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Mundaneum (p. 317-334).
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Le Monde selon le Temps

EXPOSÉ HISTORIQUE.

Après l’étude du développement du monde selon les choses et selon la répartition des choses dans l’espace, celle de leur succession dans le temps. Sujet immense puisqu’il s’agit de reconsidérer tout l’ensemble déjà considéré sous cet aspect et de déterminer les liaisons selon cet ordre qui implique celui de la continuité.

Il s’agit ici du facteur t de l’Équation du Monde.

Toutes les choses sont distribuées en un temps comme elles le sont en un espace. Seule la Divinité, conçue comme l’infini, n’est pas soumise au temps, comme elle ne l’est à l’espace. On a :

La chronologie est l’épine dorsale de l’Histoire. Nul ne saurait lire l’histoire avec avantage s’il n’a un clair tableau de la suite des événements dans le temps.

NOTION DU TEMPS.

Le temps, c’est la durée limitée par rapport à l’éternité. Son caractère est la mobilité comme l’immuabilité est celui de l’éternité. Si tout était immobile, il n’y aurait pas de temps ; le temps est l’ordre de succession comme l’espace est l’ordre de contiguité. Le temps se résoud dans l’éternité comme l’espace dans l’immensité. La notion du temps a été élaborée lentement par les philosophes. L’ancienne métaphysique affirmait qu’il était une substance ayant une réalité propre. Le temps n’est pas un phénomène, mais une forme de l’aperception dans laquelle se présente les phénomènes.

La théorie de Bergson est la création continue du futur irréel en présent réel, et un anéantissement continu du présent réel en passé irréel. Cette théorie implique la continuité entre le réel et l’irréel. La théorie des idées de Platon regarde toutes les idées passées comme présentes. Des philosophes (J. H. Burke) supposent que toute idée est réelle, qu’elle soit rationnelle ou non, vraie ou fausse. Ainsi est évitée la discontinuité. Chaque idée et chaque proportion, vraie ou fausse, est cependant une réalité et comme telle représente un aspect de la réalité.

Le temps intervient dans tout ce que nous sommes et faisons, même dans tout ce que nous pensons, puisque l’instantanéité de la pensée n’est elle-même qu’une illusion. Celui qui pense pendant une heure en a bien réellement la sensation.

Le temps suit inflexiblement son cours. Il ne s’arrête ni ne se hâte.

Le facteur temps a pris dans tous les domaines une importance qu’il n’avait pas jadis. La science est passée du point de vue systématique au point de vue génétique.

La dynamique est une génétique, la génétique est une dynamique, toutes deux impliquent la succession dans le temps, elles s’expriment en termes d’histoire.

De la notion d’évolution, impossible à nier, certains tirent une certaine métaphysique de l’évolution « cycloïde » : les choses passent, changent, mais il y a un retour, des recommencements éternels.


MESURE DU TEMPS : CHRONOMÉTRIE.


La mesure du temps, problème qui s’est posé au début des âges. L’espace parcouru par un mobile à marche régulière est la base de cette mesure : le jour et la nuit avec la position du soleil dans le ciel, les saisons à retour périodique, puis l’observation des étoiles, puis l’invention des appareils à mesurer le temps, du cadran solaire au chronomètre, toutes petites machines à indiquer ou à conserver le temps ! Et la classification du temps si irrégulière encore : ère, millénaire, siècles, décades, années, mois, jours, heures, minutes, secondes.

Il y a l’année astronomique ou cosmique, l’année civile, l’année liturgique, les divisions de l’année qui correspondent aux saisons et s’accompagnent de certains sentiments humains en harmonie avec les réalités cosmiques. Il y a tendance à l’unité de mesure du temps, mais non complètement.

L’année 1936 du calendrier grégorien correspond à l’année 6649 de la période Julienne de 7980 ans imaginée par Joseph Scaliger ; la quatrième de la 678e Olympiade, l’an 2689 de la Fondation de Rome, l’année 5696 des Juifs, 1556 de l’hégoie.

L’ÉTUDE DU TEMPS.

Une étude exhaustive pourrait se faire selon le plan suivant ;

A. — QUESTIONS GÉNÉRALES.

I. Le temps en soi. — 1. Le temps. 2. L’âge. 3. L’échelle du temps. 4. Le caractère générique (formatif) du temps : la continuité et l’hérédité. 5. Le temps : une croissance, une continuité, un achèvement, un mouvement, une vitesse. 6. Nécessité d’une science générale du temps, dont l’histoire n’est qu’une partie.

II. L’histoire. — A. Définition et conception (historiographie, historiologie, chronologie). Notion de l’histoire. Science et technique de l’histoire (en tant que connaissance). Histoire de l’histoire : histoire de l’historiographie. — B. Catégories constructives de toutes les sciences appliquées à l’histoire. — C. Division des sciences historiques. L’histoire dans les trois directions : a) générale ; b) spéciale ; c) nationale (par pays et région). — D. Corrélation avec les autres sciences : temps, espace, chose.

III. Division du temps universel. — a) Histoire des astres (cosmogénie) ; b) histoire du système solaire ; c) histoire de la terre jusqu’à l’homme ; d) histoire humaine (préhistoire, protohistoire, antiquité, moyen âge, temps moderne).

IV. Problèmes. — 1° Qu’est-ce qui a rempli le temps universel (les grands faits, après la formation de la planète, les civilisations marquantes). 2° À quoi a abouti ce remplissage du temps universel ? (À nous-mêmes.) 3° Comment a-t-on conçu le problème posé lui-même ? a) Au cours des âges ; b) de notre temps ? 4° Comment les milliards de quintillons de faits suivent dans le temps, comment est-il possible de nous en rendre maîtres par la pensée ? 5° Les sociétés vont-elles continuer à remplir le temps inconsciemment, avec toutes les inutilités ou les inefficiences que nous constatons, ou vont-elles transformer l’histoire en la réalisation d’une grande tâche, un grand dessein avec des travaux collectifs auxquels elles s’attacheront ?

V. Préliminaires : moyens divers de nous apprendre l’histoire, d’en saisir les caractères ; voies diverses.

VI. Évolution vers la mondalité. — Un moyen de nous rapprocher de l’histoire, c’est l’achèvement de la conception élargie de la société et de la civilisation : la marche vers l’unité.

VII. La civilisation, la société au point de vue de l’histoire. — a) Qu’est-ce qu’une société qui naît, grandit, produit des activités, reproduit des semblables, laisse derrière elle la société modifiée. b) La civilisation : L’héritage. Le total important et retenu de la vie des sociétés. 1. Notions. 2. Barbarie, progrès, décadence. 3. Évolution, révolution, crise, guerre. 4. Lois. 5. Plan, c) Les sociétés qui ont contribué à faire la civilisation actuelle.

VIII. La théorie de l’histoire. — Lois de l’histoire, sociologie dynamique.

B. — L’HISTOIRE EN DÉTAIL.

a) Vue d’ensemble de tout le cours de l’histoire (histoire universelle) : 1° synthèse ; 2° chronologie. b) Une civilisation (cause de grandeur et de décadence) ; une société prise comme exemple, les sociétés typiques. c) Une région. d) Une cité. e) Une activité (objet). f) Une fraction du temps général, des localisations spécialisées.

C. — L’AVENIR.

Il y a à distinguer : avenir, prévision, anticipation.

OBJET DE L’HISTOIRE.

Reconstituer le passé, comme d’autres disciplines sont consacrées à présenter l’état des choses présentes. — Dire ce qui a rempli les temps écoulés. — Expliquer comment le présent est le résultat du passé, quelles ont été les origines de tout ce qui nous entoure. — Être une sociologie dans le temps. a) La société continuant son existence. Une sociologie dynamique. L’enchaînement des états sociaux et des civilisations. b) Le jeu des forces en présence et des transformations. — Approfondir la nature et le caractère des choses à la lumière des manifestations diverses au cours des âges. Hommes. Sociétés. Peuples. — Montrer comment le contrôle de la nature et des forces sociales a pu être socialement obtenu. Quels moyens assurent ce contrôle et cette direction. Les leçons de l’histoire pour la politique. — Dégager l’avenir du passé en le considérant par un prolongement naturel ou un contrôle possible afin de réaliser des plans préfigurés et voulus.

CONCEPTION DE L’HISTOIRE.

Il y a des manières diverses de nous approcher du contenu de l’Histoire (sondages et approches).

Comment nous faire une représentation de l’Histoire ? L’Histoire n’est plus à notre portée, tous les événements sont tombés dans le passé ; rien, absolument rien ne pourrait faire remonter le cours du temps, rendre encore présent ce qui a eu lieu. Dès lors du passé nous ne pouvons avoir qu’une image approximative.

Pour rendre cette image ainsi adéquate du passé, pour évoquer dans notre esprit le passé historique, faisons usage de la méthode composite. Elle consiste à présenter selon des coupes et des plans multiples la réalité à reconstituer. Un portrait photographique n’est pas la personne, mais il nous aide à nous la figurer si nous la connaissons, à nous l’évoquer si nous ne la connaissons pas. Longtemps, on s’est borné à un portrait. Maintenant on en est à quatre ou six ou huit en même temps, vu de face, de profil, de trois quarts, de derrière. La cinématographie multiplie encore les plans et elle apporte le procédé typique de la projection ralentie ou accélérée.

Les procédés suivants sont possibles : 1° La vie panoramique des grandes époques de l’histoire universelle ; 2° la vie panoramique de l’histoire d’un pays ; 3° la chronologie détaillée d’un siècle ; 4° la représentation graphique d’une époque ; 5° l’explication de la genèse de la situation et des problèmes d’aujourd’hui ; 6° la présentation de l’histoire à rebours, en remontant d’aujourd’hui le cours du temps ; 7° l’histoire spéciale de tel ou tel aspect de la vie sociale ; 8° l’évocation de personnages de l’histoire dans leur biographie ; 9° l’évolution ou les phases diverses du développement des objets matériels, par ex. des outils et des instruments ; 10° l’histoire pittoresque : des traits, des tableaux, des anecdotes, des manières de vivre ; 11° la dramatisation de l’histoire.

L’histoire doit s’étendre à toute la vie des hommes et des peuples. Au delà, elle doit être l’histoire de la vie universelle. Au delà même, l’histoire de toute la réalité. Elle doit être l’aspect génétique de toute réalité.

CONTINUITÉ DE L’HISTOIRE.

Si l’histoire est la succession des faits dans le temps, elle est aussi la continuité des faits qui a conduit aux grandes édifications et aux grandes destructions, aux intégrations et aux désintégrations dont la suite des civilisations donne le spectacle. Comparé à un arbre géant, l’histoire offre l’image de branches multiples qui se développent les unes, tandis que les autres sont frappées d’arrêt ou sont mortes. La ligne enveloppante de tout l’arbre marque le point actuel d’arrivée ; pour en interpréter la signification, il suffit de s’en tenir aux branches vivantes émergeant du fouillis des branches mortes aux époques antérieures.

Ainsi, par exemple, de tous les peuples qui habitèrent en Chanaan, Israël seul s’est continué jusqu’à nous. Des milliers et milliers de tribus, peuplades, nations mêmes qu’a connu l’histoire, certaines seulement se sont affirmées puissantes un certain temps ou ont continué jusqu’à nous.

PHILOSOPHIE. THÉORIE. LOI DE L’HISTOIRE.

La théorie de l’histoire tendant à découvrir une loi générale ou certaines lois particulières selon lesquelles se produisirent les événements ont fait l’objet de grands travaux. Bossuet et son Histoire universelle, Condorcet et son Tableau du développement de l’esprit humain, Comte et la Loi des trois États, Bruck développé par Lagrange et Milliard, Raphaël Dubois et sa Théorie biologique des invasions.

Les travaux de Tiumener, Gentile, Weber, Dopsch, Toynbee.

Sous le nom de Philosophie de l’Histoire, on a réuni les considérations générales sur les transformations historiques et la succession des civilisations. Puis on est passé à la recherche d’une loi historique rattachant les différents moments dans les différentes sociétés à un seul schéma de développement. Par là on s’est approché du problème de la sociologie elle-même qui cherche à définir ce qu’est une société, la société humaine toute entière et la manière dont se produit son évolution (sociologie dynamique).

Il existe une série de cycles mathématiquement mesurables dus aux conditions astronomiques où se trouve le globe terrestre et caractérisé par un maximum de vitalité et d’énergie. Pour la démographie et l’économique, ce sont les cycles journalier, annuel, (suicides, naissances, décès), quadriennal (naissances, crises économiques, importation) ; trentenaire (naissances, importation, épidémies, tels que le choléra, décès).

Pour l’histoire, le mouvement historique, l’existence est démontrée d’un cycle quadriennal (par la biographie d’hommes célèbres), cycle trentenaire (par la succession des écoles d’art ou de littérature, des partis politiques), cycle quinquaséculaire (histoire des Perses, des Grecs, de Rome, du haut moyen et le moyen âge, histoire de la France, de la Prusse).

Pour cette théorie un facteur explicatif nouveau nous serait fourni pour nous faire comprendre l’allure générale de beaucoup de faits de la vie individuelle et collective. Ce facteur étant de nature astronomique et pouvant par conséquent être soumis au calcul, la base objective et mathématique qu’il donnerait aux faits permettrait la déduction nécessaire et par conséquent la prédiction scientifique. Après une sociologie biologique, nous aurions une sociologie physique (géographique, météorologique, astronomique).

H. G. Wells voit l’évolution de l’humanité figurée par une ligne droite et continue. Spengler prétend que chaque civilisation est une entité sans liaison avec ce qui précède ou ce qui suit. Pour Ligeti, L’évolution suit une ligne ondulée née de l’opposition entre deux tendances fondamentales de l’âme humaine. L’une est celle pour laquelle l’individu est essentiel, l’autre tend vers la communauté, la société, l’ordre.

On a distingué ainsi « culture » touchant aux aspects les plus profonds de l’existence humaine et « civilisation » ne s’occupant que des côtés physiques, corporels de la vie.

HISTOIRE DE LA TERRE ET DE L’HUMANITÉ.


Phases astronomiques.

La terre est un corps gazeux, avec prévalence d’une seule condition : le gaz.

Par suite du changement de température, les fluides sont précipités. D’où l’existence de deux conditions : les gaz et les fluides.

La surface se solidifiant, il existe maintenant des corps solides et trois conditions existent en même temps : gaz, liquide et solide.

Phases géologiques.

Période n’ayant pas signe de vie (azoïque).

Période où l’on retrouve des restes de plantes et d’animaux (organiques).

Période hautement organique où apparaît l’homme et sa culture. Cette phase se dira :

a) Phase préhistorique : âge primitif, sauvagerie, barbarie (durée : des centaines de mille ans), b) Phase historique. Civilisation : antiquité, environ 5,000 ans ; moyen âge, environ 1,000 ans ; nouvel âge, 3 1/2 siècles ; temps présent, une douzaine de décades.

Corollaires.

Les temps de l’homme sont infiniment petits comparés au temps universel.

Les périodes de civilisation ont été toujours plus courtes.

LES GRANDES DIVISIONS DE L’HISTOIRE DE L’HUMANITÉ.


I. — Préhistoire.

Les races autochtones.

II. — Antiquité.

A. Histoire ancienne de l’Orient : grands empires. 1. Les Égyptiens fondent dans la vallée du Nil le plus antique des empires. 2. Assyriens et Chaldéens : grands empires. 3. Les Phéniciens prennent pour eux la mer : courtiers, explorateurs, répandent les inventions. 4. Les Hébreux : passion de la nationalité et esprit d’exclusion jusque dans la possession de leur Dieu. 5. Les Indiens : dans le bassin du Gange. 6. Les Mèdes et les Perses : grand empire qui renverse la domination des Assyriens et des Chaldéens, porte à l’Égypte un coup mortel et s’attaque à la Grèce.

B. Histoire ancienne classique. — La Grèce : petits états fractionnés, territoires petits dans lesquels se forment, par le jeu des intuitions, des citoyens ; une activité nouvelle dans la pratique des affaires et dans le monde de la pensée. Par son vainqueur, Alexandre, les idées grecques sont portées en Orient qui s’hellénise. Par son vainqueur, les Romains, elle hellénise Rome et l’Italie. — Rome : son histoire de sept siècles est celle d’une guerre continue et d’un modèle achevé d’organisation. Elle confond tous les peuples civilisés dans les limites de sa conquête. — Les Barbares attaquent pendant trois siècles Rome qui, d’abord victorieuse, se relâche : sa décadence. La religion nouvelle ajoute son ferment à tant de causes de décadence mais apporte à la société de nouveaux principes d’action et de confiance.

III. — Moyen âge (395-1453).

A. L’âge barbare (Ve au Xe siècle). L’empire romain se dissout. Les Barbares envahissent l’Europe. Royaume barbare. Empire de Charlemagne : il refait un travail latent qui remue de fond en comble toutes les classes de la société. — B. La Féodalité (Xe au XVe siècle). Société chrétienne gouvernée par l’Église. Mais la séparation du sacerdoce et de l’Empire s’accomplit et le pouvoir royal en se développant ruine la Féodalité. Renaissance : révolution commerciale avec la découverte de l’Amérique, révolution dans les sciences, dans les arts. Révolution religieuse : la Réforme.

IV. — Temps modernes.

Le théâtre où va se déployer l’activité humaine s’élargit : l’Amérique, l’Océanie, l’Afrique. Les puissances européennes se précipitent à leur conquête. De grands empires coloniaux s’élèvent : l’Espagne d’abord, la Hollande, la France, l’Angleterre. L’afflux des métaux précieux modifie profondément les conditions économiques. La société européenne s’organise sous la forme monarchique et les États luttent pour la domination : l’Autriche (Charles-Quint), la France (Louis XIV). Les rêves de domination universelle se dissipent au XVIIIe siècle, l’Angleterre passe au premier rang et la Prusse jette les fondements de sa grandeur. Rivalités religieuses. Triomphe de la réforme qui divise l’Empire en deux. Consécration de la tolérance. Formation de l’Amérique démocratique. La Révolution de 1789, à la fois sociale et politique, dont tous les peuples de l’Europe subissent l’action.

V. — Époque contemporaine.

Organisation démocratique de toutes les sociétés à l’intérieur. Application des découvertes scientifiques pour accroître le bien-être matériel. Effort pour la culture intellectuelle des masses. Effort vers une organisation des formes politiques et sociales selon des bases universelles et internationales. Grande crise. Tout est bouleversé à la fois.

HISTOIRE MONDIALE CONTEMPORAINE.


Depuis un siècle le monde a assisté à une série de transformations politiques que l’on peut, approximativement et s’en tenant aux éléments dominants, diviser de la manière suivante :

1° La Révolution de 1789 secoue toute l’Europe. Une idée a surgi qui va pouvoir influencer tous les États. Il y avait jusque là des rivalités politiques entre les gouvernements. Les monarchies à partir de ce moment se sentent solidaires de la Royauté française : de là les guerres de la République. Napoléon transforme petit à petit le caractère de celle-ci et rêve de l’empire universel. La coalition renverse son œuvre en 1814.

2° Le congrès de Vienne en 1815, et les négociations concomitantes réorganisent l’Europe en s’inspirant de trois idées : a) une répartition de territoires formant équilibre à l’Ouest, au Centre et à l’Est, avec précautions spéciales contre la France ; b) l’engagement ou concert de respecter cette répartition territoriale ; c) une entente des souverains (Sainte-Alliance) garantit les monarques contre la révolution intérieure (intervention). Ce système perdure en Europe pendant la première moitié du siècle, mais avec des fissures. Naissent lentement deux forces nouvelles, le principe des nationalités (Grèce, Belgique, etc.) et surtout, depuis 1848, le principe libéral qui sépare les monarchies en deux groupes : les monarchies de l’Ouest, l’Angleterre et la France, devenues parlementaires, les monarchies de l’Est, Autriche, Russie, Prusse, restées absolues.

3° De 1859 à 1871, le système créé par le congrès de Vienne s’écroule : c’est l’œuvre de la politique de Napoléon III, de Cavour et de Bismarck. La conséquence est la constitution de l’Unité italienne et de l’Unité allemande.

4° Après 1871, c’est la prépondérance de l’Allemagne. Satisfaite d’abord, elle se borne à surveiller ce qu’elle a acquis. Puis avec Guillaume II naît son ambition de « Weltpolitik », et le règne de la paix armée en est la conséquence.

5° À partir de 1892, la formation de l’alliance franco-russe met fin à la prépondérance exclusive de l’Allemagne. Il commence à se rétablir en Europe un système fondé sur l’équilibre des forces. Deux grands groupes avec leurs satellites se forment : Allemagne, Autriche, Italie ; France, Russie, Angleterre ; chaque grand pays s’élève à des conceptions impérialistes et, se sentant fort de ses alliés, cherche à réaliser ses aspirations propres. C’est le conflit latent et permanent. Mais en même temps s’élargit la scène du monde sous l’empire de trois causes : a) agrandissement des puissances extra-européennes, indépendantes, et faisant sentir leur influence (États-Unis, Amérique latine, Japon) ; b) importance des colonies : dominions anglais, possessions européennes en Afrique, en Asie et en Océanie ; c) extension des relations internationales et en particulier expansion économique mondiale.

6° La guerre mondiale se prépare. La tension s’augmente entre les deux groupes de puissances européennes, les incidents se multiplient. La question d’Orient met le feu aux poudres. Les ultimatum sont lancés et presque tous les États prennent position. La guerre éclate terrible, l’après guerre développe ses effets.

PHASES HISTORIQUES.


L’histoire se développe par phases relatives aux moments de la transformation des choses et des situations. Cette succession par phases a été bien étudiée pour les systèmes économiques.

L’Évolution de l’Humanité. Les Caractères de la Civilisation



POINTS DE VUE DIVERS
Phases de l’Humanité   A.
La Pensée.
B.
Sphère d’action.
C.
Instrumen-tation.
D.
La vitesse.
E.
Formes sociales.
F.
Modes de vie.
G.
Gouver-nements.
1. théologique. locale. la main. à pied. Commu-nisme. Isolement. Le Chef religieux.
Le Roi.
2. métaphysique. régionale. l’outil. à cheval. Corporatisme. Contrat. L’Oligarchie.
3. positive. nationale. la machine. en ch. de fer
en avion
Individualisme Liberté. La Représentation parlementaire.
4. idéaliste. mondiale. le plan social. par la radio. Individuo-Socialisme. Réglementation. Le Gouvernement scientifique.

Le tableau ci-contre, dressé par Muller-Lyer (History of social development) réunit en un seul résumé, tous les aspects des phases du travail.

Un grand nombre de systèmes gradués ont été présentés par les économistes : Hildebrand, Engels, Smoller, Bücker, Sombart, Roscher.

Le tableau combine donc en un seul ensemble les diverses théories de ces auteurs qui se sont placés chacun à un point de vue différent. Ces théories sont complémentaires et s’harmonisent.

Les périodes ont généralement trois moments : primitive, moyenne, dernière (naissance, efflorescence, décadence). Comme elles ne se succèdent pas brusquement les unes aux autres, la dernière période d’une époque se passe en même temps que la première de l’époque suivante. C’est pourquoi dans le tableau (sauf pour la période prescrite), on a omis d’indiquer la dernière période de chaque époque.

LES GRANDES ÉTAPES DE L’HISTOIRE.


Chaque siècle contient un certain nombre de faits généraux qui le caractérisent et en résument la vie complexe, des faits qui contiennent son âme profonde. Ils réagissent les uns sur les autres, ils réunissent à leur manière les consciences et les peuples, et leur action explique seule le mouvement qui emporte l’humanité vers sa destinée. La cité antique (conception de la société), le christianisme (la vie morale), la féodalité au moyen âge (l’Europe constituant ses nationalités), l’humanisme (la liaison de la civilisation chrétienne avec la civilisation antique), la Réforme (la liberté de pensée), la Révolution de 1789 (la liberté politique). Le XIXe siècle a été caractérisé, dans l’ordre social, par la démocratie et le socialisme, dans l’ordre intellectuel par la science expérimentale, dans l’ordre religieux par le christianisme et l’incrédulité, dans l’ordre économique par l’industrialisme. Telles les étapes successives de l’histoire et leur apport à l’Humanité.

L’apport à l’Humanité des quatre grandes civilisations méditerranéennes : les Juifs l’apport religieux ; les Grecs l’apport artistique ; les Romains l’apport juridique ; les Arabes l’apport scientifique.

Quant à la succession des grands empires qui ont réuni sous une même domination des masses énormes de peuples, il faut rappeler Babylone, les Médo-Perses (Cyrus), la Grèce (Alexandre), Rome (les Césars), Charlemagne, les Arabes, les Mongols, l’Empire des Papes, Charles-Quint, Napoléon 1er.

CONCLUSIONS DE L’HISTOIRE UNIVERSELLE.


De tous temps des luttes. Pour en apprécier la portée, il ne faut pas les juger du point de vue actuel où nous connaissons ce qui en est advenu, et les lignes ultérieures de l’Histoire. Les gens d’autrefois luttaient pour la vie, pour des biens, pour des droits, pour améliorer leur sort et non seulement parce qu’ils auraient été querelleurs.

Ainsi au moyen âge cette longue lutte pour l’affranchissement des communes, dont les habitants tentaient de ne plus être les manants de leur seigneur. Ainsi l’époque moderne, l’ascension des bourgeois désirant le partage du pouvoir royal, plus tard les luttes pour le suffrage ; de notre temps, les ouvriers, leurs syndicats, leurs grèves, leur lutte pour le suffrage universel, pour l’égalité économique, pour l’État, instrument d’amélioration du sort des masses.

Dans l’histoire générale, dans toutes les parties du monde, on reconnaît fort bien ces trois choses : A. Un développement de la réalité : développement spontané, multiforme, simple processus d’une croissance continue des éléments disjoints ou rejoints : un déterminisme, une réalité fruit d’une résultante. B. Développement des idées en systèmes, en synthèses, avec une assimilation de tout le neuf et une remodelation en conséquence. C. En de certains moments, et sur certains points, les réalités A aux prises avec les idées B.

Ainsi va l’histoire.

De mystère en mystère, de grandeur en grandeur, de médiocrité en médiocrité, de catastrophe en catastrophe inévitablement. Au long de ce calvaire, les générations cheminent. Mais volontairement ou involontairement, une ascension de l’humanité se dessine tantôt lente, tantôt précipitée, tantôt arrêtée, au total une ascension. Et après tant de civilisations successives, toutes d’efforts pour élargir les bases des groupements humains, tant de manifestations de travail, de courage, de beauté, de vérité, de bonté, malgré les misères et les angoisses de l’heure, des plus grands espoirs restent permis.

Le passé est une expérience. Puisque cette expérience a suffisamment réussi (puisque le présent existe), la tradition qui le représente est comme un capital de raison que le temps a consolidé. C’est de la raison accumulée, cristallisée. Mais cette raison maintenant doit s’élargir ; son angle de vision embrasse à la fois plus de faits raisonne sur des chaînes de faits plus longues.

À l’entrée du Palais Mondial se lit cette inscription : S’avancent alors les Hommes vers leur Destin. — Découvrent la Terre et l’occupent. — S’organisent en familles, tribus, nations. — Édifient habitations, villes et capitales. — Par guerres, conquêtes et révolutions, instaurent Tyranies, Royautés, Empires et Républiques. — Fondent Lois, Constitutions, Parlements. — Inventent Livres, Sciences, Arts. — Créent outils, machines, usines, marchés, monnaie. — Enseignent les générations et améliorent leur race. — Le Temps, l’Espace, la Matière ayant été réduits, travaillent maintenant à ordonner l’Humanité.



ÉTAT COMPARÉ DES CIVILISATIONS.


Il y aurait à dresser un Tableau comparé des civilisations, de celles qui, au cours du temps, ont brillé d’un grand éclat et ont été conservé dans la mémoire des hommes. Semblable comparaison serait à faire sur la base de l’analyse sociologique exprimée par la formule générale où C (civilisation) représenterait une des civilisations en particulier :


Les statistiques font défaut pour le passé ; peu de chiffres sont mentionnés dans les sources. Mais des jugements d’ensemble sont possibles par les bons historiens. En prenant l’état de la civilisation occidentale et en lui attribuant, par convention qui ne préjuge rien du fond, l’indice 100, on arriverait, d’approximation en approximation, à chiffrer l’état des diverses civilisations dans leurs principaux éléments.

AVENIR.


Le Temps se détermine aux trois moments du passé, du présent et de l’avenir. Dans l’étude de la troisième division du temps, l’avenir, devraient prendre place normalement les matières suivantes, qui sont traitées ailleurs dans l’ouvrage : les considérations relatives aux prévisions de l’avenir (voir in-fine) ; les critiques de l’état présent et les réformes proposées (voir aux diverses matières) ; au plan de l’action future (voir création : l’action et l’organisation).

L’antiquité a connu les sept merveilles du monde : Jardins suspendus de Babylone ; le Phare d’Alexandrie ; le Colosse de Rhodes ; le Temple de Diane à Éphèse ; la Statue de Jupiter à Olympie ; le Tombeau du Roi Mausole ; les Pyramides d’Égypte. Le temps présent pourrait compléter cette liste jusqu’à cent. L’avenir pourra dire les cent et une merveilles du monde, la 101e devant être un jour la Cité Mondiale conçue comme une reproduction, un abrégé, une synthèse de tout ce que l’Humanité a produit de meilleur.