Mes souvenirs (Massenet)/Séance publique annuelle de l’académie des Beaux-arts

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Mes souvenirs (1848-1912)
Pierre Lafitte & Cie (p. 340-352).

SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
DE L’ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS

Samedi 5 novembre 1910.



Discours de Massenet, président de l’Académie
des Beaux-Arts.


Messieurs,

Il y a quinze jours à peine, sous cette même coupole, c’était grande réception. Ici se trouvaient réunis les membres des cinq Académies, d’illustres savants, des philosophes éminents, la fine fleur des lettres françaises, et nous aussi, les fervents de l’art. C’était une cérémonie ; aujourd’hui c’est une fête familiale. Nous sommes entre nous, nous pouvons nous livrer sans contrainte aux douceurs de la causerie et, encore tout à l’heure, nous ferons de la musique, comme chez M. Choufleuri. Sous le même frac brodé et avec, en parade, la même épée au côté, ce n’est plus pourtant au fauteuil le président d’hier, mais un camarade un peu plus haut juché.

Mais voici qu’une pensée nous afflige au début de notre entretien, celle de ne point voir parmi nous, à sa place habituelle, notre si aimé et si éminent secrétaire perpétuel Henry Roujon, retenu loin de nous par les soins d’une convalescence. Qu’il sache, lui et sa chère famille, que nous sommes profondément attristés de la raison de son absence, que nous lui souhaitons un heureux et prompt retour et que nous lui adressons l’expression de notre souvenir le plus vibrant et le plus ému.

Qu’il me soit permis de remercier ici les généreux donateurs qui ont pensé aux jeunes artistes. M. Gustave Clausse a fait donation entre vifs à l’Académie des Beaux-Arts d’un titre de rente annuelle qui sera employée à faciliter le travail de « restauration » exigé comme envoi de dernière année d’un architecte pensionnaire de la Villa Médicis.

M. John Sanford Saltus, artiste, citoyen des États-Unis, demeurant à New-York, a fait aussi donation entre vifs à l’Académie des Beaux-Arts de la somme nécessaire pour la fondation d’un prix annuel de cinq cents francs en faveur de l’auteur d’un tableau de bataille admis aux Expositions des Beaux-Arts de Paris.

Mme veuve Ambroise Thomas, par son testament, en date du 27 juillet 1898, a, en souvenir de son illustre mari, légué une rente annuelle de douze cents francs pour être partagée également chaque année entre les jeunes musiciens admis au concours définitif du grand-prix de Rome.

L’épouse vénérée de mon grand et tendre maître devait avoir cette touchante attention dont profiteront désormais les concurrents au grand prix de composition musicale.

Nous avons en face de nous de la jeunesse radieuse, les triomphateurs des derniers concours, le futur convoi pour la Villa Médicis, bagne fleuri des arts, et nous prenons notre part de leur joie et de leurs espérances. Sans doute, mes jeunes amis, nous sommes le crépuscule et vous êtes l’aurore. Mais un dicton prétend qu’au coeur des artistes vit un printemps éternel. Dépêchons-nous d’y croire.

S’il en fallait un exemple, ne le trouverions-nous pas de suite chez notre grand Frémiet, que nous venons d’avoir la douleur de perdre, la seule qu’il nous ait faite en sa longue vie de quatre-vingt-six années.

Prenez-le à ses débuts, à l’heure des premières difficultés. Il lutte, mais dans l’allégresse de ses vingt ans, soutenu par sa foi et l’œil obstinément fixé vers les horizons qui le tentent. Il est employé aux moulages anatomiques du musée Orfila — il l’a bien fallu pour vivre — mais de ce stage à la clinique de l’Ecole de médecine, quelles leçons il sait tirer ! Il en profite pour étudier de plus près l’anatomie des fauves et le jeu de leurs muscles. Ces années de labeur obscur feront plus tard sa force et sa puissance.

On est toujours le neveu de quelqu’un, selon la formule de Figaro ; Frémiet eut la chance d’être celui de Rude. Quel maître et quel élève ! De Rude il tenait les principes solides de son métier ; mais qu’il sut rester, malgré tout, personnel et original ! « Celui qui s’habitue à suivre n’ira jamais devant », assurait Michel-Ange. Frémiet voulut aller devant. Et la gloire commence.

Si on le voulait pousser un peu, il ne faisait nulle difficulté d’accorder aux bêtes, comme le poète Lucrèce, une suprématie évidente sur les hommes, et il en donnait nombre de raisons ingénieuses. Il est donc naturel que ses prédilections l’aient porté surtout du côté des animaux. « Sculpteur animalier » était le titre qu’il revendiquait.

Ne trouvez-vous pas prodigieux cet art superbe du sculpteur ? Le peintre a sa palette aux couleurs multiples, où d’un pinceau léger il peut trouver tous les tons que lui suggère une riche imagination ; le musicien a les sept notes de la gamme, dont il peut varier à l’infini les combinaisons, selon les lois de l’harmonie, s’il en est encore, et celles de la polyphonie la plus truculente; l’architecte trace des plans, que d’un crayon agile et d’une gomme élastique, complaisante il peut modifier à sa guise.

Mais le sculpteur ?

On met devant lui un bloc de pierre, et de cette pierre inerte on lui demande de tirer de la vie : « Va, mon bonhomme, voici un ciseau, rogne et taille tout à ton aise. De cet obscur caillou, fais de la lumière ; de ce quartier de roc, de la tendresse ; de ce poids lourd, de la légèreté. De la glaise humide et grise, que les fleurs éclosent et que les dentelles se déroulent ! Va, échauffe ce marbre glacé. Crée et multiplie. »

Et voici le Cavalier romain qui se dresse hautain sur son cheval de guerre, comme un maître du monde, voici Louis d’Orléans, d’élégante allure, qui passe sur son destrier, galant, et Napoléon, vainqueur, dans sa grande redingote grise sur sa fine jument blanche, et tant d’autres écuyers de tout temps, — tout un carrousel ! C’est la lutte sauvage de l’ours contre l’homme du premier âge, ce sont les Chevaux marins, crinière au vent, et leurs amis les Dauphins, clowns de l’Océan, qui prennent leurs ébats dans les eaux paisibles de la Fontaine du Luxembourg, l’Éléphant pesant du Trocadéro, la trompe en bataille, et le faune étalé qui, du bout de ses baguettes malicieuses taquine de jeunes ours, le Rétiaire portant ses filets qui descend dans l’arène, le Saint Grégoire de Tours, le Centaure Térée avec l’enfant dans les bras, les Chiens courants si ardents dans leur poursuite et le Gorille enlevant une femme, chef-d’œuvre tragique où l’on ne sait quoi plus admirer ou de la puissante musculature de l’horrible bête ou de la grâce pâmée de la belle victime aux chairs souples et palpitantes ; c’est encore la Jeanne d’Arc si menue sur son gros cheval de labours, mais dont la foi rayonne et qui porte si fièrement l’étendard de France. C’est toute l’œuvre de Frémiet enfin qui sort resplendissante du néant de la pierre.

Ah ! cette pierre, qu’il l’a aimée et caressée ! Comme il a su la faire parler ! Aujourd’hui qu’il dort son dernier sommeil, encore tout entouré d’elle, elle s’attendrira sans doute, comme s’il était là toujours pour l’émouvoir, et trouvera, dans l’obscur tombeau, des pleurs humides pour son vieil adorateur.

Et je vous le disais tout à l’heure, messieurs, cette œuvre si abondante et si diverse fut enfantée dans la joie. Jusqu’au dernier jour, haut, svelte, rapide, il a passé dans la vie, le sourire aux lèvres et fredonnant volontiers quelque alerte refrain. Car il aimait la musique et ne craignit pas de confier l’une de ses filles chéries à un de vos plus chers confrères, oui, messieurs, au compositeur Gabriel Fauré lui-même, ici présent. Ah ! quel bonheur d’avoir un gendre et des petits-enfants à choyer, à dorloter, de petites âmes à modeler ! Mais voilà, les enfants grandissent si vite ! Ils veulent devenir à leur tour des artistes, comme papa et grand-papa. Attendons-nous à une nouvelle lignée de Fauré-Frémiet. Événement inéluctable.

Une des dernières fois que nous vîmes Frémiet tout court, c’était sur un canot, dans les rues de Paris, ce qui n’est pas banal. Il vint ainsi, hardi navigateur, jusqu’aux portes mêmes de l’Institut, lors des inondations. Il en riait, comme un jeune homme qui fait une bonne farce. Pauvre cher et grand ami !

Ce fut aussi un bon compagnon que Charles Lenepveu, d’un large rire épanoui et qui n’engendrait pas la mélancolie, avant que la maladie l’ait trop fortement atteint, sorte de bon géant rabelaisien, tout de franchise et de loyauté, quelque chose comme un chevalier servant de la musique, sans peur et sans reproche.

« Prenez-moi comme je suis », semblait-il dire à tout venant. Et il était beaucoup, plus peut-être encore qu’il ne le pensait en sa modestie. Il ne sera pas possible en effet d’oublier de sitôt sa magnifique carrière de professeur. Il meurt, on peut le dire, sur un lit de lauriers cueillis par ses élèves au dernier concours.

Vous vous rappellerez longtemps, mes jeunes amis, cette dernière visite pieuse que nous avons faite à son chevet, où déjà touché par l’aile de la raort, il eut pour vous, en apprenant la bonne nouvelle, un dernier regard d’affection, une dernière joie. Il souleva sa tête pâlie, et d’une voix qu’il croyait forte : « Nous allons sabler le Champagne, mes enfants, murmura-t-il. La coupe en main, célébrons le triomphe. » Pour un instant, votre chère présence l’avait ranimé. Ah ! conservez toujours le souvenir respectueux de votre maître et, dans les succès que l’avenir vous réserve gardez-lui sa part légitime.

Mais ce n’est certes pas la seule gloire à laquelle peut prétendre Lenepveu. Il se survivra non seulement dans ses élèves, mais encore dans son œuvre personnelle d’ouvrier d’art probe et souvent inspiré. Ainsi qu’il est arrivé pour beaucoup d’entre vous, sa famille, au début, fit tout pour le détourner d’une voie qu’elle estimait ne devoir le mener à rien et d’une carrière, pour tout dire, si parfaitement inutile. Que serait cette vie pourtant sans ces inutilités qui en sont la fleur et la seule vraie raison peut-être ? Voulant briser avec des fantaisies dangereuses, on l’envoie à Paris pour y faire ses études de droit. Nous ne savons trop ce qu’il advint de ses examens à la Faculté, mais, sous le manteau de Cujas et en gardant un profond anonymat, nous le voyons affronter des concours de musique en province, ici et là, pour chaque fois en sortir vainqueur. Et dès lors il ne résiste plus au flot qui l’emporte. De l’École de droit il saute d’un bond au Conservatoire, et de ses grandes jambes il y marche vite, je vous assure. Tous les prix, il les cueille de haute lutte pour finir à la Villa Médicis. À Rome même, il se remet à concourir — c’était sa marotte — pour un prix d’opéra-comique institué par l’État et naturellement — c’était sa manie — le voilà couronné avec sa partition du Florentin, œuvre de jeunesse pleine d’une verve charmante en bien des endroits. Puis ce fut la Messe de Requiem, celle-ci de premier ordre, je ne crains pas de l’affirmer, et qu’on peut mettre à côté des plus célèbres oeuvres du genre.

Il eut plus de peine à forcer la porte des théâtres. Pourtant on ne peut oublier les belles pages de Velléda, donnée au théâtre Covent-Garden de Londres avec Adelina Patti pour principale interprète, non plus que celles d’une Jeanne d’Arc, un drame lyrique en trois parties, qui eut la curieuse fortune d’être représenté sous les voûtes mêmes de la cathédrale de Rouen et dont la réussite très vive eut du retentissement.

Lenepveu aimait à raconter la conversation qu’il eut à la suite de ce succès avec notre grand Gounod, qui se plaisait à le féliciter dans les termes hyperboliques et imagés dont il était coutumier : « Ah ! cher ami, quelle œuvre ! J’en ai été remué jusqu’au tréfonds de mon être intime. Votre piété de musicien est de l’améthyste pure sertie dans de l’or vierge et votre cerveau de penseur recèle des trésors insoupçonnés, des pierres précieuses qui ruissellent pour les seuls élus. » Et Lenepveu de se confondre en remerciements et de « boire du petit-lait », comme il disait : « Ah ! mon illustre maître, que je suis confus de vos éloges, que je vous suis reconnaissant d’avoir bien voulu pénétrer en mon œuvre modeste. — Moi ? interrompait Gounod, je ne la connais pas, je ne l’ai entendue ni lue. — Mais alors ? » répliquait Lenepveu légèrement interloqué. Gounod de mettre alors un doigt mystérieux sur ses lèvres et de laisser tomber ces paroles fatidiques : « Ni vue, ni connue, mais par les effets on devine les causes. » Et le bon Lenepveu de s’esclaffer au souvenir de cette histoire.

Toute cette gaieté n’est plus. Je sais que vous avez du chagrin d’avoir perdu cet excellent camarade. Vous comprendrez donc mon émotion et ma douleur personnelle d’avoir perdu, moi, cet ami très affectionné, auprès duquel j’avais, pour ainsi dire, vécu côte à côte, devisant des mêmes choses, tout le long de la route humaine, et marquant chacun sur le calepin de notre jeunesse laborieuse plus d’heures noires que d’heures blanches.

Heureusement, pour nous musiciens, les blanches valaient deux noires.

De Georges Berger, qui fut l’un des plus aimables et des plus qualifiés parmi nos membres libres, j’ai fait l’éloge mérité dans un précédent discours, et passerai cette fois plus brièvement, car le temps presse et j’entends les violons s’accorder. Véritable gentilhomme d’art, il prit toujours en main notre cause et la servit loyalement, chaque fois qu’il en eut l’occasion. C’est surtout dans les grandes expositions, dont il était l’âme et l’organisateur habile, que nous l’avons rencontré, pour nous faire la place la plus belle. À la Chambre des députés aussi, son éloquence prit souvent et victorieusement la défense de nos intérêts.

Nous garderons longtemps le souvenir de ce galant homme si courtois et si finement disert.

Et voici encore une curieuse figure d’artiste qui disparaît avec sir William Quiller Orchardson, un de nos membres associés.

Il fut peintre de genre et portraitiste très intéressant, comme le sont en général les artistes anglais, chez qui l’on sent un vif souci de la ressemblance cherchée même au delà des traits du modèle et jusque dans son âme intime. Une fois, il s’élève à la grande peinture d’histoire avec son Napoléon sur le « Bellérophon ». L’œuvre est restée célèbre, popularisée par la gravure et la photographie.

Aux jours qui précédèrent sa mort, il achevait le portrait de lord Blyth. Se sentant atteint gravement, il dut prendre le lit. C’était la fin et il s’y résignait, quand sa femme, stoïque et courageuse comme une ancienne Romaine, lui demanda s’il ne voulait pas signer sa dernière œuvre. Il se fit alors conduire devant la toile, y mit ses initiales tremblantes, se recoucha et mourut. Belle fin d’artiste !

Mais secouons cette poussière de tombes, et n’attristons pas davantage par des images funèbres cette jeunesse vivante, qui est trop loin de la mort pour y croire et qui attend de nous simplement son viatique pour le voyage à Rome.

Rome ! c’est la ville sainte où vous trouverez le réconfort et la méditation féconde. Oh ! je sais, vous avez rencontré déjà des esprits forts ou des doctrinaires à tous crins qui ont tenté de vous en détourner, qui vous ont représenté comme du temps perdu et de la paresse ces années bénies entre toutes. Méfiez-vous de ces éternels renards pour qui tous les raisins sont trop verts.

Allez en toute confiance vers la cité des arts, allez, peintres, sculpteurs, graveurs, architectes et musiciens, allez, et de l’échange de vos enthousiasmes faites une collaboration. Un art doit être en effet la réunion de tous les arts ; un artiste ne doit pas se confiner en sa seule spécialité, il doit l’être en tout, dans tout et partout.

Dès le premier soir, vous serez conquis et, quand des hauteurs du Pincio vous verrez se dérouler sous vos regards attendris les méandres de la ville des papes et des Césars, dominée ici par la coupole souveraine de Saint-Pierre, là par le Colisée païen, et plus loin la campagne romaine s’étendant, déjà baignée des nuances indécises du crépuscule, jusqu’au Janicule encore doré des derniers rayons du soleil couchant, vous comprendrez. Vous sentirez votre âme se fondre dans une muette prière d’adoration et de reconnaissance. Ou alors, c’est que rien ne bat sous votre mamelle gauche et qu’il est inutile d’aller plus loin.

Faites sauter les cordes de la lyre.

Et vous vous répandrez par les musées. Entrez dans l’intimité de ces œuvres maîtresses, prodiges de pensée et d’émotion, et ne vous pressez pas de porter sur elles des jugements hâtifs que vous pourriez regretter plus tard. Souvenez-vous qu’une œuvre d’art est une Majesté et qu’il faut attendre qu’elle vous parle d’abord. Mais ensuite, quels sublimes et chaleureux entretiens !

Quand sonnera l’heure du repas, réunis autour de la table commune, vous échangerez encore vos impressions et vos admirations de la journée, et c’est là surtout que vous profiterez les uns des autres et que naîtra cette collaboration de l’enthousiasme. S’il m’est permis de parler plus spécialement de la musique, je vous dirai que notre art n’est que le reflet de nos sensations. Il faut tout attendre d’une émotion souvent fortuite. Une mélodie peut naître spontanée au souvenir d’une impression ressentie, d’une pensée laissée en notre cœur, d’un regard, d’un mot, d’un son de voix.

Ainsi vous deviserez jusqu’à l’heure de l’Ave Maria : les peintres communieront en Raphaël, les sculpteurs s’agenouilleront devant Michel-Ange, les architectes, emportés par leurs rêves au delà même de la ville éternelle, vous diront les merveilles de l’Acropole, et les musiciens chanteront pour chanter !... car à la Villa Médicis comme en notre belle France, tout finit nar des chansons.

Je me souviens qu’Henner se plaisait aux harmonies imprécises pour bercer les vagues rêveries de ses nymphes au clair de lune, tandis que les sculpteurs et les architectes s’extasiaient devant les robustes constructions musicales de Gluck et de Hændel. Ainsi se révèlent les états d’âme.

Et voilà ce qu’on voudrait détruire ! Les plus purs enivrements de votre jeunesse ! Ah ! mes jeunes amis, vous subirez le charme comme nous l’avons subi et, plus tard, quand vous aurez quelque découragement des luttes quotidiennes, vous ferez ainsi que vos aînés : vous reviendrez vers cette Mecque des arts pour y retremper vos forces défaillantes, nouveaux Antées qui sentirez le besoin de toucher le sol sacré.

Sur le Pincio même, juste en face de l’Académie de France, il est une petite fontaine jaillissante en forme de vasque antique, qui, sous un berceau de chênes verts, découpe ses fines arêtes sur les horizons lointains. C’est là que, de retour à Rome après trente-deux années, un grand artiste, Hippolyte Flandrin, avant d’entrer dans le temple, trempa ses doigts comme en un bénitier et se signa.

Chers amis, gardez aussi cette religion, et qu’elle vous conduise, fermes et courageux, au milieu des cahots de la vie, jusqu’au paradis des arts.

FIN