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Maladie du coït

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École impériale vétérinaire de Toulouse


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MALADIE DU COÏT


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THÈSE


POUR LE


DIPLÔME DE MÉDECIN-VÉTÉRINAIRE


PAR


Jean-Baptiste HAGET


Né à Saubusse (Landes)


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TOULOUSE

IMPRIMERIE J. PRADEL ET BLANC

6, rue des gestes, 6


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1867


JURY D’EXAMEN



MM. BOULEY, Inspecteur-général.
LAVOCAT, Directeur.
LAFOSSE, Professeurs.
LARROQUE,
GOURDON,
SERRES,
BONNAUD, Chefs de Service.
MAURI .


――✾oo✾――


PROGRAMME D’EXAMEN



Instruction ministérielle
du 22 octobre 1866.



THÉORIE Épreuves écrites Dissertation sur une question de Pathologie spéciale dans ses rapports avec la Jurisprudence et la Police sanitaire, en la forme soit d’un procès-verbal, soit d’un rapport judiciaire, ou à l’autorité administrative ;
Dissertation sur une question complexe d’Anatomie et de Physiologie.
Épreuves orales Pathologie médicale spéciale ;
Pathologie chirurgicale ;
Manuel opératoire et Maréchalerie ;
Thérapeutique générale, Posologie et Toxicologie ;
Police sanitaire et Jurisprudence ;
Hygiène, Zootechnie, Extérieur.
PRATIQUE Épreuves pratiques Opérations chirurgicales et Ferrure ;
Examen clinique d’un animal malade ;
Examen extérieur de l’animal en vente ;
Analyse des sels ;
Pharmacie pratique ;
Examen pratique de Botanique médicale et fourragère.

À MON PÈRE, À MA MÈRE


hommage de reconnaissance et de tendresse filiales.

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À MON FRÈRE, À MES SŒURS


témoignage d’affection.

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À MES ONCLES, À MES TANTES
À TOUTE MA FAMILLE

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À M. AMÉDÉE BONNEVAY

Hommage de reconnaissance.

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À MES PROFESSEURS

en souvenir de leurs savantes leçons.

――――


À MES AMIS

MALADIE DU COÏT




Définition. La maladie du coït est une affection particulière aux solipèdes ; elle se caractérise par une tuméfaction, un écoulement jaunâtre, et des vésicules ou pustules miliaires suivies d’ulcérations superficielles sur les parties génitales du mâle ou de la femelle. Elle est contagieuse du mâle à la femelle et de la femelle au mâle. Bénigne ou maligne et dans ce dernier cas, elle s’accompagne de claudications, de paralysies, d’atrophies musculaires et d’engorgements lymphatiques ; complications qui entraînent généralement la mort dans un marasme hideux. Sa marche et sa durée sont insidieuses. On ne connaît pas la thérapeutique à lui opposer.


Synonymies. Connue à peine depuis 1796, la maladie du coït a reçu différentes dénominations, dont voici les principales : Maladie vénérienne, syphilis, épizootie chancreuse, vérole, typhus vénérien, maladie du Hanovre, maladie vénérienne nerveuse, maladie des organes génitaux, maladie paralytique du cheval, paralysie épizootique, paraplégie épizootique, maladie sourde du système nerveux, morve de l’appareil de la génération, mal français, mal napolitain, enfin daaurith ou el dourine des Arabes.

Depuis les écrits de J. Ammon, qui l’observa pour la première fois en 1796, dans le nord de la Prusse, bien des vétérinaires ont décrit des affections comme étant la maladie du coït, et qui cependant en étaient bien éloignées par leurs caractères généraux. Ainsi, il est bien probable, si non certain, que l’eczéma et l’ecthyma des organes génitaux, décrits en 1855 (Journal des Vétérinaires du Midi) par notre distingué professeur M. Lafosse, ont été confondus avec la véritable affection du coït, laquelle affection est meurtrière, tandis que les premières sont purement locales et n’exercent aucun effet morbide général, et par conséquent sont sans gravité aucune. Ce qui tend à confirmer l’idée de cette confusion, c’est le titre d’épizootie chancreuse, sous lequel on a souvent décrit la maladie. Or, comme on le verra dans l’exposé des symptômes, les chancres n’existent pas dans la maladie du coït. Ces dits chancres ne devaient donc être que des vésicules eczémateuses ou des pustules ecthymateuses, qui sont du reste assez fréquentes dans les temps de la monte.


Historique. Comme je l’ai déjà dit, la première description de la maladie du coït a été donnée, en 1796, par J. Ammon. Des auteurs russes prétendent avoir la connaissance primitive de la maladie ; mais comme leur assertion n’a jamais été prouvée, on doit faire remonter son invasion à la fin du siècle dernier.

Hertwig de Berlin, dit qu’elle a persisté dans le royaume de Prusse et notamment dans le district de Trakehne jusqu’en 1801, où elle reparut en 1807, époque à laquelle elle fut étudiée par G. Ammon. Depuis lors, plusieurs années s’écoulèrent sans que dans cette partie prussienne on n’eût plus à s’occuper de cette meurtrière affection ; mais cependant elle n’était pas encore éteinte, car depuis 1807 à 1817 et 1818, époques où elle reparut dans les haras de Trakehne, elle exerçait ses ravages en Allemagne. Wallersdorf l’observa en 1815 dans le district de Bromberg. M. Haveman, directeur de l’École vétérinaire du Hanovre, l’a étudiée et traitée pendant trois années, de 1817 à 1820.

De 1821 à 1828, elle apparut à plusieurs reprises dans l’empire d’Autriche, et principalement en Bohême, où elle fit de grands ravages ; mais les désastres furent encore plus grands dans la Styrie, où elle régnait en 1821.

La Suisse fut aussi envahie en 1830. Non-seulement on l’observait alors dans ce royaume, mais à la même époque de 1830 à 1832, Lautour l’étudiait en France. Les observations de ce dernier auteur restèrent probablement inédites, car ce n’est qu’en 1852 qu’elle a été décrite en France.

En 1835 et 1839, Haxthausen en fit une étude approfondie dans la Haute-Silésie, dans les provinces de Leibschütz et d’Œltz, où elle régna jusqu’en 1840. Enfin, depuis cette époque, la maladie s’est montrée rarement dans les endroits que j’ai cités.

En 1840, elle sévissait avec violence dans les haras impériaux de l’empire russe. Certains auteurs disent qu’elle doit être originaire de cette contrée ; tandis que les vétérinaires russes la croient d’origine anglaise, c’est du moins ce que cette note semble prouver : « La syphilis du cheval, dit M. le docteur Reinner, règne presque sans discontinuer sur les chevaux de la Russie, dans les haras de Skapin, dans le gouvernement de Nischegorod. Elle sévit aussi parfois dans les haras de la couronne, où elle a été introduite, dit-on, par des étalons anglais. » Mais, à proprement parler, son origine est encore obscure.

En 1841, elle sévissait dans certains haras de la Hongrie, car la feuille hyppologique de 1842, décrivant les haras du comte Peter Pejacsewich, situés près de Numa, en Hongrie, dit : « L’année précédente le comte a éprouvé de grands malheurs par la maladie du coït ; il perdit cinq chevaux qui lui étaient arrivés de l’Angleterre et cent cinquante de ses élèves. »

Le professeur Héring l’a étudiée dans le Wurtemberg.

En 1847, M. Signol, vétérinaire militaire, eut l’occasion de l’étudier en Algérie, et il en fit un mémoire intitulé : Paraplégie épizootique, qu’il envoya à la Société centrale de médecine vétérinaire. D’après cet auteur, cette affection est assez fréquente dans ce pays et même très meurtrière, car depuis peu de temps elle a fait périr environ 600 animaux dans la tribu des Rigas, où elle est connue sous le nom de daaurith.

Il en est de même du général Daumas qui, en 1855, écrivait à M. Magne que cette maladie est malheureusement trop fréquente, et que dans la province de Constantine, où elle est connue sous le nom de el dourine, elle exerce une effrayante mortalité parmi les juments poulinières. De ces faits, on peut conclure que les Arabes la connaissent depuis longtemps.

Les éleveurs français ont éprouvé aussi de notables pertes par la maladie du coït. C’est en 1851 et 1852 qu’elle fit son invasion dans le midi de la France, et son intensité était grande dans la charmante et riche plaine de Tarbes (Hautes-Pyrénées). Mais grâce à la diligence des soins de MM. Yvart et Lafosse, qui en tirent une étude scrupuleuse, son génie épizootique fut bien vite étouffé, et les éleveurs de la contrée mis à l’abri des pertes considérables qui, certainement, n’étaient pas pour eux un engageant d’élever la race chevaline.

Mais malgré toutes les mesures mises en pratique pour arrêter sa propagation, la maladie du coït fit son apparition dans le département des Landes en 1865. À cette époque, elle se fit remarquer dans les arrondissements de Mont-de-Marsan et de St-Sever, où elle fut introduite, d’après les communications faites au sein de la Société des vétérinaires du département, par des étalons provenant du haras de Pau. Aucune mesure de police sanitaire n’ayant été prise par l’autorité pour prévenir son extension, elle ne tarda pas à gagner l’arrondissement de Dax. C’est en 1859, 1860 et 1861, qu’elle fit périr dans ce département une trentaine de juments appartenant aux communes de Saubusse et de Rivière, canton de Dax. Des mesures préservatives ayant été prises par l’autorité, la maladie a disparu des barthes ou vaine pâture des deux communes précitées.


Étiologie. Les causes qui peuvent déterminer la maladie du coït, quoique ayant donné lieu à bon nombre de recherches et de suppositions, sont encore inconnues : cependant il en est qui peut-être se rapprochent bien de la vérité.

La cause occasionnelle principale est sans nul doute l’accouplement ; mais l’affection se déclarant d’une manière spontanée, d’après Herwig, il reste à savoir sous quelles influences elle se produit. On a dit que les saillies trop fréquentes produisent l’affection ; mais cette cause, qui ne peut être adoptée qu’à l’égard des étalons, n’est réellement pas sérieuse, car on comprend alors que la maladie serait plus étendue sous le rapport géographique, surtout dans les contrées où des particuliers n’entretiennent bien souvent qu’un ou deux étalons pour la saillie d’une grande partie, sinon de toutes les juments d’une ou plusieurs localités. Au reste, ne serait-elle pas aussi plus commune dans la Camargue et dans une certaine partie du département des Landes, où les chevaux vivent presque à l’état sauvage, et où un, deux, trois étalons, âgés quelquefois à peine de 18 mois à deux ans, fécondent un grand nombre de juments ? Or, la Camargue n’a jamais été visitée par cette maladie, et dans les Landes, ce n’est que dans ces dernières années qu’on l’a observée, et son invasion y est due a des étalons importés des Basses-Pyrénées. L’excès dans la répétition de l’acte du coït ne peut donc être invoqué. Une autre preuve contraire à cette assertion, c’est que dans les stations prussiennes, les ordres sont que les étalons, dans la force de l’âge, peuvent opérer deux saillies ; ceux de quatre ans, une seule dans l’espace de vingt-quatre heures, et encore doit-on leur accorder un jour de repos par semaine. De sorte que le nombre de juments saillies pendant la période de quatre mois à quatre mois et demi ne dépasse pas 45 à 50. Les reproducteurs ne sont donc pas épuisés, et cependant l’affection est fréquente dans cette contrée, et c’est même là qu’elle a été observée pour la première fois par le vétérinaire prussien Ammon.

La commission de Tarbes, composée mi-partie de médecins et de médecins vétérinaires, rattache l’évolution de la maladie du coït à des circonstances atmosphériques, à la constitution du sol, à des écarts aux règles de l’hygiène, tels que logements insalubres, au pacage dans les prairies mouillées, surtout lors des intempéries, à une alimentation peu abondante et peu substantielle ; car, dit-elle, les pauvres bêtes n’ont pour nourriture que ce qu’elles peuvent ramasser dans les landes. Outre ces causes, la commission parait rattacher une grande importance aux rapports sexuels opérés hâtivement après la mise-bas, et surtout dans les circonstances où le rapprochement des sexes a lieu ; car, dit-elle dans son rapport, lorsque les juments sont conduites au haras, c’est presque toujours le matin de bonne heure, souvent à jeun et par un temps souvent horrible. Montées par un domestique, elles sont menées à grand train. Enfin, arrivées à l’établissement du dépôt d’étalons, elles restent deux ou trois heures immobiles sans abri, et souvent ces juments ainsi exposées à ces conditions qui ne répondent pas du tout à leur bonne hygiène, ont mis bas huit jours auparavant. Mais ces causes qui appartiennent à toutes les maladies, peuvent-elles faire développer une affection spécifique comme la maladie du coït ? Je ne le pense pas. Au reste, toutes ces causes n’existent-elles pas depuis bien longtemps dans le département des Hautes-Pyrénées, et la maladie ne s’est montrée qu’en 1831. Enfin, n’a-t-elle pas été observée en Prusse, en Autriche, en Suisse, en Russie, en Arabie et en France, où la constitution du sol et la température sont essentiellement différentes ? L’invocation d’une pareille étiologie ne peut donc être qu’une pure hypothèse.

L’étiologie de cette maladie n’est pas plus avancée quand on admet avec Rodloff, qu’il faut prendre en grande considération les conditions atmosphériques troublant les fonctions de la peau, et qui préparent les affections catarrhales, puis une alimentation impropre à la préparation des matériaux d’une bonne nourriture. Il demeure avéré, dit-il, que les juments atteintes d’affections catarrhales, de gourme, d’eaux aux jambes, sont attaquées de préférence. Ainsi, une disposition héréditaire, un état catarrhal, et plus encore des exanthèmes cutanés permanents ou habituels, indice d’une dyscrasie lymphatique, se combinant avec l’acte du coït, déterminent par l’éveil de la sensibilité générale, par l’excitation locale, par la friction des organes sexuels, l’évolution primitive de la maladie chez les étalons et les juments (Recueil, 1855).

Hertwig attribuait la maladie à la fornication où à la sodomie. Cette opinion est en vogue chez les Arabes : car ils pensent que c’est le baudet qui communique la maladie à la jument ; et voici comment ils l’expliquent : « Le crime de bestialité sur l’ânesse étant commun en Afrique, ne serait-ce pas une maladie vénérienne communiquée à ce dernier animal, lequel la communiquerait au baudet et celui-ci à la jument, lorsqu’on veut lui faire produire des mulets ? Et ce qui confirmerait cette hypothèse, a dit M.  Magne, : « c’est qu’il est de notoriété publique en Algérie que certains Arabes croient pouvoir se guérir de la maladie vénérienne en forniquant avec une ânesse : » En faveur de cette dernière opinion, M.  Patté ajoute que les Arabes ne sont pas les seuls qui aient eu recours, pour se délivrer de la syphilis, à cette thérapeutique grossière et brutale. On trouve dans des historiens antérieurs à la grande épidémie de vérole du XVe siècle, et dans des auteurs postérieurs, des relations d’autres énormités. En effet, pour se délivrer de la vérole, on pensait qu’il était efficace de pratiquer le coït avec une jeune vierge ou avec un coquebin (jeune garçon vierge). Est-ce dans la connaissance et l’emploi de cette pratique barbare, que les Arabes auraient cru trouver le moyen curatif de la vérole ? Il est difficile et peu intéressant de le déterminer. Toujours est-il que cette singulière opinion paraît avoir été en faveur autre part qu’en Afrique.

Le docteur Niebuhr raconte, avec des détails qu’il est difficile de reproduire, des exemples de bestialité dont l’ânesse, succube, faisait le sujet. Il résultait de ces faits, que le lumbago, la sciatique, la goutte, le rhumatisme et ce que l’on appelait autrefois le flux de semence, ne devaient pas résister à cette fornication. Je sais que dans les environs de Toulouse des soldats étaient atteints de syphilis ; bien convaincus qu’ils pourraient s’en guérir par la bestialité, ils eurent recours à une ânesse.

Cette assertion, émise aussi par le général Daumas, a été reproduite dans le Recueil par M.  Baron, vétérinaire à Auch. Il dit que dans la plaine de Tarbes, au moment où cette maladie a fait son apparition, on croyait qu’elle était due à la transmission de la syphilis de l’homme. Enfin, ces écarts de l’humanité sont encore enregistrés dans l’histoire, car la Grèce et Rome ont laissé des exemples de ces faiblesses humaines. Mais dans cette source on ne peut y voir que de honteuses faiblesses de l’espèce humaine et non quelque chose qui éclaire la question pathologique, c’est donc sur un raisonnement plus solide que l’on doit chercher à s’appuyer pour émettre les causes de la maladie.

La syphilis ne peut avoir donné naissance a la maladie du coït ; car, comme je l’établirai en parlant de sa nature, il n’y a aucune identité dans les symptômes, dans la marche, le traitement ni les lésions de ces deux affections. Au reste, ce qui le prouve, ce sont les expériences de M. Lafosse, notre savant professeur. Il inocula à des solipèdes des deux sexes, du virus syphilitique puisé à la surface des chancres de la verge ; l’inoculation fut pratiquée à la lancette sur la muqueuse du vagin et de l’urèthre, sur la peau de la vulve, de la verge, sur la pituitaire, la muqueuse buccale, la conjonctive, etc., et les résultats furent simplement ceux des piqûres sous épidermiques. Aucun autre phénomène ne fut constaté pendant les six mois d’observations auxquels furent soumis les sujets. L’inoculation fut faite aussi sur des juments à la période de rut, les résultats restèrent toujours nuls ; ce qui démontre que le penchant qu’aurait pu avoir M. Reynal pour la réussite de l’inoculation, dans cette période de rut, ne peut pas être fondé.

Pourra-t-on objecter que les expériences n’ont pas été répétées un assez grand nombre de fois ? Non, parce que la syphilis se propage très facilement dans l’espèce humaine par toute voie ; car on connaît malheureusement des exemples où le simple attouchement d’objets imprégnés du virus syphilitique sur les parties de peau dénudées d’épiderme, suffit pour donner prise ou naissance à des accidents syphilitiques. Au reste, s’il y avait identité des deux affections, n’aurait-on pas vu quelques cas de contagion des animaux à l’homme, lors des nombreuses autopsies qui souvent, si non toujours, ont été faites sans précautions, et surtout chez les paysans ou palefreniers, qui pansaient les malades sans réserve aucune ? Enfin, si l’identité existait, elles seraient aussi facilement transmissibles par toute voie, et assurément on aurait signalé la maladie chez des chevaux hongres, qui auraient mangé au même râtelier, bu à la même auge, ou enfin qui auraient eu un rapport quelconque avec des sujets malades. Une autre preuve encore de la non-identité, résulte d’autres expériences de M. Lafosse : c’est que la matière de l’écoulement vaginal et des petits ulcères de bêtes atteintes de la maladie du coït, a été inoculée sur des chevaux à la muqueuse du tube uréthral et sur des juments à la muqueuse du vagin, les résultats ont été encore négatifs. On voit donc la grande différence qui existe dans la transmission de la syphilis et dans celle de la maladie du coït. Il résulte donc que la syphilis n’est pas la source de la maladie du coït.

D’après ce qui précède, il est aisé de voir que l’étiologie de la maladie du coït est encore dans la plus complète obscurité ; mais ce qui est hors de doute, c’est la contagion, où sa transmission lors du rapprochement des sexes d’un individu malade avec un autre en parfait état de santé.


Contagiosité. La maladie du coït est-elle une affection épizootique et contagieuse ? Je ne pense pas que la qualification d’épizootique puisse lui être assignée ; car l’épizootie est une cause pathogénique qui détermine une même maladie chez un grand nombre d’animaux de même espèce ou d’espèces différentes, laquelle cause cesse d’agir, dans un temps plus ou moins long, après avoir produit des désastres considérables dans une et le plus souvent dans plusieurs localités ; encore le génie épizootique est-il quelquefois bien difficile à arrêter ; tandis que la maladie du coït règne le plus ordinairement sur un espace bien limité, et sa propagation est facilement éteinte par des mesures bien bénignes, telles que l’interruption ou l’interdiction de la saillie aux sujets malades. Il est vrai que l’on dit qu’elle peut se développer spontanément ; mais je ne le pense pas : sur soixante ou soixante-dix malades que l’on a observées dans les juments faisant partie de la vaine pâture de l’arrondissement de Dax, un seul cas de la maladie spontanée semble avoir été observé. C’est dans le mois d’avril 1861, qu’un propriétaire de Pey, présenta à M. Piet, vétérinaire à Orisbt, une petite jument du pays, de l’âge de deux ans, qu’il préparait pour la foire de Saint-Geours de Marennes, foire qui est tenue le premier lundi de mai. À titre de renseignements, le propriétaire déclara que la jument, quoique recevant une nourriture abondante, paraissait perdre de l’embonpoint, et que depuis quelques jours elle laissait voir une certaine gêne dans le membre postérieur droit. Après un examen scrupuleux de la bête, il ne fut pas difficile à M. Piet de reconnaître la maladie du coït à sa première période. Le diagnostic connu de son propriétaire, celui-ci déclara que bientôt depuis un an, sa bête avait été continuellement tenue à l’étable, que pendant ce temps elle n’avait point été livrée à l’étalon. Or, point de doute que ce ne fût la maladie du coït, car malheureusement l’autopsie confirma le diagnostic. On ne doit pas attacher de crédulité à ce dernier fait, car il n’est pas d’habitude, dans nos contrées, de tenir une jument constamment à l’étable. De même est aussi erroné le dire de certains vétérinaires prussiens, qui prétendent avoir vu la maladie chez les chevaux hongres. Enfin, la maladie n’étant particulière qu’à la jument et à l’étalon, prouve encore que ce n’est pas une épizootie franche, dont la marche est bien différente dans toutes les autres maladies virulentes. Les caractères d’une véritable épizootie faisant défaut, il est prudent de ne pas abuser de ce mot.

Quant à la contagion immédiate, c’est-à-dire par les rapports sexuels, elle est incontestable.

Admise (la contagion) jusqu’en 1844 par tous ses principaux observateurs, elle a été niée par M. Strauss et la commission de Tarbes. Je ne m’étendrai pas sur les arguments prônés par les non contagionistes en faveur de leur opinion ; je donnerai seulement le résultat des expériences de M. Lafosse, qui ne prouvent malheureusement que trop la contagion.

Pour ne pas que l’on puisse attribuer le résultat des expériences à l’influence épizootique régnant dans la contrée de Tarbes, sur la demande de M. Lafosse, quinze juments appartenant au régiment d’artillerie en garnison à Toulouse et deux étalons provenant du dépôt de Villeneuve-d’Agen, furent conduits à l’École vétérinaire pour servir aux expérimentations ; voici ce qui advint :

1° Sur les quinze juments saines, saillies par des étalons atteints de la maladie du coït, cinq ont été gravement affectées de cette maladie.

2° L’une d’elles seulement en est guérie, sans avoir été soumise à aucune médication.

3° Cinq de ces juments n’ont présenté qu’à un faible degré les symptômes de l’affection contagieuse et en sont guéries spontanément ;

4° Les cinq autres juments n’ont offert aucun signe indiquant qu’elles eussent éprouvé les effets de l’élément contagieux ;

5° Enfin, les deux étalons venant du dépôt de Villeneuve étant en parfaite santé, mis en rapports sexuels avec des juments infectées, un a contracté manifestement la maladie et en est mort, tandis que l’autre ne parait pas en avoir été bien évidemment atteint.

Enfin, comme il l’a été démontré au sein de la Société des vétérinaires des Landes, la contagion a été la cause de l’apparition de la maladie dans ce département.

Est-elle toujours fatalement transmissible ? Non, puisque les expériences faites par la commission de Tarbes ont été négatives, et que, à l’école de Toulouse, sur quinze juments saillies par des individus infectés, cinq n’ont présenté aucun symptôme de l’infection. Est-ce à dire pour cela qu’elle ne soit pas contagieuse ? Certains animaux jouissent de cette force, que l’on appelle l’immunité. Au reste, un fait de contagion bien avéré, fait tomber à lui seul cent faits négatifs.

En résumé, la maladie du coït est une affection contagieuse, qui se transmet par la voie de l’accouplement. Elle n’infecte pas par la cohabitation, et jamais les humeurs, le sang, refoulement vaginal inoculés, n’ont réussi à transmettre la maladie. En disant jamais, je me trompe peut-être, car M. Hertwig et Pfamenschmidt ont réussi une fois à transmettre la maladie par l’inoculation. Le premier, au moyen de frictions sur la vulve et la muqueuse vaginale, avec de la matière puisée sur les pustules des parties sexuelles d’une jument, matière qui était du reste mélangée avec du mucus.

Le second inocula par frictions la matière de l’écoulement vaginal sur la face interne des lèvres de la vulve d’une jument saine, et après quelques jours les symptômes de la maladie se déclarèrent. Ces auteurs avaient-ils réellement affaire à la maladie du coït ou à l’exanthème coïtal ? Dans tous les cas, la virulence de l’affection étant incontestable, on devrait à la première occasion reprendre ces expériences qui seraient confiées à une École vétérinaire, et dont le gouvernement couvrirait les frais.

Il semble aussi incontestable que la maladie du coït est spontanée chez l’étalon et la jument. Mais se développe-t-elle jamais sur des sujets de l’une ou de l’autre espèce avant qu’ils aient été appliqués à la saillie ? Aucun fait que les jeunes poulains ou pouliches aient présenté un cas de la maladie n’a été cité.

Le temps de son incubation est-il connu ? Ces questions non résolues peuvent faire admettre une seule cause déterminante (le coït), dont les effets se manifesteraient après un temps plus ou moins rapproché du moment où la cause a agi.


Symptômes. La maladie du coït est une affection assez variée dans son mode de manifestation. J’étudierai successivement ses symptômes dans l’ordre suivant :

Maladie communiquée, bénigne ou maligne, chez l’étalon et la femelle.

Maladie spontanée (de Hertwig), bénigne ou maligne dans les deux sexes.


Variété communiquée. Bénigne. Symptômes locaux. Femelles. Quelques jours après la saillie, les juments se campent souvent pour uriner, rejettent peu d’urine à la fois et ont un désir ardent de voir le mâle. Il y a des torsions de la queue, de la croupe, des trépignements ; elles éprouvent un certain prurit à la vulve et se frottent contre les corps environnants. En outre on constate un faible engorgement œdémateux froid aux lèvres de la vulve et aux mamelles, œdème non uniforme, car généralement l’engorgement est plus considérable dans une lèvre que dans l’autre. Les lèvres de la vulve sont relâchées, s’éloignent à leur commissure inférieure et laissent ainsi légèrement poindre le clitoris. La vulve est le siège d’un écoulement plus ou moins abondant, d’une matière visqueuse jaunâtre qui se concrète, salit les crins de la queue, les cuisses et corrode les lèvres de la vulve. La muqueuse vulvo-vaginale semble ridée, et est d’un pâle tirant sur le jaune, ou d’un rouge violacé, en un mot, elle est comme marbrée. On y constate en outre de petites saillies jaunâtres de la grosseur d’une tête d’épingle ou d’un petit pois, saillies qui s’ulcèrent ; mais ces ulcères sont superficiels et se cicatrisent vite.

D’autres fois on y observe des sortes de plaques violacées, comme une pièce de 25 centimes à 50 centimes. Ce sont ces plaques que j’ai constatées dans le département des Landes. Dans cet état, la marche de la maladie est souvent entravée, soit par des soins intelligents ou soit par l’effort de la nature, et la guérison est radicale dans l’espace de quinze jours, trois semaines à un mois.

Mâles. La maladie est moins fréquente chez les mâles que chez les femelles, cela est naturel, puisqu’il y a moins de mâles qui coïtent. Trois cas de ce genre se sont présentés dans la vaine pâture de l’arrondissement de Dax.

Pour symptômes locaux on constate une inflammation oedémateuse des organes de la génération. Les bourses, le fourreau, le pénis sont tuméfiés, mais non uniformément. Cet engorgement peu douloureux reste limité à ces organes ou progresse dans son étendue et son intensité. Peu développé d’abord, il peut survenir des paraphymosis ou des phymosis, et la tuméfaction s’étend au périnée, sous le ventre, aux flancs, etc. Il y a un léger écoulement séreux par le canal de l’urèthre. Le désir de l’accouplement est ardent, et le champignon est considérable sans même avoir accompli l’acte ; campements fréquents et l’urine est rejetée en petite quantité. Sur la verge on voit de petites saillies semblables à celles de la muqueuse vaginale, elles s’ulcèrent et disparaissent vite, en laissant pour cicatrice une petite tâche blanche. Arrivée à ce point, la maladie rétrograde, les œdèmes diminuent, l’action de se camper est moins fréquente, et quinze jours, trois semaines, un mois après, la maladie a tout-à-fait disparu.


Forme maligne. Femelles. Dans cette variété tous les symptômes indiqués précédemment augmentent d’intensité. Les œdèmes font des progrès considérables. Ils s’étendent au périnée, au ventre, aux flancs. L’écoulement vulvo-vaginal devient plus abondant, plus corrosif, et la corrosion s’étend quelquefois à tout le périnée, aux cuisses.

La muqueuse vaginale a un aspect marbré et présente des plaques d’un rouge assez foncé ou d’un rouge bleuâtre. J’ai même vu sur trois juments des ulcères superficiels bleuâtres entourés d’une auréole rougeâtre. Sur les lèvres de la vulve existaient aussi de petites ampoules en même temps que des ulcères recouverts d’une croûte jaune sale. À cette période, les animaux sont tristes, ont des tremblements, se campent fréquemment et rejettent de petites quantités d’urine trouble, blanchâtre. La marche est hésitée, chancelante, et les sujets semblent avoir un tour de reins. Arrivée à cette période, la maladie peut rétrograder, pour devenir ensuite plus intense ; ou bien elle continue sa marche progressive. Dans ce dernier cas, l’animal chancelant ne tarde pas à tomber et fait alors de vains efforts pour se relever. La paralysie envahit le train postérieur, et les animaux se soulevant sur leurs membres antérieurs, prennent l’attitude du chien assis, ou bien le train postérieur reste étendu latéralement sur le sol. Dans cette dernière attitude, j’ai vu des juments se traîner ainsi d’un côté à l’autre de l’étable pour ramasser les brins de fourrage tombés sur la litière, ou bien elles allaient heurter la porte avec la tête pour tâcher de sortir.

Dans cet état, les animaux semblent ne pas éprouver de souffrances, car ils mangent avec appétit encore. La digestion, la circulation, la respiration s’exécutent bien. À l’inspection des muqueuses, on constate que la conjonctive est d’un pâle tirant sur le jaune, la pituitaire est pâle aussi et recouverte d’une abondante sérosité grisâtre, qui se concrète aux ailes du nez. Les poils sont ternes, et sur certaines parties du corps ils se hérissent et forment des espèces de taches plus ou moins grandes. Dans ces points la peau est plus épaisse et plus sèche. Les symptômes arrivent alors à leur plus haut degré d’acuité. Les muqueuses prennent une teinte ictérique, et les animaux finissent par succomber dans le marasme et la consomption, si l’abattage ne vient auparavant mettre un terme à cette fièvre hectique.

Avant la mort surviennent quelquefois des complications. Les animaux toussent comme s’ils étaient atteints de bronchite, ou bien ce sont des paralysies que l’on observe, soit aux oreilles, aux paupières, aux lèvres, etc., etc. J’ai vu aussi deux cas de paralysie de la rétine de l’œil gauche. Des fractures d’os, des ligaments et des arthrites ont été observées dans les membres postérieurs ; cela n’étonne pas du tout, en raison de la grande fragilité qu’acquièrent les os et des altitudes différentes que prennent les malades durant la dernière période de la maladie. Dans cette variété maligne, les juments pleines avortent généralement ; mais il est cependant des exceptions, car deux juments, qui par les soins qu’on leur a prodigués ou par les simples efforts de la nature, ont été entièrement guéries après trois ou quatre mois environ, ont produit dans la même année une pouliche eu parfait état de santé et de conformation. De ces deux produits, l’une vient cette année de produire un joli poulain du pays ; tandis que l’autre avorta vers la fin du mois d’octobre. Enfin, toutes les autres juments échappées à la mort, qui avortèrent lors de leur maladie, ont depuis porté annuellement comme toutes les autres femelles vivant dans les mêmes conditions. De bien plus graves complications que l’on signale : ce sont le farcin et la morve. Cette dernière aggravation entraine infailliblement la perte des animaux.

Mâles. Chez l’étalon les symptômes locaux seuls sont différents, les autres sont en tout semblables à ceux de la jument. Le pénis, les cordons testiculaires, les testicules, le fourreau s’engorgent, et la tuméfaction, froide et indolore, prend quelquefois une extension considérable. Il y a phymosis ou paraphymosis ; à leur défaut, lors de l’érection, le champignon a un volume considérable. Si dans cet état on inspecte bien la verge on peut quelquefois apercevoir de petites saillies du diamètre de celui d’un pois ; elles sont disséminées ou réunies en groupe ; dans ce dernier cas, lorsqu’elles se déchirent, elles donnent naissance à de petits ulcères qui disparaissent vite, et à leur place reste une cicatrice blanchâtre. La paralysie d’un membre ou des deux membres postérieurs commence à s’apercevoir. Encore alors la maladie peut rétrograder peu à peu et la guérison peut survenir. Mais si, après la rémission, ou bien si la maladie suit sa marche progressive, les sujets viennent à tomber, leur perte est inévitable. Les diverses complications survenant chez les femelles, peuvent aussi se montrer chez les étalons.

Symptômes généraux. Aux symptômes locaux de la variété bénigne se joignent parfois un peu de tristesse, de diminution de l’appétit, de l’amaigrissement, quoique les sujets soient bien entretenus sous le rapport de l’alimentation et des soins hygiéniques ; de la faiblesse dans le train postérieur, des claudications, des engorgements des ganglions lymphatiques, un léger jetage par les narines, et des éruptions ecthymateuses ou pseudo-farcineuses. La respiration et la circulation ne décèlent rien d’anormal. Ces symptômes restent souvent inaperçus ; mais ce qui est constant, c’est l’amaigrissement.

Dans la forme maligne, c’est par exception aussi que des phénomènes fébriles se développent. L’appétit se conserve, et les matières ingérées subissent une élaboration complète. Ce n’est que dans une période très avancée de la maladie, que ces derniers phénomènes peuvent s’exaspérer. L’amaigrissement devient considérable, surtout dans les parties postérieures qui s’atrophient. Une telle raideur survient dans les membres, qu’on dirait que les animaux sont soutenus comme par quatre piquets. À ces raideurs succèdent des claudications et des paralysies des membres postérieurs, le plus souvent du membre gauche. Les muqueuses prennent une teinte ictérique. Jetage abondant séreux, gris ou verdâtre par les narines et adhérant un peu aux ailes du nez. Larmoiement considérable, et fort engorgement indolore des ganglions lymphatiques, de l’espace inter-maxillaire et de l’aine. Au tégument externe il se forme des éruptions de différente nature : c’est une sorte d’échauboulure, des pustules plates ou de grandes plaques de peau circonscrites où les poils se hérissent. Ces éruptions parfois suppurent et se cicatrisent ensuite. La robe devient terne, etc. Tels sont les symptômes généraux qui appartiennent indistinctement au mâle et à la femelle.


Variété spontanée. (Hertwig) Cette variété est bénigne ou maligne ; mais, quelle que soit sa forme, elle s’annonce toujours primitivement par des symptômes généraux. Or, comme ceux-ci ne sont pas constants, je crois qu’il est difficile de distinguer, dans certains cas, cette dernière variété de celle communiquée, qui débute toujours par les symptômes locaux. Enfin, malgré cette différence de manifestation dans le début, les symptômes de la variété spontanée sont en tout semblables à ceux de la variété communiquée.


Marche, durée et terminaisons. La marche de la maladie est insidieuse, elle éprouve quelquefois des temps d’arrêt plus ou moins longs, qui inspirent l’espoir de la guérison. Mais cet espoir est bientôt déçu quand la maladie se réveille, se montre avec une plus grande intensité et marche ainsi vers une terminaison fatale. C’est donc une affection lente, chronique, éprouvant des rémissions et des paroxysmes.

La durée varie suivant l’intensité avec laquelle a été atteint l’animal ; mais en général elle est de cinq à six mois. Certains auteurs prétendent que la guérison n’est complète qu’après deux ou trois ans. Cependant dans les Landes quelques juments, après des soins à l’étable durant deux mois environ, ont pu être remises dans les barthes ou vaine pâture, où quatre à cinq mois après elles avaient repris l’embonpoint que comporte les conditions dans lesquelles elles vivent.

La terminaison de la maladie est généralement fatale dans la variété maligne ; tandis que la guérison se montre bien souvent par les seuls efforts de la nature dans la variété bénigne. Les sujets atteints de l’affection maligne ne sont pas toujours fatalement condamnés : ils guérissent quelquefois ; mais souvent aussi il reste des paralysies partielles, ou une certaine faiblesse de l’arrière-train, qui diminue considérablement leur valeur vénale, puisqu’ils sont impropres soit au service de la selle, soit à un travail soutenu quelconque. Dans ma contrée, je n’ai constaté que trois cas d’amaurose essentielle survenue à la suite de la maladie.


Marche générale de la maladie. La maladie éclate dans une localité, un grand nombre de malades s’observent la première année. La seconde année, on voit peu d’infectés, et enfin la troisième année, elle a tout-à-fait disparu pour aller exercer ses ravages dans une autre contrée. On a attribué ce fait à des influences atmosphériques ; mais il est plus raisonnable d’admettre, comme M. Lafosse le dit avec juste raison, que ce mode de propagation provient des mesures prises par la première localité pour arrêter la maladie ; tandis qu’elle apparaît dans l’autre par défaut de précautions. En effet, une jument malade est vendue dans la localité où la maladie n’a jamais paru, ou bien celle jument, refusée dans l’établissement du dépôt d’étalons du pays, est amenée dans la localité voisine, où elle est saillie, et ainsi elle propage la maladie. Voilà le mode de transmission que l’on puisse admettre pour raisonner dans le sens de la vérité.


Anatomie pathologique. À l’autopsie du cadavre, on constate d’abord une maigreur extrême, des plaies qui recouvrent toutes les parties saillantes du corps, surtout aux hanches. Dans les organes sexuels se trouvent des infiltrations jaunâtres, limpides, qui prennent quelquefois l’aspect lardacé. La muqueuse du vagin a un aspect marbré, quelquefois des ulcérations à sa surface ; mais elles sont rares. La muqueuse de l’utérus est pâle, sillonnée par quelques vaisseaux variqueux, et couverte d’une viscosité épaisse, gluante. Cette matière est quelquefois tellement abondante, qu’elle remplit la matrice et que l’on croirait, à son aspect extérieur, que la femelle était dans un état de plénitude. La gestation est rare, car les juments avortent généralement pendant le cours de la maladie, ou ne retiennent pas. Sur les lèvres de la vulve tuméfiées, il y a de petites ampoules remplies de sérosité ou des taches blanchâtres, résultat de la cicatrice de ces ampoules ulcérées.

Chez le mâle même infiltration lardacée des organes génitaux et quelquefois de petites ulcérations ou des cicatrices blanchâtres sur le pénis. Le canal de l’urèthre est rougeâtre, infiltré. Les testicules sont mous, flasques. On a également remarqué des indurations comme tuberculeuses dans le cordon, les testicules et les bourses ; les vésicules séminales rougeâtres, infiltrées et renfermant une petite quantité de sperme liquide jaunâtre.

Chez le mâle comme chez la femelle, la peau est adhérente, les muscles sont flasques, décolorés et paraissent séparés ; le tissu graisseux a entièrement disparu ; les ganglions lymphatiques sont tuméfiés, comme boursoufflés.

Dans la cavité abdominale le tube digestif, pâle, flasque, semble rétréci. Certains auteurs prétendent avoir trouvé des ulcérations sur la muqueuse gauche de l’estomac : mais c’est là probablement une erreur. M. Lafosse n’a jamais vu des traces d’ulcères ; mais bien des cicatrices que l’on doit rapporter aux larves d’œstres.

Les ganglions lymphatiques mésentériques sont tuméfiés, quelques-uns épaissis, comme lardacés. Le foie semble plus volumineux, il est d’un rouge brun ou noirâtre, gorgé de sang, et est plus ou moins près de sa dissolution. Injection de la muqueuse des bassinets et de la vessie, et dans l’intérieur de ses organes on trouve une matière jaunâtre formée d’une substance albumineuse tenant en suspension une quantité considérable de cellules épithéliales.

Dans la cavité thoracique, les poumons sont gorgés de sang noir ; l’hépatisation signalée par certains auteurs est rare. Le cœur est flasque et rempli de caillots sanguins noirs. Ce sang noir remplit aussi tous les gros vaisseaux.

Les os, les ligaments sont aussi ramollis, les côtes se désarticulent facilement, et les articulations sont le siège d’arthrites. La synovie est trouble, moins filante, et des globules sanguins nageant dans son intérieur forment des stries rougeâtres.

Le cerveau et la moelle épinière se ramollissent. Ce ramollissement est surtout très marqué au renflement lombaire (queue de cheval). M. Lafosse n’a constaté cette altération qu’une fois, et encore pense-t-il qu’elle est due à une contusion lors de l’ouverture de la colonne vertébrale : du reste, il n’y a pas de traces de congestion ou d’inflammation. La seule lésion constante dans les centres nerveux, c’est l’augmentation du fluide céphalo-rachidien.


Examen microscopique. État du sang. Le sang s’est appauvri, il présente les altérations que l’on rencontre dans toutes les maladies dites par altération du sang. Extrait de la jugulaire pendant la vie de l’animal, il a donné un caillot blanc abondant, sans consistance, et beaucoup de sérum.

Examiné au microscope, on a constaté que les globules se réunissaient en groupe ayant l’aspect de figures hexagonales ou polygonales ; de plus ces globules sont à bords ridés, chagrinés, et ont perdu leur noyau central.

Le sperme ne présente d’altérations que dans un état avancé de la maladie. Alors il a un aspect jaunâtre, et les spermatozoïdes sont devenus moins abondants, ils ont même complètement disparu quand la maladie est à son minimum d’acuité. On a trouvé en outre dans ce liquide séminal des cellules d’épithélium provenant de la muqueuse de l’urèthre, puis des globules purulents en petit nombre.

Le mucus vaginal a présenté des globules ridés, à bords déchiquetés et à surface chagrinée ; il contenait aussi des cellules épithéliales.

Dans le mucus de la vessie on constate quelquefois des cristallisations d’urate de chaux. Ces cristaux étaient circulaires et à surface rayonnée.

Enfin, le liquide céphalo-rachidien présente, quant à son aspect, un trouble se colorant en rose au contact de l’air. Il renfermait des globules sanguins en assez forte proportion.

Analysé dans le laboratoire de l’école, ce liquide a fourni.


Eau 
98 695
Matières organiques extratives 
665
Sels
Chlorure de sodium 
640
Carbonate de chaux (traces) 
Albumine (traces) 
100, 000


Ce résultat, comparé à celui qui a été obtenu par M. Lassaigne, indique 1° une proportion d’eau plus considérable ; 2° une diminution très grande (près de moitié) de matières organiques.

Ces différences tendent à faire regarder le liquide comme le produit d’une super-sécrétion de la séreuse des enveloppes du cerveau.


Diagnostic. Au début le diagnostic de cette maladie est assez difficile. Il est aussi plus difficile chez l’étalon que chez la jument, en raison de ce que les parties internes des organes sexuels de l’étalon ne sont pas accessibles à la vue.

La maladie du coït pouvant être confondue avec bon nombre d’autres affections, j’indiquerai sommairement les principaux symptômes différentiels.

Au premier abord elle pourrait être confondue avec la paraplégie ; car, dans celle-ci, comme dans la maladie du coït, il y a oscillations du train postérieur ou des attitudes vicieuses, celle du chien, de la grenouille, ou enfin des luxations ou des fractures ; mais alors, dans l’affection vénérienne on constate dans les organes génitaux des engorgements indurés, des vésicules ou pustules miliaires cicatrisées ou non, et un écoulement muco-purulent corrosif, puis un état catarrhal de la conjonctive, de la pituitaire, un engorgement des ganglions inguinaux et sous-glossiens, et une éruption de boutons sur la surface cutanée.

Dans la fourbure chronique des membres postérieurs, on constate la difficulté de la locomotion, mais jamais la série de symptômes indiqués plus haut appartenant à la maladie du coït.

Dans l’orchite, les mouvements sont gênés, il y a chaleur, douleur, rougeur ; si la peau est dépourvue de pigment, amplification de l’organe et fièvre de réaction, tout autant de caractères qui manquent dans la maladie du coït, où la tuméfaction œdémateuse froide, indolore s’étend au fourreau, au périnée, sous le ventre, au pénis, qui présente des vésicules ou des traces de cicatrices récentes, et un écoulement muco-purulent ; de plus, ardeurs génitales et rejet fréquent des urines. En outre, l’orchite symptomatique du coït est intermittente.

Enfin, elle ne peut être non plus confondue avec le paraphymosis ou phymosis essentiels.

Chez les femelles, on peut la confondre avec la vaginite : mais dans celle-ci à l’état aigu il y a chaleur, douleur, rougeur, tuméfaction régulière de la vulve, et la muqueuse est épaissie, de couleur rouge ; dans la vaginite chronique, la tuméfaction de la vulve peut encore exister, la muqueuse vaginale est pâle ou grisâtre, on y voit des vaisseaux comme variqueux, et enfin il y a un écoulement blanchâtre. Dans la maladie du coït, la tuméfaction indolore est très étendue et non uniforme, la muqueuse vaginale est d’un aspect rouge, bleuâtre ou marbrée, écoulement muco-purulent corrosif et salissant les fesses et la queue ; de plus on constate à sa surface de petites ulcérations superficielles ; enfin, une gêne dans les mouvements de l’arrière-main et pas de fièvre de réaction comme dans la vaginite aiguë.

La confusion sera impossible aussi avec la mammite.

Dans l’ecthyma ou l’eczéma des organes génitaux, il y a aussi des vésicules, ou des pustules ; mais en général elles sont groupées et sont le siège d’une phlogose plus ou moins intense. Il y a donc chaleur, rougeur, douleur et légère tuméfaction ; pas de gêne dans la locomotion, et la guérison est radicale en huit, dix, quinze jours. Ce sont donc des affections locales, tandis que la maladie du coït est locale et générale.

Il est à présumer que les vétérinaires prussiens, qui prétendent avoir vu la maladie du coït sur les chevaux hongres, l’ont confondue soit avec la paraplégie, soit avec la fourbure chronique, ou soit avec l’orchite.

En résumé, voici les principaux symptômes par lesquels se caractérise la maladie :

Au début, chez le mâle comme chez la femelle, engorgement œdémateux irrégulier, puis induré des organes génitaux externes. Des vésicules ou pustules miliaires, suivies d’ulcérations superficielles, se cicatrisant spontanément, et affectant la muqueuse vaginale et la verge. Un écoulement muco-purulent et corrosif s’effectuant par la vulve. Une couleur morbide, jaune, pâle, rouge, ou bleuâtre du vagin et du pénis. Un état catarrhal de la conjonctive, de la pituitaire, et un engorgement des ganglions inguinaux et sous-glossiens. Une sensibilité marquée des reins et de la croupe, avec embarras dans les mouvements de l’arrière-main.

Plus tard on remarque des symptômes d’arthrite, des paralysies du mouvement, des atrophies, des éruptions de boutons ecthymateux ou pseudo-farcineux. Enfin, il arrive quelquefois que par suite des attitudes vicieuses que prennent les animaux, il y luxation de l’articulation coxo-fémorale, ou bien des fractures spontanées, lesquelles surviennent facilement, car les os se ramollissent.

Mais enfin, bien pénétrés des symptômes qui caractérisent la maladie, les praticiens parviendront à la reconnaître ; et dans le doute il sera bon d’être prudent, car on devra se rappeler que la maladie du coït exige des mesures de police sanitaire, apportant la perturbation dans la reproduction chevaline de toute une contrée. L’erreur ne serait pas grande dans les temps en dehors de la monte ; mais au printemps, si le vétérinaire la méconnaissait, sa responsabilité deviendrait grande, tout en éprouvant de grands désagréments par suite des circonstances fâcheuses survenues par son erreur de diagnostic. Dans ces cas on ne peut donc trop recommander la prudence et la circonspection.


Pronostic. Le pronostic doit être basé sur la période à laquelle est parvenue la maladie et sur la constitution de l’animal. Bénigne, la guérison est facile et entraine peu de frais, quelquefois même la cure se fait-elle sans avoir recours aux agents thérapeuthiques. Mais si l’affection se montre dans ses caractères de malignité, si surtout la faiblesse de l’arrière-train a paru, le vétérinaire ne devra entreprendre de traitement que sur des sujets de haute valeur ; car, dans le cas contraire, la maladie étant longue, elle entraînerait des frais qui surpasseraient la valeur de l’animal.

Cependant, dans les pays de pâturages, qu’elles que soient les bêtes, le vétérinaire, après quelque temps de traitement, pourra conseiller de les abandonner à la nature. Dans ce dernier cas, les guérisons sont aussi fréquentes, si non plus, que chez les animaux traités à l’écurie.

Les étalons pourront être castrés et être ensuite eux aussi abandonnés dans les pâturages.

Se basant donc sur le degré de l’affection, sur la constitution, la valeur des animaux et la marche insidieuse de la maladie, le vétérinaire devra faire connaître au propriétaire toutes les bonnes ou mauvaises chances.


Nature de la maladie. Il est aisé de comprendre, d’après les symptômes et les altérations propres à la maladie du coït, qu’il est difficile d’être fixé sur sa nature. Mais cependant, dans toutes les opinions émises, il y en a qui se rapprochent peut-être de la vérité.

À quelle condition première son origine doit-elle donc être rattachée ? La première opinion, accréditée par le docteur Reinner, a été que la maladie du coït tirait son origine de la syphilis de l’homme. Dans l’exposé de l’étiologie, j’ai déjà fait ressortir la grande différence existant entre la syphilis et la maladie vénérienne des animaux. Cette différence ressort encore aussi grande lorsqu’on se demande si, dans cette affection de nos animaux domestiques, on a signalé les ulcères rongeants, les chancres indurés des organes génitaux, leur invasion secondaire aux lèvres, à l’arrière-bouche ou sur d’autres parties du corps ; les bubons cervicaux et axilliaires, les pustules humides de la marge de l’anus, des bourses ; les excroissances, les végétations des organes génitaux ; les périostoses, les exostoses, les tophus articulaires, les tumeurs gommeuses, les phlegmasies des méninges, les fistules lacrymales, la chute des ongles, l’alopécie, la phthisie laryngée ou pulmonaire, la surdité, les contractures et une foule d’autres accidents secondaires ou tertiaires si communs dans la syphilis.

Enfin, est-ce que la syphilis aurait la propriété de se développer spontanément, comme semble le faire la maladie du coït ? cette dernière est-elle inoculable comme la syphilis ? c’est-à-dire, est-ce que jamais, par inoculation, on a vu la maladie vénérienne de nos animaux se manifester ? Or, par l’inoculation, la syphilis est fatalement transmise à l’espèce humaine.

Le docteur Sigmund dit avoir communiqué la vérole par inoculation à certains animaux : aux singes, aux lapins, à des chiens à des chats, à des chevaux, puis le virus puisé sur ces derniers animaux a pu être fructueusement inoculé à d’autres bêtes de même espèce ; mais si cela est exact, est-ce une preuve de l’identité des deux affections, puisque, dans la maladie du coït, les inoculations faites par M. Lafosse et tant d’autres expérimentateurs sont toujours restées infructueuses.

L’inoculation de la syphilis à nos animaux n’a pas été faite seulement dans ces derniers temps. Déjà autrefois, quand Paulet avait affirmé que c’était la vérole qui engendrait la morve, notre professeur de clinique, pour contrôler cette opinion, inocula la syphilis aux animaux solipèdes, et jamais ces tentatives n’ont pu faire développer un effet morbide quelconque.

Enfin, la thérapeutique des deux affections n’est-elle pas essentiellement différente, puisque les mercuriaux, panacée de la syphilis, sont formellement contre-indiqués dans la maladie du coït ? A-t-on vu des cas de guérison de la syphilis par les seuls efforts de la nature ?

La Commission de Tarbes la considère comme une affection typhoïde. Il est facile de réfuter une pareille opinion ; car la maladie du coït est-elle due à des influences atmosphériques ? s’est-elle transmise par un élément volatil, un miasme spécifique ? y a-t-il quelque analogie dans les symptômes, la marche, la durée de la maladie du coït avec les affections typhoïdes ?

Est-ce que chez les animaux qui ont succombé à ladite vérole, on a trouvé dans l’intestin les altérations propres de la typhose, telles que : les plaques dures ou molles, les ulcérations des glandes agminées ou isolées de Peyer ou de Brunner ?

Ce n’est pas, non plus, une scrofulose ni une maladie scorbutique, car ces dernières n’ont rien de virulent.

Enfin, est-elle une maladie spontanée, comme on en a vu naître plusieurs dans le sein de l’espèce humaine ? où doit-on la placer a côté du charbon, de la rage ? Ou bien est-elle une manifestation morbide due à l’introduction dans l’économie d’un germe préexistant ? Voilà des questions qui doivent être rangées dans de pures et hasardeuses hypothèses.

Mais d’où vient-elle donc ? De l’induction des faits on peut admettre que la maladie du coït résulte du passage dans la masse sanguine des humeurs altérées, sécrétées par les organes de la génération lors de la copulation ; altération qui proviendrait d’un affaiblissement constitutionnel produit par l’acclimatation, l’émigration, le croisement des races et le rapprochement de sexes, de races différentes.

On doit rattacher de l’importance à ces dernières causes : car cette maladie ne s’est manifestée que dès l’époque où les races chevalines ont été soumises à l’émigration et aux croisements entre individus essentiellement différents sous le rapport du tempérament, de la constitution, de l’énergie, etc. ; et dès-lors, les affections bénignes des organes génitaux, de nature vésiculeuse, pustuleuse ou ulcéreuse, ont pu s’aggraver et se transformer en cette redoutable affection : la maladie du coït.

L’agent infectieux se forme pendant que s’accomplit l’acte de la copulation, soit aux dépens de la sécrétion du mâle ou de la femelle, ou peut-être des deux, et sous l’influence de l’influx nerveux qui s’accumule aux organes génitaux pendant les frottements de la copulation.

Il reste encore un inconnu ou la connaissance de l’altération des humeurs ; mais il n’y a pas à désespérer ; car la chimie et la micrographie n’ont pas fait leur dernier pas.

En raisonnant dans le sens de cette dernière hypothèse, émise par M. Lafosse, ou sera ainsi plus près de la vérité.

Hertwig dit que la maladie peut se développer spontanément, et que le coït accompli entre deux sujets jouissant de toutes les apparences de la santé, fait éclater la maladie chez l’un deux et non chez l’autre. Je ne pense pas que cette assertion soit bien fondée, en raison même que la maladie peut rester à l’état latent pendant un, deux mois et plus. On pourrait donc avoir pris pour un cas spontané, une de ses longues incubations. Pour la seconde assertion, qui émet un fait que je crois bien rare, on peut se demander si, ici encore, l’un des animaux livrés à la copulation n’avait pas l’affection latente ; tandis que l’autre ne possédait pas la faculté de réceptivité. Car on sait bien que les maladies contagieuses ne se transmettent pas toujours à tous les animaux de même espèce.


Traitement. L’idée de la syphilis mit d’abord le mercure en vogue : mais bientôt la pratique apprit que les composés mercuriaux étaient nuisibles. En effet, ces préparations diminuent la plasticité du sang et exercent sur lui une action dissolvante. Il fallait précisément combattre ces effets, puisque dans la maladie du coït, le sang est séreux, ses éléments plastiques diminuent et que la nutrition souffre.

Plus tard, on administra le tartre stibié, les sulfures d’antimoine, combinés avec les amers et les aromatiques, médication qui n’a pas eu le moindre succès.

Les médicaments qui ont donné quelques résultats, quoique peu nombreux, sont les amers, les aromatiques, les mucilagineux, le sel ammoniac, l’essence de térébenthine, le fer, l’iode, le phosphore ; mais de tous ces médicaments, les préparations martiales sont celles qui ont donné les meilleurs résultats.

À la première période de la maladie, lorsque des phénomènes nerveux n’existaient pas encore, Rodloff administrait un breuvage, ainsi composé :

Fleur de sureau 70 gr.
Racine d’Angélica concassée 15

Faites infuser dans :

Eau 750 gr.
Sel ammoniac 4
Poudre de racine d’althea ou farine 4

Pour une dose à répéter deux ou trois fois par jour. À ce breuvage, on ajoute 10 à 20 grains de camphre délayé dans un jaune d’œuf, si les animaux montrent une grande excitation de l’organe vénérien. Quand il y a paresse du ventre, on peut donner des lavements laxatifs avec aloès et sulfate de soude.

À un degré avancé de la maladie, Rodloff emploie la médication irritante.

Il prépare des bols d’après la formule suivante :

Camphre 15 gr.
Sel ammoniac 11 60
Boules de Mars
Racine d’Angélique 11 30
Racine de gentiane
Racine de gingembre
Mucilage de racine d’althea, q. s. pour faire bols.
Administrer en trois, en deux ou en un jour.

M. Trélut, vétérinaire distingué des haras, a eu l’idée d’employer la transfusion. Cette opération serait à essayer à la première occasion.

Dans tous les cas, il a obtenu de nombreux succès en administrant le quinquina, puis l’acide arsénieux, et comme régime il donnait des bouillons de viande très concentrés et des aliments très nutritifs.

C’est donc à cette dernière médication que l’on doit s’adresser de préférence ; celle de Rodloff étant très onéreuse et offrant peu de chances de succès.

S’il existe des lésions externes, elles ne doivent pas être négligées. Les frictions de teinture d’iode ont été opposées aux engorgements celluleux et ganglionnaires, et les irritants substitutifs sur les articulations malades. Rodloff, pour exciter l’influx nerveux périphérique, avait recours à deux frictions par jour, avec les moyens suivants :

Pr. Camphre 15 grammes
Alcool fort 1000    id.
Essence de genevrier 4 à 8    id.

La teinture d’arnica, dit-il, est préférable à l’alcool.

La thérapeutique locale consiste, chez, la jument, à tenir les organes sexuels dans la plus grande propreté. Au début, on peut faire des lotions émollientes sur les parties tuméfiées, et même des injections dans le vagin ; si la maladie est plus avancée, on a toujours le soin de maintenir la propreté des parties salies par l’écoulement vaginal ; en outre, on fait de fréquentes lotions avec des infusions aromatiques additionnées d’astringents végétaux ou minéraux. Ces liquides doivent aussi être injectés dans le vagin. Si les œdèmes persistent, ils doivent être scarifiés ; ou s’il survient des indurations, on doit les combattre par l’application de fondants, tels que la pommade mercurielle, l’iodure de potassium, l’onguent de Lebas, etc.

Ce traitement local doit être dirigé de la même manière chez l’étalon. La sécrétion sébacée du prépuce doit soigneusement être enlevée par des lavages tièdes et des injections.

La castration des mâles est aussi, je crois, un bon moyen à opposer à la marche de la maladie. Cette opération détermine une suppuration consécutive, et par ce fait, elle produit une puissante dérivation qui peut arrêter l’invasion des accidents généraux. Rodloff n’a eu qu’à se louer de ce traitement chirurgical. Il en a été de même de M. Piet, qui a pratiqué avec succès l’opération sur trois étalons.

Pour terminer ce qui a trait au traitement, j’indiquerai les moyens qui ont le mieux réussi dans l’arrondissement de Dax.


Femelles. Au début, si les malades étaient dans un bon état d’embonpoint, et si l’engorgement des lèvres de la vulve existait, on prescrivait l’application des sangsues autour de la vulve, suivie d’injections émollientes dans le vagin. Ces injections étaient répétées plusieurs fois dans la journée. En outre, des frictions irritantes étaient pratiquées sur les reins, et, enfin, une nourriture abondante et substantielle mise en usage.

Soit que ces moyens fussent insuffisants, soit que l’affection fût naturellement arrivée à une période plus avancée, on avait recours aux moyens suivants : à l’intérieur, on administrait deux fois par jour des décoctions toniques additionnées de reconstituants. La gentiane et le peroxyde de fer sont les médicaments que l’on a préférés.

Les injections émollientes dans le vagin étaient remplacées par des injections astringentes ; des applications vésicantes et très irritantes étaient appliquées sur les reins. Les grains et les farineux complétaient le traitement.

Si ces moyens devaient triompher, les malades, quoique très maigres encore, n’offraient plus, au bout d’un mois environ, d’autres symptômes que l’écartement plus ou moins prononcé des lèvres de la vulve, laissant échapper un léger écoulement séreux. Le moment était alors venu de tarir l’écoulement vaginal. À l’intérieur, on administrait la liqueur de Van Swiéten, dont les résultats ont été très satisfaisants. Les engorgements des mamelles étaient attaqués par les fondants et les résolutifs. Enfin, la bonne nourriture prescrite, durait jusqu’à la cessation complète de tout traitement, époque à laquelle les juments étaient renvoyées au pâturage.

Mâles. Deux étalons soignés à Saint-Étienne d’Orthe, sont entièrement guéris par le seul effet de la castration. Néanmoins l’un d’eux, après l’opération, a offert un engorgement du fourreau assez tenace, mais qui cependant céda à des mouchetures suivies de frictions résolutives. La maladie, chez les deux étalons, était à sa première période.

Un autre étalon fut traité à Saint-Jean de Marsacq ; mais celui-ci, en raison de la complication de phymosis et paraphymosis et surtout du degré d’ancienneté de la maladie, a nécessité d’autres soins. Outre la castration et les mouchetures, on a fait sur le fourreau et le pénis des frictions, continuées pendant un mois, de pommade mercurielle double, et des injections astringentes et toniques dans le canal de l’urèthre. La liqueur de Van-Swiéten était donnée à l’intérieur.

Ce moyen de traitement a parfaitement réussi sur les trois seuls étalons qui ont été traités dans mon arrondissement La maladie a été aussi vaincue sur un grand nombre de juments, qui, comme je l’ai déjà dit, sont encore avec avantages livrées à la reproduction.

Les renseignements se rapportant à ce dernier traitement, je les dois à l’obligeance de M. Piet, que je prie de recevoir ici mes remerciements. Les préparations mercurielles contre-indiquées par tous les auteurs, ayant donné de bons résultats à M. Piet, il y aura à rechercher les conditions dans lesquelles elles sont efficaces.

La castration devra donc être pratiquée dans les deux périodes de la maladie, toutes les fois qu’il n’y aura pas encore paralysie de l’arrière-main.

Elle sera d’autant plus efficace, qu’elle sera pratiquée dans un temps plus rapproché du début de la maladie.

La castration ne produira pas un dommage matériel, puisque, lors même que l’étalon guérirait sans être opéré, son propriétaire n’en aurait pas la libre disposition. Il ne pourrait avant trois ans environ le remettre à la reproduction, et il lui est défendu de le vendre. Devant donc renoncer à le rendre jamais propre au service de la monte, le vétérinaire ne devra pas hésiter à conseiller la castration.


Moyens prophylactiques. La maladie du coït se développant habituellement par voie de contagion, comporte des mesures générales qu’il est indispensable de mettre en pratique. Ce sont : la castration, la rareté relative des saillies, l’entretien dans le plus grand état, propreté des organes sexuels de la femelle, au moment surtout où elle va être livrée à l’étalon. Écarter rigoureusement de la saillie les sujets infectés ou suspects. Enfin, dans les contrées où règne la maladie, les mâles, et les femelles surtout, au moment de la saillie, devront être rigoureusement visitées par l’homme de l’art, où bien les juments seront refusées au dépôt, si le propriétaire n’est pas muni d’un certificat de santé délivré par un vétérinaire.

Les soins hygiéniques devront être assidus. Une écurie propre, bien aérée, une abondante litière, des pansements exacts, une alimentation alibile et de facile digestion, surtout les bouillons de viande concentrés, et de petites promenades à l’air, sont les soins les mieux appropriés a l’état morbide.


Police sanitaire. La contagion de la maladie du coït se faisant par virus fixe et jamais autrement que par l’intermédiaire du coït, devait nécessairement entraîner des mesures de police sanitaire.

En Prusse, où la maladie est fréquente, le gouvernement a cru indispensable de soumettre les propriétaires à prendre des mesures rationnelles et complètes. Elles sont contenues dans un arrêté ministériel du 22 septembre 1840, qui contient les prescriptions suivantes :

1° Il est défendu de laisser faire l’acte de la reproduction par un cheval qui est atteint ou seulement soupçonné atteint de la maladie du coït, ou qui en a été atteint depuis les trois dernières années.

2° Aussitôt qu’un animal est malade ou soupçonné malade, le propriétaire doit en faire la déclaration chez l’autorité administrative, ce qui doit aussi se faire pour tout cheval guéri de cette maladie, si l’animal n’a pas encore été déclaré et si la guérison ne date pas de plus trois années. Par les soins du commissaire d’arrondissement, les animaux ainsi déclarés sont marqués sous la crinière, à l’endroit à désigner par le propriétaire de l’animal, des lettres B. K., suivies des deux derniers chiffres du millésime pendant lequel l’animal était atteint de la maladie.

3° Les chevaux atteints ou soupçonnés atteints de la maladie du coït, ne pourront pas, pendant trois années après leur guérison, dépasser les frontières de l’arrondissement dans lequel ils ont été reconnus malades, à l’exception des étalons qui ont été châtrés après leur guérison. Durant ces trois ans, l’animal ne pourra changer de station dans l’arrondissement même, qu’après qu’il en aura été fait déclaration à l’autorité locale.

4° Aussitôt que le gouvernement apprend que la maladie s’est déclarée dans un arrondissement, il le publie dans la feuille officielle. À partir du jour où cette publication est faite, la saillie chez les chevaux est défendue, à moins que les propriétaires n’exhibent des certificats de santé délivrés par un vétérinaire diplômé ; la date de ces certificats ne pourra pas pour les étalons dépasser quatorze jours avant le moment de l’accouplement, et pour les juments quatre jours.

5° Chaque contravention aux art. 2, 3 et 4, sera punie d’une amende de 3 fr. 75 à 37 fr. 50, et subsidiairement de l’emprisonnement ; la contravention à l’art. 1er sera punie d’une amende qui sera le quadruple du prix de la saillie, sans que cette amende puisse être moindre de 37 fr. 50, ni dépasser 575 francs.

En France, les autorités compétentes doivent appliquer à cette affection les mesures de police prescrites contre les maladies virulentes.

Arrêt du Conseil d’État du roi du 16 juillet 1784 :

Art. 1er. Prescrit la déclaration sous peine de 500 francs d’amende et les animaux seront visités par un vétérinaire en présence des officiers civils.

Art. 7. Défend la vente d’animaux atteints de maladies contagieuses sous peine de 500 francs d’amende.

Art. 10. Autorise toute personne de dénoncer toute contravention, et le tiers des amendes sera pour le dénonciateur.

Art. 11. Sont tenus, les maires et les échevins dans les villes, et les syndics dans les campagnes, d’informer au premier avis qu’ils en auront, les intendants et leurs subdélégués, des maladies contagieuses ou épizootiques qui se manifesteront dans l’étendue de leur arrondissement, à peine d’être rendus personnellement responsables de tous dommages qui pourraient résulter de leur négligence.


Décret de l’Assemblée Constituante du 16-24 août 1790.
(Titre XI, art. 3.)

Prescrit aux autorités de faire cesser, par des moyens convenables, les épizooties, les fléaux calamiteux, etc., etc., en provoquant aussi, dans ces derniers cas, l’autorité des administrations de département et de district.

La maladie du coït tombe aussi sous l’empire du Code pénal.

Art. 459. Tout détenteur ou gardien d’animaux ou de bestiaux soupçonnés d’être infectés de maladie contagieuse, qui n’aura pas averti sur-le-champ le maire de la commune où ils se trouvent, et qui même avant que le maire ait répondu à l’avertissement, ne les aura pas tenus renfermés, sera puni d’un emprisonnement de six jours à deux mois, et d’une amende de seize francs à deux cent francs.

Art. 460. Seront également punis d’un emprisonnement de deux mois à six mois, et d’une amende de cent francs à cinq cent francs, ceux qui, au mépris des défenses de l’administration, auront laissé leurs animaux ou bestiaux infectés communiquer avec d’autres.

Art. 461. Si, de la communication mentionnée au précédent article, il est résulté une contagion parmi les autres animaux, ceux qui auront contrevenu aux défenses de l’autorité administrative, seront punis d’un emprisonnement de deux ans à cinq ans, et d’une amende de cent francs à mille francs, le tout sans préjudice de l’exécution des lois et règlements relatifs aux maladies épizootiques, et de l’application des peines y portées.

Art. 462. Si les délits de police correctionnelle dont il est parlé au présent chapitre ont été commis par des gardes champêtres ou forestiers, ou des officiers de police, à quelque titre que ce soit, la peine d’emprisonnement sera d’un mois au moins, et d’un tiers au plus en sus de la peine la plus forte qui serait appliquée à un autre coupable du même délit.

L’autorité pourra borner ses prescriptions : 1° à la prohibition de la vente des animaux infectés. Cependant je crois qu’elle pourrait permettre la vente aux maquignons, ou à des personnes qui ne pourraient entretenir leurs animaux, pourvu qu’on fit la déclaration au maire ou au commissaire de police de la localité où les animaux ont été transportés. Dans le cas de fraude, l’acquéreur pourra exercer l’action en dommages-intérêts contre le vendeur, qui sera passible des peines prescrites par l’arrêt du Conseil d’État du roi de 1784, ou par les articles du Code pénal ; et enfin il sera en outre sujet à l’application du Code civil : Art. 1382. Tout fait quelconque de l’homme qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.

Art. 1383. Chacun est responsable du dommage qu’il a causé non-seulement par son fait, mais encore par sa négligence ou par son imprudence.

2° Défendre de livrer à la reproduction les animaux atteints. Certains auteurs disent qu’il serait désirable d’exclure de la reproduction des juments atteintes de gourme, d’affections catarrhales, d’eaux aux jambes, etc. Cette mesure ne peut être appliquée, parce qu’elle priverait trop les propriétaires du bénéfice de leurs juments.

La castration des mâles, prescrite dans certains pays, ne saurait l’être en France, car on ne peut ainsi porter atteinte à la propriété. Du reste, les propriétaires se rendent d’eux-mêmes à cette mesure, lorsqu’on leur défend de laisser faire l’acte de reproduction à leurs chevaux pendant les trois années qui suivent la guérison.

La séquestration, l’abattage, l’enfouissement dans des conditions particulières, la prescription des débris cadavériques, sont des règles qui ne sauraient être mises en vigueur.

Ma tâche terminée, il ne me reste plus qu’à remercier mon honoré maître, M. Lafosse, du concours bienveillant qu’il a bien voulu me prêter dans la rédaction de cette maladie.

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