Notice historique sur L’Abord-à-Plouffe/La Villa St-Martin

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Typographie L’Action populaire (p. 36-45).

CHAPITRE VI



« LA VILLA ST-MARTIN »


Ce nom est désormais connu aux quatre coins du pays. De nombreux retraitants venus de toutes les parties de la province l’ont habitée. La Villa St-Martin est une vaste maison de 130 pieds par 50, agréablement située sur les bords de la Rivière des Prairies en un endroit très pittoresque. Placée sur une petite élévation, elle domine… La maison est de belles briques rouges avec une immense vérandah qui la contourne, une salle immense, 40 chambres, de beaux réfectoires, une pieuse chapelle la composent. Elle est pourvue de toutes les améliorations modernes. Aqueduc, système de chauffage, électricité, planchers en bois franc et huilés, cuisine et buanderie perfectionnée : rien ne lui manque. Le terrain sur laquelle elle a été construite comprend 20 arpents et était la propriété de Martin Plouffe père, mort en 1914 âgé de 88 ans. M. Ed. Gohier en fit don aux Jésuites pour l’œuvre des Retraites fermées. Dès 1910, c’est-à-dire à l’ouverture de la Broquerie à Boucherville il était évident qu’il fallait songer à mieux et à plus grand. Les Retraitants devaient s’y rendre en été seulement et encore la maison trop étroite ne pouvait répondre aux exigences futures. En 1912,


Villa St-Martin, L'Abord-à-Plouffe.jpg
MAISON DES RETRAITES FERMÉES [Villa St-Martin]

inspiré par le Ciel au cours d’une retraite, M. Ed. Gohier

dont les œuvres charitables ou philantropiques sont nombreuses, offrit un terrain mieux situé et plus facile d’accès. L’offre fut acceptée et on commença à construire. Dès novembre 1913 la maison spacieuse et convenable était finie. On la baptisa du nom choisi par son généreux donateur : Villa St-Martin.

Disons ici que la Villa St-Martin est située au Sud de l’Île Jésus presqu’au milieu de l’Abord-à-Plouffe en la paroisse de St-Martin de Laval où M. Gohier a eu le bonheur de voir le jour et d’habiter pendant plusieurs années. M. Gohier naquit sur la terre des Sœurs de Ste Croix en face de l’église. De Montréal à la Villa St-Martin l’accès est facile et le voyage des plus agréables. Les tramways aux mêmes prix de la ville c’est-à-dire pour un billet de six sous, nous y conduisent en 40 minutes. On y vient par la ligne Windsor-Snowdon ou encore par celle de Cartierville dont le point de départ est situé à l’encoignure des rues Bleury et M. Royal. Sur notre route nous rencontrons les belles demeures d’Ouremont bâties comme des palais au flanc de la montagne : on y voit à la Côte des Neiges l’Oratoire St-Joseph, à Notre-Dame de Grâces le Monastère du Précieux Sang et l’hopital des Incurables, et à St-Laurent son église et son beau collège Puis c’est la campagne ou plutôt ce sont les jardins de Montréal que nous admirons ensuite.

De Cartierville en cinq minutes nous sommes à l’Abord-à-Plouffe et après avoir fait trente pas sur son territoire, par une grille en fer que nous apercevons à gauche, nous pénétrons dans l’immense et sinueuse allée qui mène à la Villa… Et dire que par cette grille, image de la Porte du Ciel, des hommes et de toutes les classes de la société sont venus chercher dans cet asile de la prière, de la réflexion et du silence, c’est-à-dire dans cette maison du Bon Dieu, la paix de l’âme et l’esprit d’apostolat ! Mais ils ne sont pas encore assez nombreux et Monseigneur l’archevêque de Montréal écrivant une lettre à ce sujet disait : « C’est avec les plus vives instances Nos Très chers frères, du plus profond de notre âme et persuadé d’accomplir un des actes les plus féconds de notre carrière épiscopale, que nous vous exhortons à profiter de cet admirable moyen de sanctification », et un peu plus loin : « Chaque paroisse, chaque profession, chaque association de notre diocèse devrait inscrire la retraite fermée parmi ses pratiques annuelles ». Ces belles paroles se passent de commentaires et méritent d’être méditées.


La maison fut bénite le 2 novembre 1913 par le premier Pasteur du diocèse. On y remarquait un grand nombre de prêtres et de laïques. Les citoyens de l’Abord-à-Plouffe y étaient largement représentés. Les Retraites s’ouvrirent le 12 janvier 1914. La première, celle des prêtres, avait l’insigne honneur d’être présidée par le représentant du Pape Son Excellence Monseigneur Stagni et depuis lors, des retraitants, parfois trop nombreux pour le local, y viennent puiser les miséricordes de Dieu et le zèle des âmes…

Disons ici que les Jésuites dont la réputation n’est plus à faire, sont les directeurs de cette œuvre éminemment chrétienne, des Retraites fermées et que sous l’impulsion intelligente et admirable du dévoué Père Pépin Archambault, cette œuvre ne peut que se développer d’une manière grandiose.

La Villa St-Martin est devenue le siège de toutes les œuvres sociales. C’est là qu’on y a fondé l’Action française, la Vie nouvelle, l’Almanach de la langue française, la distribution des tracts, les Semaines sociales. C’est encore là que les Voyageurs de commerce ont décidé de former leur union si belle qui fait tant de bien à travers le pays. Enfin c’est là que par la prière, la parole et l’action, les âmes généreuses sont venues se retremper pour la grande cause du bien.

Un jour, qu’on me permette cette anecdote, un homme riche et puissant, le roi d’une paroisse florissante de Montréal se présente à la maison des Retraites fermées. Depuis trente ou quarante ans cet homme a gêné son curé dans ses œuvres paroissiales. Il a fait sa religion mais aussi il a créé à son vénérable pasteur des ennuis sans nombre. Il est venu à la Retraite des hommes de profession attiré par un ami. « Viens te reposer trois ou quatre jours ». On le reçut avec joie et courtoisie. Aux premières heures il sembla s’ennuyer. À la première récréation du midi, après avoir remarquer la gaieté de bon aloi de ses confrères, il est resté songeur. Aux conférences il assiste plutôt par curiosité. Mais Dieu fait son travail dans ce cœur un peu bouleversé… Enfin la retraite est finie et les retraitants retournent dans leur logis.

Au soir de ce jour mémorable dans un presbytère souvent isolé, un homme veille avec son curé. On parle, on rit, on fume… Cet homme c’est notre homme en question. Conscient de son devoir désormais il est venu réparer ses fautes en se jetant aux genoux de celui à qui il avait causé tant l’embarras dans le passé. Et pour donner un témoignage de sa réelle bonne foi : « tiens M. le curé, cet argent ($3000, ou $4000) c’est pour votre église et priez pour moi ». Cette transformation opérée, notre homme devint le meilleur ami de toutes les œuvres paroissiales par la suite. La Maison des Retraites fermées a transformé ainsi un si grand nombre de personnes, parfois haut placées, qu’il serait inutile de chercher à les compter.

Honneur insigne donc pour l’Abord-à-Plouffe que d’avoir dans son sein une œuvre semblable. Et d’ailleurs en y venant s’établir les Jésuites venaient chez eux. En 1637 le sieur Huaut de Montmagny, digne successeur de Champlain, prit possession de l’île au nord de la Rivière des Prairies, écrit le Père Le Jeune, et l’île « Montmagny » fut ensuite, par lui, cédée aux Jésuites, on l’appela alors île Jésus. En 1672, l’intendant Talon voyant que les Jésuites n’avaient pas fait les défrichements voulus par la loi, reprit l’île Jésus et après avoir fait une réserve d’une lieue en faveur des mêmes Jésuites il la céda à Monseigneur de Laval en échange


Église de St-Martin, c1910.jpg


Église de St-Martin (2), c1910.jpg
L’ÉGLISE DE ST-MARTIN, extérieur et intérieur.

de l’Île d’Orléans. D’où nous pouvons conclure que les Jésuites sont parfaitement dans leur domaine puisque l’histoire

l’atteste.

Le Révérend Père Archambault est le directeur actuel de la Maison et occupe cette charge depuis 1914. Il a comme collaborateurs les Révérends Pères F. Maynard. Ed. Lecompte, A. Bellerose. J. Sheehy, L. Héroux. Les statistiques de cette œuvre sont intéressantes. En 1914 il y eut 840 retraitants ; en 1915, 998 ; en 1916 1045, en 1917, 1175, en 1918, 1337 et en 1916, 1734… Combien y en aura-t-il en 1920 ? Nous voudrions et nous souhaiterions que le nombre en soit doublé, triplé… Ce que nous savons c’est que l’œuvre augmente pour le bien de la religion et de la société et nous en bénissons le Seigneur.[1]

  1. « À la dernière retraite dus cultivateurs j’eus le plaisir de causer avec un ancien cageux M. J.-Bte Delay qui était venu du lointain Témiscamingue se retremper pour les bons combats de l’avenir. »