Note sur les dolmens de la Corée. Les monuments préhistoriques de l’île de Kang-Hoa

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Texte établi par Société anthropologique de Lyon, A. Rey & Cie (p. 3-7).

SOCIÉTÉ D’ANTHROPOLOGIE DE LYON
Séance du 4 Juillet 1903


I

NOTE SUR LES DOLMENS DE LA CORÉE



Après avoir signalé précédemment deux séries de dolmens, l’une à Arie-Pabalmak et l’autre dans l’île de Kang-hoa, je suis heureux d’annoncer encore aujourd’hui une nouvelle série, très importante, de ces mégalithes en Corée. Ils sont situés à Sune-Sane-Hi, à 10 lis de Pong-Sane, sur la route de Song-To à Pyeung-Hiang.

Au nombre de vingt-deux, ces dolmens, qui se présentent comme un véritable cimetière, sont répandus sans ordre, non loin de la rivière Syen-Nai, sur la rive gauche, dans un champ, au pied d’une petite colline.

Le premier de ces dolmens (fig.) est séparé du groupe et se trouve sur le sentier qui conduit au village, au fond d’une étroite vallée, et non loin du ruisseau (toute cette région est schisteuse). Son orientation est à peu près sud-nord. La chambre mesure 1m40 de hauteur, 1 mètre de largeur et 3m50 de longueur. Il existe une dalle inférieure, qui résonne comme s’il y avait une cavité dessous. Dans tous les autres dolmens, cette cavité inférieure semble exister. Les blocs qui forment les parois latérales (il n’y en a que deux) sont d’énormes bancs schisteux qui ont dû être amenés d’assez loin, probablement par la rivière.

Les dolmens que j’ai trouvés jusqu’à présent en Corée étaient toujours dans des plaines à accès facile ou près de l’eau, mais cependant isolés dans des champs, loin des centres actuels. (Cela est sans signification, puisque j’ai appris, depuis mon retour à Séoul, qu’il y a, en plein village de Itchym, dans le Kan-Oueun-To, deux cents de ces monuments.)

Dolmens de Sune-Sane-Hi.

La dalle supérieure est en général très épaisse (0m80) et n’est guère plus grande que la chambre.

Les autres dolmens sont du même type, à dimensions peut-être moindres, surtout la hauteur au-dessus du sol. En somme, ces dolmens me paraissent intacts — inconnus des chercheurs de trésors — (qui ne sont pas des Coréens qu’arrête la superstition). Le peu de temps dont je disposais ne m’a pas permis de faire des fouilles, mais j’espère revenir à Sune-Sane-Hi et faire de ces monuments l’étude qu’ils méritent, tant au point de vue de leur contenu qu’au point de vue du folk-lore.


II

LES MONUMENTS PRÉHISTORIQUES DE L’ÎLE DE KANG-HOA, CORÉE



L’île de Kang-Hoa, que j’ai visitée récemment, renferme des monuments préhistoriques fort intéressants.

C’est en quittant la ville de Kang-Hoa, et à 6 kilomètres environ nord-nord-ouest de sa muraille, en suivant une route qui traverse des rizières, que nous arrivons au premier dolmen de Ha-Heun. Ce nom est celui du village voisin, ou plutôt de la réunion de deux ou trois hameaux.

Ce premier dolmen est au bord et à droite du chemin. Il n’est pas très grand. La dalle supérieure a 2 m. 80 de longueur sur 2 m. 60 de largeur, avec une épaisseur de 0 m. 65. Elle est portée par deux dalles verticales — les fonds manquent — qui émergent du sol de 0 m. 50 seulement. À côté, se trouve une dalle au niveau du sol. Aucun tumulus autour de ce dolmen.

Un kilomètre plus loin se trouve un autre dolmen, sur la gauche de la route, un peu sur le flanc de la colline. Il est un peu plus grand que le précédent, mais une des dalles verticales est tombée, et la dalle supérieure repose sur le sol d’un côté. Mais le plus important de ces monuments est celui qui se trouve à environ 190 mètres à droite de la route, entre les deux précédents. Celui-ci s’élève presque au milieu de la vallée, sur un coin de champ, juste à la limite des rizières. (En face, de l’autre côté de la vallée, est la petite chaîne ouest-est, qui contient le sommet Pong-Hong-Sane, dont j’ai fait l’ascension.) C’est — jusqu’à présent — le plus grand des dolmens que j’ai vus en Corée. Ils sont tous, d’ailleurs, de dimensions restreintes. La dalle qui forme le toit de cette chambre funéraire est un seul bloc, de forme très irrégulière, mesurant environ 7 mètres de longueur et 4 m. 50 de largeur. Dans sa plus grande épaisseur, cette table a 1 mètre environ. Il s’élève au-dessus du sol actuel d’environ 1 m. 50. La dalle supérieure est portée par deux longues dalles formant les faces latérales nord et sud du monument. Elles ont une longueur d’environ 4 m. 50 à 5 mètres, une épaisseur de 0 m. 50 à 0 mm. 60, et une hauteur de 83 m. 50 à 4 mètres. J’ai fait creuser à plus de 1 mètre de profondeur au-dessous du sol, et les dalles descendaient encore plus bas. La chambre est orientée ouest-sud-ouest, est-nord-est, et ouverte aux deux extrémités.

À 20 mètres à l’ouest de ce grand dolmen, se trouve une dalle plantée dans le sol ; elle s’élève à 2 m. 50 environ et à 3 mètres horizontalement.

En faisant fouiller pendant toute une grande journée le sol de ce dolmen par un homme qui, d’ailleurs, mit à ce travail toute la mauvaise volonté possible, j’ai recueilli seulement une pointe de flèche complète, mais qui fut cassée en deux morceaux par le Coréen, et une pointe d’une autre flèche (en schiste), Ces deux pièces ont été envoyées à M. Chantre, à Lyon.

Des recherches ultérieures, si les autorités coréennes n’y mettent pas d’empêchement, me permettront peut-être de trouver quelques vestiges nouveaux.

Voici la légende qui nous fut contée par un indigène pendant qu’assis sur la table du grand dolmen, nous admirions des faisans tués quelques minutes auparavant.

La diablesse grand’mère — cette expression nous prouve suffisamment que les Coréens, chamanistes de tous temps, attribuent à ces dolmens, qu’ils appellent Koendol, une haute antiquité, puisqu’ils sont obligés de faire intervenir, pour expliquer leur présence, l’ancêtre du diable, eux qui sont riches en diables de toutes sortes — donc, la diablesse grand’mère se promenait dans les environs, portant sur sa tête la dalle du toit du Koendol et sous les bras des dalles latérales. Il n’est pas question, dans cette légende, comme on le voit, des dalles formant le fond et la porte du dolmen, qui n’ont probablement jamais existé. Trouvant sa charge trop lourde, la diablesse voulut se reposer. Elle appuya à terre les dalles qu’elle tenait sous les bras, et celles-ci restèrent debout, tandis qu’en s’asseyant, la dalle qu’elle portait sur la tête se posa tout naturellement sur les dalles de côté et forma ainsi le toit de la chambre.

Les gens d’ici racontent que les Japonais sont venus fouiller ces chambres, et y ont trouvé des statues en or. Laissons-leur leurs illusions sur l’or des dolmens, mais, si les Japonais sont réellement venus, cela expliquerait le peu de succès de ma petite fouille.

Pour terminer cette énumération de monuments préhistoriques, je mentionnerai, entre Kang-Hoa (la ville) et le dolmen, l’existence d’un cromlech petit, mais fort bien fait, que je n’ai malheureusement pas pu photographier.

En quittant ces dolmens, nous fîmes l’ascension du Pong-Hong-Sane, dont le Sommet (300 mètres) est couronné par une pyramide tronquée quadrangulaire. Cette pyramide a environ 6 m. 50 à 7 mètres de hauteur ; sa base carrée a 6 m. 80 de côté. Elle est construite en pierres sèches et domine le sommet escarpé et dénude. Ce monument est un autel du ciel, auquel les Coréens attribuent, comme date de construction, l’époque du Tan-Koun (environ 4000 ans), le héros mythologique qui commence l’histoire écrite de la Corée, et que l’on suppose avoir vécu environ 2300 ans avant Jésus-Christ. Un autre autel semblable est élevé sur le sommet du Ma-Ki-Sane, autre colline haute du sud de l’île, et on dit que, par un temps clair, ces deux autels se voient en même temps. L’autel élevé sur le Ma-Ki-Sane s’appelle Tchan-Seung-Tanc, ce qui signifie autel qui touche les étoiles, quoique son altitude ne semble pas dépasser 350 mètres. On trouve, dans l’histoire de cette île intéressante (Korean Repositery) qu’en 1639, l’autel du ciel, sur le Ma-Ki-Sane, fut restauré, et que des sacrifices y furent offerts, mais il n’est pas question de celui que nous visitons aujourd’hui.