Mes prisons/10

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Mes prisonsVanier (Messein)Œuvres complètes, tome IV (p. 422-424).
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X

MONS


Cette fois j’étais bel et bien coffré. Et je fus admis à la pistole des condamnés. Une liberté relative : les portes des chambres ouvertes de six heures du matin à huit heures du soir, et l’accès des prisonniers les uns chez les autres. Une vingtaine environ de « camarades » dont plusieurs français, ce qui me flatta peu d’ailleurs.

Je restai là un mois environ et ce fut, matériellement, le moment le plus heureux de ma captivité. Et puis, en wagon cellulaire, pour… Mons.

La prison, cellulaire aussi, de la capitale du Hainaut, est, je dois le confesser, une chose jolie au possible. De brique rouge pâle, presque rosé, à l’extérieur, ce monument, ce véritable monument, est blanc de chaux et noir de goudron intérieurement avec des architectures sobres d’acier et de fer. J’ai exprimé l’espèce d’admiration causée en moi par la vue, ô la toute première vue de ce désormais mien « château » dans des vers qu’on a voulu trouver amusants, au livre Sagesse dont la plupart des poèmes, d’ailleurs, datent de là…

J’ai longtemps habité le meilleur des châteaux.

À ma descente du train, je fus en voiture, toujours cellulaire, conduit vers cette presque aimable prison, où l’on me reçut en toute simplicité, il faut bien le dire ; après quoi on m’invita — péremptoirement — à prendre un bain, et des vêtements bien bizarres me furent apportés, consistant en une casquette de cuir de la forme qu’on pourrait dire dite Louis XI, une veste, un gilet et un pantalon d’une étoffe dont le nom m’échappe, verdâtre, dure, pareille assez à du reps très épais, très grossier et en somme très laid, un gros tour de cou en laine, des chaussettes et des sabots.

Ainsi affublé, on me fit monter dans la cellule qui m’était destinée. Sommaire, l’ameublement, — car je retombais dans le cas des prisonniers ordinaires, en attendant que de nouvelles démarches eussent lieu à l’effet d’encore m’empistoliser, pour oser ce néologisme. On compléta mon costume par l’apport d’une cagoule en toile bleue destinée à cacher le visage des prisonniers dans leur passage par les corridors pour les promenades dans les préaux, — et d’une large plaque de cuivre verni en noir, en forme un peu de cœur, avec mon numéro en relief, étincelant comme de l’or plus beau. Je devais accrocher cette enseigne lors de chaque promenade, à un bouton de ma veste.

Puis le barbier de l’établissement me rasa conformément au règlement. J’étais élégant et joli, je vous assure.

Mais revenons à l’ameublement de la cellule.

Un lit-table qu’on ne devait déployer et faire que le soir un peu avant le coucher. Un escabeau attaché au mur, un lavabo et une sorte de tour dans le mur, pour les usages intimes. Un petit crucifix de cuivre, avec qui je devais plus tard faire connaissance, complétait ce luxe sommaire.

Ô ce crucifix !