Ling, le roi de Han envoya des émissaires inviter le ta-se-ma Tcheou Yn (283) à prendre avec lui les soldats du Kieou-kiang et à aller a la rencontre (de Lieou Kia). Le roi Ou (284) extermina sur sa route la population de Tch’eng-pou. Soei Ho, Lieou Kia, et les seigneurs de Ts’i et de Leang s’assemblèrent tous avec un grand nombre de troupes à Kai-hia (285). — Pou, roi Ou, fut nommé roi du Hoai-nan. La cinquième année, (202 av. J.-C.), Kao-tsou et les p.379 soldats des seigneurs attaquèrent tous ensemble l’armée de Tch’ou et livrèrent à Hiang Yu une bataille décisive à Kai-hia. Le marquis de Hoai-yn (286), à la tête de trois cent mille hommes, faisait front à l’ennemi ; le général K’ong (287) était à l’aile gauche ; le général (marquis de) Fei (288) était à l’aile droite ; l’empereur se tenait en arrière ; le marquis de Kiang (289) et le général Tch’ai (290) se trouvaient en arrière de l’empereur. Les soldats de Hiang Yu étaient au nombre d’environ cent mille. (Le marquis de) Hoai-yn engagea le premier l’action ; il n’eut pas l’avantage et lâcha pied. Le général K’ong et le général (marquis de) Fei vinrent à la rescousse ; les soldats de Tch’ou n’eurent pas le dessus ; le marquis de Hoai-yn en profita pour reprendre l’offensive. (Les troupes de Tch’ou) essuyèrent une grande défaite à Kai-hia. Les soldats de Hiang Yu entendirent que dans l’armée de Han on chantait des chants de Tch’ou et ils pensèrent que Han avait conquis tout le territoire de Tch’ou. Hiang Yu fut donc battu et s’enfuit ; c’est pourquoi ses soldats essuyèrent une grande défaite. (Le roi de Han) envoya le général de la cavalerie, Koan Yng, qui poursuivit et tua Hiang Yu à Tong-tch’eng (291). (Le roi de Han) coupa quatre-vingt mille têtes ; tout le territoire de Tch’ou fut donc conquis.

(Le pays de) Lou était du parti de Tch’ou ; il se p.380 défendait énergiquement et ne se soumettait pas. Le roi de Han conduisit les troupes des seigneurs vers le nord et montra aux vieillards de Lou la tête de Hiang Yu ; alors Lou se rendit. Hiang Yu fut enterré à Kou-tch’eng avec le titre de duc de Lou (292). (Le roi de Han) revint à Ting-t’ao ; il entra en toute hâte dans les retranchements du roi de Ts’i et lui enleva son armée (293).

Le premier mois (27 janv. - 25 févr. 202), les seigneurs, ainsi que les généraux et les conseillers, d’un commun accord proposèrent au roi de Han, de l’honorer du titre de souverain-empereur. Le roi de Han leur dit :

— J’ai appris que (le titre d’)empereur, un sage peut le posséder ; mais si ce titre n’est qu’un mot vide et une expression vaine, on ne saurait le garder. Je ne saurais occuper dignement le rang d’empereur.

Ses sujets assemblés lui dirent tous :

— Votre Majesté est partie d’humbles commencements ; vous avez exterminé les violents et les rebelles ; vous avez pacifié et conquis (l’intérieur des) quatre mers. Ceux qui ont eu quelque mérite, vous leur avez aussitôt départi un territoire dont vous les avez faits rois ou marquis. Si Votre Majesté ne porte pas un titre éminent, tous les hommes douteront (de vos exploits) et n’y ajouteront pas foi. Vos sujets sacrifieraient leur vie pour défendre (leur proposition).

Le roi de Han déclina (leur offre) par trois fois ; puis, ne pouvant faire autrement, il dit :

— Puisque vous êtes tous p.381 persuadés que ce serait bon (j’accepterai) pour le bien de l’État.

Au jour kia-ou (294), il prit donc la dignité d’empereur au nord de la rivière Se (295). L’empereur dit :

— L’Empereur juste n’a pas de descendants. Le roi de Ts’i, Han Sin est accoutumé aux mœurs de Tch’ou. Il le déplaça pour qu’il fût roi de Tch’ou, et qu’il eût sa capitale à Hia p’ei (296). Il nomma le marquis de Kien-tch’eng, P’ong Yue, roi de Leang, avec sa capitale à Ting-t’ao. L’ex-roi de Han (297), Sin, devint roi de Han et eut sa capitale à Yang-ti (298). Le roi de Heng-chan, Ou Joei (299), fut déplacé et nommé roi de p.382 Tch’ang-cha, avec sa capitale à Lin-siang (300) ; Mei Hiuen, général du prince de P’ouo (301), avait accompli des exploits et était entré par la passe Ou à la suite (du roi de Han) ; c’est pourquoi celui-ci se montra bienfaisant pour le prince de P’ouo ; Pou (302), roi de Hoai-nan, Tsang-T’ou, roi de Yen, et Ngao (303), roi de Tchao, restèrent tous dans leurs anciennes situations.

L’empire tout entier fut raffermi. Kao-tsou résida à Lo-yang. Tous les seigneurs se reconnurent ses sujets. Hoan (304) ex-roi de Lin-kiang, avait embrassé le parti de Hiang Yu et s’était révolté contre Han. (L’empereur) ordonna à Lou Koan et à Lieou Kia de l’assiéger ; il ne se soumit pas ; au bout de quelques mois, il dut se rendre ; il fut mis à mort à Lo-yang. Le cinquième mois (26 mai - 24 juin 202), les soldats furent tous licenciés et retournèrent dans leurs foyers. Les fils de seigneurs qui se trouvaient dans le pays à l’intérieur des passes furent exemptés de douze années de redevances ; ceux qui étaient retournés (dans leurs États) furent exemptés de six années de redevances et reçurent comme gratification personnelle les redevances d’une année.

Kao-tsou donna un banquet dans le palais du Sud à p.383 Lo-yang (305). Il dit :

— Seigneurs et généraux, ne vous permettez pas de me (306) rien cacher et exprimez tous votre sentiment. Comment se fait-il que je possède l’empire ? Comment se fait-il que Hiang (Yu) l’ait perdu ?

Kao K’i et Wang Ling lui répondirent :

— Votre Majesté manquait d’égard et traitait les gens avec mépris ; Hiang Yu était aimable et bienveillant. Mais lorsque Votre Majesté chargeait un homme d’attaquer une ville ou de conquérir un territoire, elle lui donnait tout ce qu’il soumettait ; elle faisait donc participer l’empire à ses bénéfices. Hiang Yu était jaloux des sages et portait envie aux hommes capables ; si quelqu’un accomplissait un exploit, il cherchait à lui nuire ; si quelqu’un était sage, il le tenait en suspicion. Lorsqu’il avait remporté une victoire au combat, il ne donnait de gloire à personne ; lorsqu’il avait acquis un territoire, il ne donnait d’avantage à personne. Voilà pourquoi il a perdu l’empire.

Kao-tsou répondit :

— Vous savez la première raison, mais vous ne savez pas la seconde. En effet, pour ce qui est de combiner des plans dans la tente et de décider la victoire à mille li de distance, je ne vaux pas Tse-fang (307) ; pour ce qui est de maintenir l’ordre dans l’État et de gouverner les cent familles, de fournir des vivres et d’empêcher les approvisionnements de s’interrompre, je ne vaux pas Siao Ho (308) ; pour ce qui est de p.384 réunir dans sa main une armée d’un million d’hommes, d’être sûr de remporter la victoire dans toute bataille qu’on livre, d’être sûr de prendre toute place qu’on attaque, je ne vaux pas Han Sin (309). Ces hommes sont tous trois des hommes éminents ; j’ai su me servir d’eux et c’est pourquoi je me suis emparé de l’empire. Hiang Yu avait le seul Fan Tseng, mais il n’a pas su s’en servir (310), et c’est pourquoi il a été pris par moi.

Kao-tsou voulait fixer pour toujours sa résidence à Lo-yang. Lieou King (311), qui était originaire du pays de Ts’i, l’en blâma ; puis le marquis de Lieou (312) exhorta l’empereur à entrer à l’intérieur des passes et à y fixer sa capitale. Ce jour-là même, Kao-tsou monta en char pour entrer à l’intérieur des passes et y fixer sa capitale.

Le sixième mois (25 juin - 23 juillet 202), une amnistie générale fut promulguée dans l’empire.

Le dixième mois (313), Tsang T’ou, roi de Yen, se révolta ; il attaqua et soumit le territoire de Tai. Kao-tsou prit en p.385 personne le commandement de ses troupes ; il attaqua et prit Tsang T’ou, roi de Yen ; puis il donna le titre de roi de Yen au t’ai-wei Lou Koan ; il chargea le grand conseiller (Fan) K’oai de se mettre à la tête d’une armée et d’attaquer (les gens de) Tai.

L’automne de cette même année, Li Ki se révolta ; Kao-tsou prit en personne le commandement de ses troupes et l’attaqua ; Li Ki s’enfuit. Ce Li Ki était un des généraux de Hiang (Yu) ; lorsque ce dernier fut battu, Li Ki, qui était préfet de Tch’en, ne suivit pas Hiang Yu dans sa fuite, mais il se soumit à Kao-tsou qui le nomma marquis de Yng-tch’oan. Lorsque Kao-tsou fut arrivé à Lo-yang, il prit en main la liste des seigneurs immédiats (314) et les convoqua ; Li Ki prit peur (315) et c’est pourquoi il se révolta.

Sixième année (201 av. J.-C.). Kao-tsou allait tous les cinq jours rendre visite à T’ai-kong, comme le veulent les rites qui règlent les rapports entre les pères et les fils dans la vie privée. L’intendant de la maison de T’ai-kong reprit T’ai-kong et lui dit :

— Au ciel il n’y a pas deux soleils, sur terre il n’y a pas deux rois. Maintenant, quoique Kao-tsou soit votre fils, il est le souverain des hommes ; quoique vous soyez son père, vous êtes un sujet. Comment peut-on permettre que le souverain des hommes se prosterne devant un sujet ? S’il en était p.386 ainsi, son prestige et son autorité ne pourraient plus s’exercer.

Lorsque Kao-tsou vint, la fois suivante, rendre sa visite, T’ai-kong prit en main un balai (316), alla à sa rencontre jusqu’à la porte, puis marcha à reculons.

Kao-tsou, fort surpris, descendit (de son char) pour soutenir T’ai-kong. T’ai-kong lui dit :

— L’empereur est le souverain des hommes ; pourquoi, à cause de moi, jeter le trouble dans les lois de l’empire ?

Alors Kao-tsou honora T’ai-kong du titre de T’ai-chang-hoang (317) ; dans son for intérieur il approuvait les paroles de l’intendant ; il lui fit un présent de cinq cents livres d’or.

Le douzième mois (16 janv. - 14 fév. 201), on présenta à l’empereur une requête sur un cas de rébellion en dénonçant les projets de révolte de (Han) Sin, roi de Tchou. L’empereur interrogea son entourage ; tous le pressèrent à l’envi d’attaquer (Han Sin) ; (l’empereur) suivit le conseil de Tch’en P’ing : il feignit un voyage à Yun-mong (318) et réunit les seigneurs à Tch’en ; (Han) Sin, roi de Tch’ou, vint à sa rencontre et l’on put ainsi s’emparer aussitôt de lui. Ce jour-là, une amnistie générale fut proclamée dans l’empire.

Tien K’en vint présenter ses félicitations à Kao-tsou et p.387 en profita pour lui donner des conseils en ces termes :

— Votre Majesté s’est emparée de Han Sin ; en outre elle règne dans le pays de Ts’in, à l’intérieur des passes. Ts’in est un État prédestiné à la victoire par sa configuration même ; rendu difficile d’accès par la ceinture que forment autour de lui le Fleuve et les montagnes, il est suspendu à mille li (au-dessus du reste de l’empire), et, à un million d’hommes armés de la lance, il peut tenir tête avec vingt mille hommes. La disposition de son territoire est si avantageuse que lorsqu’il déverse ses soldats sur les seigneurs, il est comme un homme qui lancerait l’eau d’une cruche du haut d’une maison élevée. Ts’i cependant possède à l’est les régions fertiles de Lang-ya (319) et de Ki-mo (320) ; au sud, il a le solide rempart du T’ai-chan ; à l’ouest, il est limité par le Fleuve bourbeux ; au nord, il a l’avantage de (toucher au) P’o-hai (321). Son territoire est de deux mille li de côté. A un million d’hommes armés de la lance, exception faite pour ceux du royaume élevé à mille li de hauteur (322), Ts’i peut tenir tête avec deux cent mille hommes. Il y a donc deux Ts’in, l’un oriental et l’autre occidental ; gardez-vous de nommer roi de Ts’i quelqu’un qui ne soit pas un de vos jeunes parents.

Kao-tsou lui dit :

— C’est fort bien, et lui fit présent de cinq cents livres d’or.

Plus de dix jours après, (l’empereur) conféra à p.388 Han Sin le titre de marquis de Hoai-yn (323). Il divisa son (ancien) territoire en deux royaumes. Kao-tsou dit :

— Le général Lieou Kia a accompli de nombreux exploits ; je le nomme donc roi de King pour qu’il règne sur le Hoai-tong. Mon frère cadet, Kiao, je le nomme roi de Tch’ou pour qu’il règne sur le Hoai-si. Mon fils, Fei, je le nomme roi de Ts’i pour qu’il règne sur plus de soixante-dix villes ; tous ceux qui parlent le dialecte de Ts’i relèveront de Ts’i.

Alors (l’empereur) examina les mérites (de chacun) ; il distribua des apanages aux vassaux et aux seigneurs en leur remettant des insignes divisés (324). — Il transféra Sin, roi de Han, dans le pays de T’ai-yuen (325). p.389 La septième année (200 av. J.-C.), les Hiong-nou attaquèrent Sin, roi de Han, à Ma-i (326). Sin complota alors avec eux de soulever une révolte dans le pays de T’ai-yuen. Des gens (de la préfecture) de Po-t’ou (327), Man-k’ieou p.390 Tch’en et Wang Hoang, nommèrent roi Tchao Li, ex-général de Tchao, et se révoltèrent avec lui. Kao-tsou alla en personne les attaquer ; il arriva que la température fut très froide ; de deux à trois soldats sur dix perdirent leurs doigts. (L’empereur) arriva à P’ing-tch’eng (328) ; les Hiong-nou nous y assiégèrent pendant sept jours, puis ils abandonnèrent le siège et se retirèrent (329). — (L’empereur) ordonna à Fan K’oai de rester pour rétablir la paix dans le territoire de Tai. Il nomma son frère aîné, Lieou Tchong, roi de Tai.

Le deuxième mois (5 mars - 2 avril 200), Kao-tsou revint de P’ing-tch’eng, en passant par (le pays de) Tchao et par Lo-yang, et arriva à Tch’ang-ngan. Le palais Tch’ang-lo (330) fut achevé. Tous les fonctionnaires, depuis les grands conseillers jusqu’aux fonctionnaires inférieurs, transférèrent à Tch’ang-ngan (331) le siège de leurs administrations.

La huitième année (199 av. J.-C.), Kao-tsou alla du côté de l’est attaquer à Tong-yuen (332) ce qui restait des rebelles qui s’étaient révoltés avec Sin, roi de Han.

p.391 Le grand conseiller Siao (Ho) avait construit, d’après ses propres plans, le palais Wei-yang ; il avait élevé une porte orientale, une porte septentrionale (333), une salle antérieure, un magasin d’armes, un grenier. A son retour, Kao-tsou trouva que les dimensions du palais et des portes étaient exagérées ; il se mit en colère et dit à Siao Ho :

— L’empire retentit de plaintes ; il a souffert de la guerre pendant plusieurs années. Le succès ou la défaite sont encore incertains. Pourquoi construire des palais qui dépassent toute mesure ?

Siao Ho répondit :

— C’est précisément parce que l’empire n’est pas encore rentré dans le calme qu’il est possible d’élever en cet instant des palais ; d’ailleurs le Fils du Ciel a pour maison tout le pays à l’intérieur des quatre mers ; si ce n’est pas par les dimensions et la beauté (de ses édifices), il n’y a rien par quoi il puisse agrandir son prestige ; en outre, ne permettez pas que vos descendants aient lieu d’ajouter à ce que vous aurez fait.

Kao-tsou fut alors satisfait.

Lorsque Kao-tsou était allé à Tong-yuen, il avait passé par Po-jen (334). Koan Kao, conseiller de Tchao, et d’autres p.392 personnes projetèrent d’assassiner Kao-tsou. Kao-tsou eut un pressentiment et c’est pourquoi il ne s’arrêta pas dans ce lieu.

Le roi de Tai, Lieou Tchong (335), abandonna en fugitif son royaume et revint, de lui-même, à Lo-yang. Il fut dégradé et nommé marquis de Ho-yang (336). La neuvième année (198 av. J.-C.), les desseins de Koan Kao, conseiller de Tchao, et de ses complices furent découverts ; on les extermina, eux et tous leurs parents aux trois degrés. Le roi de Tchao, Ngao (337), fut dégradé et nommé marquis de Siuen p’ing. — cette année-là, on transféra dans le pays à l’intérieur des passes les familles puissantes, à savoir les familles Tchao, K’iu, King et Hoai du pays de Tch’ou et la famille T’ien du pays de Ts’i.

Le palais Wei-yang étant terminé, Kao-tsou reçut en audience plénière les vassaux et les ministres ; il leur donna un banquet dans la salle antérieure du palais Wei-yang. Kao-tsou prit en main une tasse de jade, se leva et porta la santé du T’ai-chang-hoang (338) en ces termes :

— Autrefois Votre Excellence disait toujours que j’étais de nul profit (pour sa famille), que je ne savais m’acquitter d’aucun travail et d’aucune tâche, que je n’avais pas les capacités de (Lieou) Tchong (339). Maintenant, p.393 pour ce qui est d’avoir réussi dans sa tâche, qui de moi ou de (Lieou) Tchong a le mieux (réussi) ?

Les sujets qui se trouvaient assemblés dans la salle poussèrent tous des vivats, rirent aux éclats et se livrèrent à la joie.

La dixième année, au dixième mois (5 nov. - 3 déc. 198), K’ing Pou, roi de Hoai-nan, P’ong Yue, roi de Leang, Lou Koan, roi de Yen, Lieou Kia, roi de King, Lieou Kiao, roi de Tch’ou. Lieou Fei, roi de Ts’i et Ou Joei, roi de Tch’ang-cha, vinrent tous rendre hommage (à l’empereur) dans le palais Tchang-lo. Au printemps et en été il n’y eut rien.

Le septième mois (28 juillet - 25 août 197), le T’ai-chang-hoang mourut dans le palais de Yo-yang (340). Le roi de Tch’ou et le roi de Leang vinrent tous deux suivre le cortège funèbre. On amnistia ceux qui étaient emprisonnés à Yo-yang. Le nom de Li-i fut changé en celui de Sin-fong (341). Le huitième mois (26 août - 23 sept. 197), Tch’en Hi, conseiller du roi de Tchao, se révolta dans le pays de Tai. L’empereur dit :

— (Tch’en) Hi a été autrefois chargé de missions pour moi ; il possédait toute ma confiance. Le territoire de Tai est très important à mes yeux ; c’est pourquoi j’ai conféré à (Tch’en) Hi le titre de seigneur pour qu’il fût conseiller d’État et gardât le pays de Tai. Maintenant, avec Wang Hoang et d’autres, il s’est emparé par la violence du territoire de Tai ; les officiers et p.394 le peuple du territoire de Tai ne sont pas coupables ; je pardonnerai donc aux officiers et au peuple.

Le neuvième mois (24 sept. - 23 oct. 197), l’empereur alla en personne du côté de l’est pour attaquer Tch’en Hi ; lorsqu’il arriva à Han-tan (342), il se montra content et dit :

— (Tch’en) Hi ne s’est pas appuyé au sud sur Han-tan, mais il a barré le passage à la rivière Tchang (343) ; je reconnais qu’il n’est pas capable de rien faire.

En apprenant que les généraux de (Tch’en) Hi étaient tous d’anciens marchands, l’empereur dit :

— Je sais ce qu’il faut leur donner.

Alors il tenta par l’appât de l’or plusieurs des généraux de (Tch’en) Hi ; plusieurs de ces généraux se soumirent.

La onzième année (196 av. J.-C.), Kao-tsou se trouvait à Han-tan et n’avait point encore fini d’exterminer (Tch’en) Hi et ses partisans. Parmi les généraux de (Tch’en) Hi, Heou Tch’ang allait et venait à la tête de plus de dix mille hommes, Wang Hoang était campé à K’iu-ni (344), Tchang Tch’oen avait franchi le Fleuve pour attaquer Leao-tch’eng (345). L’empereur chargea son général Kouo Mong d’aller, en compagnie du général de Ts’i, attaquer (Tchang Tch’oen) ; (Kouo Mong) le défit complètement. Le t’ai-wei Tcheou P’o (346) passa par T’ai-yuen et entra dans le territoire de Tai pour y rétablir l’ordre. Il arriva devant Ma-i (347) ; cette ville ne se rendit pas ; il p.395 l’attaqua donc et la détruisit. — Tchao Li, général de (Tch’en) Hi, défendait Tong-yuen (348) ; Kao-tsou attaqua cette ville, mais elle ne se rendit pas et pendant plus d’un mois, ses soldats insultèrent Kao-tsou. Kao-tsou s’en irrita et, lorsque la ville se fut soumise, il ordonna de prendre ceux qui l’avaient insulté et de les décapiter, de laisser la vie sauve à ceux qui ne l’avaient pas insulté. — Puis l’empereur sépara Tchao et le territoire au nord des montagnes (349) ; il nomma son fils Heng (350) roi de Tai, (en lui désignant) pour capitale Tsin-yang. Au printemps, Han Sin, marquis de Hoai-yn, projeta de soulever une révolte dans l’intérieur des passes. Il fut mis à mort avec tous ses parents aux trois degrés.

En été, P’ong Yue, roi de Leang, complota de se révolter ; il fut dégradé et transféré dans le pays de Chou ; il voulut une seconde fois se révolter ; il fut aussitôt mis à mort avec tous ses parents aux trois degrés. K’oei, fils (de l’empereur), fut nommé roi de Leang ; Yeou, fils (de l’empereur) (351), fut nommé roi de Hoai-yang (352).

p.396 En automne, au septième mois (16 août - 13 sept. 196), K’ing Pou, roi de Hoai-nan, se révolta ; à l’est, il s’annexa le territoire de Lieou Kia, roi de King ; au nord, il traversa (la rivière) Hoai. Kiao, roi de Tch’ou, s’enfuit à Sie. Kao-tsou alla lui-même combattre (K’ing Pou) ; il nomma son propre fils, Tchang (353), roi de Hoai-nan (354). La douzième année, au dixième mois (12 nov. - 10 déc. 196), Kao-tsou avait attaqué l’armée de (K’ing) Pou à Koai-tchoei (355) ; (K’ing) Pou s’était enfui et (l’empereur) avait ordonné à quelques-uns de ses généraux de le poursuivre. En s’en retournant, Kao-tsou passa par P’ei (356) et s’y arrêta. Il donna un banquet dans le palais de P’ei et y invita tous ceux qu’il avait autrefois connus, jeunes et vieux, pour qu’ils fissent circuler le vin. Il fit venir les jeunes garçons du pays de P’ei et en prit cent vingt auxquels il enseigna à chanter. Quand on fut échauffé par le vin, Kao-tsou joua de la guitare (357) et fit lui-même l’hymne suivant (358) p.397 :

Un grand vent soufflait, les nuages s’élevaient en volant ; Mon prestige s’est imposé dans l’intérieur des mers ; me voici revenu dans ma terre natale ; Comment trouver des hommes vaillants pour garder les quatre côtés ? Les jeunes garçons reçurent l’ordre de s’exercer à ce chant en chœur ; puis Kao-tsou se leva et dansa ; il éprouvait des regrets généreux et une tristesse intime ; il laissa couler plusieurs larmes. Il dit aux vieillards de P’ei :

— Le voyageur s’afflige en pensant à sa terre natale ; quoique ma résidence soit à l’intérieur des passes, mon âme, après ma mort, se plaira encore à penser à P’ei. C’est en partant du titre de gouverneur de P’ei que j’ai exterminé les violents et les rebelles et que, par suite, j’ai obtenu l’empire. Je fais donc de P’ei mon apanage personnel ; j’exempte sa population de toute redevance ; de génération en génération, elle n’aura rien à donner (au trésor public).

Les vieillards de P’ei, les matrones et les anciens amis (de Kao-tsou) passèrent les jours à se réjouir et à boire ; ils étaient parfaitement heureux et racontaient les événements passés pour en rire et s’en amuser. Au bout d’une dizaine de jours, Kao-tsou voulut partir ; les vieillards de P’ei demandèrent avec insistance à Kao-tsou de rester. Kao-tsou leur dit :

— Mes gens sont fort nombreux ; vous ne pourriez subvenir à leur entretien.

Il partit donc.

Les habitants de P’ei abandonnèrent la préfecture et vinrent tous à l’ouest de la ville lui présenter des p.398 offrandes. Kao-tsou s’arrêta de nouveau et s’établit sous une tente ; on banqueta pendant trois jours. Les vieillards de P’ei se prosternèrent tous la tête contre terre et dirent :

P’ei a obtenu la faveur d’être exempté de taxes ; Fong (359) n’a point encore été exempté ; que Votre Majesté ait compassion de (Fong). Kao-tsou répondit :

Fong est le lieu où je suis né et où j’ai grandi ; je ne saurais aucunement l’oublier. Mais c’est uniquement à cause de Yong Tch’e (360) qui s’est révolté contre moi pour embrasser le parti de Wei, (que je n’ai rien fait en sa faveur).

Les vieillards de P’ei le prièrent avec insistance ; il se décida donc à exempter de taxes Fong, de même que P’ei ; puis il nomma roi de Ou (361) Lieou Pi (362), marquis de P’ei.

Les généraux de Han avaient attaqué l’armée de (King) Pou, les uns au sud, les autres au nord de la rivière Tao (363) ; tous lui avaient fait essuyer de grandes défaites ; ils le poursuivirent et s’emparèrent de lui ; (King) Pou fut p.399 décapité à P’ouo-yang (364). — Fan K’oai, d’autre part, à la tête de ses troupes, rétablit l’ordre dans le pays de Tai et décapita Tch’en Hi à Tang-tch’eng (365). — Le onzième mois (11 déc. 196 - 8 janv. 195), Kao-tsou revint de sa campagne contre (K’ing) Pou et rentra à Tch’ang-ngan. Le douzième mois (9 janv. - 7 fév. 195), Kao-tsou dit :

Ts’in Che-hoang-ti, Tch’en Ché, roi Yn de Tch’ou (366), le roi Ngan-hi (367) de Wei, le roi Min (368) de Ts’i et le roi Tao-siang (369) de Tchao ont tous leur postérité interrompue et sont sans descendants. Je donne à chacun d’eux dix familles pour garder leurs tombes ; j’en donne vingt à Ts’in Hoang-ti et cinq à Ou-ki (370), prince de la maison de Wei. (L’empereur) amnistia les officiers et le peuple de Tai. Ceux que Tch’en Hi et Tchao Li avaient entraînés de force furent tous amnistiés. — Un général de Tch’en Hi qui avait fait sa soumission, dit qu’au temps où (Tch’en) Hi s’était révolté, le roi de Yen, Lou Koan, avait envoyé des gens auprès de (Tch’eng) Hi et avait comploté secrètement p.400 avec lui. L’empereur chargea le marquis de Pi-yang (371) d’aller chercher (Lou) Koan ; celui-ci se dit malade ; le marquis de Pi-yang revint et raconta en détail que la révolte de (Lou) Koan avait été en germe. Le deuxième mois (10 mars - 7 avril 195), (l’empereur) envoya Fan K’oai et Tcheou P’o à la tête d’une armée pour combattre le roi de Yen, (Lou) Koan ; il pardonna aux officiers et au peuple de Yen qui s’étaient révoltés avec lui ; il nomma son fils (Lieou) Kien roi de Yen. Au temps où Kao-tsou combattait contre (K’ing) Pou, il fut atteint par une flèche égarée ; il se mit en route et tomba malade en chemin ; sa maladie étant devenue grave, l’impératrice Lu fit venir un bon médecin ; le médecin vint auprès de Kao-tsou ; Kao-tsou interrogea le médecin qui lui dit :

— Votre maladie peut être guérie.

Alors Kao-tsou lui tint un langage méprisante injurieux, disant :

— C’est en étant vêtu d’habits de toile et en tenant en main une épée de trois pieds de long que je me suis emparé de l’empire. N’est-ce pas là le destin céleste ? Le destin dépend assurément du Ciel. Quand même vous seriez Pien-ts’io (372), qu’y pourriez-vous ?

Il ne lui permit donc pas de soigner sa maladie et le renvoya après lui avoir donné cinquante livres d’or.

Quelque temps après, l’impératrice Lu demanda :

— Après le décès de Votre Majesté et quand le conseiller d’État Siao (Ho) (373) sera mort, qui faudra-t-il appeler à le remplacer ?

L’empereur répondit :

Ts’ao Ts’an (374) est digne d’être choisi.

— Et après lui ? (demanda p.401 l’impératrice).

L’empereur répondit :

Wang-Ling en est digne ; cependant il est un peu sot ; Tch’en P’ing (375) pourra lui être adjoint ; Tch’en P’ing a de l’intelligence de reste ; cependant il est difficile de lui confier à lui seul cette charge. Tcheou P’o (376) est lourd et épais et a peu d’instruction ; cependant celui qui assurera la tranquillité de la famille Lieou, c’est certainement (Tcheou) P’o ; on peut le nommer t’ai-wei. L’impératrice demanda encore qui (il faudrait nommer) après lui. L’empereur lui répondit :

— Ce qui arrivera après sa mort, c’est ce que vous aussi vous ne pouvez savoir (377).

Lou Koan (378), avec quelques milliers de cavaliers, restait en expectative au pied de la Barrière ; si par bonheur la maladie de l’empereur s’était guérie, il serait entré en personne (à la capitale) pour s’excuser.

Le quatrième mois, au jour kia-tch’en (1er juin 195) (379), Kao-tsou mourut dans le palais Tch’ang-lo. Pendant quatre jours, on n’annonça pas le deuil. L’impératrice Lu tint conseil avec Chen I-ki, et lui dit :

— Les généraux étaient autrefois, ainsi que l’empereur, enregistrés sur les listes du peuple ; maintenant ils se tournent du côté du nord, et sont ses sujets ; c’est là ce dont ils sont sans cesse p.402 fort mécontents. Maintenant qu’il s’agit de servir un souverain jeune, si on ne les extermine pas tous, ce sera le trouble dans l’empire.

Quelqu’un entendit ces paroles et les rapporta au général Li (380), qui vint voir Chen I-ki et lui dit :

— J’ai appris que l’empereur était mort depuis quatre jours, qu’on n’annonçait pas le deuil et qu’on projetait de mettre à mort tous les généraux. S’il en est vraiment ainsi, l’empire est en danger. Tch’en P’ing et Koan Yng, à la tête de cent mille hommes, gardent Yong-yang ; Fan K’oai et Tcheou P’o, à la tête de deux cent mille hommes, rétablissent l’ordre dans les pays de Yen et de Tai. S’ils apprennent qu’à la mort de l’empereur tous les généraux sont mis à mort, ils réuniront certainement leurs soldats et feront volte-face pour attaquer le pays à l’intérieur des passes. Les principaux ministres se révolteront à l’intérieur ; à l’extérieur, les seigneurs se soulèveront. Votre perte sera consommée dans le temps qu’il faut pour lever le pied.

Chen I-ki vint rapporter ces paroles (à l’impératrice). Alors, au jour ting wei (4 juin 195) on annonça le deuil ; une amnistie générale fut promulguée dans l’empire.

Lou Koan, apprenant que Kao-tsou était mort, s’enfuit aussitôt chez les Hiong-nou (381). Au jour ping-yn (23 juin 195) (382), on fit les funérailles. — Au jour ki-se (26 juin 195) (383), on intronisa l’héritier p.403 présomptif qui se rendit dans le temple funéraire du T’ai-chang-hoang (384). Les ministres assemblés dirent :

Kao-tsou est parti d’une humble origine ; il a établi l’ordre dans un monde troublé et l’a ramené dans la droite voie ; il a pacifié l’empire ; il est le grand fondateur de (la dynastie) Han. Sa gloire est fort élevée.

Ils lui décernèrent le titre honorifique de Kao-hoang-ti. — L’héritier présomptif prit par hérédité le titre d’empereur ; ce fut l’empereur Hiao-hoei. Il ordonna que, dans chaque commanderie, dans chaque royaume et chez chaque seigneur, on établit un temple funéraire de Kao-tsou et qu’on y offrît des sacrifices chaque année aux époques fixées. Puis Hiao-hoei, la cinquième année (190 av. J.-C.) de son règne, songea à la tristesse et à la joie que Kao-tsou avait éprouvées à P’ei ; il fit du palais de P’ei, le second temple (385) de Kao-tsou. Il ordonna que les cent vingt jeunes garçons à qui Kao-tsou avait appris à chanter y fissent tous de la musique avec des instruments à vent et que, dans la suite, lorsqu’il se présenterait dans leur nombre une vacance, on la remplirait aussitôt (386).

Kao-li eut huit fils : l’aîné, fils d’une concubine, fut Fei, roi Tao-hoei de Ts’i ; le second fut (l’empereur) Hiao-hoei, qui était fils de l’impératrice Lu ; le troisième, qui était fils de la fou-jen Ts’i, fut Jou-i, roi Yn de Tchao ; le quatrième fut Heng, roi de Tai ; il monta ensuite sur le trône ; ce fut l’empereur Hiao-wen ; il était fils de la reine douairière Pouo ; le cinquième fut K’oei, roi de p.404 Leang ; au temps de l’impératrice-douairière Lu, il fut déplacé ; ce fut le roi Kong de Tchao ; le sixième fut Yeou, roi de Hoai-yang ; au temps de l’impératrice-douairière Lu, il fut déplacé ; ce fut le roi Yeou de Tchao ; le septième fut Tchang, roi Li de Hoai-nan ; le huitième fut Kien, roi de Yen. Le duc grand astrologue dit : Le gouvernement des Hia fut sincère ; quand la sincérité se pervertit, les gens de peu devinrent par là-même grossiers ; c’est pourquoi les Yn recueillirent (le gouvernement) grâce à leur respect ; quand le respect se pervertit, les gens de peu devinrent par là-même superstitieux ; c’est pourquoi les Tcheou recueillirent (le gouvernement) grâce à leur politesse ; quand la politesse se pervertit, les gens de peu devinrent par là-même frivoles. Or pour remédier à la frivolité, il n’est rien de tel que la sincérité (387). La conduite que tinrent les trois dynasties avait, pour ainsi dire, suivi un cycle qui, une fois terminé, recommençait. Au temps des Tcheou et des Ts’in, on peut dire que la politesse s’était pervertie. Le gouvernement des Ts’in n’y changea rien, mais au contraire rendit cruels les châtiments et les lois. N’était-ce pas une erreur ? C’est pourquoi lorsque Han parvint au pouvoir, cet État de perversité qu’il recueillait, il lui fut aisé de le changer ; il fit que les hommes ne fussent plus négligents et p.405 obtint le principe céleste. (Kao-tsou) donna audience le dixième mois ; son char fut la chambre jaune couverte d’étoffe (388) et portant un fanion à gauche (389). Il fut enterré à Tch’ang-ling (390).


Notes[modifier]

(101. ) Fong est aujourd’hui la sous-préfecture de Fong et P’ei est aujourd’hui la sous-préfecture de P’ei ; ces deux sous-préfectures dépendent de la préfecture de Siu-tcheou dans le Kiang-sou.

(102. ) Les commentateurs de l’époque des T’ang se perdent dans de longues dissertations pour expliquer l’origine de ce nom de famille ; mais ils n’ont pas reconnu la confusion que Se-ma Ts’ien fait d’une manière constante et qui s’est perpétuée après lui entre le nom de clan et le nom de famille (cf. tome I, note 00.103. ). Comme le font bien remarquer les annotateurs critiques de l’édition de K’ien-long, il faudrait dire, pour parler correctement, que Kao-tsou eût pour nom de famille Lieou, et pour nom de clan K’i.

(103. ) Se-ma Ts’ien ne mentionne pas le nom personnel de Kao-tsou qui était Pang, car il était interdit, à son époque, d’écrire ce caractère. — Ki n’est en réalité qu’un surnom, indiquant que Lieou Pang était le troisième enfant ; de même, les deux frères aînés de Lieou Pang sont désignés, l’un sous le nom de Lieou Po c’est-à-dire Lieou l’aîné, et l’autre, Lieou Hi, sous le nom de Lieou Tchong, c’est-à-dire Lieou le second.

(104. ) Le nom personnel du père de Kao-tsou était Tche-kia ou, suivant d’autres auteurs, T’oan hia.

(105. ) On ne connaît pas le nom de famille de cette femme et c’est pourquoi Se-ma Ts’ien se contente de l’appeler « la vénérable Lieou ». Tout ce qu’ont raconté sur son compte Hoang-fou Mi et d’autres auteurs de second ordre ne mérite aucun crédit.

(106. ) On trouve aussi cette espèce de dragon définie comme un dragon sans cornes.

(107. ) Cf. p. 114, la description de Ts’in Che-hoang-ti.

(108. ) Le côté gauche correspond au principe yang. Les soixante-douze points symbolisent les soixante-douze jours de l’année qui sont attribués à chacun des cinq éléments (5x72=360, c’est-à-dire le nombre approximatif des jours de l’année). Sur cette valeur symbolique du nombre 72, cf. les soixante-douze anciens souverains qui passent pour avoir accompli les sacrifices fong et chan (Mémoires historiques, chap. XVIII, p. 2 v°), les soixante-douze métaux, etc.

(109. ) Dans l’organisation administrative des T’sin, un groupe de dix villages, ou li, formait un t’ing ; le chef du t’ing était chargé de maintenir le bon ordre dans sa petite circonscription. Dix t’ing formaient la division administrative qu’on appelait un hiang. (110. ) L’expression [], dit Yen Che-kou, désigne la salle où se réunissaient les fonctionnaires à la capitale de la commanderie. Quoique Kao-tsou ne fût qu’un très mince personnage et qu’il se trouvât là avec des officiers de rang beaucoup plus élevé que lui, il avait tant de confiance en lui-même et tant de hardiesse qu’il les traitait tous sans respect (avec mépris, dit le texte chinois).

(111. ) Le Dictionnaire de K’ang-hi, d’accord avec les commentateurs, dit que le mot [] est ici l’équivalent de [] ou de [] ; il signifie donc « payer ».

(112. ) Kao-tsou, qui était vantard, payait volontiers son vin plusieurs fois le prix qu’il valait, mais il est vrai qu’il l’achetait à crédit. Cette anecdote met en lumière un des côtés de ce singulier caractère.

(113. ) Les comptes étaient écrits sur des planchettes en bois.

(114. ) On rapprochera de cet incident l’anecdote qui est racontée dans le chapitre précédent à propos de Hiang Yu (cf. p. 249).

(115. ) Aujourd’hui, sous-préfecture de Chan, préfecture de Ts’ao-tcheou, province de Chan-tong.

(116. ) Mong K’ang dit que ce titre de tchou-li est identique à celui de kong-ts’ao.

(117. ) C’est-à-dire qu’il devait examiner les présents qu’il était d’usage d’apporter lorsqu’on se présentait au préfet.

(118. ) Lu se désigne lui-même par le mot [] = votre sujet ; c’était une formule de politesse dont on se servait dans la conversation ; plus tard, on employa le mot votre serviteur.

(119. ) Littéralement : « la concubine du van et du balais », c’est-à-dire la femme qui vaquera aux travaux domestiques. Le van en osier servait à ramasser et à enlever la poussière qu’on avait amassée avec le balai ; cf. Li ki, chap. K’iu li, 3e partie, 1e phrase (trad. Legge, Sacred Books of the East, vol. XXVII, p. 73).

(120. ) Cf. le chapitre IX des Mémoires historiques. — Celle qui devait être l’impératrice Lu avait pour nom personnel Tche et pour appellation Ngo-kiu (cf. Mémoires historiques, chap. XLIX, p. 1 v°, commentaire de Se-ma Tcheng).

(121. ) Cf. note 07.301. .

(122. ) Yng Chao et Se-ma Piao disent tous deux que cette coiffure est la même que celle qui fut appelée plus tard le chapeau à queue de pie.

(123. ) Sie était alors une préfecture qui dépendait du royaume de Lou. Cette localité se trouvait à 44 li au sud-est de la sous-préfecture actuelle de T’eng, préfecture de Yen-tcheou, province de Chan-tong.

(124. ) C’est-à-dire le chapeau de la famille Lieou ; on se rappelle que Lieou est le nom de famille de Kao-tsou.

(125. ) Pour y construire la sépulture de Ts’in Che-hoang-ti.

(126. ) Cf. p. 224, n. 1.

(127. ) Les Ts’in qui, à l’origine, résidaient à l’ouest de l’empire, prétendaient régner par la vertu du métal, car cet élément correspond à l’ouest. Sa couleur symbolique est le blanc. Les Han régnèrent par la vertu de l’élément feu dont la couleur est le rouge. Les paroles de la vieille femme donnent donc à entendre que Kao-tsou détruira la dynastie des Ts’in.

— Ce passage est cependant assez singulier, car, au temps de Se-ma Ts’ien, on admettait que les Ts’in avaient régné par la vertu de l’eau (cf. note 06.216) et les Han par celle de la terre (cf. Introduction, note 308). Ce n’est qu’avec le triomphe de la théorie proposée par Lieou Hiang et par Lieou Hin à la fin du premier siècle avant notre ère, qu’on admit que les Han régnaient par la vertu du feu ; peut-être le texte même de Se-ma Ts’ien fut-il une des raisons qui furent invoquées à l’appui de la nouvelle théorie ; de même, pour prouver que les Ts’in régnèrent par la vertu du métal, on dut se fonder sur le texte qui raconte qu’il plut du métal à Li-yang, sous le règne du duc Hien (cf. p. 59).

(128. ) [] = « se défier de soi », est exactement le contraire de [] = « avoir confiance en soi », que nous venons de rencontrer (cf. p. 332, ligne 3). L’historien montre les alternatives d’espérance et de crainte par lesquelles passait alors l’esprit de Kao-tsou.

(129. ) Mang était une préfecture qui dépendait du royaume de P’ei, et qui se trouvait à 3 li au nord-est de la sous-préfecture actuelle de Yong-tch’eng, préfecture de Koei-, province de Ho-nan. — T’ang était une préfecture qui dépendait du royaume de Leang et qui se trouvait à peu de distance au sud de la sous-préfecture actuelle de T’ang-chan, préfecture de Siu-tcheou, province de Kiang-sou. — Entre ces deux localités s’étendait une région de collines et de marais ; c’est là que se réfugia Kao-tsou.

(130. ) Sur cette expression, cf. note 06.313.

(131. ) Au sud de la préfecture secondaire de Sou, préfecture de Fong-yang, province de Ngan-hoei.

(132. ) Cf. note 05.450. .

(133. ) [] est expliqué par le commentateur Lieou comme signifiant : « le royaume de Tch’ou agrandi ».

(134. ) Dans le chapitre sur Siao Ho et Ts’ao Ts’an, dans le livre des Han antérieurs, on lit que Ts’ao Ts’an était chef de la prison et Siao Ho était surveillant des fonctionnaires.

Cependant, le commentaire du T’ong kien tsi lan (chap. XI, p. 15 v°) donne une autre explication suivant laquelle, du temps des Ts’in, il y aurait eu, pour chaque fonction, un titulaire en chef et un titulaire en second ; il faudrait alors traduire : « le surveillant en chef des fonctionnaires, Siao Ho, et Ts’ao Ts’an… ».

(135. ) Sur l’expression [], cf. note 07.114. Le Ts’ien Han chou donne la leçon [] = quelques centaines d’hommes.

(136. ) Dans la pays de Tch’ou, les gouverneurs des préfectures étaient honorés du titre de koung. Comme Kao-tsou se déclarait du parti de Tch’en Ché, qui avait pris le nom de roi de Tch’ou, il se conforma à la coutume de Tch’ou.

(137. ) Tch’e-yeou est le rebelle légendaire qui lutta contre Hoang-ti (cf. tome I, note 01.111. ) ; on lui sacrifiait comme au dieu des combats.

(138. ) On immolait une victime et on se servait de son sang pour frotter les objets qu’on voulait purifier ; c’est ce qu’indique le mot []. § Cf. Mencius, I, a, 7, § 4 : « Nous nous proposons de frotter du sang (de ce bœuf) une cloche. § Li ki, chap. Yue ling, premier mois d’hiver :

« on ordonne au grand astrologue de frotter de sang les écailles de tortue et les tiges d’achillée (qui servent à la divination). § Cf. aussi Tcheou li, chap. XXVIII, XXIX, XXX et XXXV ; trad. Biot, tome II, pp. 28.108.  ; 29.169.  ; 30.127 ; 35.205. .

(139. ) Cf. note 07.132. Fang-yu se trouvait aussi dans la commanderie de Chan-yang, c’est-à-dire sur le territoire de la préfecture secondaire actuelle de Tsi. ning, province de Chan-tong.

(140. ) Cf. p. 224, n. 1.

(141. ) Cf. note 06.450. .

(142. ) La deuxième année d’Eul-che-hoang-ti, au huitième mois, Ou Tch’en se proclama roi de Tchao ; T’ien Tan, roi de Ts’i ; Han Koang, roi de Yen ; et Wei K’ieou, roi de Wei.

(143. ) Le Se-tch’oan est le territoire qui fut nommé par les Han « commanderie de P’ei » (aujourd’hui, préfecture de Siu-tcheou, province de Kiang-sou). Dans les diverses commanderies, les Ts’in avaient établi des administrateurs, des gouverneurs militaires et et des surintendants.

(144. ) D’après Jou Choen, le caractère [] devrait ici se prononcer Tsou ; mais d’autres commentateurs laissent à ce mot sa prononciation habituelle. La ville de Ts’i était à 70 li au sud de la sous-préfecture de T’eng, préfecture de Yen-tcheou, province de Chan-tong.

(145. ) Yen Che-kou croit que le mot [] est le nom personnel du tso-se-ma ; mais Se-ma Tcheng identifie ce personnage avec le tso-se-ma Ts’ao Ou-chang dont il sera question plus loin ; le mot [] doit donc être traduit.

(146. ) A 50 li au sud de la préfecture secondaire de Tsi-ning, province de Chan-tong.

(147. ) Le roi Tch’en, ou Tch’en Ché, fut assassiné le douzième mois de la deuxième année de Eul-che par un de ses officiers nommé Tchoang Kia. Mais Tcheou Che n’avait pas attendu cet événement pour se révolter contre Tch’en Ché ; dès la fin de la première année de Eul-che, il s’était trouvé maître de tout le pays de Wei et avait donné le titre de roi à Wei Kieou qui était un descendant de l’ancienne famille princière de Wei. Tcheou Che était devenu le conseiller du nouveau roi : c’est ce qui explique la démarche qu’il fit auprès de Yong Tch’e.

(148. ) Wen Yng résume de la manière suivante les déplacements successifs des princes de Wei : lorsque le grand officier de Tsin, Pi-wan, reçut en apanage le fief de Wei, ce territoire correspondait à la sous-préfecture actuelle de Joei-tch’eng, préfecture secondaire de Kie, province de Chàn-si. Ses descendants se transportèrent dans la ville qui était sous les T’ang la sous-préfecture de Wei et qui se trouvait à 40 li au sud-ouest de la sous-préfecture actuelle de Yuen-tch’eng, préfecture de Ta-ming, province de Tche-li. Il y eut encore d’autres changements que ne mentionne pas Wei Yng ; puis, le roi Hoei, la 31e année de son règne (340 av. J.-C.), transféra sa capitale à Ta-leang (près de K’ai-fong-fou : Cf. note 05.340). Enfin quand l’État de Wei eut été détruit (225 av. J.-C.) par Ts’in Che-hoang-ti, son dernier roi, Kia, se réfugia à Fong. C’est pourquoi Tcheou Che pouvait dire à Yong Tch’e qu’il y avait à Fong un grand nombre d’émigrés de Leang, c’est-à-dire de Ta-leang, l’ancienne capitale de Wei.

(149. ) Yen Che-kou dit que Ning est un nom de famille : suivant d’autres commentateurs, Ning serait le nom de la ville dont ce personnage était préfet.

(150. ) A 20 li au sud-est de la sous-préfecture de P’ei, préfecture de Siu-tcheou, province de Kiang-sou. Sur King Kiu, cf. note 07.130.

(151. ) On peut aussi comprendre : Tchang Han accompagnait un général…

(152. ) On ne connaît pas le nom de famille de ce Ni qui avait le grade de se-ma dans l’armée de Tchan Han.

(153. ) Siang était une préfecture de la commanderie de P’ei : elle se trouvait à 90 li au nord-ouest de la ville qui était, à l’époque des Tang, la sous-préfecture de Fou-li (aujourd’hui, préfecture secondaire de Sou, préfecture de Fong-yang, province de Ngan-hoei).

(154. ) Cf. note 07.160.

(155. ) Au nord-ouest de la sous-préfecture actuelle de Siao, préfecture de Siu-tcheou, province de Kiang-sou.

(156. ) A l’est de la sous-préfecture de T’ang-chan, préfecture de Siu-tcheou.

(157. ) Cf. note 07.135. Hiang Leang venait de mettre à mort King Kiu, roi de Tch’ou ; c’est pourquoi le gouverneur de P’ei, qui s’était d’abord rattaché à King Kiu, vient maintenant proposer ses services à Hiang Leang.

(158. ) Le Tableau chronologique dit qu’il s’empara alors de cette ville et que Yong Tch’e s’enfuit dans le pays de Wei.

(159. ) Cf. note 07.136.

(160. ) Cf. notes 07.142 et 07.144.

(161. ) Cf. note 07.145. Comme la plupart des noms de lieu qui vont suivre ont déjà été identifiés dans les notes du chapitre précédent, le lecteur est prié de se reporter à l’index qui le renverra au texte où chacun de ces noms est mentionné pour la première fois.

(162. ) Cf. note 07.155. .

(163. ) On appelait hien mei un petit bâton qu’on plaçait en travers de la bouche des soldats pour les empêcher de parler, lorsqu’on voulait faire une attaque dans le plus grand secret. Dans le Tcheou li, livre XXXVII, on voit mentionné le hien mei che ou officier préposé au bâillon ; il est chargé de maintenir le silence lors des grands sacrifices et de bâillonner les hommes au moment des chasses et des expéditions militaires (cf. Tcheou li, trad. Biot, t. II, p. 180. et 393).

(164. ) On a vu plus haut (p. 322) que lorsque Hiang Yu fut mort, Kao-tsou le fit enterrer comme s’il avait été un duc de Lou.

(165. ) Ling yn était, dans le pays de Tch’ou, l’équivalent du titre de K’ing « haut dignitaire », dans les autres pays.

(166. ) Le roi de Tchao se trouvait alors assiégé dans Kiu-lou par l’armée de Ts’in.

(167. ) Cf. note 06.481. .

(168. ) Cf. p. 255.

(169. ) Le royaume de Tch’ou dont il est ici question n’est pas celui du roi Hoai, mais celui qui avait été fondé par Tch’en Ché. Malgré ses premiers succès, Tch’en Ché avait fini par périr, et, peu de temps après, Hiang Leang, père de Hiang Yu, avait été battu et était mort sous les murs de Ting-t’ao. Il semble donc que la ligne de conduite adoptée par Tch’en Ché et Hiang Leang doive être abandonnée ; ce n’est plus sur la violence qu’il faut compter, mais sur la justice, et c’est pourquoi il faut préférer le gouverneur de P’ei à Hiang Yu.

(170. ) Yen Che-kou dit que le caractère [] se prononce ici Kiang. Kiang-li était une préfecture à l’époque des Ts’in, mais les commentateurs n’indiquent pas exactement où elle se trouvait.

(171. ) La leçon que donnent toutes les éditions de Se-ma Ts’ien me paraît ne présenter aucun sens satisfaisant. Le Ts’ien Han chou (chap. 1, 1e partie, p. 7 r°) donne la leçon [] : « (Le gouverneur de P’ei) attaqua le camp retranché de Ts’in et écrasa ses deux armées. » On lit en effet dans le Tableau chronologique de Se-ma Ts’ien (Mém. hist. , chap. XVI, p. 4 v°) que, le 10e mois de la troisième année de Eul-che-hoang-ti (25 nov. — 23 déc. 208) le gouverneur de P’ei attaqua et défit au sud de Ou-tch’eng l’armée du gouverneur militaire de la commanderie de Tong et l’armée de Wang Li. La leçon du Ts’ien Han chou est donc d’accord avec ce texte, puisqu’il est bien établi que le gouverneur de P’ei défit deux armées de Ts’in.

(172. ) Au nord-ouest de la sous-préfecture actuelle de Kin-Hiang, préfecture de Yen-tcheou, province de Chan-tong.

(173. ) Cf. note 07.134.

(174. ) On ne sait pas qui était au juste ce personnage.

(175. ) Ces noms sont ceux de généraux du pays de Wei.

(176. ) Kao-yang était un bourg à 29 li à l’ouest de la sous-préfecture de K’i, préfecture de K’ai-fong, province de Ho-nan.

(177. ) Sur le nom personnel I-ki, cf. note 07.304.

(178. ) La leçon du Ts’ien Han chou (chap. 1, 1e partie, p. 7 v°) est [] : « Li I-ki, qui était gardien de la porte du bourg, dit : ». Cette dernière leçon est d’accord avec les autres témoignages que nous avons sur Li I-ki ; dans le chapitre XCVII des Mémoires historiques, Se-ma Ts’ien dit lui-même que Li I-ki était un fonctionnaire préposé à la porte du bourg. Dans ce chapitre XCVII, on lit que Li I-ki entra en relations avec le gouverneur de P’ei par l’intermédiaire d’un des cavaliers d’escorte de ce dernier.

(179. ) Li Chang était le frère cadet de Li I-ki.

(180. ) L’ancienne ville de K’ai-fong était à 50 li au sud de la sous-préfecture actuelle de Siang-fou, qui fait partie de la cité préfecturale de K’ai-fong, province de Ho-nan.

(181. ) A 20 li à l’est de la sous-préfecture actuelle de Hoa, préfecture de Wei-hoei, province de Ho-nan.

(182. ) K’iu-yu était un bourg dans le voisinage de la sous-préfecture de Tchong-meou, préfecture de K’ai-fong, province de Ho-nan.

(183. ) Yng-yang doit être l’équivalent de Yng-tch’oan qui est la leçon du Ts’ien Han chou. Le Yng-tch’oan était une commanderie de l’époque des Ts’in ; son centre correspond à la préfecture secondaire de Yu, préfecture de K’ai-fong, province de Ho-nan.

(184. ) Les ancêtres de Tchang Leang avaient été pendant plusieurs générations conseillers dans le royaume de Han ; les avis de Tchang Leang furent donc précieux au gouverneur de P’ei, quand il voulut s’emparer de ce territoire.

(185. ) Hoan-yuen est le nom d’une montagne, au sud-est de la sous-préfecture de Yen-che, préfecture et province de Ho-nan. — Il peut paraître assez singulier que le gouverneur de P’ei s’empare d’une montagne ; aussi le Ts’ien Han-chou dit-il simplement qu’il passa par Hoan-yuan.

(186. ) Le Che ki luen wen et le Ts’ien Han chou donnent la leçon [] : un général détaché par Tchao.

(187. ) L’empereur Wen, de la dynastie Wei, changea le nom de P’ing-yn en celui de Ho-yn ; cette localité était à l’est de la sous-préfecture actuelle de Mong-tsin, préfecture et province de Ho-nan.

(188. ) A 35 li au sud-est de la sous-préfecture de Teng-fong, préfecture et province de Ho-nan.

(189. ) A 50 li au sud-est de la sous-préfecture de Lou-chan, préfecture secondaire de Jou, province de Ho-nan.

(190. ) Le caractère [] se prononce ici yuen. C’est aujourd’hui la sous-préfecture de Nan-yang, préfecture de Nan-yang, province de Ho-nan.

(191. ) La convention en vertu de laquelle celui des généraux de Tch’ou qui pénétrerait le premier dans le pays à l’intérieur des passes, en serait nommé roi.

(192. ) C’était alors, dit Siu Koang, le septième mois (18 août — 15 sept. 207 av. J.-C.), de la troisième année d’Eul-che-hoang-ti.

(193. ) La préfecture de Yn était à 33 li au sud-est de la sous-préfecture actuelle de Nei-hoang, préfecture de Tchang-, province de Ho-nan.

(194. ) La rivière Tan passait non loin de la préfecture de Tan-choei qui se trouvait à l’ouest de la sous-préfecture actuelle de Si-tch’oan, préfecture de Nan-yang, province de Ho-nan.

(195. ) Emplacement indéterminé.

(196. ) Hou-yang était une localité voisine de la préfecture de Nan-yang, dans le Ho-nan.

(197. ) Le mot se prononce ici p’ouo. Le prince de P’ouo n’est autre que Ou Joei (cf. note 07.251).

(198. ) A 120 li au nord-ouest de la sous-préfecture de Nei-Hiang, préfecture de Nan-yang, province de Ho-nan.

(199. ) A 10 li au nord-est de la sous-préfecture de Nei-Hiang (cf. la note précédente).

(200. ) On a lu plus haut le récit de cette reddition ; cf. p. 271-272.

(201. ) Li I-ki.

(202. ) Cf. note 06.296. .

(203. ) Aujourd’hui, sous-préfecture de Lan-t’ien, préfecture de Si-ngan, province de Chàn-si. Le lieu où le gouverneur de P’ei remporta sa victoire est la passe de Lan-t’ien qu’on appelait alors la passe Yao.

(204. ) La phrase de Se-ma Ts’ien est expliquée par la leçon du Ts’ien Han chou (chap. I, 1e partie, p. 9 r°) : « déployer en grand nombre des étendards et des oriflammes sur le sommet des montagnes pour simuler des troupes ». C’est sur le conseil de Tchang Leang que le gouverneur de P’ei eut recours à ce stratagème.

(205. ) Cf. note 06.485.

(206. ) Se-ma Tcheng remarque qu’à l’époque des T’ang on appelait K’i le supplice de la strangulation parce qu’en effet on abandonnait le corps du pendu sur la place publique. Ce rapprochement nous renseigne peut-être sur ce qu’était le supplice K’i, puisque la strangulation répond exactement à ce qu’on sait de ce supplice ; il prouve en tout cas que c’était une variété de la peine de mort, et non un simple bannissement, comme a cru pouvoir le soutenir M. Terrien de Lacouperie (cf. Introduction, note 177).

(207. ) Par cette réglementation simple et équitable, le gouverneur de P’ei supprimait cette solidarité dont les lois des Ts’in tiraient des conséquences extrêmes en faisant périr des innocents en même temps que le coupable, sous le seul prétexte qu’ils lui étaient apparentés.

(208. ) Remarquer l’habileté politique du gouverneur de P’ei qui fait accompagner ses propres émissaires par les officiers établis au temps des Ts’in, afin de rendre confiance aux populations.

(209. ) Cf. notes 06.504. et 07.205. .

(210. ) C’est-à-dire Fan Tseng ; cf. note 07.215. .

(211. ) Les mots [], dit Se-ma Tcheng, font allusion aux propos que Hiang Po tint à Hiang Yu pour le calmer. Sur tous ces événements, cf. pp. 275 et suiv.

(212. ) Le mot [] a ici le sens de « mérite reconnu ». Cf. Tso tchoan, 28e année du duc Tchoan : « en outre, vous manifesterez la gloire de votre Altesse ».

(213. ) Cf. note 07.231. .

(214. ) Le Ts’ien Han chou (chap. I, 1e partie, p. 11 v°) dit : « au deuxième mois. . . » C’est la leçon adoptée par le T’ong kien kang mou.

(215. ) Cf. note 07.266. . Sur tout ce qui suit, cf. pp. 285 et suiv.

(216. ) Le Ts’ien Han chou ajoute que le territoire concédé au roi de Han comprenait quarante et une préfectures.

(217. ) Il ne faut pas traduire [] comme signifiant « sous les murs de Hi », car, au moment où nous sommes, Hiang Yu avait depuis longtemps quitté cette localité qui était sur les bords de la rivière Hi (cf. note 06.450). Yen Che-kou dit que le mot hi signifie les étendards de l’armée et Tchang Cheou tsie cite un texte du commentaire de Hiu Chen sur Hoai-nan-tse où il est dit : « le hi est un grand étendard ». Cette note complète la note 07.268. .

(218. ) Le caractère [] se prononce ici li. Li était le nom d’une gorge montagneuse par laquelle on arrivait dans le territoire de Han-tchong ; elle se trouvait au sud de Tou et cette localité elle-même était non loin de la sous-préfecture actuelle de Nan-tcheng, préfecture de Han-tchong, province de Chàn-si.

(219. ) Ces passages suspendus, dit le commentaire du T’ong kien tsi lan se trouvaient entre le nord de la sous-préfecture de Pao-tch’eng et le nord-est de la sous-préfecture de Fong, dans la préfecture de Han-Tchong, province de Chàn-si ; on leur donnait le nom de « passerelles (semblables à) une suite de nuages ».

(220. ) C’est-à-dire, à sa capitale (cf. note 07.234).

(221. ) Sur ces événements, cf. p. 293.

(222. ) Sur tout ce qui précède, cf. les pages correspondantes (p. 293-294) dans les Annales principales de Hiang Yu.

(223. ) Cette préfecture de l’époque des Ts’in était au nord-ouest de la sous-préfecture de Fong, préfecture de Han-tchong, province de Chàn-si.

(224. ) A 20 li à l’est de la sous-préfecture actuelle de Pao-ki, préfecture de Fong-siang, province de Chàn-si.

(225. ) A 10 li au nord de la préfecture secondaire de K’ien, province de Chàn-si. Hao-tche, c’est-à-dire le lieu saint de Hao, est mentionné dans le Traité sur les sacrifices fong et chan, comme un des quatre lieux saints des Ts’in.

(226. ) Cf. note 07.235. Tchang Han resta assiégé dans sa capitale ; l’année suivante, les soldats du roi de Han firent céder la ville en l’inondant et Tchang Han se tua.

(227. ) Wang Ling était un chef de bande qui venait de faire sa soumission au roi de Han.

(228. ) C’est-à-dire : son père et sa femme.

(229. ) Cf. note 07.346. .

(230. ) Le roi de Han, Tcheng Tch’ang avait fini par faire sa soumission au roi de Han ; celui-ci le destitua et donna son titre à Sin qui était un descendant de Ye, roi. Siang de l’ancien royaume féodal de Han.

(231. ) La grande muraille construite par Ts’in Che-hoang-ti pour arrêter les incursions des Hiong-nou.

(232. ) Les vastes lieux de plaisance que se réservaient certains souverains, au lieu de livrer ces terres aux agriculteurs, ont été souvent le thème des dissertations des moralistes. Cf. Mencius, III, b, 9, § 5.

(233. ) Aujourd’hui, préfecture secondaire de Chàn, province de Ho-nan.

(234. ) Le Ts’ien Han-chou assigne ce décret au jour koei-wei du deuxième mois, soit le 4 mars 205. — Chaque dynastie nouvelle a toujours prétendu substituer ses dieux de la terre et des moissons à ceux de la dynastie précédente (cf. tome I, note 03.144. ) ; c’était comme la consécration religieuse de la prise de possession du sol. — Le Ts’ien Han chou ajoute ici quelques détails intéressants sur une remarquable institution de l’époque des Han : en ce deuxième mois, en effet, le roi de Han ordonna de choisir parmi le peuple les hommes âgés de plus de cinquante ans qui étaient les plus renommés pour leurs vertus et leurs talents et d’en faire des sortes de doyens ou de juges de paix dans chaque village ; on donna à ces élus le nom de san-lao ; il y avait un san-lao dans chaque circonscription administrative appelée hiang ; parmi les san-lao des divers hiang dont la réunion formait une préfecture ou tien, on en choisissait un pour être le san-lao de la préfecture.

(235. ) Se-ma-Ang. Cf. note 07.245. .

(236. ) Cf. note 187.

(237. ) Le Tch’ou Han tch’oen ts’ieou dit que le vénérable Tong était alors âgé de quatre-vingt-deux ans, que son nom personnel était Wei-siang et que le roi de Han lui donna le titre de marquis de Tch’eng.

(238. ) Cf. plus haut, n. 1 ad fin. Sin-tch’eng était à 70 li au sud de Lo-yang.

(239. ) En signe de deuil.

(240. ) Les commanderies de Ho-nan, Ho-tong et Ho-nei.

(241. ) Le roi de Han, qui était à Lo-yang, et qui se proposait d’attaquer Hiang Yu, commence par lever des troupes dans le pays même où il se trouve (les trois Ho), puis il appelle à lui des soldats de son royaume de Han-tchong en leur faisant descendre en bateau la rivière Han et le Yang-tse kiang pour remonter ensuite jusqu’à Lo-yang.

(242. ) Cf. note 07.287.

(243. ) Cf. note 07.289.

(244. ) Cf. note 07.298. .

(245. ) Aujourd’hui, sous-préfecture de Yu-tch’eng, préfecture de Koei-, province de Ho-nan.

(246. ) K’ing Pou. Cf. p. 289-290.

(247. ) Le Ts’ien Han chou dit que l’héritier présomptif fut désigné le sixième mois, au jour jen-ou, c’est-à-dire le 1er juillet 205. Cette nomination fut faite à Yo-yang (cf. note 07.105).

(248. ) Cf. notes 226 et 07.235.

(249. ) Ce texte montre les Empereurs d’en haut associés aux quatre points cardinaux et suppose, au moins en germe, la théorie des cinq éléments.

(250. ) Cf. notes 07.309. et 07.310.

(251. ) Aujourd’hui, sous-préfecture de Tsing-hing, préfecture de Tcheng-ting, province de Tche-li. Cf. note 06.416. .

(252. ) Tch’en Yu était roi de Tai ; cf. p. 295.

(253. ) Cf. pp. 303-304.

(254. ) C’est-à-dire auprès des piliers monumentaux qui servaient d’observatoire et qui étaient situés en avant de la porte orientale de la ville (cf. note 05.331. ).

(255. ) Cf. note 07.321. .

(256. ) Dans les Annales principales de Hiang Yu (chap. VII, p. 10 v°), on trouve la leçon [] :

« il trouva K’ing Pou, roi de Kieou-kiang (c’est-à-dire que K’ing Pou vint se joindre à lui) et, tout en marchant, rassembla des soldats.

Ici, nous avons la leçon [] :

« avec K’ing Pou, il se mit en marche et rassembla des soldats.

(257. ) Cf. note 230.

(258. ) Cf. note 07.302.

(259. ) Cf. note 07.323. .

(260. ) La localité appelée le petit Sieou-ou était à l’est du grand Sieou-ou ; cf. note 07.324. . — Yen Che-kou explique le mot [] comme étant l’équivalent de [] vers, du côté de. Il faudrait donc traduire : « Il s’approcha du Ho-nan et campa à Siao-sieou-ou. »

(261. ) Le gué de Po-ma, qui traversait le Hoang-ho, se trouvait à l’est de la sous-préfecture actuelle de Hoa, préfecture de Wei-hoei, province de Ho-nan.

(262. ) La préfecture de Yen était à 35 li à l’est de la sous-préfecture de Yen-tsin, préfecture de Wei-hoei, province de Ho-nan. C’est là que se trouvait autrefois la principauté appelée le Yen méridional ; cf. tome I, note 04.440. .

(263. ) C’est-à-dire Han Sin.

(264. ) Ce personnage s’appelait en réalité K’oai Tch’e ; mais, pour éviter d’écrire le caractère tch’e qui était le nom personnel de l’empereur Ou, Se-ma Ts’ien l’appelle K’oai T’ong.

(265. ) C’était une odieuse trahison, puisque Han Sin était un général de Han et que le roi de Ts’i, sur les conseils de Li I-ki, venait de se déclarer du parti de Han.

(266. ) Aujourd’hui, sous-préfecture de Kao-mi, préfecture de Lai-tcheou, province de Chan-tong. Le Ts’ien Han chou rapporte ces événements à la quatrième année de Han, en hiver, au dixième mois.

(267. ) Le mot [] ne me semble pas avoir ici le sens spécial de « jade » ; il désigne tous les objets beaux et précieux.

(268. ) Général de Hiang Yu.

(269. ) Au lieu du [] qu’on trouve dans les Mémoires historiques et dans le Ts’ien Han chou (chap. 1, 1e partie, p. 13 v°), le T’ong hien kang mou et le T’ong kien tsi lan donnent la leçon [] qui est plus claire. Han Sin menace à mots couverts le roi de Han de se tourner contre lui, en disant que les gens du pays de Ts’i ont un caractère versatile.

(270. ) Tchang Leang.

(271. ) C’est-à-dire : qu’il ait avantage à attaquer Hiang Yu parce qu’en ce faisant il défendra ses propres intérêts. Cf. p. 315, lignes 1 et 2, où la même idée est exprimée d’une facon plus claire.

(272. ) Cf. note 07.328.

(273. ) Song I ; cf. note 07.167.

(274. ) Quoique les commentateurs ne disent rien au sujet de ce passage, il me semble qu’il faut lire « le roi de Wei », et non « le roi de Han ». Cf. note 07.240.

(275. ) Remarquer l’expression [] qui a été souvent reprise en Chine par ceux qui, à diverses époques de l’histoire, ont prétendu n’armer leur bras qu’au nom de la justice.

(276. ) Le roi a la présence d’esprit de dissimuler aussitôt la gravité de sa blessure afin de ne pas effrayer ses soldats.

(277. ) Se-ma Hin s’était coupé la gorge sur le bord de la rivière Se (cf. p. 311) ; le roi de Han prit sa tête et l’exposa sur la place publique à Yo-yang, cette ville étant la capitale même de l’ex-roi de Sai.

(278. ) Cf. note 07.344. .

(279. ) Tchang Leang.

(280. ) Cf. note 07.346.

(281. ) Cf. note 07.348.

(282. ) Cf. p. 314-315.

(283. ) Tcheou Yn était un des officiers de Hiang Yu : le roi de Han réussit à le gagner avec toutes ses troupes qui se joignirent alors à celles de Lieou Kia (cf. p. 315).

(284. ) Le roi Ou n’est autre que K’ing Pou ; dans le chapitre précédent (p. 315) le massacre des habitants de Tch’eng-pou est attribué à Lieou Kia et à Han Sin.

(285. ) Cf. p. 315, n. 4.

(286. ) Han Sin.

(287. ) K’ong Hi, marquis de Leao.

(288. ) Tch’en Ho, marquis de Fei.

(289. ) Tcheou P’o, marquis de Kiang.

(290. ) Tch’ai Ou.

(291. ) Cf. note 07.362. .

(292. ) Cf. note 07.375. C’est parce que Hiang Yu était seigneur de Lou que ce pays lui était resté plus particulièrement attaché.

(293. ) Il se défiait de la fidélité de Han Sin.

(294. ) D’après ce texte, il semblerait que le jour kia-ou était compris dans le premier mois ; mais le Ts’ien Han chou dit expressément « le deuxième mois, au jour kia-ou ». Le T’ong kien kang mou et le T’ong kien tsi lan adoptent cette leçon. C’est en effet la seule correcte ; si l’on se reporte au tableau publié dans le T’oung pao, vol. VII, p. 24, on reconnaîtra que le jour kia-ou, 31e du cycle, n’a pu se trouver dans le premier mois de la cinquième année de Han Kao-tsou, mais qu’il est le troisième jour du second mois, soit le 28 février 202.

(295. ) La rivière Se dont il est ici question n’est pas identique à la rivière Se (cf. tome I, note 02.159. ) qui passait à Tch’eng-kao (aujourd’hui sous-préfecture de Se-choei, préfecture de K’ai-fong, province de Ho-nan). Celle dont il est ici parlé était un petit cours d’eau qui coulait entre les sous-préfectures de Ts’ao et de Ting-t’ao, préfecture de Ts’ao-tcheou, province de Chan-tong ; au nord-ouest de Ting-t’ao, on montre encore aujourd’hui un « autel de Kao-tsou » ; c’est là, dit-on, que Kao-tsou prit le titre d’empereur (T’ong kien tsi lan, chap. XIII, p. 1 v°).

(296. ) Cf. note 07.129. Kao-tsou se débarrasse de Han Sin, qui pouvait être dangereux dans le pays de Ts’i, en le nommant roi de Tch’ou et successeur de l’ex-roi de Tch’ou, l’Empereur juste, qui avait été mis à mort par Hiang Yu.

(297. ) Cf. note 230.

(298. ) Cf. note 07.244.

(299. ) Ou Joei, prince de P’ouo et roi de Heng-chan ; cf. p. 290.

(300. ) Aujourd’hui sous-préfecture et préfecture de Tch’ang-cha, province de Hou-nan.

(301. ) C’est-à-dire de Ou Joei ; cf. note 07.251.

(302. ) K’ing Pou.

(303. ) Tchang Ngao, fils de Tchang Eul.

(304. ) On a vu plus haut que Kong Ngao avait été nommé par Hiang Yu roi de Lin-kiang (cf. p. 290) ; je n ai pas pu déterminer si Hoan était son descendant. D’ailleurs le caractère hoan est douteux, et Siu Koang dit qu’un texte donne la leçon wei.

(305. ) Ce palais était à l’est de la sous-préfecture actuelle de Lo-yang, dans la ville préfecturale de Ho-nan.

(306. ) Les empereurs Han continuèrent à se servir du pronom [] que Ts’in Che-hoang-ti avait réservé pour l’usage du souverain ; cf. note 06.209. .

(307. ) Tse-fang est l’appellation de Tchang Leang, marquis de Lieou ; cf. Mémoires historiques, chap. LV.

(308. ) Cf. Mémoires historiques, chap. LIII.

(309. ) Cf. Mémoires historiques, chap. XCII.

(310. ) Cf. pp. 303-304.

(311. ) Lieou King avait d’abord pour nom de famille Leou. Kao-tsou lui donna le nom de famille impérial Lieou afin de reconnaître le service qu’il lui avait rendu en le dissuadant de fixer sa capitale à Lo-yang.

(312. ) Tchang Leang.

(313. ) Le mot dix doit être ici une erreur pour sept ; le Ts’ien Han chou rapporte en effet la révolte de Tsang T’ou au septième mois (24 juillet-21 août 202) ; d’ailleurs, puisque le dixième mois était à cette époque le premier mois de l’année, on ne peut placer le dixième mois après le sixième, ou bien il faut admettre que ce dixième mois est celui de la sixième année, et ce n’est pas le cas. Enfin on remarquera que le paragraphe suivant s’ouvre par les mots : « l’automne de cette même année…. » ; or l’automne ne peut venir après le dixième mois qui est le premier de l’hiver.

(314. ) Je traduis par « seigneur immédiat » l’expression t’ong heou : les t’ong heou étaient les seigneurs qui n’avaient pas à proprement parler de fiefs, mais qui dépendaient immédiatement de l’empereur.

(315. ) Li Ki avait sans doute des raisons de croire que cette mesure, en apparence générale, était spécialement dirigée contre lui, et. c’est pourquoi il se révolta.

(316. ) Les rites prescrivaient, lorsqu’on recevait un supérieur, d’aller à sa rencontre en balayant le sol devant lui.

(317. ) C’était le même titre que Ts’in Che-hoang-ti avait décerné à son père décédé, le roi Tchoang-siang.

(318. ) Au lieu de faire une expédition militaire, Kao-tsou préfère avoir recours à la ruse ; il feint d’entreprendre un voyage d’inspection des fiefs à Yun-mong (cf. tome I, note 02.178. ), dans le sud de ses États ; au cours de ces voyages, il était de règle que les vassaux des pays par où l’empereur passait vinssent lui rendre hommage ; c’est pourquoi dès que Kao-tsou arriva à Tch’en (cf. note 05.451), qui était sur le territoire de Tch’ou, Han Sin, roi de Tch’ou, vint à sa rencontre. On l’arrêta et il ne fut plus question du voyage de Yun-mong qui n’avait été qu’un prétexte.

(319. ) Cf. note 06.261.

(320. ) Cf. note 07.260.

(321. ) Cf. note 06.255.

(322. ) C’est-à-dire : exception faite pour les soldats du royaume de Ts’in (cf. onze lignes plus haut).

(323. ) Han Sin, roi de Tch’ou, qui avait été arrêté sous l’inculpation de haute trahison, fut pardonné ; on lui enleva son royaume, mais Kao-tsou lui laissa la vie sauve et le nomma marquis de Hoai-yn.

(324. ) [] = diviser. L’insigne divisé était l’insigne dont l’empereur conservait une moitié et dont il remettait l’autre moitié au nouveau seigueur comme marque de l’investiture.

(325. ) Le Ts’ien Han chou (chap. 1, 2e partie, p. 6 r°) dit :

« Le premier mois, au jour p’ing-ou (6 mars 201), Sin, roi de Han, et d’autres proposèrent qu’on nommât Lieou Kia (qui était cousin germain de l’empereur) roi de King en lui donnant les cinquante-trois préfectures représentées par les commanderies de Tong-yang (aujourd’hui, préfecture secondaire de P’ei, Kiang-sou) de Tchang (aujourd’hui, sous-préfecture de Tan-yang, Kiang-sou) et de Ou (aujourd’hui, sous-préfecture de Koei-ki, Tche-kiang) ; (ils proposèrent) que Kiao, prince de Wen-sin et frère cadet (de l’empereur), fût nommé roi de Tch’ou et qu’on lui donnât les trente-six préfectures représentées par les commanderies de T’ang (aujourd’hui, sous-préfecture de T’ang-chan, Kiang-sou), de Sie (aujourd’hui, sous-préfecture de T’eng, Chan-tong) et de T’an (aujourd’hui, sous-préfecture de T’an-tch’eng, Chan-tong). Au jour jen-tse (12 mars 201), Hi, marquis de I-sin et frère ainé (de l’empereur), fut nommé roi de Tai et on lui donait les cinquante-trois préfectures représentées par les commanderies de Yun-tchong (aujourd’hui, Koei-hoa-tch’eng, à l’est du sommet oriental de la grande bouche du Hoang-ho), de Yen-men (préfecture de Cho-p’ing, Chàn-si), et de Tai (préfecture de Siuen-hoa, Tche-li) ; — Fei, fils (de 1’empereur), fut nommé roi de Ts’i et on lui donna les soixante-treize préfectures représentées par les commanderies de Kiao-tong (préfecture secondaire de P’ing-t’ou, province de Chan-t’ong), de Kiao-si (aujourd’hui, sous-préfecture de Kao-mi, Chan-tong), de Lin-tse (aujourd’hui, sous-préfecture de Lin-tse, Chan-tong), de Tsi-pei (aujourd’hui, préfecture secondaire de Tsi-ning, Chan-tong), de Po-yang (aujourd’hui, sous-préfecture de Chang-choei, Ho-nan) et de Tch’eng-yang (aujourd’hui, préfecture secondaire de Lu, Chan-tong) ; — de trente et une préfectures de la commanderie de T’ai-yuen (aujourd’hui, préfecture de T’ai-yuen, Chān-si), on fit le royaume de Han ; on y transféra Sin, roi de Han, pour qu’il eût sa capitale à Tsin-yang (aujourd’hui, sous-préfecture et préfecture de T’ai-yuen, Chān-si).

(326. ) A l’est de la préfecture secondaire de Cho, préfecture de Cho-p’ing, province de Chān-si.

(327. ) Le Dictionnaire de Li Tchao-lo place Po-t’ou, au sud-est de la préfecture de Si-ning, province de Kan-sou. Le commentaire du T’ong kien tsi lan (chap. XIII, p. 11 r°) dit que cette localité était au sud de la bannière centrale de l’aile de droite des Ordos ; si l’on adopte cette dernière identification, Po-t’ou devait se trouver au nord-ouest et à l’intérieur de la grande boucle formée par le Hoang-ho au nord du Chàn-si.

(328. ) A l’est de la sous-préfecture de Ta-t’ong, préfecture de Ta-t’ong, province de Chàn-si.

(329. ) On lira dans le chapitre CX des Mémoires historiques le récit détaillé de cette expédition, où l’empereur courut les plus grands dangers.

(330. ) Ce palais n’était qu’une restauration de l’ancien palais Hing-lo des Ts’in ; il se trouvait au nord-ouest de la sous-préfecture actuelle de Tch’ang-ngan, qui fait partie de la ville préfecturale de Si-ngan, dans le Chàn-si.

(331. ) Les premiers empereurs Han eurent leur capitale à Tch’ang-ngan (au nord-ouest de la sous-préfecture actuelle de ce nom, au sud de la rivière Wei ; les Ts’in avaient eu leur capitale à Hien-yang, au nord de ce cours d’eau.

(332. ) Kao-tsou changea le nom de Tong-yuen en celui de Tchen-ting ; Tchen-ting était au sud de la sous-préfecture actuelle de Tcheng-ting province de Tche-li. — La révolte des partisans de Han Sin paraît ainsi s’être étendue sur tout le nord de l’empire, depuis le Chàn-si jusqu’au Tche-li.

(333. ) Littéralement : des piliers de porte à l’est et des piliers de porte à l’ouest (sur ce sens du mot, cf. note 05.331) ; mais il est évident qu’on entend parler ici de tout l’ensemble de la porte. — La porte de l’est s’appelait la porte du dragon vert et celle du nord s’appelait la porte du guerrier sombre. Il n’y avait pas de portes au sud et à l’ouest ; peut-être Siao Ho renonça-t-il à les construire après les reproches que lui avait adressés Kao-tsou.

(334. ) Au nord-ouest de la sous-préfecture actuelle de T’ang-chang. Préfecture de Choen-, province de Tche-li. Sur ce guet-apens, cf. Mémoires historiques, chap. LXXXIX, p. 5 r°.

(335. ) On a vu (p. 390, lignes 9 et 10) que Lieou Hi ou Lieou Tchong (sur ces deux dénominations, cf. note 103 ad fin.), frère aîné de l’empereur, avait été nommé par lui roi de Tai. Il abandonna son royaume par crainte d’une incursion des Hiong-nou.

(336. ) Aujourd’hui, sous-préfecture de Ho-yang, préfecture de T’ong-tcheou, province de Chān-si.

(337. ) Tchang Ngao.

(338. ) C’est-à-dire de son père : Cf. p. 386, ligne 9.

(339. ) Cf. plus haut, n. 335.

(340. ) Kao-tsou s’était d’abord fixé à Yo-yang (cf. note 07.105. , et p. 366), et son père le T’ai-chang-hoang avait continué à y résider. Le T’ong kien kang mou dit que le T’ai-chang-hoang mourut le cinquième mois et qu’il fut enterré le septième mois, au jour koei-mao (9 août 197), à Wan-nien (à 50 li au nord de la sous-préfecture de Lin-t’ong, préfecture de Si-ngan, province de Chàn-si).

(341. ) Au nord-est de la sous-préfecture actuelle de Lin-t’ong.

(342. ) Aujourd’hui, sous-préfecture de Han-tan, préfecture de Koang-p’ing, province de Tche-li.

(343. ) Cf. tome I, note 02.126. .

(344. ) Près de la sous-préfecture de Tang-yn, préfecture de Tchang-, province de Ho-nan.

(345. ) A 15 li au nord-ouest de la sous-préfecture actuelle de Leao-tch’eng, préfecture de Tong-tch’ang, province de Chan-tong.

(346. ) Cf. note 351.

(347. ) Cf. note 326.

(348. ) Cf. note 332.

(349. ) Ce texte serait assez obscur si le Ts’ien Han chou (chap. 1, 2e partie, p. 9 v°) ne nous avait pas conservé le décret impérial relatif à cette mesure administrative ; Kao-tsou, considérant que le royaume de Tai était tout entier situé au nord des montagnes (les montagnes T’ai-yn, cf. note 06.232. ) et était fort exposé aux incursions des barbares, enlève au royaume de Tchao, qui était tout entier au sud des montagnes, le territoire de T’ai-yuen qui était au sud des montagnes et les rattache au royaume de Tai ; le roi de Tai eut donc sa résidence à Tsin-yang, qui est aujourd’hui T’ai-yuen fou, dans le Chān-si.

(350. ) Lieou Heng monta plus tard sur le trône impérial ; ce fut l’empereur Wen.

(351. ) On remarquera la politique habile suivie par Kao-tsou qui cherche sans cesse à remplacer par des membres de sa famille les seigneurs trop puissants qui lui faisaient ombrage.

(352. ) La capitale du royaume de Hoai-yang était à Tch’en, aujourd’hui préfecture de Tch’en-tcheou, province de Ho-nan.

(353. ) Lieou Tchang n’avait alors que deux ans (trois ans, à la manière de compter chinoise).

(354. ) La capitale du royaume de Hoai-nan était à Cheou-tch’oen (aujourd’hui, préfecture secondaire de Cheou, préfecture de Fong-yang, province de Ngan-hoei).

(355. ) Les commentateurs proposent des prononciations assez diverses pour le nom de cette localité ; j’ai suivi les indications de Yen Che-kou. Koai-tchoei était à l’ouest de Ki (cf. p. 248, n. 3).

(356. ) P’ei était la patrie de Kao-tsou ; cf. note 101.

(357. ) L’instrument de musique appelé [] était analogue au luth mais il avait (du moins dans l’antiquité) une grosse tête : on en frappait les cordes avec un morceau de bambou.

(358. ) On verra, dans le chapitre XXIV des Mémoires historiques, que cet hymne devint, après la mort de Kao-tsou, un chant rituel qui se chantait en grande pompe à certaines époques de l’année.

(359. ) Cf. note 101.

(360. ) On a vu plus haut (p. 337-339) que Yong Tch’e avait été autrefois chargé par Kao-tsou de défendre la ville de Fong, et qu’il l’avait livrée au roi de Wei. Kao-tsou avait été fort irrité de cette trahison ; à vrai dire, lorsqu’il fut devenu empereur, il ne se vengea pas de Yong Tch’e et même, par prudence politique, le nomma, en l’an 201, marquis de Che-fang mais il avait conservé au fond du cœur un vif ressentiment.

(361. ) Le royaume de King reprit de nouveau le nom de royaume de Ou : Lorsque K’ing Pou, roi de Hoai-nan, s’était révolté, il avait tué Lieou Kia, roi de King, et s’était emparé de son royaume.

(362. ) Lieou Pi était fils de Lieou Tchong (cf. note 335), frère aîné de l’empereur. Cf. Mémoires historiques, chap. CVI.

(363. ) Le caractère [], dit Siu Koang, se prononce ici tao. La rivière Tao se trouvait dans la région comprise entre le Yang-tse et la rivière Hoai.

(364. ) Aujourd’hui, sous-préfecture de P’ouo-yang, préfecture de Jao-tcheou, province de Kiang-si.

(365. ) A 60 li au nord de la sous-préfecture de Tsing-hai, préfecture de Tien-tsin, province de Tche-li.

(366. ) Cf. Mémoires historiques, chap. XLVIII.

(367. ) Le caractère [] se prononce ici hi. Le roi Ngan-hi était le fils du roi Tchao.

(368. ) Son nom personnel était Ti ; il était le fils du roi Siuen.

(369. ) Son nom personnel était Yen ; il était le fils du roi Hiao-tch’eng et le père du roi Yeou.

(370. ) Ou-ki n’est autre que le prince de Sin-ling ; cf. Mém. hist., chap. LXXVII.

(371. ) Chen I-ki.

(372. ) Médecin célèbre de l’antiquité ; cf. Mém. hist., chap. CV.

(373. ) Cf. Mém. hist., chap. LIII.

(374. ) Cf. Mém. hist., chap. LIV.

(375. ) Cf. Mém. hist., chap. LVI.

(376. ) Cf. Mém. hist., chap. LVII.

(377. ) C’est-à-dire que l’impératrice mourra elle-même avant Tcheou P’o.

(378. ) On a vu quelques lignes plus haut que l’empereur avait envoyé Fan K’oai et Tcheou P’o combattre Lou Koan, roi de Yen. Celui-ci se tint sur la défensive au pied de la Grande Muraille ; il espérait, si l’empereur se guérissait, profiter de la clémence qu’il ne pourrait manquer de témoigner à l’occasion de son rétablissement ; mais il était prêt, si l’empereur mourrait, à passer chez les Hiong-nou ; c’est en effet ce qu’il dut faire.

(379. ) Hoang-fou Mi dit que Kao-tsou était âgé de soixante-trois ans quand il mourut. D’après le commentateur Tsan, il n’avait que cinquante-trois ans.

(380. ) Li Chang, frère de Li I-ki.

(381. ) Cf. note 378.

(382. ) Le Ts’ien Han chou dit : « le cinquième mois, au jour ping yn. » Ce jour est en effet compris dans le cinquième mois (cf. Appendice). En outre, le Ts’ien Han chou dit que la sépulture fut à Tch’ang-ling. Cette localité était à 40 li au nord de Tch’ang-ngan.

(383. ) Au lieu des deux mots ki-se, le Ts’ien Han chou écrit i hia = quand on eut descendu (le cercueil sous terre).

(384. ) Le père de Kao-tsou.

(385. ) Le mot a ici le sens assez particulier de « second » ou « répété ».

(386. ) Cf. note 358.

(387. ) Dans ce bizarre passage, Se-ma Ts’ien admet une sorte de cycle mystique : la vertu dominante d’une dynastie donne lieu, lorsqu’elle s’altère, à un défaut déterminé qui ne peut être combattu que par la vertu opposée d’une nouvelle dynastie ; à ce point de vue, les Ts’in n’avaient pas su lutter contre le vice prédominant des Tcheou ; au contraire, les Han, dont la vertu maîtresse était la même que celle de l’antique dynastie Hia, venait à sa place dans le cycle et c’est pourquoi elle put régner.

(388. ) Cf. note 07.316. .

(389. ) Cf. note 07.317. .

(390. ) Cf. note 382 ad fin.