Mon étoile d’or

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mon étoile d’or…

CRI DE DEUIL



Adieu l’horizon gai comme un sourire
Que l’espoir dorait pour un fils aimé !
Horizon trop beau, qui t’a pu maudire ?…
À peine entrevu, te voilà fermé !
Devant mes pas s’ouvre un désert immense ;
Dans la froide nuit mon esprit s’endort ;
Je sens dans mon cœur que ma mort commence.
Mon ciel a perdu son étoile d’or !


Morne et l’œil baissé, courbant mon front blême,
Je vois la douleur combler ma maison,
Et, sans nul repos, j’attise en moi-même
Un penser qui brûle ainsi qu’un tison.
Quelle voix intime, hélas ! pourrait dire
Mon triste poëme aux hymnes de mort ?
Larmes de mon cœur, vous pourriez l’écrire…
Mon ciel a perdu son étoile d’or !


Lorsque je guettais, ô ma jeune plante,
Ton éclosion aux fruits presque mûrs,
Le ciel vint tarir ta séve trop lente..,
Dieu m’a pris l’ami de mes jours futurs !
Je n’entendrai plus tes chants, ta parole,
Tes mots caressants, cher et doux trésor !…
Que devient le toit d’où l’ange s’envole ?…
Mon ciel a perdu son étoile d’or !



Ô mon beau bourgeon, fleuri sur mon arbre,
L’âpre vent du nord t’a vite abattu !
Et je reste là, glacé comme un marbre,
Sans trouver en moi force ni vertu !
Au bout de mes jours commençait à luire
L’aube d’un rayon que j’aurais vu fort.
L’orage et la foudre ont su le détruire…
Mon ciel a perdu son étoile d’or !


Comme un tendre oiseau, tu trouvais ta joie
Sous l’aimant abri du nid paternel.
La main du trépas t’arrache à ma voie ;
J’ai tendu mon cœur d’un crêpe éternel !
Oh ! pourquoi venir pour partir si vite ?
Pourquoi, pour se perdre, un si bel essor ?
Noir destin, abîme, aucun ne l’évite…
Mon ciel a perdu son étoile d’or !


Mon cœur, cependant, doit franchir l’épreuve,
Dût-il se noyer d’un immense pleur ;
D’un suc trop amer ma lèvre s’abreuve…
Garde ton poison, terrible douleur !
Chasse, ô mon esprit, ta sombre chimère ;
Ferme ta blessure (elle saigne encor !) :
De l’enfant parti n’ai-je pas la mère ?…
J’avais dans mon ciel deux étoiles d’or !


Et pour cet autre ange il faut que je vive ;
Je dois soutenir ses pas chancelants ;
Je dois dans son sein répandre l’eau vive
Des tendres conseils, des mots consolants.
Pauvre mère ! hélas ! pleurant son beau rêve,
Et s’agenouillant sous le bras du sort !
Oh ! viens sur mon cœur ! l’amour te relève…
Il reste en mon ciel une étoile d’or !

F. FERTIAULT.


Paris, avril 1856.