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Monadologie (Édition Bertrand, 1886)/Introduction

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Texte établi par Alexis Bertrand, Eugène Belin (p. 5-30).

INTRODUCTION


I

Nous ne manquons en France ni de savantes études sur la philosophie de Leibniz, ni d’excellentes éditions de ses œuvres et particulièrement de la Monadologie. Pour accepter la tâche d’éditeur des Nouveaux Essais et de la Monadologie, il fallait un motif sérieux, et ce motif, nous pouvons le résumer d’un mot, simplifier. C’est notre expérience des classes de philosophie des lycées et des examens du baccalauréat qui nous a suggéré ce désir décidé de simplification. Nos éditions classiques de Leibniz ont presque toutes un beau défaut : ce sont des éditions savantes. Elles compliquent au lieu de la simplifier la tâche de l’élève et ne laissent plus rien à faire au maître. Sous prétexte d’un ouvrage ou même d’un fragment d’ouvrage à commenter, elles offrent au lecteur l’immensité de l’œuvre leibnizienne à parcourir et à creuser. De plus, ces savantes études que nous admirons autant que personne sont du Leibniz concentré, aliment des plus substantiels, mais qu’un estomac solide peut seul digérer et qu’une très forte organisation peut seule s’assimiler. Leibniz est plus leibnizien dans ces magistrales introductions que dans ses ouvrages, comme les Romains de Corneille sont plus Romains dans ses tragédies que dans leur histoire : excellentes pour des candidats à la licence et même à l’agrégation (ils le savent bien et s’en nourrissent), elles sont, si l’on nous permet le mot, qui est un grand éloge, détestables pour des candidats au baccalauréat. Ce n’est pas que nous répétions à leur endroit le mot de Socrate : « Que de choses ce jeune homme me fait dire auxquelles je n’ai jamais pensé ! » Car Leibniz, heureusement pour nos modernes accoucheurs d’esprits, a pensé à tout et, avec l’art de solliciter doucement les textes, il n’est rien qu’on ne trouve dans ses œuvres. « Je m’engage, disait Montesquieu, à trouver dans Cardan les pensées de quelque auteur que ce soit. » Loin de nous, par conséquent, l’intention de critiquer les diverses interprétations et les différentes reconstitutions de la pensée leibnizienne : nous les tenons toutes pour parfaitement exactes bien qu’elles ne se ressemblent pas toujours. À supposer que ces expositions du système de Leibniz soient quelquefois de belles infidèles, nous ne les admirerions guère moins puisqu’elles témoignent d’une rare vigueur philosophique.

Mais pourquoi ne pas s’effacer discrètement devant le philosophe lui-même ? Pourquoi ne pas avouer les difficultés qu’on éprouve parfois à concilier des textes inconciliables ? La poésie est plus vraie que l’histoire, Aristote l’a dit et il faut le croire, mais un système philosophique n’est pas une vérité, c’est une réalité qu’il faut prendre comme elle est. Reconstituer le système de Leibniz, c’est une belle entreprise : je connais des philosophes capables de la mener à bonne fin, mais Leibniz lui-même n’eût pu, je crois, s’en tirer avec honneur et une foule de textes l’eussent embarrassé et arrêté. On ne pense pas, on n’écrit pas soixante-dix ans et sur tous sujets, sans se contredire parfois, surtout si en même temps que philosophe on est homme du monde et, par conséquent, assez porté à modifier son dogmatisme selon l’interlocuteur, cartésien, scolastique, littérateur, mathématicien. Les antagonismes de la surface ne recouvrent pas toujours le calme et l’immobilité des eaux profondes. Tant pis pour la belle ordonnance des expositions systématiques, il faut se résigner, surtout dans un système dont l’évolution universelle est pour ainsi dire l’âme et la vie, à commenter les textes séparément. On demande à nos candidats de bien comprendre le premier livre des Nouveaux Essais et la Monadologie, pourquoi leur imposer par surcroît l’étude indirecte de tous les autres ouvrages de Leibniz ?

Comment voulez-vous que de jeunes esprits, si ouverts qu’ils soient, puissent retrouver dans les quelques textes qu’ils ont à lire et à expliquer toutes les théories que vous exposez dans vos savantes introductions ? Les voilà donc obligés, chose grave, de jurer sur la parole de l’éditeur, et cela, à propos des rares philosophes qu’ils sont obligés de connaître par eux-mêmes. Voilà l’étude du texte rejetée au second plan, bien plus, devenue gênante et réduite à une sorte de superfétation. Le commentateur s’est substitué à l’auteur : les textes rejetés honteusement à la fin du volume, dont ils ne paraissent être qu’une sorte d’appendice, ne sont plus en réalité que de très insuffisantes pièces justificatives. Il faut n’avoir jamais été soi-même écolier ou candidat, pour ne pas se douter du sort qui est réservé à ces textes inutiles et malencontreux. Tout élève et tout candidat est un Omar qui raisonne ainsi : ou le texte est conforme à l’introduction et il est inutile, ou il le contredit et il est gênant.

Conclusion : si vous voulez que nos élèves de philosophie lisent Leibniz dans le texte, gardez-vous de leur offrir un Leibniz tout étudié avant le texte ! C’est un malheur pour l’élève, parce qu’on allonge la route alors qu’il croit sincèrement qu’on l’abrège ; et c’est un malheur pour le professeur réduit à se faire (j’ai vu le cas arriver) le commentateur d’un commentateur. Voilà pourquoi, dans cette édition, on s’est contenté d’éclaircir les difficultés du texte et l’on s’est bien gardé de faire précéder ce texte d’une exposition générale de la philosophie de Leibniz. Une simple analyse des Nouveaux Essais ; un commentaire perpétuel de la Monadologie : voilà, avec une vie assez détaillée de Leibniz et des indications bibliographiques exactes et suffisamment complètes, voilà à quoi nous avons réduit, de parti pris, notre tâche d’éditeur. Il fallait analyser les Nouveaux Essais pour faire pénétrer la lumière dans cette forêt germanique, et il fallait employer le microscope pour distinguer les riches détails des cristaux à mille facettes ; qui sont les formules de la Monadologie. Mais, nous ne saurions trop le répéter aux élèves et aux candidats : mieux vaut mille fois passer une heure à s’expliquer à soi-même un texte obscur, une formule difficile, que d’employer le même temps à lire les pages les plus merveilleuses d’une introduction, les lignes les plus ingénieuses d’un commentaire.

Nous suivons le texte de l’édition Gehrardt pour les Nouveaux Essais, et nous profitons des excellentes corrections de MM. E. Boutroux et H. Lachelier pour la Monadologie. Toutefois, si nous respectons la ponctuation parce qu’elle est souvent importante pour le sens et bien qu’elle soit plus germanique que française, nous n’avons pas poussé le scrupule jusqu’à respecter l’orthographe souvent archaïque et barbare. Leibniz n’est pas un classique ; les fautes de son secrétaire n’ont rien de sacré pour nous, et nous ne croyons pas qu’il soit nécessaire de désapprendre l’orthographe pour apprendre la philosophie. Que pourraient bien gagner nos élèves à ce qu’on écrivît essay, j’ay, la pluspart, paroistre, en effect, adjouter, tousjours, etc., tous exemples empruntés aux six premières lignes de la Préface ?

II

LA VIE ET LES ÉCRITS DE LEIBNIZ

Godefroi-Guillaume Leibniz[1], naquit à Leipsig le 1er juillet 1640 et mourut à Hanovre le 14 novembre 1716. Il était fils de Frédéric Leibniz, jurisconsulte de valeur, professeur de morale à l’université de Leipsig, et de Catherine Schmuek, fille d’un professeur de droit, femme d’un grand mérite qui prit soin de sa première éducation, car il perdit son père à l’âge de six ans. Il perdit sa mère pendant qu’il faisait ses études à l’Université. On a discuté sur la véritable origine de sa famille et l’on n’est pas d’accord sur l’orthographe de son nom. Les uns, se prévalant de la prononciation de ce nom, qui n’est pas douteuse, lui donnent une origine slave ; les autres, par exemple Kuno Fischer, le revendiquent énergiquement pour l’Allemagne, et il est certain que ses ancêtres, au moins jusqu’à son bisaïeul, avaient résidé en Allemagne et même exercé des fonctions officielles.

Leibniz fut un autodidacte dans toute la force du mot. Il lut beaucoup et fort jeune, mais sans critique et guidé uniquement par ses fantaisies et ses préférences. Possesseur d’une assez riche bibliothèque que lui avait laissée son père, tout livre lui était bon et il resta persuadé toute sa vie que dans tout livre il y a du bon. C’est peut-être la première origine de son éclectisme et de son insatiable curiosité. Il apprit comme en se jouant le latin et le grec, l’histoire et les sciences, pour qu’aucun ouvrage des anciens ou des modernes ne lui demeurât inaccessible. Voici comment il parle dans une sorte d’autobiographie où il raconte cette première ivresse de son esprit : « Un penchant naturel le portait vers les livres. Se trouvant par bonheur en possession d’une bibliothèque, il s’y enfermait souvent des jours entiers, ouvrant avidement et sans choix les premiers livres qui lui tombaient sous la main, passant de l’un à l’autre selon qu’il se sentait attiré par l’agrément du style ou l’intérêt du sujet. Le hasard lui tint lieu de maître ; ou plutôt le secours divin, à défaut de tout conseil, guida sa curiosité. Il eut le bonheur de tomber d’abord sur les anciens, in quibus initio nihil, paulatim aliquid, denique quantum satis est intelligebat : il reçut sans y prendre garde l’empreinte de leur pensée et de leur style, comme le visage se colore sans qu’on y pense, quand on marche longtemps sous les rayons du soleil. Il y puisa une aversion profonde pour l’emphase vide et les faux ornements. Par la grandeur, l’élévation et la virilité de leurs pensées, par leur diction claire, limpide, toujours naturelle et toujours juste, ils lui causaient un si profond ravissement qu’il s’imposa dès lors comme règle d’écrire et de parler toujours clairement, de penser toujours utilement, quærere semper in verbis cæterisque animi signis claritatem, in rebus usum[2]. » Il resta fidèle toute sa vie à cette règle excellente de littérature et de morale, et dès l’adolescence il put en constater les merveilleux effets. « Lorsqu’il parut parmi les jeunes gens de son âge, il fut regardé comme un prodige, pour avoir compris sans secours et s’être assimilé, tout en gardant son indépendance d’esprit, la philosophie et la théologie scolastique, qui passaient pour contenir dans leur obscurité le dernier mot de la science. » Continuant ses confidences, il se dépeint passant heureusement de l’intelligence des anciens à celle des modernes par l’intermédiaire de Bacon. « Arrivé à l’adolescence, il eut la bonne fortune de trouver sous sa main le livre de François Bacon, de Augmentis scientiarum, les ouvrages séduisants de Cardan et de Campanella et des échantillons d’une philosophie meilleure de Képler, de Galilée, de Descartes. C’est alors, comme il l’a souvent répété à ses amis, qu’il se crut transporté dans un autre monde. Alors il crut retrouver Aristote, Platon, Archimède, Hipparque et les autres maîtres du genre humain, il lui sembla les voir et converser avec eux[3]. »

Fontenelle dit avec beaucoup d’esprit : « Cette lecture universelle et très assidue le fit devenir tout ce qu’il avait lu. Pareil, en quelque sorte, aux anciens qui avaient l’adresse de mener jusqu’à huit chevaux attelés de front, il mena de front toutes les sciences. Aussi nous sommes obligés de le partager ici, et, pour parler philosophiquement, de le décomposer. De plusieurs Hercules l’antiquité n’en a fait qu’un, et du seul Leibniz nous ferons plusieurs savants[4]. » Avant d’être un savant universel, Leibniz manifesta un goût très vif pour la littérature et la poésie. Il savait les bons poètes par cœur ; et, déjà fort vieux, occupé de mille travaux divers, il pouvait réciter Virgile presque tout entier. Il prenait plaisir à faire des vers latins. Il en composa une fois trois cents en un jour, sans se permettre une seule élision, jeu d’esprit, mais jeu difficile, dit Fontenelle qui admire particulièrement une pièce sur le phosphore où Leibniz déploie toutes les ressources d’un esprit ingénieux, tout rempli des souvenirs de la fable et pénétré de l’antiquité. Il ne faudrait pas croire que ce lecteur acharné et enthousiaste manquât de critique et se contentât d’emmagasiner dans sa mémoire ce que les anciens et les modernes ont pensé. Le hasard pouvait présider à ses lectures, mais la pénétration de son esprit précoce présidait seule au choix des doctrines. Comme Descartes enfermé dans son poêle, il délibérait avec lui-même sur ce qu’il devait garder ou rejeter. Rien de plus curieux que de voir ce philosophe de quinze ans, dans un bocage, peser et comparer gravement Platon et Aristote et se demander s’il conserverait les formes substantielles. « Étant enfant, j’appris Aristote, et même les scolastiques ne me rebutèrent point ; et je n’en suis point fâché présentement. Mais Platon aussi, dès lors avec Plotin me donnèrent quelque contentement, sans parler d’autres anciens que je consultai. Par après, étant émancipé des écoles triviales, je tombai sur les modernes ; et je me souviens que je me promenai seul dans un bocage auprès de Leipsig, appelé le Rosenthal, à l’âge de quinze ans, pour délibérer si je garderais les formes substantielles. Enfin le mécanisme prévalut et me porta à m’appliquer aux mathématiques[5]. » Ainsi se développaient les deux qualités dominantes du génie de Leibniz, la puissance de réflexion et la facilité d’assimilation. Notre méthode n’est souvent que l’histoire de notre esprit. Leibniz resta éclectique toute sa vie, mais avec deux graves réserves : il a trouvé que « la plupart des sectes ont raison dans une bonne partie de ce qu’elles avancent, mais non pas tant en ce qu’elles nient[6] ; » et s’il se plaît à « prendre le meilleur de tous côtés » c’est pour « aller après plus loin qu’on n’est allé encore[7]. » Sa préoccupation constante en lisant un livre ou en étudiant une science était la recherche de l’originalité et de la nouveauté prises l’une et l’autre dans la meilleure acception des mots. Pascal a dit avec une grande justesse « qu’à mesure qu’on a plus d’esprit on trouve qu’il y a plus d’hommes originaux[8]. » Leibniz avait assez d’esprit pour trouver de l’originalité et de la profondeur dans le plus infime des scolastiques. Quant aux sciences, il s’y intéressait moins encore pour les vérités qu’elles lui présentaient que par les découvertes qu’elles lui suggéraient. Partout et toujours il lisait entre les lignes et dans son propre esprit. « Deux choses me furent, dit-il, merveilleusement utiles, et deux choses qui, pour le plus grand nombre, ne sont pas sans dangers : c’est que j’étais en quelque sorte αὐτοδιδαχτός, et que dans toutes les sciences je cherchais à découvrir quelque chose avant même d’en bien connaître les premiers éléments (alterum quod quærerem nova in unaquaque scientia ut primum eam attingebam cum sæpe ne vulgaria quidem satis percepissem). J’y trouvai deux avantages : le premier, de ne pas remplir mon esprit de vaines opinions qu’il eût fallu plus tard désapprendre, parce qu’elles se recommandaient plutôt par l’autorité des maîtres que par la force des preuves ; le second, de n’avoir pas de repos que je n’eusse pénétré jusqu’aux fibres et aux racines de chaque science (alterum ut ne ante quiescerem quam ubi cujusque doctrinæ fibras ac radices essem rimatus) et que je ne fusse parvenu jusqu’aux principes qui me donneraient les moyens de résoudre par moi-même (proprio Marte) toutes les questions[9]. » Cette peinture naïve des dispositions originelles d’un des esprits les plus philosophiques qui furent jamais, est du plus haut intérêt pour le psychologue. Ajoutons un trait curieux de son tempérament intellectuel : passionné pour la réflexion personnelle et la méditation, il évitait justement les ouvrages qui, par leur obscurité ou l’enchaînement logique de leurs déductions, semblent exiger le plus de réflexion et de méditation. « C’est que, dit-il, en suivant ses propres méditations, on suit un certain penchant naturel, et l’on profite avec plaisir, au lieu qu’on est gêné furieusement quand il faut suivre les méditations d’autrui. J’aimais toujours des livres qui contenaient quelques belles pensées, mais qu’on pouvait parcourir sans s’arrêter, car ils excitaient en moi des idées que je suivais à ma fantaisie et que je poussais où bon me semblait. Cela m’a encore empêché de lire avec soin des livres de géométrie, et j’ose bien avouer que je n’ai pu encore gagner sur moi de lire Euclide autrement qu’on a coutume de lire les histoires[10]. »

Leibniz quitta le gymnase à quinze ans et rentra en 1661 à l’université de Leipsig où il eut pour maître Jacques Thomasius, philosophe sans originalité, mais profondément versé dans l’histoire de la philosophie ancienne. En 1663, il écrivit une thèse remarquée sur le Principe d’individuation où il se prononçait pour le nominalisme. Il alla ensuite à Iéna et s’y occupa plus spécialement d’histoire sous Bovius et de mathématiques sous Ehrard Weigel. C’est alors qu’il eut la première idée de son art combinatoire, premier germe du projet qu’il n’abandonna jamais de fonder une langue ou caractéristique universelle, qui jouerait en philosophie le rôle de la notation en algèbre. Il se décida enfin pour la carrière de la jurisprudence et voulut prendre, à Leipsig, le titre de docteur en droit. Refusé sous prétexte de jeunesse, il présenta sa thèse de Casibus perplexis in jure à Altdorf où il fut reçu brillamment et où l’on tenta même de le retenir comme professeur. Terminons l’histoire de cette période de sa vie par le récit plaisant que nous donne Fontenelle de la manière dont Leibniz se fit affilier à la confrérie de la Rose-Croix, à Nuremberg, ville dont le séjour l’avait tenté par le mouvement littéraire et scientifique qu’il y trouvait. « Quand il eut été reçu docteur en droit à Altdorf, il alla à Nuremberg pour y voir des savants. Il apprit qu’il y avait dans cette ville une société fort cachée de gens qui travaillaient en chimie et cherchaient la pierre philosophale. Aussitôt le voilà possédé du désir de profiter de cette occasion pour devenir chimiste ; mais la difficulté était d’être initié dans les mystères. Il prit des livres de chimie, en rassembla les expressions les plus obscures, et qu’il entendait le moins, en composa une lettre inintelligible pour lui-même, et l’adressa au directeur de la société secrète, demandant à y être admis sur les preuves qu’il donnait de son grand savoir. On ne douta pas que l’auteur de la lettré ne fût un adepte ou à peu près. Il fut reçu avec honneur dans le laboratoire, et prié d’y remplir les fonctions de secrétaire ; on lui offrit même une pension. Il s’instruisit beaucoup avec eux, pendant qu’ils croyaient s’instruire avec lui[11]. »

III

À Nuremberg, en 1667, Leibniz avait fait la connaissance d’un des hommes les plus influents et les plus distingués de l’Allemagne, le baron de Boinebourg, ministre de l’électeur de Mayence, Jean-Philippe. L’homme politique devina les merveilleuses facultés du jeune savant et désira vivement se l’attacher. Voilà donc Leibniz sorti de l’obscurité des écoles et introduit tout à coup sur la scène brillante de la vie publique et de la politique. Il se mêla aux affaires et prit part à presque tous les grands événements du temps. Le premier résultat de sa nouvelle situation fut de lui faire entreprendre une vaste réforme du droit et de la jurisprudence. Revêtu de fonctions judiciaires importantes il applique au droit et à la jurisprudence sa méthode habituelle, c’est-à-dire qu’il fait tous ses efforts pour les systématiser et les ramener à leurs principes rationnels. « Les différentes matières du droit, dit Fontenelle, sont effectivement dans une grande confusion ; mais sa tête, en les recevant, les avait arrangées ; elles s’étaient refondues dans cet excellent moule, et elles auraient beaucoup gagné à reparaître sous la forme qu’elles y avaient prise[12]. » De cette entreprise résultèrent en 1667 et 1668 deux importantes publications, une nouvelle méthode pour apprendre et enseigner la jurisprudence (Nova Methodus discendæ docendæque jurisprudentiæ) et une réforme du corps du droit (Corporis juris reconcinnandi ratio). Cette même année vit paraître un livre de Leibniz sur l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme, sous le titre, donné par l’éditeur, de Confessio naturæ contra atheistas. Mais c’est en 1670, âgé de vingt-quatre ans, que Leibniz, selon l’expression de Fontenelle « se déclara publiquement philosophe » dans son livre sur le style philosophique de Nizolius. Signalons aussi des publications de circonstance et toutes politiques : sous le nom de George Vlicovius, Leibniz avait publié en 1668 un traité en faveur de Guillaume de Neubourg, comte palatin, candidat au trône de Pologne lors de l’abdication de Jean Casimir ; et sous le nom de Cæsarinus Fustenerius, lors de la paix de Nimègue et à propos de certaines difficultés de préséance et de cérémonial, il publia un traité en faveur des princes d’Allemagne qui n’étaient pas électeurs. Ce traité mérite d’être mentionné ; Leibniz y soutient que l’empereur d’Allemagne et le pape sont les chefs naturels de tous les États chrétiens d’occident, le pape pour le spirituel, l’empereur pour le temporel. Curieuse théorie où se révèlent d’une manière inattendue les prétentions historiques d’outre-Rhin et l’aspiration à l’hégémonie qui a éclaté de nos jours et passé ainsi des thèses d’école dans le régime politique de l’Europe. M. de Bismarck pourrait puiser des arguments dans Leibniz, et Fontenelle déjà s’arrête tout surpris devant ces prétentions germaniques et n’y voit qu’une aberration de l’esprit de système. « Cette république chrétienne, dont l’empereur et le pape sont les chefs, n’aurait rien d’étonnant si elle était imaginée par un Allemand catholique ; mais elle l’était par un luthérien ; l’esprit de système, qu’il possédait au souverain degré, avait bien prévalu à l’égard de la religion sur l’esprit de parti. » Cette fois Fontenelle se trompe c’est l’esprit national, le sang allemand qui se révèle ; Kuno Fischer a raison de revendiquer Leibniz pour l’Allemagne. À la même époque, et tout en écrivant en latin, Leibniz portait aux nues la langue allemande, la plus philosophique de l’Europe : Illud asserere ausim, huic tentamento prebatorio atque examine philosophematum per linguam aliquam vivam, nullam esse in Europa linguam Germanica aptiorem, quia Germanica in realibus plenissima est et perfectissima, ad invidiam omnium cæterarum quum artes reales et mechanicæ a multis seculis a nulla gente sint diligentius excultæ[13].

Déjà la Confessio naturæ nous montre Leibniz préludant à certaines théories de la Théodicée, par exemple quand il prouve l’existence de Dieu en soutenant que l’espace est passif et comporte une infinité de figures et de mouvements, et qu’il faut que Dieu ait éliminé ou choisi librement les figures et les mouvements qui, d’entre tous les possibles, ont été appelés à la réalité. Dans la préface du Nizolius on peut recueillir de précieuses confidences sur l’idéal de philosophe et d’écrivain philosophique que Leibniz se figurait à cette époque : c’est une sorte de Discours de la méthode et de Discours sur le style combinés, ou, pour en donner une idée moins haute et plus exacte, une sorte de prospectus et de profession de foi d’écrivain et de philosophe. Fontenelle fait un éloge bien spirituel de cette préface. « La préface annonce un éditeur et un commentateur d’une espèce fort singulière. Nul respect aveugle pour son auteur[14], nulles raisons forcées pour en relever le mérité ou pour en couvrir les défauts. Il le loue, mais seulement par la circonstance du temps où il a écrit, par le courage de son entreprise, par quelques vérités qu’il a aperçues ; mais il y reconnaît de faux raisonnements et des vues imparfaites ; il le blâme de ses excès et de ses emportements à l’égard d’Aristote, qui n’est pas coupable des rêveries de ses prétendus disciples, et même à l’égard de saint Thomas[15]. » Dans le même ouvrage, Leibniz avait publié une lettre dont le titre est significatif : de Aristote recentioribus reconciabili. Sa théorie du style philosophique est curieuse et instructive : il réduit à trois toutes les qualités qu’il doit avoir, la clarté, la vérité et l’élégance. La clarté s’entend à la fois des mots qui doivent être bien définis et de la construction qui doit être dégagée et simple, sans ornements oratoires ou poétiques. La vérité dans le style ne doit pas être confondue avec la vérité dans les idées et les jugements : le style est vrai quand il se fait sentir et goûter immédiatement à l’esprit (nam claritatis mensura intellectus, veritatis sensus). L’élégance consiste dans un heureux choix des mots propres à plaire au lecteur ou à l’auditeur. Quant à l’utilité, elle regarde le fond plus que la forme : c’est plutôt une qualité des idées que du style. Avant tout, dit-il, consultons l’étymologie et surtout l’usage ; prenons nos mots et nos tours dans la langue populaire, et évitons comme la peste les mots techniques et savants. In vocabulis adhibendis hæc regula tenenda est, ut si origo ab usu dissentit, usum potius quam originem sequamur, sed usu vel dubio, vel repugnante, origini potius hæreamus. — Philosophi plebeiis non semper in co præstant, quod alias res sentiant, sed quod sentiant alio modo, id est oculo mentis, et cum reflexione et attentione, et rerum cum aliis comparatione. — Termini technici cane pejus et angue fugiendi sunt… porro terminis technicis, ut dixi, plane carendum, ab üsque carendum est, quoad ejus fieri potest, fieri autem semper non potest, prolixitatis causa, quæ oritura esset, si utendum esset semper vocabulis popularibus[16]. On nous saura gré de mettre ces textes sous les yeux du lecteur : ils constituent une excellente rhétorique de la dissertation philosophique. Avouons pourtant qu’il est bon de se rappeler le précepte : « Faites ce qu’il vous dit et non pas ce qu’il fait. » Par exemple, il est certain que Leibniz ne s’est pas privé d’employer un fort grand nombre de mots techniques, et qu’il a mérité parfois le reproche qu’il adresse aux scolastiques d’abuser des métaphores, reproche aussi vrai qu’inattendu ; car, qu’est-ce qui caractérise le style pourtant si sec des scolastiques, sinon qu’il réalise constamment des abstractions, et, sous des mots abstraits et barbares, dissimule de perpétuelles métaphores ? Quod quis miretur, dit Leibniz, eorum oratio tropis scatet, et il donne comme exemples de ce défaut, l’hæccéité, l’animalité, etc., ou bien encore la définition de la cause, par Suarez : Quod influit esse in aliud.

Achevons rapidement le récit du séjour de Leibniz à Francfort : il y écrivit sa Theoria motus abstracti, qu’il dédia à notre Académie des sciences, et sa Theoria motus concreti, qu’il dédia à la Société royale de Londres. On sait qu’il y établit contre Descartes, que ce qui est constant dans le monde des corps, malgré les chocs innombrables et les perpétuelles redistributions de mouvements, c’est la quantité de force (principe de la permanence de la force ou de la conservation de l’énergie) mesurée par le produit de la masse par le carré de la vitesse, et non la quantité de mouvement, comme le soutenaient les cartésiens (mv² et non mv). Il faut aussi placer à la même époque (1671), une série de lettres à Arnaud qui prouvent que Leibniz arrêtait sa théorie de la substance en même temps que sa théorie du mouvement. C’est à propos de la question de la transsubstantiation qu’il combat la doctrine cartésienne de la substance incompatible, selon lui, et avec le dogme catholique de la transsubstantiation, et avec le dogme luthérien de la présence réelle. Sa conception nouvelle de la substance lui paraît un sûr moyen de réconcilier les deux dogmes : avant d’en faire sortir toute une métaphysique nouvelle, il s’attache à en montrer les immenses avantages théologiques. Aussi, plus tard, mêlera-t-il encore constamment l’exposition favorite de son dynamisme au projet de réconciliation des Églises, qu’il poursuit dans sa correspondance avec Pellisson, et de concert avec Bossuet.

IV

Après les voyages à travers les livres, les voyages à travers le monde. C’est à Paris, où il accompagnait le fils de M. de Boinebourg, que Leibniz se perfectionna dans l’étude des hautes mathématiques. Paris et la fréquentation de plusieurs hommes célèbres, notamment de Huygens, achevèrent l’édifice de ses connaissances universelles. Il lit et approfondit les ouvrages mathématiques de Pascal et, par esprit d’émulation, il invente une machine arithmétique qui exécute des multiplications, des divisions et même des extractions de racines, tandis que celle de Pascal ne pouvait faire que des additions et des soustractions. Il s’entretient de théologie avec Arnauld ; il entre en relations avec Colbert pour une mission diplomatique que son protecteur lui avait confiée, mais qui était sans doute aussi une conception de son génie ouvert à tout et original en tout. Prévoyant les dangers que la puissance et l’esprit belliqueux de Louis XIV feraient courir à l’Allemagne, il voulait détourner de son pays les armes françaises et les diriger contre les Turcs. Il conseillait la conquête de l’Égypte entreprise plus tard par Bonaparte, mais il échoua, comme on sait, dans cette négociation. Dès l’année 1671, il avait dédié à l’Académie des sciences et à la Société royale de Londres, des ouvrages de mécanique[17] ; « il semble, dit Fontenelle, qu’il ait craint de faire de la jalousie. » Cependant, il écrit en 1676, à Foucher « qu’il n’est géomètre que depuis peu[18], » et l’on trouve dans la même correspondance (1695) ce témoignage de Leibniz lui-même sur les rapports de sa philosophie avec les mathématiques. « Vous avez vu que tout mon système est fondé sur la considération de l’unité réelle qui est indestructible et sui juris, et dont chacun exprime l’univers tout entier d’une manière qui lui est particulière… ce qu’on trouvera d’autant plus curieux que les mathématiques y servent merveilleusement, en sorte que sans en avoir quelque teinture, il serait difficile de s’en aviser[19]. » Kuno Fischer a donc raison à tous égards d’attribuer une très grande importance au séjour de Leibniz à Paris : non seulement il fallait devenir écrivain français pour devenir un écrivain européen ; non seulement il fallait être le disciple de Pascal et de Huygens pour devenir l’émule de Newton et inventer le calcul infinitésimal ; mais encore il fallait devenir un des premiers mathématiciens du siècle pour puiser dans les mathématiques, sinon la première idée, du moins, les développements et la vérification d’un vaste système de métaphysique. À Paris, Leibniz vit aussi Malebranche qui avait publié en 1674 sa Recherche de la vérité, et l’on sait que l’harmonie préétablie et l’optimisme de Leibniz ont les plus grandes analogies avec les causes occasionnelles et l’optimisme de Malebranche. Peut-être même eût-il connaissance à la même époque de quelques théorèmes de Newton relatifs au calcul des fluxions. On voit que si Leibniz aimait, comme il le dit, à voir croître et fleurir dans le jardin d’autrui les graines qu’il avait semées, il aimait à voir aussi croître et fleurir dans son jardin des graines que d’autres y avaient apportées.

Leibniz ne fit qu’un très court séjour en Angleterre (janvier 1673). La langue anglaise ne lui fut jamais familière : « Je souhaiterais d’avoir la même connaissance de la langue anglaise (que du français) ; mais n’en ayant pas eu l’occasion, tout ce que je puis, est d’entendre passablement les livres écrits en cette langue. Et à l’âge où je suis, je doute si j’en pourrai jamais apprendre davantage. » C’est ainsi qu’il écrit à Th. Barnett en 1696, et à Coste, traducteur de Locke, en 1701 : « J’ai suivi votre version française parce que j’ai jugé à propos d’écrire mes remarques en français. Jusqu’à aujourd’hui ces sortes de recherches ne sont guère à la mode dans le pays latin. » Locke disait vers la même époque (1697) : « Il me semble que nous vivons fort paisiblement, en bon voisinage avec ces messieurs en Allemagne, car ils ne connaissent pas nos livres et nous ne lisons pas les leurs[20] ! » Les temps sont bien changés ! Anglais ou français, un ouvrage de philosophie où l’on oublierait de citer les Allemands, et surtout en allemand, serait un ouvrage discrédité d’avance, mort-né. Ici se place la grande querelle de Leibniz et de Newton à propos de l’invention du calcul infinitésimal. L’Arithmétique des fluxions de Newton est de 1665 ; le grand ouvrage où il l’expose dans son ensemble et d’une manière complète est de 1686 (Principia mathematica philosophiæ naturalis, publié en 1667, mais écrit et achevé l’année précédente). C’est en 1684, dans les Acta eruditorum, de Leipsig, que Leibniz publia sa Nova methodus pro maximis ac minimis, où se trouve contenu le « calcul différentiel. » On voit combien il est difficile de décider la question de priorité. Seulement les noms et les signes inventés par Leibniz ayant prévalu, la question s’est trouvée pour ainsi dire résolue avant d’être agitée. Quand vint la discussion devant la Société royale de Londres, qui décida en faveur de Newton (1713), chaque année écoulée avait, pour parler comme Pascal, embrouillé la matière, et les passions de coterie, l’amour propre national achevèrent de tout gâter. C’est ainsi que de nos jours on a vu une discussion semblable aboutir à une semblable confusion : ce n’est pas Ch. Bell, c’est bien Magendie qui a trouvé le premier la double racine des nerfs, mais l’opinion publique ayant été d’abord égarée, restera longtemps indécise. Il semble prouvé que Leibniz a cultivé avec génie les semences presque imperceptibles, que Newton avait répandues dans ses ouvrages. Il eut le bonheur de prévenir Newton, en publiant le premier un système complet de calcul différentiel. Il eut encore l’avantage de le surpasser en proposant un algorithme meilleur, une notation plus simple et plus pratique que la science a conservée. Le dernier mot de cette grande controverse, bien résumée par Fontenelle, appartient donc à l’auteur de l’Éloge. « Il est vrai que ce vol ne peut avoir été que très subtil et qu’il ne faudrait pas d’autres preuves d’un grand génie que de l’avoir fait[21]. » Cependant s’il répugne de terminer le débat par un trait et de ramener en quelque sorte à une question personnelle un grand problème de l’histoire des sciences, le génie de Leibniz n’étant pas en question, on pourra s’en tenir au jugement de Biot, et dire que Newton a plus fait pour sa gloire et Leibniz pour le progrès général de l’esprit humain.

Certes Leibniz ne fut jamais un plagiaire : comme Molière, il reprenait son bien où il le trouvait. « On ne sent aucune jalousie dans Leibniz, dit Fontenelle. Il excite tout le monde à travailler ; il se fait des concurrents s’il peut ; il ne donne point de ces louanges bassement circonspectes qui craignent d’en trop dire ; il se plaît au mérite d’autrui : tout cela n’est pas d’un plagiaire. Il n’a jamais été soupçonné de l’être en aucune occasion : il se serait donc démenti cette seule fois et aurait imité le héros de Machiavel, qui est exactement vertueux jusqu’à ce qu’il s’agisse d’une couronne. » Pourtant Leibniz a un faible : il lui répugne de passer pour disciple et son génie se révolte contre l’idée qu’on pourrait lui faire jouer ce rôle vis-à-vis de Descartes[22]. Il se défend, il est vrai, de vouloir établir sa réputation sur les ruines de celle de Descartes, il en fait souvent un éloge qu’on a tout lieu de croire sincère, mais il ne manque guère d’ajouter que sa philosophie n’est que l’antichambre de la vérité et qu’il n’est rien moins que cartésien « fateor me nihil minus quam cartesianum esse. » Il distingue avec soin les disciples du maître, mais il fait rejaillir sur celui-ci le reproche qu’il adresse aux autres de s’arrêter et de s’immobiliser dans une stérile admiration, sans faire aucune découverte nouvelle. Le mot de Fontenelle est ingénieux et le calcul infinitésimal est une belle couronne ou du moins le plus beau fleuron d’une couronne, mais quand il s’agit de la réforme de l’idée de substance, pivot de la philosophie de Leibniz, notre philosophe se montre aussi peu empressé à proclamer ce qu’il doit à F. Glisson dont il avait très probablement lu l’ouvrage : Tractatus de natura substantiæ energetica, seu de vita naturæ, publié l’année même de son séjour à Londres[23]. On peut trouver que Leibniz prodigue trop ses louanges à des auteurs de second ordre que lui seul connaît, et qu’il cite, à ce qu’il semble, pour faire parade d’érudition, ou si l’expression choque, pour faire les honneurs de sa vaste érudition, tandis qu’il remarque avec un soin trop minutieux les endroits où Descartes a manqué. Il va jusqu’à dire que « Descartes avait l’esprit assez borné. » Il déclare qu’il y a plus de vérité dans Aristote que dans Descartes ; on se demande si Aristote ne bénéficie pas de son antiquité et de la décadence du péripatétisme de l’École, bien qu’effectivement Leibniz doive beaucoup à Aristote[24]. Il aime à retrouver ses idées partout, mais, en général, il ne prête qu’aux pauvres : Aristote et saint Thomas sont des exceptions, on était arrivé à les faire passer pour tels.

Nous voici arrivés à un événement de peu d’importance qui joua un rôle considérable dans la vie de Leibniz : Jean-Frédéric de Brunswick-Lunebourg le nomma bibliothécaire à Hanovre. Ses deux premiers protecteurs, Boinebourg et l’électeur Jean-Philippe étant morts, les liens qui attachaient Leibniz à l’électorat de Mayence étaient relâchés, presque rompus ; il accepta. Le voilà désormais « philosophe de Hanovre » et presque aussi fidèle au séjour de cette ville que le « philosophe de Kœnigsberg, » Kant le fut plus tard à la ville où il naquit et où il mourut, sans l’avoir jamais quittée. Sauf quelques voyages entrepris pour compulser dans les bibliothèques d’Allemagne et d’Italie les documents relatifs à l’histoire de la famille de Brunswick, sauf un séjour de deux ans (1712-14) à Vienne où l’empereur d’Autriche l’avait appelé comme conseiller particulier, il passa les quarante dernières années de sa vie à Hanovre, comme simple directeur de la bibliothèque ducale. Cependant, avant de s’y rendre, en 1676, il alla de Paris à Londres où il fit un séjour d’une semaine et où il noua des relations avec le géomètre Collins, ami de Newton, puis passa par Amsterdam où il eut une conversation avec Spinoza. C’est à Hanovre, jouissant d’une célébrité européenne, consulté par les princes et par les savants, qu’il publiera selon les hasards des circonstances ses principaux traités philosophiques et qu’il entretiendra cette vaste correspondance politique, religieuse, scientifique, philosophique où il a semé tant d’idées et discuté tant de questions, jamais las d’exposer et de populariser ses conceptions favorites et y ramenant sans fatigue et sans effort tout ce qui fait l’objet de l’activité et de la curiosité humaines.

V

À partir de son installation à Hanovre, la biographie de Leibniz se confond absolument avec l’histoire de ses pensées et de ses écrits. C’est la période où il développe et met en lumière les immenses richesses intellectuelles accumulées dans son esprit par de si nombreuses lectures et surtout de si profondes méditations. Son génie, toujours agissant, cherchait sans cesse des moyens non seulement de répandre sa doctrine, mais de la faire passer dans les faits ; c’est un des traits de son caractère et par ce côté il ressemble à Descartes qui aspirait à nous rendre « maîtres et possesseurs de la nature ; » seulement Leibniz avait une ambition encore plus haute et semble avoir rêvé de voir la science et la philosophie maîtresses de la politique et directrices des sociétés. Du moins, par sa tentative de réconciliation des Églises, par la fondation de l’Académie de Berlin, par ses relations avec Pierre le Grand et le rêve caressé d’être le conseiller du Solon de la Russie, son séjour à Vienne où il travailla à nouer une alliance entre le czar et l’empereur, alliance qui eut été surtout dirigée contre la France, par toutes ces négociations et préoccupations diplomatiques, joua-t-il un rôle considérable dans les affaires de son temps et dans la politique de l’Europe.

Passons rapidement sur son œuvre de théologien et d’historien. Il conserva longtemps l’espoir de réconcilier les Églises, puisque sa correspondance avec Pellisson dura jusqu’à la mort de ce dernier, arrivée en 1693. Cependant Bossuet s’était, dès l’origine, montré intraitable sur le dogme et c’est vainement que Leibniz, dans son Systema theologicum écrit en 1686, avait essayé de formuler un credo mitoyen, pour ainsi dire, et d’appliquer à la question religieuse le large et fécond éclectisme qui lui avait si bien réussi en philosophie. On peut se demander, d’ailleurs, si Leibniz, en supposant qu’il eût réussi à entraîner Bossuet dans un système de conciliation, eût été avoué par les protestants d’Allemagne. Si religieux qu’il fût au sens le plus élevé du mot, il n’avait pas le moindre goût pour les pratiques de la religion et la forme extérieure du culte, fréquentant peu l’église, ne communiant que fort rarement. Il fut affublé en chaire, par un pasteur, d’un surnom qui voulait dire mécréant et qui lui resta parmi les gens du peuple. Néanmoins, on peut regarder cette tentative de réconciliation des Églises comme une des plus constantes préoccupations de Leibniz : lancer les Français sur l’Egypte, ce n’est qu’un projet du moment, une sorte d’expédient politique commandé par les circonstances, mais unir toutes les Eglises dans une même foi, c’est une pensée généreuse pour laquelle il se passionna toute sa vie, bien que Bossuet le traite « d’hérétique et d’opiniâtre » tout en s’écriant Utinam ex nostris esset ! — Le rôle de Leibniz comme historien, s’il n’a pas le même éclat, rappelle du moins, par certains côtés originaux, la profondeur du philosophe : en premier lieu Leibniz étudie les documents originaux exhumés par lui de la poussière des bibliothèques, chartes, traités de paix, déclarations de guerre, en un mot, tout ce qui nous met face à face et sans intermédiaire en présence des temps et des peuples qu’il s’agit de comprendre et nous fait pour ainsi dire revivre leur vie même ; en second lieu, Leibniz ne se contente pas de l’exacte vérité historique et de la parfaite couleur locale, il veut que l’historien apprenne à connaître le théâtre où l’activité humaine se déploie, les sources originelles, influences de races, de climats, de milieux, d’où découle cette activité. Il posa un des premiers dans sa Protogæa, qui est de 1693, le problème de l’origine du globe, et se livra dans ses Annales Brunsvicenses à de profondes recherches d’archéologie préhistorique, de géologie et de philologie. C’était comprendre l’histoire de la manière la plus neuve, la plus scientifique et préluder à son magnifique épanouissement dans notre siècle. Voici comment s’exprime Fontenelle sur ses Annales : « Elles faisaient précéder par une dissertation sur l’état de l’Allemagne tel qu’il était avant toutes les histoires, et qu’on le pouvait conjecturer par les monuments naturels qui en étaient restés, des coquillages pétrifiés dans les terres, des pierres où se trouvent des empreintes de poissons ou de plantes, et même de poissons et de plantes qui ne sont point du pays, médailles incontestables du déluge. De là, il passait aux plus anciens habitants dont on ait mémoire, aux différents peuples qui se sont succédé les uns aux autres dans ces pays, et traitait de leurs langues et du mélange de ces langues, autant qu’on en peut juger par les étymologies, seuls monuments en ces matières[25]. »

Leibniz comptait bien ne pas se contenter d’écrire l’histoire, mais laisser encore sa trace dans les événements historiques de son temps. C’est ainsi qu’après avoir échoué auprès de Louis XIV, il se tourne vers Charles XII pour arriver à la même fin : expulser d’Europe avec les Turcs les derniers vestiges de la barbarie. La défaite de Pultava brisa ces nouvelles espérances. C’est ainsi qu’il entra en relations avec le czar Pierre le Grand et lui proposa, pareil aux philosophes antiques qui conseillaient les rois et les législateurs, tout un plan d’organisation civile et intellectuelle du peuple nouveau qui, pour ainsi dire, se révélait à l’Europe. Il voulait fonder une académie, des laboratoires, des bibliothèques et eut une entrevue en 1711 avec l’empereur de Russie. Il rêve d’être le Solon de la Russie et écrit pompeusement à Hanovre que son rêve va être réalisé par Pierre le Grand. C’est ainsi, enfin, qu’appelé à Vienne comme conseiller dé l’empereur d’Autriche, il agit de tout son pouvoir contre la France et employa tous ses efforts à empêcher la paix d’Utrecht. Rappelons que ce fut alors qu’il composa la Monadologie pour le prince Eugène de Savoie. Leibniz n’attachait pas peu d’importance à son rôle diplomatique et l’on sent même, dans ses notes sur Descartes, une secrète envie de l’emporter encore de ce côté, et de laisser dans l’antichambre des princes le père de la philosophie moderne : « Je veux croire, dit-il, que la reine de Suède a eu beaucoup d’estime pour M. Descartes et qu’elle l’a honoré de sa confiance jusqu’à lui faire part, aussi bien qu’à M. Chanut, des dispositions qu’elle avait pour le dessein extraordinaire qu’elle a pris depuis ; mais de dire qu’elle l’ait mis de son conseil secret, c’est à quoi je ne vois pas d’apparence. J’ai su, à Rome, des personnes qui avaient eu l’honneur d’approcher souvent de la reine, qu’elle avait témoigné que M. J.-A. Borelli lui paraissait plus grand philosophe que Descartes lui-même. Je ne suis nullement de l’opinion de la reine. Cependant on voit par là que l’estime qu’elle a eue pour M. Descartes n’a pas été si grande qu’on dit ; je crois que s’il avait vécu, il aurait essuyé les inégalités de l’humeur de cette grande princesse[26]. »

Leibniz lui-même ne put se mettre complètement à l’abri des inégalités d’humeur des princes. Après la mort de la princesse électrice de Hanovre, Sophie (veuve d’Ernest-Auguste et sœur de la princesse palatine Elisabeth, à laquelle Descartes avait dédié ses Principes de philosophie), Leibniz cessa d’être en faveur. Le prince électeur George, devenu roi d’Angleterre, refusa les services de notre philosophe, et quand il mourut, d’une attaque de goutte, le 14 novembre 1716, le grand homme était complètement isolé, presque oublié. Il fut enterré sans pompe. Toute la cour avait été invitée à ses obsèques par le fidèle Eckard, son secrétaire, qui fut bien étonné d’accompagner tout seul son maître à sa dernière demeure. « Cependant, ajoute Fontenelle, les courtisans ne firent que ce qu’ils devaient : le mort ne laissait après lui personne qu’ils eussent à considérer et ils n’eussent rendu ce dernier devoir qu’au mérite[27]. » L’Académie de Berlin qu’il avait fondée ne songea pas à prononcer son éloge et ce fut l’Académie des sciences de Paris, qui par la bouche de Fontenelle, lui fit une magnifique oraison funèbre.

Nous avons passé sous silence la philosophie de Leibniz parce que nous la retrouverons tout entière en étudiant les Nouveaux Essais et la Monadologie. Terminons cette notice en empruntant à Fontenelle de curieux détails sur la vie intime, la manière de travailler et le caractère de Leibniz. « Il était d’une forte complexion. Il n’avait guère eu de maladies, excepté quelques vertiges dont il était quelquefois incommodé et la goutte. Il mangeait beaucoup et buvait peu, quand on ne le forçait pas, et jamais de vin sans eau. Chez lui il était absolument le maître, car il y mangeait toujours seul. Il ne réglait pas ses repas à de certaines heures, mais selon ses études. Il n’avait point de ménage[28], et envoyait quérir chez un traiteur la première chose trouvée. Depuis qu’il avait la goutte, il ne dînait que d’un peu de lait ; mais il faisait un grand souper, sur lequel il se couchait, à une heure ou deux après minuit. Souvent il ne dormait qu’assis sur une chaise, et ne s’en réveillait pas moins frais à sept ou huit heures du matin. Il étudiait de suite, et il a été des mois entiers sans quitter le siège ; pratique fort propre à avancer beaucoup un travail, mais fort malsaine. Aussi croit-on qu’elle lui attira une fluxion sur la jambe droite avec un ulcère ouvert. Il y voulut remédier à sa manière[29], car il consultait peu les médecins ; il vint à ne pouvoir presque plus marcher ni quitter le lit.

Il faisait des extraits de tout ce qu’il lisait, il y ajoutait ses réflexions, après quoi il mettait tout cela à part et ne le regardait plus. Sa mémoire, qui était admirable, ne se déchargeait point, comme à l’ordinaire, des choses qui étaient écrites ; mais seulement l’écriture avait été nécessaire pour les y graver à jamais. Il était toujours prêt à répondre sur toutes sortes de matières, et le roi d’Angleterre l’appelait son Dictionnaire vivant.

Il s’entretenait volontiers avec toutes sortes de personnes : gens de cour, artisans, laboureurs, soldats. Il n’y a guère d’ignorant qui ne puisse apprendre quelque chose au plus savant homme du monde ; et en tous cas le savant s’instruit encore, quand il sait bien considérer l’ignorant. Il s’entretenait même souvent avec les dames et ne comptait point pour perdu le temps qu’il donnait à leur conversation. Il se dépouillait parfaitement avec elles du caractère de savant et de philosophe, caractère cependant presque indélébile et dont elles aperçoivent bien finement et avec bien du dégoût les traces les plus légères. Cette facilité de se communiquer le faisait aimer de tout le monde. Un savant illustre qui est populaire et familier, c’est presque un prince qui le serait aussi ; le prince a pourtant beaucoup d’avantages.

Leibniz avait un commerce de lettres prodigieux. Il se plaisait à entrer dans les travaux et dans les projets de tous les savants de l’Europe ; il leur fournissait des vues ; il les animait et, certainement, il prêchait d’exemple. On était sûr d’une réponse dès qu’on lui écrivait, ne se fût-on proposé que l’honneur de lui écrire. Il est impossible que ses lettres ne lui aient emporté un temps très considérable : mais il aimait autant l’employer au profit ou à la gloire d’autrui qu’à son profit ou à sa gloire particulière.

Il était toujours d’une humeur gaie, et à quoi servirait sans cela d’être philosophe ? On l’a vu fort affligé à la mort du feu roi de Prusse et de l’électrice Sophie. La douleur d’un tel homme est la plus belle oraison funèbre.

Il se mettait aisément en colère, mais il revenait aussitôt. Les premiers moments n’étaient pas d’aimer la contradiction sur quoi que ce fût, mais il ne fallait qu’attendre les seconds ; et, en effet, ses seconds mouvements, qui sont les seuls dont il reste des marques, lui feront éternellement honneur.

On l’accuse de n’avoir été qu’un grand et rigide observateur du droit naturel. Les pasteurs lui en ont fait des réprimandes publiques et inutiles.

On l’accuse aussi d’avoir aimé l’argent. Il avait un revenu très considérable en pensions du duc de Volfembutel, du roi d’Angleterre, de l’empereur, du czar et vivait toujours assez grossièrement. Mais un philosophe ne peut guère, quoiqu’il devienne riche, tourner à des dépenses inutiles et fastueuses qu’il méprise. De plus Leibniz laissait aller le détail de sa maison comme il plaisait à ses domestiques et il dépensait beaucoup en négligences. Cependant la recette était toujours la plus forte, et on lui trouva après sa mort une grosse somme d’argent comptant qu’il avait cachée. C’était deux années de son revenu. Ce trésor lui avait causé pendant sa vie de grandes inquiétudes qu’il avait confiées à un ami ; mais il fut encore plus funeste à la femme de son seul héritier, fils de sa sœur, qui était curé d’une paroisse près de Leipsig. Cette femme, en voyant tant d’or qui lui appartenait, fut si saisie de joie qu’elle en mourut subitement. »

VI

bibliographie

Nous ne parlerons que des ouvrages philosophiques, encore ne ferons-nous qu’indiquer les principaux, car ils sont au nombre de plus de cent, si l’on joint aux ouvrages de quelque étendue les opuscules et la correspondance.

I° Ouvrages publiés par Leibniz lui-même :

De Principio individui (1663) ;
Tractatus de arte combinatoria (1666) ;
Articles dans les Acta eruditorum de Leipsig (à partir de 1684) ;
Articles dans le Journal des Savants (à partir de 1691) ;
Essais de Théodicée (1710).

II° Éditions des Œuvres de Leibniz.

Dès 1717 commence la publication des œuvres inédites (correspondance et opuscules) contenues en parties dans les archives secrètes, en partie dans la bibliothèque électorale.

1765. Raspe publie les Œuvres philosophiques latines et françaises de feu M. Leibniz, tirées de ses manuscrits qui se conservent dans la Bibliothèque royale de Hanovre. C’est dans cette édition que figurent pour la première fois les Nouveaux Essais.
1768. Édition Dutens, publiée à Genève. Elle ne mérite pas la mention qu’elle porte d’Œuvres complètes, Opera philosophica omnia. D’ailleurs aucune édition achevée ne la mérite encore.
1840. Édition Erdmann, la plus commode et la plus complète avant l’édition Gerhardt. Elle contient le texte inédit jusque-là de la Monadologie, mais il en avait déjà paru une traduction allemande en 1720 et une traduction latine en 1721.
1875. Die Philosophischen Schriften von Gottfried Wilhelm Leibniz, édition Gerhardt, en cours de publication. Quatre volumes ont déjà paru. Comme écrits inédits, on peut signaler des documents importants de Leibniz sur le cartésianisme.

III° Nous avons en France trois éditions de Leibniz : 1° Celle d’Amédée Jacques avec introduction (1842), bibliothèque Charpentier ; 2° celle de M. Foucher de Careil (1859-65) dont les six premiers volumes seulement ont paru. Signalons la très importante Réfutation inédite de Spinoza, découverte à Hanovre par le même éditeur ; 3° celle de M. Paul Janet, en deux volumes (1886), avec une introduction et des notes. Elle contient, outre l’essentiel de l’édition Erdmann, la Correspondance de Leibniz et d’Arnauld publiée pour la première fois en 1843, par Grotefend.

IV° Principaux ouvrages philosophiques de Leibniz dans l’ordre et avec la date de leur composition :

Meditationes de cognitione, veritate et idæis (1684) ;
De Vera Methodo philosophiæ et theologiæ (1690) ;
3° Correspondance avec Arnauld (1690) ;
4° Lettre sur la question de savoir si l’essence du corps consiste dans l’étendue (1691) ;
De Notionibus juris et justitiæ (1693) ;
De primæ philosophiæ emendatione et de notione substantiæ (1694) ;
Système nouveau de la nature et de la communication des substances (1695) ;
De Rerum Originatione radicali (1697) ;
De Ipsa Natura, sive de vi insita actionibusque creaturarum (1698) ;
10° Historia et Commendatio linguæ charactericæ (1698) ;
11° Nouveaux Essais sur l’entendement humain (1704) ;
12° Considérations sur le principe de vie (1705) ;
13° Lettres au P. des Bosses (1706-16) ;
14° Commentatio de anima brutorum (1710) ;
15° Essais de Théodicée (1710) ;
16° La Monadologie (1714) ;
17° Principes de la Nature et de la Grâce (1714) ;
18° Lettre à Rémond de Montmort (1715) ;
19° Correspondance entre Leibniz et Clarke (1715-16).





principaux ouvrages à consulter sur leibniz


Fontenelle, Éloge de Leibniz ;
Guhrauer, Biographie de Leibniz, 2 vol., Breslau, 1842 ;
3° Fr. Bouillier, Histoire de la philosophie cartésienne ;
4° P. Janet, Introduction aux œuvres de Leibniz ;
5° F. Papillon, chapitre consacré à Leibniz dans son Histoire de la philosophie moderne ;
6° Ch. Secrétan, chapitre consacré à Leibniz dans sa Philosophie de la liberté ;
Foucher de Careil, édition inachevée de Leibniz ;
Zeller, Geschichte der deutschen Philosophie seit Leibniz ;
9° D. Nolen, la Critique de Kant et la Métaphysique de Leibniz, — Quid Aristoteli Leibnizius debuerit ;
10° Éditions classiques de la Monadologie, de MM. E. Boutroux et D. Nolen ;
11 ° Édition classique de la Théodicée, de M. H. Marion, etc. ;
12° Il semble inutile d’insister sur les bonnes histoires de la philosophie. Nous avons déjà nommé Zeller, il faut ajouter Kuno Fischer. On consultera encore avec fruit l’Histoire de la philosophie de Ritter et, comme ouvrages plus accessibles, nous conseillerons particulièrement l’Histoire de la philosophie de M. A. Fouillée et l’Histoire de la philosophie européenne de M. Weber.



  1. On écrit souvent Leibnitz avec un t. Nous avons opté pour l’autre orthographe : 1° parce que Leibniz signait ainsi son nom comme l’attestent entre autres les fac-similés qui accompagnent son portrait dans les éditions Gerhardt et Erdmann ; 2° parce que cette orthographe semble actuellement prévaloir en Allemagne. Citons seulement Gerhardt, le dernier éditeur de Leibniz, et E. Zeller : Geschichte der deutschen Philosophie zeit Leibniz, Dans la prononciation, il faut se rappeler que z équivaut à tz.
  2. Erdmann, 91.
  3. Ibid., 92. Nous avons emprunté en partie l’élégante traduction que M. Marion a donnée de plusieurs passages de l’écrit intitulé : In specimina Pacidii introductio historica, dans son excellente édition de la Théodicée. Pacidius, c’est Leibniz lui-même.
  4. Éloge de Leibniz, p. 104.
  5. Erdmann, 701, Lettres à Rémond de Montmort.
  6. Ibid., 702.
  7. Erdmann, Nouveaux Essais, 205.
  8. Pascal, Pensées, t. Ier, 95 (éd. E. Havet).
  9. Erdmann, 162, b, Historia et Commentatio linguæ charactericæ universalis.
  10. Gerhardt, Lettre à Foucher, t. Ier, p. 371.
  11. Fontenelle, Éloge de Leibniz, p. 112.
  12. Ibid.
  13. Erdmann, de Stylo phil. Nizolié, 62.
  14. Nizolius (1498-1566), philosophe et philologue italien, contribua à la renaissance des lettres. L’ouvrage réédité par Leibniz était une virulente attaque contre la scolastique, dont voici le titre : De veris Principiis et de vera ratione philosophandi, in-4°, 1553.
  15. Fontenelle, Éloge de Leibniz, 113.
  16. Erdmann, de Stylo phil. Niz., passim.
  17. Éloge de Leibniz, 115.
  18. Éd. Gerhardt, t. Ier, p. 371.
  19. Ed. Gerhardt, t. 1er, p. 423
  20. Ibid., t. IV. p 6, 7 et 8.
  21. Fontenelle, Éloge de Leibniz, p. 119 à 121.
  22. On trouvera tous les opuscules de Leibniz concernant Descartes dans le IVe volume de l’éd. Gehrardt, p. 274-405.
  23. Voy. la thèse de M. H. Marion, Franciscus Glissonius, et son élégante Étude de la Revue philosophique (1882, t. XIV, p. 121).
  24. Voy. M. D. Nolen, Quid Aristoteli Leibnitzius debuerit, thèse latine. N’oublions pas de signaler à cette occasion le savant et profond ouvrage du même auteur : la Critique de Kant et la métaphysique de Leibniz (Paris, 1875).
  25. Fontenelle, Éloge de Leibniz, p. 110.
  26. Gerhardt, t. IV, p. 323.
  27. Éloge de Leibniz, p. 132.
  28. « Leibniz ne s’était point marié, il y avait pensé à l’âge de cinquante ans, mais la personne qu’il avait en vue voulut avoirle temps de faire ses réflexions. Cela donna à Leibniz le temps de faire les siennes et il ne se maria point. »
  29. Analogie avec Descartes qui voulut se soigner lui-même et dans sa dernière maladie repoussa durement les médecins qui voulaient le saigner. « Messieurs, épargnez le sang français ! » Les dernières paroles de Leibniz roulèrent sur la manière dont le fameux Fustenback avait changé la moitié d’un clou de fer en or. Les dernières paroles de Descartes furent : « Çà, mon âme, il y a longtemps que tu es captive ; voici l’heure où tu dois sortir de prison, et quitter l’embarras de ce corps ; il faut souffrir cette désunion avec joie et courage ! »