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Notice chronologique sur les œuvres d’Arago/6

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Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciencesXIII : Tables (p. cxxxi-cxlix).

VI. – les instructions rapports et notices sur les questions à résoudre pendant les voyages scientifiques

La plupart des grandes découvertes ont été inattendues ; des programmes n’eussent pu les prévoir. C’est le plus souvent en vain qu’on tenterait de dresser des instructions destinées à diriger les hommes dans les régions inconnues de la science, qui tout à coup se trouve de temps à autre comme renouvelée par un éclair du génie. Mais pour le plus grand nombre des questions de détail, il y a des indications utiles à donner afin d’appeler utilement l’attention de l’observateur qui, à défaut d’un guide ou tout au moins de conseils destinés à le tenir sur ses gardes, laisserait passer, sans en tirer profit, des occasions précieuses de combler des lacunes regrettables. Cela est vrai surtout pour la physique du globe dont les progrès peuvent recevoir d’un grand nombre de personnes instruites, mais habituées à rester dans le rôle passif de la contemplation, le contingent d’une foule d’observations que le hasard leur présente, et que rarement elles précisent suffisamment. Pour les voyageurs appelés à visiter des contrées éloignées où les climats sont différents de celui de l’Europe, pour les navigateurs qui peuvent être si souvent frappés par des contrastes en passant rapidement sous des cieux nouveaux, des Instructions contenant un résumé des choses les plus intéressantes a remarquer, à noter, à mesurer, sont indispensables, afin qu’ils puissent tirer parti des bonnes fortunes que l’imprévu de la route ne manquera pas de leur livrer.

C’est afin de venir en aide a tous ceux qui peuvent ainsi concourir aux progrès des sciences, que M. Arago a voulu réunir dans un même volume de ses œuvres, les Instructions qu’il a été successivement conduit à rédiger au nom de l’Académie des sciences pour divers voyages scientifiques, les Rapports qu’il a faits sur plusieurs voyages mémorables, des Notices sur quelques-uns des grands phénomènes dont les navigateurs sont appelés à être les témoins.

Le tome IX des Œuvres présente ainsi une double utilité ; il offre l’exemple après le précepte ; il doit être le compagnon favori des naturalistes et des physiciens voyageurs, et il occupe une digne place à côté des Tableaux de la nature de M. de Humboldt.

Les Instructions adoptées en 1835 par l’Académie des sciences pour le voyage de la Bonite ont été réimprimées avec quelques additions dans l’Annuaire du Bureau des Longitudes pour 1836 ; ce nouveau texte, revu en 1851 par M. Arago, forme les sept premiers chapitres de l’ensemble des Instructions réunies dans le tome IX des Œuvres ; il ne manque que les quelques pages sur les eaux thermales d’Aix en Provence, qui ont été insérées dans le chapitre de la Notice sur les puits forés, relatif aux températures des sources (tome III des Notices scientifiques, pages 342 à 348.)

Le chapitre viii traitant de divers problèmes de météorologie envisagés sous le point de vue le plus général constitue la partie des Instructions concernant la météorologie et la physique du globe, rédigées en 1838 pour les expéditions scientifiques du Nord et de l’Algérie. Ces Instructions ont été publiées d’abord dans le tome VII des Comptes rendus de l’Académie et dans l’Annuaire du Bureau des Longitudes pour 1839 ; elles sout le complément de celles destinées au voyage de la Bonite. Nous devons ajouter ici que, sur la proposition de M. Arago, l’Académie émit le vœu « qu’il fût installé à Alger un observatoire sédentaire qui suivrait avec soin tous les instruments météorologiques de manière à caractériser nettement l’état météorologique de l’ancienne régence ; qui se livrerait à des recherches magnétiques analogues à celles des observatoires d’Europe ; qui fournirait des termes de comparaison aux géologues, aux botanistes, aux géographes. » Ce vœu n’a été réalisé qu’après la mort de M. Arago. Mais l’illustre physicien savait que les progrès scientifiques sont très-lents quand ils dépendent des institutions dont il faut demander la création aux gouvernements ; il n’éprouvait aucun découragement, et lorsqu’au mois d’avril 1853 le ministre de la guerre demanda a l’Académie des sciences de nouvelles instructions sur les observations a faire en Algérie, il s’empressa de dicter diverses notes que j’ai insérées aux pages 535 a 542 du volume.

M. Arago a toujours suivi avec une grande attention les travaux des expéditions scientifiques envoyées vers le pôle Nord pour essayer d’ouvrir, dans les régions arctiques, une voie de communication vers la côte septentrionale de l’Amérique. En 1817, il publia dans les Annales de chimie et de physique une première note où il exposait l’état des questions a résoudre. Depuis cette époque, il ne cessa de réunir les résultats obtenus par les hardis et trop souvent malheureux navigateurs qui se sont dévoués aux courageuses entreprises qui ont illustré les noms de Scoresby, de Franklin, de Ross, de Mac Lure, du lieutenant Bellot. Les notes successivement écrites sur ce sujet par M. Arago, dont les premières ont paru dans les Annales de chimie et de physique, l’Annuaire du Bureau des Longitudes et les Comptes rendus de l’Académie des sciences, et dont les dernières restées inédites ont été dictées en 1852, forment le chapitre ix des Instructions sur les voyages scientifiques. Dans ce chapitre, l’illustre physicien appelle surtout l’attention des observateurs sur les singuliers phénomènes que présentent les mouvements des glaces des mers boréales.

Les voyages autour du monde effectués par la corvette l’Uranie sous le commandement de M. de Freycinet, et par la corvette la Coquille sous le commandement de M. Duperrey, ont donné lieu à deux rapports très-développés de M. Arago, présentés à l’Académie en 1821 et en 1825 et qui parurent dans les tomes XVI et XXX des Annales de chimie et de physique. Les grands travaux relatifs à toutes les parties des sciences naturelles exécutés par les officiers de ces deux bâtiments sont examinés avec beaucoup de détails dans ces documents qui ont mis en relief les faits acquis, et signalé les points restés douteux.

Le voyage exécuté par la Chevrette sous le commandement de M. Fabré, dans la mer des Indes et au milieu des îles de la Sonde, et celui fait par la Bonite sous le commandement de M. Vaillant, au Brésil, aux îles Sandwich, et dans les mers de l’Inde et de la Chine, n’ont donné lieu, de la part de M. Arago, qu’à des rapports beaucoup plus succincts lus en 1829 et en 1838. Toutefois les travaux accomplis surtout par M. de Blosseville et par M. Darondeau dans ces deux expéditions, qui ont été très-utiles aux progrès de la physique du globe, sont mis en évidence par l’illustre rapporteur. Le premier rapport avait paru dans la Connaissance des Temps pour 1832, le second dans le tome VI des Comptes rendus de l’Académie des sciences.

Dans le grand voyage de circumnavigation exécuté par la frégate la Vénus sous le commandement de M. Du Petit-Thouars, quoique l’expédition eût à remplir une mission politique et commerciale, et non pas scientifique, il a été fait une grande partie des observations recommandées par M. Arago dans les Instructions dont nous venons de faire l’histoire ; aussi un rapport très-détaillé de l’illustre physicien a rendu hommage aux beaux travaux accomplis avec une rare persévérance, pendant les trente mois qu’a duré l’entreprise, par tous les officiers du navire.

L’emploi judicieux des observations astronomiques dans la navigation ; la prise de panoramas des points les plus remarquables des côtes visitées par la frégate ; la détermination des éléments du phénomène des marées dans des ports appartenant aux latitudes les plus diverses ; des mesures nombreuses de la hauteur du baromètre au niveau de l’Océan ; des déterminations bien contrôlées de la température de l’atmosphère près de la surface de la mer, des températures sous-marines et des températures des sources ; une observation importante de la lumière zodiacale ; une étude intéressante des courants ; des sondages montrant que les gouffres de l’Océan sont autant abaissés au-dessous de la surface générale des continents que les sommités des plus hautes montagnes sont placées au-dessus ; des observations diverses sur la hauteur des nuages, sur les dimensions des vagues, sur la phosphorescence et la couleur de la mer ; enfin des recherches multipliées sur le magnétisme terrestre, formaient un contingent que M. Arago tenait à inventorier.

L’illustre physicien voulait que tant de travaux ne restassent pas enfouis inédits dans les cartons du Dépôt de la marine, ainsi qu’il était arrivé pour une grande partie de ceux recueillis pendant la campagne de l’Uranie.

La Notice intitulée Tableau des régions arctiques a été écrite par M. Arago en 1821, à l’occasion de la présentation faite à l’Académie des sciences du bel ouvrage anglais de Scoresby portant ce même titre. L’illustre académicien s’était fait renvoyer cet ouvrage qui, étant imprimé, ne pouvait être l’objet, aux termes des règlements, que d’un rapport verbal ; mais, dans l’usage, les rapports sur les ouvrages imprimés étrangers sont presque toujours écrits.

M. Arago donna lecture de son travail dans la séance de l’Académie du 27 août 1821, et il l’imprima dans le tome XVIII des Annales de chimie et de physique. Scoresby lui avait été vivement recommandé par Léopold de Buch qui, dans une lettre du 20 mai 1817, s’exprimait ainsi : « M. Scoresby s’est formé lui-même ; il est un excellent observateur. Il a été plus de vingt fois vers le 80° degré de latitude, et il y retourne tous les ans… Il est connu pour le plus courageux et le plus hardi des capitaines qui fréquentent les mers du Groenland ; c’est un homme digne de figurer à côté des Hudson, des Dampier, des Cook, et si jamais on le place à la tête d’un voyage de découvertes, je suis persuadé que son nom ne s’oubliera pas plus que celui de ces habiles navigateurs. » Une recommandation faite en des termes aussi chaleureux par un savant tel que Léopold de Buch était en quelque sorte pour M. Arago la prescription d’un devoir à remplir, celui de faire estimer à sa valeur un homme dévoué à la science. Or, M. Arago a toujours donné avec empressement son appui aux gens de mérite qui lui étaient signalés.

En 1850, l’illustre secrétaire perpétuel de l’Académie a voulu que son rapport sur l’ouvrage de Scoresby lui fût relu ; il y a fait quelques changements de forme, y a intercalé les chapitres relatifs aux glaces polaires qu’il avait déjà publiés en 1817 dans le tome V des Annales de chimie et de physique, et a ajouté à la fin un chapitre relatif à la désastreuse expédition de la Lilloise, dans laquelle ont péri de Blosseville et plusieurs autres jeunes officiers de marine d’une grande valeur.

Ce dernier chapitre renferme aussi le texte d’un discours prononcé en 1835 à la Chambre des députés pour demander que, à l’exemple des recherches faites naguère pour retrouver l’infortuné La Pérouse et ses compagnons, on expédiât un navire pour essayer de découvrir le sort de Blosseville et de ses malheureux amis. M. Arago a rappelé que la corvette la Recherche montée par MM. Tréhouart, Gaimard, Lottin, expédiée vers les régions arctiques, conformément à ses désirs, avait fait de vains efforts pour interroger les bancs de glace qui engloutissent leurs victimes pour l’éternité, et ne laissent pas même aux survivants la triste consolation d’élever un monument durable à la mémoire de ceux qui succombent, dans les lieux où la mort a frappé ses plus terribles coups.

L’Abyssinie mérite à tous égards l’attention de l’Europe savante. Les mœurs des habitants qui appartiennent à la chrétienté, la géographie d’un pays très-accidenté, le climat d’une contrée qui confine la mer Rouge et renferme des montagnes aussi hautes que les plus hautes cimes des Alpes, la constitution géologique et physique d’une région presque équatoriale, présentent des problèmes dont l’intérêt justifie la multiplicité des tentatives faites pour pénétrer et séjourner dans des lieux trop souvent mortels aux voyageurs.

En 1844 et en 1815, M. Arago a fait des rapports à l’Académie des sciences sur les résultats déjà obtenus et sur ceux qu’il est encore désirable d’acquérir ; la première fois il s’agissait de l’expédition de deux jeunes officiers d’état-major, MM. Galinier et Ferret, la seconde fois des voyages de M. Rochet d’Héricourt. Ces deux rapports ont été publiés dans les Comptes rendus de l’Académie ; en outre, celui relatif à l’entreprise de MM. Galinier et Ferret a paru dans l’Annuaire du Bureau des longitudes pour 1846 sous le titre de Tableau d’une partie de l’Abyssinie, Ce titre a été conservé à la réunion des deux écrits de M. Arago dont j’ai donné une nouvelle édition conforme aux textes primitifs.

La Notice intitulée Tableau d’une partie de l’intérieur de l’Afrique, placée immédiatement après la précédente, en est en quelque sorte le complément ; il s’agit encore de l’Afrique, mais des contrées plus centrales ou plus occidentales que l’Abyssinie.

En 1818 parut à Londres un volume ayant pour titre « Histoire de l’expédition qui avait été chargée en 1816 d’explorer le fleuve Zaïre, nommé communément le Congo, sous le commandement du capitaine J.-K. Tuckey, de la marine royale. » Le capitaine Tuckey et presque tous ses compagnons étaient morts pendant cette entreprise. Les commissaires de l’amirauté avaient ordonné que le récit de son voyage fût publié et que toutes les observations recueillies pendant l’expédition fussent coordonnées sous la direction de M. John Barrow. M. Arago s’empressa de faire connaître ce travail en France par une analyse insérée dans le tome VII des Annales de chimie et de physique et dans la Connaissance des temps pour 1821.

J’ai reproduit cet écrit sans aucune modification, mais en y mettant des titres de chapitre et en y joignant un rapport que M. Arago a fait à l’Académie des sciences en 1852, sur les recherches de M. Antoine d’Abbadie relatives aux orages d’Éthiopie, et qui résout ou éclaircit plusieurs questions laissées indécises dans la Notice sur le Tonnerre, particulièrement celle de la fréquence des orages entre les tropiques, fréquence déjà signalée par M. Boussingault pour les régions équatoriales de l’Amérique.

De l’Afrique et des régions tropicales, le lecteur du tome IX des Œuvres passe aux terres australes.

En 1810, M. Arago a publié dans l’Annuaire du Bureau des Longitudes une Notice sur le voyage du contre-amiral d’Entrecasteaux a la recherche de La Pérouse ; je l’ai réimprimée sans autre addition que celle de quatre ligues dictées par l’illustre physicien et rappelant la découverte des débris du naufrage de La Pérouse par le capitaine Dillon et M. Dumont d’Urville.

En outre, en 1816, M. Arago a fait au Bureau des Longitudes un rapport sur la partie géographique du voyage de découvertes aux terres australes exécuté par le Géographe, le Naturaliste et le Casuarina, dans le but principal de faire la reconnaissance de la côte sud-ouest de la Nouvelle-Hollande, qui, au commencement de ce siècle, était presque entièrement inconnue. Ce rapport avait été publié dans la Connaissance des Temps pour 1819 ; je l’ai reproduit après la Notice sur l’expédition de d’Entrecasteaux, comme second chapitre d’un tableau des terres australes.

Pour les Annuaires du Bureau des Longitudes de 1817 à 1828, M. Arago avait composé des tables indiquant les dates des principales découvertes en géographie, des observations astronomiques fondamentales et des inventions des instruments d’astronomie et de marine ; les deux dernières tables ont été insérées dans le chapitre ix du livre XXXIV de l’Astronomie populaire. J’ai placé la première à la suite des Notices précédentes sur les voyages de découvertes dont mon savant et vénéré maître s’était occupé. Je l’ai fait suivre de deux pages sur le percement de l’isthme de Téhuantépec, écrites en 1844 comme rapport verbal sur un projet de l’ingénieur espagnol Moro, relatif au problème encore pendant d’une communication à établir entre l’océan Pacifique et l’océan Atlantique ; d’une note publiée en 1835, sur les travaux de MM. Krusenstern et Siebold relatifs à la topographie et à la géographie du Japon ; d’un discours prononcé en 1837 à la Chambre des députés pour combattre le projet qu’avait conçu M. Dumont d’Urville, de chercher à pénétrer avec l’Astrolabe et la Zélée dans les glaces qui environnent le pôle antarctique ; de deux autres discours prononcés en 1839, sur les avantages que la marine marchande retirerait de l’établissement d’un observatoire nautique au Havre, et sur la convenance qu’il y aurait à faire plus rapidement la publication des travaux exécutés par les voyageurs portés par la marine française dans toutes les parties du globe.

M. Bérard, commandant les établissements français de la Nouvelle-Zélande, ayant communiqué en 1846 à l’Académie des sciences les observations faites par lui ou sous sa direction pendant le long voyage de navigation qu’il venait d’exécuter sur la corvette le Rhin, M. Arago avait été chargé, conjointement avec M. Duperrey, de faire un rapport sur les résultats scientifiques de cette campagne. L’illustre secrétaire perpétuel de l’Académie avait voulu remplir sa mission, et il avait dicté plusieurs notes sur ce sujet lorsque la mort l’a frappé ; mon devoir était de les publier à la suite de ses autres écrits sur les voyages de circumnavigation.

La science peut acquérir des données importantes pour la physique du globe terrestre par des observations faites dans les régions supérieures de l’atmosphère. Les voyages aéronautiques sont de ceux que M. Arago regardait comme le plus dignes d’encouragements. Il en avait fait depuis longtemps le sujet de ses méditations, lorsque mon ami M. Bixio et moi nous vînmes lui faire part du projet que nous avions conçu de nous élever, s’il était possible, au delà des plus grandes hauteurs qui avaient déjà été atteintes, non plus comme Gay-Lussac, par un ciel calme et serein, mais au milieu des nuages et malgré les plus violentes agitations des airs. Grâce au bienveillant et empressé concours que lui et M. Regnault nous donnèrent, nous pûmes exécuter, à nos frais communs, et sans aucune subvention gouvernementale ou académique, nos deux ascensions de juin et de juillet 1850.

M. Arago se chargea lui-même de rendre compte à l’Académie des sciences des résultats inattendus de nos dangereuses expéditions. Retenu au lit par des blessures, je n’ai pas eu le bonheur d’entendre son récit, mais mon oreille n’oubliera jamais le son de sa voix lorsque, venant me voir à l’issue de la séance académique, il me dit « J’ai parlé con amore. »

M. Regnault a écrit de sa main, d’après notre carnet de voyage, les diverses circonstances qui ont signalé nos entreprises et a donné lecture à l’Académie du journal de notre second voyage ainsi rédigé avec sa collaboration, comme avaient été faits sous son active et habile direction tous les préparatifs. Je suis heureux d’avoir l’occasion de déposer ici l’expression de la vive reconnaissance que M. Bixio et moi nous lui conserverons toujours. Quant à. M. Arago, il a mis le comble à nos vœux, en dictant la Notice sur les voyages aéronautiques que contient le tome IX de ses Œuvres, et qui était restée inédite, sauf le chapitre v, presque intégralement publié déjà dans le tome xxxi des Comptes rendus de l’Académie des sciences.

La Note sur les observations barométriques dans leurs rapports avec la navigation, insérée après les Nouvelles instructions sur les observations à faite dans les voyages scientifiques, n’avait pas encore été publiée ; le manuscrit en est de la main de M. Arago ; je crois qu’elle a été écrite en 1838 ; elle recommande d’étudier les mouvements du baromètre par les différents vents sur toutes les côtes et en pleine mer.

Dans un volume où il était si souvent question de la mer et de son exploration dans tous les sens, la Notice écrite par M. Arago sur les phénomènes de la mer avait naturellement sa place ; elle complète, en les précisant parfois au moyen d’exemples, les Instructions rédigées par l’illustre physicien sur les expériences à entreprendre et les observations à faire. Cette Notice doit être considérée comme une œuvre posthume, quoique plusieurs de ses parties eussent déjà été publiées par M. Arago lui-même.

Les paragraphes i à ix et le paragraphe xi ont été écrits en 1845, pour entrer dans des Instructions générales que le savant secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences aurait voulu que cette assemblée publiât en corps d’ouvrage séparé, ainsi que l’amirauté anglaise l’a fait pour le « Manuel de recherches scientifiques à l’usage des officiers de la marine royale et des autres voyageurs » qui a été composé sous la direction de sir John Herschel. Ils étaient restés dans les cartons de M. Arago, ainsi que la note sur les observations barométriques dans leurs rapports avec la navigation dont j’ai parlé plus haut, et qui aurait été placée dans la même publication académique, si elle avait été faite.

Le § 10 sur la dénivellation de la mer, les seiches du lac de Genève et des lacs d’Ecosse, avait paru en 1822 dans le tome XXI des Annales de chimie et de physique.

La question des différences que présenteraient les niveaux de certaines mers, et particulièrement la mer Caspienne et la mer Noire, la mer Caspienne et la mer d’Azow, la Méditerranée et la mer Rouge, la mer Morte et la Méditerranée, la Méditerranée et l’Océan, la mer des Antilles et la mer du Sud, a occupé M. Arago dès 1816. À l’occasion du Voyage en Crimée et au Caucase de MM. d’Engelhardt et Perrot, il publia sur ce sujet, dans le tome ier des Annales de chimie et de physique, un article très-détaillé ; il y est revenu en 1836, 1837 et 1843 devant l’Académie des sciences, en communiquant des travaux exécutés par des ingénieurs russes et par M. Hommaire de Hell, ou diverses lettres que lui avait adressées son illustre ami M. de Humboldt. Toutes les notes qu’il a écrites dans ces diverses circonstances ont été réunies pour former le § 12 de la Notice sur les phénomènes de la mer.

M. Marcet ayant présenté en 1819 à la Société royale de Londres un très-important Mémoire « sur la pesanteur spécifique et la température des eaux de la mer dans différentes parties de l’Océan et dans des mers particulières, avec quelques détails sur la proportion de substances salines que ces eaux contiennent, » M. Arago en fit un long extrait analytique et critique pour les Annales de chimie et de physique. C’est ce travail qui, revu et augmenté en 1851, forme les §§ 13 à 16 de la Notice sur les phénomènes de la mer.

Sur la question de la densité de l’eau de mer, à l’analyse des recherches particulières de M. Marcet se trouve jointe celle des expériences de Gay-Lussac, de John Davy et des résultats obtenus pendant le voyage de la Bonite. M. Arago se prononce pour l’uniformité à peu près générale de la densité des eaux de l’Océan. Relativement à la salure des eaux de la mer, qui est évidemment en relation directe avec la densité, la conclusion est la même, l’agitation des vagues mélangeant incessamment les eaux des courants avec celles de la pleine mer.

Le texte de l’étude des phénomènes que présente la congélation de l’eau de la mer est conforme à celui du tome XII des Annales de chimie et de physique, avec cette seule différence que les notes du bas des pages ont repris les places indiquées par l’ordre logique du récit.

Pour la rédaction du paragraphe relatif à la température de la mer dans tous les parages, à la surface, au fond et a diverses profondeurs, M. Arago m’a fait réunir aux détails qu’il avait extraits de l’ouvrage de M. Marcet un assez grand nombre d’autres écrits, savoir : un article déjà publié antérieurement dans le tome V des Annales ; diverses notes écrites de sa main depuis long-temps, notamment à propos des observations de M. Lenz, des capitaines Wauchope et Powel ; une note extraite des procès-verbaux des séances du Bureau des Longitudes de 1819, sur les observations faites par Dumont-d’Urville pendant son premier voyage de circumnavigation ; un tableau des maxima de température de la mer à sa surface publié dans l’Annuaire du Bureau des Longitudes pour 1825 ; enfin, quelques remarques de M. de Humboldt sur la relation qui existe entre la température sous-marine et les courants d’eau froide qui sillonnent l’Océan à une certaine profondeur.

J’eusse dû compléter cette exposition par une note que mon vénéré maître a rédigée en 1817 à propos du tableau des températures de l’air et de la mer, observées l’année précédente à bord de la frégate l’Hermione, pendant la traversée de France à Rio-Janeiro et pendant le retour. Ces observations avaient été faites par M. Lamarche, officier de marine, M. de Saint-Hilaire, qui fut plus tard membre de l’Académie des sciences dans la section de botanique, et M. Saint-Lambert, ingénieur des mines. En les publiant dans le tome IV des Annales de chimie et de physique, M. Arago a présenté les remarques suivantes que je n’ai retrouvées que tardivement :

« Sur mer et entre les tropiques, les variations de température de l’atmosphère du jour à la nuit sont plus petites qu’à terre. À Cumana, au centre de vastes plaines peu élevées au-dessus de l’Océan, le thermomètre, d’après M. de Humboldt, monte de 4 ou 5 degrés centigrades, depuis le lever du Soleil jusqu’à deux heures après midi ; ici, à quelques légères exceptions près, qui même quelquefois sont en sens contraire, les variations extrêmes journalières atteignent à peine 1 degré.

« Le maximum de température de l’air, durant les deux voyages de M. Lamarche, a été de 29°.7 et correspond au 21 octobre à midi, à 12°53′ de latitude nord, et à un temps calme et pluvieux : cette dernière circonstance est précieuse en ce qu’elle montre que le résultat thermométrique n’a pas dû être affecté de la réverbération du bâtiment. Du 16 au 21 du même mois, entre 9° et 13° de latitude nord, le thermomètre a journellement dépassé 29°. Sous des latitudes correspondantes, de l’autre coté de l’équateur, cet instrument, dans le même mois d’octobre, n’avait atteint 27° qu’une seule rois. L’air de la zone que le Soleil vient de quitter serait-il constamment, même en pleine mer et sous les tropiques, sensiblement plus chaud que l’air de la région dans laquelle il entre ? C’est ce qui ne saurait être décidé par un si petit nombre de résultats.

« Des observations des températures de la mer faites par diverses latitudes, sous différents méridiens et dans toutes les saisons de l’année, pourront seules nous faire connaître le nombre et la direction de ces courants qui, comme des rivières chaudes ou froides, coulent, au milieu de l’Océan, de l’équateur vers les pôles ou des pôles vers l’équateur ; le parti que les navigateurs ont déjà tiré de la température du Gulf-Stream, pour rectifier les erreurs de l’estime, dans les atterrages sur la côte nord-ouest de l’Amérique, suffirait, au besoin, pour montrer combien de telles recherches méritent de fixer l’attention des savants. Le temps, le lieu et le degré des maxima thermométriques sont les éléments qu’il importe surtout de recueillir.

« M. Lamarche a observé les maxima de température de la mer, au retour de la frégate, dans le mois d’octobre, entre 5° et 13° de latitude nord. Une seule fois, le 18 octobre, par 9° 57′ nord, le thermomètre s’est élevé à 29°. 1 ; les 15, 16, 19 et 20, dans cette zone la plus chaude, il n’a plus dépassé 28°.4.

« Dans l’hémisphère austral, peu de jours auparavant et par des latitudes correspondantes, le thermomètre n’avait jamais atteint même 26°. — Le lecteur remarquera qu’en octobre le Soleil venait d’entrer dans cet hémisphère.

« Les observations de la première traversée, quoique faites dans le mois de mai, c’est-à-dire à une époque où le Soleil avait une déclinaison boréale, nous feraient aussi trouver le maximum de température au nord de l’équateur. Il est bon de noter que cette conséquence résulte tout aussi bien des observations de midi que de celles de 7 heures du soir, quoiqu’elles n’aient été faites ni par la même personne ni avec le même instrument.

« Quant à l’hygromètre, on a constaté qu’il est fréquemment descendu, même à une grande distance des côtes, jusque vers le 80° degré. Peut-être puisera-t-on quelque jour, dans les indications de cet instrument, des données utiles sur les courants verticaux qui transportent sans cesse les couches supérieures et froides de l’atmosphère dans les basses réglons de l’air, où par suite elles doivent éloigner l’hygromètre du terme qui correspond à l’humidité extrême. »

Cette note peut encore aujourd’hui servir de guide aux navigateurs pour diriger leurs observations thermométriques et hygrométriques ; elle pose plusieurs questions qui ne sont pas encore résolues ; elle donne enfin des solutions dont il était utile de fixer la date.

Telle est l’histoire du tome IX des Œuvres de M. Arago. Ce volume contient les résultats de méditations et de travaux sur la physique du globe qui, commencés en 1810, ont duré plus de quarante-trois années et n’ont été interrompus que par la mort ; leur réunion dans un même volume est encore un service rendu à la science. En effet, la lecture de ce volume sera souvent la cause d’observations importantes qui ouvriront de nouveaux horizons et feront connaître de nouvelles vérités.