Mes papillons

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AnonymeOswald Durand

Mes papillons



 
Adolescence aimée, aux douces remembrances,
Comme vous êtes loin ! comme vous avez fui,
Heures veuves de peine et de lentes souffrances,
Où demain apparaît aussi pur qu’aujourd’hui !
Les rimes, sous vos doigts, éclosent caressantes,
Sans souci d’avenir et sans rêves troublants.
Papillons du printemps aux ailes innocentes,
Comme vous êtes blancs !

Vient l’âge de l’amour, et l’on se sent la force
D’embrasser d’un seul coup tout l’idéal azur ;
Et la sève de vie, ainsi que de l’écorce,
Déborde de votre âme et jaillit en sang pur.
On est aimé, l’on aime ; il semble qu’on renaisse.
— Le voyez-vous passer, le poète orgueilleux ?...
Papillons de l’été, quand fleurit la jeunesse,
Comme vous êtes bleus !

Et, plus tard, on connaît la décevance amère,
Les serments oubliés, le cruel abandon.
En voyant qu’ici-bas tout est leurre et chimère,
A son bonheur passé Ton demande pardon.
Le visage dément cependant les souffrances :
L’allégresse apparaît sous les traits amaigris.
Papillons de l’automne, a ces heures de transes,
Comme vous êtes gris !...

Les misères, les deuils, ont leur échelle sombre ;
Pour arriver au but le chemin n’est pas long.
Chaque jour, plus avant, on s’enfonce dans l’ombre ;
Chaque matin, le pied descend un échelon.
Et voilà qu’on atteint la limite suprême
Où l’on voit s’envoler jusqu’aux derniers espoirs...
Papillons de l’hiver, envoyés de Dieu même,
Comme vous êtes noirs !