Méthode d’équitation basée sur de nouveaux principes/Nouveaux moyens de donner une bonne position au cavalier

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I

NOUVEAUX MOYENS D’OBTENIR UNE BONNE POSITION DU CAVALIER[1].




On trouvera sans doute étonnant que, dans les premières éditions, promptement épuisées, de cet ouvrage ayant pour objet l’éducation du cheval, je n’aie pas commencé par parler de la position du cavalier. En effet, cette partie si importante de l’équitation a toujours été la base des écrits classiques.

Ce n’est pas sans motifs, cependant, que j’ai différé jusqu’à présent de traiter cette question. Si je n’avais eu rien de nouveau à dire, j’aurais pu, ainsi que cela se pratique, consulter les vieux auteurs, et, à l’aide de quelques transpositions de phrases, de quelques changement de mots, lancer dans le monde équestre une inutilité de plus. Mais j’avais d’autres idées ; je voulais une refonte complète. Mon système pour arriver à donner une bonne position au cavalier étant aussi une innovation, j’ai craint que tant de choses nouvelles à la fois n’effrayassent les amateurs, même les mieux intentionnés, et qu’elles ne donnassent prise à mes adversaires. On n’aurait pas manqué de proclamer que mes moyens d’action sur le cheval étaient impraticables, ou qu’ils ne pouvaient être appliqués qu’avec le secours d’une position plus impraticable encore. Or, j’ai prouvé le contraire : d’après mon système, des chevaux ont été dressés par la troupe, quelle que fût la position des hommes à cheval. Pour donner plus de force à cette méthode, pour la rendre plus facile à comprendre, j’ai dû l’isoler d’abord de tous autres accessoires, et garder le silence sur les nouveaux principes qui ont rapport à la position du cavalier. Je me réservais de ne mettre ces derniers au jour qu’après la réussite incontestable des essais officiels. Au moyen de ces principes, ajoutés à ceux que j’ai publiés sur l’art de dresser les chevaux, j’abrège également le travail du cavalier, j’établis un système précis et complet sur ces deux parties importantes, mais jusqu’à ce jour confuses, de l’équitation.

En suivant mes nouvelles indications, relativement à la position de l’homme à cheval, on arrivera promptement à un résultat certain ; elles sont aussi faciles à comprendre qu’à démontrer : deux phrases suffisent pour tout expliquer au cavalier. Il est de la plus grande importance, pour l’intelligence et les progrès de l’élève, que l’instructeur soit court, clair et persuasif ; celui-ci doit donc éviter d’étourdir ses recrues par des développements théoriques trop prolongés. Quelques mots, expliqués avec à-propos, favoriseront et dirigeront beaucoup plus vite la compréhension. L’observation silencieuse est souvent un des caractères distinctifs du bon professeur. Après qu’on s’est assuré que le principe posé a été bien compris, il faut laisser l’élève studieux exercer lui-même son mécanisme : c’est ainsi seulement qu’il parviendra à trouver les effets de tact, qui ne s’obtiennent que par la pratique. Tout ce qui tient au sentiment s’acquiert, mais ne se démontre pas.

Position du cavalier.

Le cavalier donnera toute l’extension possible au buste, de manière que chaque partie repose sur celle qui lui est inférieurement adhérente, afin d’augmenter l’appui des fesses sur la selle ; les bras tomberont sans force sur les côtés ; les cuisses et les genoux devront trouver, par leur face interne, autant de points de contact que possible avec la selle, les pieds suivront naturellement le mouvement des jambes.

On comprend dans ces quelques lignes combien est simple la position du cavalier.

Les moyens que j’indique pour obtenir, en peu de temps, une bonne position lèvent toutes les difficultés que présentait la route tracée par nos devanciers. L’élève ne comprenait presque rien au long catéchisme récité à haute voix par l’instructeur, depuis la première phrase jusqu’à la dernière ; en conséquence, il ne pouvait pas l’exécuter. Ici, c’est par quelques mots que nous rendons toutes ces phrases, et ces mots sont compréhensibles pour le cavalier qui suit mon travail d’assouplissement. Ce travail le rendra adroit et, par suite, intelligent ; un mois ne sera pas écoulé sans que le conscrit le plus lourd et le plus maladroit ne soit en état d’être bien placé.

Leçon préparatoire.
(La leçon sera d’une heure ; il y aura deux leçons par jour pendant un mois.)

Le cheval est amené sur le terrain, sellé et bridé ; l’instructeur ne prendra pas moins de deux élèves ; l’un tiendra le cheval par la bride, tout en observant le travail de l’autre, afin de l’exécuter à son tour. L’élève s’approchera de l’épaule du cheval et se disposera à monter ; à cet effet, il prendra et séparera avec la main droite une poignée de crins, qu’il passera dans la main gauche, le plus près possible de leurs racines, sans qu’ils soient tortillés dans la main ; il saisira le pommeau de la selle avec la main droite, les quatre doigts en dedans, le pouce en dehors ; puis, après avoir ployé légèrement les jarrets, il s’enlèvera sur les poignets. Une fois la ceinture à la hauteur du garrot, il passera la jambe droite par-dessus la croupe sans la toucher et se mettra légèrement en selle. Ce mouvement de voltige étant d’une très-grande utilité pour l’agilité du cavalier, on le lui fera recommercer huit ou dix fois, avant de le laisser s’asseoir sur la selle. Bientôt la répétition de ce travail lui donnera la mesure de ce qu’il peut faire au moyen de la force bien entendue de ses bras et de ses reins.

Travail en selle.
Ce travail doit se faire en place ; on choisira de préférence un cheval vieux et froid. (Les rênes nouées tomberont sur le col.)

Une fois l’élève à cheval, l’instructeur examinera sa position naturelle, afin d’exercer plus fréquemment les parties qui ont de la tendance à l’affaissement ou à la roideur. C’est par le buste que l’instructeur commencera la leçon. Il fera servir à redresser le haut du corps les flexions des reins qui portent la ceinture en avant ; on tiendra pendant quelque temps dans cette position le cavalier dont les reins sont mous, sans avoir égard à la roideur qu’elle entraînera les premières fois. C’est par la force que l’élève arrivera à être liant, et non par l’abandon tant et si inutilement recommandé. Un mouvement obtenu d’abord par de grands efforts n’en nécessitera plus au bout de quelque temps, parce qu’il y aura adresse, et que, dans ce cas, l’adresse n’est que le résultat des forces combinées et employées à propos. Ce que l’on fait primitivement avec dix kilogrammes de forces se réduit ensuite à sept, à cinq et à deux. L’adresse sera la force réduite à deux kilogrammes. Si l’on commençait par une force moindre, on n’arriverait pas à ce résultat. On renouvellera donc souvent les flexions de reins en laissant parfois l’élève se relâcher complètement, afin de lui faire bien saisir l’emploi de force qui donnera prômptement une bonne position au buste. Le corps étant bien placé, l’instructeur passera 1° à la leçon du bras, laquelle consiste à le mouvoir dans tous les sens, d’abord ployé et ensuite tendu ; 2° à la leçon de la tête ; celle-ci devra tourner à droite et à gauche sans que ses mouvements réagissent sur les épaules.

Dès que la leçon du buste, des bras et de la tête donnera un résultat satisfaisant, ce qui doit arriver au bout de quatre jours (huit leçons), on passera à celle des jambes.

L’élève éloignera, autant que possible, des quartiers de la selle l’une des deux cuisses ; il la rapprochera ensuite avec un mouvement de rotation de dehors en dedans, afin de la rendre adhérente à la selle par le plus de points de contact possible. L’instructeur veillera à ce que la cuisse ne retombe pas lourdement ; elle doit reprendre sa position par un mouvement lentement progressif et sans secousses. Il devra, en outre, pendant la première leçon, prendre la jambe de l’élève et la diriger pour bien lui faire comprendre la manière d’opérer ce déplacement. Il évitera ainsi la fatigue et obtiendra de plus prompts résultats.

Ce genre d’exercice nécessite de fréquents repos ; il y aurait inconvénient à prolonger la durée du travail au delà des forces de l’élève. Les mouvements d’adduction (qui rendent la cuisse adhérente à la selle) et ceux d’abduction (qui éloignent) devenant plus faciles, les cuisses auront acquis un liant qui permettra de les fixer à la selle dans une bonne position. On passera alors à la flexion des jambes.

Flexion des jambes.

L’instructeur veillera à ce que les genoux conservent toujours leur adhérence parfaite avec la selle. Les jambes se mobiliseront comme le pendule d’une horloge, c’est-à dire que l’élève les remontera jusqu’à toucher le troussequin de la selle avec les talons. Ces flexions répétées rendront les jambes promptement souples, liantes, et leur mouvement indépendant de celui des cuisses. On continuera les flexions de jambes et de cuisses pendant quatre jours (huit leçons). Pour rendre chacun de ces mouvements plus correct et plus facile, on y consacrera huit jours (ou quatorze leçons). Les quatorze jours (trente leçons) qui resteront pour compléter le mois continueront à être employés au travail d’assouplissement en place ; seulement, pour que l’élève apprenne à combiner la force de ses bras et celle de ses reins, on lui fera tenir progressivement des poids de 2 à 5 kilogrammes à bras tendu. On commencera cet exercice par la position la moins fatigante, le bras ployé, la main près de l’épaule, et on poussera cette flexion à la plus grande extension du bras. Le buste ne devra pas se ressentir de ce travail et restera maintenu dans la même position.

Des genoux.

La force de pression des genoux se jugera, et même s’obtiendra à l’aide du moyen que je vais indiquer. Ce moyen, qui de prime abord semblera peut-être futile, amènera cependant de très-grands résultats. L’instructeur prendra un morceau de cuir de l’épaisseur de cinq millimètres et long de cinquante centimètres ; il placera l’une des extrémités de ce cuir entre le genoux et le quartier de la selle. L’élève fera usage de la force de ses genoux pour ne pas le laisser glisser, tandis que l’instructeur le tirera lentement et progressivement de son côté, Ce procédé servira de dynamomètre pour juger des progrès de la force. Quelques paroles encourageantes placées à propos stimuleront l’amour-propre de chaque élève.

On veillera avec le plus grand soin à ce que chaque force qui agit séparément n’en mette pas d’autres en jeu, c’est-à-dire que le mouvement des bras n’influe jamais sur leurs épaules ; il devra en être de même pour les cuisses, par rapport au tronc ; pour les jambes par rapport aux cuisses, etc., etc. Le déplacement et l’assouplissement de chaque partie isolée une fois obtenus, on déplacera momentanément le haut du corps, afin d’apprendre au cavalier à se remettre en selle lui-même. Voici comment on s’y prendra : l’instructeur, placé sur le côté, poussera l’élève par la hanche, de manière que son assiette se trouve portée en dehors du siège de la selle. Avant d’opérer un nouveau déplacement, l’instructeur laissera l’élève se remettre en selle, en ayant soin de veiller à ce que, pour reprendre son assiette, il ne fasse usage que des hanches et des genoux, afin de ne se servir que des parties les plus rapprochées de l’assiette. En effet, le secours des épaules influerait bientôt sur la main, et celleci sur le cheval ; le secours des jambes pourrait avoir de plus graves inconvénients encore. En un mot, dans tous les déplacements, on enseignera à l’élève à ne pas avoir recours, pour diriger, aux forces qui maintiennent à cheval ; à ne pas employer, pour s’y maintenir, celles qui dirigent.

A l’aide de cette gymnastique équestre justenent combinée, on arrive, au bout d’un mois, à faire exécuter facilement à tous les conscrits les exercices qui semblaient les plus contraires à leur organisation physique.

L’élève ayant franchi les épreuves préliminaires, attendra avec impatience les premiers mouvements du cheval pour s’y livrer avec l’aisance d’un cavalier déjà expérimenté.

Quinze jours (trente leçons) seront consacrés au pas, au trot et même au galop. Ici l’élève doit uniquement chercher à suivre les mouvements du cheval ; en conséquence, l’instructeur l’obligera à ne s’occuper que de sa position et non des moyens de direction à donner au cheval. On exigera seulement que le cavalier marche d’abord droit devant lui, puis en tous sens, une rêne de bridon dans chaque main. Au bout de quatre jours (huit leçons), on pourra lui faire prendre la bride dans la main gauche. On s’attachera à ce que la main droite, qui se trouve libre, reste à côté de la gauche, afin que le cavalier prenne de bonne heure l’habitude d’être placé carrément (les épaules sur la même ligne) ; le cheval trottera également à droite et à gauche. Lorsque l’assiette sera bien consolidée à toutes les allures, l’instructeur expliquera d’une manière simple les rapports qui existent entre les poignets et les jambes, ainsi que leurs effets séparés[2].

Éducation du cheval.

Ici le cavalier commencera l’éducation du cheval, en suivant la progression que j’ai indiquée et que l’on trouvera ci-après. On fera comprendre à l’élève tout ce qu’elle a de rationnel, et par quelle liaison intime se suivent, dans leurs rapports, l’éducation de l’homme et celle du cheval. Au bout de quatre mois à peine, le cavalier pourra passer à l’école de peloton ; les commandements ne seront plus qu’une affaire de mémoire ; il lui suffira d’entendre pour exécuter, car il sera maître de son cheval.

J’espère que la cavalerie comprendra (comme elle a déjà compris mon mode d’éducation du cheval) tout l’avantage des moyens que j’indique pour tirer le plus large parti possible du peu de temps que chaque soldat reste sous les drapeaux. J’ai également la conviction que l’emploi de ces moyens rendra prompte et parfaite l’éducation des hommes et des chevaux.


RÉSUMÉ ET PROGRESSION.
Jours. Leçons.
1° Flexion des reins pour servir à l’extension du buste
4 8
2° Rotation, extension des cuisses et flexion des jambes
4 8
3° Exercice général et successif de toutes les parties
8 14
4° Déplacement du tronc, exercice des genoux et des bras avec des poids dans les mains
14 28
5° Position du cavalier sur le cheval au pas, au trot et au galop, pour façonner et fixer l’assiette à ces différentes allures
15 30
6° Éducation du cheval par le cavalier
50 100
Total 95 188
  1. Ces préceptes s’adressent plus spécialement aux cavaliers militaires ; mais, avec quelques légères modifications, faciles à saisir, ils peuvent également s’appliquer à l’équitation civile.
  2. Voir les principes pour l’éducation du cheval.