Nostalgie et Futurisme

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Nostalgie et Futurisme





Parmi les modes de notre sensibilité, il en est un qui se définit en fonction de la loi du Temps et qui se rapporte aux rythmes essentiels de notre vie.

Il présente deux formes déterminées par la double direction selon laquelle s’oriente le regard humain. Dans ce style imagé qui est un des charmes de sa vivante psychologie, William James indique ces deux perspectives : l’une en arrière l’autre en avant ; l’une a parte ante, l’autre a parte post. « Le moment présent, dit-il, est comme une sorte de pont en dos d’âne jeté sur le temps et du haut duquel notre regard peut à volonté descendre vers l’avenir ou vers le passé[1]. » De la même façon, dans le roman de Wells[2], l’Explorateur du Temps, assis sur le siège de son fantastique appareil peut à volonté faire machine en avant et machine en arrière. — Selon cette double perspective s’institue une double psychologie : psychologie régressive, ou rétrospective ou récurrente ou nostalgique ou passéiste ; et psychologie progressive, anticipatrice, futuriste. La première se compose de tous les états d’âme qui, dans la pensée comme dans le sentiment, dans le bien comme dans le mal, dans la joie comme dans la tristesse, dans l’amour comme dans la haine, nous reportent en arrière, sur la ligne déjà parcourue, ceux qui évoquent les visions d’antan, les êtres disparus, les rêves évanouis, les passions assoupies, la journée écoulée, l’aube abolie. — La seconde comprend tous les états d’âme qui nous portent en avant, qui projettent la vie vers l’avenir, qui nous font saluer les aubes naissantes, les lendemains inconnus : espoir, pressentiment, impatience de l’avenir, ardeur de curiosité et d’audace, élan vers la vie, vers les promesses de bonheur ou de danger ; anticipation des âges prochains ou lointains, des futuritions sombres ou lumineuses, menaçantes ou consolatrices, de l’individu, de la race, de l’espèce ; hâte de vivre, de saisir l’instant qui fuit ; et aussi besoin de ne plus se souvenir, rupture avec le passé, joie de s’abstraire du passé, joie du reniement du passé, amour du nouveau, de l’imprévu, de l’inédit ; apothéose de la vitesse, du devenir, de la mobilité, de la métamorphose ; insouciance futuriste, hymne à l’oubli libérateur.

À cette dualité psychologique correspondent dans les âmes des alternances de direction ; des changements de sens et de signe. — Parmi les rythmes de la vie, il en est qui nous reportent en arrière ; d’autres qui nous lancent en avant ; et bien que ces deux rythmes se pénètrent et se recouvrent parfois d’étrange façon, il y a des moments et aussi des âmes où l’un prend décidément le dessus. Et l’on distinguera ainsi deux types psychologiques : un type nostalgique ou récurrent ou passéiste, et un type futuriste. — Ce dernier pourrait être symbolisé par l’Explorateur du Temps, de Wells[3], qui, emporté par sa course vertigineuse sur la ligne du futur, à travers le battement d’ailes des jours et des nuits, à travers le sillon fantastique des orbes lunaires, solaires, stellaires, dévore les années, les lustres, les siècles, les millénaires, les millions d’années, comme d’autres dévorent les kilomètres. Voyageur surhumain, il est au Temps ce que le Bateau Ivre de Rimbaud est à l’Espace, avec cette différence qu’il suit une direction fixe…


J’ai vu des archipels sidéraux ! Et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur ;
— Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t’exiles,
Millions d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?


Le type passéiste, ou ralenti, ou stagnant, pourrait être symbolisé par cet étrange personnage de Balzac : le marquis de Valentin, héros de la Peau de chagrin. Victime du talisman contre lequel il a vendu son âme, et sachant que le cercle de ses jours, figuré par la peau de chagrin, doit se resserrer à chaque désir nouveau, l’infortuné économise le temps, redoute la marche des heures, et s’attache à les rendre aussi vides que possible. Dans sa phobie du désir meurtrier, il s’ensevelit dans l’inaction voulue, dans une négation de volonté et d’intelligence, image désespérée du sédentarisme psychique, de la stagnation mentale absolue.

À ces deux modalités : amour du futur, amour du passé, faut-il en ajouter une troisième : le sentiment spécifique du présent, et reconnaître un troisième type psychologique qu’on appellerait, d’un terme barbare, le type présentéiste ? — Peut-être. Il y a des natures surtout sensibles à l’immédiat, aisément hypnotisables par ce qui vient d’être. Mais ce sens du présent est chose singulièrement ténue. Le présent nous fond dans les doigts. Le pur présent, si l’on peut ainsi parler, n’étant que l’instant — limite qui sépare, le passé de l’avenir, ne peut être occupé par un état de conscience, si court qu’il soit. Ce n’est qu’un point mathématique, une abstraction. Cet instant-limite n’est perceptible qu’intégré à un temps organique beaucoup plus étendu que lui dont il partage la vie et le mouvement. Il devient alors ce que W. James appelle le « présent apparent[4] ». — Apparent en effet. Car ce présent-là ne mérite pas son nom. Il est encore du passé et il est déjà de l’avenir ; il ramasse le passé sur l’avenir ; il est une synthèse des deux ; il est « la partie immédiate du passé qui, penchée sur l’avenir, travaille à le réaliser et à se l’adjoindre[5] ». — Au fond, vivre dans le présent, c’est vivre dans le passé ou dans l’avenir ou dans les deux à la fois. Mais selon les natures, c’est toujours plutôt dans l’un que dans l’autre que l’on vit. C’est pourquoi le sentiment du présent sera différent chez les natures passéistes et chez les natures futuristes. Chez ces dernières, c’est-à-dire chez les hommes d’action et de volonté, le sentiment du présent sera un sentiment de tension, parfois d’angoisse, en face des difficultés de l’heure ; chez les natures passéistes, chez les rêveurs, du moins aux heures de songerie heureuse, ce sera un sentiment de détente ; ce sentiment élémentaire de la vie, « ce doux sentiment de l’existence indépendant de toute autre sensation » que J.-J. Rousseau a célébré dans ses Rêveries d’un promeneur solitaire et qui s’emparaient de lui principalement pendant ses promenades dans la campagne ou, lorsque couché dans son bateau, il se laissait emporter par le courant, extase momentanée, instant de ravissement que le Faust de Gœthe appela en vain de ses vœux. — Chez une autre race de contemplatifs, (tant les âmes sont dissemblables), le sentiment du présent prendra un goût d’amertune et comme d’insipidité qu’exprimé bien un personnage de M. Barrès ; « je n’ai guère l’angoisse du résultat, dit-il. Quand on s’est institué un fort dédain du jugement des hommes et du but poursuivi, peu importe, hors que nous mourrons un jour. J’ai une vision si nette de ce que valent les choses, sitôt possédées, et des moyens de les acquérir, que la seule mesure de mon sentiment à leur égard tient en ceci que ce sont toujours ma compagnie et mon occupation du moment que je juge les plus misérables[6]. »

Ces nuances de sensibilité varient à l’infini avec les individus. Mais si délicates et ténues qu’elles soient, elles ont leur importance sentimentale et morale. Elles supposent ou elles commandent de multiples connexions et combinaisons psychologiques ; elles entraînent des répercussions et des conséquences qui ne sont pas négligeables.

Parlons de la nostalgie. — Ce mot peut avoir deux sens. Il peut signifier la hantise du passé ; il désigne aussi la hantise de l’inconnu, de l’indéterminé, de l’indéfini, du mystère. De ces deux sens, le premier semble le sens primitif. Le mot nostalgie vient d’un mot grec qui veut dire Retour. Étymologiquement, la nostalgie, c’est le retour au passé, aux impressions d’enfance, au pays, au foyer natal. C’est le Heimkehr de Heine ; c’est le mélancolique génie qui fait se dresser sur nos pas


L’ombre des jours qui ne sont plus.


Le Nostalgique est celui qui fait empiéter le passé sur le présent, celui qui embaume ses souvenirs, celui qui vit avec des ombres, qui dirait avec Chateaubriand : « Tous mes jours sont des adieux ». La nostalgie, c’est le sens du Passé ; et donc le sens de l’inoublié et de l’inoubliable, de l’ineffaçable, de l’irrévocable, de l’irréparable, de l’irrémissible ; de l’inexpiable, de l’indestructible, de l’inexorable ; car tous ces attributs appartiennent au passé. Et c’est aussi l’amour des choses mortes, l’amour des ruines, la poésie des cimetières, la hantise de la mort.

La nostalgie est tout cela ; mais elle est autre chose encore. Et ici se laissent percevoir quelques-uns des fils mystérieux qui lient les choses et les âmes. Dire que la nostalgie est un retour au passé, c’est dire qu’elle est un retour à quelque chose de connu, parfois de trop connu. — Le passé de chacun a un contenu propre et unique ; il se compose de telles aventures, de telles expériences, de telles heures diaboliques ou divines. La passion du passé, ce n’est donc nullement la passion de l’inconnu. — Comment passer de la nostalgie comme hantise du passé à la nostalgie comme hantise de l’inconnu, de l’indéterminé, de l’indéfini ? — C’est peut-être que les limites de notre moi sont indécises et que ce moi se perd dans quelque chose de plus vaste que lui. C’est que le passé évoqué par notre mémoire se perd lui-même dans un passé plus lointain ; ce dernier dans un autre plus lointain et plus brumeux encore, et, de proche en proche, dans l’inexploré, dans le primitif, dans l’anonyme et l’impersonnel, dans cet inconscient qui se trouve à la source de toute vie, qui se souvient de tout et dans quoi se prépare tout ce qui vivra. La mémoire de l’individu rejoint la mémoire atavique, la mémoire immémoriale de la race ou de l’espèce. Et ainsi, au fur et à mesure que nous remontons vers les sources ignorées, le passé va se cerner d’un halo, va s’estomper de mystère et voici que par d’insensibles transitions, notre Désir va changer d’objet et le mot va changer de sens. L’inconnu nous hante plus que le connu, en dépit de l’aphorisme : Ignoti nulla cupido et d’ailleurs toujours pour nous le connu ne plonge-t-il pas, à un certain moment, dans l’inconnu ?

La nostalgie, maintenant, ce n’est plus l’aspiration au passé, la passion d’approfondir des réminiscences, c’est l’aspiration à l’inconnu, à l’imprécis, à l’indéterminé. C’est la Sehnsucht, le désir infini d’une chose vague et lointaine : c’est un ennui vague, une langueur flottante qui s’empare de nos sens et de notre esprit ; c’est le veternus des anciens, l’acedia du moyen âge, c’est la libido sentiendi, la delectatio morosa ; le daemon meridianus ; c’est « un inexprimable désir plein d’amour et de tristesse » (Carlyle) ; c’est « le désespoir sans cause qu’on porte au fond du cœur » (Chateaubriand) : c’est l’évadement du présent, l’alibi des urnes insatisfaites ; c’est le mal de l’inconnu, le mal du siècle. — L’objet d’un tel désir désespéré est multiple, polymorphe, fluide et insaisissable. C’est l’Âge d’or ou le Paradis terrestre ; c’est l’Androgyne de Platon ; le lotus sacré des anciens Égyptiens ; c’est le Nirvana hindou ; c’est la Terre-Sainte des Croisades ; c’est le graal des Chevaliers du Saint-Sépulchre ; c’est l’état dénaturé de Rousseau ; c’est la petite fleur bleue de Novalis ; c’est le « Fantôme d’amour » de Chateaubriand.

En même temps qu’elle est un retour au passé et à l’inconnu de notre destinée, la nostalgie est encore un effort pour remonter à notre essence intime, à notre nature primitive, à notre émotivité profonde a posterioribus ad anleriora ; ab exterioribus ad interiora. Et elle est peut-être aussi un effort pour faire aboutir l’inconnu qu’on porte en soi. C’est, sous couleur de regret, un désir vague, une tristesse sans borne vers un état de bonheur qu’on place dans le passé, mais qui est l’inquiète promesse d’un lendemain meilleur, d’un état plus haut de notre être. Et aux deux formules précédentes, on pourrait ajouter celle-ci, bien qu’elle subodore un idéalisme de mauvais aloi : ab inferioribus ad superiora. Insensiblement la nostalgie a gagné des cercles de plus en plus vastes de notre nature et de notre destinée ; elle l’enveloppe maintenant tout entière, chez ceux du moins qu’elle a marqués de son signe.

Aspiration au passé ; aspiration à l’inconnu, au primitif et à l’essentiel ; à l’extension et à la plénitude de notre être, la nostalgie est tout cela. De ces divers sens, c’est surtout le premier que nous aurons en vue ici, en opposant nostalgie à futurisme. Il est vrai que ce sens est encore très large et que le domaine de la nostalgie ainsi entendue est immense. Ce n’est rien moins que toute cette psychologie récurrente, rétrospective, dont nous parlions plus haut.



Les états nostalgiques sont des états passionnés. Tantôt une obsession nous les impose ; tantôt une secrète complaisance de l’ârne nous les rend chers et nous en fait savourer la douceur, même amère. La liste de ces états serait longue. Le Rêve, la Rêverie nous introduisent d’abord dans ce monde silencieux de la nostalgie. En particulier, ces rêves qu’on pourrait appeler récurrents et qui nous ramènent vers un stade antérieur de notre existence. Chacun de nous, s’il a quelque habitude de l’analyse mentale, pourrait accuser de telles rétrospections. M. Raymond Meunier, dans un charmant petit livre intitulé Les Rêveurs, parle de ses rêves familiers qu’il range en deux catégories : rêves de cathédrales et rêves de jardins ; rêves de nature essentiellement affective, enveloppés d’une atmosphère de sentiments spéciaux, qui sont, dans le premier cas, des sentiments de bonheur grave, de respect, d’admiration et d’enthousiasme, dans le second, un sentiment contenu d’enchantement et de douce admiration pour ces sites aimables, avec un sentiment d’espoir et de joie. Pour moi, si j’interroge ma vie onirique, j’y retrouve aussi des rêves de jardins (le jardin aux allées d’un vert profond où je jouais dans ma petite enfance), et aussi des rêves de forêts (une forêt ardennaise, la première que j’ai vue tout enfant, par une matinée printanière, toute ruisselante de rosée et baignée de lumière verte, où je me croyais délicieusement séparé du reste du monde et perdu à jamais). D’autres rêves familiers évoquent chez moi les vieux remparts d’une petite ville du Nord, avec ses glacis et ses bastions noyés de brume automnale et traversés de mélancoliques sonneries de clairons, le tout empreint d’une tristesse indicible et insupportable. C’est une réminiscence des après-midi du jeudi, quand on nous menait de la pension jouer sur les glacis où il y avait une école de clairons ; heures pour moi d’un morne ennui. C’est sur ces paysages d’enfance que plus tard, aux divers âges de la vie, mon imagination inquiète a versé les visions riantes ou angoissées, les songes heureux ou les cauchemars que faisaient éclore en elle les passions du moment et les vicissitudes de l’heure. M. R. Meunier pense que ces rétrospections sont révélatrices de notre émotivité profonde. Je le crois volontiers, et dans cet amour des forêts et dans l’horreur des mornes récréations du jeudi je retrouve un indice de ma sauvagerie innée et de mon éloignement pour les plaisirs en commun. Ces rétrospections oniriques, si on en prolongeait les perspectives sur tout le cours du passé seraient plus instructives encore. Elles nous renseigneraient sur cette mélancolique loi de décadence qui amène l’avilissement de nos songes et l’engourdissement progressif de nos forces d’illusion :

« Pour humilier les hommes, il suffirait de les distraire du jour et de traîner vers leur mémoire le cortège nocturne de leurs rêves. Plus tragiquement, en effet, que les rides dont le visage se creuse, ces rêves dénoncent combien nous fûmes ravagés. L’enfant, dans ses songes, voyait s’entr’ouvrir des palais et luire des armures ; il entendait le feuillage des forêts magiques trembler de chants mystérieux ; et il savait qu’au détour de la route il serait le héros de prodigieux exploits. Mieux que ses jeux et mieux que les paroles qu’il prononçait durant la veille, les aventures que son sommeil traversait attestaient la multiplicité de ses puissances et la richesse de son désir. Pareillement, ce furent les fantômes de ses nuits crispées qui avertirent l’adolescent de sa langueur et de sa fièvre. Des ombres, lentes ou brusques, passaient, à l’horizon plus trouble, parmi les fleurs des eaux et l’incertaine rumeur des saules. Depuis lors, en la plupart d’entre nous, les ronces ont clos les sentiers d’où, sitôt que nous dormions, les formes inattendues surgissaient. Les rêves se sont peu à peu dénués de fantaisie, ont amorti leur éclat, éteint leurs couleurs, alourdi leurs gestes. Les événements qui continuent de s’y étendre ne témoignent plus de nulle inquiétude créatrice, ni ne se dressent plus vers la surprise de joies ou de tortures inconnues. Ils ne sont désormais que la revanche des convoitises entravées et la grimace des souvenirs. Chacun d’eux porte le stigmate du métier ou du vice auxquels s’est asservie la native rébellion d’un être. Selon des rythmes invariables l’habitude et l’ennui y ressassent leur démence, à travers des ténèbres où ne court plus nul orage et où pendent les lambeaux d’un poème dévasté[7]. » Ainsi la nostalgie onirique nous fait assister à notre mort lente, et, en chacun de nous, à la mort lente de l’univers.

D’autres rétrospections oniriques, conduites selon les procédés de la psychoanalyse, décèleraient dans les rêves la réalisation de désirs insatisfaits à l’état de veille. Elles permettraient au psychoanalyste de jeter des coups de sonde dans l’inconscient de l’âge de la puberté et de la seconde enfance et d’en ramener des spécimens de cette singulière faune et flore affective, aux formes équivoques et énigmatiques, qui grouille ou végète dans les eaux lourdes de notre passé sexuel ; de ces « complexes affectifs », de ces « affects » qui attesteraient, selon les adeptes de l’école de Freud, le primat de la Libido et de l’Erotisme dans notre trouble nature et l’emprise de la Vénus ancestrale, obscure et redoutable, jusque sur l’âme blanche de l’enfantelet au berceau.

Après le Rêve et la Rêverie qui figurent au premier rang dans le pâle cortège des sentimentalités nostalgiques, voici venir les « Souvenirs », dans le sens courant du mot, dans le sens où le prennent les écrivains qui se racontent eux-mêmes dans des Confessions ou des Mémoires. Souvenirs d’enfance et d’adolescence, souvenirs des âmes mortes, des amours défuntes, évocation des chers fantômes, des revenants dont chacun de nous traîne après lui le mélancolique cortège ; souvenirs de notre propre âme, de nos crises intérieures, de nos morts et de nos résurrections. — Ce n’est pas que tous ceux qui écrivent leur autobiographie relèvent de la sensibilité nostalgique. Dans les Mémoires des hommes d’action, de guerre, d’affaires ou de plaisir, artistes, condottières, partisans, conspirateurs, intrigants, hommes de cour, un Montluc, un Benvenuto Cellini, un Saint-Simon, un Retz, un Casanova, un Napoléon, l’autobiographie est mise au service de la vanité, ou d’un désir d’apologie, ou d’un désir d’instruire la postérité ; chez les analystes, tels qu’un Montaigne, un Benjamin Constant, un Amiel, un Maine de Biran, elle est mise au service de l’Instinct de Connaissance sous la forme de la curiosité psychologique, du désir de voir clair en soi-même, de chercher dans l’aveu de ses plus intimes impressions le secret de son être. Mais il est d’autres œuvres, dans lesquelles l’autobiographie est mise au service exclusif de l’humeur nostalgique : Les Mémoires d’Outre-Tombe, les Souvenirs de Renan baignent dans une atmosphère de nostalgie Ces œuvres respirent la joie du souvenir pour le souvenir, la joie du rêve pour le rêve, comme il y a le sentiment pour le sentiment, l’art pour l’art, l’amour pour l’amour. C’est un jeu du sentiment, une variété de dilettantisme sentimental.

On pourrait, d’une manière générale, ranger sous la rubrique « nostalgie » tous les états introspeclifs : examen de conscience, retour sur soi, méditation sur soi-même. — Qui dit introspection dit rétrospection. Toutefois, comme nous venons de le dire, l’humeur nostalgique, n’entre pas comme élément intégrant dans toute introspection. L’état du psychologue qui s’observe pour préciser quelque nuance de sentiment ou de pensée ne se définit pas par la dispersion rêveuse que caractérise la nostalgie, mais par la contention d’esprit qui se fixe sur un point pour le mettre en pleine lumière en rejetant dans l’ombre tous les souvenirs inutiles au but proposé. — On pourrait pénétrer davantage dans le détail et énumérer un certain nombre d’états qui assortissent à la récurrence psychologique. Cette nuance rétrospective et réactive au sens où Nietzsche prend ce mot, est déjà suffisamment marquée par la syllabe re par laquelle commencent les noms qui désignent la plupart d’entre eux : regret, remords, repentir, ressentiment, révolte, etc., auxquels on peut ajouter certaines nuances de sentiment telles que la jalousie rétrospective, l’irrésolution rétrospective, etc. — Ces états ne rentrent dans la nostalgie qu’en tant qu’ils revêtent une nuance affective et passionnée : obsession, hantise, goût maladif du passé, goût de l’angoisse et de la douleur qui est un des traits de notre trouble et inquiète nature. On peut parler en ce sens de la manie du regret, de la manie du remords, de la manie du scrupule, de l’humeur rancunière, de la rumination des pensées de ressentiment, ces dernières restant d’ailleurs platoniques et tout intérieures. Chateaubriand décrit comme sien ce trait de caractère. « Sous ce rapport, je suis singulièrement né : dans le premier moment d’une offense, je la sens à peine ; mais elle se grave dans ma mémoire ; son souvenir, au lieu de décroître, augmente avec le temps ; il dort dans mon cœur des mois, des années entières, puis il se réveille à la moindre circonstance avec une force nouvelle, et ma blessure devient plus vive que le premier jour. Mais si je ne pardonne point à mes ennemis, je ne leur fais aucun mal ; je suis rancunier et ne suis point vindicatif. Ai-je la puissance de me venger, j’en perds l’envie[8] … » À cette disposition le passage suivant de Casanova peut servir de contre-partie et de contre-épreuve. « J’ai eu de détestables ennemis qui m’ont persécuté et que je n’ai pas exterminés par ce qu’il n’a pas été en mon pouvoir de le faire. Je ne leur eusse jamais pardonné si je n’eusse oublié le mal qu’ils m’ont fait. L’homme qui oublie une injure ne la pardonne pas ; il oublie ; car le pardon part d’un sentiment héroïque, d’un cœur noble, d’un esprit généreux ; tandis que l’oubli vient d’une faiblesse de mémoire ou d’une douce nonchalance, amie d’une âme pacifique et souvent d’un besoin de calme et de tranquillité ; car la haine, à la longue, tue le malheureux qui se plaît à la nourrir[9]. » D’après Nietzsche, l’oubli des injures, l’absence de ressentiment serait la caractéristique des natures fortes. « Même lorsque le ressentiment s’empare de l’homme noble, il s’achève et s’épuise par une réaction instantanée : c’est pourquoi il n’empoisonne pas ; en outre dans des cas très nombreux, le ressentiment n’éclate pas du tout ; alors que chez les faibles et chez les impuissants, il serait inévitable. — Ne pas pouvoir prendre au sérieux longtemps un ennemi, ses malheurs, et jusqu’à ses méfaits c’est la caractéristique des natures fortes qui se trouvent dans la plénitude de leur développement, et qui possèdent une surabondance de force plastique, régénératrice et curative qui va jusqu’à oublier. — Un bon exemple pris dans le monde moderne, c’est Mirabeau qui n’avait pas la mémoire des insultes, des infamies que l’on commettait à son égard et qui ne pouvait pas pardonner, uniquement par ce qu’il oubliait[10]. » Ces divers témoignages tendent à une même conclusion : la rancune tiendrait à la ténacité de la mémoire affective et aux prolongements qu’y jette l’insulte, prolongements qui s’amplifient et se développent avec le temps. C’est pourquoi le sentimental est presque toujours un rancunier (exemple : Chateaubriand[11]). Les deux dispositions : l’humeur sentimentale et l’humeur rancunière sont conditionnées par la même qualité affective : une mémoire affective tenace, mémoire stagnante, ruminante et remâcheuse de souvenirs. Par contre, l’homme d’action ou de plaisir a généralement une sensibilité peu profonde, à fleur d’âme, une mémoire affective peu tenace, ce qui n’exclut pas d’ailleurs une excellente mémoire générale, une de ces miraculeuses mémoires physiologiques dont parle W. James et qui prédestinent au succès toutes les grandes vedettes qui ont paru sur la scène du monde. — Si l’on voulait s’appesantir sur cette psychologie de la rancune et de la haine, on pourrait remarquer que, suivant les cas et surtout suivant les natures, deux sortes de souvenirs engendrent la haine. Tantôt c’est le souvenir du mal qu’on a souffert ; tantôt celui du mal qu’on a soi-même infligé à autrui. — On craint et par suite on hait celui qu’on a offensé. C’est le mot de J.-J. Rousseau à propos de ses ennemis : « Ils me haïssent à cause du mal qu’ils m’ont fait. » Cette dernière espèce de haine qui caractérise évidemment les âmes les plus basses n’est pas la moins fréquente. « Notre belle pratique d’aujourd’hui, dit Montaigne, porte-t-elle pas de poursuivre à mort aussi bien celui que nous avons offensé que celui qui nous a offensé[12] ? » Mais comme cette espèce de haine vise l’avenir et est surtout faite de la prévision et de la crainte des représailles, elle ressortit moins directement que l’autre à la psychologie récurrente ou rétrospective que nous esquissons.

De la rancune on pourrait rapprocher la révolte. D’après Nietzsche, le Révolté appartient au type réactif, au type que le philosophe appelle l’Homme du ressentiment. La révolte est une attitude réactive ; une réaction contre le passé, une inacceptation du passé, un sentiment « d’insupportation », comme dit Chateaubriand. L’affront, l’injustice subie reste dans le gosier, ne peut passer. On ne peut l’avaler, suivant une locution grossièrement expressive. La révolte est donc un principe d’arrêt dans le cours des sentiments et des pensées ; mais elle est aussi un principe de renouvellement, le point de départ d’un changement radical de l’être. Un enfant docile, à la suite d’une injustice subie, apprend la révolte, la résistance, la lutte.

Dans les états d’âme nostalgiques rentrerait encore la jalousie rétrospective. Et aussi ce qu’on pourrait appeler l’irrésolution rétrospective et rétroactive ; phénomène très particulier et auquel sont sujettes certaines natures. Il consiste à revenir indéfiniment après coup sur les décisions prises, même exécutées, et donc irrévocables. Chez les personnes sujettes à ce travers sentimental, la mémoire affective se représente très vivement après coup les motifs d’agir dans le sens opposé à celui dans lequel on a effectivement agi. Une des conditions d’une bonne conscience, autrement dit, d’une bonne santé morale, c’est l’élimination rapide et aussi complète que possible des images devenues inutiles. Autrement, ces résidus, ces déchets du passé restent comme un poids mort et reviennent hors de propos embrouiller nos pensées. La persistance intempestive et l’encombrement des souvenirs affectifs est un obstacle au fonctionnement normal de la volonté comme des autres facultés. Chez le nostalgique, chez le sentimental, la désassimilation psychologique ne se fait pas normalement. Les images éliminées dans la délibération n’ont pas disparu complètement de la conscience ; elles restent là et continuent d’agir hors de propos ; d’où des retours de la volonté en arrière, regrets, repentir, efforts désespérés pour rattraper l’acte, impuissance à prendre son parti de l’irrévocable, à passer l’éponge sur le passé ; troubles qui agitent et torturent les âmes faibles et que Dante aurait pu décrire comme un des supplices de son Enfer. Ce trait est très sensible dans le caractère d’Adolphe et aussi dans le Journal intime de Benjamin Constant, type frappant de nostalgique sentimental.



De l’examen de ces quelques états nostalgiques ou rétrospectifs nous pouvons essayer de tirer une définition générale de la nostalgie. Nous proposons la suivante : La nostalgie est une forme exaltée et passionnée de la mémoire affective. Dans un de ses Contes Cruels intitulé Sentimentalisme, Villiers de l’Isle-Adam définit cette qualité spéciale des facultés affectives qui distingue, selon lui, les natures supérieures, ceux qu’il appelle les aristocrates du sentiment, auxquels un observateur superficiel serait tenté de reprocher leur froideur apparente et leur rareté de gestes comme une marque d’insensibilité. « Nous ressentons, fait-il dire à un de ses personnages, nous ressentons les sensations ordinaires avec autant d’intensité que quiconque. Oui, le fait naturel, instinctif d’une sensation, nous l’éprouvons, physiquement, tout comme les autres ! Mais c’est seulement tout d’abord que nous le ressentons de cette manière humaine ! C’est la presque impossibilité d’exprimer ces prolongements immédiats en nous qui nous fait paraître comme paralysés, presque toujours, en bien des circonstances. Au moment où les autres hommes sont déjà parvenus à l’oubli, faute de vitalité suffisante, elles grandissent en notre être comme les rumeurs de la houle lorsqu’on approche de la mer. Ce sont les perceptions de ces prolongements occultes, de ces infinies et merveilleuses vibrations, qui, seules, déterminent la supériorité de notre race[13]. » — Dégagée de sa prétention aristocratique et de son pathos romantique, cette notation de Villiers exprime ce fait très simple que les individus diffèrent beaucoup sous le rapport de la mémoire affective. Portée à son maximum de puissance, cette mémoire peut, dans les âmes romanesques, conférer à certaines sensations privilégiées, un caractère d’éternité. « Éterniser une seule heure de l’amour, — la plus belle —, celle par exemple où le mutuel aveu se perdit sous l’éclair du premier baiser, oh ! l’arrêter au passage, la fixer et s’y définir, y incarner son esprit et son dernier vœu ! Ne serait-ce donc point le rêve de tous les êtres humains ! Ce n’est que pour essayer de ressaisir cette heure idéale que l’on continue d’aimer encore, malgré les différences et les amoindrissements apportés par les heures suivantes ; — oh ! ravoir celle-là toute seule ! — Les autres heures ne font que monnayer cette heure d’or… Une seule femme contient toutes les femmes, pour qui aime celle-là. Et lorsqu’il nous incombe une de ces heures absolues, nous sommes ainsi faits que nous n’en voulons plus d’autres et que nous passons notre vie à essayer inutilement de l’évoquer encore, — comme si l’on pouvait arracher sa proie au Passé[14] ! » — Telle serait l’absolue nostalgie en amour. Mais l’Absolu, l’Éternel ne sont pas de ce monde. L’homme d’un amour unique et d’une sensation unique dans laquelle il aurait synthétisé tout l’amour, c’est une fiction de poète. — En fait la nostalgie en amour est moins exclusive. Comme l’amour lui-même, elle est volontiers polygame. Le nostalgique en amour, c’est le sentimental fatigué qui évoque l’image lointaine des amoureuses de sa vingtième année, en murmurant à chaque figure féminine évoquée le vers de la Tristesse d’Olympio :


— C’est toi qui dors dans l’ombre, ô sacré souvenir !


C’est Don Juan vieilli songeant mélancoliquement aux mille e tre. C’est aussi — et c’est la nuance un peu ridicule, — l’homme des vieilles maîtresses, le gardien obstiné des vieux souvenirs d’amour, celui qui ne sait pas se séparer des portraits, des vieilles lettres, des fleurs desséchées dans des feuillets jaunis.

Le phénomène inverse de la nostalgie amoureuse, c’est l’oubli sentimental, le défaut de mémoire affective, phénomène étudié par M. Michel Corday dans son curieux roman : La Mémoire du cœur. L’infidélité d’une maîtresse aimée et aimante y est expliquée par une infidélité de la mémoire affective qui n’implique pas toutefois l’abolition de l’amour lui même. « Oublier dans l’absence, dit l’amant trahi qui croit comprendre et veut pardonner, oublier dans l’absence, est-ce nécessairement cesser d’aimer ? N’ayant pas la mémoire des yeux, je ne peux pas évoquer les traits d’un ami lointain ; est-ce à dire que son visage ne me soit plus cher ? L’en retrouverais-je avec moins de joie ? Nous reprenons pleinement conscience des souvenirs abolis dès qu’ils se rappellent à nous par un moyen quelconque… On remédie au défaut de mémoire. Et le remède, ici, ce sera ma présence, ma continuelle présence… » Reste à savoir si le remède sera efficace !

Innombrables sont les modalités, — défaillances, éclipses, comme aussi exagérations et déviations de cette mémoire affective dans laquelle nous venons de voir le principe de la disposition nostalgique. La mémoire du cœur peut faire défaut, comme dans le cas étudié par M. M. Corday. Elle peut s’évanouir partiellement et chercher à ressusciter l’image évanouie. Dans l’Eau de Jouvence, le vieux barde Léolin, type de Breton sentimental, vient trouver l’enchanteur Prospero et lui demande de goûter à son eau de feu, dans l’espoir de retrouver l’image perdue de sa sœur morte. « J’ai eu des visions que je voudrais revoir. Est-il vrai que tu es assez puissant pour faire qu’on revoie une personne qu’on a aimée ? » — Et il boit l’eau qui doit lui faire retrouver ses rêves. La mémoire du cœur peut donner lieu, en s’exagérant, à une véritable stagnation sentimentale ; elle peut être désorganisée en ce sens qu’au lieu de subordonner les souvenirs sentimentaux au rythme général qui emporte notre vie et de leur mesurer la place qui leur revient dans l’ensemble de notre vie morale, en raison de l’importance des relations ou des événements qui leur ont donné naissance, elle viole cette loi d’ordre et d’économie des ressources sentimentales, en attribuant à certains souvenirs d’amour ou de haine, à certaines heures divines ou diaboliques, points culminants de notre existence sentimentale, une valeur extraordinaire et disproportionnée. Elle ne voit plus qu’eux, s’absorbe en eux, se dilue et se perd en un stérile ressassement sentimental et s’abolit finalement dans le néant de l’idée fixe.


Des remarques précédentes on pourrait tirer aussi une classification générale des types de nostalgie. On pourrait, d’après l’objet du désir nostalgique, distinguer une nostalgie mystique, une nostalgie sentimentale ou poétique, une nostalgie savante, philologique ou pédante, passion professorale pour le passé, manie d’antiquaire ou de collectionneur, hantise de la poussière des bibliothèques, retour vers le paganisme et la mythologie, manie hellénisante reprochée par M. Marinetti à Nietzsche, « ce passéiste qui marche sur les cimes des monts thessaliens, les pieds malheureusement entravés de longs textes grecs[15] ». — On pourrait aussi, d’après les nuances de la sensibilité qui s’y satisfait, distinguer une nostalgie aimante et une nostalgie haineuse, une nostalgie rêveuse et paresseuse et une nostalgie orgueilleuse. (Nostalgie orgueilleuse du comte de Gobineau hanté par le souvenir des Westfoldings norvégiens dont il se croit descendu et s’écriant au cours d’une excursion sur les côtes Scandinaves, en présence de ruines d’aspect cyclopéen : « Là était le burg d’Ottar ; c’est de ce lieu que je tire mon origine ! ») — Ici la mémoire de l’individu se fond dans l’inconscient de l’âme atavique. Il y aurait ainsi, à côté de la nostalgie individuelle, une nostalgie ethnique, orgueil de race ou de peuple qui cherche ses titres dans le passé ; telle la nostalgie du moyen âge et de la vieille Allemagne qui se retrouve au fond du Germanisme théorique[16]. Et cet orgueil nostalgique va s’épanouir naturellement en revendications nostalgiques ; telle la prétention du germanisme à s’annexer tous les peuples de langue et soi-disant de souche allemande, — Et l’on pourrait distinguer encore une nostalgie spontanée, celle des cœurs tendres et des âmes naïves et une nostalgie apprise, bovaryque, imitée de modèles littéraires ; tel Chateaubriand s’éprenant, sur la lecture des Mémoires de Bassompierre, d’une courtisane du xvie siècle, contemporaine de Henri IV et revivant poétiquement l’aventure d’amour du vieux maréchal ; tel Frédéric Moreau s’éprenant de Mme Arnoux par ce qu’elle lui rappelle les héroïnes romantiques ; tel le Jean Servien de M. Anatole France, qui, la tête pleine d’images de châtelaines moyenâgeuses ou d’héroïnes du théâtre classique, reste inattentif aux avances d’une petite ouvrière parisienne. Il y aurait lieu enfin de distinguer une nostalgie ou récurrence normale, répondant aux exigences de la vie d’adaptation et respectant l’économie générale de nos facultés affectives ; une nostalgie morbide et une nostalgie supra-normale, celle qui se révèle dans les œuvres des grands penseurs, des grands poètes qui ont retrouvé et exprimé les grands rythmes de la vie universelle…


Il y aurait lieu de dire un mot des illusions nostalgiques. La nostalgie ayant pour principe une forme exaltée et passionnée de la mémoire affective, les illusions nostalgiques tiennent en grande partie à des paramnésies portant sur cette mémoire spéciale. — II y a d’abord une cause générale d’illusion qui n’est autre que le recul dans le passé, le phantasme de la distance et du souvenir. « À la distance où je suis maintenant de leur apparition, dit Chateaubriand, il me semble que descendu aux enfers dans ma jeunesse, j’ai un souvenir confus des larves que j’entrevis errantes au bord du Cocyte ; elles complètent les songes variés de ma vie et viennent se faire inscrire sur mes tablettes d’outre-tombe[17]. » Dans le cours d’une vie, les souvenirs chevauchent les uns sur les autres et confondent les nuances affectives qui ont coloré les âges divers de la vie. « Ces Mémoires, dit encore Chateaubriand, ont été composés à différentes dates et en différents pays. De là des prologues obligés qui peignent les lieux que j’avais sous les yeux, les sentiments qui m’occupaient au moment où se renoue le fil de ma narration. Les formes changeantes de ma vie sont ainsi entrées les unes dans les autres ; il m’est arrivé que, dans mes instants de prospérité, j’ai eu à parler de mes temps de misère ; dans mes jours de tribulation, à retracer mes jours de bonheur. Ma jeunesse pénétrant dans ma vieillesse, la gravité de mes années d’expérience attristant mes années légères, les rayons de mon soleil, depuis son aurore jusqu’à son couchant, se croisant et se confondant, ont produit dans mes récits une sorte de confusion, ou, si l’on veut, une sorte d’unité indéfinissable : mon berceau a de ma tombe, ma tombe a de mon berceau ; mes souffrances deviennent des plaisirs, mes plaisirs des douleurs, et je ne sais plus, en achevant ces Mémoires, s’ils sont d’une tête brune ou chenue[18]. » Chez le nostalgique, les souvenirs sont sous la dépendance des sentiments. Au commencement du viie livre des Confessions, J.-J. Rousseau nous dit que pour raconter sa vie, il compte davantage sur la mémoire des sentiments que sur celle des événements. « Je n’ai, dit-il, qu’un guide fidèle sur lequel je puisse compter ; «c’est la chaîne des sentiments qui ont marqué la succession de mon être et par eux celle des événements qui en ont été la cause ou l’effet. Je puis faire des omissions dans les faits, des transpositions, des erreurs de dates ; mais je ne puis me tromper sur ce que j’ai senti ni sur ce que ces sentiments m’ont fait faire : et voilà de quoi principalement il s’agit. » — Mais rien de plus décevant que le sentiment. Suivant la remarque de M. H. Höffding[19], l’observation montre qu’il est beaucoup plus facile de se rappeler les événements que les dispositions du passé. Pour les événements, il y a des points de repère, des moyens de contrôle, des confrontations possibles avec les souvenirs d’autres personnes ; pour les sentiments il n’y en a pas. — De plus, les sentiments du présent réagissent sur ceux du passé et colorent à notre insu notre vie passée. Ils exercent une sélection inconsciente. Rousseau nous dit que dans ses souvenirs, il a une tendance à oublier les soucis pour s’occuper du gai et du souriant, tendance qu’il fait dériver de la pente naturelle qui nous porte à préférer l’agréable au désagréable. « Tandis que son imagination, dit M. Höffding, assombrie par l’angoisse et le soupçon, lui montrait l’avenir sous les plus sombres couleurs, elle lui montrait le passé plein d’attrait, à l’exception des taches sombres qu’y avaient faites ses fautes. S’il ne hait pas ses ennemis, cela tient à cette inclination ; encore qu’il les soupçonne et qu’il en ait peur, il ne se souvient pas du mal qu’ils lui ont fait1. » — Une illusion sentimentale du même genre est celle qui le porte à allonger les moments de bonheur. « On peut prouver sans conteste que Rousseau a donné à l’heureuse époque pendant laquelle il demeura aux Charmettes avec Mme de Warens une durée plus longue qu’elle n’a pu avoir. À l’aide de documents sûrs, on est à même de montrer que Rousseau a fait commencer l’idylle des Charmettes deux années trop tôt, ou que l’idylle touchait à sa fin lorsque commença le séjour dans cette petite maison de campagne[20]. » Une autre cause d’illusion est le travail imaginatif, la cristallisation dans le sens de l’amour, parfois de la haine ; le besoin de poétiser le passé, l’embellissement des souvenirs d’amour. « Petite fille, dit M. Barrès, en parlant de Bérénice, petite fille qui se figure s’être tant amusée avec celui qui est mort ! » Et il y a aussi les sentimentalités troubles qui mêlent au regret le renouveau du désir. — Une illusion nostalgique notable entre toutes est l’illusion de la préexistence ou fausse reconnaissance. Telle est celle de Gobineau croyant revoir les sites Scandinaves qu’il voit pour la première fois. On sait que des psychologues expliquent cette illusion par l’adjonction à la sensation actuelle d’une certaine nuance affective qui en général correspond à la réminiscence. Par suite de circonstances physiologiques ou mentales, ce sentiment du déjà vu, normalement provoqué par la réminiscence, peut se produire indépendamment de toute réminiscence vraie et donner l’illusion, produire l’hallucination de la réminiscence, parce qu’il est normalement lié à la réminiscence vraie. Une des circonstances qui favorisent cette illusion est un état d’exaltation de la sensibilité, d’hyperesthésie sentimentale qui caractérise fréquemment le tempérament nostalgique, soit dans la nuance rêveuse, soit dans la nuance orgueilleuse. — En somme on voit que les illusions nostalgiques sont de nature essentiellement affective.

La nostalgie ne donne pas lieu seulement à des états d’âme individuels, isolés, passagers, sporadiques, mais aussi à des sentiments permanents qui trouvent leur expression impersonnelle dans la littérature et la philosophie. Ces sentiments passéistes sont comme des leitmotivs éternels de la sensibilité littéraire et philosophique. Au premier rang figure le sens du passé, le sens historique, le sens traditionaliste, le sentiment de la continuité des générations, le sens « de la Terre et des Morts » ; en politique, sentiment conservateur, réactionnaire, contre-révolutionnaire : orgueil du passé, sentiment nobiliaire ; tous les sentiments qui regardent en arrière, du côté du passé, qui disent une vénération pour le passé. — II y a aussi le sentiment déterministe et ses dérivés : sentiment du poids du passé, des chaînes jetées sur le présent par le passé ; impression de paralysie causée par la sensation déterministe de l’univers ; sentiment de fatalité naturelle où se satisfait je ne sais quel instinct de quiétude et de servitude : sentiment d’esclave heureux. — Sentiment scientiste, l’explication scientifique étant une explication récurrente, fondée sur le rapport de postériorité et de conséquence qui lie le présent au passé ; une réduction de l’inconnu au connu, une identification du futur au passé ; et par suite, sentiment de l’identité foncière des choses, des redites, des répétitions, de la monotonie de l’univers scientifique : l’idémisme universel, expression esthétique du mécanisme universel ; — sentiment du fatalisme scientifique ; résignation au tout fait, à l’acquis, au définitif, à l’immuable, à l’inchangeable, à l’irrévocable, à l’irrémissible ; et aussi sentiment de détente qui résulte de cette acceptation, de cette non-résistance aux effets nécessaires de ce qui a été une fois. Sentiment de la lenteur de la vie universelle ; plus que cela, sentiment de l’immobilité que recouvre l’illusion de la mobilité, misonéisme, crainte du changement :


Je hais le mouvement qui déplace les lignes.


Sentiment de l’Absolu, de l’Éternel, de la perfection où se repose la vie.

Il y a des littératures passéistes et des philosophies passéistes. Au premier rang de celles-là la littérature romantique, avec ses clairs de lune nostalgiques, ses cyprès mélancoliques, sa poésie des cimetières et des ruines : avec le nevermore d’Edgard Poe, avec les leitmotivs de l’amour et de la mort. Puis l’école symboliste, rendez-vous des derniers amants de la lune, amants de la beauté qui se penche tendrement sur les tombes ; l’école symboliste, avec sa passion des choses éternelles, son désir du chef-d’œuvre immortel et impérissable, avec son sentiment d’un univers d’où l’improvisation est exclue et où triomphe le nil novum sub sole[21]. — Et voici les philosophies passéistes : Philosophies de l’éternel recommencement : la philosophie hindoue, qui nous enferme dans les cercles de l’Illusion ; la philosophie stoïcienne, avec sa conception du grand cycle, de la grande année ; la philosophie de Nietzsche, en dépit de ses diatribes contre l’esprit historique ; philosophie du Retour Éternel, avec quoi se concilie malaisément l’idée futuriste du Surhomme ; — Philosophie de l’Immobilité : la philosophie éléatique, apothéose de la morne Identité ; le Platonisme, avec son adoration des Idées pures, immobiles et immuables, avec sa réminiscence d’un-ciel nostalgique et son mythe passéiste du primitif Androgyne ; le mécanisme cartésien, avec son amour de la monotonie géométrique ; le spinozisme avec son goût d’éternité ; la philosophie de Schopenhauer, avec son idée de l’immutabilité de l’humanité et de l’histoire, et son corrollaire : la négation du Progrès. — Et il y a aussi des races nostalgiques et des peuples nostalgiques : la race Juive répétant mélancoliquement le Super flumina Babylonis et rêvant à l’éternelle Sion ; la sentimentale Bretagne, hantée par ses légendes ; la Pologne inoublieuse de sa grandeur passée ; l’Allemagne enfin, la race nostalgique entre toutes, nostalgique dans l’orgueil comme dans le rêve, dans la haine comme dans l’amour. Plus nostalgique dans la haine. « Un jour, raconte Heine, à Gœttingue, un jeune Vieille-Allemagne voulait venger dans le sang des Français le supplice de Konradin de Hohenstaufen que vous avez décapité à Naples. Vous avez certainement oublié cela depuis longtemps ; mais nous n’oublions rien, nous[22] » ; l’Allemagne, qui vérifie une corrélation psychologique que nous avons expliquée plus haut : le plus sentimental des peuples, le peuple nostalgique par excellence, celui qui se targue entre tous de la fidélité des souvenirs (la « fidélité allemande », qu’il ne faut pas confondre sans doute avec la fidélité aux contrats), le peuple inventeur du leitmotiv, expression esthétique de la nostalgie, est aussi le peuple rancunier par excellence.

Il y a aussi des heures nostalgiques, des âges nostalgiques, des climats et des saisons nostalgiques. Les soirs, les automnes conseillent la nostalgie. L’enfance, l’adolescence, tournée vers l’avenir, dédaigne l’expérience, les leçons du passé. L’homme arrivé au midi de la vie commence à se tourner vers son passé ; le vieillard revient aux souvenirs de son enfance, est laudator temporis acti.



Disons un mot des causes de la nostalgie.

Parmi les causes physiologiques, il faut mentionner l’hérédité qui a jeté dans la race les semences de mystérieuses nostalgies ; puis le tempérament. Il est probable que le tempérament lymphatique ou mélancolique est plus porté à la nostalgie que le tempérament sanguin ou nerveux. Tous les traits physiques qui conditionnent le type lent favorisent la disposition nostalgique. Il est à remarquer d’ailleurs que cette idée de lenteur physio-psychologique n’entraîne pas forcément une idée d’infériorité vitale. Des races lentes peuvent être des races fortes. Mais la lenteur peut présenter des formes pathologiques. Dans cet ordre d’idées, on peut citer tous les états qui correspondent à un ralentissement morbide des rythmes de la vie : rythme circulatoire, respiratoire, nerveux, moteur, et effets de ces états : faiblesse idéo-motrice, atonie psychique, stagnation mentale. Et il y a aussi dans la vie de l’individu des causes d’un caractère plus temporaire : des crises physiologiques qui sont comme des tournants sur le chemin de la vie : le retour d’âge chez les deux sexes, sorte de retour du flot de la vie, du flot des passions, du flot des souvenirs ; peut-être certaines affections mentales telles que la folie circulaire qui stabilisent maladivement les rythmes de la vie. Peut-être la théorie du Retour Éternel de Nietzsche n’est-elle qu’une transposition idéologique de la folie circulaire qui guettait le philosophe dès les heures troubles et agitées de Silva plana.

À ces causes physiologiques il faut ajouter des causes psychologiques, soit causes permanentes, soit causes accidentelles. D’une manière générale, la lenteur physiologique (qui, encore une fois, n’est pas forcément morbide, mais présente souvent des formes morbides) peut déterminer un alanguissement des fonctions psychiques, un ralentissement morbide des fonctions d’association, d’imagination, d’idéalion ; affaiblissement du pouvoir idéo-moteur, trait caractéristique du type stagnant défini par M. R. Meunier : « l’être qui demeure et diminue sur place[23] ». — D’autres traits psychiques conditionnent le type nostalgique : la prédominance de la mémoire affective ; la disposition rêveuse ; une diminution de la fonction sélective qui arrête au seuil de la conscience le torrent des images du passé qui tend à y faire irruption, l’envahissement de la conscience par des images mutiles à la vie d’adaptation : par suite une inaptitude relative à la vie pratique.

À côté de ces causes générales, des causes individuelles, accidentelles ou circonstancielles favorisent la récurrence psychique qui constitue l’essence de la nostalgie. Ce sera une grande douleur (douleur de la mère qui a perdu son enfant, qui s’absorbe dans ses souvenirs et ne veut pas en être distraite) ou encore une déception sentimentale, une trahison, une injustice subie : autant de principes de stagnation psychique, d’immobilisation sentimentale. Certaines influences, celles de l’âge, de la saison, de l’heure inclinent au retour en arrière ; en particulier le trouble sentimental qu’un romancier a appelé le « Démon de Midi ». Le retour aux lieux où on a vécu évoque naturellement des images qui font ressusciter dans l’homme mûr l’enfant ou l’adolescent, et sous les nouvelles écritures du palimpseste, font réapparaître le vieux texte occulté. Dans tous ces cas, le ressort psychologique qui joue est l’association par identité de fond émotionnel qui préside à toutes nos complications sentimentales.



Pour juger du rôle de l’humeur nostalgique et de son influence sur le bonheur et le succès dans la vie, il faut se reporter à une distinction déjà indiquée : celle d’une récurrence psychique normale, d’une nostalgie morbide, et d’une nostalgie supra-normale. — La récurrence normale se manifeste par des sentiments tels que le sens historique, le sentiment de la solidarité du passé et du présent ; elle affirme et assure la continuité psychique nécessaire à la vie. — Mais la nostalgie devient aisément morbide et se confond avec la stagnation psychique. Le nostalgique, en effet, appartient au type stagnant défini plus haut. Le nostalgique est un lent, du moins un ralenti, un attardé, un retardataire. Victime de son destin, il arrive toujours trop tard. Pour lui l’occasion est toujours chauve. — D’autre part le nostalgique appartient au type passif, contemplatif. Absorbé dans son rêve, il est inapte à la vie d’adaptation. Dans un de ses romans[24], M. Romain Rolland symbolise les deux dispositions : nostalgique et futuriste dans l’âme de deux enfants, le frère et la sœur, qui, après une catastrophe qui leur a ravi leur père et ruiné leur famille, s’éloignent de leur ville natale. Le frère, rêveur douloureux, ne songe qu’à ce qu’il quitte. « Antoinette pensait bien davantage à ce qu’ils allaient trouver ; elle se le reprochait ; elle eût voulu s’absorber dans ses souvenirs… Elle avait raison de songer à l’avenir ; elle avait une vue plus exacte des choses que sa mère et son frère… » En effet, le frère, rêveur nostalgique, sera le faible, l’être désarmé, incapable de se tirer d’affaire ; à l’autre reviendra le rôle énergique, le rôle de défense et de protection. — Le nostalgique est un sentimental qui s’enlise dans les marais du passé, qui s’endort sous le mancenillier des souvenirs ; ou, assis sur le bord du fleuve, il regarde les amitiés et les amours révolues s’éloigner au fil de l’eau comme des feuilles mortes et disparaître au tournant de la rive. Plus d’un peut-être a dans son passé une vision d’horreur et de dégoût, un Affrontenburg tel que celui que décrit Heine et dont l’ombre s’allonge, sur le reste de ses jours. Attardé à son cauchemar, incapable d’autres rêves, il évolue lentement vers la mort du désir, vers le nirvana psychique ; c’est un stagnant affectif, un déséquilibré du cœur.

À force de vivre avec des revenants et des fantômes, le nostalgique finit par partager leur inconsistance falotte ; il glisse à travers la vie comme une ombre. — Le nostalgique est un mauvais lutteur ; il est la proie de qui sait le prendre par son côté faible, le côté sentimental. Il est plus d’une fois l’objet d’une exploitation spéciale qu’on pourrait appeler l’exploitation sentimentale. Femme ou maîtresse le bernera à l’occasion, en escomptant sa faiblesse nostalgique et le bénéfice du proverbe : « On revient toujours à ses anciennes amours. » Calcul qui n’est pas infaillible, d’ailleurs, en raison même de la formule psychique du nostalgique. En effet sa mémoire affective est tenace pour les mauvais souvenirs comme pour les autres. Dans l’action, le nostalgique est un rêvasseur sans volonté, victime de cette tare psychique que nous avons appelée l’irrésolution rétrospective. Malheur à celui qui parle au conditionnel : « si j’avais fait ceci, si j’avais fait cela… ». Celui qui est promis au succès, le futur maître de l’heure, c’est celui qui parle à l’impératif. — D’une manière générale, les sentiments nostalgiques sont stériles, asthéniques. La nostalgie est mère de la tristesse et de la déception. « II est souverainement maladroit, dit un romancier, de vouloir revivre les heures écoulées, attendu que sur les choses éteintes il passe un vent froid, plein de tristesse[25]… » La nostalgie exclu la fraîcheur d’âme, exclut la candeur, « cette qualité d’une âme qui ne fait aucun retour sur elle-même[26] ». La rétrospection est volontiers malsaine. « L’homme sain, a-t-on dit, ne sait même pas qu’il a une âme. » Les vedettes, sur la grande scène du succès, ne sont jamais des nostalgiques. Les âmes nostalgiques ne peuvent être des intelligences au droit fil du temps ; ce sont des intelligences attardées, celles dont Chateaubriand, — un nostalgique, s’il en fut, — dénonce la tare incurable, « la manie du passé ». — Nostalgie ! forme de vie déclinante et humiliée, tu condamnes ceux que tu as séduits à l’insuccès et à la mort lente ! Fée mélancolique, malheur à celui que tu as touché de ta baguette malfaisante ! Plus d’un t’a maudite sans cesser de t’aimer et de te suivre et l’on conçoit l’anathème qu’ont jeté sur toi les Futuristes.


Un problème se poserait ici : La Nostalgie est-elle curable ? Le nostalgique peut-il cesser de l’être ? Y-a-t-il pour lui un Léthé sauveur ? — Ceci rentre dans le problème général de la mutabilité du caractère. — Un tel problème était digne de tenter l’ingéniosité d’un fin observateur de la nature morale. M. A. Gide l’a traité dans un curieux roman : l’Immoraliste. C’est l’histoire d’un homme qui, à la suite d’une crise physiologique, une grave maladie, fait peau neuve, change de nature. Un nouvel être surgit en lui : étrange, redoutable… L’auteur, d’ailleurs, ne propose pas un exemple à suivre : il décrit simplement une évolution psychologique. — Quant aux remèdes à proposer contre l’humeur nostalgique, ils sont peu nombreux, et, comme tous les remèdes psychiques, plutôt inefficaces. On en trouverait quelques-uns dans l’arsenal futuriste dont nous ferons l’inventaire. Citons ce précepte d’hygiène sentimentale : Ne jamais rien regretter. Et aussi cette devise chère au héros d’un autre roman de M. Gide[27] : « Passer outre… » Elle vaut d’être méditée.

Dans l’ordre psychiatrique, on pourrait rappeler la méthode cathartique ou nettoyage psychique, employée par les adeptes de l’école de Freud[28]. — Cette méthode s’applique, on le sait, aux troubles causés par une récurrence psychique particulière, par une sorte de rétention au sein du psychisme inconscient d’émotions inachevées, c’est-à-dire n’ayant pu se donner libre cours, se détendre en paroles et en actes au moment des incidents impressionnants. D’où la formule psycho-analytique : Les hystériques souffrent de réminiscences. — La méthode consiste, à obtenir du malade, au moyen d’interrogations bien conduites, le récit de ces événements oubliés. L’émotion qui ressaisit alors le malade produirait, selon les adeptes de l’école de Freud, une sorte d’évacuation bienfaisante de son énergie affective « rentrée ». — Il y aurait une sorte d’expulsion des toxines du souvenir. — II est permis de rapprocher de cette méthode — efficace, paraît-il, dans une certaine mesure, — la confession catholique considérée comme cure psychique, comme traitement dépuratif des consciences, et qui, appréciée de ce point de vue, ferait grand honneur à l’instinct psychiatrique de ses inventeurs, véritables précurseurs des psycho-analystes.



Il y aurait lieu maintenant de faire sur le futurisme une étude parallèle à celle que nous avons consacrée à la nostalgie. Il y aurait lieu de noter des étals futuristes, des sentiments futuristes, leurs causes, leur évolution, de distinguer les modes divers de cette forme de sensibilité et d’en signaler les effets. Nous nous bornerons sur ces points à quelques indications.

Les états futuristes — nous en avons énuméré un certain nombre au début de cette étude — sont tous ceux qui nous lancent en avant, qui nous projettent vers l’avenir. Ces états peuvent se caractériser par les traits suivants : rythme vital accéléré, tension nerveuse accrue, rapidité accrue des fonctions cérébrales : association, imagination, idéation ; pouvoir idéo-moteur intensifié, éveil des instincts de défense, d’agression, de conquête, de volupté, de proie, de curiosité, de connaissance ; sentiments dynamiques : sentiment d’attente : sentiment de l’élan qui s’apprête ; acuité du regard qui épie : sensation de légèreté et d’alacrité vitale ; sensation du vent frais de la vie qui enfle de nouveau nos voiles. — Tout à l’heure, c’était la nostalgie des départs ; maintenant, c’est la joie des départs ; joie à laquelle se mêle un grain d’angoisse, mais où triomphe malgré tout le défi à l’avenir, le geste insouciant qui fait la nique au destin. Cette psychologie dynamiste, cette psychologie de vie ascendante s’épanouit dans les violentes et paradoxales attitudes que préconisent M. Marinetti et ses disciples : haine du passé et de ceux qui vivent de l’exploitation du passé (professeurs, etc.) ; mépris de la Femme, être nostalgique et conservateur ; mépris de l’amour qui nous attarde auprès de la femme et brise nos énergies ; frénésie destructive des reliques du passé ; menaces à l’adresse des bibliothèques et des musées ; appel au Tremblement de terre « seul allié des futuristes » : bluff futuriste, au fond de quoi il y a, malgré tout, un fond de sensibilité réelle et intéressante.

Il existe un type futuriste opposé au type nostalgique et dont le signalement serait celui-ci : dynamisme vital toujours sous pression : mémoire affective courte et peu profonde : par contre, mémoire physiologique vive, alerte, ce que W. James appelle « mémoire sauteuse » ; besoin de mouvement et de déplacement par opposition au sédentarisme du nostalgique ; sentiment du désenchantement du présent par le futur ; dédain des calmes bonheurs ; horreur de tout ce qui attache, de tout ce qui attarde, de tout ce qui ralentit. — Le type nostalgique appartenait au type lent et ruminant ; le type futuriste, appartient au type vif ; le nostalgique appartenait au type sentimental ; le futuriste appartient au type actif et énergétique. Un personnage du roman de M. Gide : L’Immoraliste exprime bien l’état d’âme futuriste : « Regrets, remords, repentirs, ce sont joies de naguère, vues de dos. Je n’aime pas regarder en arrière et j’abandonne au loin mon passé comme l’oiseau, pour s’envoler, quitte son ombre… Toute joie nous attend toujours ; mais veut toujours trouver la couche vide, être la seule, et qu’on arrive à elle comme un veuf… Toute joie est pareille à cette manne du désert qui se corrompt d’un jour à l’autre ; elle est pareille à l’eau de la source Amélès qui, raconte Platon, ne se pouvait garder dans aucun vase. Que chaque instant emporte tout ce qu’il avait apporté[29]… »

Bien entendu, la distinction de ces deux types : nostalgique et futuriste n’a rien d’absolu. Il peut arriver que le même individu soit nostalgique ou futuriste (Exemple : Chateaubriand, Nietzsche), suivant les variations de sa sensibilité, suivant l’amplitude des oscillations delà folie circulaire qui couve peut-être dans le cerveau de chacun de nous… Qui dira la loi selon laquelle les rétrospectivités et les futuritions se mêlent et se pondèrent dans les âmes ?

On pourrait aller plus loin et distinguer des nuances dans la sensibilité futuriste selon qu’elle satisfait l’un ou l’autre des trois grands instincts qui stimulent la vie : Instinct de puissance, instinct de volupté, instinct de connaissance. Il y aura ainsi dans le futurisme une nuance batailleuse, ambitieuse et conquérante (esprit d’aventure, audace, agression) ; une nuance voluptueuse : recherche passionnée des « promesses de bonheur » (Stendhal) ; idéal de Don Juan ; une nuance curieuse : soif de connaissance, passion de savoir. — Et l’on pourrait peut-être aussi, à l’égard de l’avenir, distinguer une nuance inquiète ou craintive et une nuance intrépide : idéal de Nietzsche : vivre dangereusement.



Le Futurisme, comme la Nostalgie, ne s’exprime pas seulement par des états d’âme individuels, mais aussi par des sentiments et des idées qui trouvent leur expression impersonnelle dans les littératures et les philosophies. — Voici quelques-uns de ces sentiments : sentiment de l’avenir, avec les nuances que nous venons d’indiquer ; — sentiment de la discontinuité du temps ; esprit non-historique (Nietzsche) ; rupture avec le passé, volonté d’indépendance à l’égard du passé ; éloge de l’inconséquence (Emerson) ; la fidélité envers soi-même considérée comme une servitude et un pédantisme ; — Sentiment révolutionnaire qu’il faut distinguer de la Révolte. Ce dernier sentiment est, comme nous l’avons expliqué, un sentiment de l’ordre réactif (Nietzsche) ; une réaction contre le passé ; une inacceptation du passé ; mais ne se traduit pas nécessairement par une action extérieure qui s’en libérera ; ni par une foi dans la possibilité de libération, ni même par une velléité de libération. La Révolte peut rester à l’état de protestation muette, de sentiment intérieur, de ressentiment concentré. Le sentiment révolutionnaire par contre est une volonté positive de renversement de l’ordre établi. La Révolte est tournée vers le passé ; la Révolution vers l’avenir. — L’Allemand, peuple nostalgique, n’a pas le tempérament révolutionnaire. Heine se demande —quelque part[30] non sans appréhension ce que sera la Révolution en Allemagne, si elle sera sèche ou humide. — Question oiseuse. Il n’y a eu en Allemagne de révolution ni sèche, ni humide. L’Allemand, peuple féodal, peuple passéiste, n’est pas un peuple qui fait des révolutions. L’idée chère à l’esprit allemand, c’est l’idée d’Évolution, Entwickelung, non celle de Révolution. — Peut-être convient-il d’ajouter, que l’Allemand, passéiste en ce qui concerne le passé de sa race est volontiers futuriste, c’est-à-dire destructeur, s’il s’agit des reliques du passé des autres races[31]. — Autres sentiments futuristes : En haine du déterminisme inerte et paralysant, sentiment et volonté de liberté ; affirmation d’un libre arbitre, d’une initiative créatrice. — Que cette abstraction soit ou non fondée en raison, l’homme qui va agir et qui par là même est jeté en avant, tourné du côté d’en avant et non retourné du côté d’en arrière, omet de considérer la série récurrente, la série des antécédents de l’acte qu’il va poser, le déterminisme qui l’engendra et feint de poser cet acte, à l’état d’isolement, d’indépendance, de commencement absolu : sentiment indéterministe, sentiment de la contingence et de l’ambiguïté des futurs ; sentiment de la pluralité des possibles dans l’avenir et non plus dans le passé (par opposition à l’étât nostalgique et morbide que nous avons appelé l’irrésolution rétrospective). — En haine de l’Identité, sentiment de la diversité irréductible des êtres ; sens de l’individualité, de l’unicité ; amour du viager, de l’éphémère.


Aimez ce que jamais on ne verra deux fois.


En haine de la rigidité logique et de l’intellectualisme, apothéose de la mobilité, sentiment de la mouvance universelle, des rythmes qui se nouent et se dénouent ; (rien ne boucle mot de Secrétan) ; la phénoménalité, jeu de catégories aberrantes, « danse de bayadère qui vient et s’en va ». (M. Chide.)

Comme la même idée, prise par deux biais différents, n’est plus la même idée, l’idée de Science, le sentiment scientiste qui, à certains égards, rentrait dans la sensibilité passéiste, peut aussi, en un autre sens, rentrer dans le point de vue futuriste. L’idée théorique de la science comme explication récurrente était une idée passéiste ; l’idée de la science comme puissance pratique et dynamique de rénovation du globe sera une idée futuriste. (Apothéose de la Mécanique, de l’Électricité, chez M. Marinetti) ; foi au Progrès inconnu ; foi dans la richesse infinie, dans les ressources inépuisables de la nature et de la vie.

Il y a une littérature futuriste : littérature extemporanée ; notation rapide d’actions rapides ; littérature d’action, opposée à la littérature descriptive, au roman d’analyse qui étire péniblement son macaroni psychologique, prohibition des narrations à l’imparfait ; dédain des esthétiques régnantes. Stendhal écrit pour la génération qui le lira dans cinquante ans. Recherche futuriste du neuf, de l’originalité à tout prix. Cette originalité n’est pas toujours très bien comprise. M. Marinetti parait croire que la nouveauté des thèmes : l’automobile, l’aéroplane, les lunes électriques, etc., constitue une originalité véritable. Erreur ; l’originalité ne réside pas dans le choix de thèmes nouveaux (pour combien de temps ?) mais dans la manière de les traiter.

Il y a des philosophies futuristes ; aussi vieilles, à vrai dire, aussi archaïques que les philosophies passéistes. Elles vont d’Héraclite à M. Bergson et à M. Chide. Ce sont les philosophies dynamistes et mobilistes.

Et il y a des races futuristes. L’Allemand, avons-nous dit, est nostalgique. L’Italien, le Français sont des peuples futuristes. Méridionalisme de Stendhal et de Bizet ; méridionalisme dont s’engouera Nietzsche par réaction contre la lourdeur allemande, la complication et la nébulosité wagnériennes.


Pour juger du rôle et de la valeur des dispositions futuristes dans l’ensemble de l’évolution humaine, on pourrait, comme nous l’avons fait pour la nostalgie, distinguer un Futurisme normal, un Futurisme morbide et un Futurisme supra-normal. — Les dispositions futuristes représentent un des éléments d’une saine psychologie. Nous vivons en avançant, non en rétrogradant. Le mot d’ordre vital est partout : En Avant ! — Mais l’Évolution vitale résulte d’un compromis perpétuel entre ces deux termes : le passé et l’avenir, le mouvement et l’arrêt. Le Futurisme anormal ou morbide, c’est la rupture d’équilibre entre ces deux éléments ; c’est la frénésie du mouvement vital s’accélérant au delà des limites de la prudence ou de la santé. — Dans une spirituelle conférence adressée aux étudiants et intitulée : L’Évangile du Délassement[32], William James met en garde ses compatriotes contre l’excès d’ardeur, de vivacité, de rapidité dans les gestes, contre cette manière d’être trépidante, anxieuse, haletante, contre cette expression hagarde du visage qui résulte d’une vie trop intense, d’un surmenage nerveux, d’une surtension musculaire, où il voit un des traits caractéristiques du tempérament américain. « Les Américains qui restent en Europe assez longtemps pour s’habituer à l’esprit qui y règne, et qui est si peu excitable en comparaison du nôtre, font tous la même remarque en revenant chez eux : les visages de leurs compatriotes leur semblent avoir une expression hagarde, que ce soit l’inquiétude anxieuse ou la bonne volonté intense qui les anime… » Et W. James conclut par ce conseil : « Vous devriez baisser le ton ; car vos visages sont trop expressifs et vous vivez trop intensément les moments vulgaires de la vie. » Un autre exemple de futurisme excessif serait le Futurisme, surtout littéraire, il est vrai, de M. Marinetti et de ses amis. Quant au Futurisme supra-normal, ce serait celui de ces visionnaires de l’Avenir qui, comme Wells, décrivent avant l’heure, dans l’infini du Temps, des orbes mystérieux ou qui, comme James lui-même, appellent de leurs vœux la Nouveauté indéfectible, le renouvellement perpétuel de la vie, « bouillonnement intarissable de faits nouveaux »… La Nostalgie et le Futurisme rentrent dans les grands rythmes inconnus qui emportent la vie psychologique et la vie universelle. La loi de récurrence est une des plus générales qui existent ; elle domine toute la psychologie zoologique où elle rend compte des lois du dressage et, de la genèse des Instincts[33] ; elle est sous-jacente à toute la psychologie humaine. La loi du Futurisme nous porte en avant selon des courbes inconnues, que ce soit le cercle monotone du Retour Éternel ou la spirale à l’infini, ou les escaliers que Piranesi fait tournoyer et plonger éperdument dans les infinis d’ombre. Aussi bien, tous nos symbolismes n’expriment que notre ignorance, notre arrêt hagard devant l’abîme. Le regard humain ne peut embrasser qu’une portion infime des rythmes informulables selon lesquels le Phénix-Univers se détruit et se répare, s’abolit et se renouvelle à travers les multiples naissances et morts des unités éphémères.


Georges Palante.

Notes[modifier]

  1. W. James, Précis de Psychologie, p. 366.
  2. Wells, La machine à explorer le temps.
  3. Il n’est pas sans intérêt de remarquer que le germe de cette curieuse métapsychie du Temps se trouve peut-être, chez Carlyle, dans l’apologue du Chapeau de Fortunatus. « Fortunatus avait un Chapeau enchanté, qui, lorsqu’il le mettait et souhaitait d’être quelque part, aussitôt l’y faisait être. De cette façon, Fortunatus avait triomphé de l’Espace, annihilé l’Espace ; pour lui, aucun Lieu n’existait plus, mais tout était Ici. » — Carlyle imagine un Chapeau de Fortunatus qui au lieu de supprimer l’Espace, supprimerait le Temps et permettrait à son propriétaire de se transporter à volonté à n’importe quelle époque. « Dussé-je y dépenser mes derniers groschen, je ferais l’emplette des deux chapeaux, mais surtout du dernier. Enfoncer son feutre, et, sur le simple souhait d’être quelque part, y être aussitôt ! Puis enfoncer son autre feutre, et, sur le simple souhait d’être à quelque instant, être alors aussitôt ! Ceci serait certes le plus beau : s’élancera volonté de la Création-de-Feu du Monde jusqu’à sa Consommation-de-Feu ; ici, historiquement présent dans le 1er siècle, converser face à face avec Paul et Sénèque ; là, prophétiquement présent dans le xxxie siècle, converser face à face avec les autres Pauls et les autres Sénèques, qui sont encore cachés dans la profondeur de ces Temps avancés ! »
    « Pensez-vous donc que cela serait impossible, inimaginable ? Le Passé est-il annihilé, ou seulement passé ; le Futur n’existe-t-il pas, ou est-il seulement futur ! Ces mystiques facultés qui sont les nôtres, la Mémoire et l’Espoir, déjà répondent : déjà par ces mystiques avenues, toi, le fils aveugle de la terre, tu évoques à la fois le Passé et le Futur, et tu communies avec eux, bien qu’obscurément encore, et par signes muets. La toile tombe sur Hier, se lève sur Demain ; mais Hier et Demain tous les deux à la fois sont. » (Carlyle, Sartor resartus, p. 299 : édition du Mercure de France.)
  4. W. James, Précis de Psychologie, La Perception du Temps, p. 365.
  5. H. Bergson, Matière et Mémoire, p. 163.
  6. M. Barrés, Le Jardin de Bérénice.
  7. J. Baruzi, La Volonté de Métamorphose, ch. i.
  8. Mémoires d’Outre-Tombe, t. i, p. 77.
  9. J. Casanova, Mémoires, Préface.
  10. Nietzsche, Généalogie de la Morale.
  11. Il est à remarquer que Chateaubriand est un des premiers écrivains, peut-être le premier qui ait signalé l’existence de la mémoire affective. « Cette mémoire des mots qui ne m’est pas entièrement restée, a fait place chez moi à une autre sorte de mémoire plus singulière dont j’aurai peut-être occasion de parler… Sans la mémoire, que serions-nous ? Nous oublierions nos amitiés, nos amours, nos plaisirs, nos affaires ; le génie ne pourrait rassembler ses idées ; le cœur le plus affectueux perdrait sa tendresse s’il ne s’en souvenait plus… » (Mémoires d’Outre-Tombe, t. i, p. 72.)
  12. Montaigne, Essais, t. IV, ch. xxvii, Couardise, mère de la cruauté.
  13. Villiers de l’Isle-Adam, Contes cruels, p. 160.
  14. Villiers de l’Isle-Adam, L’Ève Future, p. 225.
  15. F. T. Marinetti, Le Futurisme, p. 94.
  16. Cf. R. Lote, Du christianisme au germanisme, p. 282.
  17. Chateaubriand, Mémoires d’Outre-Tombe, t. I, p. 805.
  18. Chateaubriand, Mémoires, préface.
  19. Harald Höffding, J.-J. Rousseau et sa philosophie, p. 18.
  20. Harald Höffding, loc. cit., p. 19.
  21. Cf. Villiers de l’Isle-Adam, L’Ève Future, p. 228.
  22. Henri Heine, De l’Allemagne, I.
  23. R. Meunier, Les Stagnants (Journal des Débats, n° du 15 février 1913).
  24. Romain Rolland, Antoinette.
  25. R. Kypling, La Lumière qui s’éteint.
  26. Stendhal, De l’Amour.
  27. A. Gide, Les Caves du Vatican.
  28. Cf. Kostyleff, Le Mécanisme cérébral de la Pensée (Alcan, 1914) en particulier les chapitres consacrés a la Psycho-analyse. — E. Régis et À. Hesnard : La Psycho-analyse (Alcan, 1914).
  29. A. Gide, l’Immoraliste, p. 174.
  30. H. Heine, Kahldorf.
  31. Voici la réponse faite par Guillaume II à un noble polonais qui lui demandait de bien conserver les trésors séculaires de la Pologne. « II faut penser à l’avenir et pas au passé, répliqua l’empereur ; l’essor futur de l’Allemagne, son intégrité et sa grandeur occupent dans mon esprit la première place : voilà mon grand trésor à moi ; les trésors polonais ne sont que de vieux ustensiles ; il ne faut pas trop déplorer leur perte. Polonais, marchez avec moi et l’Allemagne vous fera un bel habit tout neuf, beaucoup plus complet et beaucoup plus confortable que vos vieilles reliques. » (Journaux du 8 novembre 1915..)
  32. William James, Aux Étudiants, causeries traduites par H. Marty.
  33. Cf. Hachet-Souplet : La Genèse des Instincts, le chapitre sur la loi de récurrence des associations.