Martin l’enfant trouvé ou les mémoires d’un valet de chambre/III/19

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CHAPITRE XIX.


les petits riches.


La figure pâle et creuse de Bamboche, coiffée d’un mauvais bonnet grec qui laissait échapper ses longs cheveux noirs, hérissés, sa blouse en lambeaux, sa taille robuste et élevée pour son âge, ce qu’il y avait de rude dans sa physionomie déterminée, devaient rendre notre apparition assez effrayante, car j’étais vêtu aussi misérablement que mon compagnon, et les vêtements de Basquine n’étaient pas moins délabrés que les nôtres.

À notre apparition, Robert et Régina se rapprochèrent instinctivement de la gouvernante, et Scipion, le moins intimidé de tous, quoique le plus petit, s’écria :

— Tiens… ces petits pauvres… Qu’est-ce qu’ils veulent donc ? Sont-ils laids et sales !…

Bamboche ôta son bonnet, s’approcha de la gouvernante, et lui dit d’une voix douce, émue, qui contrastait avec sa figure énergique :

— Ma chère dame… voulez-vous faire une bonne action qui vous portera bonheur… et à ces petits Messieurs… et à cette petite demoiselle aussi ?

— Mais… — répondit la gouvernante, de plus en plus surprise, — je ne sais… ce que vous voulez me demander… Pourquoi étiez-vous cachés dans ce bois ?

— Tenez, ma chère dame… — reprit chaleureusement Bamboche, — je vais vous parler franchement ; nous sommes tous trois sans parents… sans ressources… nous venons de bien loin… nous faisions partie d’une troupe de saltimbanques, nous avons vu que cet état tournait mal pour nous… que nous y deviendrions de mauvais sujets… nous nous sommes sauvés ; vous êtes riche… donnez-nous les moyens d’être honnêtes gens… nous ne demandons qu’à travailler… qu’à bien faire… Nous avons été si malheureux jusqu’ici, voyez-vous, que si peu qu’on s’intéressera à notre sort, sera beaucoup pour nous… Allons, ma chère dame,… un coin dans votre maison, en attendant que vous nous ayez mis en apprentissage où vous voudrez… ça nous est égal… Tout ce que nous désirons, c’est apprendre un état pour gagner un jour bravement notre vie… Nous avons du courage, nous avons eu tant de misère, qu’il n’y aura pas de métier trop dur pour nous… mais il nous faut avant tout vivre avec d’honnêtes gens… Vrai, il est temps… il est plus que temps…

La gouvernante restait muette, interdite.

Les enfants, se regardant les uns les autres, ne paraissaient pas comprendre les paroles de Bamboche ; il s’était pourtant exprimé avec une si louable résolution, avec une émotion si sincère, que deux fois je vis des larmes rouler dans ses yeux.

Voulant venir à son aide, je repris :

— Allons, ma bonne dame… qu’avec la permission de leurs parents ce petit Monsieur (et je montrai Scipion) se charge de moi… que cet autre Monsieur se charge de mon camarade, et que cette jolie Demoiselle… se charge de notre compagne ; vous ne vous en repentirez pas…

— Oh… non… bien sûr, Mademoiselle… — dit Basquine en cherchant de son regard suppliant le regard de Régina, que je ne quittais pas des yeux ; car, vue de près, sa beauté me semblait plus éblouissante encore, et je me sentais troublé jusqu’au fond de l’âme.

— Allons donc, — reprit la gouvernante en haussant les épaules d’un air rogue et pincé, — ça n’a pas le bon sens, ce que vous demandez là ; nous ne vous connaissons pas du tout… nous ne savons pas du tout qui vous êtes. Et vous voulez que ces Messieurs et Mademoiselle prient leurs parents de se charger de vous ? est-ce que c’est possible ?

— Pourtant nous sommes trois enfants… bien malheureux… — dit Bamboche d’une voix vibrante… — trois enfants bien à plaindre, allez… et qui méritent pitié… vrai… Voyons, ma bonne dame… Martin vous l’a dit : que chacun de vos enfants se charge d’un de nous ; ils sont si riches… si heureux !… Ça ne leur coûtera rien… et ça leur portera bonheur ; car un jour ils auront en nous des amis… des frères… qui se feraient tuer pour eux…

— Tiens… ces petits pauvres, — dit Scipion avec une moue dédaigneuse, — ils disent qu’ils seront nos amis… nos frères ! Est-ce que je veux aller avec des petits mendiants comme ça, moi ?…

— Mon bon petit Monsieur, — lui dit Bamboche d’une voix pénétrée en s’approchant de lui, — vous avez été toujours heureux… vous, n’est-ce pas ?… vous n’avez jamais eu ni la faim, ni le froid, ni la misère… vous n’avez jamais été battu… Eh bien, mettez-vous un peu à notre place, à nous qui avons souffert tout ça… et vous serez bons pour nous…

— Est-il bête, ce grand-là ? — dit Scipion, — il me demande si j’ai eu faim et froid.

Je vis l’angle de la mâchoire de Bamboche tressaillir, ainsi que cela arrivait toujours lorsqu’il contenait sa violence naturelle ; mais il resta calme.

Régina semblait seule émue ; par deux fois son blanc visage devint pourpre, et elle s’approcha de Basquine avec un mélange d’intérêt, de réserve et presque de crainte…

Basquine, encouragée, fit un pas vers elle en lui tendant les deux mains ; puis, soit frayeur, soit indécision, Régina se recula vivement…

La seconde fois, elle parut vaincre son hésitation ; mais un coup-d’œil sévère de la gouvernante, accompagné de ce mot :

— Régina…

Paralysa la touchante velléité de l’enfant.

Le ciel s’était couvert de plus en plus.

Quelques éclairs avaient déjà brillé à travers les arbres de la forêt ; la gouvernante commençait à s’inquiéter sérieusement, car elle ne put s’empêcher de dire aigrement à Scipion :

— C’est pourtant un de vos sots caprices d’enfant gâté qui est cause que la voiture s’est éloignée, et voici l’orage approche…

— Qu’est-ce que ça me fait, à moi ?… Je veux de la crème, et j’en aurai, — dit Scipion.

La gouvernante haussa les épaules, et s’adressant à Bamboche qui, humble, les yeux baissés, le front baigné de sueur, attendait respectueusement une réponse à nos demandes ; cette femme lui dit :

— Je suis la gouvernante de M. Scipion, fils de M. le comte Duriveau ; M. Robert et Mlle Régina m’ont été confiés par leurs parents pour venir goûter avec M. Scipion ; je ne puis donc pas prendre sur moi de me charger de vous… et de vos camarades, car ce que vous me demandez est fou… est absurde. En vérité, si l’on se chargeait de tous les petits mendiants que l’on rencontre… Allons, c’est ridicule.

— Ma bonne dame, — reprit Bamboche d’une voix suppliante en faisant un dernier effort pour attendrir cette femme, — si vous saviez notre position,… d’un moment à l’autre on peut nous arrêter comme vagabonds… nous mettre en prison… oui, en prison… jusqu’à dix-huit ans… et pourquoi ? parce que nous sommes seuls, abandonnés… et pourtant, qu’est-ce que nous demandons ? un peu d’appui et les moyens de travailler, du pain, de l’eau, de la paille et un bon apprentissage… voilà tout… Quel est le riche qui ne peut donner cette aumône au pauvre, quand il la demande du fond du cœur… et les larmes aux yeux ?…

En effet, deux larmes coulèrent sur les joues creuses de Bamboche.

Régina la première s’en aperçut, et d’une voix tremblante elle dit tout bas à la gouvernante :

— Voyez donc, Mademoiselle, il pleure.

La gouvernante elle-même parut émue, et Robert, s’adressant à elle, reprit comme Régina :

— C’est vrai, il pleure.

— Ah ! oui… — reprit Scipion en ricanant, — papa dit que ces mendiants-là ont toujours l’air de pleurer… pour vous voler votre argent.

— Que je déteste… ce petit-là ! — me dit tout bas Basquine, — Bamboche va tomber sur lui… tant mieux.

Mais Bamboche mettait trop de résolution, trop de cœur, trop de sincérité dans sa demande, pour s’arrêter aux impertinences du petit vicomte ; aussi, s’adressant de nouveau à la gouvernante qu’il voyait émue :

— Allons, ma bonne dame, cédez à ce bon mouvement, ayez pitié de nous, emmenez-nous auprès de ce M. le comte dont vous parlez ; il ne vous en voudra pas, j’en suis sûr ; d’ailleurs, soyez tranquille, nous le persuaderons bien, amenez-nous à lui… laissez-nous monter derrière la voiture.

— Dans ma voiture… ces petits mendiants ! — s’écria le vicomte stupéfait, — ah bien ! par exemple.

— Si vous connaissiez M. le comte Duriveau, mon petit ami, — répondit la gouvernante à Bamboche, avec un soupir, — vous sauriez que lui moins que personne se prêterait à cette folie… Tout ce que je puis faire… c’est de…

Puis s’interrompant, la gouvernante, dont l’émotion était réelle, crut l’occasion convenable pour donner une leçon de charité pratique à ses élèves.

Elle tira sa bourse de sa poche, y prit trois pièces de dix sous, et après en avoir donné une à chacun des trois enfants riches, elle leur dit avec componction :

— Vous voyez, mes chers enfants, quelle différence il y a entre vous et ces pauvres petits misérables ; il faut avoir bon cœur et pitié d’eux : donnez-leur à chacun ces dix sous ; de plus, ils pourront prendre les restes de la collation.

— Mais, — dit timidement Régina, — Scipion a jeté dans tout du sable et de la terre…

— Soyez tranquille, Régina, — reprit la gouvernante, — ils ne feront pas les délicats pour un peu de sable ; ils n’auront de leur vie goûté à une chère pareille.

Puis, se retournant vers nous :

— On va vous donner quelques sous ; tendez vos blouses pour emporter les restes de la collation.

— Madame… — dit tristement Bamboche, — quelques sous et les restes de ce goûter ne changeront rien à notre position. Ce n’est pas cette aumône-là que nous demandons, — ajouta-t-il d’une voix suppliante, en joignant ses deux mains avec force ; — ce que nous vous demandons, c’est le moyen de travailler… de sortir de la mauvaise vie où nous sommes… et ce n’est pas avec la bourse… c’est avec le cœur qu’on fait cette aumône-là…

À son point de vue, la gouvernante devait croire avoir humainement fait pour nous tout ce qui était possible et raisonnable ; aussi, impatientée de l’insistance de Bamboche, elle lui dit aigrement :

— Puisque vous êtes si dégoûtés, si difficiles, allez-vous-en… laissez-nous tranquilles. On vous a donné ce qu’on pouvait… retirez-vous, c’est insupportable, à la fin.

— Si mes domestiques étaient là, ils vous chasseraient joliment à grands coups de pieds, — dit résolument Scipion,

— C’est vrai, ça ; sont-ils ennuyeux, ces petits pauvres ! — ajouta Robert, et jetant à nos pieds sa pièce de dix sous, il reprit :

— Allez-vous en donc…

Au lieu de jeter sa pièce à nos pieds, Scipion visa Bamboche à la figure et l’atteignit à la poitrine.

Je vis que Régina mourait d’envie de mettre son offrande dans la main de Basquine ; mais elle n’osait pas…

— Ils ne s’en iront pas, — reprit impétueusement la gouvernante en s’adressant à nous ; — on n’a pas d’idée d’une opiniâtreté pareille ! Voyons… ramassez vos sous, prenez ou ne prenez pas ces restes… mais laissez-nous, sinon je vous avertis que s’il vient quelque garde, nous vous ferons arrêter…

À ce moment retentit un violent coup de tonnerre.

Presque en même temps Bamboche, pâle de rage, s’écria en s’avançant vers la gouvernante, le regard terrible :

— Ah ! c’est comme ça… eh bien ! nous ne voulons pas de votre aumône… entendez-vous ? Nous ne voulons pas de vos restes, où ces gamins-là ont bavé, entendez-vous ?…

Bamboche était effrayant, et je l’avoue, son indignation me gagnait ; tant de mépris, tant de dureté dans l’aumône me révoltait autant que lui ; et puis, faut-il le dire ? je ressentais déjà vaguement une haine jalouse contre Robert, qui, au premier mot menaçant de Bamboche, s’était approché de Régina, comme pour la protéger.

Basquine semblait douloureusement humiliée ; elle me dit à voix basse, avec un accent de haine, et les yeux remplis de larmes d’indignation :

— Oh !… ces petits riches !

La gouvernante, un moment épouvantée, car la forêt était solitaire, et nos physionomies peu rassurantes, s’était calmée, en pensant qu’elle n’avait affaire, après tout, qu’à des enfants ; aussi reprit-elle avec autant de mépris que de courroux :

— A-t-on vu de pareils petits va-nu-pieds, recevoir avec une telle insolence l’aumône qu’on daigne leur faire !…

Bamboche, après sa première explosion de colère, était resté un instant silencieux, jetant autour de lui des regards sombres, comme s’il eût médité quelque projet sinistre.

Soudain, avec l’agilité d’un chat sauvage, s’élançant à l’improviste sur la gouvernante, il la saisit au cou et me cria :

— Martin… empoigne les deux gamins… Basquine, tiens bien la petite.

Je me précipitai sur Robert, qui prit bravement une carafe, et me la jeta à la tête ; j’évitai le coup, et enserrant mon adversaire à bras-le-corps, leste et vigoureux comme je l’étais devenu, je le terrassai facilement, tandis que Scipion, naturellement courageux, se cramponnait à mes jambes, et tâchait de me mordre ; mais, mon genou appuyé sur la poitrine de Robert, et une de mes mains suffisant à le contenir, de l’autre main j’attrapai Scipion par ses longs cheveux, et je parvins à le maintenir aussi en respect, tandis que Basquine, obéissant à la voix de Bamboche, sautait sur Régina, dont elle serrait fortement les deux bras, en lui disant :

— Ne bougez pas… je ne vous ferai pas de mal.

Tout ceci s’était passé avec une extrême rapidité.

Lorsque nous eûmes ainsi machinalement obéi aux ordres de Bamboche, nous regardâmes où il en était avec la gouvernante.

La pauvre femme, livide d’épouvante, et facilement maîtrisée par Bamboche, très-robuste et très-grand pour son âge, se laissait attacher par lui à un arbre, au moyen d’une longue écharpe de soie qu’elle portait.

Tirant alors de dessous sa blouse ses petits pistolets qu’il nous avait montrés lors de la mort de Lucifer, Bamboche les fit voir à la gouvernante, et lui dit :

— Si vous poussez un cri… je vous brûle la cervelle !

La vue de ces armes porta le comble à la terreur de la gouvernante ; elle ferma les yeux, s’affaissa sur elle-même comme un corps inerte, seulement, de temps à autre, agité par un tremblement convulsif.

Bamboche, s’approchant alors de la table, y déposa ses armes, prit une carafe renfermant du vin de Madère, je crois, en remplit trois verres jusqu’au bord, puis s’adressant à moi et à Basquine :

— Laissez-les… ces petites canailles… elles ne bougeront pas, ou sinon…

Et il montra ses deux pistolets.

À cette effrayante menace, Robert et Scipion lui-même, malgré sa bravoure, restèrent immobiles d’épouvante, tandis que Régina, par un sentiment instinctif de pudeur et de courageuse pitié, courut auprès de la gouvernante, qu’elle tâcha de ranimer.

Bamboche, nous montrant du regard les verres qu’il venait de remplir, prit le sien, l’éleva et dit avec une exaltation sauvage, que je n’oublierai de ma vie :

— Buvons ce vin à la haine des riches !… Souvenons-nous toujours que, du plus profond de notre cœur, nous avons voulu devenir honnêtes, et que l’on nous a menacés de la prison et repoussés avec mépris et cruauté. Vous le voyez bien… le cul-de-jatte avait raison… Haine aux riches.

Et il vida son verre d’un trait.

— Haine aux riches ! — dit Basquine, en vidant aussi son verre.

Et pour la première fois je vis sur sa figure enfantine une expression de méchanceté sardonique dont je fus frappé…

— Haine aux riches ! — dis-je à mon tour en buvant comme mes compagnons.

Si puérile que semblât cette scène, elle m’a cependant toujours laissé un souvenir sinistre.

Le tonnerre grondait avec fracas, le vent sifflait, une pluie d’orage tombait en larges gouttes, et il faisait déjà presque nuit sous cette voûte de verdure, car la fin du jour approchait, et le ciel se voilait de nuages noirs.

Ce verre d’un vin capiteux, bu d’un trait, et à jeun comme nous l’étions depuis la veille, ne nous enivra pas, mais nous jeta dans une surexcitation violente.

— Maintenant, — dit Bamboche en se retournant vers Robert et Scipion qui, n’osant fuir, s’étaient jetés éperdus sous la table de pierre où ils restaient tapis, pleurant à chaudes larmes, — maintenant… puisque les petits riches se sont f… de notre misère… nous allons leur montrer ce que c’est… que la misère.

Puis se baissant et prenant Robert par le collet de sa veste, il l’attira près de lui malgré sa résistance, et lui dit :

— En route… tu vas venir avec nous mendier comme nous… vivre comme nous. Martin, prends M. le vicomte, — ajouta-t-il avec ironie.

Mais réfléchissant, et abandonnant soudain Robert, Bamboche le repoussa en disant :

— Bah… toi… je te laisse… Tu m’as l’air plus bête que méchant… mais M. le vicomte… M. Scipion, vraie graine de mauvais riche, va venir avec nous… Toi, Martin… prends la petite… tu n’as pas de femme… elle est gentille… tu lui as fait l’œil… je te la donne… empoigne-là !

— Oui… c’est ça… — s’écria Basquine, comme nous animée par le vin, et ne cachant pas une sorte de joie farouche. — Empoigne-la… cette petite riche… Martin !… on m’a bien arrachée à mon père… moi… tant pis !

— Allons… vite ! — dit Bamboche en prenant d’une main ses pistolets, et traînant après lui Scipion, qui se débattait en poussant des cris perçants.

— Allons, en route à travers la forêt… la voiture peut revenir. Martin, prends ta femme et filons… Toi, si tu cries, si tu bouges, je te brûle, — ajouta-t-il en posant un de ses pistolets sur le front de Scipion.

La tête exaltée par le vin que j’avais bu, la raison troublée par la beauté de Régina qui m’avait tant frappée, je courus à elle, et quoiqu’elle se cramponnât aux vêtements de la gouvernante en appelant au secours, je l’enlaçai brutalement dans mes bras : elle était si légère que, malgré sa résistance désespérée, je l’emportai facilement.

— Passe devant, Basquine, — dit Bamboche, — et fraie nous passage dans le fourré… Avant dix minutes il fera nuit… on aura perdu nos traces.

Aux débats convulsifs de Régina succéda une sorte de lassitude et de brisement, comme si les forces de cette malheureuse enfant eussent été à bout ; je la sentis s’alanguir entre mes bras, et sa tête retombant sur mon épaule, sa joue glacée toucha la mienne.

Nous avions alors déjà marché quelque temps au milieu du fourré ; épouvanté, malgré moi je m’écriai :

— Bamboche… la petite se trouve mal.

— Allons donc, — dit Bamboche avec un éclat de rire féroce et en continuant de traîner Scipion après lui ; — tout-à-l’heure tu la feras revenir.

Et la nuit étant tout-à-fait venue, nous nous enfonçâmes au plus profond de la forêt.


Fin du troisième volume.