Morale de Mahomet

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MORALE


DE


MAHOMET ;


Ou Recueil des plus pures maximes
du Coran.



On ne trouvera dans cet abrégé que des pensées propres à élever l’ame, & à rappeller à l’homme ses devoirs envers la Divinité, envers soi-même & envers ses semblables.

Par M. Savary.




À CONSTANTINOPLE ;
Et se trouve à   P A R I S,
Chez Lamy , Libraire , Quai des
Augustins.




M. DCC. LXXXIV.





AVERTISSEMENT.


Je n’ai recueilli dans cet abrégé que la morale la plus pure de Mahomet. J’en ai élagué tout ce qui respire l’erreur ou le fanatisme : on n’y trouvera que des Pensées propres à élever l’âme, & à rappeller à l’homme ses devoirs envers la Divinité, envers soi-même, & envers ses semblables.




PRIÈRE.


Louange à Dieu souverain des
    mondes !

La miséricorde est son partage.

Il est le Roi du jour du jugement.

Nous t’adorons, Seigneur, &
    nous implorons ton assistance.

Dirige nous dans le sentier du salut,
 
Dans le sentier de ceux que tu as
    comblés de tes bienfaits,

De ceux qui n’ont point mérité
    ta colère, & qui sont préservés
    de l’erreur.




  • Cette belle Prière qui sert d’introduction au Coran, est répétée tous les jours par les Mahométans.




MORALE


DE


MAHOMET.
'
____________


I.

L’orient & l’Occident appartiennent à Dieu : vers quelque lieu que se tournent vos regards, vous rencontrerez sa face. Il remplit l’univers de son immensité & de sa science.

II.

Dieu est le seul Dieu, le Dieu vivant & éternel. Le sommeil n’approche point de lui, il possède ce qui est dans les cieux & sur la terre. Qui peut intercéder auprès de lui sans sa volonté ? Il sait ce qui était avant le monde & ce qui sera après. Les hommes ne connaissent de sa majesté suprême que ce qu’il veut bien leur en apprendre. Son trône sublime embrasse les cieux & la terre. Il les conserve sans effort : il est le Dieu grand, le Dieu très-haut.

III.

Ne dissipez point vos richesses inutilement : ne les offrez point aux Juges pour ravir injustement l’héritage de vos frères  ; vous êtes instruits.

IV.

Ils t’interrogeront sur le bien qu’ils doivent faire ; réponds-leur : Secourez vos enfans, vos proches, les orphelins, les pauvres, les voyageurs. Le bien que vous ferez sera connu du Tout-puissant.

V.

Ne jurez point par le nom de Dieu que vous serez justes, pieux, & que vous maintiendrez la paix parmi vos semblables : il sait & entend tout.

VI.

Ceux qui n’usent de leurs richesses que pour plaire à Dieu, & qui sont constans dans la pratique des vertus, ressemblent à un jardin placé sur une colline : une pluie favorable & la rosée désaltèrent la terre, & font croître ses productions en abondance.

VII.

Dieu donne la sagesse à qui il lui plaît : celui qui reçoit cette faveur possède le plus grand des biens ; mais il n’y a que ceux qui ont un cœur à sentir ce bienfait.

VIII.

L’aumône que vous ferez, le vœu que vous aurez formé, seront connus du Ciel. La réprobation ne sera point le partage des bienfaisans : il est bien de manifester ses bonnes œuvres ; il est mieux de les cacher & de les verser dans le sein des pauvres. Elles effacent les péchés, parce que le Très-Haut est le témoin des actions.

IX.

Faites l’aumône le jour, la nuit, en secret, en public, vous en recevrez le prix des mains de l’Eternel, & vous serez à l’abri des frayeurs & des tourmens.

X.

Ceux qui exercent l’usure ne sortiront de leurs tombeaux que comme des malheureux agités par le démon.

XI.

Dieu détourne sa bénédiction de l’usure, & la verse sur l’aumône.

XII.

Si votre débiteur a de la peine à vous payer, donnez-lui du temps, ou si vous voulez mieux faire, remettez-lui sa dette.

XIII.

L’amour du plaisir éblouit les mortels : les femmes, les enfans, les richesses, les chevaux superbes, les troupeaux, les campagnes, sont les objets de leurs ardens désirs. Telles sont les jouissances de la vie mondaine ; mais l’asyle que Dieu prépare est bien plus délicieux.

XIV.

Que l’avare ne regarde pas les biens qu’il reçoit de Dieu comme une faveur, puisqu’ils causeront son malheur.

XV.

Tous les hommes subiront la mort : chacun recevra le prix de ses œuvres au jour de la résurrection. La vie humaine n’est qu’une jouissance trompeuse.

XVI.

Ne pensez pas que ceux qui s’enorgueillissent de leurs actions, & qui veulent être loués de ce qu’ils n’ont pas fait, soient à l’abri des châtimens ; ils seront rigoureusement punis.

XVII.

La création du ciel & de la terre, la vicissitude des nuits & des jours, offrent aux yeux du sage des signes de la puissance divine.

XVIII.

Ceux qui, debout, assis, couchés, pensent à Dieu & méditent sur la création de l’univers, s’écrient : Dieu n’a point formé en>vain ces ouvrages !

XIX.

Donnez aux orphelins ce qui leur appartient : ne rendez pas le mal pour le bien : ne consumez pas leur héritage pour grossir le vôtre ; cette action est un crime.

XX.

Ne confiez pas aux soins d’un insensé les biens dont Dieu vous a donné la garde : qu’ils servent à nourrir & à vêtir vos pupilles ; vous leur devez une éducation honnête.

XXI.

Que ceux qui craignent de laisser après eux des enfans dans la faiblesse de l’âge, pénétrés de commisération & de la crainte du Seigneur, élèvent leurs voix en faveur des orphelins, & règlent leur sort avec justice.

XXII.

Ceux qui dévorent injustement l’héritage de l’orphelin, se nourrissent d’un feu qui consumera leurs entrailles.

XXIII.

Ne dissipez pas vos richesses par l’usure : qu’un mutuel consentement forme vos contrats : ne vous donnez point la mort à vous-mêmes ; Dieu est miséricordieux pour vous.

XXIV.

Exercez la bienfaisance envers vos pères, les orphelins, les pauvres, & ceux qui vous sont liés par le sang : exercez-la envers les étrangers, vos compagnons d’armes, les voyageurs & les esclaves. Le Tout-Puissant hait l’homme dur & orgueilleux.

XXV.

En quelque lieu que vous soyez, la mort vous surprendra ; les tours élevées ne vous défendront point contre ses coups.

XXVI.

Si quelqu’un vous salue, rendez-lui le salut avec autant ou plus d’honnêteté. Dieu pèse toutes les actions.

XXVII.

Celui qui rejette la faute ou l’injustice dont il est coupable sur un innocent, est calomniateur, il se charge d’un crime infâme.

XXVIII.

Que l’équité règle vos témoignages, dussiez-vous prononcer contre vous-même, contre un père, un parent, un riche, ou un pauvre : Dieu les touche de plus près que vous. Que la passion ne vous écarte jamais de la vérité. Soyez vrais dans les témoignages que vous prêterez à la face du Ciel : que la haine ne vous porte point à commettre une iniquité. La justice est la sœur de la piété.

XXIX.

Les hypocrites voudraient tromper Dieu ; mais ils sont la dupe de leur fourberie. Lorsqu’ils se lèvent pour prier, ils le font avec ostentation ; ils cherchent à fixer les regards des hommes & peu d’entr’eux pensent au Seigneur.

XXX.

Quelque charme que le mal ait pour vous, il ne doit pas balancer le bien : craignez le Seigneur, ô vous qui êtes sages ! & vous serez heureux.

XXXI.

Ne donnez point d’égal à Dieu. Soyez bienfaisans envers vos proches : que la crainte de la pauvreté ne vous fasse point tuer vos enfans ; nous vous donnerons de la nourriture pour vous & pour eux. Evitez le crime en public & en secret. Ne mettez point votre semblable à mort, excepté en justice : le Seigneur vous en fait la défense expresse.

XXXII.

Ne touchez point aux biens de l’orphelin, à moins que ce ne soit pour les faire fructifier, jusqu’à ce qu’il soit parvenu à l’âge fixé. Remplissez la mesure, pesez avec équité. Nous n’exigerons de chacun que ce qu’il peut. Soyez vrais dans vos discours & dans vos sermens, fût-ce contre vous-mêmes.

XXXIII.

O enfans d’Adam ! prenez vos plus beaux habits quand vous allez au Temple : mangez, buvez avec modération ; le Seigneur hait les excès.

XXXIV

Le terme de la vie est fixé ; nul ne saurait le prévenir, ni le différer d’un instant.

XXXV.

Sachez que la plupart des Prêtres & des Moines dévorent inutilement les biens d’autrui, & écartent leurs semblables des voies du salut.

XXXVI.

Les impies s’unissent pour commander le crime & abolir la justice. Leurs mains sont fermées pour l’aumône : ils oublient Dieu, dont ils sont oubliés, parce qu’ils sont prévaricateurs.

XXXVII.

Ceux qui font pénitence, qui servent le Seigneur, qui le louent, le prient, l’adorent, qui jeûnent, qui commandent la justice, qui empêchent le crime & gardent les commandemens divins, jouiront de la félicité.

XXXVIII.

Ceux qui n’attendent point la résurrection, épris des charmes de la vie, s’y endorment avec sécurité.

XXXIX.

Si la main du Tout-Puissant dispensait le mal aux mortels avec la même promptitude qu’ils désirent le bien, leurs jours ne seraient qu’un éclair.

XL.

Le malheur a-t-il visité l’homme couché, assis, debout, il élève vers nous sa voix plaintive. A peine l’avons-nous délivré du fardeau qui l’opprimait, qu’il passe comme si nous ne l’avions pas soulagé. Ainsi l’impie se plaît dans son ingratitude.

XLI.

C’est Dieu qui vous ouvre des chemins sur la terre & les mers. Lorsque vous êtes embarqués sur un vaisseau qui vogue au gré d’un vent favorable, vous vous livrez à la joie ; le vent renforce, la tempête gronde, les flots sont soulevés de toutes parts ; vous vous croyez engloutis ; vous appellez Dieu à votre aide, & vous lui montrez une foi pure : Seigneur, si tu nous délivres du péril, nous te rendrons des actions de grâce.

XLII.

A peine êtes-vous sauvés, qu’écoutant la voix de vos passions, vous oubliez toute justice. O mortels ! vous acquérez au prix de vos âmes les jouissances terrestres.

XLIII.

La vie du monde est semblable à la pluie que nous faisons tomber des nuages : elle pénètre dans la terre pour féconder le germe des plantes qui servent de nourriture aux hommes & aux animaux. Les plantes croissent, la terre s’embellit de leur parure, & ses habitans comptent sur de nouvelles richesses. Alors, soit dans sombre de la nuit, soit à la clarté du jour, nous en voyons la désolation, & les moissons ont disparu comme si la veille elles n’avaient pas enrichi les campagnes. C’est ainsi que nous expliquons les merveilles du Très-Haut, afin que les hommes ouvrent les yeux.

XLIV.

Une récompense magnifique sera le partage des bienfaisans : la noirceur & la honte ne voileront point leur front ; ils habiteront éternellement le séjour des délices.

XLV.

Les scélérats recevront la peine de leurs crimes : ils n’auront point d’intercesseur auprès de Dieu. Un voile semblable à la nuit ténébreuse enveloppera leur visage : ils seront les victimes d’un feu éternel.

XLVI.

Otons-nous à l’homme les biens que nous lui avions départis ? il se désespère & devient ingrat.

XLVII.

Au mal qui l’opprimait, faisons succéder les jours de la prospérité ? il dit : Le malheur s’est éloigné de moi : il s’abandonne à l’ivresse de la joie & de l’orgueil.

XLVIII.

Souffrez avec patience ; Dieu ne laisse point périr la récompense de ceux qui font le bien.

XLIX.

Dieu éleva les cieux sans colonnes visibles, & s’assit sur son trône : Il ordonna au soleil & à la lune de remplir leur tâche. Tous les corps célestes se meuvent dans la route qu’il leur a tracée : il gouverne l’univers, il vous offre des merveilles sans nombre, afin que vous croyiez à la résurrection.

L.

C’est lui qui étendit la terre, qui éleva les montagnes, qui forma les fleuves, qui vous donna les fruits divers : il les créa mâles & femelles : il fait succéder le jour à la nuit ; ces prodiges sont des signes pour ceux qui pensent.

LI.

La terre offre à chaque pas un tableau diversifié. Ici sont des jardins ornés de vignes & de légumes ; là croissent des palmiers isolés, ou réunis sur une même souche. Tous les fruits sont arrosés par la même eau, cependant ils diffèrent en bonté ; ainsi nous donnons des marques de notre puissance à ceux qui comprennent.

LII.

Tous les secrets sont dévoilés aux yeux de Dieu : il est le Grand, le Très-Haut. Celui qui parle dans le secret, celui qui parle en public, celui qui s’enveloppe des ombres de la nuit, & celui qui parait au grand jour, lui sont également connus.

LIII.

C’est lui qui fait briller la foudre à vos regards pour vous inspirer la crainte & l’espérance : c’est lui qui élève les nuages chargés de pluie. Le tonnerre célèbre ses louanges ; les anges tremblent en sa présence : il lance la foudre, & elle frappe les victimes marquées. Les hommes disputent de Dieu, il est le fort, le puissant.

LIV.

Tout ce qui est dans les cieux & sur la terre rend à l’Eternel un hommage volontaire ou forcé : l’ombre du soir & du matin l’adore.

LV.

Ceux que l’espoir de voir Dieu rend constans dans l’adversité, qui font la prière, qui donnent en secret ou en public, une partie des biens que nous leur avons dispensés, & qui effacent leurs fautes par de bonnes œuvres, seront les hôtes du Paradis.

LVI.

Le souvenir de Dieu est la paix des cœurs.

LVII.

Ceux qui préfèrent les charmes du monde à la vie future, qui éloignent leurs semblables de la Religion sainte, & qui s’efforcent d’en corrompre la pureté, sont plongés dans l’aveuglement.

LVIII.

Les œuvres de l’incrédule sont semblables à la poussière qu’un vent violent disperse dans un jour orageux : il n’en retirera aucune utilité ; ce sera le comble de l’égarement.

LIX.

C’est Dieu qui a tiré du néant les cieux & la terre, & qui fait descendre la pluie pour faire éclore les fruits divers qui servent à votre nourriture. Le vaisseau fend les ondes à sa voix : il a soumis les fleuves à votre utilité : il a ordonné au soleil & à la lune de vous dispenser libéralement leur lumière : il a formé la nuit & le jour pour servir à vos besoins : il vous a donné tous les biens que vous lui avez demandés ; ses bienfaits sont innombrables. O combien l’homme est injuste dans son ingratitude !

LX.

Dieu a parlé, & à sa voix, la nuit, le jour, le soleil, la lune et les étoiles se sont empressés de servir à vos besoins : prodige éclatant pour ceux qui comprennent !

LXI.

Il a soumis la mer à votre usage : les poissons qu’elle renferme dans son sein deviennent votre nourriture : vous y pêchez des ornemens qui décorent vos habits. Vois le vaisseau fendre les flots, & le navigateur chercher l’abondance, & rend grâce au Très-Haut.

LXII.

Il a posé de hautes montagnes sur la terre pour l'affermir : il y a tracé le cours des fleuves, & des chemins pour vous conduire.

LXIII.

Il a placé au firmament les étoiles où l’homme lit la route qu’il doit suivre.

LXIV.

Il vous est impossible de nombrer ses bienfaits : il est indulgent & miséricordieux.

LXV.

Il est le souverain du ciel & de la terre : un culte perpétuel lui est dû. Tous les biens dont vous jouissez viennent de lui : quand le malheur vous visite, c’est vers lui que vous élevez une voix suppliante.

LXVI.

Dieu vous a tirés du sein de vos mères dépourvus de connaissances : il vous a donné l’ouïe, la vue, & un cœur pour lui rendre grâces.

LXVII.

Accomplissez le pacte formé à la face du ciel : ne violez pas vos sermens, parce que vous avez pris Dieu à témoin de leur sainteté, & il sait ce que vous faites.

LXVIII.

L’homme demande le mal au lieu du bien, & il est ardent dans ses vœux.

LXIX.

Dieu te commande de n’adorer que lui : il te prescrit la bienfaisance pour les auteurs de tes jours. Garde-toi de leur marquer du mépris ou de les reprendre, & ne leur parle qu’avec respect.

LXX.

Sois pour eux tendre & soumis, & adresse au Ciel cette prière : Seigneur, fais éclater ta miséricorde pour ceux qui m’ont nourri dans mon enfance !

LXXI.

Rends à tes proches ce que tu leur dois : fais l’aumône aux pauvres & aux voyageurs, & ne dissipe point follement tes richesses.

LXXII.

Si tu t’éloignes de l’indigent, obligé toi-même d’avoir recours à la miséricorde divine, parle-lui au moins avec humanité.

LXXIII.

Ne te lie pas le bras au col : ne l’étends pas de toute son étendue, de peur que tu ne sois exposé au blâme ou à la mendicité.

LXXIV.

Evitez la débauche : c’est un crime, & le chemin de l’enfer.

LXXV.

Ne marchez point orgueilleusement sur la terre ; vous ne pouvez ni la partager en deux, ni égaler la hauteur des montagnes.

LXXVI.

Ils t’interrogeront sur l’âme ; dis-leur : Dieu s’en est réservé la connaissance : il nous a laissé bien peu de lumières.

LXXVII.

Sois constant avec ceux qui invoquent Dieu le matin & le soir, & qui recherchent ses grâces. Ne détourne point d’eux tes regards, pour te livrer aux charmes de la vie mondaine : ne suis pas celui dont le cœur nous a oublié, & qui n’a pour guide que ses désirs & ses passions déréglées,

LXXVIII.

La vie mondaine ressemble à la pluie que nous faisons tomber des nuages pour féconder les plantes : elles brillent un instant ; mais tout-à-coup desséchées, elles deviennent le jouet des vents.

LXXIX.

Les richesses & les enfans sont l’ornement de la vie ; mais les vrais biens, ceux qui sont agréables à Dieu, & dont la récompense est certaine, sont les bonnes œuvres.

LXXX.

Ne porte point des regards avides sur les biens d’autrui : les rieurs qui parent le sentier de la vie sont une épreuve : les biens que Dieu promet sont plus précieux & plus durables.

LXXXI.

Commande la prière à ta famille ; fais-la avec persévérance : nous n’exigeons point que tu amasses des trésors ; nous fournirons à tes besoins ; la piété aura sa récompense.

LXXXII.

Nous leur avons envoyé des disgrâces passagères ; ils ne se sont point humiliés, & n’ont point adressé au Seigneur d’humbles prières. Mais lorsque nous avons ouvert sur eux la porte du malheur, ils se sont abandonnés au désespoir.

LXXXIII.

C’est Dieu qui vous a donné l’ouïe, la vue, & un cœur pour sentir. Combien peu reconnaissent ses bienfaits !

LXXXIV.

C’est lui qui fait vivre & mourir... il ne partage point l’empire avec un autre Dieu. S’il en était ainsi, chacun voudrait s’approprier sa création, & s’élever au-dessus de son rival. Louange au Très-Haut ! loin de lui leurs blasphèmes !

LXXXV.

Quand l’impie subit la mort il s’écrie : Seigneur, laisse-moi retourner sur la terre !

LXXXVI.

Je ferai le bien dans l’espace de temps que tu m’accorderas : ces vains souhaits sont rejettes : une barrière impénétrable l’arrête jusqu’au jour de la résurrection.

LXXXVII.

Ne croyez pas que le crime du menteur retombe sur vous : il ne vous en reviendra aucun préjudice. Personne ne sera puni que du mal qu’il aura fait : le scélérat chargé de forfaits sera dévoué à l’horreur des supplices.

LXXXVIII.

N’entrez point dans une maison étrangère sans demander permission, & sans saluer ceux qui l’habitent : l’honnêteté l’exige, & vous ne devez pas l’oublier.

LXXXIX.

Ordonne aux femmes de baisser les yeux, de conserver leur pureté, & de ne montrer de leurs corps que ce qui doit paraitre. Qu’elles aient le sein couvert : qu’elles ne laissent voir leur visage qu’à leurs maris, leurs pères, leurs grands-pères, leurs enfans, aux enfans de leurs maris, à leurs frères, leurs neveux, leurs femmes, leurs esclaves, leurs serviteurs, (excepté ceux qui ne leur sont pas d’une absolue nécessité,) & aux enfans qui ne savent pas ce qu’on doit couvrir : qu’elles n’agitent point les pieds de manière à laisser appercevoir des charmes qui doivent être voilés. O fidèles ! tournez vos cœurs vers le Seigneur, afin que vous soyez heureux.

XC.

Mortels ! que le commerce & le soin de vos affaires ne vous fassent pas oublier le souvenir de Dieu : faites la prière & l’aumône : craignez le jour où les cœurs & les yeux seront dans la consternation.

XCI.

Les œuvres de l’infidelle ressemblent à la vapeur qui s’élève dans le désert : le voyageur altéré y court chercher de l’eau ; & lorsqu’il s’en est approché, l’illusion a disparu. Dieu rendra aux pervers suivant leurs mérites ; il est exact dans ses comptes.

XCII.

Ne voyez-vous pas que les cieux & la terre s’unissent pour publier les louanges de l’Eternel ; les oiseaux dans les bois les célèbrent à leur manière. Tous les êtres créés connaissent l’hommage qu’ils lui doivent, & il sait ce qu’ils font.

XCIII.

N’avez-vous pas vu comme il agite légèrement les nuages, comme il les pousse dans les airs, les rassemble, les entasse ? alors la pluie tombe, de leur sein entr’ouvert ; alors des montagnes semblent descendre des cieux ; la grêle frappe où il veut : il la détourne à son gré, & l’éclat de la foudre éblouit les faibles yeux des mortels.

XCIV.

O croyans ! vos serviteurs, vos esclaves, & ceux qui ne sont pas parvenus à l’âge de puberté, vous demanderont la permission de paraître devant vous, avant la prière de l’aurore, à midi lorsque vous quittez vos habits, & après la prière du soir. Il leur sera permis de se présenter devant vous dans d’autres momens, si quelque service exige leur présence : Dieu vous déclare ses volontés ; il est savant & sage.

XCV.

Vos enfans parvenus à l’âge viril vous demanderont la même faveur, ainsi que vous le pratiquâtes envers vos pères. Le Seigneur vous dévoile ses préceptes ; il est savant & sage.

XCVI.

Saluez-vous mutuellement ; souhaitez-vous les bénédictions du ciel lorsque vous entrez dans une maison.

XCVII.

Les serviteurs du miséricordieux sont ceux qui marchent avec modestie, & répondent avec bonté à l’ignorant qui leur parle, qui passent la nuit à adorer le Seigneur, prosternés ou debout :

XCVIII.

Qui dans leurs largesses ne sont ni prodigues, ni avares, mais économes :

XCIX.

Et qui, adorateurs d’un Dieu unique, ne transgressent point le précepte divin qui défend le meurtre & l’adultère.

C.

Celui qui s’est égaré, & qui abandonnant le vice retournera à la vertu, éprouvera les effets de sa miséricorde.

CI.

Les richesses qui vous ont été dispensées vous procurent les plaisirs & les agrémens de la vie : les jouissances du ciel sont bien plus délicieuses. Ne le concevez-vous pas ?

CII.

Le juste qui possèdera la félicité que nous lui avons promise, aura-t-il un sort semblable au mortel qui a joui de tous les charmes de la vie mondaine, & qui au jour de la résurrection sera réprouvé ?

CIII.

Dieu lui demandera : Qu’as-tu répondu à mes ministres ! la réponse mourra sur ses lèvres, & il restera interdit.

CIV.

Caron, un des Israëlites, s’étaít abandonné à l’orgueil : nous lui avions départi des richesses immenses. Ne te livre point aux excès de la joie, lui dirent les Hébreux : Dieu hait la joie insolente.

CV.

Efforce-toi d’acquérir avec les biens que tu possedes le séjour éternel ; n’oublie pas la portion dont tu as été favorisé dans ce monde. Sois bienfaisant comme Dieu l’a été envers toi : ne souille pas la terre de tes crimes ; Dieu hait les corrupteurs.

CVI.

Mes trésors, répondit Caron, sont le prix de ma science. Ignorait-il que Dieu a exterminé des peuples puissans et nombreux ?

CVII.

Caron s’avançait vers le peuple avec pompe : ceux pour qui la vie mondaine a des charmes disaient : Plût à Dieu que nous fussions aussi riches que Caron ! il possède une fortune immense.

CVIII.

Nous ouvrîmes la terre : Caron & son palais furent engloutis. Le nombre de ses esclaves ne put le défendre contre le Tout-puissant, & il n’eut point de vengeur.

CIX.

Ceux qui la veille enviaient son sort, s’écrièrent le matin : Dieu dispense ou retire ses faveurs à son gré ; si sa miséricorde ne veillait sur nous, la terre nous eût ensevelis dans ses abîmes : les méchans ne jouiront point de la félicité.

CX.

Le palais de la vie future sera le prix de ceux qui fuient l’orgueil & le crime : la fin est pour les justes.

CXI.

Parcourez la terre ; contemplez tous les êtres que Dieu a créés : il en fera sortir d’autres du néant, parce que rien ne limite sa puissance.

CXII.

Il exerce à son gré sa justice ou sa miséricorde ; vous retournerez tous à lui.

CXIII.

Vous ne pouvez suspendre son bras vengeur sur la terre ni dans les cieux : vous n’avez contre Dieu ni appui ni défenseur.

CXIV.

Enivrés des plaisirs terrestres, les hommes oublient la vie future.

CXV.

Publiez les louanges du Seigneur le soir & le matin.

CXVI.

Il fait jaillir la vie du sein de la mort, & la mort du sein de la vie.

CXVII.

Il fait éclore au sein de la terre stérile les germes de la fécondité ; c’est ainsi que vous sortirez de vos tombeaux.

CXVIII.

Les hommes créés de boue, & leur dispersion sur la terre, sont l’ouvrage de ses mains, & attestent sa puissance.

CXIX.

La création de vos femmes formées de votre sang afin que vous habitiez avec elles, l’amour, la piété qu’il a mis dans vos cœurs, annoncent sa bienfaisance à ceux qui réfléchissent.

CXX.

La formation des cieux & de la terre, la diversité de vos langues & de vos couleurs, sont pour l’univers un monument de sa puissance.

CXXI.

La foudre qu’il fait briller à vos yeux au milieu de vos craintes & de votre espérance, la pluie qu’il verse des nuages pour féconder la terre stérile, annoncent sa grandeur à ceux qui comprennent.

CXXII.

Les cieux & la terre forment son domaine : l’univers lui obéit.

CXXIII.

Il a formé toutes les créatures : il ranimera leurs cendres. Ce prodige lui est facile : il est le Très-Haut au ciel & sur la terre. La sagesse & la domination sont ses attributs.

CXXIV.

Elève ton front vers le Seigneur : nourris sa crainte dans ton âme : fais la prière, & fuis l’idolâtrie. Les méchans n’ont d’autre loi que leurs passions.

CXXV.

Acquittez-vous des devoirs sacrés envers vos proches : soyez bienfaisans envers les pauvres & les voyageurs. O vous ! qui désirez les récompenses du Seigneur, ces actions ont un mérite à ses yeux.

CXXVI.

Dieu vous fait naître faibles ; ensuite il vous donne la force, que suit la vieillesse couronnée de cheveux blancs : il crée ce qu’il veut : la science & la puissance sont ses attributs.

CXXVII.

Celui qui chérit la reconnaissance en a le mérite pour lui : l’ingrat l’est en pure perte.

CXXVIII.

Locman exhortant son fils lui dit : O mon fils ! ne donne point d’égal à Dieu ; l’idolâtrie est le plus grand des crimes.

CXXIX.

Nous avons prescrit à l’homme des devoirs sacrés envers les auteurs de ses jours : il a été porté avec des peines multipliées dans le sein d’une mère : il a été allaité pendant deux ans. Mortels, soyez reconnaissans de nos bienfaits ; soyez bienfaisans envers vos pères.

CXXX.

O mon fils ! ce qui n’aurait que la pesanteur d’un grain de moutarde, fut-il caché dans l’antre d’un rocher, au ciel, ou sur la terre, sera produit par les mains de Dieu, parce que rien n’échappe à sa pénétration.

CXXXI.

O mon fils ! fais la prière : commande la justice, empêche l’iniquité : souffre patiemment les maux qui t’arrivent ; ils sont une suite des décrets éternels.

CXXXII.

Ne détourne point orgueilleusement tes regards des hommes : ne marche point avec faste sur la terre. Dieu hait le superbe & le glorieux.

CXXXIII.

Sois modeste dans ta conduite : abaisse le son de ta voix ; la plus désagréable de toutes est celle de l’âne.

CXXXIV.

Dieu demandera aux justes compte de leur justice.

CXXXV.

Les fidelles des deux sexes qui ont la piété, la justice, la patience, l’humilité, qui font l’aumône, qui observent le jeûne, & qui vivent dans la continence, pénétrés du souvenir du Seigneur, chéris du ciel, recevront le prix glorieux de leurs vertus.

CXXXVI.

Quiconque blessera injustement la réputation des fidelles, sera coupable d’un mensonge & d’un crime.

CXXXVII.

Vos trésors & vos enfans ne vous approchent point de l’Eternel : il ne récompense que la foi & les bonnes œuvres : ses récompenses sont magnifiques. Le croyant vertueux reposera au sein de la paix dans le séjour des délices.

CXXXVIII.

Mortels, souvenez-vous des grâces de Dieu : l’univers connaît-il un autre Créateur ? un autre vous dispense-t-il les trésors du ciel & de la terre ? il est le Dieu unique : pourquoi vous éloignez-vous de son culte ?

CXXXIX.

Mortels, les promesses de Dieu sont véritables. Que les charmes de la vie mondaine ne vous enivrent pas : que le tentateur ne vous fasse pas tomber dans ses pièges.

CXL.

Celui qui cherche la vraie grandeur la trouve en Dieu, source de toutes les perfections. Les discours vertueux montent vers son trône : il exhalte les bonnes œuvres : il punit sévèrement le scélérat qui trame des perfidies : ses noirs complots seront anéantis.

CXLI.

Mortels, vous êtes pauvres devant Dieu : lui seul posséde la richesse & la louange.

CXLII.

Personne ne portera l’iniquité d’autrui : en vain vous voudriez qu’un autre se chargeât d’une partie de votre fardeau. Les liens du sang ne vous feront pas obtenir cette faveur. Avertis ceux qui, fidèles à la prière, nourrissent dans le secret la crainte du Seigneur, que l’aumône a un prix aux yeux du Très-Haut, & que les hommes retourneront à lui.

CXLIII.

L’homme ignore-t-il que nous l'avons créé de boue ? cependant il dispute opiniâtrement.

CXLIV.

Il propose des argumens, & oubliant sa création il s’écrie : Qui pourra ranimer des os réduits en poussière ?

CXLV.

Réponds : Celui qui les a créés la première fois les ranimera : il connaît toute la création.

CXLVI.

La création du ciel, de la terre, & de tout l’univers, est notre ouvrage : ce n’est point un jeu du hasard comme le pensent les incrédules.

CXLVII.

L’ingratitude n’ôte rien à Dieu de sa richesse, mais il hait des serviteurs ingrats : la reconnaissance est agréable à ses yeux.

CXLVIII.

Lorsque le malheur atteint l’homme, il élève vers lui sa voix suppliante. A peine est-il soulagé, qu’il oublie le bienfaiteur, & offre à des idoles un encens coupable. Annonce à l’ingrat qu’il jouira peu de son infidélité, & que l’enfer sera son partage.

CXLIX.

En serait-il de même de l’homme pieux, qui, dans l’ombre de la nuit adore le Seigneur, debout ou prosterné, qui craint le jugement, & espère la miséricorde divine ? Dis : Le sage & l’insensé peuvent-ils être comparés ? ceux qui ont un cœur sentent la différence.

CL.

N’as-tu pas vu comme Dieu abaisse les nuages qui versent la pluie ? il la rassemble en ruisseaux qui coulent à travers les campagnes : l’eau pénètre dans le sein de la terre & fait éclore les plantes dont les couleurs sont variées à l’infini : la chaleur jaunit les moissons ; elles tombent sous le tranchant de la faux : tous ces effets servent à l’instruction du sage.

CLI.

Satan parera le vice de fleurs aux yeux du lâche qui retournera à l’infidélité : il lui procurera des richesses trompeuses.

CLII.

O croyans ! si un calomniateur vous apporte une nouvelle, soumettez-la à un examen rigoureux : tremblez de nuire à votre prochain, & de vous préparer d’amers repentirs.

CLIII.

S’il naît un différend entre les fidelles, pacifiez-le : si l’un des partis s’élève injustement contre l’autre, combattez-le jusqu’à ce qu’il revienne aux préceptes du Seigneur ; s’il reconnaît son injustice, ramenez la paix parmi vos frères, parce que Dieu aime la justice.

CLIV.

O croyans ! ne vous mocquez point de vos frères : souvent celui qui est l’objet de vos railleries est plus estimable que vous. Et vous, femmes évitez ce défaut : celle qu’attaquent vos médisances peut valoir mieux que vous : ne vous diffamez point mutuellement ; ne vous donnez point de noms vils. Un terme de mépris ne convient point à celui qui a la foi ; ceux qui ne se corrigent pas de ces vices, sont prévaricateurs.

CLV.

O croyans ! soyez circonspects dans vos jugemens ; souvent ils sont injustes : ne déchirez point la réputation des absens. Qui de vous voudrait manger la chair de son frère mort ? vous avez horreur de cette proposition : craignez donc le Seigneur ; il est indulgent & miséricordieux.

CLVI.

Mortels, nous vous avons formés d’un homme & d’une femme : nous vous avons partagés en peuples, en tribus, afin que l’humanité règne au milieu de vous. Le plus estimable aux yeux de l’Eternel est celui qui le craint : Dieu possède l’immensité de la science.

CLVII.

Ne voient-ils pas comme nous avons élevé le firmament sur leurs têtes ; comme nous l’avons orné d’astres lumineux ; y apperçoivent-ils la moindre imperfection ?

CLVIII.

Nous avons déployé la terre sous leurs pas : nous y avons élevé les montagnes ; nous avons mis dans son sein les germes précieux de toutes les plantes.

CLIX.

Partout une magnificence divine éclate aux regards de nos fidèles adorateurs, & rappelle à leurs cœurs le souvenir d’un Dieu.

CLX.

Nous avons tiré l’homme du néant : le moindre mouvement de son âme nous est connu : nous sommes plus près de lui que la veine de son cœur.

CLXI.

Les menteurs périront.

CLXII.

Les justes jouiront des faveurs de Dieu, parce qu’ils ont pratiqué la bienfaisance.

CLXIII.

Ils dormaient peu la nuit : dès l’aurore ils imploraient la miséricorde divine.

CLXIV.

Ils partageaient leurs richesses avec l’indigent qui sollicitait leur bienfaisance, & avec le pauvre que la honte retenait.

CLXV.

Tous les Prophètes furent traités de magiciens & d’insensés ; les peuples se sont-ils donc légués l’erreur par testament ?

CLXVI.

Attends avec patience le jugement de Dieu : tu marches en sa présence : célèbre ses louanges en te levant.

CLXVII.

Publie ses grandeurs au commencement de la nuit.

CLXVIII.

Ceux qui évitent l’iniquité, qui ne commettent que les fautes inévitables à la faiblesse humaine, éprouveront combien la miséricorde divine est étendue. Dieu vous connaît parfaitement : il vous a créés du limon de la terre : il vous voit lorsque vous n’êtes encore qu’une masse informe dans le sein de vos mères. Ne vous justifiez donc point vous-mêmes ; il sait ceux qui ont sa crainte.

CLXIX.

Quel jugement portez-vous de l’agriculture  ?

CLXX.

Est-ce vous qui faites germer la semence, ou notre providence qui la fait éclore ?

CLXXI.

Nous pourrions la rendre stérile, & vous diriez dans votre consternation : Nous sommes chargés de dettes, & la moisson a trompé notre attente.

CLXXII.

Que pensez-vous de l’eau qui sert à vous désaltérer ?

CLXXIII.

Est-ce vous qui la faites descendre des nuages, ou notre volonté puissante ?

CLXXIV.

Nous pouvions la rendre salée & amère : vos cœurs seront-ils fermés à la reconnaissance ?

CLXXV.

Que pensez-vous du feu que vous faites jaillir du bois ?

CLXXVI.

Est-ce vous qui avez produit l’arbre qui lui sert d’aliment, ou votre volonté créatrice ?

CLXXVII.

Songez que la vie du monde n’est qu’un jeu frivole : son éclat, votre émulation pour la gloire, le désir de vous surpasser mutuellement en richesses & en enfans, ressemblent à la pluie. La plante qu’elle fait éclore réjouissait l’œil du cultivateur : un vent brûlant l’a desséchée ; elle jaunit & devient une paille aride.

CLXXVIII.

O croyans ! lorsque vous conversez ensemble, que l’iniquité, la guerre, la rébellion, ne soient point le sujet de vos discours : que plutôt la justice, la piété, la crainte de Dieu en soient l’âme : vous serez tous rassemblés devant son tribunal.

CLXXIX.

La perfection est une grâce du Ciel : Dieu la donne à qui il lui plaît.

CLXXX.

O croyans ! lorsque vous êtes appellés à la prière du vendredi, empressez-vous d’aller rendre vos hommages au Tout-Puissant : que rien ne vous arrête : votre zèle aura sa récompense. Si vous saviez !

CLXXXI.

Lorsque la prière est finie, allez en liberté : cherchez à vous procurer les biens que le Ciel a dispensés aux humains : entretenez dans vos cœurs le souvenir du Seigneur, afin que vous soyez heureux.

CLXXXII.

Mais lorsque l’intérêt se fait entendre, ils courent où sa voix les appelle, & abandonnent le ministre du Seigneur. Dis-leur : Les trésors que Dieu vous offre sont plus précieux que des avantages momentanés ; Dieu est le plus magnifique des dispensateurs.

CLXXXIII.

O croyans ! que vos enfans & vos richesses ne vous fassent point oublier le souvenir du Seigneur : cet oubli mettrait le sceau à votre réprobation.

CLXXXIV.

Versez dans le sein de l’indigent une portion des biens que le ciel vous a départis avant que la mort vous surprenne, de peur que vous ne soyez obligés de dire : Seigneur, si tu daignes prolonger le terme de mes jours, je ferai l’aumône & pratiquerai la vertu.

CLXXXV.

Mais Dieu ne diffère pas d’un instant le terme prescrit : il est le témoin de toutes les actions.

CLXXXVI.

O croyans ! vos femmes, vos enfans, sont souvent vos ennemis. Défiez-vous de leurs caresses ; mais si la voix de la nature, si la complaisance, vous font céder à leurs désirs, le Seigneur est indulgent & miséricordieux.

CLXXXVII.

Craignez Dieu de toute l’étendue de votre cœur : écoutez, obéissez, donnez une partie de vos biens pour sauver votre âme.

CXCVIII.

Dieu est le prix de celui qui met en lui sa confiance : sa volonté s’exécute infailliblement : il a établi pour chaque cause un effet déterminé.

CLXXXIX.

Que le riche proportionne ses largesses à son opulence, & le pauvre à ses facultés. Dieu n’oblige personne à faire plus qu’il ne peut : à la pauvreté il fera succéder l’aisance.

CXC.

N’imite pas le jureur que s’avilit.

CXCI.

Fuis le médisant que suit la calomnie.

CXCII.

Fuis celui qui empêche le bien, le prévaricateur & l’injuste.

CXCIII.

Eloigne-toi de l’homme violent & de l’impudique.

CXCIV.

Que l’éclat de ses richesses & le nombre de ses enfans ne t’éblouissent pas.

CXCV.

Souffre avec patience & gaité.

CXCVI.

La nature mit dans le cœur de l’homme l’impatience.

CXCVII.

Dans l’adversité il devient timide.

CXCVIII.

Dans la prospérité il est dur & avare.

CXCIX.

Les temples sont consacrés aux louanges de l’Eternel : ne lui donnez point d’égal.

CC.

Quand l’homme est au lit de la mort & que les assistans s’écrient : Où trouver une potion enchantée ? Il songe alors qu’il va se séparer du monde : ses cuisses se serrent l’une contre l’autre, & son âme est portée devant l’Eternel.

CCI.

L’homme n’a point la foi ; il ne prie point : au milieu de sa famille il vit avec faste. Cependant l’heure le presse ; elle est prête à sonner. Mortels, je le répète, la mort vous poursuit ; elle va frapper.

CCII.

Vous chérissez une ombre fugitive, & vous abandonnez la vie future.

CCIII.

Les justes ont accompli leurs vœux : ils ont craint le jour qui répandra au loin le malheur.

CCIV.

Ils ont distribué au pauvre, à l’orphelin, au captif, une nourriture agréable.

CCV.

Nous vous nourrissons pour l’amour de Dieu, leur disaient-ils : nous ne vous demandons ni récompense, ni actions de grâces.

CCVII.

Nous pensons en tremblant au jour des calamités, au jour où la tristesse élèvera un nuage sur les visages.

CCVIII.

Leur piété a eu sa récompense : Dieu les a délivrés des peines éternelles. Leur tête est ceinte d’un éclat radieux : la beauté & la joie brillent sur leur front.

CCIX.

Lorsque les cieux se briseront, que les étoiles seront dispersées, que les mers confondront leurs eaux, l’âme verra le tableau de toute sa vie.

CCX.

Malheur à ceux qui pèsent à faux poids ! qui en achetant exigent une mesure pleine, & qui, quand ils vendent, trompent sur la mesure ou le poids.

CCXI.

Favorisé du ciel, comblé de richesses & d’honneurs, l’homme jouit-il de la prospérité ? il dit : Le Seigneur m’a honoré : le ciel a-t-il retiré ses dons ? l’adversité l'éprouve-t-elle ? il dit : Le Seigneur me dédaigne.

CCXII.

Point du tout ; mais vous n’honorez pas l’orphelin : vous ne vous empressez point à nourrir le pauvre : vous dévorez avec avidité les héritages : vous aimez avec passion les richesses. Ne sont-ce pas là vos défauts ?

CCXIII.

Lorsque la terre sera réduite en poussière, que Dieu & les anges viendront par ordre, que l’enfer ouvrira ses abîmes, l’homme se souviendra, mais quel sera son souvenir ?

CCXV.

Plût au ciel, s’écriera-t-il, que j’eusse fait le bien  !

CCXVI.

Personne ne se dévouera pour lui aux tourmens : personne ne le déchargera de ses chaînes.

CCXVII.

O homme ! qui eus de la confiance, reviens avec joie dans le sein de ton Dieu : entre au nombre de mes serviteurs : viens habiter le Paradis.

CCXVIII.

A côté de la peine est plaisir, à côté de l’infortune est le bonheur.

CCXIX.

L’homme est ingrat envers le Seigneur : lui-même est témoin de son ingratitude : la soif de l’or le dévore. Quand on viendra réveiller les morts dans leurs tombeaux et qu’on dévoilera ce qui est caché dans les cœurs, ignore-t-il que Dieu connaitra parfaitement toutes ses actions ?

CCXX.

Le soin d’amasser vous occupe jusqu’à ce que vous descendiez dans le tombeau : Hélas ! un jour vous saurez ! vous verrez les gouffres de l’enfer, vous les verrez à découvert. Alors vous rendrez compte de vos plaisirs.

CCXXI.

Malheur au médisant & au calomniateur ! certainement il sera précipité dans l’enfer. Qui pourrait le décrire cet abîme épouvantable, ce gouffre dont la vengeance divine a allumé les flammes ! Elles s’élanceront sut les cœurs, & du milieu de cette fournaise ardente, elles s’élèveront en hautes pyramides.

CCXXII.

Malheur aux hypocrites ! ils prient avec négligence & seulement par ostentation. Ils refusent de tendre à leurs semblables une main secourable.

CCXXIII.

Ne songent-ils donc point qu’ils ressusciteront dans le grand jour ; dans ce jour où le genre humain comparaîtra devant le souverain de l’univers ?

CCXXIV.

Le front des justes sera rayonnant de joie. Le contentement de la vertu dilatera leur cœur : ils habiteront le séjour des délices.


FIN.