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Notes sur des oasis et sur Alger/El-Kantara

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Le Roman du LièvreMercure de France (p. 291-292).
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EL-KANTARA


El-Kantaral lorsque tu ouvris ta « porte d’or », mon àme s’épanouit en tressaillent comme la fleur de tes grenadiers luisants et magnifiques. Ta rivière dorée, coulant parmi tes lauriers roses, avait la splendeur d’une écharpe barbare. Et les raquettes foncées de tes cactus étaient pareilles aux mains tendues vers nous de noires courtisanes.

El-Kantara ! Les cigognes planaient sur tes palmiers. Elles planaient comme des rêves, ou encore comme les cerfs-volants d’octobre des enfants d’Europe. Elles regagnaient, flottantes et les pattes en arrière, les hauts nids où elles emportaient des ronces.

Sur la berge, le roseau léger tremblait comme une plume tremble aux mains du poète, et semblait inscrire sur le ciel implacable un poème d’amour. Il élevait son fuseau vers les seins dorés et sanglants des grenades prochaines.

Une éternelle volupté semblait flotter sur toi.

Tu évoquais de profonds puits d’or et de grandes clés d’argent.

Tu es le vantail superbe des rêves merveilleux, tu es l’auberge délicieuse où s’abreuvaient les peintres romantiques, épris du grondement des lions et de l’azur invraisemblable…

De ceux qui envoyaient outre-mer de longues missives jaunies aux châtelains aux longs cheveux et aux cénacles artistiques.

Tu es la contrée des botaniques, tu es la porte d’or de Fromentin, tu es l’Enchantée !